Chapitre 5 · 38 min de lecture · 49 min d’écoute
Le christianisme scripturaire
Sermon 4
Le christianisme scripturaire 1111[Ce sermon fut d’abord publié en brochure séparée, accompagné de l’avis « au lecteur » qui suit, au bas duquel figurait la signature de l’auteur : « Je n’avais nullement l’intention, lorsque je l’écrivis, d’imprimer jamais la dernière partie du sermon qui suit ; mais les récits faux et calomnieux qui en ont été publiés, presque dans tous les coins du pays, me contraignent à le publier en entier, tel qu’il fut prêché, afin que les hommes raisonnables puissent juger par eux-mêmes. »—ÉD.] 1212Prêché à l’église Sainte-Marie, à Oxford, devant l’Université, le 24 août 1744.
« Si celui qui entend le son de la trompette ne se laisse pas avertir, et que l’épée vienne le surprendre, son sang sera sur sa tête. »
Ézéchiel 33:4.
« Et ils furent tous remplis du Saint-Esprit. »
Actes 4:31.
1. La même expression se rencontre au deuxième chapitre, où nous lisons : « Le jour de la Pentecôte, ils étaient tous » (les apôtres, avec les femmes, et la mère de Jésus, et ses frères) « ensemble dans le même lieu. Tout à coup il vint du ciel un bruit comme celui d’un vent impétueux. Des langues, semblables à des langues de feu, leur apparurent, séparées les unes des autres, et se posèrent sur chacun d’eux. Et ils furent tous remplis du Saint-Esprit » ; et l’un des effets immédiats en fut qu’ils « se mirent à parler en d’autres langues » ; si bien que les Parthes, les Mèdes, les Élamites et les autres étrangers qui « accoururent au bruit qui eut lieu, les entendirent parler, chacun dans sa propre langue, des merveilles de Dieu » (Actes 2:1–6).
2. Dans ce chapitre-ci, nous lisons que, lorsque les apôtres et les frères eurent prié et loué Dieu, « le lieu où ils étaient assemblés trembla; ils furent tous remplis du Saint-Esprit ». Non que nous trouvions ici aucune manifestation visible, comme lors de la première occasion ; on ne nous dit pas non plus que les dons extraordinaires du Saint-Esprit aient alors été accordés à tous, ni même à aucun d’entre eux ; tels que les dons « de guérison, d’opérer » d’autres « miracles, de prophétie, de discernement des esprits, de parler diverses sortes de langues, et d’interpréter les langues » (1 Corinthiens 12:9, 10).
3. Ces dons du Saint-Esprit étaient-ils destinés à demeurer dans l’Église à travers tous les âges, et seront-ils ou non rétablis à l’approche plus prochaine du « rétablissement de toutes choses » ? Ce sont là des questions qu’il n’est pas nécessaire de trancher. Mais il est nécessaire de remarquer ceci : même dans l’enfance de l’Église, Dieu les distribua avec parcimonie. Tous étaient-ils alors prophètes ? Tous faisaient-ils des miracles ? Tous avaient-ils le don des guérisons ? Tous parlaient-ils en langues ? Non, en aucune façon. Peut-être pas un sur mille. Probablement personne d’autre que les docteurs de l’Église, et seulement quelques-uns d’entre eux (1 Corinthiens 12:28–30). C’est donc pour un dessein plus excellent que celui-là qu’« ils furent tous remplis du Saint-Esprit ».
4. C’était pour leur donner (ce que personne ne saurait nier être essentiel à tous les chrétiens de tous les âges) les sentiments qui étaient en Christ, ces saints fruits de l’Esprit sans lesquels nul n’est à lui ; pour mettre en eux « l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bénignité » (Galates 5:22–24) ; pour les revêtir de foi (on pourrait peut-être traduire : fidélité), de douceur et de tempérance ; pour les rendre capables de crucifier la chair avec ses affections et ses convoitises, ses passions et ses désirs ; et, en conséquence de ce changement intérieur, d’accomplir toute justice extérieure ; de « marcher aussi comme il a marché lui-même », dans « l’œuvre de la foi, la patience de l’espérance, le travail de la charité » (1 Thessaloniciens 1:3).
5. Sans nous occuper donc de recherches curieuses et inutiles touchant ces dons extraordinaires de l’Esprit, considérons de plus près ces fruits ordinaires qui sont les siens, et dont nous avons l’assurance qu’ils demeureront à travers tous les âges ; — de cette grande œuvre de Dieu parmi les enfants des hommes, que nous avons coutume d’exprimer d’un seul mot, « christianisme » ; non en tant qu’il désigne un ensemble d’opinions, un système de doctrines, mais en tant qu’il se rapporte au cœur et à la vie des hommes. Et ce christianisme, il peut être utile de le considérer sous trois points de vue distincts :
I. Comme commençant d’exister dans les individus :
II. Comme se répandant de l’un à l’autre :
III. Comme couvrant la terre.
Je me propose de clore ces considérations par une application simple et pratique.
