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Le but de la venue de Christ

Chapitre 63 · 24 min de lecture · 31 min d’écoute

Le but de la venue de Christ

Sermon 62

Le but de la venue de Christ

« Le Fils de Dieu a paru afin de détruire les œuvres du diable. »

1 Jean 3:8.

1. Beaucoup d’écrivains éminents, païens aussi bien que chrétiens, dans les premiers âges comme dans les derniers, ont employé tout leur travail et tout leur art à peindre la beauté de la vertu. Et ils ont pris la même peine pour décrire, sous les couleurs les plus vives, la difformité du vice, tant du vice en général que des vices particuliers qui dominaient le plus dans leurs siècles et leurs pays respectifs. Avec le même soin, ils ont mis en pleine lumière le bonheur qui accompagne la vertu, et la misère qui accompagne d’ordinaire le vice, et qui le suit toujours. Et l’on peut reconnaître que les traités de ce genre ne sont pas entièrement sans utilité. Il est probable que par là quelques-uns, d’un côté, ont été excités à désirer et à rechercher la vertu ; et que d’autres, de l’autre côté, ont été arrêtés dans leur carrière de vice, — peut-être même ramenés, du moins pour un temps. Mais le changement produit chez les hommes par ces moyens est rarement profond ou universel ; encore moins est-il durable : en peu de temps il s’évanouit comme la nuée du matin. De tels motifs sont beaucoup trop faibles pour vaincre les tentations sans nombre qui nous environnent. Tout ce qu’on peut dire de la beauté et de l’avantage de la vertu, de la difformité et des funestes effets du vice, ne peut résister à un seul appétit ou à une seule passion déréglée, et bien moins encore la vaincre et la guérir.

Toutes ces clôtures et tout leur appareil,

Un seul péché mignon, rusé, les balaie tout entiers.

2. Il est donc absolument nécessaire, si jamais nous voulons vaincre le vice ou persévérer avec constance dans la pratique de la vertu, d’avoir des armes d’une meilleure trempe que celles-là ; autrement, nous pourrons voir ce qui est droit, mais nous ne pourrons y atteindre. Beaucoup d’hommes réfléchis, parmi les païens mêmes, le sentaient profondément. Le langage de leur cœur était celui de Médée : —

Video meliora, proboque;

Detertiora sequor:

Combien cela s’accorde exactement avec les paroles de l’apôtre (parlant au nom d’un homme convaincu de péché, mais qui ne le surmonte pas encore) : « Je ne fais pas le bien que je veux, et je fais le mal que je ne veux pas ! » L’impuissance de l’esprit humain, le philosophe romain lui-même a pu la découvrir : « Il y a en tout homme, dit-il, cette faiblesse » (il aurait pu dire : cette grave maladie) : « gloriae sitis, — la soif de la gloire. La nature indique la maladie ; mais la nature ne nous montre aucun remède. »

3. Et il n’est pas étrange que, bien qu’ils aient cherché un remède, ils n’en aient trouvé aucun. Car ils le cherchaient là où il n’a jamais été et ne sera jamais trouvé, à savoir en eux-mêmes, dans la raison, dans la philosophie : roseaux brisés, bulles, fumée ! Ils ne le cherchaient pas en Dieu, en qui seul il est possible de le trouver. En Dieu ! Non ; ils le rejettent entièrement, et cela dans les termes les plus forts. Car, bien que Cicéron, l’un de leurs oracles, soit tombé un jour sur cette étrange vérité : Nemo unquam vir magnus sine afflatu divino fuit, — « Il n’y eut jamais de grand homme qui ne fût divinement inspiré » ; cependant, dans le même traité, il se contredit lui-même et renverse entièrement sa propre assertion, en demandant : Quis pro virtute aut sapientia gratias dedit Deis unquam ? — « Qui jamais a rendu grâces à Dieu pour sa vertu ou sa sagesse ? » Le poète romain est, s’il est possible, plus formel encore ; car, après avoir mentionné plusieurs biens extérieurs, il ajoute franchement : —

Haec satis est orare Jovem, qui donat et aufert;

Det vitam, det opes: aequum mi animum ipse parabo.

