Chapitre 69 · 28 min de lecture · 37 min d’écoute
La sagesse des conseils de Dieu
Sermon 68
La sagesse des conseils de Dieu
« O profondeur de la richesse, de la sagesse et de la science de Dieu! »
Rom. 11:33.
1. Quelques-uns pensent que la sagesse et la science de Dieu signifient une seule et même chose. D’autres croient que la sagesse de Dieu se rapporte plus directement à ce qu’il a fixé pour fin à toutes choses ; et sa science, aux moyens qu’il a préparés et rendus propres à ces fins. La première explication semble la plus naturelle ; car la sagesse de Dieu, dans son sens le plus étendu, doit renfermer l’une aussi bien que l’autre, les moyens aussi bien que les fins.
2. Or la sagesse de Dieu, aussi bien que sa puissance, se manifeste abondamment dans sa création ; dans la formation et la disposition de toutes ses œuvres, en haut dans le ciel et en bas sur la terre ; et dans l’appropriation de toutes aux diverses fins pour lesquelles elles ont été destinées : à tel point que chacune d’elles, prise à part des autres, est bonne ; mais toutes ensemble sont très bonnes ; toutes concourant ensemble, en un seul système bien lié, à la gloire de Dieu dans le bonheur de ses créatures intelligentes.
3. De même que cette sagesse apparaît, même aux hommes à la vue courte (et bien plus encore aux esprits d’un ordre plus élevé), dans la création et la disposition de l’univers entier et de chacune de ses parties, de même elle apparaît également dans leur conservation, lorsqu’il va « soutenant toutes choses par sa parole puissante ». Et elle n’apparaît pas d’une manière moins éclatante dans le gouvernement permanent de tout ce qu’il a créé. Avec quelle admirable sagesse dirige-t-il les mouvements des corps célestes ! de toutes les étoiles du firmament, soit de celles qui sont fixes, soit de celles qui errent, sans jamais sortir pourtant de leurs orbites respectives ! du soleil au milieu du ciel ! de ces corps étonnants, les comètes, qui s’élancent dans toutes les directions à travers les champs immenses de l’éther ! Comme il veille sur toutes les parties de ce monde inférieur, de ce « point de la création », la terre ! De sorte que toutes choses sont encore, comme au commencement, « belles en leur temps » ; et que l’été et l’hiver, les semailles et la moisson, se succèdent régulièrement. Oui, toutes choses servent leur Créateur : « Feu et grêle, neige et brouillards, Vents impétueux, qui exécutez ses ordres » ; de sorte que nous pouvons bien dire : « Éternel, notre Seigneur! Que ton nom est magnifique sur toute la terre! »
4. La sagesse de Dieu n’est pas moins visible dans le gouvernement des nations, des États et des royaumes ; ou plutôt, elle l’est davantage, si l’on peut admettre que l’infini comporte des degrés. Car toute la création inanimée, étant entièrement passive et inerte, ne peut faire aucune opposition à sa volonté. C’est pourquoi, dans le monde naturel, toutes choses suivent un cours égal et ininterrompu. Mais il en est tout autrement dans le monde moral. Ici des hommes méchants et des esprits méchants s’opposent continuellement à la volonté divine, et causent d’innombrables désordres. Ici, par conséquent, il y a pleine carrière pour l’exercice de toute la richesse de la sagesse et de la science de Dieu, pour déjouer toute la méchanceté et toute la folie des hommes, et toute la ruse de Satan, afin de poursuivre son propre et glorieux dessein, — le salut du genre humain perdu. À la vérité, s’il le faisait par un décret absolu et par sa propre puissance irrésistible, cela n’impliquerait aucune sagesse. Mais sa sagesse se montre en ce qu’il sauve l’homme de telle manière qu’il ne détruit pas sa nature, qu’il ne lui ôte pas la liberté qu’il lui a donnée.
