Chapitre 77 · 32 min de lecture · 42 min d’écoute
Sur la perfection
Sermon 76
Sur la perfection
« Tendons à ce qui est parfait. »
Hébreux 6:1.
La phrase entière est ainsi conçue : « C’est pourquoi, laissant les éléments de la parole de Christ, tendons à ce qui est parfait, sans poser de nouveau le fondement du renoncement aux œuvres mortes, de la foi en Dieu » ; ce qu’il venait d’appeler « les premiers rudiments des oracles de Dieu », et « une nourriture qui convient aux petits enfants », à ceux qui viennent seulement de goûter que le Seigneur est bon.
Que ce soit là un point de la plus haute importance, l’apôtre l’indique dans les paroles suivantes : « C’est ce que nous ferons, si Dieu le permet. Car il est impossible que ceux qui ont été une fois éclairés, qui ont goûté la bonne parole de Dieu et les puissances du siècle à venir, et qui sont tombés, soient encore renouvelés et amenés à la repentance. » Comme s’il avait dit : si nous ne « tendons pas à la perfection », nous sommes dans le plus grand danger de « tomber » ; et si nous tombons en effet, il est « impossible », c’est-à-dire extrêmement difficile, que ceux-là « soient encore renouvelés et amenés à la repentance ».
Afin de rendre cette parole de l’Écriture, si importante, aussi facile à comprendre que possible, je m’efforcerai :
I. De montrer ce qu’est la perfection ;
II. De répondre à quelques objections qu’on lui oppose ; et,
III. D’adresser quelques remontrances à ses adversaires.
I. Je m’efforcerai de montrer ce qu’est la perfection.
1. Et premièrement, je ne pense pas que la perfection dont il est ici parlé soit la perfection des anges. Comme ces glorieux êtres n’ont jamais « quitté leur premier état », n’ont jamais déchu de leur perfection originelle, toutes leurs facultés natives sont demeurées intactes : leur intelligence, en particulier, est toujours une lampe de lumière, leur perception de toutes choses claire et distincte, et leur jugement toujours vrai. De là vient que, bien que leur connaissance soit limitée (car ce sont des créatures), bien qu’ils ignorent des choses innombrables, ils ne sont pourtant pas sujets à l’erreur : leur connaissance est parfaite en son genre. Et comme leurs affections sont toutes constamment guidées par leur intelligence infaillible, toutes leurs actions y répondent ; ainsi ils font, à chaque instant, non leur propre volonté, mais la bonne et agréable volonté de Dieu. Il n’est donc pas possible à l’homme, dont l’intelligence est obscurcie, à qui l’erreur est aussi naturelle que l’ignorance ; qui ne peut penser du tout que par l’intermédiaire d’organes affaiblis et dépravés, comme les autres parties de son corps corruptible ; il n’est pas possible, dis-je, aux hommes de toujours penser juste, de percevoir les choses distinctement, et d’en juger avec vérité. En conséquence, ses affections, qui dépendent de son intelligence, sont diversement déréglées. Et ses paroles et ses actions sont influencées, plus ou moins, par le désordre de son intelligence comme de ses affections. Il s’ensuit qu’aucun homme, tant qu’il est dans le corps, ne peut atteindre à la perfection angélique.
2. Aucun homme non plus, tant qu’il est dans un corps corruptible, ne peut atteindre à la perfection d’Adam. Adam, avant sa chute, était sans aucun doute aussi pur, aussi exempt de péché, que les saints anges eux-mêmes. De même, son intelligence était aussi claire que la leur, et ses affections aussi réglées. En vertu de cela, comme il jugeait toujours juste, il pouvait aussi toujours parler et agir avec droiture. Mais depuis que l’homme s’est révolté contre Dieu, il en est tout autrement de lui. Il ne peut plus éviter de tomber dans d’innombrables erreurs ; par conséquent, il ne peut pas toujours éviter de mauvaises affections ; il ne peut pas non plus toujours penser, parler et agir avec droiture. L’homme, dans son état présent, ne peut donc pas plus atteindre à la perfection d’Adam qu’à celle des anges.