Nous demandons à Dieu ce qu’il peut donner ou reprendre, —

La vie, la richesse ; mais vertueux, je me rendrai moi-même.

4. Les meilleurs d’entre eux, ou bien cherchaient la vertu en partie auprès de Dieu et en partie en eux-mêmes, ou bien la cherchaient auprès de ces dieux qui n’étaient en réalité que des démons, et qui n’étaient donc guère propres à rendre leurs adorateurs meilleurs qu’eux-mêmes. Si faible était la lumière des plus sages des hommes, jusqu’au jour où « la vie et l’immortalité » furent « mises en évidence par l’Évangile » ; jusqu’au jour où le « Fils de Dieu a paru afin de détruire les œuvres du diable » !

Mais que sont « les œuvres du diable » dont il est ici question ? De quelle manière le « Fils de Dieu a paru » pour les détruire ? Et comment, de quelle manière, par quels degrés en vient-il effectivement à les « détruire » ? Ce sont là trois points très importants que nous pouvons considérer dans leur ordre.

I. 1. Et d’abord, ce que sont ces œuvres du diable, nous l’apprenons par les paroles qui précèdent et qui suivent le texte : « Or, vous le savez, Jésus a paru pour ôter les péchés. » (1 Jean 3:5.) « Quiconque demeure en lui ne pèche point; quiconque pèche ne l’a pas vu, et ne l’a pas connu. » (1 Jean 3:6.) « Celui qui pèche est du diable, car le diable pèche dès le commencement. Le Fils de Dieu a paru afin de détruire les œuvres du diable. » (1 Jean 3:8.) « Quiconque est né de Dieu ne pratique pas le péché. » (1 Jean 3:9.) De tout cela il ressort que « les œuvres du diable » dont il est ici parlé sont le péché et les fruits du péché.

2. Mais puisque la sagesse de Dieu a maintenant dissipé les nuages qui ont si longtemps couvert la terre, et mis fin aux conjectures puériles des hommes touchant ces choses, il peut être utile de considérer plus distinctement ces « œuvres du diable », autant que les oracles de Dieu nous en instruisent. Il est vrai que le dessein du Saint-Esprit était d’aider notre foi, non de satisfaire notre curiosité ; et c’est pourquoi le récit qu’il a donné dans les premiers chapitres de la Genèse est extrêmement court. Néanmoins, il est si clair que nous pouvons y apprendre tout ce qu’il nous importe de savoir.

3. Pour prendre la chose dès le commencement : « L’Éternel Dieu » (littéralement, JÉHOVAH, les DIEUX, c’est-à-dire Un et Trois) « créa l’homme à son image » ; — à son image naturelle, quant à sa meilleure partie : c’est-à-dire esprit, comme Dieu est esprit ; doué d’intelligence, laquelle, si elle n’est pas l’essence d’un esprit, en semble être la propriété la plus essentielle. Et il est probable que l’esprit humain, comme celui des anges, discernait alors la vérité par intuition. C’est pourquoi il nomma chaque créature, dès qu’il la vit, selon sa nature la plus intime. Toutefois sa connaissance était limitée, puisqu’il était une créature : l’ignorance était donc inséparable de lui ; mais non l’erreur ; il ne paraît pas qu’il se soit trompé en quoi que ce soit. Mais il était capable de se tromper, d’être trompé, bien qu’il n’y fût pas contraint.

4. Il fut aussi doué d’une volonté, avec diverses affections (qui ne sont que la volonté s’exerçant de diverses manières), afin qu’il pût aimer ce qui est bon, le désirer et y prendre plaisir : autrement son intelligence eût été inutile. Il fut doué de même de liberté, c’est-à-dire du pouvoir de choisir ce qui était bon et de refuser ce qui ne l’était pas. Sans cela, la volonté et l’intelligence eussent été l’une et l’autre entièrement inutiles. En effet, sans la liberté, l’homme eût été si loin d’être un agent libre, qu’il n’eût pu être un agent en aucune façon. Car tout être non libre est purement passif, et nullement actif. Avez-vous une épée à la main ? Un homme plus fort que vous vous saisit-il la main, et vous force-t-il à blesser une tierce personne ? En cela vous n’êtes pas plus agent que l’épée : la main est aussi passive que l’acier. Il en est de même dans tous les cas possibles. Celui qui n’est pas libre n’est pas un agent, mais un patient.

