Sermons sur divers sujets
Sur le schisme

Chapitre 76 · 22 min de lecture · 28 min d’écoute

Sur le schisme

Sermon 75

Sur le schisme

« afin qu’il n’y ait pas de schisme dans le corps. »

1 Corinthiens 12:25.

1. S’il est dans la langue anglaise un mot aussi équivoque et aussi indéterminé dans son sens que le mot Église, c’en est un qui lui est étroitement apparenté, — le mot schisme. Il a été le sujet d’innombrables disputes depuis plusieurs centaines d’années ; et des livres presque innombrables ont été écrits à son sujet dans toutes les parties du monde chrétien. Une très grande partie d’entre eux ont été publiés dans notre pays, particulièrement au cours du siècle dernier et au commencement de celui-ci : et des personnes du plus solide entendement et de la plus consommée érudition ont épuisé toutes leurs forces sur cette question, tant dans la conversation que dans leurs écrits. Cela a paru plus nécessaire que jamais depuis la grande séparation des Églises réformées d’avec l’Église romaine. C’est une accusation que les membres de cette Église ne manquent jamais de porter contre tous ceux qui se séparent d’elle ; et qui, par conséquent, a occupé la pensée et la plume des plus habiles controversistes des deux côtés. Et ceux de chaque parti, en entrant en lice, se sont en général tenus assurés de la victoire, supposant que la force de leurs arguments était si grande qu’il était impossible à des hommes raisonnables d’y résister.

2. Mais il est à remarquer que bien peu de bien a été fait par toutes ces controverses. Très peu des controversistes les plus ardents et les plus habiles ont pu convaincre leurs adversaires. Après tout ce qui a pu être dit, les papistes sont toujours papistes, et les protestants toujours protestants. Et le même succès a accompagné ceux qui ont disputé si véhémentement au sujet de la séparation d’avec l’Église d’Angleterre. Ceux qui se séparaient d’elle étaient ardemment accusés de schisme ; ils repoussaient l’accusation avec la même ardeur ; et à peine quelques-uns purent-ils convaincre leurs adversaires, d’un côté ou de l’autre.

3. Une grande raison pour laquelle cette controverse a été si stérile, pour laquelle si peu de gens, d’un côté comme de l’autre, ont été convaincus, la voici : ils s’accordaient rarement sur le sens du mot dont ils disputaient ; et s’ils ne fixaient pas ce sens, s’ils ne définissaient pas le terme avant de commencer à en disputer, ils pouvaient continuer la dispute jusqu’à la fin de leur vie sans avancer d’un seul pas ; sans se rapprocher le moins du monde les uns des autres, plus qu’au moment où ils s’étaient mis en route.

4. Ce doit pourtant être un point d’une importance considérable, sans quoi saint Paul n’en aurait pas parlé si sérieusement. Il est donc très nécessaire que nous considérions :

I. La nature, et ,

II. Le mal du schisme.

I. 1. Il est d’autant plus nécessaire de le faire que, parmi les livres sans nombre qui ont été écrits sur ce sujet, tant par les romanistes que par les protestants, il est difficile d’en trouver un qui le définisse d’une manière scripturaire. Tout le corps des catholiques romains définit le schisme : une séparation d’avec l’Église de Rome ; et presque tous nos propres auteurs le définissent : une séparation d’avec l’Église d’Angleterre. Ainsi les uns et les autres partent d’un mauvais pied, et trébuchent dès le seuil. C’est ce qui apparaîtra aisément à quiconque considère avec calme les divers textes où le mot « schisme » se rencontre : de toute leur teneur il ressort manifestement que ce n’est pas une séparation d’avec une Église (qu’elle soit générale ou particulière, l’Église catholique ou une Église nationale), mais une séparation dans une Église.

2. Commençons par le premier verset où saint Paul se sert de ce mot. C’est le dixième verset du premier chapitre de sa première épître aux Corinthiens. Voici les paroles : « Je vous exhorte, frères, par le nom de notre Seigneur Jésus-Christ, à tenir tous un même langage, et à ne point avoir de schismes » (le mot original est schismata) « parmi vous ». Peut-il y avoir rien de plus clair que ceci : les schismes dont il est ici parlé n’étaient pas des séparations d’avec l’Église de Corinthe, mais des divisions dans cette Église ? Aussi est-il dit ensuite : « mais à être parfaitement unis dans un même esprit et dans un même sentiment. » Vous voyez ici qu’une union d’esprit et de sentiment était l’exact opposé du schisme corinthien. Celui-ci, par conséquent, n’était pas une séparation d’avec l’Église ou la société chrétienne de Corinthe ; mais une séparation dans l’Église ; une désunion d’esprit et de sentiment (peut-être aussi d’affection) parmi ceux qui, malgré cela, demeuraient extérieurement unis comme auparavant.

