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L’amour de Dieu pour l’homme déchu

Chapitre 60 · 24 min de lecture · 31 min d’écoute

L’amour de Dieu pour l’homme déchu

Sermon 59

L’amour de Dieu pour l’homme déchu

« il n’en est pas du don gratuit comme de l’offense. »

Romains 5:15.

1. Combien est commune, et combien amère, la clameur qui s’élève contre notre premier père, à cause du mal qu’il a non seulement attiré sur lui-même, mais transmis à sa postérité la plus reculée ! C’est par sa rébellion volontaire contre Dieu que « le péché est entré dans le monde ». C’est « par la désobéissance d’un seul homme », comme le remarque l’apôtre, que le grand nombre, hoi polloi, tous ceux qui étaient alors dans les reins de leur premier père, furent faits, ou constitués, pécheurs : non seulement privés de la faveur de Dieu, mais aussi de son image, de toute vertu, de toute justice et de toute vraie sainteté ; et enfoncés, en partie dans l’image du diable, dans l’orgueil, la malice et toutes les autres dispositions diaboliques ; en partie dans l’image de la brute, étant tombés sous l’empire de passions brutales et d’appétits rampants. De là aussi la mort est entrée dans le monde, avec tous ses avant-coureurs et tout son cortège : la douleur, la maladie, et toute une suite de passions et de dispositions aussi pénibles qu’impies.

2. « De tout cela, nous pouvons remercier Adam » : ce cri a retenti de génération en génération. La même accusation a été répétée dans chaque âge et chez chaque nation où les oracles de Dieu sont connus, par lesquels seuls ce grand et important événement a été découvert aux enfants des hommes. Votre cœur, et probablement vos lèvres aussi, ne se sont-ils pas joints à cette accusation générale ? Combien peu y en a-t-il, parmi ceux qui croient le récit scripturaire de la chute de l’homme, qui n’aient pas eu la même pensée à l’égard de notre premier père, condamnant sévèrement celui qui, par une désobéissance volontaire à l’unique commandement de son Créateur,

Fit entrer la mort dans le monde, et tous nos maux !

3. Bien plus, il serait heureux que l’accusation s’arrêtât là ; mais il est certain qu’elle ne s’y arrête pas. On ne peut nier qu’elle rejaillisse souvent d’Adam sur son Créateur. Des milliers, même parmi ceux qu’on appelle chrétiens, n’ont-ils pas pris la liberté de mettre en question sa miséricorde, sinon aussi sa justice, pour cette raison même ? Quelques-uns, il est vrai, l’ont fait un peu plus modestement, d’une manière oblique et indirecte ; mais d’autres ont jeté le masque et ont demandé : « Dieu n’a-t-il pas prévu qu’Adam abuserait de sa liberté ? Et ne connaissait-il pas les funestes conséquences que cela devait naturellement avoir sur toute sa postérité ? Pourquoi donc a-t-il permis cette désobéissance ? N’était-il pas facile au Tout-Puissant de l’empêcher ? » — Il a certainement prévu le tout. Cela ne peut être nié ; car « toutes ses œuvres sont connues de Dieu depuis le commencement du monde », ou plutôt de toute éternité, comme le signifient proprement les mots ap aionos. Et il était sans aucun doute en son pouvoir de l’empêcher, car il a toute puissance dans le ciel et sur la terre. Mais il savait en même temps qu’il valait mieux, tout considéré, ne pas l’empêcher. Il savait qu’« il n’en est pas du don gratuit comme de l’offense » ; que le mal résultant de l’une n’était pas comme le bien résultant de l’autre, — qu’il n’était pas digne de lui être comparé. Il voyait que permettre la chute du premier homme était de beaucoup le meilleur pour le genre humain en général ; que la postérité d’Adam retirerait de sa chute beaucoup plus de bien que de mal ; que si par là « le péché abondait » sur toute la terre, la grâce « surabonderait » pourtant ; oui, et cela pour chaque individu de la race humaine, à moins qu’il n’en fît lui-même le choix contraire.

