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La propagation universelle de l’Évangile

Chapitre 64 · 26 min de lecture · 33 min d’écoute

La propagation universelle de l’Évangile

Sermon 63

La propagation universelle de l’Évangile

« … la terre sera remplie de la connaissance de l’Éternel, Comme le fond de la mer par les eaux qui le couvrent. »

Ésaïe 11:9.

1. Dans quel état se trouve aujourd’hui le monde ! Comme les ténèbres, les ténèbres de l’intelligence, l’ignorance, avec le vice et la misère qui l’accompagnent, couvrent la face de la terre ! D’après l’enquête minutieuse menée avec une peine infatigable par notre ingénieux compatriote, M. Brerewood (qui parcourut lui-même une grande partie du monde connu, afin de se former un jugement plus exact), si l’on suppose le monde divisé en trente parts, dix-neuf sont des païens déclarés, aussi ignorants de Christ que s’il n’était jamais venu au monde ; six des parts restantes sont des mahométans déclarés : de sorte que cinq sur trente seulement sont chrétiens, ne fût-ce que de nom !

2. Et qu’on se souvienne que, depuis que ce calcul a été fait, on a découvert bien des nations nouvelles, des îles sans nombre, particulièrement dans la mer du Sud, vastes et bien peuplées. Mais peuplées par qui ? Par des païens de la plus basse espèce, dont beaucoup sont inférieurs aux bêtes des champs. Qu’ils mangent ou non de la chair humaine (ce que, à vrai dire, je ne trouve aucune raison suffisante de croire), ils tuent assurément tous ceux qui tombent entre leurs mains. Ils sont donc plus sauvages que les lions, qui ne tuent pas plus de créatures qu’il n’en faut pour apaiser leur faim présente. Voyez la vraie dignité de la nature humaine ! Elle paraît ici dans sa pureté native, sans avoir été souillée ni par ces « corrupteurs universels, les rois », ni par la moindre teinture de religion ! Que dira de cela l’abbé Raynal (cet ennemi déclaré de la monarchie et de la révélation) ?

3. Un peu, mais bien peu, au-dessus des païens en matière de religion, viennent les mahométans. Mais combien loin et au large cette misérable imposture s’est répandue sur la face de la terre ! À tel point que les mahométans sont sensiblement plus nombreux que les chrétiens (dans la proportion de six à cinq). Et selon tous les récits qui ont quelque prétention à l’authenticité, ils sont eux aussi, en général, aussi parfaitement étrangers à toute vraie religion que leurs frères à quatre pattes ; aussi dénués de miséricorde que les lions et les tigres ; aussi livrés à des convoitises brutales que les taureaux ou les boucs. De sorte qu’ils sont en vérité une honte pour la nature humaine, et un fléau pour tous ceux qui sont sous leur joug de fer.

4. Il est vrai qu’un écrivain célèbre (lady Mary Wortley Montagu) en fait un portrait tout différent. Avec la plus belle abondance de paroles, dans la langue la plus élégante, elle s’efforce de blanchir l’Éthiopien. Elle les représente comme de beaucoup supérieurs aux chrétiens ; comme quelques-uns des peuples les plus aimables du monde ; comme possédant toutes les vertus sociales ; comme quelques-uns des hommes les plus accomplis. Mais je ne puis en aucune façon recevoir son rapport : je ne puis me fier à son autorité. Je crois que ceux qui l’entouraient avaient tout juste autant de religion qu’en avait leur admiratrice lorsqu’elle fut admise dans les appartements intérieurs du sérail du Grand Seigneur. Nonobstant donc tout ce qu’un tel témoin dit ou peut dire en leur faveur, je crois que les Turcs, en général, valent peu, si même ils valent quelque chose, mieux que le commun des païens.

