Chapitre 75 · 21 min de lecture · 28 min d’écoute
De l’Église
Sermon 74
De l’Église
« Je vous exhorte à marcher d’une manière digne de la vocation qui vous a été adressée, en toute humilité et douceur, avec patience, vous supportant les uns les autres avec charité, vous efforçant de conserver l’unité de l’esprit par le lien de la paix. Il y a un seul corps et un seul Esprit, comme aussi vous avez été appelés à une seule espérance par votre vocation; il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tous, et parmi tous, et en tous. »
Éphésiens 4:1–6.
1. Combien nous entendons parler, presque sans cesse, de l’Église ! Chez beaucoup, c’est un sujet de conversation quotidienne. Et pourtant, combien peu comprennent ce dont ils parlent ! combien peu savent ce que ce terme signifie ! On trouverait à peine dans la langue anglaise un mot plus équivoque que celui-ci, l’Église. Tantôt on l’entend d’un édifice consacré au culte public ; tantôt d’une assemblée, ou d’un corps de personnes, unies ensemble au service de Dieu. C’est seulement dans ce dernier sens qu’il est pris dans le discours qui suit.
2. Il peut se dire indifféremment d’un nombre quelconque de personnes, si petit ou si grand qu’il soit. De même que, « là où deux ou trois sont assemblés en son nom », là est Christ ; de même (pour parler avec saint Cyprien) « là où deux ou trois croyants sont assemblés, là est une Église ». C’est ainsi que saint Paul, écrivant à Philémon, mentionne « l’Église qui est dans sa maison » ; signifiant clairement que même une famille chrétienne peut être appelée une Église.
3. Plusieurs de ceux que Dieu avait appelés hors du monde (c’est ce que signifie proprement le mot original), s’unissant en une même assemblée, formaient une Église plus grande ; ainsi l’Église de Jérusalem, c’est-à-dire tous ceux qu’à Jérusalem Dieu avait ainsi appelés. Mais quand on considère avec quelle rapidité ils se multiplièrent après le jour de la Pentecôte, on ne peut supposer qu’ils aient pu continuer à se réunir en un seul lieu ; d’autant plus qu’ils n’avaient alors aucun local spacieux, et qu’on ne leur eût pas permis d’en bâtir un. Ils durent donc, même à Jérusalem, se partager en plusieurs assemblées distinctes. De même, lorsque saint Paul, plusieurs années après, écrivit à l’Église de Rome (adressant sa lettre « À tous ceux qui sont à Rome, appelés à être saints »), on ne peut supposer qu’ils eussent un seul édifice capable de les contenir tous ; mais ils étaient répartis en plusieurs assemblées, qui se réunissaient en divers quartiers de la ville.
4. La première fois que l’apôtre emploie le mot Église, c’est dans le préambule de la première épître aux Corinthiens : « Paul, appelé à être apôtre de Jésus-Christ, à l’Église de Dieu qui est à Corinthe. » Le sens de cette expression est fixé par les mots qui suivent : « à ceux qui ont été sanctifiés en Jésus-Christ, et à tous ceux qui invoquent en quelque lieu que ce soit » (non à Corinthe seulement ; c’était donc une sorte de lettre circulaire) « le nom de notre Seigneur Jésus-Christ, leur Seigneur et le nôtre ». Dans la suscription de sa seconde lettre aux Corinthiens, il s’exprime plus explicitement encore : « à l’Église de Dieu qui est à Corinthe, et à tous les saints qui sont dans toute l’Achaïe. » Il y comprend clairement toutes les Églises, ou assemblées chrétiennes, qui se trouvaient dans la province entière.