4. Il est extrêmement étrange qu’on n’ait presque rien écrit, ou du moins publié, sur ce sujet ; bien plus, que le commun des chrétiens l’ait si peu pesé et compris ; surtout si l’on considère que ce n’est pas là une affaire de simple curiosité, mais une vérité de la plus haute importance, puisqu’il est impossible, sur tout autre principe,

D’affirmer une Providence de grâce,

Et de justifier les voies de Dieu envers les hommes ;

et si l’on considère en même temps combien cette vérité importante est claire pour tous ceux qui la cherchent avec bon sens et loyauté. Que l’Ami des hommes ouvre les yeux de notre intelligence, pour nous faire voir clairement que, par la chute d’Adam, le genre humain en général a acquis la capacité,

Premièrement, d’être plus saint et plus heureux sur la terre, et,

Secondement, d’être plus heureux dans le ciel, qu’il n’aurait pu l’être autrement !

1. Et, premièrement, le genre humain en général a acquis, par la chute d’Adam, la capacité d’atteindre sur la terre plus de sainteté et de bonheur qu’il ne lui aurait été possible d’en atteindre si Adam n’était pas tombé. Car si Adam n’était pas tombé, Christ ne serait pas mort. Rien ne peut être plus clair que cela, rien de plus indéniable : plus nous examinerons à fond ce point, plus nous en serons profondément convaincus. Si tous ceux qui participent à la nature humaine n’avaient pas reçu en Adam cette blessure mortelle, il n’aurait pas été nécessaire que le Fils de Dieu prît notre nature. Ne voyez-vous pas que ce fut là le fondement même de sa venue dans le monde ? Car « par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort, et qu’ainsi la mort s’est étendue sur tous les hommes », à cause de celui en qui tous les hommes ont péché (Romains 5:12). N’était-ce pas pour remédier à cela même que « la parole a été faite chair », afin que, « comme tous sont morts en Adam, de même tous » pussent « revivre en Christ » ? Si donc beaucoup n’avaient pas été rendus pécheurs par la désobéissance d’un seul, beaucoup n’auraient pas été rendus justes par l’obéissance d’un seul (Romains 5:19) ; de sorte qu’il n’y aurait pas eu de place pour cette étonnante manifestation de l’amour du Fils de Dieu pour le genre humain : il n’y aurait pas eu d’occasion pour qu’il se rendît « obéissant jusqu’à la mort, même jusqu’à la mort de la croix ». On n’aurait pas pu dire alors, à l’étonnement de toutes les armées du ciel : « Dieu a tant aimé le monde », oui, le monde impie, qui n’avait ni la pensée ni le désir de revenir à lui, « qu’il a donné son Fils » sorti de son sein, son Fils unique, « afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle ». Nous n’aurions pas pu dire non plus : « Dieu était en Christ, réconciliant le monde avec lui-même » ; ou qu’il « a fait devenir péché », c’est-à-dire victime pour le péché, « pour nous, celui qui n’a point connu le péché, afin que nous devenions en lui justice de Dieu ». Il n’y aurait eu aucune occasion d’un tel « avocat auprès du Père » que « Jésus-Christ le juste », ni de sa comparution « à la droite de Dieu », pour « intercéder pour nous ».

2. Quelle est la conséquence nécessaire de ceci ? La voici : il n’aurait pu y avoir alors rien de tel que la foi en Dieu aimant ainsi le monde, donnant son Fils unique pour nous, hommes, et pour notre salut. Il n’aurait pu y avoir rien de tel que la foi au Fils de Dieu, comme « nous ayant aimés et s’étant livré lui-même pour nous ». Il n’aurait pu y avoir aucune foi en l’Esprit de Dieu, comme renouvelant l’image de Dieu dans nos cœurs, comme nous ressuscitant de la mort du péché à la vie de la justice. À la vérité, tout le privilège de la justification par la foi n’aurait pu exister ; il n’aurait pu y avoir aucune rédemption dans le sang de Christ ; et Christ n’aurait pu être « fait pour nous », « de par Dieu », ni « sagesse, justice et sanctification », ni « rédemption ».

