Sermons sur divers sujets
La justification par la foi

Chapitre 6 · 29 min de lecture · 37 min d’écoute

La justification par la foi

Sermon 5

La justification par la foi

« À celui qui ne fait point d’œuvre, mais qui croit en celui qui justifie l’impie, sa foi lui est imputée à justice. »

Romains 4:5.

1. Comment un pécheur peut être justifié devant Dieu, le Seigneur et le Juge de tous, c’est là une question d’une importance peu commune pour tout enfant des hommes. Elle renferme le fondement de toute notre espérance, puisque, tant que nous sommes en inimitié avec Dieu, il ne peut y avoir ni vraie paix ni joie solide, soit dans le temps, soit dans l’éternité. Quelle paix peut-il y avoir, tant que notre propre cœur nous condamne, et bien plus encore celui qui est « plus grand que notre cœur, et il connaît toutes choses » ? Quelle joie solide, soit en ce monde, soit dans celui qui est à venir, tant que « la colère de Dieu demeure sur nous » ?

2. Et pourtant, combien peu cette importante question a été comprise ! Quelles notions confuses beaucoup en ont eues ! À vrai dire, non seulement confuses, mais souvent entièrement fausses ; contraires à la vérité comme la lumière l’est aux ténèbres ; des notions absolument incompatibles avec les oracles de Dieu et avec toute l’analogie de la foi. Et de là vient que, s’égarant sur le fondement même, ils ne pouvaient absolument pas bâtir dessus ; du moins, non avec « de l’or, de l’argent, des pierres précieuses », qui résisteraient à l’épreuve comme celle du feu, mais seulement avec « du foin, du chaume », qui ne sont ni agréables à Dieu ni utiles à l’homme.

3. Afin de rendre justice, autant qu’il est en moi, à l’importance considérable de ce sujet ; de préserver ceux qui cherchent sincèrement la vérité des « vains discours et disputes de mots » ; de dissiper la confusion de pensée où tant d’esprits ont déjà été entraînés par là ; et de leur donner des conceptions vraies et justes de ce grand mystère de la piété, je m’efforcerai de montrer :

Premièrement. Quel est le fondement général de toute cette doctrine de la justification.

Secondement. Ce qu’est la justification.

Troisièmement. Qui sont ceux qui sont justifiés. Et,

Quatrièmement. À quelles conditions ils sont justifiés. I. J’ai d’abord à montrer quel est le fondement général de toute cette doctrine de la justification.

1. L’homme fut fait à l’image de Dieu, saint comme celui qui l’a créé est saint ; miséricordieux comme l’Auteur de toutes choses est miséricordieux ; parfait comme son Père céleste est parfait. Comme Dieu est amour, ainsi l’homme, demeurant dans l’amour, demeurait en Dieu, et Dieu en lui. Dieu le fit pour être une « image de sa propre éternité », une incorruptible peinture du Dieu de gloire. Il était donc pur, comme Dieu est pur, de toute tache de péché. Il ne connaissait le mal sous aucune forme ni à aucun degré, mais il était, au-dedans comme au-dehors, sans péché et sans souillure. Il « aimait le Seigneur, son Dieu, de tout son cœur, de toute sa pensée, de toute son âme et de toute sa force ».

2. À l’homme ainsi droit et parfait, Dieu donna une loi parfaite, à laquelle il exigea une obéissance pleine et parfaite. Il exigea une obéissance pleine en tout point, et qui devait être rendue sans aucune interruption, depuis le moment où l’homme devint une âme vivante jusqu’au terme de son épreuve. Aucune indulgence n’était prévue pour le moindre manquement ; et, à vrai dire, il n’en était aucun besoin, l’homme étant pleinement à la hauteur de la tâche qui lui était assignée, et parfaitement propre à toute bonne parole et à toute bonne œuvre.

