Sermons sur divers sujets
Sur la prédestination

Chapitre 59 · 14 min de lecture · 18 min d’écoute

Sur la prédestination

Sermon 58

Sur la prédestination

« ceux qu’il a connus d’avance, il les a aussi prédestinés à être semblables à l’image de son Fils : — Et ceux qu’il a prédestinés, il les a aussi appelés; et ceux qu’il a appelés, il les a aussi justifiés; et ceux qu’il a justifiés, il les a aussi glorifiés. »

Romains 8:29, 30.

« Notre bien-aimé frère Paul », dit saint Pierre, « vous l’a aussi écrit, selon la sagesse qui lui a été donnée. C’est ce qu’il fait dans toutes les lettres, où il parle de ces choses, dans lesquelles il y a des points difficiles à comprendre, dont les personnes ignorantes et mal affermies tordent le sens, comme celui des autres Écritures, pour leur propre ruine. » (2 Pierre 3:15, 16)

2. Il n’est pas improbable que, parmi ces choses dites par saint Paul qui sont difficiles à comprendre, l’apôtre Pierre ait pu placer ce que Paul dit sur ce sujet dans les huitième et neuvième chapitres de son épître aux Romains. Et il est certain que non seulement les ignorants, mais beaucoup des hommes les plus savants du monde, et non seulement les esprits « mal affermis », mais beaucoup qui semblaient bien établis dans les vérités de l’Évangile, ont, depuis plusieurs siècles, « tordu le sens » de ces passages « pour leur propre ruine ».

3. Que ces passages soient « difficiles à comprendre », nous pouvons bien l’admettre, quand nous considérons combien des hommes de la plus forte intelligence, cultivée par tous les avantages de l’éducation, ont continuellement différé de jugement à leur sujet. Et cette considération même, qu’il y a sur ce point une si grande différence entre des hommes du plus grand savoir, du plus grand sens et de la plus grande piété, devrait, semble-t-il, rendre extrêmement circonspects et défiants d’eux-mêmes tous ceux qui parlent maintenant sur ce sujet. Mais je ne sais comment il se fait que c’est justement le contraire qu’on observe dans toutes les parties du monde chrétien. Nuls écrivains sur la terre ne paraissent plus tranchants que ceux qui écrivent sur ce sujet difficile. Bien plus, les mêmes hommes qui, écrivant sur tout autre sujet, sont remarquablement modestes et humbles, mettent de côté, sur celui-ci seulement, toute défiance d’eux-mêmes,

Et parlent ex cathedra, infaillibles.

Cela s’observe particulièrement chez presque tous ceux qui soutiennent les décrets absolus. Mais assurément il est possible d’éviter cela : tout ce que nous proposons peut être proposé avec modestie, et avec déférence pour ces hommes sages et bons qui sont d’une opinion contraire ; et d’autant plus que tant de choses ont déjà été dites sur chaque partie de la question, tant de volumes ont été écrits, qu’il n’est guère possible de dire quoi que ce soit qui n’ait été dit auparavant. Tout ce que je voudrais offrir à présent, non aux amateurs de dispute, mais aux hommes pieux et loyaux, ce sont quelques brèves indications, qui pourront peut-être jeter quelque lumière sur le texte cité plus haut.

4. Plus je l’ai considéré souvent et attentivement, plus j’ai été enclin à penser que l’apôtre ne décrit pas ici (comme beaucoup l’ont supposé) une chaîne de causes et d’effets (cela ne semble pas lui être venu à l’esprit), mais qu’il montre simplement la méthode selon laquelle Dieu opère ; l’ordre dans lequel les diverses parties du salut se suivent constamment l’une l’autre. Et cela, je pense, sera clair pour tout homme sérieux et impartial qui cherche, s’il examine l’œuvre de Dieu en avant ou en arrière, soit du commencement à la fin, soit de la fin au commencement.