5. Et peu, si même en rien, meilleurs que les Turcs sont les chrétiens qui vivent dans les États turcs, même les meilleurs d’entre eux, ceux qui habitent la Morée ou qui sont dispersés çà et là en Asie. Les communautés plus nombreuses de chrétiens géorgiens, circassiens et mingréliens sont un sujet d’opprobre proverbial pour les Turcs eux-mêmes, non seulement à cause de leur déplorable ignorance, mais à cause de leur irréligion totale, stupide et barbare.

6. D’après les récits les plus authentiques que nous puissions nous procurer sur les chrétiens du Midi, ceux d’Abyssinie, et sur les Églises du Nord, placées sous la juridiction du patriarche de Moscou, nous avons lieu de craindre qu’ils ne soient à peu près dans le même état que ceux de Turquie, tant pour la connaissance que pour la religion. Ou si ceux d’Abyssinie sont plus civilisés et ont une plus grande part de connaissance, ils ne paraissent pourtant pas avoir plus de religion que les mahométans ou les païens.

7. Les Églises d’Occident semblent avoir à bien des égards la prééminence sur toutes celles-là. Elles ont beaucoup plus de connaissance ; elles ont des formes de culte plus conformes à l’Écriture et plus raisonnables. Pourtant les deux tiers d’entre elles sont encore enveloppées dans les corruptions de l’Église de Rome ; et la plupart de leurs membres ignorent entièrement la religion, dans sa théorie comme dans sa pratique. Et quant à ceux qu’on appelle protestants ou réformés, quelle connaissance en ont-ils ? Mettez ensemble papistes et protestants, Français et Anglais, la masse de l’une et de l’autre nation : quelle sorte de chrétiens sont-ils ? Sont-ils saints « comme celui qui les a appelés est saint » ? Sont-ils remplis de « la justice, la paix et la joie, par le Saint-Esprit » ? Y a-t-il en eux « les sentiments qui étaient en Jésus-Christ » ? Et s’appliquent-ils à « marcher aussi comme il a marché lui-même » ? Bien loin de là : ils en sont aussi éloignés que l’enfer l’est du ciel !

8. Tel est l’état présent du genre humain dans toutes les parties du monde ! Mais combien cela est étonnant, s’il y a un Dieu dans le ciel et si ses yeux sont sur toute la terre ! Peut-il mépriser l’ouvrage de ses propres mains ? Assurément, c’est là l’un des plus grands mystères qui soient sous le ciel ! Comment est-il possible de concilier cela avec la sagesse ou la bonté de Dieu ? Et qu’est-ce qui peut apaiser un esprit réfléchi devant une perspective si triste ? Quoi, sinon la pensée que les choses ne seront pas toujours ainsi, qu’une autre scène va bientôt s’ouvrir ? Dieu sera jaloux de son honneur : il se lèvera et défendra sa propre cause. Il jugera le prince de ce monde et le dépouillera de la domination qu’il a usurpée. Il donnera à son Fils « les nations pour héritage, Les extrémités de la terre pour possession ». « la terre sera remplie de la connaissance de l’Éternel, Comme le fond de la mer par les eaux qui le couvrent. » La connaissance aimante de Dieu, produisant une sainteté et un bonheur constants et ininterrompus, couvrira la terre ; elle remplira toute âme d’homme.

9. « Impossible, diront certains, et même la plus grande de toutes les impossibilités, que nous voyions un monde chrétien, ou seulement une nation, une ville chrétienne ! Comment cela peut-il se faire? » Dans une seule supposition, il est vrai, non seulement toute impossibilité, mais toute difficulté s’évanouit. Supposez seulement que le Tout-Puissant agisse irrésistiblement, et la chose est faite ; oui, avec exactement la même facilité que lorsque « Dieu dit: Que la lumière soit! Et la lumière fut. » Mais alors l’homme ne serait plus l’homme : sa nature la plus intime serait changée. Il ne serait plus un agent moral, pas plus que le soleil ou le vent, puisqu’il ne serait plus doué de liberté, — d’un pouvoir de choisir, ou de se déterminer lui-même : par conséquent, il ne serait plus capable de vertu ni de vice, de récompense ni de châtiment.