I. 1. Et d’abord, considérons le christianisme à sa naissance, comme commençant d’exister dans les individus.
Supposons donc que l’un de ceux qui entendirent l’apôtre Pierre prêcher la repentance et la rémission des péchés ait eu le cœur vivement touché, ait été convaincu de péché, se soit repenti, puis ait cru en Jésus. Par cette foi, que Dieu opère, et qui était la substance même, ou la réalité, des choses qu’on espère (Hébreux 11:1), la démonstration évidente des choses invisibles, il reçut à l’instant l’Esprit d’adoption, par lequel il criait désormais : « Abba! Père! » (Romains 8:15). Alors, pour la première fois, il put appeler Jésus Seigneur, par le Saint-Esprit (1 Corinthiens 12:3), l’Esprit lui-même rendant témoignage à son esprit qu’il était enfant de Dieu (Romains 8:16). Alors il put dire en vérité : « si je vis, ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi; si je vis maintenant dans la chair, je vis dans la foi au Fils de Dieu, qui m’a aimé et qui s’est livré lui-même pour moi » (Galates 2:20).
2. Telle était donc l’essence même de sa foi : un divin elegchos (évidence ou conviction) de l’amour de Dieu le Père, par le Fils de son amour, envers lui, pécheur, désormais agréé dans le Bien-aimé. Et, étant justifié par la foi, il avait la paix avec Dieu (Romains 5:1), oui, la paix de Dieu régnant dans son cœur ; une paix qui, surpassant toute intelligence (panta noun, toute conception purement rationnelle), gardait son cœur et ses pensées de tout doute et de toute crainte, par la connaissance de celui en qui il avait cru. Il ne pouvait donc « craindre les mauvaises nouvelles » ; car son « cœur était ferme, confiant en l’Éternel ». Il ne craignait pas ce que l’homme pouvait lui faire, sachant que les cheveux mêmes de sa tête étaient tous comptés. Il ne craignait pas toutes les puissances des ténèbres, que Dieu écrasait chaque jour sous ses pieds. Moins que tout, il avait peur de mourir ; bien au contraire, il avait le désir de « s’en aller et d’être avec Christ » (Philippiens 1:23) ; de celui qui, « par la mort, avait anéanti celui qui a la puissance de la mort, c’est-à-dire le diable, et délivré tous ceux qui, par crainte de la mort, étaient toute leur vie », jusque-là, « retenus dans la servitude » (Hébreux 2:15).
3. C’est pourquoi son âme exaltait le Seigneur, et son esprit se réjouissait en Dieu son Sauveur. « Il se réjouissait d’une joie ineffable » en celui qui l’avait réconcilié avec Dieu, le Père ; « en qui il avait la rédemption par son sang, la rémission des péchés ». Il se réjouissait de ce témoignage que l’Esprit de Dieu rendait à son esprit, qu’il était enfant de Dieu ; et plus abondamment encore, « dans l’espérance de la gloire de Dieu » ; dans l’espérance de la glorieuse image de Dieu, et du plein renouvellement de son âme dans la justice et la vraie sainteté ; et dans l’espérance de cette couronne de gloire, de cet « héritage qui ne se peut ni corrompre, ni souiller, ni flétrir ».
4. « L’amour de Dieu était aussi répandu dans son cœur par le Saint-Esprit qui lui avait été donné » (Romains 5:5). « Parce qu’il était fils, Dieu avait envoyé dans son cœur l’Esprit de son Fils, lequel crie : Abba ! Père ! » (Galates 4:6). Et cet amour filial envers Dieu s’accroissait continuellement par le témoignage qu’il avait en lui-même (1 Jean 5:10) de l’amour par lequel Dieu lui avait pardonné ; en « voyant quel amour le Père lui avait témoigné, pour qu’il fût appelé enfant de Dieu » (1 Jean 3:1). En sorte que Dieu était le désir de ses yeux et la joie de son cœur ; son partage dans le temps et dans l’éternité.
5. Celui qui aimait ainsi Dieu ne pouvait qu’aimer aussi son frère, et cela « non seulement en paroles, mais en actions et avec vérité ». « Si Dieu », disait-il, « nous a ainsi aimés, nous devons aussi nous aimer les uns les autres » (1 Jean 4:11) ; oui, aimer toute âme humaine, puisque « ses compassions s’étendent sur toutes ses œuvres » (Psaume 145:9). Conformément à cela, l’affection de cet ami de Dieu embrassait tout le genre humain à cause de lui ; sans excepter ceux qu’il n’avait jamais vus dans la chair, ni ceux dont il ne savait rien de plus sinon qu’ils étaient « la race de Dieu », ceux pour les âmes desquels son Fils était mort ; sans excepter les « méchants » et les « ingrats », et moins que tous ses ennemis, ceux qui le haïssaient, le persécutaient ou le maltraitaient à cause de son Maître. Ceux-là avaient une place particulière, et dans son cœur et dans ses prières. Il les aimait « comme Christ aussi nous a aimés ».