3. La plus haute perfection que l’homme puisse atteindre, tant que l’âme habite dans le corps, n’exclut pas l’ignorance, l’erreur et mille autres infirmités. Or, de jugements erronés découleront souvent nécessairement des paroles et des actions erronées : et, en certains cas, de mauvaises affections aussi peuvent jaillir de la même source. Je puis juger faussement de vous : je puis avoir de vous une opinion plus ou moins haute que je ne devrais ; et cette erreur de mon jugement peut non seulement occasionner quelque chose de répréhensible dans ma conduite, mais avoir un effet plus profond encore ; elle peut occasionner quelque chose de répréhensible dans mon affection. Par une fausse appréciation, je puis vous aimer et vous estimer plus ou moins que je ne le devrais. Et je ne puis être affranchi de la possibilité d’une telle erreur tant que je demeure dans un corps corruptible. Mille infirmités, par suite de cela, accompagneront mon esprit, jusqu’à ce qu’il retourne à Dieu qui l’a donné. Et, en d’innombrables occasions, il ne parvient pas à faire la volonté de Dieu comme Adam la faisait dans le paradis. C’est pourquoi le meilleur des hommes peut dire du fond du cœur :
« À chaque instant, Seigneur, il me faut
Le mérite de ta mort,
pour d’innombrables violations de la loi d’Adam comme de la loi des anges. » Il est donc heureux pour nous que nous ne soyons pas maintenant sous ces lois-là, mais sous la loi d’amour. « L’amour est » désormais « l’accomplissement de la loi » qui est donnée à l’homme déchu. C’est maintenant, en ce qui nous concerne, « la loi parfaite ». Mais même contre celle-ci, à cause de la faiblesse présente de notre intelligence, nous sommes continuellement exposés à transgresser. C’est pourquoi tout homme vivant a besoin du sang de l’expiation, sans quoi il ne pourrait subsister devant Dieu.
4. Quelle est donc la perfection dont l’homme est capable tant qu’il habite dans un corps corruptible ? C’est d’obéir à ce tendre commandement : « Mon fils, donne-moi ton cœur. » C’est d’« aimer le Seigneur son Dieu de tout son cœur, de toute son âme et de toute sa pensée ». Voilà la somme de la perfection chrétienne : elle est tout entière comprise dans ce seul mot, l’amour. La première branche en est l’amour de Dieu : et comme celui qui aime Dieu aime aussi son frère, elle est inséparablement unie à la seconde : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Tu aimeras tout homme comme ta propre âme, comme Christ nous a aimés. « De ces deux commandements dépendent toute la loi et les prophètes. » Ils contiennent la perfection chrétienne tout entière.
5. Une autre vue nous en est donnée dans ces paroles du grand apôtre : « Ayez en vous les sentiments qui étaient en Jésus-Christ. » Car, bien que cela se rapporte immédiatement et directement à l’humilité de notre Seigneur, on peut pourtant le prendre dans un sens bien plus étendu, de manière à comprendre toute la disposition de son esprit, toutes ses affections, toutes ses dispositions, tant envers Dieu qu’envers les hommes. Or il est certain que, comme il n’y avait en lui aucune mauvaise affection, aucune bonne affection ou disposition n’y faisait défaut. De sorte que « tout ce qui est saint, tout ce qui est aimable », est tout entier compris dans « les sentiments qui étaient en Jésus-Christ ».
6. Saint Paul, écrivant aux Galates, présente la perfection sous un autre aspect encore. C’est le fruit de l’Esprit, un et indivisible, qu’il décrit ainsi : « le fruit de l’Esprit, c’est l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bénignité, la fidélité, » (c’est ainsi que le mot doit être traduit ici) « la douceur, la tempérance ». Quelle glorieuse constellation de grâces ! Or, supposez toutes ces grâces nouées ensemble, unies dans l’âme d’un croyant : voilà la perfection chrétienne.
7. Encore : il écrit aux chrétiens d’Éphèse de « revêtir l’homme nouveau, créé selon Dieu dans une justice et une sainteté que produit la vérité » ; et aux Colossiens, de « l’homme nouveau, qui se renouvelle, selon l’image de celui qui l’a créé » ; se référant clairement aux paroles de la Genèse (Genèse 1:27) : « Dieu créa l’homme à son image. » Or l’image morale de Dieu consiste (comme l’observe l’apôtre) « dans une justice et une sainteté que produit la vérité ». Par le péché elle est entièrement détruite. Et nous ne pouvons jamais la recouvrer avant d’être « créés de nouveau en Jésus-Christ ». Et c’est là la perfection.
8. Saint Pierre l’exprime d’une manière différente encore, bien que dans le même sens : « puisque celui qui vous a appelés est saint, vous aussi soyez saints dans toute votre conduite. » (1 Pierre 1:15.) Selon cet apôtre, donc, la perfection est un autre nom de la sainteté universelle : justice intérieure et extérieure ; sainteté de la vie, découlant de la sainteté du cœur.
9. S’il peut y avoir des expressions plus fortes que celles-ci, ce sont celles de saint Paul aux Thessaloniciens (1 Thessaloniciens 5:23) : « Que le Dieu de paix vous sanctifie lui-même tout entiers, et que tout votre être, l’esprit, l’âme et le corps, » (c’est la traduction littérale) « soit conservé irrépréhensible, lors de l’avènement de notre Seigneur Jésus-Christ! »
10. Nous ne pouvons manifester cette sanctification d’une manière plus excellente qu’en obéissant à cette exhortation de l’apôtre : « Je vous exhorte, frères, par les compassions de Dieu, à offrir vos corps » (c’est-à-dire vous-mêmes, vos âmes et vos corps ; la partie étant mise pour le tout, par une figure de langage ordinaire) « comme un sacrifice vivant à Dieu » ; à qui vous avez été consacrés, il y a bien des années, par le baptême. Quand ce qui fut alors dévoué est effectivement présenté à Dieu, alors l’homme de Dieu est parfait.