5. Il semble donc que tout esprit dans l’univers, comme tel, est doué d’intelligence, et, par conséquent, d’une volonté et d’une mesure de liberté ; et que ces trois choses sont inséparablement unies dans toute nature intelligente. Et remarquez-le : la liberté nécessitée, ou contrainte, n’est réellement pas une liberté du tout. C’est une contradiction dans les termes. C’est la même chose qu’une liberté non libre, c’est-à-dire une pure absurdité.

6. On peut observer de plus (et c’est une observation importante) que là où il n’y a point de liberté, il ne peut y avoir ni bien ni mal moral, ni vertu ni vice. Le feu nous réchauffe ; pourtant il n’est pas capable de vertu : il nous brûle ; pourtant ce n’est pas un vice. Il n’y a de vertu que là où un être intelligent connaît, aime et choisit ce qui est bon ; et il n’y a de vice que là où un tel être connaît, aime et choisit ce qui est mal.

7. Et Dieu créa l’homme non seulement à son image naturelle, mais aussi à son image morale. Il le créa non seulement « dans la connaissance », mais aussi dans la justice et la vraie sainteté. Comme son intelligence était sans défaut, parfaite en son genre, ainsi étaient toutes ses affections. Elles étaient toutes bien ordonnées, et dûment exercées sur leurs objets propres. Et, en agent libre, il choisissait constamment tout ce qui était bon, selon la direction de son intelligence. Ce faisant, il était inexprimablement heureux, demeurant en Dieu, et Dieu en lui ; ayant une communion ininterrompue avec le Père et le Fils, par l’Esprit éternel ; et le témoignage continuel de sa conscience que toutes ses voies étaient bonnes et agréables à Dieu.

8. Cependant sa liberté (comme on l’a observé plus haut) renfermait nécessairement le pouvoir de choisir ou de refuser soit le bien, soit le mal. On a douté, il est vrai, que l’homme pût alors choisir le mal en le connaissant pour tel. Mais on ne peut douter qu’il pût prendre le mal pour le bien. Il n’était pas infaillible ; il n’était donc pas impeccable. Et cela résout toute la difficulté de la grande question : Unde malum ? « Comment le mal est-il entré dans le monde ? » Il est venu de « Lucifer, fils de l’aurore ». Ce fut l’œuvre du diable, « car le diable », dit l’apôtre, « pèche dès le commencement » ; c’est-à-dire qu’il fut le premier pécheur de l’univers, l’auteur du péché, le premier être qui, par l’abus de sa liberté, introduisit le mal dans la création. Lui,

— L’un des premiers,

Sinon le premier archange,

se tenta lui-même à penser trop hautement de lui-même. Il céda librement à la tentation, et se laissa aller d’abord à l’orgueil, puis à la volonté propre. Il dit : « Je m’assiérai A l’extrémité du septentrion : Je serai semblable au Très-Haut. » Il ne tomba pas seul, mais entraîna bientôt après lui le tiers des étoiles du ciel ; en conséquence de quoi elles perdirent leur gloire et leur bonheur, et furent chassées de leur ancienne demeure.