3. De quelle nature était ce schisme de Corinthe, c’est ce que déterminent plus clairement encore (si quelque chose peut être plus clair) les paroles qui suivent immédiatement : « Je veux dire que », — voici le schisme dont je parle ; vous êtes partagés en partis séparés ; les uns d’entre vous parlant en faveur d’un prédicateur, les autres d’un autre, — « chacun de vous parle ainsi » (verset 12) « Moi, je suis de Paul! Et moi, d’Apollos! Et moi, de Céphas! », c’est-à-dire Pierre. Qui ne voit donc que le schisme pour lequel l’apôtre reprend ici les Corinthiens n’est ni plus ni moins que la division en plusieurs partis, selon qu’ils donnaient la préférence à tel ou tel prédicateur ? Et c’est contre cette espèce de schisme qu’il y aura lieu de se tenir en garde dans toute communauté religieuse.

4. Le second passage où l’apôtre emploie ce mot se trouve au dix-huitième verset du onzième chapitre de cette épître : « lorsque vous vous réunissez en assemblée », l’assemblée chrétienne, « j’apprends que, il y a parmi vous des divisions » (le mot original est ici aussi schismata, schismes). Mais quels étaient ces schismes ? L’apôtre vous le dit aussitôt (verset 20) : « Lorsque vous vous réunissez », déclarant que votre dessein est de « manger le repas du Seigneur, chacun de vous prend avant les autres son propre repas », comme s’il s’agissait d’un repas ordinaire. Quel était donc le schisme ? Il semble qu’en agissant ainsi ils se partageaient en petits groupes qui nourrissaient de la colère et du ressentiment les uns contre les autres, même en ce moment solennel.

5. Ne peut-on pas remarquer (pour faire ici une petite digression en faveur de ceux qui sont troublés de scrupules inutiles sur ce point) que le péché dont l’apôtre accuse, dans ce chapitre, les communiants de Corinthe est ordinairement tout à fait mal compris ? C’était précisément ceci, et rien d’autre : « prendre chacun avant les autres son propre repas » ; et d’une manière si choquante que, tandis que « l’un avait faim, l’autre était ivre ». En faisant cela, dit-il, « vous mangez et buvez » (non pas « la damnation » : traduction indigne de ce mot, mais) un jugement, un jugement temporel, « contre vous-mêmes » ; ce qui parfois abrégeait leur vie. « C’est pour cela » — pour avoir péché de cette manière indigne — « qu’il y a parmi vous beaucoup d’infirmes et de malades ». Remarquez ici deux choses : premièrement, quel était le péché des Corinthiens ? Remarquez-le bien, et souvenez-vous-en. C’était de prendre chacun avant les autres son propre repas ; de sorte que, tandis que l’un avait faim, l’autre était ivre. Secondement, quel était le châtiment ? C’était la faiblesse et la maladie du corps, qui, sans repentance, pouvaient aboutir à la mort. Mais qu’est-ce que cela a à faire avec vous ? Vous ne pouvez pas commettre leur péché : vous ne pouvez donc pas encourir leur châtiment.

6. Mais revenons à notre sujet. Il mérite d’être sérieusement remarqué que, dans ce chapitre, l’apôtre emploie le mot « hérésies » comme l’équivalent exact du mot « schismes ». « J’apprends, dit-il (verset 18), qu’il y a parmi vous des schismes, et je le crois en partie » ; puis il ajoute (verset 19) : « car il faut qu’il y ait des hérésies » (autre mot pour la même chose) « parmi vous, afin que ceux qui sont approuvés soient reconnus comme tels au milieu de vous ». Comme s’il avait dit : « La sagesse de Dieu permet qu’il en soit ainsi, dans ce but, — pour que soient clairement manifestés ceux dont le cœur est droit devant lui. » Ce mot donc (hérésie), qui a été si étrangement détourné de son sens depuis bien des siècles, comme s’il signifiait des opinions erronées, des opinions contraires à la foi qui a été transmise aux saints, — qui a servi de prétexte pour détruire des villes, dépeupler des pays et répandre des mers de sang innocent, — n’a pas le moindre rapport avec les opinions, qu’elles soient justes ou fausses. Il signifie simplement, partout où il se trouve dans l’Écriture, des divisions ou des partis dans une communauté religieuse.