10. Mais, laissant de côté cette manière maladroite de trancher le nœud que nous ne sommes pas capables de dénouer, comment tous les hommes peuvent-ils être rendus saints et heureux, tout en restant des hommes ? tout en conservant l’intelligence, les affections et la liberté qui sont essentielles à un agent moral ? Il semble y avoir un moyen clair et simple de lever cette difficulté, sans nous empêtrer dans aucune subtile discussion métaphysique. Comme Dieu est un, ainsi l’œuvre de Dieu est uniforme dans tous les siècles. Ne pouvons-nous donc pas concevoir comment il agira sur les âmes des hommes dans les temps à venir, en considérant comment il agit aujourd’hui, et comment il a agi dans les temps passés ?

11. Prenez-en un exemple, et un exemple tel que vous ne pouvez guère vous y tromper. Vous savez comment Dieu a agi dans votre propre âme, lorsqu’il vous rendit capable de dire pour la première fois : « La vie que je vis maintenant, je vis dans la foi au Fils de Dieu, qui m’a aimé et qui s’est livré lui-même pour moi. » Il ne vous ôta pas votre intelligence, mais il l’éclaira et la fortifia. Il ne détruisit aucune de vos affections ; elles furent plutôt plus vigoureuses qu’auparavant. Il vous ôta moins encore votre liberté, votre pouvoir de choisir le bien ou le mal : il ne vous força pas ; mais, aidé de sa grâce, vous avez, comme Marie, choisi la bonne part. Tout de même il a aidé cinq personnes dans une maison à faire cet heureux choix ; cinquante ou cinq cents dans une ville ; et bien des milliers dans une nation, — sans priver aucun d’eux de cette liberté qui est essentielle à un agent moral.

12. Non que je nie qu’il y ait des cas d’exception, dans lesquels

De la grâce qui sauve la force souveraine

agit, pour un temps, aussi irrésistiblement que la foudre qui tombe du ciel. Mais je parle de la manière générale dont Dieu agit, et dont j’ai connu des exemples innombrables ; peut-être plus, durant les cinquante dernières années, qu’aucun autre homme en Angleterre ou en Europe. Et même à l’égard de ces cas d’exception, bien que Dieu agisse irrésistiblement pour un temps, je ne crois pas qu’il y ait aucune âme humaine dans laquelle Dieu agisse irrésistiblement en tout temps. Bien plus, je suis pleinement persuadé qu’il n’y en a point. Je suis persuadé qu’il n’y a point d’hommes vivants qui ne se soient maintes fois « opposés au Saint-Esprit », et qui n’aient « rendu nul à leur égard le dessein de Dieu ». Oui, je suis persuadé que tout enfant de Dieu a eu, à quelque moment, « la vie et la mort » placées devant lui, la vie éternelle et la mort éternelle, et qu’il a en lui-même la voix décisive. Tant est vraie cette parole bien connue de saint Augustin (l’une des plus nobles qu’il ait jamais prononcées), Qui fecit nos sine nobis, non salvabit nos sine nobis : « Celui qui nous a faits sans nous ne nous sauvera pas sans nous. » Or, de la même manière que Dieu a converti à lui tant d’âmes sans détruire leur liberté, il peut sans aucun doute convertir des nations entières, ou le monde entier ; et il lui est aussi facile de convertir un monde qu’une seule âme.

13. Observons ce que Dieu a déjà fait. Il y a entre cinquante et soixante ans, Dieu suscita quelques jeunes gens, dans l’université d’Oxford, pour rendre témoignage à ces grandes vérités auxquelles on prêtait alors peu d’attention : — que sans la sainteté personne ne verra le Seigneur ; — que cette sainteté est l’œuvre de Dieu, qui produit en nous le vouloir et le faire ; — qu’il l’accomplit selon son bon plaisir, uniquement à cause des mérites de Christ ; — que cette sainteté, ce sont les sentiments qui étaient en Christ, nous rendant capables de marcher comme il a marché lui-même ; — que nul ne peut être ainsi sanctifié avant d’être justifié ; — et que nous sommes justifiés par la foi seule. Ces grandes vérités, ils les déclarèrent en toute occasion, en particulier et en public, n’ayant d’autre dessein que de promouvoir la gloire de Dieu, et d’autre désir que de sauver des âmes de la mort.

