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Le devoir de reprendre son prochain

Chapitre 66 · 18 min de lecture · 23 min d’écoute

Le devoir de reprendre son prochain

Sermon 65

Le devoir de reprendre son prochain

« Tu ne haïras point ton frère dans ton cœur; tu auras soin de reprendre ton prochain, mais tu ne te chargeras point d’un péché à cause de lui. »

Lévitique 19:17.

Une grande partie du livre de l’Exode, et presque tout le livre du Lévitique, se rapportent à la loi rituelle ou cérémonielle de Moïse, qui fut donnée particulièrement aux enfants d’Israël, mais qui était « un joug », dit l’apôtre Pierre, « que ni nos pères ni nous n’avons pu porter ». Nous en sommes donc délivrés ; et c’est là une partie de « la liberté pour laquelle Christ nous a affranchis ». Il est pourtant facile d’observer que beaucoup d’excellents préceptes moraux sont semés parmi ces lois cérémonielles. Nous en trouvons plusieurs dans ce chapitre même. Tels sont : « Tu ne cueilleras pas les grappes restées dans ta vigne : Tu abandonneras cela au pauvre et à l’étranger. Je suis l’Éternel, votre Dieu. » (Lévitique 19:10.) Vous ne déroberez point, et vous n’userez point de mensonge les uns envers les autres. (Lévitique 19:11.) « Tu n’opprimeras point ton prochain, et tu ne raviras rien par violence. Tu ne retiendras point jusqu’au lendemain le salaire du mercenaire. » (Lévitique 19:13.) « Tu ne maudiras point un sourd, et tu ne mettras devant un aveugle rien qui puisse le faire tomber; car tu auras la crainte de ton Dieu. Je suis l’Éternel. » (Lévitique 19:14.) Comme s’il disait : Je suis celui dont les yeux sont sur toute la terre, et dont les oreilles sont attentives à leurs cris. « Tu ne commettras point d’iniquité dans tes jugements: tu n’auras point égard à la personne du pauvre, » ce que des hommes compatissants peuvent être tentés de faire ; « et tu ne favoriseras point la personne du grand », ce à quoi il y a mille tentations. (Lévitique 19:15.) « Tu ne répandras point de calomnies parmi ton peuple. » (Lévitique 19:16 :) Et pourtant c’est là un péché que les lois humaines n’ont encore jamais pu empêcher. Puis vient : « Tu ne haïras point ton frère dans ton cœur; tu auras soin de reprendre ton prochain, mais tu ne te chargeras point d’un péché à cause de lui. » [Lévitique 19:17]

Afin de bien comprendre cette importante prescription, et de l’appliquer avec profit à nos propres âmes, considérons :

I. Qu’est-ce que nous devons reprendre ou censurer ? Quelle est la chose qui nous est ici prescrite ?

II. Qui sont ceux qu’il nous est commandé de reprendre ? Et

III. Comment devons-nous les reprendre ?

I. 1. Considérons, premièrement : quel est le devoir qui nous est ici prescrit ? Qu’est-ce que nous devons reprendre ou censurer ? Et qu’est-ce que reprendre ? Qu’est-ce que reprendre ? C’est dire à quelqu’un ses fautes, comme cela ressort clairement des paroles suivantes : « Tu ne laisseras point le péché sur lui. » Le péché est donc la chose que nous sommes appelés à reprendre, ou plutôt celui qui commet le péché. Nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour le convaincre de sa faute et le conduire dans le droit chemin.

2. L’amour, il est vrai, exige que nous l’avertissions, non seulement du péché (quoique principalement de celui-ci), mais aussi de toute erreur qui, si l’on y persistait, conduirait naturellement au péché. Si nous ne le « haïssons point dans notre cœur », si nous aimons notre prochain comme nous-mêmes, ce sera là notre effort constant : l’avertir de toute mauvaise voie, et de toute méprise qui tend au mal.