7. Le troisième et le seul autre passage de cette épître où l’apôtre emploie ce mot est le vingt-cinquième verset du douzième chapitre ; où, parlant de l’Église (il semble entendre l’Église universelle, le corps entier de Christ), il observe que « Dieu a disposé le corps de manière à donner plus d’honneur à ce qui en manquait, afin qu’il n’y ait pas de schisme dans le corps » (versets 24, 25). Il fixe aussitôt le sens de ses propres paroles : « mais que les membres aient également soin les uns des autres. Et si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui; si un membre est honoré, tous les membres se réjouissent avec lui. » Nous pouvons aisément observer que le mot schisme signifie ici le manque de ce tendre soin des uns pour les autres. Il désigne sans aucun doute un éloignement d’affection chez quelques-uns d’entre eux à l’égard de leurs frères ; une division des cœurs, et des partis qui en naissent, bien qu’ils fussent encore extérieurement unis ensemble ; bien qu’ils demeurassent encore membres de la même société extérieure.

8. Mais il semble y avoir une objection considérable contre la supposition que l’hérésie et le schisme signifient la même chose. On dit que saint Pierre, au deuxième chapitre de sa seconde épître, prend le mot hérésies dans un sens tout différent. Voici ses paroles (verset 1) : « Il y aura parmi vous de faux docteurs, qui introduiront des hérésies damnables », ou pernicieuses, « reniant le Seigneur qui les a rachetés ». Il ne paraît nullement que saint Pierre prenne ici le mot hérésies dans un autre sens que saint Paul. Même dans ce passage, il ne paraît avoir aucun rapport avec des opinions, bonnes ou mauvaises. Il signifie plutôt : ils « introduiront », ou susciteront, des partis ou des sectes pernicieuses (c’est ainsi que le rend la version française ordinaire), qui « renient le Seigneur qui les a rachetés ». De telles sectes pullulent aujourd’hui dans tout le monde chrétien.

9. Je serai reconnaissant à quiconque voudra m’indiquer, dans les écrits inspirés, quelque autre passage où se trouve ce mot « schisme ». Je ne me souviens que de ces trois-là. Et il est évident à tout lecteur impartial qu’il ne signifie, dans aucun d’eux, une séparation d’avec une Église ou un corps de chrétiens, que ce soit avec ou sans motif. De sorte que les peines immenses que se sont données papistes et protestants, en écrivant des volumes entiers contre le schisme entendu comme une séparation, soit d’avec l’Église de Rome, soit d’avec l’Église d’Angleterre, déployant toutes leurs forces et mettant en œuvre toute leur érudition, ont été employées fort inutilement. Ils ont combattu des ombres qu’ils avaient eux-mêmes suscitées ; ils ont violemment attaqué un péché qui n’existait que dans leur propre imagination ; qui n’est pas une seule fois défendu, non, ni même une seule fois mentionné, ni dans l’Ancien ni dans le Nouveau Testament.

10. « Mais n’y a-t-il aucun péché qui ressemble à ce que tant d’auteurs savants et pieux ont appelé schisme, et contre lequel tous les membres des communautés religieuses ont besoin de se tenir soigneusement en garde ? » Je ne doute pas qu’il n’y en ait un ; et je ne saurais dire si celui-ci aussi ne peut pas, en un sens éloigné, être appelé schisme : je veux dire « une séparation sans motif d’avec un corps de chrétiens vivants ». Il n’y a aucune absurdité à prendre le mot en ce sens, bien qu’il ne soit pas strictement scripturaire. Et il est certain que tous les membres des communautés chrétiennes doivent se tenir soigneusement en garde contre cela. Car, si petite que la chose puisse paraître, et si innocente qu’on puisse l’estimer, le schisme, même en ce sens, est à la fois mauvais en lui-même et fécond en conséquences mauvaises.