9. Étant « animé d’une grande colère », et peut-être d’envie, à la vue du bonheur des créatures que Dieu venait de créer, il n’est pas étrange qu’il ait désiré et cherché à les en priver. Pour cela, il se cacha dans le serpent, qui était le plus rusé, ou le plus intelligent, de toutes les bêtes, et, pour cette raison, le moins propre à éveiller le soupçon. Quelques-uns, à vrai dire, ont supposé (non sans vraisemblance) que le serpent était alors doué de raison et de parole. Si Ève ne l’avait su tel, aurait-elle accepté de parlementer avec lui ? N’aurait-elle pas été effrayée plutôt que séduite, comme l’apôtre observe qu’elle le fut ? Pour la séduire, Satan mêla la vérité au mensonge : — « Dieu a-t-il réellement dit: Vous ne mangerez pas de tous les arbres du jardin? » — et bientôt après il lui persuada de ne pas croire Dieu, de supposer que sa menace ne s’accomplirait pas. Elle fut alors exposée à toute la tentation : — à « la convoitise de la chair », car l’arbre était « bon à manger » ; à « la convoitise des yeux », car il était « agréable à la vue » ; et à « l’orgueil de la vie », car il était « précieux pour ouvrir l’intelligence », et par conséquent pour obtenir de l’honneur. Ainsi l’incrédulité engendra l’orgueil : elle se crut plus sage que Dieu, capable de trouver un meilleur chemin vers le bonheur que celui que Dieu lui avait enseigné. Elle engendra la volonté propre : elle était résolue à faire sa propre volonté, et non la volonté de celui qui l’avait faite. Elle engendra des désirs insensés ; et elle couronna le tout par le péché extérieur : « elle prit de son fruit, et en mangea ».

10. Puis elle « en donna aussi à son mari, et il en mangea ». Et en ce jour-là, bien plus, en ce moment même, il mourut ! La vie de Dieu s’éteignit dans son âme. La gloire se retira de lui. Il perdit toute l’image morale de Dieu, — la justice et la vraie sainteté. Il était impie ; il était malheureux ; il était plein de péché, plein de culpabilité et de craintes qui le tourmentaient. S’étant séparé de Dieu, et le regardant maintenant comme un Juge irrité, « il eut peur ». Mais combien son intelligence était obscurcie, pour qu’il pensât pouvoir « se cacher loin de la face de l’Éternel Dieu, au milieu des arbres du jardin » ! Ainsi son âme fut entièrement morte à Dieu ! Et en ce jour-là son corps aussi commença de mourir, — devint sujet à la faiblesse, à la maladie, à la douleur ; toutes choses qui préparaient la mort du corps, laquelle conduisait naturellement à la mort éternelle.

II. Telles sont « les œuvres du diable » : le péché et ses fruits, considérés dans leur ordre et leur enchaînement. Nous avons, en second lieu, à considérer comment le Fils de Dieu a été manifesté afin de les détruire.

1. Il a été manifesté comme le Fils unique de Dieu, égal au Père en gloire, aux habitants du ciel, avant la fondation du monde et lors de cette fondation. Ces « étoiles du matin éclataient en chants d’allégresse », tous ces « fils de Dieu poussaient des cris de joie », lorsqu’ils l’entendirent prononcer : « Que la lumière soit! Et la lumière fut. » — lorsqu’il étendit « le septentrion sur le vide », et qu’il étendit « les cieux comme un pavillon ». En effet, c’était la croyance universelle de l’Église ancienne que nul n’a vu ni ne peut voir Dieu le Père ; que de toute éternité il habite une lumière inaccessible ; et que c’est seulement dans le Fils de son amour et par lui qu’il s’est jamais révélé à ses créatures.

2. Comment le Fils de Dieu fut manifesté à nos premiers parents dans le paradis, il n’est pas facile de le déterminer. On suppose généralement, et non sans vraisemblance, qu’il leur apparut sous la forme d’un homme, et qu’il conversa avec eux face à face. Non que je puisse en aucune façon croire l’ingénieuse rêverie du docteur Watts touchant « la glorieuse humanité de Christ », qu’il suppose avoir existé avant le commencement du monde, et avoir été douée de je ne sais quels pouvoirs étonnants. Bien plus, je regarde cette hypothèse comme extrêmement dangereuse, et même pernicieuse, car elle ôte toute sa force à un très grand nombre de passages de l’Écriture qu’on a jusqu’ici considérés comme prouvant la divinité du Fils. Et je crains que ce n’ait été là le grand moyen qui détourna ce grand homme de la foi transmise aux saints une fois pour toutes ; — si toutefois il en fut détourné ; si ce beau soliloque est authentique, qui est imprimé parmi ses Œuvres posthumes, et dans lequel il supplie si instamment le Fils de Dieu de ne pas s’offenser de ce qu’il ne peut le croire coégal et coéternel avec le Père.