11. Dans le même sens, saint Pierre dit (1 Pierre 2:5) : « Vous êtes un saint sacerdoce, afin d’offrir des victimes spirituelles, agréables à Dieu par Jésus-Christ. » Mais quels sacrifices offrirons-nous maintenant, puisque l’économie juive a pris fin ? Si vous vous êtes vraiment présentés à Dieu, vous lui offrez continuellement toutes vos pensées, vos paroles et vos actions, par le Fils de son amour, comme un sacrifice de louange et d’action de grâces.
12. Ainsi vous éprouvez que celui dont le nom est Jésus ne porte pas ce nom en vain : qu’en fait c’est bien lui qui « sauvera son peuple de ses péchés » ; de la racine comme des branches. Et ce salut du péché, de tout péché, est une autre description de la perfection ; bien qu’à la vérité il n’en exprime que la moindre branche, la plus basse, la partie seulement négative du grand salut.
II. Je me suis proposé, en second lieu, de répondre à quelques objections contre cette description scripturaire de la perfection.
1. Une objection courante est qu’il n’y en a aucune promesse dans la Parole de Dieu. S’il en était ainsi, nous devrions y renoncer ; nous n’aurions aucun fondement sur lequel bâtir : car les promesses de Dieu sont le seul fondement sûr de notre espérance. Mais il y a assurément une promesse très claire et très complète que nous aimerons tous le Seigneur notre Dieu de tout notre cœur. Ainsi nous lisons (Deutéronome 30:6) : « Alors je circoncirai ton cœur et le cœur de ta postérité, et tu aimeras l’Éternel, ton Dieu, de tout ton cœur et de toute ton âme. » Tout aussi expresse est la parole de notre Seigneur, qui n’est pas moins une promesse, quoique sous la forme d’un commandement : « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, et de toute ta pensée. » (Matthieu 22:37.) Aucunes paroles ne peuvent être plus fortes que celles-ci ; aucune promesse ne peut être plus expresse. De même, « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » est une promesse aussi expresse qu’un commandement.
2. Et à la vérité, cette promesse générale et illimitée qui traverse toute l’économie de l’Évangile : « je mettrai mes lois dans leur esprit, je les écrirai dans leur cœur », change tous les commandements en promesses ; et par conséquent celui-ci entre autres : « Ayez en vous les sentiments qui étaient en Jésus-Christ. » Le commandement équivaut ici à une promesse, et nous donne pleine raison d’attendre qu’il opérera en nous ce qu’il exige de nous.
3. Quant au fruit de l’Esprit, l’apôtre, en affirmant que « le fruit de l’Esprit, c’est l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bénignité, la fidélité, la douceur, la tempérance », affirme en effet que le Saint-Esprit opère réellement l’amour, et ces autres dispositions, en ceux qui sont conduits par lui. De sorte qu’ici encore nous avons un terrain ferme où poser le pied, cette parole de l’Écriture équivalant elle aussi à une promesse, et nous assurant que toutes ces choses seront opérées en nous, pourvu que nous soyons conduits par l’Esprit.
4. Et quand l’apôtre dit aux Éphésiens (Éphésiens 4:21–24) : « Vous avez été instruits, conformément à la vérité qui est en Jésus », — « à être renouvelés dans l’esprit de votre intelligence », et « à revêtir l’homme nouveau, créé selon Dieu » — c’est-à-dire selon l’image de Dieu, — « dans une justice et une sainteté que produit la vérité », il ne nous laisse aucun lieu de douter que Dieu ne veuille ainsi « nous renouveler dans l’esprit de notre intelligence », et « nous créer de nouveau » à l’image de Dieu, dans laquelle nous avons été créés au commencement : autrement on ne pourrait pas dire que c’est là « la vérité qui est en Jésus ».
5. Le commandement de Dieu, donné par saint Pierre : « Soyez saints, comme celui qui vous a appelés est saint, dans toute votre conduite » [1 Pierre 1:15], implique la promesse que nous serons ainsi saints, si nous ne manquons pas à nous-mêmes. Rien ne peut manquer de la part de Dieu : comme il nous a appelés à la sainteté, il est sans aucun doute disposé, aussi bien que capable, à opérer en nous cette sainteté. Car il ne peut se jouer de ses créatures impuissantes, en nous appelant à recevoir ce qu’il n’a jamais l’intention de donner. Qu’il nous y appelle, cela est indéniable ; il le donnera donc, si nous ne sommes pas rebelles à la vocation céleste.