5. Il emploie souvent le mot au pluriel. Ainsi, Galates 1:2 : « Paul, apôtre, — aux Églises de la Galatie » ; c’est-à-dire aux assemblées chrétiennes dispersées dans tout ce pays. Dans tous ces passages (et l’on pourrait en citer beaucoup d’autres), le mot Église ou Églises désigne, non les édifices où les chrétiens se réunissaient (comme il le fait souvent dans la langue anglaise), mais les personnes qui avaient coutume de s’y réunir, une ou plusieurs assemblées chrétiennes. Mais parfois, dans l’Écriture, le mot Église est pris dans un sens plus étendu encore, comme comprenant toutes les assemblées chrétiennes qui sont sur la face de la terre. Et c’est en ce sens que nous l’entendons dans notre liturgie, quand nous disons : « Prions pour tout l’état de l’Église de Christ militante ici-bas sur la terre. » C’est en ce sens qu’il est pris, sans aucun doute, par saint Paul, dans son exhortation aux anciens d’Éphèse (Actes 20:28) : « Prenez garde à l’Église de Dieu, qu’il s’est acquise par son propre sang. » L’Église signifie ici, sans aucun doute, l’Église catholique ou universelle ; c’est-à-dire tous les chrétiens qui sont sous le ciel.
6. Qui sont ceux qui forment proprement « l’Église de Dieu », c’est ce que l’apôtre montre en détail, et de la manière la plus claire et la plus décisive, dans le passage cité plus haut ; où il enseigne aussi à tous les membres de l’Église comment « marcher d’une manière digne de la vocation qui leur a été adressée ».
7. Considérons, premièrement, qui sont proprement l’Église de Dieu. Quel est le vrai sens de ce terme ? « L’Église d’Éphèse », comme l’apôtre lui-même l’explique, désigne « les saints », les personnes saintes, « qui sont à Éphèse », et qui s’y assemblent pour adorer Dieu le Père, et son Fils Jésus-Christ ; qu’ils le fissent en un seul lieu ou (comme nous pouvons le supposer avec vraisemblance) en plusieurs. Mais c’est l’Église en général, l’Église catholique ou universelle, que l’apôtre considère ici comme un seul corps : comprenant non seulement les chrétiens de la maison de Philémon, ou d’une seule famille ; non seulement les chrétiens d’une assemblée, d’une ville, d’une province ou d’une nation ; mais toutes les personnes sur la face de la terre qui répondent au caractère ici décrit. Nous pouvons maintenant considérer plus distinctement les divers traits qu’il contient.
8. « Il y a un seul Esprit » qui anime tous ceux-là, tous les membres vivants de l’Église de Dieu. Certains entendent par là le Saint-Esprit lui-même, la source de toute vie spirituelle ; et il est certain que « Si quelqu’un n’a pas l’Esprit de Christ, il ne lui appartient pas. » D’autres l’entendent de ces dons spirituels et de ces saintes dispositions qui sont mentionnés plus loin.
9. « Il y a », chez tous ceux qui ont reçu cet Esprit, « une seule espérance » ; une espérance pleine d’immortalité. Ils savent que mourir n’est pas être perdu : leur regard s’étend au-delà du tombeau. Ils peuvent dire avec joie : « Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui, selon sa grande miséricorde, nous a régénérés, pour une espérance vivante, par la résurrection de Jésus-Christ d’entre les morts, pour un héritage qui ne se peut ni corrompre, ni souiller, ni flétrir. »
10. « Il y a un seul Seigneur », qui exerce maintenant sa domination sur eux, qui a établi son royaume dans leurs cœurs, et qui règne sur tous ceux qui ont part à cette espérance. Lui obéir, courir dans la voie de ses commandements, voilà leur gloire et leur joie. Et tandis qu’ils le font de bon cœur, ils sont pour ainsi dire « assis dans les lieux célestes, en Jésus-Christ ».