3. Ne pouvons-nous pas raisonnablement croire que c’est par des apparitions semblables qu’il fut manifesté, dans les âges suivants, à Hénoc, lorsqu’il « marcha avec Dieu » ; à Noé, avant et après le déluge ; à Abraham, à Isaac et à Jacob, en diverses occasions ; et, pour n’en pas citer davantage, à Moïse ? Tel semble être le sens naturel de la parole : « Mon serviteur Moïse est fidèle dans toute ma maison. — Je lui parle bouche à bouche, je me révèle à lui sans énigmes, et il voit une représentation de l’Éternel » ; c’est-à-dire du Fils de Dieu.

4. Mais toutes ces manifestations n’étaient que des types de sa grande manifestation. Ce fut dans la plénitude des temps (juste au milieu de l’âge du monde, comme un grand homme le prouve longuement) que Dieu introduisit « dans le monde le premier-né », « né d’une femme », par la puissance du Très-Haut qui la couvrit de son ombre. Il fut ensuite manifesté aux bergers, au pieux Siméon, à Anne la prophétesse, et à « tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem ».

5. Lorsqu’il eut atteint l’âge requis pour exercer son office sacerdotal, il fut manifesté à Israël, prêchant l’Évangile du royaume de Dieu dans chaque bourg et dans chaque ville. Et pendant un temps il fut glorifié par tous, qui reconnaissaient qu’« il parlait comme jamais homme n’a parlé », qu’il parlait « comme ayant autorité », avec toute la sagesse de Dieu et la puissance de Dieu. Il fut manifesté par « les miracles, les prodiges et les signes » sans nombre qu’il opéra, aussi bien que par toute sa vie ; lui, le seul né de femme « qui n’a point connu le péché », qui, depuis sa naissance jusqu’à sa mort, fit « tout à merveille », accomplissant continuellement, « non sa volonté, mais la volonté de celui qui l’avait envoyé ».

6. Après tout cela, « Voici l’Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde ! » Ce fut là une manifestation de lui-même plus glorieuse qu’aucune de celles qu’il avait faites auparavant. De quelle manière merveilleuse il fut manifesté aux anges et aux hommes, lorsqu’« il était blessé pour nos péchés » ; lorsqu’il « a porté lui-même nos péchés en son corps sur le bois » ; lorsque, ayant, « par cette unique oblation de lui-même une fois offerte, fait un sacrifice, une oblation et une satisfaction pleine, parfaite et suffisante pour les péchés du monde entier », il s’écria : « Tout est accompli. Et, baissant la tête, il rendit l’esprit ! » Il nous suffit de mentionner simplement ces manifestations ultérieures : sa résurrection d’entre les morts ; son ascension au ciel, dans la gloire qu’il avait avant le commencement du monde ; et l’effusion du Saint-Esprit au jour de la Pentecôte ; deux choses qui sont admirablement décrites dans ces paroles bien connues du psalmiste : « Tu es monté dans les hauteurs, tu as emmené des captifs, tu as reçu des dons pour les hommes ; oui, même pour tes ennemis, afin que l’Éternel Dieu habitât parmi » ou en « eux ».

7. « Afin que l’Éternel Dieu habitât en eux » : ceci se rapporte à une manifestation encore ultérieure du Fils de Dieu, à savoir sa manifestation intérieure de lui-même. Lorsqu’il en parla à ses apôtres peu avant sa mort, l’un d’eux demanda aussitôt : « Seigneur, d’où vient que tu te feras connaître à nous, et non au monde? » En nous rendant capables de croire en son nom. Car il nous est alors manifesté intérieurement, quand nous sommes rendus capables de dire avec assurance : « Mon Seigneur et mon Dieu! » Alors chacun de nous peut dire hardiment : « Si je vis maintenant, je vis dans la foi au Fils de Dieu, qui m’a aimé et qui s’est livré lui-même pour moi. » [Galates 2:20] Et c’est en se manifestant ainsi dans nos cœurs qu’il « détruit » effectivement « les œuvres du diable ».