3. À la loi entière de l’amour, qui était écrite dans son cœur (et contre laquelle, peut-être, il ne pouvait pécher directement), il plut à la souveraine sagesse de Dieu d’ajouter une loi positive : « Tu ne mangeras point du fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin » ; et il y attacha cette peine : « Le jour où tu en mangeras, tu mourras. »

4. Tel était donc l’état de l’homme dans le paradis. Par l’amour libre et immérité de Dieu, il était saint et heureux : il connaissait Dieu, il l’aimait, il jouissait de lui, ce qui est, en substance, la vie éternelle. Et dans cette vie d’amour, il devait demeurer à jamais, s’il continuait d’obéir à Dieu en toutes choses ; mais, s’il lui désobéissait en quoi que ce fût, il devait tout perdre. « En ce jour-là », dit Dieu, « tu mourras. »

5. L’homme désobéit à Dieu. Il « mangea de l’arbre au sujet duquel Dieu lui avait donné cet ordre : Tu n’en mangeras point ». Et en ce jour-là il fut condamné par le juste jugement de Dieu. Alors aussi la sentence dont il avait été averti d’avance commença de s’accomplir sur lui. Car, au moment même où il goûta ce fruit, il mourut. Son âme mourut, elle fut séparée de Dieu ; et séparée de lui, l’âme n’a pas plus de vie que le corps n’en a quand il est séparé de l’âme. Son corps, de même, devint corruptible et mortel ; de sorte que la mort s’en saisit aussi. Et, étant déjà mort en esprit, mort à Dieu, mort dans le péché, il courait à grands pas vers la mort éternelle, à la destruction du corps et de l’âme dans le feu qui ne s’éteint point.

6. Ainsi « par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort, et qu’ainsi la mort s’est étendue sur tous les hommes », comme étant contenus en celui qui était le père commun et le représentant de nous tous. Ainsi, « par l’offense d’un seul », tous sont morts, morts à Dieu, morts dans le péché, habitant un corps corruptible et mortel, qui doit bientôt se dissoudre, et sous la sentence de la mort éternelle. Car, comme « par la désobéissance d’un seul homme » tous « ont été rendus pécheurs », de même, par cette offense d’un seul, « la condamnation a atteint tous les hommes ». (Romains 5:12)

7. Tel était notre état, l’état de tout le genre humain, lorsque « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que nous ne périssions point, mais que nous ayons la vie éternelle ». Dans la plénitude des temps, il fut fait homme, un autre Chef commun du genre humain, un second Père universel et Représentant de toute la race humaine. Et ce fut en cette qualité qu’« il a porté nos souffrances », « l’Éternel faisant retomber sur lui l’iniquité de nous tous ». Alors il fut « blessé pour nos péchés, Brisé pour nos iniquités ». Il a « livré sa vie en sacrifice pour le péché » ; il a répandu son sang pour les transgresseurs ; il a « porté lui-même nos péchés en son corps sur le bois », afin que nous fussions guéris par ses meurtrissures ; et par cette unique oblation de lui-même, une fois offerte, il m’a racheté, moi et tout le genre humain, ayant par là « offert un sacrifice, une oblation et une satisfaction pleine, parfaite et suffisante pour les péchés du monde entier ».

8. En considération de ce que le Fils de Dieu a « souffert la mort pour tous », Dieu a maintenant « réconcilié le monde avec lui-même, en n’imputant point aux hommes leurs » anciennes « offenses ». Et ainsi, « comme par une seule offense la condamnation a atteint tous les hommes, de même par un seul acte de justice la justification qui donne la vie s’étend à tous les hommes ». De sorte que, à cause de son Fils bien-aimé, de ce qu’il a fait et souffert pour nous, Dieu daigne maintenant, à une seule condition (qu’il nous rend lui-même capables de remplir), à la fois remettre la peine due à nos péchés, nous rétablir dans sa faveur, et rendre à nos âmes mortes la vie spirituelle, comme les arrhes de la vie éternelle.

9. Tel est donc le fondement général de toute la doctrine de la justification. Par le péché du premier Adam, qui était non seulement le père, mais aussi le représentant de nous tous, nous avons tous été privés de la faveur de Dieu ; nous sommes tous devenus enfants de colère ; ou, comme s’exprime l’apôtre, « la condamnation a atteint tous les hommes ». De même, par le sacrifice pour le péché offert par le second Adam, en tant que Représentant de nous tous, Dieu est réconcilié avec le monde entier au point de lui avoir donné une nouvelle alliance ; et, dès que la claire condition en est une fois remplie, « il n’y a plus aucune condamnation » pour nous, mais « nous sommes gratuitement justifiés par sa grâce, par le moyen de la rédemption qui est en Jésus-Christ ».