3. Et le même grand vide qui aurait été dans notre foi aurait dû être aussi dans notre amour. Nous aurions pu aimer l’Auteur de notre être, le Père des anges et des hommes, comme notre Créateur et notre Conservateur ; nous aurions pu dire : « Ô Seigneur, notre Gouverneur, que ton nom est magnifique sur toute la terre ! » — Mais nous n’aurions pu l’aimer sous la relation la plus proche et la plus chère, — comme livrant son Fils pour nous tous. Nous aurions pu aimer le Fils de Dieu, comme étant « le reflet de sa gloire et l’empreinte de sa personne » (bien que ce motif semble appartenir plutôt aux habitants du ciel qu’à ceux de la terre) ; mais nous n’aurions pu l’aimer comme celui qui « a porté lui-même nos péchés en son corps sur le bois », et qui, « par cette unique oblation de lui-même, une fois offerte, a fait un sacrifice, une oblation et une satisfaction pleine et entière pour les péchés du monde entier ». Nous n’aurions pu être « rendus conformes à sa mort », ni connaître « la puissance de sa résurrection ». Nous n’aurions pu aimer le Saint-Esprit comme celui qui nous révèle le Père et le Fils, qui ouvre les yeux de notre intelligence, qui nous fait passer des ténèbres à son admirable lumière, qui renouvelle l’image de Dieu dans notre âme, et qui nous scelle pour le jour de la rédemption. De sorte qu’en vérité ce qui est maintenant, « devant Dieu, notre Père », et non devant des hommes faillibles, « la religion pure et sans tache », n’aurait eu alors aucune existence, puisqu’elle dépend entièrement de ces grands principes : « c’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi » ; et : « Jésus-Christ, de par Dieu, a été fait pour nous sagesse, justice et sanctification et rédemption. »

4. Nous voyons donc quel avantage inexprimable nous retirons de la chute de notre premier père quant à la foi ; — la foi en Dieu le Père, qui n’a pas épargné son propre Fils, son Fils unique, mais l’a « blessé pour nos péchés » et « brisé pour nos iniquités » ; et en Dieu le Fils, qui a répandu son âme pour nous, transgresseurs, et nous a lavés dans son propre sang. Nous voyons quel avantage nous en retirons quant à l’amour de Dieu, de Dieu le Père comme de Dieu le Fils. Le principal fondement de cet amour, tant que nous demeurons dans le corps, est clairement déclaré par l’apôtre : « nous l’aimons, parce qu’il nous a aimés le premier. » Mais la plus grande preuve de son amour n’aurait jamais été donnée, si Adam n’était pas tombé.

5. Et de même que notre foi en Dieu le Père et en Dieu le Fils reçoit de ce grand événement un accroissement inexprimable, sinon son existence même, comme aussi notre amour pour le Père et pour le Fils ; de même en est-il de l’amour du prochain, de notre bienveillance envers tous les hommes, qui ne peut que croître dans la même proportion que notre foi et notre amour pour Dieu. Car qui ne sent la force de cette conséquence tirée par l’apôtre de l’amour : « Bien-aimés, si Dieu nous a ainsi aimés, nous devons aussi nous aimer les uns les autres. » Si Dieu nous a AINSI aimés, — remarquez que la force de l’argument repose sur ce point même : AINSI aimés, qu’il a livré son Fils unique à une mort maudite pour notre salut. Bien-aimés, quel est cet amour dont Dieu nous a aimés, jusqu’à donner son Fils unique, égal au Père en gloire, coéternel en majesté ? Quel est cet amour dont le Fils unique de Dieu nous a aimés, jusqu’à se dépouiller lui-même, autant que possible, de sa divinité éternelle ; jusqu’à se défaire de cette gloire qu’il avait auprès du Père avant que le monde fût ; jusqu’à prendre la forme d’un serviteur, ayant paru comme un simple homme ; et puis, pour s’humilier plus encore, « se rendant obéissant jusqu’à la mort, même jusqu’à la mort de la croix » ! Si Dieu nous a AINSI aimés, combien ne devons-nous pas nous aimer les uns les autres ! Mais ce motif d’amour fraternel aurait entièrement manqué, si Adam n’était pas tombé. Par conséquent, nous n’aurions pu alors nous aimer les uns les autres à un aussi haut degré que nous le pouvons maintenant. Et il n’aurait pu y avoir cette hauteur et cette profondeur dans le commandement de notre bienheureux Seigneur : « comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. »