III. 1. Comment il fait cela, de quelle manière et par quels degrés il les détruit effectivement, c’est ce que nous avons maintenant à considérer. Et d’abord, de même que Satan commença son œuvre en Ève en l’infectant d’incrédulité, de même le Fils de Dieu commence son œuvre dans l’homme en nous rendant capables de croire en lui. Il ouvre et il éclaire à la fois les yeux de notre intelligence. Il ordonne à la lumière de briller du sein des ténèbres, et il ôte le voile que « le dieu de ce siècle » avait étendu sur nos cœurs. Et nous voyons alors, non par un enchaînement de raisonnements, mais par une sorte d’intuition, par une vue directe, que « Dieu était en Christ, réconciliant le monde avec lui-même, en n’imputant point aux hommes leurs offenses » passées ; ne me les imputant point à moi. En ce jour-là, « Nous savons que nous sommes de Dieu », enfants de Dieu par la foi, ayant « la rédemption par son sang, la rémission des péchés ». « Étant donc justifiés par la foi, nous avons la paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus-Christ » ; — cette paix qui nous rend capables d’être contents dans tout état où nous nous trouvons ; qui nous délivre de tous les doutes qui troublent, de toutes les craintes qui tourmentent, et en particulier de cette « crainte de la mort par laquelle nous étions toute notre vie retenus dans la servitude ».

2. En même temps, le Fils de Dieu frappe à la racine de cette grande œuvre du diable, l’orgueil, faisant que le pécheur s’humilie devant le Seigneur, et s’abhorre lui-même, pour ainsi dire, sur la poussière et sur la cendre. Il frappe à la racine de la volonté propre, rendant le pécheur humilié capable de dire en toutes choses : « Non pas ce que je veux, mais ce que tu veux. » Il détruit l’amour du monde, délivrant ceux qui croient en lui de tous les « désirs insensés et pernicieux », de « la convoitise de la chair, la convoitise des yeux, et l’orgueil de la vie ». Il les sauve de chercher, ou d’espérer trouver, le bonheur dans aucune créature. De même que Satan détourna le cœur de l’homme du Créateur vers la créature, de même le Fils de Dieu ramène son cœur de la créature vers le Créateur. C’est ainsi qu’en se manifestant lui-même il détruit les œuvres du diable, rendant le coupable, banni loin de Dieu, à sa faveur, au pardon et à la paix ; le pécheur en qui n’habite aucun bien, à l’amour et à la sainteté ; le pécheur accablé et misérable, à une joie ineffable, à un bonheur réel et solide.

3. Mais on peut observer que le Fils de Dieu ne détruit pas toute l’œuvre du diable dans l’homme aussi longtemps qu’il demeure en cette vie. Il ne détruit pas encore la faiblesse corporelle, la maladie, la douleur, et mille infirmités inhérentes à la chair et au sang. Il ne détruit pas toute cette faiblesse d’intelligence qui est la conséquence naturelle de l’habitation de l’âme dans un corps corruptible ; de sorte que, encore maintenant,

Humanum est errare et nescire:

« L’ignorance et l’erreur appartiennent l’une et l’autre à l’humanité. » Il ne nous confie qu’une part extrêmement petite de connaissance dans notre état présent, de peur que notre connaissance ne nuise à notre humilité, et que nous ne prétendions de nouveau à être comme des dieux. C’est pour ôter loin de nous toute tentation d’orgueil et toute pensée d’indépendance (ce qui est précisément la chose que les hommes en général convoitent si ardemment sous le nom de liberté.) qu’il nous laisse environnés de toutes ces infirmités, et particulièrement de la faiblesse de l’intelligence, jusqu’à ce que s’exécute la sentence : « Tu es poussière, et tu retourneras dans la poussière ! »