II. 1. Mais qu’est-ce qu’être « justifié » ? Qu’est-ce que la « justification » ? C’est le second point que je me suis proposé de montrer. Et il est évident, d’après ce qui a déjà été remarqué, que ce n’est pas être rendu effectivement juste et droit. Cela, c’est la « sanctification » ; laquelle est bien, en quelque degré, le fruit immédiat de la justification, mais n’en est pas moins un don distinct de Dieu, et d’une nature entièrement différente. L’une implique ce que Dieu fait pour nous par son Fils ; l’autre, ce qu’il opère en nous par son Esprit. De sorte que, bien qu’on puisse trouver quelques rares exemples où le terme « justifié » ou « justification » est employé dans un sens assez large pour inclure aussi la « sanctification », cependant, dans l’usage général, ils sont suffisamment distingués l’un de l’autre, tant par saint Paul que par les autres écrivains inspirés.

2. Et cette idée tirée de loin, que la justification consiste à nous laver de toute accusation, en particulier de celle de Satan, n’est pas non plus facile à prouver par quelque texte clair de la sainte Écriture. Dans tout l’exposé scripturaire de ce sujet, tel qu’il a été établi plus haut, ni cet accusateur ni son accusation ne paraissent entrer en ligne de compte. On ne peut nier, il est vrai, qu’il ne soit « l’accusateur » des hommes, appelé ainsi par excellence. Mais il ne paraît nullement que le grand apôtre fasse la moindre allusion à cela, peu ou prou, dans tout ce qu’il a écrit touchant la justification, soit aux Romains, soit aux Galates.

3. Il est aussi beaucoup plus facile de supposer que de prouver par quelque témoignage clair de l’Écriture que la justification consiste à nous laver de l’accusation portée contre nous par la loi ; du moins si cette manière de parler forcée et peu naturelle signifie autre chose, en plus ou en moins, que ceci : bien que nous ayons transgressé la loi de Dieu, et mérité par là la condamnation de la géhenne, Dieu n’inflige pas à ceux qui sont justifiés le châtiment qu’ils avaient mérité.

4. Moins que tout, la justification n’implique que Dieu soit trompé au sujet de ceux qu’il justifie ; qu’il les croie être ce qu’en fait ils ne sont pas ; qu’il les tienne pour autres qu’ils ne sont. Elle n’implique nullement que Dieu juge de nous contrairement à la nature réelle des choses ; qu’il nous estime meilleurs que nous ne sommes réellement, ou qu’il nous croie justes quand nous sommes injustes. Assurément non. Le jugement du Dieu qui sait tout est toujours conforme à la vérité. Et il ne saurait jamais s’accorder avec sa sagesse infaillible de penser que je suis innocent, de juger que je suis juste ou saint, parce qu’un autre l’est. Il ne peut pas plus, de cette manière, me confondre avec Christ qu’avec David ou Abraham. Que tout homme à qui Dieu a donné l’intelligence pèse cela sans préjugé, et il ne pourra que reconnaître qu’une telle notion de la justification ne se concilie ni avec la raison ni avec l’Écriture.

5. La notion simple et scripturaire de la justification, c’est le pardon, la rémission des péchés. C’est cet acte de Dieu le Père par lequel, à cause de la propitiation faite par le sang de son Fils, il « montre sa justice (ou sa miséricorde) par la rémission des péchés commis auparavant ». Telle est l’explication facile et naturelle qu’en donne saint Paul dans toute cette épître. C’est ainsi qu’il l’explique lui-même, plus particulièrement dans ce chapitre et dans le suivant. Ainsi, deux versets après le texte : « Heureux ceux », dit-il, « dont les iniquités sont pardonnées, Et dont les péchés sont couverts! Heureux l’homme à qui le Seigneur n’impute pas son péché! » À celui qui est justifié ou pardonné, Dieu « n’impute pas son péché » pour sa condamnation. Il ne le condamnera pas à ce titre, ni en ce monde, ni dans celui qui est à venir. Ses péchés, tous ses péchés passés, en pensée, en parole et en action, sont couverts, sont effacés, ne seront plus rappelés ni mentionnés contre lui, pas plus que s’ils n’avaient jamais existé. Dieu n’infligera pas à ce pécheur ce qu’il méritait de souffrir, parce que le Fils de son amour a souffert pour lui. Et dès le moment où nous sommes « agréés dans le Bien-aimé », « réconciliés avec Dieu par son sang », il nous aime, nous bénit et veille sur nous pour notre bien, tout comme si nous n’avions jamais péché.