6. Et « la charité ne s’enfle point d’orgueil » (1 Corinthiens 13:4). Elle abaisse jusqu’à la poussière toute âme où elle habite. Aussi était-il humble de cœur, petit, méprisable et vil à ses propres yeux. Il ne recherchait ni ne recevait la louange des hommes, mais seulement celle qui vient de Dieu. Il était doux et patient, bienveillant envers tous, et facile à fléchir. La fidélité et la vérité ne l’abandonnaient jamais : elles étaient « liées à son cou, et écrites sur la table de son cœur ». Par le même esprit, il était rendu capable d’être tempérant en toutes choses, tenant son âme comme un enfant sevré. Il était « crucifié pour le monde, et le monde crucifié pour lui » ; au-dessus de « la convoitise de la chair, la convoitise des yeux, et l’orgueil de la vie ». Par le même amour tout-puissant, il était délivré de la colère et de l’orgueil ; de la convoitise et de la vanité ; de l’ambition et de l’avarice ; et de toute disposition qui n’était pas en Christ.
7. On croira aisément que celui qui avait cet amour dans le cœur ne faisait point de mal à son prochain. Il lui était impossible, sciemment et de propos délibéré, de nuire à qui que ce fût. Il était aussi éloigné que possible de la cruauté et de l’injustice, de toute action injuste ou malveillante. Avec le même soin, il « mettait une garde à sa bouche, et veillait sur la porte de ses lèvres », de peur de pécher par la langue, soit contre la justice, soit contre la miséricorde ou la vérité. Il rejetait tout mensonge, toute fausseté et toute fraude ; et il ne se trouvait point de ruse dans sa bouche. Il ne disait du mal de personne ; et jamais une parole désobligeante ne sortait de ses lèvres.
8. Et comme il sentait profondément la vérité de cette parole : « sans moi vous ne pouvez rien faire », et, par conséquent, le besoin qu’il avait d’être arrosé de Dieu à chaque instant, il persévérait chaque jour dans toutes les ordonnances de Dieu, canaux établis de sa grâce envers l’homme : « dans l’enseignement des apôtres », ou leur doctrine, recevant cette nourriture de l’âme avec tout l’empressement du cœur ; dans « la fraction du pain », qu’il trouvait être la communion au corps de Christ ; et « dans les prières » et les louanges offertes par la grande assemblée. Et ainsi il croissait chaque jour dans la grâce, augmentant en force, dans la connaissance et l’amour de Dieu.
9. Mais il ne lui suffisait pas de s’abstenir simplement de faire le mal. Son âme avait soif de faire le bien. Le langage de son cœur était continuellement : « “Mon Père agit jusqu’à présent; moi aussi, j’agis.” Mon Seigneur allait de lieu en lieu faisant du bien ; et ne marcherai-je pas sur ses traces ? » Selon qu’il en avait l’occasion, donc, s’il ne pouvait faire aucun bien d’un ordre plus élevé, il nourrissait ceux qui avaient faim, vêtait ceux qui étaient nus, secourait l’orphelin ou l’étranger, visitait et assistait les malades et les prisonniers. Il donnait tous ses biens pour nourrir les pauvres. Il se réjouissait de travailler ou de souffrir pour eux ; et partout où il pouvait être utile à autrui, c’était là surtout qu’il voulait « renoncer à lui-même ». Il ne jugeait rien de trop précieux pour s’en défaire en leur faveur, se souvenant bien de la parole de son Seigneur : « toutes les fois que vous avez fait ces choses à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous les avez faites » (Matthieu 25:40).
10. Tel était le christianisme à sa naissance. Tel était un chrétien aux jours anciens. Tels étaient tous ceux qui, ayant entendu les menaces des principaux sacrificateurs et des anciens, « élevèrent à Dieu la voix tous ensemble, et furent tous remplis du Saint-Esprit. La multitude de ceux qui avaient cru n’était qu’un cœur et qu’une âme » : tant l’amour de celui en qui ils avaient cru les pressait de s’aimer les uns les autres ! « Nul ne disait que ses biens lui appartinssent en propre, mais tout était commun entre eux » : tant ils étaient pleinement crucifiés pour le monde, et le monde crucifié pour eux ! « Ils persévéraient d’un commun accord dans l’enseignement des apôtres, dans la fraction du pain, et dans les prières » (Actes 2:42). « Et une grande grâce reposait sur eux tous. Car il n’y avait parmi eux aucun indigent: tous ceux qui possédaient des champs ou des maisons les vendaient, apportaient le prix de ce qu’ils avaient vendu, et le déposaient aux pieds des apôtres; et l’on faisait des distributions à chacun selon qu’il en avait besoin. » (Actes 4:31–35.)
II. 1. Considérons, en second lieu, ce christianisme comme se répandant de l’un à l’autre, et se frayant ainsi peu à peu un chemin dans le monde ; car telle était à son égard la volonté de Dieu, qui « n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais pour qu’elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison ». Et c’est ce que notre Seigneur avait déclaré à ses premiers disciples : « Vous êtes le sel de la terre », « la lumière du monde », en même temps qu’il leur donnait ce commandement général : « Que votre lumière luise ainsi devant les hommes, afin qu’ils voient vos bonnes œuvres, et qu’ils glorifient votre Père qui est dans les cieux. » (Matthieu 5:13–16).