5. Mais c’est dans son Église que la richesse de la sagesse et de la science de Dieu se déploie de la manière la plus éclatante ; dans la manière dont il l’a plantée comme un grain de sénevé, la plus petite de toutes les semences ; dont il l’a conservée et continuellement accrue, jusqu’à ce qu’elle devînt un grand arbre, en dépit de l’opposition ininterrompue de toutes les puissances des ténèbres. C’est ce que l’apôtre appelle à juste titre la sagesse infiniment variée (polypoikilos sophia) de Dieu. C’est un mot d’une expression peu commune, qui donne à entendre que cette sagesse, dans la manière dont elle opère, se diversifie de mille façons, et se déploie avec une infinie variété. Ce sont là des choses dans lesquelles les anges les plus élevés « désirent plonger leurs regards », mais qu’ils ne peuvent jamais comprendre pleinement. Il semble que ce soit principalement à leur égard que l’apôtre pousse cette forte exclamation : « Que ses jugements sont insondables ! » Ses conseils, ses desseins, impossibles à sonder ; « et ses voies » de les accomplir, « incompréhensibles! » impossibles à suivre à la trace ! Selon le psalmiste : « Ses sentiers sont dans les grandes eaux, et ses traces ne sont pas reconnues. »
6. Mais il lui a plu de nous en révéler un peu ; et en nous attachant étroitement à ce qu’il a révélé, tout en comparant ensemble la parole et l’œuvre de Dieu, nous pouvons comprendre une partie de ses voies. Nous pouvons, en quelque mesure, suivre la trace de cette sagesse infiniment variée depuis le commencement du monde ; d’Adam à Noé, de Noé à Moïse, et de Moïse à Christ. Mais je voudrais maintenant la considérer (après avoir seulement touché à l’histoire de l’Église dans les siècles passés) uniquement à l’égard de ce qu’il a opéré dans le siècle présent, durant le dernier demi-siècle ; oui, et dans ce petit coin du monde, les îles Britanniques seulement.
7. Dans la plénitude des temps, au moment même qui sembla le meilleur à sa sagesse infinie, Dieu introduisit son premier-né dans le monde. Il posa alors le fondement de son Église ; bien qu’elle ne parût guère avant le jour de la Pentecôte. Et c’était alors une Église glorieuse ; tous ses membres étant « remplis du Saint-Esprit » ; n’étant « qu’un cœur et qu’une âme », et persévérant « dans l’enseignement des apôtres, dans la communion fraternelle, dans la fraction du pain, et dans les prières. » Dans la communion fraternelle : c’est-à-dire ayant toutes choses en commun ; nul ne regardant comme sien rien de ce qu’il possédait
Doux et simples disciples de l’Agneau,
Ils vivaient, pensaient et parlaient de même :
Tous n’étaient qu’un cœur et qu’une âme,
Et l’amour seul animait le tout.
8. Mais cet heureux état ne dura pas longtemps. Voyez Ananias et Saphira, par l’amour de l’argent (« une racine de tous les maux »), faisant la première brèche dans la communauté des biens ! Voyez la partialité, l’injuste acception de personnes d’un côté, le ressentiment et les murmures de l’autre, alors même que les apôtres présidaient en personne à l’Église de Jérusalem ! Voyez les taches et les rides affligeantes qui se trouvaient dans toutes les parties de l’Église, rapportées non seulement dans les Actes, mais dans les Épîtres de saint Paul, de Jacques, de Pierre et de Jean. Nous en avons un récit plus complet encore dans l’Apocalypse : et, d’après celui-ci, dans quel état était l’Église chrétienne, dès le premier siècle, avant même que saint Jean eût été retiré de la terre ; si nous pouvons juger (comme nous le pouvons sans aucun doute) de l’état de l’Église en général par l’état des Églises particulières (toutes, sauf celles de Smyrne et de Philadelphie) auxquelles notre Seigneur adressa ses épîtres ! Et, à partir de ce temps-là, pendant quatorze cents ans, elle se corrompit de plus en plus, comme le montre toute l’histoire, jusqu’à ce qu’il ne restât presque plus rien ni de la puissance ni de la forme de la religion.