14. D’Oxford, où il parut d’abord, le petit levain se répandit de plus en plus loin. Un nombre toujours croissant de personnes virent la vérité telle qu’elle est en Jésus, et la reçurent avec l’amour qui lui est dû. Un nombre toujours croissant trouvèrent « la rédemption par le sang de Jésus, la rémission des péchés ». Ils naquirent de nouveau de son Esprit, et furent remplis de justice, de paix et de joie par le Saint-Esprit. L’œuvre se répandit ensuite dans toutes les parties du pays, et le plus petit devint un millier. Elle gagna alors le nord de la Grande-Bretagne et l’Irlande ; et, quelques années plus tard, New York, la Pennsylvanie et bien d’autres provinces d’Amérique, jusqu’à Terre-Neuve et la Nouvelle-Écosse. De sorte que, bien qu’au commencement ce « grain de sénevé » fût « la plus petite de toutes les semences », il devint en peu d’années un « grand arbre, et poussa de grandes branches ».

15. Généralement, lorsque ces vérités, et en particulier la justification par la foi, étaient annoncées dans une grande ville, il arrivait qu’au bout de quelques jours ou de quelques semaines, il vînt soudain sur la grande assemblée, — non dans un coin, mais à Londres, à Bristol, à Newcastle-upon-Tyne en particulier, — une puissance violente et impétueuse, qui,

Comme un vent puissant, un torrent furieux,

Renversa dès lors tous les opposants.

Et cela continuait fréquemment, avec des intervalles plus courts ou plus longs, pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois. Mais cela s’apaisait peu à peu, et alors l’œuvre de Dieu se poursuivait par de doux degrés, tandis que cet Esprit, en arrosant la semence qui avait été semée, en affermissant et en fortifiant ceux qui avaient cru,

Daignait répandre en eux son influence,

Secrète, rafraîchissante comme les rosées silencieuses.

Et cette différence dans sa manière ordinaire d’agir s’observa non seulement en Grande-Bretagne et en Irlande, mais dans toutes les parties de l’Amérique, du sud au nord, partout où la parole de Dieu vint avec puissance.

16. N’est-il donc pas hautement probable que Dieu poursuivra son œuvre de la même manière qu’il l’a commencée ? Qu’il la poursuivra, je ne puis en douter ; quoi que puisse affirmer Luther, qu’un réveil de la religion ne dure jamais plus d’une génération, — c’est-à-dire trente ans (alors que le réveil présent a déjà duré plus de cinquante) ; ou quoi que puissent dire les prophètes de malheur : « Tout sera fini quand les premiers instruments auront été retirés. » Il y aura alors, très probablement, un grand ébranlement ; mais je ne puis me résoudre à penser que Dieu ait accompli une œuvre si glorieuse pour la laisser décliner et s’éteindre en quelques années. Non : j’ai la confiance que ce n’est là que le commencement d’une œuvre bien plus grande, l’aurore de « la gloire des derniers jours ».

17. Et n’est-il pas probable, dis-je, qu’il la poursuivra de la même manière qu’il l’a commencée ? Au premier éclat de cette œuvre en tel ou tel lieu, il peut y avoir une averse, un torrent de grâce ; et de même en certains autres moments particuliers, « que le Père a fixés de sa propre autorité ». Mais en général, semble-t-il, le royaume de Dieu « ne vient pas de manière à frapper les regards » ; il croîtra en silence partout où il est établi, et se répandra de cœur en cœur, de maison en maison, de ville en ville, d’un royaume à l’autre. Ne peut-il pas se répandre, d’abord, dans les provinces qui restent ; puis dans les îles de l’Amérique du Nord ; et, en même temps, de l’Angleterre en Hollande, où il y a déjà une œuvre bénie à Utrecht, à Haarlem et dans bien d’autres villes ? Probablement il se répandra de là chez les protestants de France, chez ceux d’Allemagne et ceux de Suisse ; puis en Suède, au Danemark, en Russie, et dans toutes les autres nations protestantes d’Europe.