6. Tels sont les gains que nous pouvons retirer de la chute d’Adam, quant à l’amour de Dieu et à celui du prochain. Mais il y a un autre grand point qui, bien qu’on y fasse peu attention, mérite notre plus profonde considération. Par cet unique acte de notre premier père, non seulement « le péché est entré dans le monde », mais aussi la douleur, et ce fut à la fois la justice, mais l’inexprimable bonté de Dieu. Car combien de bien ne tire-t-il pas continuellement de ce mal ! Combien de sainteté et de bonheur de la douleur !

7. Combien innombrables sont les bienfaits que Dieu communique aux enfants des hommes par le canal des souffrances ! — de sorte qu’on a bien pu dire : « Ce que le langage des hommes appelle afflictions, le langage de Dieu l’appelle bénédictions. » À la vérité, s’il n’y avait eu aucune souffrance dans le monde, une partie considérable de la religion, oui, et à certains égards la partie la plus excellente, n’aurait pu y avoir de place, puisque son existence même dépend de nos souffrances ; de sorte que, s’il n’y avait pas eu de douleur, elle n’aurait pu exister. C’est sur ce fondement, sur nos souffrances mêmes, qu’il est évident que toutes nos grâces passives sont bâties ; oui, la plus noble de toutes les grâces chrétiennes, — l’amour qui supporte tout. C’est ici le fondement de la résignation à Dieu, qui nous rend capables de dire du fond du cœur, à toute heure d’épreuve : « C’est l’Éternel, qu’il fasse ce qui lui semblera bon! » « Nous recevons de Dieu le bien, et nous ne recevrions pas aussi le mal! » Et quel glorieux spectacle que celui-là ! N’a-t-il pas contraint même un païen à s’écrier : Ecce spectaculum Deo dignum ! « Voici un spectacle digne de Dieu » : un homme de bien aux prises avec l’adversité, et supérieur à elle. C’est ici le fondement de la confiance en Dieu, tant à l’égard de ce que nous sentons qu’à l’égard de ce que nous devrions craindre, si notre âme n’était paisiblement appuyée sur lui. Quelle place y aurait-il pour la confiance en Dieu, s’il n’y avait rien de tel que la douleur ou le danger ? Qui ne pourrait alors dire : « Ne boirai-je pas la coupe que le Père m’a donnée à boire? » C’est par les souffrances que notre foi est éprouvée, et par conséquent rendue plus agréable à Dieu. C’est au jour de la détresse que nous avons l’occasion de dire : « Quand même il me tuerait, j’espérerais encore en lui. » Et il est agréable à Dieu que nous le reconnaissions en face du danger, en dépit de la tristesse, de la maladie, de la douleur ou de la mort.