11. Il est mauvais en lui-même. Nous séparer d’un corps de chrétiens vivants avec lesquels nous étions auparavant unis, c’est une grave violation de la loi d’amour. C’est la nature de l’amour de nous unir ensemble ; et plus l’amour est grand, plus l’union est étroite. Et tant que l’amour demeure dans sa force, rien ne peut diviser ceux que l’amour a unis. C’est seulement quand notre amour se refroidit que nous pouvons songer à nous séparer de nos frères. Et c’est certainement le cas de tous ceux qui se séparent volontairement de leurs frères chrétiens. Les prétextes de séparation peuvent être innombrables, mais le manque d’amour en est toujours la vraie cause ; autrement, ils garderaient encore l’unité de l’esprit par le lien de la paix. C’est donc contraire à tous ces commandements de Dieu où l’amour fraternel est prescrit : à celui de saint Paul : « Persévérez dans l’amour fraternel. » — à celui de saint Jean : « Mes enfants bien-aimés, aimez-vous les uns les autres » ; — et surtout à celui de notre bienheureux Maître : « C’est ici mon commandement: Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés. » Bien plus : « A ceci », dit-il, « tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour les uns pour les autres. »

12. Et comme une telle séparation est mauvaise en elle-même, étant une violation de l’amour fraternel, elle porte aussi de mauvais fruits ; elle produit naturellement les conséquences les plus funestes. Elle ouvre la porte à toutes les dispositions malveillantes, en nous-mêmes et chez les autres. Elle mène tout droit à toute une suite de mauvais soupçons, à des jugements sévères et peu charitables des uns sur les autres. Elle donne occasion à l’offense, à la colère et au ressentiment, peut-être en nous-mêmes aussi bien que chez nos frères ; ce qui, si l’on ne l’arrête aussitôt, peut aboutir à l’amertume, à la malice et à une haine invétérée ; créant un enfer présent partout où ces choses se trouvent, comme prélude de l’enfer éternel.

13. Mais les fâcheuses conséquences, même de cette espèce de schisme, ne s’arrêtent pas au cœur. Les mauvaises dispositions ne peuvent demeurer longtemps au-dedans sans produire un fruit au-dehors. C’est de l’abondance du cœur que la bouche parle. De même que celui dont le cœur est plein d’amour ouvre la bouche avec sagesse, et que la loi de la bonté est sur ses lèvres ; de même celui dont le cœur est plein de préjugés, de colère, de soupçons ou de quelque mauvaise disposition ouvrira sûrement la bouche d’une manière conforme à la disposition de son esprit. Et de là naîtront, sinon le mensonge et la calomnie (qu’on évitera pourtant difficilement), des paroles amères, des rapports, des médisances et des propos malveillants de toute sorte.

14. Des mauvaises paroles, des rapports, des médisances et des propos malveillants, que de mauvaises œuvres découleront naturellement ! La colère, la jalousie, l’envie, les mauvaises dispositions de toute sorte ne s’exhalent pas seulement en paroles, mais poussent continuellement les hommes à toute sorte d’actions impies et injustes. On peut s’attendre à voir sortir de cette source une abondante moisson de toutes les œuvres des ténèbres ; par lesquelles, à la fin, des milliers d’âmes, et non des moindres parmi celles qui marchaient autrefois à la lumière de la face de Dieu, peuvent être détournées du chemin de la paix, et finalement englouties dans la perdition éternelle.

15. Notre bienheureux Seigneur avait bien raison de dire : « Malheur au monde à cause des scandales! » Et pourtant « il est nécessaire qu’il arrive des scandales » : oui, il en naîtra nécessairement en abondance quand une brèche de cette sorte est faite dans une communauté religieuse ; tandis que ceux qui la quittent s’efforcent de se justifier en censurant ceux dont ils se séparent ; et que ceux-ci, de leur côté, renvoient l’accusation et s’efforcent de rejeter le blâme sur eux. Mais combien toute cette altercation attriste le Saint-Esprit de Dieu ! Combien elle entrave ses douces et paisibles opérations dans les âmes des uns et des autres ! Des hérésies et des schismes (au sens scripturaire de ces mots) en seront tôt ou tard la conséquence ; des partis se formeront, d’un côté et de l’autre, par lesquels la charité du plus grand nombre se refroidira. La faim et la soif de la justice, soit de la faveur, soit de la pleine image de Dieu, ainsi que les ardents désirs dont tant d’âmes étaient remplies d’avancer l’œuvre de Dieu dans les âmes de leurs frères, languiront, et, à mesure que les scandales se multiplieront, s’éteindront peu à peu. Et à mesure que « le fruit de l’Esprit » se flétrira, « les œuvres de la chair » prévaudront de nouveau, jusqu’à la ruine totale, d’abord de la puissance, puis de la forme même de la religion. Ces conséquences ne sont pas imaginaires ; elles ne reposent pas sur de simples conjectures, mais sur des faits évidents. Cela s’est produit à maintes reprises au cours de ces trente ou quarante dernières années : tels sont les fruits que nous avons vus, maintes et maintes fois, suivre une telle séparation.