Il est vrai que l’apôtre, dans un endroit, semble étendre beaucoup plus loin le sens de ce mot, lorsqu’il dit : « Ce ne sont pas ceux qui écoutent la loi, mais ceux qui la mettent en pratique qui seront justifiés. » Ici, il paraît rapporter notre justification à la sentence du grand jour. Et c’est ce que fait incontestablement notre Seigneur lui-même, lorsqu’il dit : « Par tes paroles tu seras justifié » ; prouvant par là qu’« au jour du jugement, les hommes rendront compte de toute parole vaine qu’ils auront proférée ». Mais peut-être aurions-nous peine à produire un autre exemple où saint Paul emploie ce mot dans ce sens lointain. Dans la teneur générale de ses écrits, il est évident qu’il ne le fait pas ; et moins que nulle part dans le texte qui nous occupe, lequel parle indéniablement, non de ceux qui ont déjà « achevé leur course », mais de ceux qui sont maintenant tout juste « au départ », qui commencent tout juste à « courir dans la carrière qui leur est ouverte ».

III. 1. Mais c’est là le troisième point qu’il fallait considérer, à savoir : Qui sont ceux qui sont justifiés ? Et l’apôtre nous dit expressément : les impies. « Il (c’est-à-dire Dieu) justifie l’impie » ; l’impie de toute sorte et de tout degré, et personne d’autre que l’impie. De même que « les justes n’ont pas besoin de repentance », ils n’ont pas non plus besoin de pardon. Il n’y a que les pécheurs qui aient besoin d’être pardonnés : c’est le péché seul qui est susceptible d’être remis. Le pardon a donc un rapport immédiat au péché, et, à cet égard, à rien d’autre. C’est à notre « injustice » que le Dieu qui pardonne fait « miséricorde » ; c’est de notre « iniquité » qu’il « ne se souvient plus ».

2. C’est ce que ne semblent nullement considérer ceux qui soutiennent avec tant de véhémence qu’un homme doit être sanctifié, c’est-à-dire saint, avant de pouvoir être justifié ; surtout ceux d’entre eux qui affirment qu’une sainteté ou une obéissance universelle doit précéder la justification. (À moins qu’ils n’entendent cette justification du dernier jour, qui est entièrement hors de la question présente.) Bien loin de là, la supposition même est non seulement tout à fait impossible (car là où il n’y a point d’amour de Dieu, il n’y a point de sainteté, et il n’y a point d’amour de Dieu, sinon par le sentiment de son amour pour nous), mais encore grossièrement et intrinsèquement absurde, contradictoire en elle-même. Car ce n’est pas un saint, mais un pécheur qui est pardonné, et en tant que pécheur. Dieu ne justifie pas l’homme pieux, mais l’impie ; non ceux qui sont déjà saints, mais ceux qui ne le sont pas. À quelle condition il le fait, nous le verrons bientôt ; mais, quelle qu’elle soit, ce ne peut être la sainteté. Affirmer cela, c’est dire que l’Agneau de Dieu n’ôte que les péchés qui avaient déjà été ôtés auparavant.

3. Le bon Berger ne cherche-t-il donc et ne sauve-t-il que ceux qui sont déjà retrouvés ? Non : il cherche et sauve ce qui est perdu. Il pardonne à ceux qui ont besoin de sa miséricorde qui pardonne. Il sauve de la culpabilité du péché (et, en même temps, de sa puissance) des pécheurs de toute sorte, de tout degré : des hommes qui, jusque-là, étaient entièrement impies ; en qui l’amour du Père n’était point ; et, par conséquent, en qui n’habitait rien de bon, aucune disposition bonne ou vraiment chrétienne, — mais toutes celles qui étaient mauvaises et abominables, — l’orgueil, la colère, l’amour du monde, — les fruits naturels de cette « affection de la chair » qui est « inimitié contre Dieu ».