2. Et, en vérité, si quelques-uns de ces amis des hommes voyaient « le monde entier sous la puissance du malin », pouvons-nous croire qu’ils resteraient indifférents à ce spectacle, à la misère de ceux pour qui leur Seigneur est mort ? Leurs entrailles ne s’émouvraient-elles pas pour eux, et leur cœur ne se fondrait-il pas de douleur ? Pourraient-ils alors rester oisifs tout le jour, quand même il n’y aurait aucun commandement de celui qu’ils aimaient ? Ne travailleraient-ils pas plutôt, par tous les moyens possibles, à arracher du feu quelques-uns de ces tisons ? Sans aucun doute : ils n’épargneraient aucune peine pour ramener tous ceux qu’ils pourraient, parmi ces pauvres « brebis errantes, vers le grand pasteur et gardien de leurs âmes » (1 Pierre 2:25).
3. Ainsi faisaient les chrétiens d’autrefois. Ils travaillaient, selon qu’ils en avaient l’occasion, à « pratiquer le bien envers tous » (Galates 6:10), les avertissant de fuir la colère à venir ; d’échapper maintenant, dès maintenant, à la condamnation de la géhenne. Ils déclaraient : « Dieu, sans tenir compte des temps d’ignorance, annonce maintenant à tous les hommes, en tous lieux, qu’ils aient à se repentir. » (Actes 17:30) Ils criaient à haute voix : Revenez, revenez de votre mauvaise voie ; « afin que l’iniquité ne cause pas votre ruine » (Ézéchiel 18:30). Ils « discouraient » avec eux « sur la tempérance, et sur la justice », c’est-à-dire l’équité — des vertus opposées à leurs péchés dominants ; « et sur le jugement à venir » — de la colère de Dieu, qui serait sûrement exécutée sur les malfaiteurs au jour où il jugerait le monde (Actes 24:25).
4. Ils s’efforçaient en cela de parler à chacun en particulier selon son besoin. Aux insouciants, à ceux qui demeuraient sans souci dans les ténèbres et dans l’ombre de la mort, ils criaient d’une voix de tonnerre : « Réveille-toi, toi qui dors, Relève-toi d’entre les morts, Et Christ t’éclairera. » Mais à ceux qui étaient déjà réveillés de leur sommeil, et qui gémissaient sous le sentiment de la colère de Dieu, ils tenaient ce langage : « Nous avons un avocat auprès du Père ; Il est lui-même une victime expiatoire pour nos péchés. » Cependant, ceux qui avaient cru, ils les excitaient à l’amour et aux bonnes œuvres ; à la persévérance patiente dans le bien ; et à abonder de plus en plus dans cette sanctification sans laquelle personne ne verra le Seigneur. (Hébreux 12:14)
5. Et leur travail ne fut pas vain dans le Seigneur. Sa parole se répandit et fut glorifiée. Elle croissait puissamment et gagnait en force. Mais les scandales n’en gagnèrent que davantage. Le monde en général fut scandalisé, « parce qu’ils rendaient de lui le témoignage que ses œuvres étaient mauvaises » (Jean 7:7). Les hommes de plaisir furent scandalisés, non seulement parce que ces hommes semblaient faits, pour ainsi dire, pour condamner leurs pensées (« Il fait profession », disaient-ils, « d’avoir la connaissance de Dieu ; il se dit enfant du Seigneur ; sa vie ne ressemble pas à celle des autres hommes ; ses voies sont d’une autre sorte ; il s’abstient de nos voies comme d’une souillure ; il se vante d’avoir Dieu pour père » Sagesse 2:13–16), mais bien plus encore parce que tant de leurs compagnons leur étaient enlevés, et ne voulaient plus courir avec eux dans « le même débordement de débauche ». (1 Pierre 4:4.) Les hommes de réputation furent scandalisés, parce que, à mesure que l’Évangile se répandait, ils baissaient dans l’estime du peuple ; et parce que beaucoup n’osaient plus leur donner des titres flatteurs, ni rendre à l’homme l’hommage qui n’est dû qu’à Dieu. Les gens de commerce s’assemblèrent et dirent : « O hommes, vous savez que notre bien-être dépend de cette industrie ; et vous voyez et entendez que ces hommes ont persuadé et détourné une foule de gens, en sorte que notre industrie risque de tomber en discrédit » (Actes 19:25 ss.). Par-dessus tout, les hommes de religion, comme on les appelle, les hommes de la religion extérieure, « les saints du monde », furent scandalisés, et prêts à s’écrier à toute occasion : « Hommes Israélites, au secours! Nous avons trouvé ces hommes, qui sont une peste, qui excitent des séditions dans le monde entier » (Actes 24:5). « Ce sont là les hommes qui prêchent partout et à tout le monde contre le peuple et contre ce lieu » (Actes 21:28).
6. C’est ainsi que les cieux se chargèrent de nuages noirs, et que l’orage s’amassa avec violence. Car plus le christianisme se répandait, plus il faisait de mal, au compte de ceux qui ne le recevaient pas ; et le nombre croissait de ceux qui s’irritaient de plus en plus contre ces « gens qui bouleversaient ainsi le monde » (Actes 17:6) ; tellement que de plus en plus s’écriaient : « Ôte de la terre de pareilles gens ! Ils ne sont pas dignes de vivre » ; oui, et croyaient sincèrement que quiconque les ferait mourir croirait rendre un culte à Dieu.