4. Alors l’erreur, la douleur et toutes les infirmités corporelles cessent : toutes ces choses sont détruites par la mort. Et la mort elle-même, le « dernier ennemi » de l’homme, sera détruite à la résurrection. Au moment où nous entendrons la voix de l’archange et la trompette de Dieu, « alors s’accomplira la parole qui est écrite: La mort a été engloutie dans la victoire. » « Ce » corps « corruptible revêtira l’incorruptibilité ; ce » corps « mortel revêtira l’immortalité » ; et le Fils de Dieu, manifesté sur les nuées du ciel, détruira cette dernière œuvre du diable !

5. Nous voyons donc ici, dans la lumière la plus claire et la plus forte, ce qu’est la vraie religion : un rétablissement de l’homme, par celui qui écrase la tête du serpent [Genèse 3:15], dans tout ce dont le vieux serpent l’avait privé ; un rétablissement non seulement dans la faveur, mais aussi dans l’image de Dieu, ce qui implique non seulement la délivrance du péché, mais le fait d’être rempli de toute la plénitude de Dieu. Il est évident, si nous prêtons attention aux considérations qui précèdent, que rien de moins que cela n’est la religion chrétienne. Tout le reste, qu’il soit négatif ou extérieur, est entièrement à côté du but. Mais quel paradoxe que celui-ci ! Combien peu il est compris dans le monde chrétien ; et cela dans ce siècle éclairé, où l’on tient pour acquis que le monde est plus sage qu’il ne l’a jamais été depuis le commencement ! Parmi toutes nos découvertes, qui a découvert cela ? Combien peu, soit parmi les savants, soit parmi les ignorants ! Et pourtant, si nous croyons la Bible, qui peut le nier ? Qui peut en douter ? Cela traverse la Bible d’un bout à l’autre, comme une chaîne continue ; et l’accord de chacune de ses parties avec toutes les autres est, à proprement parler, l’analogie de la foi. Gardez-vous de prendre quoi que ce soit d’autre, ou quoi que ce soit de moins que cela, pour la religion ! Pas autre chose : n’imaginez pas qu’une forme extérieure, une suite de devoirs, tant publics que privés, soit la religion ! Ne supposez pas que l’honnêteté, la justice, et tout ce qu’on appelle morale (quoique excellent à sa place), soit la religion ! Et moins que tout, ne rêvez pas que l’orthodoxie, l’opinion droite (vulgairement appelée foi), soit la religion. De tous les rêves religieux, celui-ci est le plus vain : il prend le foin et le chaume pour de l’or éprouvé par le feu !

6. Oh ! ne prenez pas quoi que ce soit de moins que cela pour la religion de Jésus-Christ ! Ne prenez pas une partie pour le tout ! Ce que Dieu a uni, ne le séparez pas ! Ne prenez pour sa religion rien de moins que « la foi qui est agissante par la charité », toute la sainteté intérieure et extérieure. Ne vous contentez d’aucune religion qui n’implique pas la destruction de toutes les œuvres du diable, c’est-à-dire de tout péché. Nous savons que la faiblesse de l’intelligence et mille infirmités demeureront tant que demeurera ce corps corruptible ; mais il n’est pas nécessaire que le péché demeure : c’est là cette œuvre du diable, ainsi nommée par excellence, que le Fils de Dieu a été manifesté pour détruire dans cette vie présente. Il peut, il veut la détruire maintenant, en tous ceux qui croient en lui. Seulement, ne soyez pas à l’étroit dans vos propres entrailles ! Ne vous défiez ni de sa puissance ni de son amour ! Mettez sa promesse à l’épreuve ! Il a parlé : et n’est-il pas prêt aussi à accomplir ? Seulement, « approchez-vous avec assurance du trône de la grâce », vous confiant en sa miséricorde ; et vous trouverez qu’« il sauve parfaitement tous ceux qui s’approchent de Dieu par lui » !

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