5. Et, premièrement, regardons en avant toute l’œuvre de Dieu dans le salut de l’homme, en la considérant depuis le commencement, le premier point, jusqu’à ce qu’elle s’achève dans la gloire. Le premier point est la prescience de Dieu. Dieu a connu d’avance, dans chaque nation, ceux qui croiraient, depuis le commencement du monde jusqu’à la consommation de toutes choses. Mais, pour jeter quelque lumière sur cette question obscure, il faut bien remarquer que, lorsque nous parlons de la prescience de Dieu, nous ne parlons pas selon la nature des choses, mais à la manière des hommes. Car, à parler proprement, il n’y a en Dieu rien de tel que prescience ou connaissance après coup. Tout le temps, ou plutôt toute l’éternité (pour les enfants des hommes), lui étant présente à la fois, il ne connaît pas une chose sous un seul point de vue d’éternité en éternité. Comme tout le temps, avec tout ce qui y existe, lui est présent à la fois, ainsi il voit à la fois tout ce qui a été, qui est ou qui sera, jusqu’à la fin des temps. Mais remarquez : nous ne devons pas penser que les choses sont parce qu’il les connaît. Non : il les connaît parce qu’elles sont. De même que moi (s’il est permis de comparer les choses des hommes aux profondeurs de Dieu), je sais maintenant que le soleil brille : pourtant le soleil ne brille pas parce que je le sais, mais je le sais parce qu’il brille. Ma connaissance suppose que le soleil brille, mais n’en est nullement la cause. De même, Dieu sait que l’homme pèche, car il sait toutes choses : pourtant nous ne péchons pas parce qu’il le sait, mais il le sait parce que nous péchons ; et sa connaissance suppose notre péché, mais n’en est nullement la cause. En un mot, Dieu, regardant tous les âges, depuis la création jusqu’à la consommation, comme un instant, et voyant à la fois tout ce qui est dans le cœur de tous les enfants des hommes, connaît chacun de ceux qui croient ou ne croient pas, en tout âge et en toute nation. Pourtant ce qu’il connaît, foi ou incrédulité, n’est nullement causé par sa connaissance. Les hommes sont aussi libres de croire ou de ne pas croire que s’il ne le savait pas du tout.

6. À la vérité, si l’homme n’était pas libre, il ne pourrait être responsable ni de ses pensées, ni de ses paroles, ni de ses actions. S’il n’était pas libre, il ne serait capable ni de récompense ni de châtiment ; il serait incapable de vertu comme de vice, d’être moralement bon ou mauvais. S’il n’avait pas plus de liberté que le soleil, la lune ou les étoiles, il ne serait pas plus responsable qu’eux. Dans la supposition qu’il n’eût pas plus de liberté qu’eux, les pierres de la terre seraient aussi capables de récompense, et aussi passibles de châtiment, que l’homme : l’un serait aussi responsable que l’autre. Oui, et il serait aussi absurde de lui attribuer la vertu ou le vice que de l’attribuer au tronc d’un arbre.

7. Mais poursuivons : « ceux qu’il a connus d’avance, il les a aussi prédestinés à être semblables à l’image de son Fils. » C’est là le second degré (pour parler à la manière des hommes ; car, en réalité, il n’y a en Dieu ni avant ni après). En d’autres termes, Dieu décrète, d’éternité en éternité, que tous ceux qui croient au Fils de son amour seront rendus conformes à son image, seront sauvés de tout péché intérieur et extérieur, et amenés à toute sainteté intérieure et extérieure. Aussi est-ce un fait clair et indéniable que tous ceux qui croient vraiment au nom du Fils de Dieu « reçoivent » maintenant « la fin de leur foi, le salut de leurs âmes » ; et cela en vertu du décret immuable, irrévocable, irrésistible de Dieu : — « Celui qui croira sera sauvé » ; « celui qui ne croira pas sera condamné ».

8. « ceux qu’il a prédestinés, il les a aussi appelés. » C’est là le troisième degré (en nous souvenant toujours que nous parlons à la manière des hommes). Pour l’exprimer un peu plus amplement : selon son décret fixe, que les croyants seront sauvés, ceux qu’il connaît d’avance comme tels, il les appelle extérieurement et intérieurement, — extérieurement par la parole de sa grâce, et intérieurement par son Esprit. Cette application intérieure de sa parole au cœur semble être ce que quelques-uns appellent « la vocation efficace » ; et elle implique qu’il les appelle enfants de Dieu, qu’il les accepte « en son bien-aimé », qu’il les rend « gratuitement justifiés par sa grâce, par le moyen de la rédemption qui est en Jésus-Christ ».