16. Et quelle pierre d’achoppement ces choses doivent être pour ceux du dehors, pour ceux qui sont étrangers à la religion, qui n’ont ni la forme ni la puissance de la piété ! Comme ils triompheront de ces chrétiens autrefois éminents ! Avec quelle hardiesse ils demanderont : « En quoi valent-ils mieux que nous ? » Comme ils endurciront leurs cœurs de plus en plus contre la vérité, et se féliciteront dans leur méchanceté ! d’où peut-être l’exemple des chrétiens aurait pu les ramener, si ceux-ci étaient demeurés irréprochables dans leur conduite. Tel est le mal complexe que font les personnes qui se séparent d’une Église ou d’une société chrétienne, non seulement à elles-mêmes, mais à toute cette société, et au monde entier en général.

17. Mais peut-être ces personnes diront-elles : « Nous ne l’avons pas fait volontairement ; nous avons été contraints de nous séparer de cette société, parce que nous ne pouvions y demeurer avec une bonne conscience ; nous ne pouvions y demeurer sans pécher. Il ne m’était pas permis d’y demeurer sans transgresser un commandement de Dieu. » Si tel était le cas, vous ne pouviez être blâmés de vous séparer de cette société. Supposez, par exemple, que vous soyez membre de l’Église de Rome, et que vous ne puissiez y demeurer sans commettre l’idolâtrie, sans adorer des idoles, qu’il s’agisse d’images, ou de saints et d’anges ; ce serait alors votre devoir impérieux de quitter cette communauté, de vous en séparer entièrement. Supposez que vous ne puissiez demeurer dans l’Église d’Angleterre sans faire quelque chose que la parole de Dieu défend, ou sans omettre quelque chose que la parole de Dieu ordonne positivement ; si tel était le cas (mais, Dieu soit béni, il n’en est rien), vous devriez vous séparer de l’Église d’Angleterre. Je ferai de ce cas le mien : je suis maintenant, et j’ai été dès ma jeunesse, membre et ministre de l’Église d’Angleterre ; et je n’ai ni le désir ni le dessein de m’en séparer, jusqu’à ce que mon âme se sépare de mon corps. Pourtant, s’il ne m’était pas permis d’y demeurer sans omettre ce que Dieu me demande de faire, il deviendrait alors juste et convenable, et ce serait mon devoir impérieux, de m’en séparer sans délai. Pour entrer dans le détail : je sais que Dieu m’a confié une dispensation de l’Évangile ; oui, et mon propre salut dépend de ce que je le prêche : « malheur à moi si je n’annonce pas l’Évangile! » Si donc je ne pouvais demeurer dans l’Église sans omettre cela, sans cesser de prêcher l’Évangile, je serais dans la nécessité de m’en séparer, ou de perdre mon âme. De même, si je ne pouvais demeurer uni à quelque société plus petite, Église ou corps de chrétiens, sans commettre le péché, sans mensonge et sans hypocrisie, sans prêcher aux autres des doctrines que je ne croirais pas moi-même, je serais dans l’absolue nécessité de me séparer de cette société. Et, dans tous ces cas, le péché de séparation, avec tous les maux qui en découlent, ne retomberait pas sur moi, mais sur ceux qui m’auraient contraint à faire cette séparation, en exigeant de moi des conditions de communion auxquelles je ne pourrais en conscience me soumettre. Mais, ce cas mis à part, supposez que l’Église ou la société à laquelle je suis maintenant uni n’exige de moi de rien faire que l’Écriture défende, ni de rien omettre que l’Écriture prescrive : c’est alors mon devoir indispensable d’y demeurer. Et si je m’en sépare sans une telle nécessité, je suis justement responsable (que je les aie prévus ou non) de tous les maux qui découlent de cette séparation.