9. Néanmoins il est certain que les portes de l’enfer n’ont jamais entièrement prévalu contre elle. Dieu s’est toujours réservé une semence ; un petit nombre qui l’adoraient en esprit et en vérité. Je me suis souvent demandé si ce n’étaient pas là les personnes mêmes que les chrétiens riches et honorés, qui auront toujours le nombre aussi bien que la puissance de leur côté, flétrissaient de temps à autre du titre d’hérétiques. Peut-être fut-ce principalement par cet artifice du diable et de ses enfants que, le bien qui était en eux étant décrié, ils furent empêchés d’être aussi largement utiles qu’ils auraient pu l’être autrement. Bien plus, je me suis demandé si cet archi-hérétique, Montan, n’était pas l’un des hommes les plus saints du deuxième siècle. Oui, je n’affirmerais pas que l’archi-hérétique du cinquième siècle (si abondamment qu’il ait été couvert de boue pendant bien des siècles) n’ait pas été l’un des hommes les plus saints de son temps, sans excepter saint Augustin lui-même. (Un saint admirable ! Aussi plein d’orgueil, de passion, d’amertume, d’esprit de censure, et aussi mal embouché envers tous ceux qui le contredisaient, que George Fox lui-même.) Je crois en vérité que la véritable hérésie de Pélage n’était ni plus ni moins que ceci : soutenir que les chrétiens peuvent, par la grâce de Dieu (non sans elle ; cela, je le tiens pour une pure calomnie), « tendre à la perfection » ; ou, en d’autres termes, « accomplir la loi de Christ ».
« Mais saint Augustin dit : » — Quand les passions d’Augustin étaient échauffées, sa parole ne vaut pas un fétu. Et voici le secret : saint Augustin était irrité contre Pélage : de là vient qu’il le calomnia et l’outragea (selon sa coutume), sans crainte ni honte. Et saint Augustin était alors, dans le monde chrétien, ce qu’Aristote fut plus tard : il ne fallait point d’autre preuve d’une assertion que Ipse dixit : « Saint Augustin l’a dit. »
10. Mais revenons-en à notre sujet : lorsque l’iniquité eut envahi l’Église comme un déluge, l’Esprit du Seigneur leva contre elle un étendard. Il suscita un pauvre moine, sans richesse, sans puissance, et, à ce moment-là, sans amis, pour déclarer la guerre, pour ainsi dire, au monde entier ; à l’évêque de Rome et à tous ses adhérents. Mais cette petite pierre, étant choisie de Dieu, devint bientôt une grande montagne ; et s’accrut de plus en plus, jusqu’à couvrir une partie considérable de l’Europe. Pourtant, avant même que Luther fût rappelé auprès de Dieu, la charité du grand nombre s’était refroidie. Beaucoup qui avaient d’abord bien couru se détournèrent du saint commandement qui leur avait été donné ; oui, la plus grande partie de ceux qui avaient autrefois éprouvé la puissance de la foi firent naufrage quant à la foi et à la bonne conscience. On supposa que la vue de ces choses fut l’occasion de la maladie (une crise de la pierre) dont Luther mourut, après avoir prononcé ces tristes paroles : « J’ai consumé ma force pour rien ! Ceux qui sont appelés de mon nom sont, il est vrai, réformés dans leurs opinions et dans leurs formes de culte ; mais dans leurs cœurs et dans leurs vies, dans leurs dispositions et dans leur conduite, ils ne valent pas un iota de mieux que les papistes ! »
11. Vers le même temps, il plut à Dieu de visiter la Grande-Bretagne. Quelques-uns sous le règne du roi Henri VIII, et beaucoup plus sous les trois règnes suivants, furent de véritables témoins du christianisme vrai et scripturaire. Leur nombre s’accrut extrêmement au commencement du siècle suivant. Et en l’année 1627, il y eut une merveilleuse effusion de l’Esprit en plusieurs parties de l’Angleterre, aussi bien qu’en Écosse et dans le nord de l’Irlande. Mais dès que les richesses et les honneurs affluèrent sur ceux qui craignaient et aimaient Dieu, leurs cœurs commencèrent à s’éloigner de lui, et à s’attacher au monde présent. La persécution n’eut pas plus tôt cessé, et les pauvres chrétiens méprisés et persécutés ne furent pas plus tôt revêtus de puissance, et placés dans l’aisance et l’abondance, que le changement de condition amena un changement d’esprit. Les richesses et les honneurs produisirent bientôt leurs effets ordinaires. Ayant le monde, ils aimèrent bientôt le monde : ils ne soupiraient plus après le ciel, mais s’attachèrent de plus en plus aux choses de la terre. De sorte qu’en peu d’années, un homme qui les connaissait et les aimait bien, et qui était un juge irrécusable des hommes et des mœurs (le docteur Owen), se lamenta profondément sur eux, comme ayant perdu toute la vie et toute la puissance de la religion, et étant devenus exactement du même esprit que ceux qu’ils méprisaient comme la boue des rues.