3. Mais si nous ne voulons pas perdre notre peine, nous devrions rarement reprendre quelqu’un pour une chose de nature discutable, sur laquelle il y a beaucoup à dire de part et d’autre. Une chose peut me paraître mauvaise ; c’est pourquoi je me fais scrupule de la faire ; et si je la faisais tant que ce scrupule demeure, je serais un pécheur devant Dieu. Mais un autre ne doit pas être jugé par ma conscience : s’il se tient debout ou s’il tombe, cela regarde son maître. Je ne voudrais donc le reprendre que pour ce qui est clairement et indéniablement mauvais. Tels sont, par exemple, les jurons et les blasphèmes profanes, que ceux-là mêmes qui s’y livrent le plus ne se hasarderont pas souvent à défendre, si on leur fait doucement des remontrances. Telle est l’ivrognerie, que l’ivrogne d’habitude lui-même condamnera quand il est à jeun. Et telle est, au jugement du commun des gens, la profanation du jour du Seigneur. Et si quelques-uns de ceux qui sont coupables de ces péchés tentent un moment de les défendre, bien peu persisteront à le faire, si vous les regardez fermement en face et faites appel à leur propre conscience devant Dieu.

II. 1. Considérons, en second lieu : qui sont ceux que nous sommes appelés à reprendre ? Il est d’autant plus nécessaire de le considérer que beaucoup de personnes sérieuses affirment qu’il y a certains pécheurs que l’Écriture elle-même nous défend de reprendre. On a donné ce sens à cet avertissement solennel de notre Seigneur dans son Sermon sur la montagne : « ne jetez pas vos perles devant les pourceaux, de peur qu’ils ne les foulent aux pieds, ne se retournent et ne vous déchirent. » Mais le sens clair de ces paroles est celui-ci : N’offrez pas les perles, les doctrines sublimes ou les mystères de l’Évangile, à ceux que vous savez être des hommes abrutis, plongés dans le péché, et qui n’ont pas la crainte de Dieu devant les yeux. Ce serait exposer ces joyaux précieux au mépris, et vous-mêmes à de mauvais traitements. Mais ceux-là mêmes que nous savons être, au sens où l’entend notre Seigneur, des chiens et des pourceaux, si nous les voyions faire ou les entendions dire ce qu’ils savent eux-mêmes être mal, nous devrions de toute manière les reprendre ; sans quoi nous « haïssons notre frère dans notre cœur ».

2. Les personnes que désigne « notre prochain », ce sont tous les enfants des hommes, tous ceux qui respirent l’air de la vie, tous ceux qui ont une âme à sauver. Et si nous nous abstenons de rendre à quelques-uns cet office d’amour, parce qu’ils sont pécheurs plus que les autres hommes, ils pourront persister dans leur iniquité, mais Dieu redemandera leur sang de notre main.

3. Combien est frappante la réflexion de M. Baxter sur ce point, dans son « Repos éternel des saints » ! « Suppose que tu rencontres dans le monde d’en bas quelqu’un à qui tu as refusé cet office d’amour lorsque vous étiez tous deux ensemble sous le soleil : quelle réponse pourrais-tu faire à ses reproches ? “À tel moment et en tel lieu, tandis que nous étions sous le soleil, Dieu me livra entre tes mains. Je ne connaissais pas alors le chemin du salut, mais je cherchais la mort dans l’égarement de ma vie ; et tu m’y laissas demeurer, sans faire une seule fois effort pour me réveiller de mon sommeil ! Si tu m’avais communiqué ta connaissance, et m’avais averti de fuir la colère à venir, ni toi ni moi n’aurions jamais eu besoin de venir en ce lieu de tourments.” »

4. Toute personne, donc, qui a une âme à sauver a droit de recevoir de toi ce bon office. Cela n’implique pourtant pas qu’il doive être rendu au même degré à chacun. On ne peut nier qu’il y en ait à qui il est dû particulièrement. Tels sont, en premier lieu, nos parents, si nous en avons qui en aient besoin, à moins que nous ne placions nos conjoints et nos enfants sur un pied d’égalité avec eux. Après eux nous pouvons ranger nos frères et nos sœurs, et ensuite nos proches, selon qu’ils nous sont alliés de plus près ou de plus loin, soit par le sang, soit par le mariage. Immédiatement après viennent nos serviteurs, qu’ils soient engagés envers nous pour un certain nombre d’années ou pour un terme plus court. Enfin, chacun à son rang, nos compatriotes, nos concitoyens, et les membres de la même société, civile ou religieuse. Ces derniers ont un droit particulier à notre service, puisque ces sociétés sont formées dans ce dessein même, de veiller les uns sur les autres dans ce but même : que nous ne laissions point le péché sur notre frère. Si nous négligeons de reprendre quelqu’un de ceux-là quand une occasion favorable se présente, nous devons sans aucun doute être rangés parmi ceux qui « haïssent leur frère dans leur cœur ». Et combien est sévère la sentence de l’apôtre contre ceux qui tombent sous cette condamnation ! « Quiconque hait son frère », même si cette haine n’éclate ni en paroles ni en actes, « est un meurtrier ; et vous savez », poursuit l’apôtre, « qu’aucun meurtrier n’a la vie éternelle demeurant en lui ». Il n’a pas cette semence plantée dans son âme qui croît jusqu’à la vie éternelle ; en d’autres termes, il est dans un état tel que, s’il y meurt, il ne peut voir la vie. Il s’ensuit clairement que négliger ce devoir n’est pas une petite chose, mais met éminemment en péril notre salut final.