18. J’ai parlé d’autant plus explicitement sur ce point qu’il est si peu compris ; que tant de ceux qui professent beaucoup de religion, et même qui en possèdent réellement une mesure, n’ont pas la moindre idée de cette question, et n’imaginent pas qu’une telle séparation soit le moindre péché. Ils quittent une société chrétienne avec autant d’indifférence qu’ils passent d’une chambre dans une autre. Ils donnent occasion à tout ce mal complexe, puis s’essuient la bouche, et disent qu’ils n’ont point fait de mal ! Tandis qu’ils sont justement responsables, devant Dieu et devant les hommes, et d’une action mauvaise en elle-même, et de toutes les conséquences mauvaises qu’on peut s’attendre à la voir suivre, pour eux-mêmes, pour leurs frères et pour le monde.

19. Je vous en conjure donc, mes frères, vous tous qui craignez Dieu et qui désirez lui plaire, vous tous qui souhaitez avoir une conscience sans reproche devant Dieu et devant les hommes, ne pensez pas si légèrement de cette question, mais considérez-la avec calme. Ne déchirez pas témérairement les liens sacrés qui vous unissent à une société chrétienne. Cela, à la vérité, n’est pas de si grande conséquence pour vous qui n’êtes chrétien que de nom. Car vous n’êtes pas maintenant uni d’une union vitale à aucun des membres de Christ. Bien que vous soyez appelé chrétien, vous n’êtes réellement membre d’aucune Église chrétienne. Mais si vous êtes un membre vivant, si vous vivez de cette vie qui est cachée avec Christ en Dieu, alors prenez garde de déchirer le corps de Christ en vous séparant de vos frères. C’est une chose mauvaise en elle-même. C’est un mal cruel dans ses conséquences. Oh ! ayez pitié de vous-même ! Ayez pitié de vos frères. Ayez pitié même du monde des impies ! Ne mettez pas plus de pierres d’achoppement sur le chemin de ceux pour lesquels Christ est mort.

20. Mais si vous craignez, et non sans raison, le schisme improprement ainsi appelé, combien plus craindrez-vous, si votre conscience est délicate, le schisme au sens propre et scripturaire ! Oh ! gardez-vous, je ne dirai pas de former, mais de favoriser ou d’encourager aucun parti dans une société chrétienne ! N’encouragez jamais, et bien moins encore ne causez, ni par parole ni par action, aucune division en son sein. Dans la nature des choses, « il faut qu’il y ait des hérésies », des divisions, « parmi vous » ; mais toi-même, conserve-toi pur. Laisse là la querelle avant qu’elle ne s’engage : fuis le premier commencement de la dispute. Ne te mêle pas à ceux qui sont adonnés à la dispute, à ceux qui aiment la contestation. Je n’ai jamais vu cette remarque en défaut : « Celui qui aime à disputer n’aime pas Dieu. » Recherchez la paix avec tous les hommes, sans laquelle vous ne pouvez rechercher efficacement la sainteté. Ne vous bornez pas à « rechercher la paix », mais « poursuivez-la » ; si elle semble vous fuir, poursuivez-la néanmoins. « Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais surmonte le mal par le bien. »

21. Heureux celui qui parvient au caractère de pacificateur dans l’Église de Dieu ! Pourquoi ne travailleriez-vous pas à y parvenir ? Ne vous contentez pas de ne point susciter de querelle ; mais faites tout ce qui dépend de vous pour prévenir, ou pour éteindre, la toute première étincelle. À la vérité, il est bien plus facile d’empêcher la flamme d’éclater que de l’éteindre ensuite. Toutefois, ne craignez pas de tenter même cela : le Dieu de paix est de votre côté. Il vous donnera des paroles agréables, et les fera pénétrer jusqu’au cœur de ceux qui écoutent. Noli diffidere : Noli discedere, dit un homme pieux : Fac quod in te est ; et Deus aderit bonae tuae voluntati : « Ne te défie pas de celui qui a toute puissance, qui tient dans sa main le cœur de tous les hommes. Fais ce qui dépend de toi, et Dieu sera présent, et conduira tes bons désirs à bonne fin. » Ne te lasse jamais de faire le bien. Tu moissonneras au temps convenable, si tu ne te relâches pas.

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