6. La prière de saint Paul pour les Thessaloniciens, que Dieu voulût les « sanctifier » entièrement, et « que tout leur être, l’esprit, l’âme et le corps, fût conservé irrépréhensible », sera sans aucun doute exaucée en faveur de tous les enfants de Dieu, aussi bien que de ceux de Thessalonique. Par là, donc, tous les chrétiens sont encouragés à attendre la même bénédiction « du Dieu de paix » ; à savoir, qu’eux aussi seront « sanctifiés entièrement, dans l’esprit, l’âme et le corps » ; et que « tout leur être sera conservé irrépréhensible lors de l’avènement de notre Seigneur Jésus-Christ ». [1 Thessaloniciens 5:23]
7. Mais la grande question est de savoir s’il y a dans l’Écriture quelque promesse que nous serons sauvés du péché. Sans aucun doute, il y en a. Telle est cette promesse (Psaume 130:8) : « C’est lui qui rachètera Israël De toutes ses iniquités. » exactement correspondante à ces paroles de l’ange : « c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. » Et assurément « il peut sauver parfaitement ceux qui s’approchent de Dieu par lui ». Telle est cette glorieuse promesse donnée par le prophète Ézéchiel (Ézéchiel 36:25–27) : « Je répandrai sur vous une eau pure, et vous serez purifiés; je vous purifierai de toutes vos souillures et de toutes vos idoles. Je vous donnerai un cœur nouveau, et je mettrai en vous un esprit nouveau; j’ôterai de votre corps le cœur de pierre, et je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai mon esprit en vous, et je ferai en sorte que vous suiviez mes ordonnances, et que vous observiez et pratiquiez mes lois. » Telle est (pour n’en pas citer davantage) celle que prononça Zacharie (Luc 1:73–75) : « Selon le serment par lequel il avait juré à Abraham, notre père, De nous permettre, après que nous serions délivrés de la main de nos ennemis, » (et tels sont, sans doute, tous nos péchés) « De le servir sans crainte, En marchant devant lui dans la sainteté et dans la justice tous les jours de notre vie. » La dernière partie de cette promesse mérite particulièrement notre attention. De peur que quelqu’un ne dise : « Il est vrai, nous serons sauvés de nos péchés quand nous mourrons », cette clause est remarquablement ajoutée, comme exprès pour prévenir ce prétexte : tous les jours de notre vie. Avec quelle modestie peut-on donc affirmer que personne ne jouira de cette liberté avant la mort ?
8. « Mais, disent quelques-uns, ce ne peut être là le sens de ces paroles ; car la chose est impossible. » Elle est impossible aux hommes : mais ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu. « Non, mais cela est impossible par sa nature même : car il y a contradiction à ce qu’un homme soit sauvé de tout péché tandis qu’il est dans un corps pécheur. »
Il y a beaucoup de force dans cette objection. Et peut-être accordons-nous la plus grande partie de ce que vous soutenez. Nous avons déjà accordé que, tant que nous sommes dans le corps, nous ne pouvons être entièrement exempts d’erreur. Malgré tout notre soin, nous serons encore exposés à juger faussement en bien des cas. Et une erreur de jugement occasionnera très souvent une erreur de conduite. Bien plus, un jugement erroné peut occasionner dans les dispositions ou dans les passions quelque chose qui ne soit pas strictement droit. Il peut occasionner une crainte inutile, ou une espérance mal fondée, un amour déraisonnable, ou une aversion déraisonnable. Mais tout cela n’est nullement incompatible avec la perfection décrite plus haut.
9. Vous dites : « Si, cela est incompatible avec le dernier article : cela ne peut s’accorder avec le salut du péché. » Je réponds : cela s’accorde parfaitement avec le salut du péché, selon cette définition du péché (que je crois être la définition scripturaire) : une transgression volontaire d’une loi connue. « Non, mais toutes les transgressions de la loi de Dieu, volontaires ou involontaires, sont péché : car saint Jean dit : “Tout péché est transgression de la loi.” » C’est vrai ; mais il ne dit pas : Toute transgression de la loi est péché. Voilà ce que je nie : que celui qui le peut le prouve.
À dire vrai, c’est là une pure dispute de mots. Vous dites que personne n’est sauvé du péché dans votre sens du mot ; mais je n’admets pas ce sens, parce que le mot n’est jamais pris ainsi dans l’Écriture. Et vous ne pouvez nier la possibilité d’être sauvé du péché dans mon sens du mot. Et c’est le sens dans lequel le mot péché est pris maintes et maintes fois dans l’Écriture.