III. Nous avons vu ce qu’on entend par reprendre notre frère, et qui sont ceux que nous devons reprendre. Mais la chose principale reste à considérer : comment, de quelle manière, devons-nous les reprendre ?

1. Il faut reconnaître qu’il y a une difficulté considérable à s’en acquitter de la bonne manière, bien que ce soit en même temps beaucoup moins difficile pour certains que pour d’autres. Il en est qui y sont particulièrement propres, soit par nature, soit par l’exercice, soit par la grâce. Ils ne sont embarrassés ni par une mauvaise honte, ni par ce pesant fardeau, la crainte des hommes : ils sont à la fois prompts à entreprendre ce travail d’amour et habiles à l’accomplir. Pour ceux-là, ce n’est donc guère ou point une croix ; bien plus, ils y trouvent une sorte de goût et de satisfaction, en plus de celle qui naît de la conscience d’avoir fait leur devoir. Mais que ce soit pour nous une croix plus ou moins grande, nous savons que c’est à cela que nous sommes appelés. Et si grande que soit pour nous la difficulté, nous savons en qui nous avons cru, et qu’il accomplira sûrement sa parole : « que ta vigueur dure autant que tes jours! »

2. De quelle manière, donc, reprendrons-nous notre frère, afin que notre réprimande soit le plus efficace possible ? Prenons garde, avant toutes choses, que tout ce que nous faisons se fasse dans « l’esprit d’amour » ; dans un esprit de tendre bienveillance envers notre prochain, comme envers un fils de notre Père commun, et quelqu’un pour qui Christ est mort, afin qu’il ait part au salut. Alors, par la grâce de Dieu, l’amour engendrera l’amour. L’affection de celui qui parle se communiquera au cœur de celui qui écoute ; et vous trouverez, au temps marqué, que votre travail n’a pas été vain dans le Seigneur.

3. Cependant il faut prendre le plus grand soin de parler dans un esprit d’humilité. Gardez-vous d’avoir de vous-même une plus haute opinion que vous ne devez. Si vous avez de vous-même une trop haute opinion, vous pourrez à peine éviter de mépriser votre frère. Et si vous montrez, ou même si vous ressentez, le moindre mépris pour ceux que vous reprenez, cela flétrira toute votre œuvre et vous fera perdre toute votre peine. Pour prévenir jusqu’à l’apparence de l’orgueil, il sera souvent nécessaire de vous expliquer nettement sur ce point : de désavouer toute prétention à vous mettre au-dessus de lui, et, au moment même où vous reprenez ce qui est mal, de reconnaître ce qui est bon en lui et d’en bénir Dieu.

4. Il faut, en troisième lieu, prendre grand soin de parler dans un esprit de douceur, aussi bien que d’humilité. L’apôtre nous assure que « la colère de l’homme n’accomplit pas la justice de Dieu ». La colère, même parée du nom de zèle, engendre la colère, et non l’amour ou la sainteté. Nous devons donc en éviter, avec tout le soin possible, jusqu’à l’apparence. Qu’il n’en paraisse aucune trace, ni dans les yeux, ni dans le geste, ni dans le ton de la voix ; mais que tout cela concoure à manifester un esprit aimant, humble et sans passion.

5. Mais pendant tout ce temps, veillez à ne pas vous confier en vous-même. Ne mettez aucune confiance dans votre propre sagesse, ni dans votre adresse, ni dans vos capacités, de quelque sorte qu’elles soient. Pour le succès de tout ce que vous dites ou faites, ne vous fiez pas à vous-même, mais au grand Auteur de toute grâce excellente et de tout don parfait. C’est pourquoi, pendant que vous parlez, élevez continuellement votre cœur vers celui qui opère tout en tous. Et tout ce qui est dit dans un esprit de prière ne tombera pas à terre.