4. Ceux qui sont malades, dont le fardeau des péchés est insupportable, ce sont eux qui ont besoin d’un médecin ; ceux qui sont coupables, qui gémissent sous la colère de Dieu, ce sont eux qui ont besoin d’un pardon. Ceux qui sont « déjà jugés », non seulement par Dieu, mais aussi par leur propre conscience, comme par mille témoins, de toute leur impiété en pensée, en parole et en action, crient à haute voix vers celui qui « justifie l’impie », par la rédemption qui est en Jésus ; — l’impie, et « celui qui ne fait point d’œuvre » ; qui ne fait, avant d’être justifié, rien de bon, rien de vraiment vertueux ou saint, mais seulement le mal continuellement. Car son cœur est nécessairement, essentiellement mauvais, jusqu’à ce que l’amour de Dieu y soit répandu. Et tant que l’arbre est mauvais, les fruits le sont aussi ; « car un mauvais arbre ne peut porter de bons fruits ».

5. Si l’on objecte : « Mais un homme, avant d’être justifié, peut nourrir ceux qui ont faim, ou vêtir ceux qui sont nus ; et ce sont là de bonnes œuvres » ; la réponse est facile : il peut faire ces choses, même avant d’être justifié ; et ce sont, en un sens, de « bonnes œuvres » ; elles sont « bonnes et utiles aux hommes ». Mais il ne s’ensuit pas qu’elles soient, à proprement parler, bonnes en elles-mêmes, ou bonnes aux yeux de Dieu. Toutes les « bonnes œuvres » véritables (pour employer les termes de notre Église) « suivent la justification » ; et elles sont donc bonnes et « agréables à Dieu en Christ », parce qu’elles « procèdent d’une foi vraie et vivante ». Par une raison semblable, toutes les « œuvres faites avant la justification ne sont pas bonnes », au sens chrétien, « attendu qu’elles ne procèdent pas de la foi en Jésus-Christ » (quoiqu’elles puissent procéder de quelque espèce de foi en Dieu) ; « bien plus, parce qu’elles ne sont pas faites comme Dieu a voulu et commandé qu’elles fussent faites, nous ne doutons pas » (si étrange que cela puisse paraître à quelques-uns) « qu’elles n’aient la nature du péché ».

6. Peut-être ceux qui en doutent n’ont-ils pas dûment considéré la raison importante qui est ici alléguée pour montrer qu’aucune œuvre faite avant la justification ne peut être vraiment et proprement bonne. L’argument se présente clairement ainsi : —

Nulle œuvre n’est bonne, si elle n’est faite comme Dieu a voulu et commandé qu’elle fût faite.

Or nulle œuvre faite avant la justification n’est faite comme Dieu a voulu et commandé qu’elle fût faite :

Donc nulle œuvre faite avant la justification n’est bonne.

La première proposition est évidente par elle-même ; et la seconde, que nulle œuvre faite avant la justification n’est faite comme Dieu a voulu et commandé qu’elle fût faite, paraîtra tout aussi claire et indéniable, si nous considérons seulement que Dieu a voulu et commandé que « toutes nos œuvres » fussent « faites avec charité » (en agape), dans l’amour, dans cet amour envers Dieu qui produit l’amour envers tout le genre humain. Mais aucune de nos œuvres ne peut être faite dans cet amour, tant que l’amour du Père (de Dieu comme notre Père) n’est pas en nous ; et cet amour ne peut être en nous jusqu’à ce que nous recevions l’Esprit d’adoption, qui crie dans nos cœurs : Abba! Père! Si donc Dieu ne justifie pas l’impie, et celui qui (en ce sens) ne fait point d’œuvre, alors Christ est donc mort en vain ; alors, malgré sa mort, nulle chair vivante ne peut être justifiée.