« Mais assurément nous ne pouvons être sauvés du péché tandis que nous habitons dans un corps pécheur. » Un corps pécheur ? Remarquez, je vous prie, combien cette expression est profondément ambiguë, combien elle est équivoque ! Mais elle n’a aucune autorité dans l’Écriture : le mot corps pécheur ne s’y trouve jamais. Et, comme il est totalement non scripturaire, il est aussi manifestement absurde. Car aucun corps, aucune matière d’aucune sorte, ne peut être pécheur : les esprits seuls sont capables de pécher. Dans quelle partie du corps, je vous prie, le péché devrait-il se loger ? Il ne peut se loger dans la peau, ni dans les muscles, ni dans les nerfs, ni dans les veines, ni dans les artères ; il ne peut être dans les os, pas plus que dans les cheveux ou dans les ongles. L’âme seule peut être le siège du péché.
10. « Mais saint Paul lui-même ne dit-il pas : “Ceux qui sont dans la chair ne sauraient plaire à Dieu” ? » Je crains que le son de ces paroles n’ait trompé bien des âmes imprudentes, à qui l’on a dit que ces mots : ceux qui sont dans la chair, signifient la même chose que ceux qui sont dans le corps. Non ; rien de moins. La chair, dans ce texte, ne signifie pas plus le corps qu’elle ne signifie l’âme. Abel, Énoch, Abraham, oui, toute cette nuée de témoins énumérés par saint Paul au onzième chapitre de l’épître aux Hébreux, plurent réellement à Dieu tandis qu’ils étaient dans le corps, comme il l’atteste lui-même. L’expression, ici, ne signifie donc ni plus ni moins que ceux qui sont incrédules, ceux qui sont dans leur état naturel, ceux qui sont sans Dieu dans le monde.
11. Mais considérons la raison de la chose. Pourquoi le Tout-Puissant ne peut-il sanctifier l’âme tandis qu’elle est dans le corps ? Ne peut-il pas vous sanctifier tandis que vous êtes dans cette maison, aussi bien qu’en plein air ? Les murs de brique ou de pierre peuvent-ils l’en empêcher ? Pas plus ces murs de chair et de sang ne peuvent l’empêcher un seul instant de vous sanctifier entièrement. Il peut tout aussi aisément vous sauver de tout péché dans le corps que hors du corps.
« Mais a-t-il promis de nous sauver ainsi du péché tandis que nous sommes dans le corps ? » Sans aucun doute : car une promesse est impliquée dans chaque commandement de Dieu ; par conséquent dans celui-ci : « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, et de toute ta pensée. » Car ce commandement, comme tout autre, est donné non aux morts, mais aux vivants. Cela est exprimé dans les paroles citées plus haut, que nous marcherions « dans la sainteté devant lui tous les jours de notre vie ».
Je me suis arrêté plus longuement sur ce point parce que c’est le grand argument de ceux qui s’opposent au salut du péché ; et aussi parce qu’on n’y a pas répondu si fréquemment ni si complètement : tandis qu’on a répondu cent fois aux arguments tirés de l’Écriture.
12. Mais il reste une objection plus spécieuse encore, tirée de l’expérience : c’est qu’il n’y a aucun témoin vivant de ce salut du péché. En réponse à cela, j’accorde :
(1.) Qu’il n’y en a pas beaucoup. En ce sens aussi, il n’y a pas plusieurs pères. Telle est la dureté de notre cœur, telle notre lenteur à croire ce qu’ont dit les prophètes et les apôtres, qu’il y a peu, extrêmement peu, de vrais témoins du grand salut.
(2.) J’accorde qu’il y a de faux témoins, qui ou bien se trompent eux-mêmes et parlent de choses qu’ils ne connaissent pas, ou bien « disent des mensonges avec hypocrisie ». Et je me suis souvent étonné que nous n’en ayons pas davantage des deux sortes. Il n’est pas étrange que des hommes d’une imagination ardente se trompent eux-mêmes en cette matière. Beaucoup en font autant à l’égard de la justification : ils s’imaginent être justifiés, et ne le sont pas. Mais, bien que beaucoup se l’imaginent faussement, il y en a cependant qui sont vraiment justifiés. Et de même, bien que beaucoup s’imaginent être sanctifiés, et ne le soient pas, il y en a cependant qui sont réellement sanctifiés.
(3.) J’accorde que quelques-uns qui ont joui autrefois du plein salut l’ont maintenant entièrement perdu. Ils marchaient autrefois dans une glorieuse liberté, donnant à Dieu leur cœur tout entier, « toujours joyeux, priant sans cesse, et rendant grâces en toutes choses ». Mais c’est passé. Ils sont maintenant dépouillés de leur force, et devenus comme les autres hommes. Peut-être ne renoncent-ils pas à leur confiance ; ils ont encore le sentiment de son amour qui pardonne. Mais cela même est souvent assailli de doutes et de craintes, de sorte qu’ils le tiennent d’une main tremblante.