6. Voilà pour l’esprit dans lequel vous devez parler quand vous reprenez votre prochain. Je passe maintenant à la manière extérieure. On a souvent constaté que le fait de faire précéder une réprimande d’une franche déclaration de bienveillance a fait pénétrer profondément dans le cœur ce qui était dit. Cela aura généralement un bien meilleur effet que ce grand instrument à la mode, — la flatterie, au moyen de laquelle les gens du monde ont souvent fait des choses surprenantes. Mais ces mêmes choses, et de bien plus grandes, ont été beaucoup plus souvent produites par une déclaration simple et sans art d’un amour désintéressé. Quand vous sentez que Dieu a allumé cette flamme dans votre cœur, ne la cachez pas ; donnez-lui libre cours ! Elle pénétrera comme l’éclair. Les orgueilleux, les cœurs endurcis, se fondront devant vous, et sauront que Dieu est véritablement avec vous.

7. Bien qu’il soit certain que le point principal, quand on reprend, est de le faire dans un bon esprit, il faut pourtant reconnaître aussi qu’il y a, quant à la manière extérieure, plusieurs petites circonstances qui ne sont nullement sans utilité, et qui ne doivent donc pas être méprisées. L’une d’elles est celle-ci : chaque fois que vous reprenez, faites-le avec un grand sérieux ; de sorte que, comme vous êtes réellement sérieux, vous le paraissiez aussi. Une réprimande plaisante fait peu d’impression et est vite oubliée ; outre que bien souvent elle est mal prise, comme si vous tourniez en ridicule la personne que vous reprenez. Et de fait, ceux qui n’ont pas l’habitude de plaisanter ne trouvent pas bon qu’on plaisante à leurs dépens. Un moyen de donner un air sérieux à ce que vous dites, c’est d’employer aussi souvent que possible les paroles mêmes de l’Écriture. Nous trouvons fréquemment que la parole de Dieu, même dans une conversation privée, a une énergie particulière ; et le pécheur, au moment où il s’y attend le moins, la sent « plus tranchante qu’une épée quelconque à deux tranchants ».

8. Il y a pourtant quelques exceptions à cette règle générale de reprendre avec sérieux. Il y a des cas d’exception où, comme le remarque un bon juge de la nature humaine,

Ridiculum acri fortius—

une petite raillerie bien placée pénétrera plus avant qu’un argument solide. Mais cela a lieu principalement quand nous avons affaire à des gens étrangers à la religion. Et quand nous condescendons à faire une réprimande plaisante à une personne de ce caractère, il semble que nous y soyons autorisés par ce conseil de Salomon : « Réponds à l’insensé selon sa folie, Afin qu’il ne se regarde pas comme sage. »

9. La manière de reprendre peut aussi, à d’autres égards, varier selon l’occasion. Quelquefois vous trouverez à propos d’employer beaucoup de paroles, pour exprimer amplement votre pensée. D’autres fois vous jugerez plus expédient d’employer peu de paroles, peut-être une seule phrase ; et d’autres fois encore, il pourra être sage de n’employer aucune parole, mais un geste, un soupir ou un regard, particulièrement quand la personne que vous voudriez reprendre vous est de beaucoup supérieure. Et fréquemment cette sorte de réprimande silencieuse sera accompagnée de la puissance de Dieu, et aura par conséquent un bien meilleur effet qu’un discours long et travaillé.

10. Encore une chose : souvenez-vous de la remarque de Salomon : « combien est agréable une parole dite à propos! » Il est vrai que, si la Providence vous appelle à reprendre quelqu’un que vous n’avez pas de chances de revoir, vous devez saisir l’occasion présente, et parler « à temps » ou « à contretemps » ; mais avec ceux que vous avez souvent l’occasion de voir, vous pouvez attendre un moment favorable. C’est ici que le conseil du poète trouve sa place. Vous pouvez parler

Si validus, si laetus erit, si denique poscet :

Quand il est de bonne humeur, ou quand il vous le demande. Ici, vous pouvez saisir les

Mollia tempora fandi,—

moments où son esprit est dans une disposition douce et paisible : et alors Dieu vous enseignera comment parler, et bénira ce qui aura été dit.