IV. 1. Mais à quelles conditions donc est justifié celui qui est entièrement « impie », et qui jusqu’alors « ne fait point d’œuvre » ? À une seule, qui est la foi : il « croit en celui qui justifie l’impie ». Et « celui qui croit n’est point jugé » ; bien plus, « il est passé de la mort à la vie ». « Car la justice (ou la miséricorde) de Dieu par la foi en Jésus-Christ pour tous ceux qui croient : C’est lui que Dieu a destiné, par son sang, à être, pour ceux qui croiraient, victime propitiatoire ; de manière à être juste », et (en accord avec sa justice) « tout en justifiant celui qui a la foi en Jésus ». « Nous concluons donc que l’homme est justifié par la foi, sans les œuvres de la loi » ; sans une obéissance préalable à la loi morale, qu’en effet il ne pouvait accomplir jusque-là. Que ce soit la loi morale, et elle seule, qui est ici entendue, cela ressort avec évidence des paroles qui suivent : « Anéantissons-nous donc la loi par la foi? Loin de là! Au contraire, nous confirmons la loi. » Quelle loi confirmons-nous par la foi ? Non la loi rituelle ; non la loi cérémonielle de Moïse. En aucune façon ; mais la grande et immuable loi de l’amour, le saint amour de Dieu et de notre prochain.

2. La foi en général est un « elegchos » divin et surnaturel, une « démonstration » ou une « conviction » « des choses qu’on ne voit pas », que nos sens corporels ne peuvent découvrir, parce qu’elles sont ou passées, ou futures, ou spirituelles. La foi qui justifie implique, non seulement une démonstration ou une conviction divine que « Dieu était en Christ, réconciliant le monde avec lui-même », mais une ferme assurance et une confiance que Christ est mort pour « mes » péchés, qu’il « m’ »a aimé, et qu’il s’est livré lui-même pour « moi ». Et à quelque moment qu’un pécheur croie ainsi, que ce soit dans sa première enfance, dans la force de l’âge, ou lorsqu’il est vieux et que ses cheveux ont blanchi, Dieu justifie cet impie : Dieu, à cause de son Fils, pardonne et absout celui en qui, jusque-là, il n’y avait rien de bon. Dieu lui avait bien donné auparavant la repentance ; mais cette repentance n’était rien de plus ni de moins qu’un profond sentiment de l’absence de tout bien et de la présence de tout mal. Et tout le bien qu’il a ou qu’il fait, depuis l’heure où il croit pour la première fois en Dieu par Christ, la foi ne le « trouve » pas, elle l’« apporte ». C’est là le fruit de la foi. D’abord l’arbre est bon, et ensuite le fruit est bon aussi.

3. Je ne puis mieux décrire la nature de cette foi que dans les termes de notre propre Église : « Le seul instrument du salut » (dont la justification est une branche) « est la foi ; c’est-à-dire une ferme assurance et une confiance que Dieu nous a pardonné et nous pardonnera nos péchés, qu’il nous a reçus de nouveau dans sa faveur, pour les mérites de la mort et de la passion de Christ. — Mais ici nous devons prendre garde de ne pas boiter avec Dieu par une foi inconstante et chancelante : Pierre, venant à Christ sur les eaux, parce qu’il faiblit dans la foi, fut en danger de se noyer ; de même nous, si nous commençons à chanceler ou à douter, il est à craindre que nous n’enfoncions comme Pierre, non dans l’eau, mais dans l’abîme sans fond du feu de l’enfer. » (« Second sermon sur la Passion »)

« Ayez donc une foi ferme et constante, non seulement que la mort de Christ est efficace pour le monde entier, mais qu’il a offert un sacrifice plein et suffisant pour “toi”, une parfaite purification de “tes” péchés, en sorte que tu puisses dire avec l’apôtre qu’il “t’”a aimé et s’est livré lui-même pour “toi”. Car c’est là faire de Christ “ton bien propre”, et t’appliquer ses mérites à “toi-même”. » (« Sermon sur le sacrement, première partie »)