13. « Mais justement, disent quelques hommes pieux et sensés, c’est là précisément ce que nous soutenons. Nous accordons qu’il peut plaire à Dieu de rendre quelques-uns de ses enfants, pour un temps, ineffablement saints et heureux. Nous ne nierons pas qu’ils puissent jouir de toute la sainteté et de tout le bonheur dont vous parlez. Mais ce n’est que pour un temps : Dieu n’a jamais voulu que cela durât jusqu’à la fin de leur vie. Par conséquent, le péché n’est que suspendu : il n’est pas détruit. »
Voilà ce que vous affirmez. Mais c’est une chose d’une si grande importance qu’on ne peut l’admettre sans une preuve claire et convaincante. Et où est la preuve ? Nous savons qu’en général « les dons et l’appel de Dieu sont sans repentance ». Il ne se repent d’aucun des dons qu’il a accordés aux enfants des hommes. Et comment le contraire paraît-il à l’égard de ce don particulier de Dieu ? Pourquoi imaginerions-nous qu’il fera une exception à l’égard du plus précieux de tous ses dons de ce côté-ci du ciel ? N’est-il pas aussi capable de nous le donner toujours que de nous le donner une fois ? aussi capable de le donner pour cinquante ans que pour un jour ? Et comment peut-on prouver qu’il ne veut pas continuer cette bonté qui est la sienne ? Comment cette supposition, qu’il ne le veut pas, s’accorde-t-elle avec l’affirmation positive de l’apôtre ? lequel, après avoir exhorté les chrétiens de Thessalonique, et en eux tous les chrétiens de tous les siècles, en ces termes : « Soyez toujours joyeux. Priez sans cesse. Rendez grâces en toutes choses, » — ajoute aussitôt (comme exprès pour répondre à ceux qui niaient, non la puissance, mais la volonté de Dieu d’opérer cela en eux) : « car c’est à votre égard la volonté de Dieu en Jésus-Christ. » Bien plus, il est remarquable qu’après avoir prononcé cette glorieuse promesse (car c’en est proprement une) au vingt-troisième verset : « Le Dieu de paix lui-même vous sanctifiera tout entiers ; et tout votre être » (c’est ainsi qu’il y a dans l’original) « l’esprit, l’âme et le corps, sera conservé irrépréhensible jusqu’à l’avènement du Seigneur Jésus-Christ », il ajoute encore : « Celui qui vous a appelés est fidèle, et c’est lui qui le fera. » [1 Thessaloniciens 5:23–24] Non seulement il vous sanctifiera tout entiers, mais il vous conservera dans cet état jusqu’à ce qu’il vienne vous prendre auprès de lui.
14. À cela s’accorde le simple fait. Plusieurs personnes ont joui de cette bénédiction, sans aucune interruption, pendant bien des années. Plusieurs en jouissent aujourd’hui. Et un bon nombre en ont joui jusqu’à leur mort, comme elles l’ont déclaré à leur dernier soupir ; attestant avec calme que Dieu les avait sauvées de tout péché jusqu’à ce que leur esprit retournât à Dieu.
15. Quant à tout le chapitre des objections tirées de l’expérience, je désire qu’on observe encore ceci : ou bien les personnes à qui l’on objecte ont atteint la perfection chrétienne, ou bien elles ne l’ont pas atteinte. Si elles ne l’ont pas atteinte, toutes les objections qu’on porte contre elles tombent à côté du but. Car ce ne sont pas les personnes dont nous parlons : donc, quoi qu’elles soient ou qu’elles fassent, cela est hors de la question. Mais si elles l’ont atteinte, si elles répondent à la description donnée sous les neuf articles qui précèdent, aucune objection raisonnable ne peut être portée contre elles. Elles sont au-dessus de toute censure ; et « toute langue qui s’élèvera contre elles, elles la condamneront entièrement ».
16. « Mais je n’en ai jamais vu un seul, reprend l’objecteur, qui répondît à l’idée que je me fais de la perfection. » Il se peut. Et il est probable (comme je l’ai fait observer ailleurs) que vous n’en verrez jamais. Car votre idée renferme beaucoup trop ; jusqu’à l’exemption de ces infirmités qui sont inséparables d’un esprit uni à la chair et au sang. Mais si vous vous en tenez à la description donnée plus haut, et que vous fassiez la part de la faiblesse de l’intelligence humaine, vous pourrez voir aujourd’hui même des exemples indéniables d’une perfection authentique et scripturaire.
III. 1. Il ne reste plus, en troisième lieu, qu’à adresser quelques remontrances aux adversaires de cette perfection.
Permettez-moi maintenant de vous demander : pourquoi êtes-vous si irrités contre ceux qui font profession de l’avoir atteinte ? et si furieux (je ne puis lui donner un nom plus doux) contre la perfection chrétienne ? — contre le plus glorieux don que Dieu ait jamais fait aux enfants des hommes sur la terre ? Regardez-la sous chacun des points de vue qui précèdent, et voyez ce qu’elle contient d’odieux ou de terrible ; ce qui soit de nature à exciter la haine ou la crainte chez une créature raisonnable.