12. Le peu de religion qui restait dans le pays reçut une autre blessure mortelle à la Restauration, de la part de l’un des pires princes qui se soient jamais assis sur le trône d’Angleterre, et de la cour la plus dissolue de l’Europe. Et l’incrédulité fit alors irruption avec violence, et inonda le pays comme un déluge. Naturellement, toute espèce d’immoralité vint avec elle, et s’accrut jusqu’à la fin du siècle. On fit quelques faibles tentatives pour arrêter le torrent sous le règne de la reine Anne ; mais il s’accrut encore jusque vers l’année 1725, où M. Law publia son « Traité pratique de la perfection chrétienne », et, peu après, son « Appel sérieux à une vie dévote et sainte ». Ici fut semée la semence qui leva bientôt et se répandit à Oxford, à Londres, à Bristol, à Leeds, à York, et, en peu d’années, dans la plus grande partie de l’Angleterre, de l’Écosse et de l’Irlande.
13. Mais de quels moyens la sagesse de Dieu se servit-elle pour accomplir cette grande œuvre ? Il poussa dans sa moisson des ouvriers tels que la sagesse de l’homme n’y aurait jamais songé. Il choisit les choses faibles pour confondre les fortes, et les choses folles pour confondre les sages. Il choisit quelques jeunes hommes, pauvres, ignorants, sans expérience, sans savoir ni habileté ; mais simples de cœur, consacrés à Dieu, pleins de foi et de zèle, ne cherchant ni honneur, ni profit, ni plaisir, ni repos, mais uniquement à sauver des âmes ; ne craignant ni la disette, ni la douleur, ni la persécution, ni rien de ce que l’homme pouvait leur faire ; oui, ne faisant pas cas de leur vie, pourvu qu’ils accomplissent leur course avec joie. Du même esprit étaient les gens que Dieu, par leur parole, appela des ténèbres à son admirable lumière, dont beaucoup convinrent bientôt de se joindre ensemble, afin de se fortifier mutuellement les mains en Dieu. Ceux-ci aussi étaient simples de cœur, consacrés à Dieu, zélés pour les bonnes œuvres ; ne désirant ni honneur, ni richesses, ni plaisir, ni repos, ni rien de ce qui est sous le soleil ; mais seulement de parvenir à toute l’image de Dieu, et d’habiter avec lui dans la gloire.
14. Mais à mesure que ces jeunes prédicateurs avançaient en âge, ils ne croissaient pas tous en grâce. Plusieurs d’entre eux, à la vérité, s’accrurent en d’autres connaissances ; mais non pas à proportion dans la connaissance de Dieu. Ils devinrent moins simples, moins vivants pour Dieu, et moins consacrés à lui. Ils furent moins zélés pour Dieu ; et, par conséquent, moins actifs, moins diligents à son service. Quelques-uns d’entre eux commencèrent à désirer la louange des hommes, et non plus seulement la louange de Dieu ; d’autres à se lasser d’une vie errante, et à chercher ainsi le repos et la tranquillité. Quelques-uns recommencèrent à craindre la face des hommes ; à avoir honte de leur vocation ; à ne plus vouloir renoncer à eux-mêmes, se charger chaque jour de leur croix, « et supporter les souffrances comme de bons soldats de Jésus-Christ ». Partout où ces prédicateurs travaillaient, leurs travaux ne portaient guère de fruit. Leur parole n’était plus, comme autrefois, revêtue de puissance : elle ne portait avec elle aucune démonstration de l’Esprit. La même langueur d’esprit se trouvait dans leur conversation privée. Ils n’insistaient plus « en toute occasion, favorable ou non », « avertissant tout homme, et exhortant tout homme », « afin d’en sauver de toute manière quelques-uns ».
15. Mais de même que quelques prédicateurs déchurent de leur premier amour, de même beaucoup du peuple. Ils furent pareillement assaillis de toutes parts, entourés de tentations diverses : et tandis que beaucoup d’entre eux triomphaient de tout, et étaient « plus que vainqueurs par celui qui les avait aimés », d’autres donnèrent accès au monde, à la chair ou au diable, et ainsi « tombèrent dans la tentation » : quelques-uns « firent naufrage quant à la foi » tout d’un coup ; d’autres par des degrés lents et insensibles. Bon nombre, manquant des choses nécessaires à la vie, furent accablés par les soucis du monde ; beaucoup retombèrent dans l’emprise « des autres convoitises », qui « étouffèrent la bonne semence, et elle devint infructueuse ».