11. Mais laissez-moi ici vous mettre en garde contre une méprise. On tient pour une maxime incontestable : « N’essayez jamais de reprendre un homme quand il est pris de boisson. » La réprimande, dit-on, est alors perdue et ne peut produire aucun bon effet. Je n’ose le dire. J’ai vu bon nombre d’exemples clairs du contraire. En voici un. Il y a bien des années, passant à Moorfields près d’un homme si ivre qu’il pouvait à peine se tenir debout, je lui mis un écrit dans la main. Il le regarda et dit : « Un mot — Un mot à un ivrogne, — c’est moi, — Monsieur, Monsieur ! J’ai tort, — je sais que j’ai tort, — je vous en prie, laissez-moi causer un peu avec vous. » Il me tint par la main une bonne demi-heure ; et je crois qu’il ne s’enivra plus.

12. Je vous en conjure, frères, par les compassions de Dieu, ne méprisez pas les pauvres ivrognes ! Ayez compassion d’eux ! Insistez auprès d’eux en toute occasion, favorable ou non ! Que ni la honte ni la crainte des hommes ne vous empêchent d’arracher ces tisons de l’incendie. Beaucoup d’entre eux se condamnent eux-mêmes :

Et ce n’est pas qu’ils ne discernent le triste état

Où ils se trouvent ;

mais ils désespèrent ; ils n’ont aucun espoir d’en sortir ; et ils s’y enfoncent toujours plus profondément, parce que personne d’autre n’a d’espoir pour eux ! « J’ai fréquemment vu des pécheurs de toute autre sorte convertis à Dieu, disait un vénérable vieil ecclésiastique ; mais un ivrogne d’habitude, je n’en ai jamais vu de converti. » Mais moi, j’en ai vu cinq cents, peut-être cinq mille. Ho ! es-tu de ceux qui lisent ces paroles ? Alors écoute, toi, la parole du Seigneur ! J’ai un message de Dieu pour toi, ô pécheur ! Ainsi parle le Seigneur : Ne rejette pas ton espérance. Je ne t’ai pas oublié. Celui qui te dit qu’il n’y a pas de secours est un menteur dès le commencement. Lève les yeux ! Voici l’Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde. Aujourd’hui le salut est entré dans ton âme : prends garde seulement de ne pas mépriser celui qui parle ! En ce moment même il te dit : « Prends courage, mon enfant, tes péchés te sont pardonnés. »

13. Enfin, vous qui êtes diligents dans ce travail d’amour, veillez à ne pas vous décourager, même si, après avoir fait de votre mieux, vous ne voyez aucun fruit présent. Vous avez besoin de patience, et alors, « après avoir accompli la volonté de Dieu » en cela, la moisson viendra. Ne vous « lassez » jamais « de faire le bien ; au temps convenable vous moissonnerez, si vous ne vous relâchez pas ». Imitez Abraham, qui, « contre toute espérance, crut encore avec espérance ». « Jette ton pain sur la face des eaux, car avec le temps tu le retrouveras. »

14. Je n’ai plus que quelques mots à vous adresser, mes frères, à vous qu’on appelle vulgairement « méthodistes ». Je n’ai jamais entendu parler ni lu qu’il y ait eu un réveil considérable de la religion qui ne fût accompagné d’un esprit de réprimande. Je crois qu’il ne peut en être autrement ; car qu’est-ce que la foi, si elle n’est agissante par l’amour ? Il en fut ainsi dans toutes les parties de l’Angleterre quand le présent réveil de la religion commença, il y a environ cinquante ans : tous ceux qui furent l’objet de ce réveil, — tous ceux qu’on appelait méthodistes, en tout lieu, reprenaient le péché extérieur. Et en effet, tels sont tous ceux qui, « étant justifiés par la foi, ont la paix avec Dieu par Jésus-Christ ». Tels ils sont au commencement ; et s’ils font usage de ce don précieux, il ne leur sera jamais ôté. Allons, frères, au nom de Dieu, recommençons ! Riches ou pauvres, levons-nous tous comme un seul homme ; et que chacun, de toute manière, « reprenne son prochain, et ne laisse point le péché sur lui » ! Alors toute la Grande-Bretagne et l’Irlande sauront que nous ne « faisons pas la guerre à nos propres frais » ; oui, « Dieu, nous bénit, Et toutes les extrémités de la terre le craignent. »

Manchester, le 28 juillet 1787

Chapitre 66 terminé

Le devoir de reprendre son prochain

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