Quelle objection raisonnable pouvez-vous avoir contre l’amour du Seigneur votre Dieu de tout votre cœur ? Pourquoi auriez-vous de l’aversion pour cela ? Pourquoi le craindriez-vous ? Cela vous ferait-il quelque tort ? Cela diminuerait-il votre bonheur, soit dans ce monde, soit dans le monde à venir ? Et pourquoi ne voudriez-vous pas que d’autres lui donnent leur cœur tout entier ? ou qu’ils aiment leur prochain comme eux-mêmes ? oui, « comme Christ nous a aimés » ? Cela est-il détestable ? Est-ce là l’objet propre de la haine ? Ou n’est-ce pas la chose la plus aimable qui soit sous le soleil ? Est-ce de nature à inspirer la terreur ? N’est-ce pas plutôt désirable au plus haut degré ?
2. Pourquoi avez-vous une telle aversion à avoir en vous tous « les sentiments qui étaient en Jésus-Christ » ? — toutes les affections, toutes les dispositions qui étaient en lui pendant qu’il habitait parmi les hommes ? Pourquoi craindriez-vous cela ? Vous en trouveriez-vous plus mal, si Dieu opérait en vous, à cette heure même, tous les sentiments qui étaient en lui ? Sinon, pourquoi empêcheriez-vous les autres de rechercher cette bénédiction ? ou seriez-vous mécontents de ceux qui pensent l’avoir atteinte ? Est-il rien de plus aimable ? rien de plus désirable pour tout enfant des hommes ?
3. Pourquoi avez-vous de l’aversion à posséder tout entier « le fruit de l’Esprit ? — l’amour, la joie, la paix ; la patience, la douceur, la bénignité, la fidélité, la bonté, la tempérance » ? Pourquoi craindriez-vous d’avoir toutes ces grâces plantées au plus profond de votre âme ? Comme « la loi n’est pas contre ces choses », il ne peut y avoir non plus aucune objection raisonnable. Assurément rien n’est plus désirable que de voir toutes ces dispositions prendre profondément racine dans votre cœur ; bien plus, dans les cœurs de tous ceux qui prononcent le nom de Christ ; oui, de tous les habitants de la terre.
4. Quelle raison avez-vous de craindre, ou d’avoir de l’aversion pour le fait d’être « renouvelés selon » toute « l’image de celui qui vous a créés » ? Cela n’est-il pas plus désirable que quoi que ce soit sous le ciel ? N’est-ce pas souverainement aimable ? Que pouvez-vous souhaiter en comparaison de cela, soit pour votre propre âme, soit pour ceux pour qui vous avez l’affection la plus forte et la plus tendre ? Et quand vous en jouirez, que restera-t-il, sinon d’être « transformés de gloire en gloire, par l’Esprit du Seigneur » ?
5. Pourquoi auriez-vous de l’aversion pour la sainteté universelle, — la même chose sous un autre nom ? Pourquoi nourririez-vous quelque préjugé contre elle, ou la regarderiez-vous avec appréhension ? que vous entendiez par ce terme une conformité intérieure à toute l’image et à toute la volonté de Dieu, ou une conduite extérieure répondant en tout point à cette conformité. Pouvez-vous concevoir quelque chose de plus aimable ? quelque chose de plus désirable ? Mettez de côté le préjugé, et assurément vous désirerez la voir répandue sur toute la terre.
6. La perfection (pour varier l’expression) consiste-t-elle à être « sanctifiés entièrement, dans l’esprit, l’âme et le corps » ? Quel ami de Dieu et des hommes peut avoir de l’aversion pour cela, ou en concevoir une appréhension effrayante ? N’est-ce pas, dans vos meilleurs moments, votre désir d’être tout d’une pièce ? — entièrement d’accord avec vous-même ? — tout foi, tout douceur et tout amour ? Et, supposé que vous fussiez une fois en possession de cette glorieuse liberté, ne souhaiteriez-vous pas d’y demeurer ? — d’être conservé « irrépréhensible, lors de l’avènement de notre Seigneur Jésus-Christ » ?
7. Pour quelle raison, vous qui êtes enfants de Dieu, auriez-vous de l’aversion, ou de la crainte, à vous présenter vous-mêmes, vos âmes et vos corps, comme un sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu ? — à Dieu votre Créateur, votre Rédempteur, votre Sanctificateur ? Peut-il y avoir rien de plus désirable que cette entière consécration de soi-même à lui ? Et n’est-ce pas votre souhait que tout le genre humain s’unisse dans ce « culte raisonnable » ? Assurément personne ne peut avoir de l’aversion pour cela sans être un ennemi de tout le genre humain.
8. Et pourquoi craindriez-vous, ou auriez-vous de l’aversion pour ce qui y est naturellement impliqué ; à savoir, l’offrande de toutes nos pensées, de nos paroles et de nos actions, comme un sacrifice spirituel à Dieu, agréable à lui par le sang et l’intercession de son Fils bien-aimé ? Assurément vous ne pouvez nier que cela ne soit bon et utile aux hommes, aussi bien qu’agréable à Dieu. Ne devriez-vous donc pas prier avec ferveur afin que vous-même et tout le genre humain l’adoriez ainsi en esprit et en vérité ?