16. Mais de toutes les tentations, aucune n’a frappé l’œuvre entière de Dieu autant que « la séduction des richesses », dont j’ai vu mille tristes preuves au cours de ces cinquante dernières années. Elles sont trompeuses en vérité ! Car qui croira qu’elles lui fassent le moindre mal ? Et pourtant je n’ai pas connu soixante personnes riches, peut-être pas la moitié de ce nombre, en soixante ans, qui, autant que j’en puis juger, n’aient pas été moins saintes qu’elles ne l’auraient été si elles avaient été pauvres. Par richesses, j’entends non pas des milliers de livres sterling, mais tout ce qui dépasse ce qu’il faut pour se procurer les commodités de la vie. Ainsi je tiens pour riche l’homme qui a la nourriture et le vêtement pour lui-même et pour sa famille, sans s’endetter, et quelque chose de reste. Et combien en est-il peu, dans cette condition, qui n’en soient pas blessés, sinon perdus ? Pourtant qui en tient compte ? Qui prend sérieusement garde à cette redoutable déclaration de l’apôtre : Même « ceux qui veulent s’enrichir tombent dans la tentation, dans le piège, et dans beaucoup de désirs insensés et pernicieux qui plongent les hommes dans la ruine et la perdition » ? Combien de tristes exemples n’en avons-nous pas vus à Londres, à Bristol, à Newcastle ; dans toutes les grandes villes de commerce du royaume, où Dieu a récemment fait connaître sa puissance ! Voyez combien de ceux qui étaient autrefois simples de cœur, ne désirant rien que Dieu, satisfont maintenant « la convoitise de la chair » ; s’étudiant à plaire à leurs sens, particulièrement à leur goût ; s’efforçant d’étendre autant que possible les plaisirs de la table. N’êtes-vous pas de ce nombre ? À la vérité, vous n’êtes ni ivrogne ni gourmand ; mais ne vous laissez-vous pas aller à une sorte de sensualité réglée ? Le manger et le boire ne sont-ils pas les plus grands plaisirs de votre vie ? la part la plus considérable de votre bonheur ? S’il en est ainsi, je crains que saint Paul ne vous eût donné une place parmi ceux qui « ont pour dieu leur ventre » ! Combien d’entre eux satisfont de nouveau maintenant « la convoitise des yeux » ! employant tous les moyens qui sont en leur pouvoir pour étendre les plaisirs de leur imagination ! sinon dans la magnificence, qui n’est pas encore à leur portée, du moins dans les choses nouvelles ou belles ! Ne cherchez-vous pas le bonheur dans des vêtements ou des meubles jolis ou élégants ? ou dans des habits neufs, ou des livres, ou des tableaux, ou des jardins ? « Eh quoi ! quel mal y a-t-il en ces choses ? » Il y a ce mal, qu’elles satisfont « la convoitise des yeux », et par là la fortifient et l’accroissent ; vous rendant de plus en plus morts à Dieu, et de plus en plus vivants pour le monde. Combien se livrent à « l’orgueil de la vie » ! cherchant la gloire qui vient des hommes ! ou « amassant des trésors sur la terre » ! Ils gagnent tout ce qu’ils peuvent, honnêtement et consciencieusement. Ils épargnent tout ce qu’ils peuvent, en retranchant toute dépense inutile ; en joignant l’économie à la diligence. Et jusque-là tout est bien. C’est là le devoir de quiconque craint Dieu. Mais ils ne donnent pas tout ce qu’ils peuvent ; et sans cela ils ne peuvent manquer de devenir de plus en plus terrestres. Leurs affections s’attacheront de plus en plus à la poussière ; et ils auront de moins en moins de communion avec Dieu. N’est-ce pas là votre cas ? Ne cherchez-vous pas la louange des hommes plus que la louange de Dieu ? Vous-même, n’amassez-vous pas , ou du moins ne désirez-vous pas et ne vous efforcez-vous pas d’« amasser des trésors sur la terre » ? N’êtes-vous donc pas (traitez fidèlement avec votre propre âme !) de plus en plus vivant pour le monde, et, par conséquent, de plus en plus mort à Dieu ? Il ne peut en être autrement. Cela doit s’ensuivre, à moins que vous ne donniez tout ce que vous pouvez, aussi bien que vous gagnez et épargnez tout ce que vous pouvez. Il n’y a sous le ciel aucun autre moyen d’empêcher votre argent de vous faire descendre plus bas que le tombeau ! Car « Si quelqu’un aime le monde, l’amour du Père n’est point en lui ». Et quand même il aurait été en lui au plus haut degré, cependant, s’il glisse dans l’amour du monde, à mesure que celui-ci entre, l’amour de Dieu sortira du cœur.