4. En affirmant que cette foi est le moyen ou la « condition de la justification », j’entends, premièrement, qu’il n’y a point de justification sans elle. « Celui qui ne croit pas est déjà jugé » ; et, aussi longtemps qu’il ne croit pas, cette condamnation ne peut être ôtée, mais « la colère de Dieu demeure sur lui ». Comme « il n’y a sous le ciel aucun autre nom qui ait été donné » que celui de Jésus de Nazareth, aucun autre mérite par lequel un pécheur condamné puisse jamais être sauvé de la culpabilité du péché, de même il n’y a pas d’autre moyen d’obtenir une part à son mérite que « par la foi en son nom ». De sorte que, aussi longtemps que nous sommes sans cette foi, nous sommes « étrangers aux alliances de la promesse », nous sommes « privés du droit de cité en Israël, et sans Dieu dans le monde ». Quelles que soient les vertus (comme on les appelle) qu’un homme puisse avoir, — je parle de ceux à qui l’Évangile est prêché ; car « Qu’ai-je à juger ceux du dehors? » — quelles que soient les bonnes œuvres (comme on les estime) qu’il puisse faire, cela ne lui sert de rien ; il est encore un « enfant de colère », encore sous la malédiction, jusqu’à ce qu’il croie en Jésus.

5. La foi est donc la condition « nécessaire » de la justification ; bien plus, elle en est la « seule condition nécessaire ». C’est là le second point qu’il faut observer avec soin : au moment même où Dieu donne la foi (car « c’est le don de Dieu ») à l’« impie » qui « ne fait point d’œuvre », cette « foi lui est imputée à justice ». Il n’a aucune justice antérieure à celle-là, pas même une justice négative, ou innocence. Mais « la foi lui est imputée à justice », au moment même où il croit. Non que Dieu (comme on l’a remarqué plus haut) le croie être ce qu’il n’est pas. Mais comme « il a fait devenir Christ péché pour nous », c’est-à-dire l’a traité comme un pécheur, le punissant pour nos péchés, de même il nous tient pour justes dès le moment où nous croyons en lui ; c’est-à-dire qu’il ne nous punit pas pour nos péchés ; bien plus, il nous traite comme si nous étions innocents et justes.

6. Assurément, la difficulté de donner son assentiment à cette proposition, que « la foi est la “seule condition” de la justification », doit venir de ce qu’on ne la comprend pas. Nous entendons par là ceci : c’est la seule chose sans laquelle nul n’est justifié ; la seule chose qui soit immédiatement, indispensablement, absolument requise pour obtenir le pardon. De même que, d’une part, un homme eût-il tout le reste sans la foi, il ne peut cependant être justifié ; de même, d’autre part, quand on supposerait qu’il manque de tout le reste, s’il a la foi, il ne peut qu’être justifié. Car supposons un pécheur de quelque sorte ou de quelque degré que ce soit, dans le plein sentiment de son impiété totale, de son entière incapacité de penser, de dire ou de faire le bien, et de sa parfaite aptitude au feu de l’enfer ; supposons, dis-je, que ce pécheur, sans secours et sans espérance, se jette entièrement sur la miséricorde de Dieu en Christ (ce qu’il ne peut faire, à la vérité, que par la grâce de Dieu) : qui peut douter qu’il ne soit pardonné en ce moment même ? Qui affirmera que quoi que ce soit de plus soit « indispensablement requis » avant que ce pécheur puisse être justifié ?

Or, s’il y a jamais eu un seul exemple semblable depuis le commencement du monde (et n’y en a-t-il pas eu, et n’y en a-t-il pas, des myriades de myriades ?), il s’ensuit clairement que la foi est, dans le sens indiqué plus haut, l’unique condition de la justification.

7. Il ne convient pas à de pauvres vers de terre, coupables et pécheurs, qui reçoivent toutes les bénédictions dont ils jouissent (depuis la moindre goutte d’eau qui rafraîchit notre langue jusqu’aux richesses immenses de la gloire dans l’éternité) par grâce, par pure faveur, et non comme une dette, de demander à Dieu les raisons de sa conduite. Il ne nous appartient pas de mettre en question celui « qui ne rend compte à personne de ses voies » ; de lui demander : « Pourquoi as-tu fait de la foi la condition, la seule condition de la justification ? Pourquoi as-tu décrété : “Celui qui croira”, et lui seul, “sera sauvé” ? » C’est là le point même sur lequel saint Paul insiste si fortement au neuvième chapitre de cette épître, savoir : que les conditions du pardon et de l’acceptation doivent dépendre, non de nous, mais « de celui qui nous appelle » ; qu’il n’y a point d’« injustice en Dieu » à fixer lui-même ses conditions, non selon les nôtres, mais selon son bon plaisir ; lui qui peut dire à juste titre : « Je ferai miséricorde à qui je fais miséricorde » ; c’est-à-dire à celui qui croit en Jésus. « Ainsi donc, cela ne dépend ni de celui qui veut, ni de celui qui court », de choisir la condition à laquelle il sera accepté ; « mais de Dieu qui fait miséricorde » ; qui n’accepte absolument personne, sinon par son libre amour, sa bonté imméritée. « Ainsi, il fait miséricorde à qui il veut », savoir à ceux qui croient au Fils de son amour ; « et qui il veut », c’est-à-dire ceux qui ne croient pas, « il endurcit », il les abandonne à la fin à l’endurcissement de leur cœur.