8. De plus : s’il n’y avait eu dans le monde ni mal naturel ni mal moral, que seraient devenues la patience, la douceur, la bonté, la longanimité ? Il est manifeste qu’elles n’auraient pu exister, puisque toutes ont le mal pour objet. Si donc le mal n’était jamais entré dans le monde, elles n’auraient pu non plus y avoir aucune place. Car qui aurait pu rendre le bien pour le mal, s’il n’y avait eu aucun malfaiteur dans l’univers ? Comment aurait-il été possible, dans cette supposition, de « surmonter le mal par le bien » ? Direz-vous : « Mais toutes ces grâces auraient pu être divinement infusées dans le cœur des hommes » ? Sans doute elles l’auraient pu ; mais si elles l’avaient été, il n’y aurait eu pour elles aucun usage ni aucun exercice. Tandis que, dans l’état présent des choses, nous ne pouvons jamais manquer longtemps d’occasions de les exercer ; et plus elles sont exercées, plus toutes nos grâces sont fortifiées et accrues. Et dans la même proportion que croissent notre résignation, notre confiance en Dieu, notre patience et notre force d’âme, notre douceur, notre bonté et notre longanimité, ainsi que notre foi et notre amour pour Dieu et pour les hommes, notre bonheur doit croître, même dans le monde présent.

9. Encore une fois : de même que la permission que Dieu a donnée à la chute d’Adam a fourni à toute sa postérité mille occasions de souffrir, et par là d’exercer toutes ces grâces passives qui augmentent à la fois sa sainteté et son bonheur, de même elle lui donne l’occasion de faire le bien en des cas innombrables, de s’exercer en diverses bonnes œuvres qui, autrement, n’auraient pu exister. Et quels élans de bienveillance, de compassion, de miséricorde divine auraient alors été entièrement empêchés ! Qui aurait pu dire alors à l’Ami des hommes, —

Que ta pensée en toute ma vie se montre,

Tandis qu’écoutant le cri du malheureux,

Le gémissement de la veuve ou de l’orphelin,

Sur les ailes de la pitié je vole en hâte

Pour secourir le pauvre et l’indigent,

Pour leur donner moi-même et tout mon bien ?

C’est la juste remarque d’un homme bienveillant, —

Toutes les joies du monde sont moindres

Que cette seule joie de faire du bien.

Assurément, à « observer ce commandement », à défaut d’un autre, « la récompense est grande ». « pendant que nous en avons l’occasion, pratiquons le bien envers tous » ; le bien de toute espèce et à tout degré. Aussi, plus nous ferons de bien (toutes choses égales d’ailleurs), plus nous serons heureux. Plus nous partageons notre pain avec ceux qui ont faim, et couvrons de vêtements ceux qui sont nus, — plus nous secourons l’étranger et visitons ceux qui sont malades ou en prison, — plus nous rendons de bons offices à ceux qui gémissent sous les divers maux de la vie humaine, — plus nous recevons de consolation, même dans le monde présent, plus grande est la récompense que nous avons dans notre propre sein.

10. Pour résumer ce qui a été dit sur ce point : comme plus nous sommes saints sur la terre, plus nous devons être heureux (puisqu’il y a un lien inséparable entre la sainteté et le bonheur) ; comme plus nous faisons de bien aux autres, plus la récompense présente rejaillit dans notre propre sein ; de même que nos souffrances pour Dieu nous conduisent à nous réjouir en lui « d’une joie ineffable et glorieuse » ; il s’ensuit que la chute d’Adam, — premièrement, en nous donnant l’occasion d’être beaucoup plus saints ; secondement, en nous donnant l’occasion de faire d’innombrables bonnes œuvres qui, autrement, n’auraient pu être faites ; et troisièmement, en mettant en notre pouvoir de souffrir pour Dieu, par quoi « l’Esprit de gloire, l’Esprit de Dieu, repose sur nous », — peut être d’un si grand avantage aux enfants des hommes, même dans la vie présente, qu’ils ne le comprendront pleinement qu’en parvenant à la vie éternelle.