9. « ceux qu’il a appelés, il les a aussi justifiés. » C’est là le quatrième degré. On admet généralement que le mot « justifiés » est pris ici dans un sens particulier : qu’il signifie qu’il les a rendus justes. Il a exécuté son décret, « en les rendant conformes à l’image de son Fils » ; ou, comme nous le disons d’ordinaire, il les a sanctifiés.

10. Il reste : « ceux qu’il a justifiés, il les a aussi glorifiés. » C’est là le dernier degré. Les ayant rendus « capables d’avoir part à l’héritage des saints dans la lumière », il leur donne « le royaume qui leur a été préparé avant que le monde fût ». Tel est l’ordre dans lequel, « d’après le conseil de sa volonté », selon le plan qu’il a arrêté de toute éternité, il sauve ceux qu’il a connus d’avance : les vrais croyants en tout lieu et en toute génération.

11. Cette même grande œuvre du salut par la foi, selon la prescience et le décret de Dieu, peut paraître dans un jour plus clair encore, si nous la regardons en arrière, de la fin au commencement. Supposez donc que vous vous teniez avec « une grande foule, que personne ne pouvait compter, de toute nation, de toute tribu, de tout peuple, et de toute langue », qui « rendent louange à celui qui est assis sur le trône, et à l’Agneau, aux siècles des siècles » : vous n’en trouveriez pas un seul, parmi tous ceux qui sont entrés dans la gloire, qui ne fût témoin de cette grande vérité : « Sans la sanctification, personne ne verra le Seigneur » ; pas un seul, de toute cette multitude innombrable, qui n’ait été sanctifié avant d’être glorifié. Par la sainteté il a été préparé pour la gloire, selon la volonté invariable du Seigneur, que la couronne acquise par le sang de son Fils ne soit donnée à personne d’autre qu’à ceux qui sont renouvelés par son Esprit. Il est devenu « l’auteur d’un salut éternel » seulement « pour tous ceux qui lui obéissent » ; qui lui obéissent intérieurement et extérieurement ; qui sont saints de cœur, et saints dans toute leur conduite.

12. Et si vous pouviez embrasser du regard tous ceux qui sont maintenant sanctifiés sur la terre, vous trouveriez qu’aucun d’eux n’a été sanctifié avant d’avoir été appelé. Il a d’abord été appelé, non seulement par un appel extérieur, par la parole et les messagers de Dieu, mais aussi par un appel intérieur, par son Esprit appliquant sa parole, le rendant capable de croire au Fils unique de Dieu, et rendant témoignage à son esprit qu’il était enfant de Dieu. Et c’est par ce moyen même qu’ils ont tous été sanctifiés. C’est par le sentiment de l’amour de Dieu répandu dans son cœur que chacun d’eux a été rendu capable d’aimer Dieu. Aimant Dieu, il a aimé son prochain comme lui-même, et a reçu le pouvoir de marcher d’une manière irréprochable dans tous ses commandements. C’est là une règle qui n’admet aucune exception. Dieu appelle un pécheur son enfant, c’est-à-dire le justifie, avant de le sanctifier. Et par cela même, par le sentiment de sa faveur, il opère en lui cette affection reconnaissante et filiale d’où découlent toute bonne disposition, toute bonne parole et toute bonne œuvre.

13. Et qui sont ceux qui sont ainsi appelés de Dieu, sinon ceux qu’il avait auparavant prédestinés, ou décrétés, à « être rendus conformes à l’image de son Fils » ? Ce décret (pour parler toujours à la manière des hommes) précède la vocation de chaque homme : tout croyant a été prédestiné avant d’être appelé. Car Dieu n’appelle personne, sinon « d’après le conseil de sa volonté », selon cette prothesis, ou ce plan d’action, qu’il avait arrêté avant la fondation du monde.