7. Cependant ils ne manquaient pas de rejeter leur nom comme infâme (Luc 6:22) ; de sorte que cette « secte rencontrait partout de l’opposition ». (Actes 28:22.) Les hommes disaient d’eux toute sorte de mal, comme on l’avait fait des prophètes qui avaient été avant eux (Matthieu 5:12). Et tout ce qu’affirmait l’un, d’autres le croyaient ; de sorte que les scandales se multiplièrent comme les étoiles du ciel. Et de là naquit, au temps fixé d’avance par le Père, la persécution sous toutes ses formes. Les uns, pour un temps, ne souffrirent que la honte et l’opprobre ; d’autres, « l’enlèvement de leurs biens » ; « d’autres subirent les moqueries et le fouet, les chaînes et la prison » ; et d’autres encore « résistèrent jusqu’au sang » (Hébreux 10:34 ; 11:36 ss.).
8. C’est alors que les colonnes de l’enfer furent ébranlées, et que le royaume de Dieu s’étendit de plus en plus. Partout les pécheurs passaient « des ténèbres à la lumière et de la puissance de Satan à Dieu ». Il donnait à ses enfants « une bouche et une sagesse à laquelle tous leurs adversaires ne pouvaient résister » ; et leur vie avait autant de force que leurs paroles. Mais par-dessus tout, leurs souffrances parlaient au monde entier. Ils « se rendaient recommandables comme serviteurs de Dieu, dans les tribulations, dans les calamités, dans les détresses, sous les coups, dans les prisons, dans les troubles, dans les travaux ; en péril sur la mer, en péril dans les déserts, dans la fatigue et la peine, dans la faim et la soif, dans le froid et la nudité » (2 Corinthiens 6:4 ss.). Et lorsque, ayant combattu le bon combat, ils étaient menés comme des brebis à la boucherie, et offerts en libation sur le sacrifice et le service de leur foi, alors le sang de chacun trouvait une voix, et les païens reconnaissaient : « il parle encore, quoique mort ».
9. Ainsi le christianisme se répandit-il sur la terre. Mais combien tôt l’ivraie parut avec le bon grain, et le mystère de l’iniquité se mit à l’œuvre, aussi bien que le mystère de la piété ! Combien tôt Satan trouva un siège, même dans le temple de Dieu, « jusqu’à ce que la femme s’enfuît dans le désert », et que « les fidèles disparussent de nouveau parmi les fils de l’homme » ! Nous foulons ici un sentier battu : les corruptions toujours renaissantes des générations suivantes ont été amplement décrites, de temps à autre, par les témoins que Dieu suscita pour montrer qu’il avait « bâti son Église sur le roc, et que les portes du séjour des morts ne » pas entièrement « prévaudraient contre elle ». (Matthieu 16:18.)
III. 1. Mais ne verrons-nous pas de plus grandes choses que celles-ci ? Oui, plus grandes que tout ce qu’on a vu depuis le commencement du monde. Satan peut-il faire défaillir la vérité de Dieu, ou rendre ses promesses sans effet ? Sinon, le temps viendra où le christianisme l’emportera sur tout et couvrira la terre. Arrêtons-nous un peu, et contemplons (c’est le troisième point qui a été proposé) ce spectacle étrange, un monde chrétien. C’est là ce qu’ont recherché et scruté avec soin les prophètes d’autrefois (1 Pierre 1:10, 11 ss.) ; c’est de quoi l’Esprit qui était en eux rendait témoignage : « Il arrivera, dans la suite des temps, Que la montagne de la maison de l’Éternel Sera fondée sur le sommet des montagnes, Qu’elle s’élèvera par-dessus les collines, Et que toutes les nations y afflueront. De leurs glaives ils forgeront des hoyaux, Et de leurs lances des serpes: Une nation ne tirera plus l’épée contre une autre, Et l’on n’apprendra plus la guerre. » (Ésaïe 2:1–4.) « En ce jour, le rejeton d’Isaï Sera là comme une bannière pour les peuples; Les nations se tourneront vers lui, Et la gloire sera sa demeure. Dans ce même temps, le Seigneur étendra une seconde fois sa main, Pour racheter le reste de son peuple ; Il élèvera une bannière pour les nations, Il rassemblera les exilés d’Israël, Et il recueillera les dispersés de Juda, Des quatre extrémités de la terre. » (Ésaïe 11:10–12.) « Le loup habitera avec l’agneau, Et la panthère se couchera avec le chevreau; Le veau, le lionceau, et le bétail qu’on engraisse, seront ensemble, Et un petit enfant les conduira. Il ne se fera ni tort ni dommage, dit l’Éternel, Sur toute ma montagne sainte; Car la terre sera remplie de la connaissance de l’Éternel, Comme le fond de la mer par les eaux qui le couvrent » (Ésaïe 11:6–9).
2. C’est dans le même sens que vont les paroles du grand apôtre, qui, de toute évidence, n’ont jamais encore été accomplies : « Dieu a-t-il rejeté son peuple? Loin de là! » « Mais, par leur chute, le salut est devenu accessible aux païens. » « Et si leur amoindrissement a été la richesse des païens, combien plus en sera-t-il ainsi quand ils se convertiront tous ? » « Car je ne veux pas, frères, que vous ignoriez ce mystère : c’est qu’une partie d’Israël est tombée dans l’endurcissement, jusqu’à ce que la totalité des païens soit entrée. Et ainsi tout Israël sera sauvé. » (Romains 11:1, 11, 25, 26.)