11. C’est alors que nous serons rendus capables de comprendre pleinement, non seulement les avantages qui reviennent, dans le temps présent, aux fils des hommes par la chute de leur premier père, mais les avantages infiniment plus grands qu’ils en peuvent recueillir dans l’éternité. Pour nous en former quelque idée, nous pouvons nous rappeler la remarque de l’apôtre : comme « une étoile diffère en éclat d’une autre étoile », « Ainsi en est-il de la résurrection des morts ». Les étoiles les plus glorieuses seront sans aucun doute ceux qui sont les plus saints, qui portent le plus de cette image de Dieu dans laquelle ils furent créés ; les plus proches d’eux en gloire seront ceux qui ont été les plus abondants en bonnes œuvres ; et après eux, ceux qui ont le plus souffert selon la volonté de Dieu. Mais quels avantages, à chacun de ces égards, les enfants de Dieu ne recevront-ils pas dans le ciel, de ce que Dieu a permis l’introduction de la douleur sur la terre par suite du péché ! À cette occasion, ils ont acquis beaucoup de saintes dispositions qui, autrement, n’auraient pu exister : — la résignation à Dieu, la confiance en lui dans les temps de détresse et de danger, la patience, la douceur, la bonté, la longanimité, et toute la suite des vertus passives ; et à cause de cette sainteté supérieure, ils jouiront alors d’un bonheur supérieur. De plus : chacun alors « recevra sa propre récompense selon son propre travail » ; chaque individu sera « récompensé selon ses œuvres ». Or la chute a donné naissance à d’innombrables bonnes œuvres qui n’auraient jamais pu exister autrement, comme de pourvoir aux besoins des saints, oui, de soulager ceux qui sont dans la détresse de quelque sorte que ce soit ; et par là d’innombrables étoiles seront ajoutées à leur couronne éternelle. Encore une fois : il y aura dans le ciel une abondante récompense pour avoir souffert aussi bien que pour avoir fait la volonté de Dieu : « nos légères afflictions du moment présent produisent pour nous, au-delà de toute mesure, un poids éternel de gloire. » C’est pourquoi l’événement qui a occasionné l’entrée de la souffrance dans le monde a, par là même, occasionné pour tous les enfants de Dieu un accroissement de gloire pour toute l’éternité. Car bien que les souffrances elles-mêmes doivent prendre fin ; bien que

La peine de la vie alors soit passée,

L’angoisse et le souci qui déchire ;

Que là le chagrin soupirant ne pleure plus ;

Et que le péché n’y entre jamais ; —

Pourtant les joies qu’elles ont occasionnées ne finiront jamais, mais couleront à jamais à la droite de Dieu.

12. Il y a encore un avantage que nous retirons de la chute d’Adam, et qui n’est pas indigne de notre attention. Si tous n’étaient pas morts en Adam, étant dans les reins de leur premier père, chaque descendant d’Adam, chaque enfant d’homme, aurait dû répondre personnellement de lui-même devant Dieu. Il semble en être une conséquence nécessaire que, s’il était une seule fois tombé, s’il avait une seule fois violé un commandement de Dieu, il n’y aurait eu pour lui aucune possibilité de se relever ; il n’y avait point de secours, mais il aurait dû périr sans remède. Car cette alliance ne savait pas faire miséricorde : la parole était : « l’âme qui pèche, c’est celle qui mourra. » Or qui n’aimerait mieux être sur le pied où il est maintenant, — sous une alliance de miséricorde ? Qui voudrait hasarder toute une éternité sur un seul coup ? N’est-il pas infiniment plus désirable d’être dans un état où, bien qu’environnés d’infirmités, nous ne courons pas un risque si désespéré, mais où, si nous tombons, nous pouvons nous relever ? — un état où nous pouvons dire :

Mon offense a grandi jusqu’au ciel ;

Mais bien au-dessus des cieux,

En Christ abondamment pardonné,

Je vois s’élever tes miséricordes !

13. En Christ ! Permettez-moi de supplier encore une fois toute personne sérieuse de fixer ici son attention. Tout ce qui a été dit, tout ce qui peut être dit sur ces sujets, se concentre en ce point : la chute d’Adam a produit la mort de Christ. « Cieux, écoutez! Terre, prête l’oreille! » Oui,

Que la terre et le ciel s’accordent,

Que les anges et les hommes s’unissent,

Pour célébrer avec moi

Le Sauveur du genre humain ;

Pour adorer l’Agneau qui expie tout,

Et bénir le son du nom de Jésus !