17. Et peut-être y a-t-il dans ces paroles quelque chose de plus encore que tout cela : « N’aimez point le monde, ni les choses qui sont dans le monde. » Nous sommes ici expressément avertis de ne pas aimer le monde, aussi bien que de ne pas aimer « les choses qui sont dans le monde ». Le monde, ce sont les hommes qui ne connaissent pas Dieu, qui ne l’aiment ni ne le craignent. Les aimer d’un amour de délices ou de complaisance, mettre en eux nos affections, voilà ce qui est ici absolument défendu ; et, par une raison semblable, converser ou avoir commerce avec eux au-delà de ce qu’exigent les affaires nécessaires. L’amitié ou l’intimité avec eux, saint Jacques ne craint pas de l’appeler adultère : « Adultères que vous êtes! Ne savez-vous pas que l’amour du monde est inimitié contre Dieu? Celui donc qui veut être ami du monde se rend ennemi de Dieu. » Ne cherchez pas à éluder ou à esquiver le sens de ces fortes paroles. Elles nous demandent clairement de nous tenir à l’écart d’eux, de n’avoir aucun commerce inutile avec les hommes impies. Autrement nous glisserons infailliblement dans la conformité au monde ; à ses maximes, à son esprit et à ses coutumes. Car non seulement leurs paroles, tout inoffensives qu’elles paraissent, rongent comme la gangrène ; mais leur souffle même est contagieux : leur esprit agit insensiblement sur notre esprit. Il pénètre « comme de l’eau dans notre intérieur, et comme de l’huile dans nos os ».
18. Mais tous les hommes riches sont sous une tentation continuelle de se lier et de converser avec les mondains. Ils sont pareillement sous une tentation continuelle d’orgueil, d’avoir d’eux-mêmes une plus haute opinion qu’ils ne doivent. Ils sont fortement tentés de se venger, pour peu qu’on les offense : et, ayant les moyens entre leurs propres mains, combien en est-il peu qui résistent à la tentation ! Ils sont continuellement tentés de paresse, d’indolence, d’amour du repos, de mollesse, de délicatesse ; de haine du renoncement et de la croix à porter, même de celle du jeûne et du lever matinal, sans lesquels il est impossible de croître en grâce. Si vous vous êtes enrichi, ne savez-vous pas qu’il en est ainsi ? Ne contractez-vous aucune intimité avec les mondains ? Ne conversez-vous pas avec eux plus que le devoir ne l’exige ? N’êtes-vous pas en danger d’orgueil ? de vous croire meilleur que vos voisins pauvres et malpropres ? Ne ressentez-vous jamais un affront, et même ne vous en vengez-vous jamais ? Ne rendez-vous jamais le mal pour le mal ? Ne vous laissez-vous pas aller à l’indolence ou à l’amour du repos ? Renoncez-vous à vous-même, et vous chargez-vous chaque jour de votre croix ? Vous levez-vous constamment d’aussi bonne heure que vous le faisiez autrefois ? Pourquoi pas ? Votre âme n’est-elle pas aussi précieuse maintenant qu’elle l’était alors ? Combien de fois jeûnez-vous ? N’est-ce pas un devoir pour vous, autant que pour un journalier ? Mais si vous êtes en défaut sur ce point, ou sur tout autre, qui vous le dira ? Qui ose vous dire la vérité toute simple, sinon ceux qui n’espèrent ni ne craignent rien de vous ? Et si quelqu’un se hasarde à vous parler franchement, combien il vous est difficile de le supporter ! N’êtes-vous pas bien moins disposé à recevoir la répréhension, bien moins disposé à recevoir un conseil, que lorsque vous étiez pauvre ? C’est beaucoup si vous pouvez supporter la répréhension même de moi : et dans peu de jours vous ne me verrez plus.