18. Ne pouvons-nous pas supposer que le même levain d’une religion pure et sans tache, d’une connaissance et d’un amour de Dieu fondés sur l’expérience, d’une sainteté intérieure et extérieure, se répandra ensuite chez les catholiques romains de Grande-Bretagne, d’Irlande, de Hollande, d’Allemagne, de France, de Suisse, et de tous les autres pays où romanistes et protestants vivent mêlés et conversent familièrement les uns avec les autres ? Ne sera-t-il pas facile alors à la sagesse de Dieu d’ouvrir un chemin à la religion, dans sa vie et sa puissance, jusque dans ces pays qui sont purement papistes, comme l’Italie, l’Espagne, le Portugal ? Et ne peut-elle pas se répandre peu à peu de là chez tous ceux qui prononcent le nom de Christ, dans les diverses provinces de la Turquie, en Abyssinie, oui, et jusqu’aux parties les plus reculées, non seulement de l’Europe, mais de l’Asie, de l’Afrique et de l’Amérique ?

19. Et dans toute nation qui est sous le ciel, nous pouvons raisonnablement croire que Dieu observera le même ordre qu’il a suivi depuis le commencement du christianisme. « tous me connaîtront, dit l’Éternel », non pas depuis le plus grand jusqu’au plus petit (c’est là cette sagesse du monde qui est une folie devant Dieu), mais « Depuis le plus petit jusqu’au plus grand », afin que la louange ne vienne pas des hommes, mais de Dieu. Avant la fin, les riches eux-mêmes entreront dans le royaume de Dieu. Avec eux entreront les grands, les nobles, les hommes honorés ; oui, les magistrats, les princes, les rois de la terre. En tout dernier lieu, les sages et les savants, les hommes de génie, les philosophes, seront convaincus qu’ils sont des insensés ; ils « se convertiront et deviendront comme les petits enfants », et ils « entreront dans le royaume de Dieu ».

20. Alors s’accomplira pleinement pour la maison d’Israël, l’Israël spirituel, de quelque peuple ou de quelque nation qu’il soit, cette promesse pleine de grâce : « je mettrai mes lois dans leur esprit, je les écrirai dans leur cœur; et je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple. Aucun n’enseignera plus son concitoyen, ni aucun son frère, en disant: Connais le Seigneur! Car tous me connaîtront, depuis le plus petit jusqu’au plus grand d’entre eux; parce que je pardonnerai leurs iniquités, et que je ne me souviendrai plus de leurs péchés. » Alors « des temps » de rafraîchissement universel « viennent de la part du Seigneur ». La grande « Pentecôte » sera « pleinement venue », et des « hommes pieux, de toutes les nations qui sont sous le ciel », si éloignés qu’ils soient les uns des autres, seront « tous remplis du Saint-Esprit » ; et ils persévéreront « dans l’enseignement des apôtres, dans la communion fraternelle, dans la fraction du pain, et dans les prières » ; ils « prendront leur nourriture », et feront tout ce qu’ils ont à faire, « avec joie et simplicité de cœur. Une grande grâce reposera sur eux tous » ; et ils ne seront tous « qu’un cœur et qu’une âme ». La conséquence naturelle et nécessaire en sera la même qu’au commencement de l’Église chrétienne : « Nul ne dira que ses biens lui appartiennent en propre, mais tout sera commun entre eux. Il n’y aura parmi eux aucun indigent : car tous ceux qui possèdent des champs ou des maisons les vendront ; et l’on fera des distributions à chacun selon qu’il en aura besoin. » Tous leurs désirs, cependant, et leurs passions, et leurs dispositions, seront coulés dans un même moule, tandis que tous feront la volonté de Dieu sur la terre comme elle se fait dans le ciel. Toute leur « parole sera assaisonnée de sel », et communiquera « une grâce à ceux qui l’entendent », puisque ce ne seront pas tant eux qui parleront, « que l’Esprit de leur Père qui parlera en eux ». Et il n’y aura « aucune racine d’amertume, poussant des rejetons », pour les souiller ou les troubler. Il n’y aura point d’Ananias ni de Saphira pour ramener parmi eux le maudit amour de l’argent. Il n’y aura point de partialité, point de « veuves négligées dans la distribution qui se faisait chaque jour ». Par conséquent, il n’y aura aucune tentation de murmurer en pensée, ou de dire une parole désobligeante, les uns contre les autres ; tandis que