11. « Il y a une seule foi » ; laquelle est le don gratuit de Dieu, et le fondement de leur espérance. Ce n’est pas simplement la foi d’un païen ; à savoir, la croyance « que Dieu existe », qu’il est miséricordieux et juste, et par conséquent « le rémunérateur de ceux qui le cherchent ». Ce n’est pas non plus simplement la foi d’un démon ; bien que celle-ci aille beaucoup plus loin que la première. Car le diable croit, et ne peut que croire, que tout ce qui est écrit dans l’Ancien et dans le Nouveau Testament est vrai. Mais c’est la foi de saint Thomas, qui lui apprend à dire avec une sainte hardiesse : « Mon Seigneur et mon Dieu! » C’est la foi qui rend tout vrai croyant chrétien capable de rendre témoignage avec saint Paul : « La vie que je vis maintenant, je vis dans la foi au Fils de Dieu, qui m’a aimé et qui s’est livré lui-même pour moi. »
12. « Il y a un seul baptême » ; lequel est le signe extérieur que notre unique Seigneur a bien voulu instituer, de toute cette grâce intérieure et spirituelle qu’il ne cesse de répandre sur son Église. C’est aussi un moyen précieux par lequel cette foi et cette espérance sont données à ceux qui le cherchent avec ardeur. Certains, il est vrai, ont été enclins à l’interpréter dans un sens figuré, comme s’il se rapportait à ce baptême du Saint-Esprit que les apôtres reçurent au jour de la Pentecôte, et qui, à un moindre degré, est donné à tous les croyants. Mais c’est une règle établie dans l’interprétation de l’Écriture de ne jamais s’écarter du sens clair et littéral, à moins qu’il n’implique une absurdité. Et d’ailleurs, si nous l’entendions ainsi, ce serait une répétition inutile, puisque cela est compris dans : « Il y a un seul Esprit. »
13. « Il y a un seul Dieu et Père de tous » ceux qui ont l’Esprit d’adoption, lequel « crie dans leurs cœurs : Abba! Père! » ; lequel « rend témoignage » sans cesse « à leur esprit » qu’ils sont enfants de Dieu : « qui est au-dessus de tous », — le Très-Haut, le Créateur, le Soutien, le Gouverneur de tout l’univers : « Et parmi tous », — pénétrant tout l’espace ; remplissant le ciel et la terre :
Totam
Mens agitans molem, et magno se corpore miscens : —
[Voici la traduction que Wharton a donnée de cette citation de Virgile : —
« L’âme universelle
Vit dans les parties, et meut le tout. » — Éd.]
« Et en vous tous », — vivant d’une manière particulière en vous, qui êtes un seul corps, par un seul esprit :
Faisant de vos âmes sa demeure aimée,
Les temples du Dieu qui les habite.
14. Voici donc une réponse claire et irréprochable à cette question : « Qu’est-ce que l’Église ? » L’Église catholique ou universelle, ce sont toutes les personnes de l’univers que Dieu a appelées hors du monde de telle sorte qu’elles répondent au caractère qui précède ; de telle sorte qu’elles soient « un seul corps », uni par « un seul esprit » ; ayant « une seule foi, une seule espérance, un seul baptême ; un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tous, et parmi tous, et en eux tous ».
15. La partie de ce grand corps, de l’Église universelle, qui habite un royaume ou une nation, nous pouvons proprement l’appeler une Église nationale ; ainsi l’Église de France, l’Église d’Angleterre, l’Église d’Écosse. Une plus petite partie de l’Église universelle, ce sont les chrétiens qui habitent une même cité ou une même ville ; comme l’Église d’Éphèse, et les autres des sept Églises mentionnées dans l’Apocalypse. Deux ou trois croyants chrétiens unis ensemble sont une Église, au sens le plus étroit du mot. Telle était l’Église qui était dans la maison de Philémon, et celle qui était dans la maison de Nymphas, mentionnée en Colossiens 4:15. Une Église particulière peut donc se composer d’un nombre quelconque de membres, deux ou trois, ou deux ou trois millions. Mais toujours, qu’elle soit plus grande ou plus petite, la même idée doit être conservée. Ils sont un seul corps, et ont un seul Esprit, un seul Seigneur, une seule espérance, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous.
16. Cette description s’accorde exactement avec le dix-neuvième Article de notre Église, l’Église d’Angleterre (si ce n’est que l’Article renferme un peu plus que ce que l’apôtre a exprimé) :
« DE L’ÉGLISE.
« L’Église visible de Christ est une assemblée d’hommes fidèles, dans laquelle la pure parole de Dieu est prêchée, et les sacrements sont dûment administrés. »
On peut observer qu’au moment même où nos trente-neuf Articles furent rédigés et publiés, une traduction latine en fut publiée par la même autorité. Les mots y étaient coetus credentium, « une assemblée de croyants » ; ce qui montre clairement que, par hommes fidèles, les rédacteurs entendaient des hommes doués d’une foi vivante. Cela rapproche plus encore l’Article de la description donnée par l’apôtre.