Encore une fois donc, je vous le dis : ayant gagné et épargné tout ce que vous pouvez, donnez-vous tout ce que vous pouvez ? sinon votre argent dévorera votre chair comme un feu, et vous fera descendre jusqu’au plus profond de l’enfer ! Oh ! gardez-vous d’« amasser des trésors sur la terre » ! N’est-ce pas vous amasser un trésor de colère pour le jour de la colère ?
Seigneur, je les ai avertis ! mais s’ils ne veulent pas être avertis, que puis-je faire de plus ? Je ne puis que « les livrer aux penchants de leur cœur, et les laisser suivre leurs propres conseils » !
19. Pour n’avoir pas tenu compte de cet avertissement, il est certain que beaucoup de méthodistes sont déjà tombés ; que beaucoup tombent en ce moment même ; et il y a de grandes raisons de craindre que beaucoup d’autres ne tombent encore, dont la plupart ne se relèveront plus !
Mais quelle méthode peut-on espérer que le Dieu tout sage prendra pour réparer le déclin de son œuvre ? S’il n’ôte pas le chandelier de ce peuple pour susciter un autre peuple qui soit plus fidèle à sa grâce, il est probable qu’il procédera de la même manière qu’il l’a fait dans le passé. Et voici quelle a été jusqu’ici sa méthode : quand quelques-uns des anciens prédicateurs ont abandonné leur premier amour, perdu leur simplicité et leur zèle, et quitté l’œuvre, il a suscité des jeunes hommes qui sont ce qu’ils étaient, et les a envoyés dans la moisson à leur place. Il a fait de même lorsqu’il lui a plu de retirer dans le sein d’Abraham quelques-uns de ses fidèles ouvriers. Ainsi, quand Henry Millard, Edward Dunstone, John Manners, Thomas Walsh, ou d’autres, se sont reposés de leurs travaux, il a suscité de temps à autre d’autres jeunes hommes, disposés et capables à rendre le même service. Il est très probable qu’il prendra exactement la même méthode pour le temps à venir. La place de ceux des prédicateurs qui ou bien meurent dans le Seigneur, ou bien perdent la vie spirituelle que Dieu leur avait donnée, il la remplira par d’autres qui sont vivants pour Dieu, et qui ne désirent que de dépenser et de se dépenser pour lui.
20. Écoutez ceci, vous tous, prédicateurs, qui n’avez plus la même vie, la même communion avec Dieu, le même zèle pour sa cause, le même amour brûlant pour les âmes, que vous aviez autrefois ! « Prenez garde à vous-mêmes, afin que vous ne perdiez pas le fruit de votre travail, mais que vous receviez une pleine récompense. » Prenez garde que Dieu ne jure dans sa colère que vous ne porterez plus son étendard ! qu’il ne soit provoqué à ôter entièrement de votre bouche la parole de sa grâce ! Soyez assurés que le Seigneur n’a pas besoin de vous ; son œuvre ne dépend pas de votre aide. Comme il peut, de pierres, « susciter des enfants à Abraham », ainsi il peut des mêmes pierres susciter des prédicateurs selon son cœur ! Oh ! hâtez-vous ! Souvenez-vous d’où vous êtes tombés ; repentez-vous, et pratiquez vos premières œuvres !
21. Ne provoqueriez-vous pas le Seigneur de la moisson à vous mettre entièrement de côté, si vous méprisiez les ouvriers qu’il a suscités, uniquement à cause de leur jeunesse ? C’est ce qu’on nous faisait communément, à nous, lorsque nous fûmes envoyés pour la première fois, il y a de quarante à cinquante ans. De vieux sages demandaient : « Que feront ces jeunes têtes ? » Ainsi, en particulier, l’évêque de Londres d’alors. Mais adopterons-nous leur langage ? À Dieu ne plaise ! Enseignerons-nous à Dieu qui il doit envoyer, qui il doit employer dans sa propre œuvre ? Sommes-nous donc les seuls hommes, et la sagesse mourra-t-elle avec nous ? L’œuvre de Dieu dépend-elle de nous ? Oh ! humiliez-vous devant Dieu, de peur qu’il ne vous arrache, sans que personne délivre !