Si Dieu avait empêché la chute de l’homme, « la parole » n’aurait jamais « été faite chair », et nous n’aurions jamais « contemplé sa gloire, une gloire comme la gloire du Fils unique venu du Père ». Ces mystères n’auraient jamais été dévoilés, dans lesquels « les anges » mêmes « désirent plonger leurs regards ». Il me semble que cette considération absorbe toutes les autres, et ne devrait jamais être absente de nos pensées. Si « par un seul homme le jugement n’était venu sur tous les hommes pour la condamnation », ni les anges ni les hommes n’auraient jamais pu connaître « les richesses incompréhensibles de Christ ».

14. Voyez donc, en somme, combien peu nous avons de raisons de murmurer contre la chute de notre premier père, puisque nous en pouvons retirer de si inexprimables avantages, dans le temps et dans l’éternité. Voyez combien il y a peu de prétexte pour mettre en question la miséricorde de Dieu dans la permission de cet événement, puisque la miséricorde y triomphe du jugement à un degré infini. Où est donc l’homme qui ose blâmer Dieu de n’avoir pas empêché le péché d’Adam ? Ne devrions-nous pas plutôt le bénir du fond du cœur, de ce qu’il a établi par là le grand plan de la rédemption de l’homme, et préparé la voie à cette glorieuse manifestation de sa sagesse, de sa sainteté, de sa justice et de sa miséricorde ? Si, à la vérité, Dieu avait décrété, avant la fondation du monde, que des millions d’hommes habiteraient dans des flammes éternelles parce qu’Adam avait péché des centaines ou des milliers d’années avant qu’ils existassent, je ne sais qui pourrait l’en remercier, sinon le diable et ses anges ; puisque, dans cette supposition, tous ces millions d’esprits malheureux seraient plongés en enfer par le péché d’Adam, sans en retirer aucun avantage possible. Mais, Dieu soit béni, il n’en est pas ainsi. Un tel décret n’a jamais existé. Au contraire, quiconque est né de la femme peut y gagner inexprimablement ; et nul n’a jamais été ni ne peut être perdant, sinon par son propre choix.

15. Nous voyons ici une réponse complète à cette explication plausible de l’origine du mal, publiée il y a quelques années, et qu’on a supposée sans réplique : à savoir qu’il « résultait nécessairement de la nature de la matière, que Dieu n’était pas capable de changer ». Il est fort aimable de la part de cet orateur à la langue mielleuse de présenter une excuse pour Dieu ! Mais il n’en est vraiment pas besoin : Dieu a répondu pour lui-même. Il a fait l’homme à son image, un esprit doué d’intelligence et de liberté. L’homme, abusant de cette liberté, a produit le mal ; il a introduit le péché et la douleur dans le monde. Dieu l’a permis afin de manifester plus pleinement sa sagesse, sa justice et sa miséricorde, en accordant à tous ceux qui voudraient le recevoir un bonheur infiniment plus grand que celui qu’ils auraient pu atteindre si Adam n’était pas tombé.

16. « O profondeur de la richesse, de la sagesse et de la science de Dieu! » Bien que mille détails de « ses jugements et de ses voies » nous soient « insondables », et impossibles à découvrir, nous pouvons pourtant discerner le plan général qui court à travers le temps jusque dans l’éternité. C’est « d’après le conseil de sa volonté », selon le plan qu’il avait arrêté avant la fondation du monde, qu’il a créé le père de tout le genre humain à son image ; et il a permis que tous les hommes fussent rendus pécheurs par la désobéissance de ce seul homme, afin que, par l’obéissance d’un seul, tous ceux qui reçoivent le don gratuit soient infiniment plus saints et plus heureux pendant toute l’éternité.

Chapitre 60 terminé

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