3. Supposons maintenant que la plénitude des temps soit venue, et que les prophéties soient accomplies. Quelle perspective ! Tout est paix, « le repos et la sécurité pour toujours ». Ici, point de fracas des armes, point de « tumulte confus », point de « vêtement guerrier roulé dans le sang ». « Les destructions ont pris fin pour toujours ». Les guerres ont cessé sur la terre. Il ne reste plus non plus de discordes intestines ; plus de frère s’élevant contre son frère ; plus de pays ni de ville divisés contre eux-mêmes et se déchirant les entrailles. La discorde civile a pris fin pour jamais, et il ne reste personne pour détruire son prochain ou lui nuire. Ici, point d’oppression qui « rend insensé » même « le sage » ; point d’extorsion pour « écraser la face des pauvres » ; point de vol ni de tort ; point de rapine ni d’injustice ; car tous sont « contents de ce qu’ils ont ». Ainsi « La justice et la paix s’embrassent » (Psaume 85:11) ; elles ont « jeté des racines et rempli la terre » ; « la justice germant de la terre », et « la paix regardant du haut des cieux ».
4. Et avec la justice, ou l’équité, se trouve aussi la miséricorde. La terre n’est plus pleine de repaires de brigands. Le Seigneur a détruit l’homme sanguinaire et l’homme malicieux, l’envieux et le vindicatif. Y eût-il quelque provocation, il n’est plus personne qui sache rendre le mal pour le mal ; mais à vrai dire il n’est personne qui fasse le mal, non, pas même un seul ; car tous sont simples comme des colombes. Et, remplis de paix et de joie dans la foi, et unis en un seul corps par un seul Esprit, ils s’aiment tous comme des frères ; ils n’ont tous qu’un cœur et qu’une âme. « Nul ne dit que ses biens lui appartiennent en propre. » Il n’y a parmi eux aucun indigent ; car chacun aime son prochain comme lui-même. Et tous marchent selon une seule règle : « Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le de même pour eux. »
5. Il s’ensuit que jamais on n’entend parmi eux une parole désobligeante, point de dispute de langues, point de querelle d’aucune sorte, point d’injure ni de médisance ; mais chacun « ouvre la bouche avec sagesse, et des instructions aimables sont sur sa langue ». Ils sont tout aussi incapables de fraude ou de ruse : leur amour est sans hypocrisie ; leurs paroles sont toujours l’expression exacte de leurs pensées, et ouvrent une fenêtre sur leur poitrine, afin que quiconque le désire puisse regarder dans leur cœur, et voir qu’il n’y a là que l’amour et Dieu.
6. Ainsi, là où le Seigneur tout-puissant prend en main sa grande puissance et règne, il « s’assujettit toutes choses », fait déborder d’amour tous les cœurs, et remplit de louange toutes les bouches. « Heureux le peuple pour qui il en est ainsi! Heureux le peuple dont l’Éternel est le Dieu! » (Psaume 144:15.) « Lève-toi, sois éclairée » (dit l’Éternel) ; « car ta lumière arrive, Et la gloire de l’Éternel se lève sur toi. » « Tu sais que je suis l’Éternel, ton sauveur, Ton rédempteur, le puissant de Jacob. Je ferai régner sur toi la paix, Et dominer la justice. On n’entendra plus parler de violence dans ton pays, Ni de ravage et de ruine dans ton territoire; Tu donneras à tes murs le nom de salut, Et à tes portes celui de gloire. » « Il n’y aura plus que des justes parmi ton peuple, Ils posséderont à toujours le pays; C’est le rejeton que j’ai planté, l’œuvre de mes mains, Pour servir à ma gloire. » « Ce ne sera plus le soleil qui te servira de lumière pendant le jour, Ni la lune qui t’éclairera de sa lueur; Mais l’Éternel sera ta lumière à toujours, Ton Dieu sera ta gloire » (Ésaïe 60:1, 16–19).
IV. Ayant ainsi brièvement considéré le christianisme à sa naissance, dans ses progrès, et couvrant la terre, il ne me reste plus qu’à clore le tout par une application simple et pratique.
1. Et d’abord, je voudrais demander : Où ce christianisme existe-t-il aujourd’hui ? Où, je vous prie, vivent les chrétiens ? Quel est le pays dont les habitants sont tous ainsi remplis du Saint-Esprit ? — n’ont tous qu’un cœur et qu’une âme ? ne peuvent souffrir que l’un d’entre eux manque de quoi que ce soit, mais donnent continuellement à chacun selon qu’il en a besoin ; qui, tous sans exception, ont l’amour de Dieu remplissant leur cœur et les pressant d’aimer leur prochain comme eux-mêmes ; qui tous se sont revêtus « d’entrailles de miséricorde, d’humilité, de douceur, de patience » ? qui ne pèchent en aucune manière, ni en parole ni en action, contre la justice, la miséricorde ou la vérité ; mais qui en tout point font à tous les hommes ce qu’ils voudraient que ceux-ci leur fissent ? Avec quelle justesse pouvons-nous appeler pays chrétien un pays qui ne répond pas à cette description ? Eh bien donc, avouons que nous n’avons jamais encore vu de pays chrétien sur la terre.