22. Considérons ensuite quelle méthode la sagesse de Dieu a prise, durant ces quarante-cinq ans, lorsque des milliers de ceux qui avaient d’abord bien couru, l’un après l’autre, « se retirèrent pour se perdre ». Eh bien, à mesure que quelques-uns des pauvres étaient accablés par les soucis du monde, de sorte que la semence qu’ils avaient reçue devenait infructueuse ; et à mesure que quelques-uns des riches se retiraient pour se perdre, en cédant à l’amour du monde, aux désirs insensés et pernicieux, ou à quelqu’une de ces innombrables tentations qui sont inséparables des richesses, Dieu a constamment, de temps à autre, suscité des hommes doués de l’esprit qu’ils avaient perdu : oui, et généralement ce changement s’est fait avec un avantage considérable : car les derniers étaient non seulement (pour la plupart) plus nombreux que les premiers, mais plus vigilants, profitant de leur exemple ; plus spirituels, plus célestes dans leurs pensées, plus zélés, plus vivants pour Dieu, et plus morts à toutes les choses d’ici-bas.
23. Et, Dieu soit béni ! nous voyons qu’il fait maintenant la même chose en diverses parties du royaume. À la place de ceux qui sont déchus de leur fermeté, ou qui en déchoient aujourd’hui, il suscite continuellement de ces pierres d’autres enfants à Abraham. Il le fait en tel ou tel lieu, selon sa propre volonté ; répandant son Esprit vivifiant sur tel ou tel peuple, comme il lui plaît. Il suscite des personnes de tout âge et de toute condition, jeunes gens et jeunes filles, vieillards et enfants, pour être « une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple acquis ; pour annoncer les louanges de celui qui les a appelés des ténèbres à son admirable lumière ». Et nous n’avons aucune raison de douter qu’il ne continue à le faire, jusqu’à ce que la grande promesse soit accomplie ; jusqu’à ce que « la terre soit remplie de la connaissance de la gloire de l’Éternel, Comme le fond de la mer par les eaux qui le couvrent ; jusqu’à ce que tout Israël soit sauvé, et que la totalité des païens soit entrée ».
24. Mais tous ceux qui ont succombé sous des tentations diverses sont-ils tombés de manière à ne plus pouvoir se relever ? Le Seigneur les a-t-il tous rejetés pour toujours, et ne se laissera-t-il plus fléchir ? Sa promesse a-t-elle entièrement pris fin pour l’éternité ? À Dieu ne plaise que nous l’affirmions ! Assurément il peut guérir toutes leurs infidélités : car aucune parole n’est impossible à Dieu. Et ne le veut-il pas aussi ? Il est « Dieu, et non pas un homme ; c’est pourquoi ses compassions ne sont pas à leur terme ». Qu’aucun rétrograde ne désespère. « Retournez à l’Éternel, et il aura pitié de vous ; à notre Dieu, qui ne se lasse pas de pardonner. »
Cependant, voici ce que dit le Seigneur à vous qui maintenant occupez leur place : « Ne t’abandonne pas à l’orgueil, mais crains ! » Si « le Seigneur n’a pas épargné » tes frères aînés, « prends garde qu’il ne t’épargne pas non plus » ! Crains, non d’une crainte servile et tourmentante, mais de peur de tomber par quelqu’une de ces mêmes tentations ; soit par les soucis du monde, soit par la séduction des richesses, soit par les convoitises des autres choses. Vous serez tentés de dix mille manières différentes, peut-être aussi longtemps que vous demeurerez dans le corps ; mais aussi longtemps que vous continuerez à veiller et à prier, vous ne « tomberez pas dans la tentation ». Sa grâce vous a suffi jusqu’ici ; et il en sera ainsi jusqu’à la fin.
25. Vous voyez ici, frères, une esquisse courte et générale de la manière dont Dieu opère sur la terre, pour réparer cette œuvre de grâce partout où elle est en déclin par la ruse de Satan et l’infidélité des hommes qui cèdent à la fraude et à la malice du diable. C’est ainsi qu’il poursuit maintenant sa propre œuvre, et c’est ainsi qu’il fera jusqu’à la fin des temps. Et combien sa manière d’opérer est admirablement claire et simple, dans le monde spirituel aussi bien que dans le monde naturel ! c’est-à-dire son plan général d’opérer, de réparer tout ce qui est en déclin. Mais quant aux détails innombrables, il nous faut encore nous écrier : « O profondeur ! Que ses conseils sont insondables, et ses sentiers impossibles à suivre à la trace ! »
Chapitre 69 terminé
La sagesse des conseils de Dieu