Tous n’ont qu’un cœur et qu’une âme,

Et l’amour seul anime le tout.

21. La grande pierre d’achoppement, à savoir la vie des chrétiens, ayant été ainsi heureusement ôtée du chemin, les mahométans les regarderont d’un autre œil et commenceront à prêter attention à leurs paroles. Et comme leurs paroles seront revêtues d’une énergie divine, accompagnées d’une démonstration d’Esprit et de puissance, ceux d’entre eux qui craignent Dieu reconnaîtront bientôt l’Esprit par lequel parlent les chrétiens. Ils recevront « avec douceur la parole qui a été plantée » en eux, et porteront du fruit avec persévérance. D’eux, le levain se répandra bientôt chez ceux qui, jusque-là, n’avaient pas la crainte de Dieu devant les yeux. Observant que les chiens de chrétiens, comme ils avaient coutume de les appeler, ont changé de nature, qu’ils sont sobres, tempérants, justes, bienveillants, et cela en dépit de toutes les provocations contraires, de l’admiration pour leur vie ils seront assurément conduits à examiner et à embrasser leur doctrine. Et alors le Sauveur des pécheurs dira : « L’heure est venue ; je glorifierai mon Père : je chercherai et je sauverai les brebis qui erraient sur les montagnes ténébreuses. Maintenant je me vengerai de mon ennemi, et j’arracherai la proie aux dents du lion. Je reprendrai mon bien, perdu depuis des siècles : je réclamerai le prix de mon sang. » Ainsi il s’avancera dans la grandeur de sa force, et tous ses ennemis fuiront devant lui. Tous les prophètes de mensonge s’évanouiront, et toutes les nations qui les avaient suivis reconnaîtront le grand Prophète du Seigneur, « puissant en œuvres et en paroles » ; et elles « honoreront le Fils comme ils honorent le Père ».

22. Et alors, la grande pierre d’achoppement étant ôtée aussi pour les nations païennes, le même Esprit sera répandu sur elles, même sur celles qui demeurent aux extrémités de la mer. Le pauvre sauvage d’Amérique ne demandera plus : « En quoi les chrétiens valent-ils mieux que nous ? » — quand ils verront leur pratique constante d’une tempérance universelle, de la justice, de la miséricorde et de la vérité. Le païen du Malabar n’aura plus lieu de dire : « Chrétien prendre ma femme ; chrétien beaucoup ivre ; chrétien tuer homme ! Diable-chrétien ! moi pas chrétien. » Au contraire, voyant combien les chrétiens surpassent leurs propres compatriotes en tout ce qui est aimable et de bonne réputation, ils adopteront un langage bien différent, et diront : Ange-chrétien ! La sainte vie des chrétiens sera un argument auquel ils ne sauront comment résister. Voyant les chrétiens pratiquer avec constance et uniformité ce qui s’accorde avec la loi écrite dans leur propre cœur, leurs préjugés s’éteindront bien vite, et ils recevront avec joie « la vérité qui est en Jésus ».