Mais on peut se demander si l’Article parle d’une Église particulière, ou de l’Église universelle. Le titre, « De l’Église », semble se rapporter à l’Église catholique ; mais la seconde clause de l’Article mentionne les Églises particulières de Jérusalem, d’Antioche, d’Alexandrie et de Rome. Peut-être voulait-on comprendre les deux ; définir l’Église universelle de manière à garder en vue les diverses Églises particulières dont elle se compose.
17. Ces choses considérées, il est aisé de répondre à cette question : « Qu’est-ce que l’Église d’Angleterre ? » C’est cette partie, ce sont ces membres de l’Église universelle qui habitent l’Angleterre. L’Église d’Angleterre est ce corps d’hommes, en Angleterre, en qui « il y a un seul Esprit, une seule espérance, un seul Seigneur, une seule foi » ; qui ont « un seul baptême », et « un seul Dieu et Père de tous ». Cela, et cela seul, est l’Église d’Angleterre, selon la doctrine de l’apôtre.
18. Mais la définition de l’Église posée dans l’Article renferme non seulement cela, mais beaucoup plus, par cette addition remarquable : « Dans laquelle la pure parole de Dieu est prêchée, et les sacrements sont dûment administrés. » Selon cette définition, les assemblées dans lesquelles la pure Parole de Dieu (expression forte) n’est pas prêchée ne font partie ni de l’Église d’Angleterre ni de l’Église catholique ; pas plus que celles dans lesquelles les sacrements ne sont pas dûment administrés.
19. Je n’entreprendrai pas de défendre l’exactitude de cette définition. Je n’ose exclure de l’Église catholique toutes les assemblées dans lesquelles des doctrines non scripturaires, dont on ne peut affirmer qu’elles soient « la pure parole de Dieu », sont quelquefois, oui, fréquemment prêchées ; ni toutes celles dans lesquelles les sacrements ne sont pas « dûment administrés ». Assurément, s’il en est ainsi, l’Église de Rome n’est pas même une partie de l’Église catholique ; puisque ni « la pure parole de Dieu » n’y est prêchée, ni les sacrements n’y sont « dûment administrés ». Quels que soient ceux qui ont « un seul Esprit, une seule espérance, un seul Seigneur, une seule foi, un seul Dieu et Père de tous », je puis aisément supporter qu’ils aient des opinions erronées, oui, et des formes de culte superstitieuses : et je ne me ferais pas scrupule, pour ces raisons, de les compter encore dans l’enceinte de l’Église catholique ; et je n’aurais aucune objection à les recevoir, s’ils le désiraient, comme membres de l’Église d’Angleterre.
II. 20. Nous passons maintenant au second point. Qu’est-ce que « marcher d’une manière digne de la vocation qui nous a été adressée » ?
Il faut toujours se souvenir que le mot marcher, dans le langage de l’apôtre, a une signification très étendue. Il comprend tous nos mouvements intérieurs et extérieurs ; toutes nos pensées, nos paroles et nos actions. Il embrasse non seulement tout ce que nous faisons, mais tout ce que nous disons ou pensons. Ce n’est donc pas une petite chose que de « marcher », en ce sens du mot, « d’une manière digne de la vocation qui nous a été adressée » ; de penser, de parler et d’agir, en toute occasion, d’une manière digne de notre vocation chrétienne.
21. Nous sommes appelés à marcher, premièrement, « en toute humilité » : à avoir en nous les sentiments qui étaient en Jésus-Christ ; à ne pas avoir de nous-mêmes une plus haute opinion que nous ne devons ; à être petits, pauvres, bas et vils à nos propres yeux ; à nous connaître comme nous sommes connus de celui à qui tous les cœurs sont ouverts ; à sentir profondément notre propre indignité, la corruption universelle de notre nature (en laquelle n’habite aucun bien), — encline à tout mal, rebelle à tout bien ; tellement que nous ne sommes pas seulement malades, mais morts par nos offenses et par nos péchés, jusqu’à ce que Dieu souffle sur les os desséchés, et crée la vie par le fruit de ses lèvres. Et supposons que cela soit fait, — supposons qu’il nous ait maintenant vivifiés, faisant entrer la vie dans nos âmes mortes ; combien pourtant il reste encore de l’affection de la chair ! Combien notre cœur est encore enclin à se détourner du Dieu vivant ! Quelle tendance au péché demeure dans notre cœur, bien que nous sachions nos péchés passés pardonnés ! Et combien de péché, en dépit de tous nos efforts, s’attache à nos paroles comme à nos actions ! Qui peut sentir comme il faut combien il reste en lui de son inimitié naturelle contre Dieu, ou combien il est encore éloigné de Dieu par l’ignorance qui est en lui ?