2. Je vous en conjure, frères, par les compassions de Dieu, si vous me tenez pour un insensé ou pour un fou, du moins recevez-moi comme un insensé. Il est absolument nécessaire que quelqu’un use envers vous d’une grande franchise de langage. C’est surtout nécessaire en ce temps-ci ; car qui sait s’il n’est pas le dernier ? Qui sait combien tôt le juste Juge peut dire : « Je ne me laisserai plus fléchir en faveur de ce peuple » ? « Quand Noé, Daniel et Job seraient dans ce pays, ils ne sauveraient que leur âme. » Et qui usera de cette franchise, si je ne le fais pas ? C’est pourquoi moi, oui moi, je parlerai. Et je vous adjure, par le Dieu vivant, de ne pas endurcir votre cœur contre la bénédiction qui vous vient de mes mains. Ne dites pas dans votre cœur : « Non persuadebis, etiamsi persuaseris » [Vos persuasions n’auront pas raison de nous, quand même elles nous convaincraient réellement.—ÉD.] ; ou, en d’autres termes : « Seigneur, tu n’enverras pas qui tu voudras envoyer ; que je périsse dans mon sang plutôt que d’être sauvé par cet homme ! »
3. Frères, « j’attends de vous des choses meilleures, quoique je parle ainsi ». Permettez-moi donc de vous demander, avec un tendre amour et dans un esprit de douceur : Cette ville est-elle une ville chrétienne ? Le christianisme, le christianisme scripturaire, s’y trouve-t-il ? Sommes-nous, considérés comme une communauté d’hommes, tellement « remplis du Saint-Esprit » que nous goûtions dans nos cœurs et manifestions dans nos vies les fruits véritables de cet Esprit ? Tous les magistrats, tous les chefs et gouverneurs des collèges et des Halls, et leurs sociétés respectives (pour ne rien dire des habitants de la ville), n’ont-ils « qu’un cœur et qu’une âme » ? Est-il vrai que « l’amour de Dieu est répandu dans nos cœurs » ? Nos dispositions sont-elles celles qui étaient en lui ? Et nos vies y sont-elles conformes ? Sommes-nous « saints dans toute notre conduite, comme celui qui nous a appelés est saint » ?
4. Je vous prie de remarquer qu’il n’est point ici question de notions particulières ; que la question soulevée ne porte pas sur des opinions douteuses d’une sorte ou d’une autre, mais sur les branches incontestées et fondamentales (s’il en est de telles) de notre christianisme commun. Et pour en décider, j’en appelle à votre propre conscience, guidée par la Parole de Dieu. Que celui donc que son propre cœur ne condamne pas s’en aille libre.
5. Dans la crainte donc, et en la présence du grand Dieu, devant qui vous et moi nous paraîtrons bientôt, je vous prie, vous qui êtes en autorité sur nous, et que je révère à cause de votre charge, de considérer (et non à la manière de ceux qui dissimulent avec Dieu) : êtes-vous « remplis du Saint-Esprit » ? Êtes-vous de vivants portraits de celui que vous êtes appelés à représenter parmi les hommes ? « J’avais dit: Vous êtes des dieux », vous, magistrats et gouverneurs ; vous êtes, par votre charge, si étroitement alliés au Dieu du ciel ! Dans vos divers postes et degrés, vous devez nous montrer « le Seigneur notre Gouverneur ». Toutes les pensées de votre cœur, toutes vos dispositions et tous vos désirs sont-ils dignes de votre haute vocation ? Toutes vos paroles sont-elles semblables à celles qui sortent de la bouche de Dieu ? Y a-t-il dans toutes vos actions dignité et amour ? — une grandeur que les paroles ne peuvent exprimer, qui ne peut découler que d’un cœur « plein de Dieu », et qui pourtant s’accorde avec la condition de « l’homme, qui n’est qu’un ver, Le fils de l’homme, qui n’est qu’un vermisseau » ?
6. Vous, hommes vénérables, qui êtes plus particulièrement appelés à former l’esprit tendre de la jeunesse, à en dissiper les ombres de l’ignorance et de l’erreur, et à l’élever de manière à la rendre sage à salut, êtes-vous « remplis du Saint-Esprit » ? remplis de tous ces « fruits de l’Esprit » que votre importante charge exige si indispensablement ? Votre cœur est-il entier avec Dieu ? plein d’amour et de zèle pour établir son règne sur la terre ? Ne cessez-vous de rappeler à ceux qui sont confiés à vos soins que l’unique fin raisonnable de toutes nos études est de connaître, d’aimer et de servir « le seul vrai Dieu, et Jésus-Christ qu’il a envoyé » ? Leur inculquez-vous jour après jour que l’amour seul ne périt jamais (tandis que, s’il y a des langues, elles cesseront, ou une connaissance philosophique, elle disparaîtra) ; et que, sans l’amour, tout savoir n’est qu’une ignorance éclatante, une folie pompeuse, une vanité et un tourment d’esprit ? Tout ce que vous enseignez tend-il effectivement à l’amour de Dieu, et de tous les hommes à cause de lui ? Avez-vous cette fin en vue dans tout ce que vous prescrivez touchant le genre, la manière et la mesure de leurs études ; désirant et travaillant à ce que, partout où le sort de ces jeunes soldats de Christ sera jeté, ils soient autant de lampes ardentes et brillantes, ornant en toutes choses l’Évangile de Christ ? Et permettez-moi de demander : Déployez-vous toute votre force dans la vaste œuvre que vous avez entreprise ? Y travaillez-vous de tout votre pouvoir ? exerçant chaque faculté de votre âme, employant chaque talent que Dieu vous a prêté, et cela jusqu’à l’extrême limite de vos forces ?