9. Permettez-moi de vous poser encore une question. Pourquoi un homme de raison et de religion aurait-il de la crainte ou de l’aversion pour le salut de tout péché ? Le péché n’est-il pas le plus grand mal de ce côté-ci de l’enfer ? Et s’il en est ainsi, ne s’ensuit-il pas naturellement qu’une entière délivrance du péché est l’une des plus grandes bénédictions de ce côté-ci du ciel ? Avec quelle ardeur tous les enfants de Dieu devraient-ils donc la demander ! Par péché j’entends une transgression volontaire d’une loi connue. Avez-vous de l’aversion à être délivré de cela ? Craignez-vous une telle délivrance ? Aimez-vous donc le péché, pour être si peu disposé à vous en séparer ? Assurément non. Vous n’aimez ni le diable ni ses œuvres. Vous souhaitez plutôt en être entièrement délivré, voir le péché déraciné de votre vie et de votre cœur.
10. J’ai souvent observé, et non sans surprise, que les adversaires de la perfection sont plus véhéments contre elle quand on la présente sous ce point de vue que sous tout autre. Ils accorderont tout ce que vous direz de l’amour de Dieu et des hommes ; des sentiments qui étaient en Christ ; du fruit de l’Esprit ; de l’image de Dieu ; de la sainteté universelle ; de l’entière consécration de soi-même ; de la sanctification dans l’esprit, l’âme et le corps ; oui, et de l’offrande de toutes nos pensées, de nos paroles et de nos actions comme un sacrifice à Dieu ; — ils accorderont tout cela, pourvu que nous accordions que le péché, un peu de péché, demeure en nous jusqu’à la mort.
11. Comparez, je vous prie, cela avec ce passage remarquable de la « Guerre sainte » de John Bunyan. « Quand Emmanuel, dit-il, eut chassé Diabolus et toutes ses forces de la ville d’Âme-Humaine, Diabolus présenta une requête à Emmanuel, demandant qu’on lui laissât seulement une petite partie de la ville. Comme cela fut rejeté, il supplia qu’on lui laissât seulement une petite place dans l’enceinte des murs. Mais Emmanuel répondit : « Il n’aurait aucune place du tout ; non, pas même de quoi poser la plante de son pied.
Le bon vieillard ne s’était-il pas oublié lui-même ? La force de la vérité ne l’emporta-t-elle pas ici sur lui au point de renverser entièrement son propre système ? — au point d’affirmer la perfection de la manière la plus claire ? Car si ce n’est pas là le salut du péché, je ne sais ce que c’est.
12. « Non, dit un grand homme, c’est là l’erreur des erreurs : je la hais de tout mon cœur. Je la poursuis par tout le monde par le fer et par le feu. » Mais pourquoi tant de véhémence ? Pensez-vous sérieusement qu’il n’y ait sous le ciel aucune erreur égale à celle-ci ? Il y a là quelque chose que je ne puis comprendre. Pourquoi ceux qui s’opposent au salut du péché (à quelques exceptions près) sont-ils si ardents, — j’allais presque dire furieux ? Combattez-vous pro aris et focis ? « pour Dieu et pour votre patrie » ? pour tout ce que vous avez au monde ? pour tout ce qui vous est proche et cher ? pour votre liberté, pour votre vie ? Au nom de Dieu, pourquoi aimez-vous tant le péché ? Quel bien vous a-t-il jamais fait ? quel bien est-il jamais susceptible de vous faire, soit dans ce monde, soit dans le monde à venir ? Et pourquoi êtes-vous si violents contre ceux qui espèrent en être délivrés ? Ayez patience avec nous, si nous sommes dans l’erreur ; oui, permettez-nous de jouir de notre erreur. Si même nous ne devions pas y parvenir, l’attente même de cette délivrance nous donne une consolation présente ; oui, et nous fournit de la force pour résister à ces ennemis que nous espérons vaincre. Si vous pouviez nous persuader de désespérer de cette victoire, nous abandonnerions le combat. Or « c’est en espérance que nous sommes sauvés » : de cette espérance même jaillit un degré de salut. Ne vous irritez pas contre ceux qui sont felices errore suo, « heureux dans leur erreur ». Autrement, que leur opinion soit juste ou fausse, votre disposition est indéniablement coupable. Supportez-nous donc, comme nous vous supportons ; et voyez si le Seigneur ne nous délivrera pas ! s’il n’est pas capable, oui, et disposé, à « sauver parfaitement ceux qui s’approchent de Dieu par lui ». [Tunbridge Wells, 6 décembre 1784]
Chapitre 77 terminé
Sur la perfection