22. Bien plus, supposons que Dieu ait maintenant entièrement purifié notre cœur, et dissipé les derniers restes du péché ; comment pourtant pourrions-nous sentir assez notre propre impuissance, notre entière incapacité pour tout bien, à moins que nous ne soyons à chaque heure, oui, à chaque instant, revêtus de la puissance d’en haut ? Qui peut concevoir une seule bonne pensée, ou former un seul bon désir, si ce n’est par cette puissance toute-puissante qui produit en nous le vouloir et le faire, selon son bon plaisir ? Nous avons besoin, même dans cet état de grâce, d’être entièrement et continuellement pénétrés du sentiment de cette vérité. Autrement, nous serons dans un danger perpétuel de dérober à Dieu son honneur, en nous glorifiant de quelque chose que nous avons reçu, comme si nous ne l’avions pas reçu.
23. Lorsque le fond de notre âme en est entièrement pénétré, il reste que nous soyons « revêtus d’humilité ». Le mot employé par saint Pierre semble signifier que nous en soyons couverts comme d’un surtout ; que nous soyons tout humilité, au-dedans comme au-dehors ; que l’humilité teigne tout ce que nous pensons, disons et faisons. Que toutes nos actions jaillissent de cette source ; que toutes nos paroles respirent cet esprit ; afin que tous les hommes sachent que nous avons été avec Jésus, et que nous avons appris de lui à être humbles de cœur.
24. Et, instruits par celui qui était doux aussi bien qu’humble de cœur, nous serons alors rendus capables de « marcher en toute douceur » ; instruits par celui qui enseigne comme jamais homme n’a enseigné, à être doux aussi bien qu’humbles de cœur. Cela implique non seulement un empire sur la colère, mais sur toutes les passions violentes et turbulentes. Cela implique que toutes nos passions soient dans une juste proportion ; qu’aucune ne soit ni trop forte ni trop faible ; mais que toutes soient dûment équilibrées entre elles ; toutes subordonnées à la raison ; et la raison dirigée par l’Esprit de Dieu. Que cette égalité d’âme gouverne vos âmes tout entières ; afin que vos pensées coulent toutes d’un cours égal, et que la teneur uniforme de vos paroles et de vos actions y réponde. C’est alors dans cette « patience » que vous « posséderez vos âmes » ; lesquelles ne sont pas à nous tant que nous sommes ballottés par des passions déréglées. Et par là tous les hommes pourront connaître que nous sommes vraiment les disciples du doux et humble Jésus.
25. Marchez « avec patience ». Cette vertu est proche parente de la douceur, mais elle implique quelque chose de plus. Elle poursuit la victoire déjà remportée sur toutes vos passions turbulentes ; en dépit de toutes les puissances des ténèbres, de tous les assauts des hommes méchants ou des esprits méchants. Elle triomphe patiemment de toute opposition, et demeure inébranlable, quand même toutes ses vagues et toutes ses tempêtes passeraient sur vous. Si souvent qu’elle soit provoquée, elle est toujours la même, — calme et inébranlable ; ne se laissant jamais « vaincre par le mal », mais surmontant le mal par le bien.
26. Le « vous supportant les uns les autres avec charité » semble signifier non seulement ne ressentir aucune offense et ne pas se venger soi-même ; non seulement ne pas se nuire, ne pas se blesser ni s’affliger les uns les autres, ni en parole ni en action ; mais aussi porter les fardeaux les uns des autres ; oui, et les alléger par tous les moyens en notre pouvoir. Cela implique de compatir à leurs peines, à leurs afflictions et à leurs infirmités ; de les soutenir quand, sans notre aide, ils risqueraient de succomber sous leurs fardeaux ; de s’efforcer de relever leurs têtes défaillantes, et de fortifier leurs genoux affaiblis.