14. Encore une fois : comme tous ceux qui sont appelés ont été prédestinés, de même tous ceux que Dieu a prédestinés, il les a connus d’avance. Il les a connus, il les a vus comme croyants, et, comme tels, il les a prédestinés au salut, selon son décret éternel : « Celui qui croira sera sauvé. » Ainsi nous voyons tout le cours de l’œuvre de Dieu, de la fin au commencement. Qui sont glorifiés ? Personne d’autre que ceux qui ont d’abord été sanctifiés. Qui sont sanctifiés ? Personne d’autre que ceux qui ont d’abord été justifiés. Qui sont justifiés ? Personne d’autre que ceux qui ont d’abord été prédestinés. Qui sont prédestinés ? Personne d’autre que ceux que Dieu a connus d’avance comme croyants. Ainsi le dessein et la parole de Dieu demeurent inébranlables comme les colonnes du ciel : — « Celui qui croira sera sauvé ; celui qui ne croira pas sera condamné. » Et ainsi Dieu est pur du sang de tous les hommes, puisque quiconque périt, périt par son propre fait. « Ils ne veulent pas venir à moi », dit le Sauveur des hommes ; et : « Il n’y a de salut en aucun autre. » Ils « ne veulent pas croire » ; et il n’y a aucun autre chemin, ni vers le salut présent ni vers le salut éternel. C’est pourquoi leur sang est sur leur propre tête ; et Dieu est toujours « justifié dans ses paroles », quand il dit qu’il « veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité ».

15. Voici le résumé de tout : le Dieu tout-puissant et tout sage voit et connaît, d’éternité en éternité, tout ce qui est, tout ce qui a été et tout ce qui est à venir, dans un unique et éternel maintenant. Pour lui, rien n’est passé ni futur, mais toutes choses sont également présentes. Il n’a donc, si nous parlons selon la vérité des choses, ni prescience ni connaissance après coup. Cela s’accorderait mal avec les paroles de l’apôtre : en lui « il n’y a ni changement ni ombre de variation » ; et avec ce qu’il dit de lui-même par le prophète : « je suis l’Éternel, je ne change pas ». Pourtant, quand il nous parle, sachant de quoi nous sommes formés, connaissant la petitesse de notre intelligence, il s’abaisse à notre portée, et parle de lui-même à la manière des hommes. Ainsi, par condescendance pour notre faiblesse, il parle de son propre dessein, de son conseil, de son plan, de sa prescience. Non que Dieu ait aucun besoin de conseil, de dessein, ou de plan pour régler son œuvre d’avance. Loin de nous d’attribuer ces choses au Très-Haut, de le mesurer à notre aune ! C’est uniquement par compassion pour nous qu’il parle ainsi de lui-même, comme connaissant d’avance les choses du ciel et de la terre, et comme les prédestinant ou les ordonnant d’avance. Mais pouvons-nous imaginer que ces expressions doivent être prises à la lettre ? À celui qui aurait des conceptions si grossières, ne pourrait-il pas dire : « Penses-tu que je sois tel que toi ? » Non pas : autant les cieux sont élevés au-dessus de la terre, autant mes voies sont élevées au-dessus de tes voies. Je connais, je décrète, j’agis d’une manière qu’il t’est impossible de concevoir ; mais, pour te donner quelque faible et vague connaissance de mes voies, j’emploie le langage des hommes, et je m’accommode à ta compréhension dans cet état d’enfance où tu existes maintenant.

16. Qu’apprenons-nous donc de tout ce récit ? Ceci, et rien de plus : — (1.) Dieu connaît tous les croyants ; (2) il veut qu’ils soient sauvés du péché ; (3) à cette fin, il les justifie, (4) les sanctifie et (5) les prend dans la gloire.

Oh ! que les hommes louent le Seigneur pour cette bonté qui est la sienne ; et qu’ils se contentent de cette explication simple, sans chercher à s’avancer dans ces mystères qui sont trop profonds pour que les anges mêmes les sondent !

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