8. Nous pouvons toutefois concevoir humblement une raison pour laquelle Dieu a fixé cette condition de la justification : « Si tu crois au Seigneur Jésus-Christ, tu seras sauvé » ; c’était pour « préserver l’homme de l’orgueil ». L’orgueil avait déjà perdu les anges mêmes de Dieu, il avait précipité « le tiers des étoiles du ciel ». Ce fut aussi en grande partie à cause de lui, lorsque le tentateur dit : « Vous serez comme des dieux », qu’Adam déchut de sa fermeté, et fit entrer le péché et la mort dans le monde. C’était donc un trait de sagesse digne de Dieu que d’établir, pour lui et pour toute sa postérité, une condition de réconciliation propre à les humilier efficacement, à les abaisser jusqu’à la poussière. Et telle est la foi. Elle est particulièrement propre à cette fin ; car celui qui vient à Dieu par cette foi doit fixer uniquement les yeux sur sa propre méchanceté, sur sa culpabilité et son impuissance, sans avoir le moindre égard à aucun bien supposé en lui-même, à aucune vertu ou justice quelle qu’elle soit. Il doit venir comme un « pur pécheur », au-dedans et au-dehors, perdu par lui-même et condamné par lui-même, n’apportant à Dieu que son impiété, ne plaidant rien de ce qui est à lui, sinon le péché et la misère. C’est ainsi, et ainsi seulement, lorsque sa « bouche est fermée », et qu’il se tient entièrement « reconnu coupable devant » Dieu, qu’il peut « regarder à Jésus » comme l’entière et unique « victime expiatoire pour ses péchés ». Ainsi seulement il peut être « trouvé en lui », et recevoir « la justice qui vient de Dieu par la foi ».

9. Toi, impie, qui entends ou qui lis ces paroles ! toi, pécheur vil, sans secours et misérable ! je te somme devant Dieu, le Juge de tous, d’aller droit à lui avec toute ton impiété. Prends garde de perdre ta propre âme en plaidant ta justice, si peu que ce soit. Va comme un homme entièrement impie, coupable, perdu, détruit, qui mérite l’enfer et qui y tombe ; et tu trouveras alors grâce à ses yeux, et tu sauras qu’il justifie l’impie. C’est comme tel que tu seras amené au « sang de l’aspersion », comme un pécheur perdu, sans secours et condamné. Ainsi, « regarde à Jésus » ! Voici « l’Agneau de Dieu », qui « ôte tes péchés » ! Ne plaide aucune œuvre, aucune justice qui te soit propre ! ni humilité, ni contrition, ni sincérité ! En aucune façon. Ce serait, en vérité, renier le Seigneur qui t’a racheté. Non : plaide uniquement le sang de l’alliance, la rançon payée pour ton âme orgueilleuse, obstinée et pécheresse. Qui es-tu, toi qui vois et qui sens maintenant ton impiété intérieure et extérieure ? Tu es cet homme-là! Je te veux pour mon Seigneur ! Je te réclame, « toi », comme enfant de Dieu par la foi ! Le Seigneur a besoin de toi. Toi qui sens que tu n’es bon que pour l’enfer, tu es justement bon pour avancer sa gloire, la gloire de sa libre grâce, qui justifie l’impie et celui qui ne fait point d’œuvre. Oh ! viens promptement ! Crois au Seigneur Jésus ; et toi, oui toi, tu es réconcilié avec Dieu.

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