27. Enfin, les vrais membres de l’Église de Christ « s’efforcent », avec toute la diligence possible, avec tout le soin et toute la peine, avec une patience infatigable (et tout cela ne sera pas de trop), de « conserver l’unité de l’esprit par le lien de la paix » ; de garder inviolable ce même esprit d’humilité et de douceur, de patience, de support mutuel et d’amour ; et tout cela cimenté et noué ensemble par ce lien sacré, — la paix de Dieu remplissant le cœur. Ainsi seulement nous pouvons être, et demeurer, des membres vivants de cette Église qui est le corps de Christ.
28. Ne voit-on pas clairement, par toute cette description, pourquoi, dans l’ancien Symbole qu’on appelle communément le Symbole des apôtres, nous l’appelons l’Église universelle ou catholique, — « la sainte Église catholique » ? Que de raisons merveilleuses on a découvertes pour lui donner ce nom ! Un savant nous apprend que « l’Église est appelée sainte, parce que Christ, qui en est le Chef, est saint ». Un autre auteur éminent affirme qu’« elle est ainsi appelée parce que toutes ses ordonnances sont destinées à favoriser la sainteté » ; et un autre encore, — « parce que notre Seigneur a voulu que tous les membres de l’Église fussent saints ». Mais non : la raison la plus courte et la plus simple que l’on puisse donner, et la seule vraie, c’est que l’Église est appelée sainte parce qu’elle est sainte, parce que chacun de ses membres est saint, quoiqu’à des degrés différents, comme celui qui les a appelés est saint. Que cela est clair ! Si l’Église, quant à son essence même, est un corps de croyants, nul homme qui n’est pas un croyant chrétien ne peut en être membre. Si tout ce corps est animé par un seul esprit, et doué d’une seule foi et d’une seule espérance de sa vocation, alors celui qui n’a pas cet esprit, cette foi et cette espérance n’est pas membre de ce corps. Il s’ensuit que non seulement aucun jureur habituel, aucun profanateur du sabbat, aucun ivrogne, aucun débauché, aucun voleur, aucun menteur, aucun de ceux qui vivent dans quelque péché extérieur, mais aucun de ceux qui sont sous la puissance de la colère ou de l’orgueil, aucun ami du monde, en un mot, aucun de ceux qui sont morts à Dieu, ne peut être membre de son Église.
29. Peut-il donc y avoir rien de plus absurde que de voir des hommes s’écrier : « L’Église ! L’Église ! » et prétendre être très zélés pour elle, et ses ardents défenseurs, alors qu’eux-mêmes n’y ont ni part ni lot, et ne savent pas même ce qu’est l’Église ? Et pourtant la main de Dieu est dans cela même ! En cela même éclate sa sagesse merveilleuse, qui dirige leur erreur vers sa propre gloire, et qui fait que « la terre secoure la femme ». [Apocalypse 12:16] S’imaginant en être eux-mêmes membres, les hommes du monde défendent souvent l’Église : sans quoi les loups qui entourent de toutes parts le petit troupeau l’auraient bientôt mis en pièces. Et pour cette raison même, il n’est pas sage de les provoquer plus qu’il n’est inévitable. Pour ce motif même, s’il est possible, autant que cela dépend de nous, soyons « en paix avec tous les hommes ». D’autant plus que nous ne savons pas combien tôt Dieu peut les appeler, eux aussi, hors du royaume de Satan dans le royaume du Fils de son amour.
30. En attendant, que tous ceux qui sont de vrais membres de l’Église veillent à marcher saintement et d’une manière irréprochable en toutes choses. « Vous êtes la lumière du monde ! » Vous êtes « une ville située sur une montagne », et qui « ne peut être cachée ». Oh ! « Que votre lumière luise ainsi devant les hommes ! » Montrez-leur votre foi par vos œuvres. Qu’ils voient, par toute la teneur de votre conduite, que votre espérance est tout entière déposée en haut ! Que toutes vos paroles et toutes vos actions manifestent l’esprit qui vous anime ! Avant toutes choses, que votre amour abonde. Qu’il s’étende à tout enfant des hommes ; qu’il déborde sur tout enfant de Dieu. Que par là tous les hommes connaissent de qui vous êtes les disciples, parce que vous « avez de l’amour les uns pour les autres ».
Chapitre 75 terminé
De l’Église