23. Nous pouvons raisonnablement croire que les nations païennes qui sont mêlées aux chrétiens, et celles qui, voisines de nations chrétiennes, ont avec elles des rapports constants et familiers, seront parmi les premières à apprendre à adorer Dieu en esprit et en vérité : celles, par exemple, qui vivent sur le continent américain, ou dans les îles qui ont reçu des colonies d’Europe. Tels sont aussi tous les habitants des Indes orientales qui touchent à quelqu’un des établissements chrétiens. On peut y ajouter de nombreuses tribus de Tartares, les parties païennes des Russies, et les habitants de la Norvège, de la Finlande et de la Laponie. Celles-ci seront probablement suivies par les nations plus lointaines avec lesquelles les chrétiens commercent, et auxquelles ils communiqueront ce qui est d’une valeur infiniment plus grande que les perles de la terre, ou que l’or et l’argent. Le Dieu d’amour préparera alors ses messagers et s’ouvrira un chemin jusque dans les régions polaires, dans les profondeurs les plus reculées de l’Amérique et dans l’intérieur de l’Afrique ; oui, jusqu’au cœur de la Chine et du Japon, avec les pays qui les avoisinent. Et alors « leur retentissement » s’en ira « par toutes les terres, et leur voix jusqu’aux extrémités du monde » !

24. Mais une difficulté considérable demeure encore : il y a dans le monde un très grand nombre de nations païennes qui n’ont aucun rapport, ni par le commerce ni par aucun autre moyen, avec des chrétiens de quelque sorte que ce soit. Tels sont les habitants des îles nombreuses de la mer du Sud, et probablement de tous les grands bras de l’océan. Or, que fera-t-on pour ces pauvres hommes rejetés ? « Et comment croiront-ils », dit l’apôtre, « en celui dont ils n’ont pas entendu parler? Et comment en entendront-ils parler, s’il n’y a personne qui prêche? » Vous pouvez ajouter : « Et comment y aura-t-il des prédicateurs, s’ils ne sont pas envoyés? » Oui, mais Dieu n’est-il pas capable de les envoyer ? Ne peut-il pas les susciter, pour ainsi dire, de ces pierres ? Et peut-il jamais manquer de moyens pour les envoyer ? Non : n’y eût-il pas d’autre moyen, il peut « les enlever par son Esprit », comme il le fit pour Ézéchiel (Ézéchiel 3:12, ), ou par son ange, comme il le fit pour Philippe (Actes 8, ), et les déposer partout où il lui plaît. Oui, il peut trouver mille moyens inconnus à l’homme insensé. Et il le fera assurément : car le ciel et la terre passeront, mais sa parole ne passera point. Il donnera à son Fils « Les extrémités de la terre pour possession ».

25. Et ainsi tout Israël aussi sera sauvé. Car « l’endurcissement est survenu à Israël », comme le remarque le grand apôtre (Romains 11:25.), jusqu’à ce que la totalité des « païens soit entrée ». Alors « Le libérateur viendra de Sion, Et il détournera de Jacob les impiétés ». « Dieu a renfermé tous les hommes dans la désobéissance, pour faire miséricorde à tous. » Oui, et il fera miséricorde à tout Israël au point de lui donner toutes les bénédictions temporelles avec toutes les bénédictions spirituelles. Car voici la promesse : « Car l’Éternel, ton Dieu, te rassemblera encore du milieu de tous les peuples chez lesquels l’Éternel, ton Dieu, t’aura dispersé. L’Éternel, ton Dieu, te ramènera dans le pays que possédaient tes pères, et tu le posséderas. L’Éternel, ton Dieu, circoncira ton cœur et le cœur de ta postérité, et tu aimeras l’Éternel, ton Dieu, de tout ton cœur et de toute ton âme. » (Deutéronome 30:3.) Et encore : « je les rassemblerai de tous les pays où je les ai chassés : Je les ramènerai dans ce lieu, Et je les y ferai habiter en sûreté. Je leur donnerai un même cœur et une même voie, Afin qu’ils me craignent toujours. Et je mettrai ma crainte dans leur cœur, Afin qu’ils ne s’éloignent pas de moi. Et je les planterai véritablement dans ce pays, De tout mon cœur et de toute mon âme. » (Jérémie 32:37.) Et encore : « Je vous retirerai d’entre les nations, je vous rassemblerai de tous les pays, et je vous ramènerai dans votre pays. Je répandrai sur vous une eau pure, et vous serez purifiés; je vous purifierai de toutes vos souillures et de toutes vos idoles. Vous habiterez le pays que j’ai donné à vos pères; vous serez mon peuple, et je serai votre Dieu. » (Ézéchiel 36:24.)

26. En ce temps-là s’accompliront toutes ces glorieuses promesses faites à l’Église chrétienne, qui ne sera plus alors bornée à telle ou telle nation, mais comprendra tous les habitants de la terre. « Il ne se fera ni tort ni dommage Sur toute ma montagne sainte. » (Ésaïe 11:9) « On n’entendra plus parler de violence dans ton pays, Ni de ravage et de ruine dans ton territoire; Tu donneras à tes murs le nom de salut, Et à tes portes celui de gloire. » Tu seras environnée de toutes parts du salut, et tous ceux qui passeront par tes portes loueront Dieu. « Ce ne sera plus le soleil qui te servira de lumière pendant le jour, Ni la lune qui t’éclairera de sa lueur; Mais l’Éternel sera ta lumière à toujours, Ton Dieu sera ta gloire. » La lumière du soleil et de la lune sera engloutie dans la lumière de sa face, qui brillera sur toi. « Il n’y aura plus que des justes parmi ton peuple . . . . l’œuvre de mes mains, Pour servir à ma gloire. » « comme la terre fait éclore son germe, Et comme un jardin fait pousser ses semences, Ainsi le Seigneur, l’Éternel, fera germer le salut et la louange, En présence de toutes les nations. » (Ésaïe 60:18 ; et 61:11.)

27. Voilà, je le comprends ainsi, la réponse, et même la seule réponse pleine et satisfaisante que l’on puisse donner à l’objection tirée de l’état présent du monde contre la sagesse et la bonté de Dieu. Il n’en sera pas toujours ainsi : ces choses ne sont permises que pour un temps par le grand Gouverneur du monde, afin qu’il tire de ce mal passager un bien immense et éternel. C’est là la clef même que l’apôtre nous donne dans les paroles citées plus haut : « Dieu a renfermé tous les hommes dans la désobéissance, pour faire miséricorde à tous. » En vue de ce glorieux événement, combien nous pouvons bien nous écrier : « O profondeur de la richesse, de la sagesse et de la science de Dieu! », bien que pour un temps « ses jugements » aient été « insondables, et ses voies incompréhensibles ». (Romains 11:32, 33.) Il suffit que nous soyons assurés de ce seul point : que tous ces maux passagers tourneront bien, qu’ils auront une heureuse issue, et que « la miséricorde régnera la première et la dernière ». Toutes les personnes sans prévention peuvent voir de leurs yeux qu’il renouvelle déjà la face de la terre ; et nous avons de fortes raisons d’espérer que l’œuvre qu’il a commencée, il la poursuivra jusqu’au jour du Seigneur Jésus ; qu’il n’interrompra jamais cette œuvre bénie de son Esprit, jusqu’à ce qu’il ait accompli toutes ses promesses, jusqu’à ce qu’il ait mis un terme au péché, à la misère, à l’infirmité et à la mort, rétabli une sainteté et un bonheur universels, et fait chanter ensemble à tous les habitants de la terre : « Alléluia! Car le Seigneur notre Dieu tout-puissant est entré dans son règne. » « La louange, la gloire, la sagesse, l’honneur, la puissance, et la force, soient à notre Dieu, aux siècles des siècles! » (Apocalypse 7:12.)

Chapitre 64 terminé

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