7. Qu’on ne dise pas que je parle ici comme si tous ceux qui sont confiés à vos soins étaient destinés à devenir ecclésiastiques. Non ; je parle seulement comme s’ils étaient tous destinés à être chrétiens. Mais quel exemple leur donnons-nous, nous qui jouissons de la libéralité de nos pères ? — Fellows, étudiants, boursiers ; et plus particulièrement ceux qui ont quelque rang et quelque distinction ? Abondez-vous, frères, dans les fruits de l’Esprit, dans l’humilité d’esprit, dans le renoncement à vous-mêmes et la mortification, dans le sérieux et le recueillement de l’esprit, dans la patience, la douceur, la sobriété, la tempérance ; et dans des efforts infatigables et sans relâche pour faire le bien de toute manière à tous les hommes, pour soulager leurs besoins extérieurs, et pour amener leurs âmes à la vraie connaissance et à l’amour de Dieu ? Est-ce là le caractère général des Fellows de collèges ? Je crains que non. Au contraire, l’orgueil et la hauteur d’esprit, l’impatience et l’humeur chagrine, la paresse et l’indolence, la gourmandise et la sensualité, et même une inutilité passée en proverbe, ne nous ont-ils pas été reprochés, peut-être pas toujours par nos ennemis, ni tout à fait sans fondement ? Oh ! que Dieu veuille ôter de dessus nous cet opprobre, afin que le souvenir même en périsse à jamais !
8. Beaucoup d’entre nous sont plus directement consacrés à Dieu, appelés à exercer le ministère dans les choses saintes. Sommes-nous donc des modèles pour les autres, « en parole, en conduite, en charité, en foi, en pureté » (1 Timothée 4:12) ? Est-il écrit sur notre front et sur notre cœur : « Sainteté à l’Éternel » ? Par quels motifs sommes-nous entrés dans cette charge ? Était-ce vraiment avec un œil simple, « pour servir Dieu, croyant être intérieurement poussés par le Saint-Esprit à prendre sur nous ce ministère, pour l’avancement de sa gloire et l’édification de son peuple » ? Et avons-nous « résolu clairement, par la grâce de Dieu, de nous donner entièrement à cette charge » ? Abandonnons-nous et mettons-nous de côté, autant qu’il est en nous, tous les soucis et toutes les études du monde ? Nous appliquons-nous entièrement à cette seule chose, et dirigeons-nous de ce côté tous nos soins et toutes nos études ? Sommes-nous propres à enseigner ? Sommes-nous enseignés de Dieu, afin d’être capables d’enseigner aussi les autres ? Connaissons-nous Dieu ? Connaissons-nous Jésus-Christ ? « Dieu a-t-il révélé son Fils en nous » ? Et nous a-t-il « rendus capables d’être ministres d’une nouvelle alliance » ? Où sont donc les « sceaux de notre apostolat » ? Qui, parmi ceux qui étaient morts par leurs offenses et par leurs péchés, a été vivifié par notre parole ? Avons-nous un zèle brûlant pour sauver les âmes de la mort, au point d’oublier souvent, pour l’amour d’elles, de manger notre pain ? Parlons-nous clairement, « nous recommandant à toute conscience d’homme devant Dieu, en publiant la vérité » (2 Corinthiens 4:2) ? Sommes-nous morts au monde et aux choses du monde, « amassant tous nos trésors dans le ciel » ? Dominons-nous sur l’héritage de Dieu ? Ou sommes-nous les moindres, les serviteurs de tous ? Quand nous portons l’opprobre de Christ, nous pèse-t-il ? Ou nous en réjouissons-nous ? Quand on nous frappe sur une joue, nous en offensons-nous ? Sommes-nous impatients des affronts ? Ou présentons-nous aussi l’autre, ne résistant pas au méchant, mais surmontant le mal par le bien ? Avons-nous un zèle amer, qui nous pousse à contester âprement et avec passion contre ceux qui sont hors du chemin ? Ou notre zèle est-il la flamme de l’amour, de manière à diriger toutes nos paroles avec suavité, humilité, et douceur de sagesse ?
9. Encore un mot : que dirons-nous de la jeunesse de ce lieu ? Avez-vous ou la forme ou la puissance de la piété chrétienne ? Êtes-vous humbles, dociles, ouverts aux conseils ; ou bien obstinés, entêtés, emportés et hautains ? Obéissez-vous à vos supérieurs comme à des parents ? Ou méprisez-vous ceux à qui vous devez le plus tendre respect ? Êtes-vous diligents dans votre tâche facile, poursuivant vos études de toutes vos forces ? Rachetez-vous le temps, faisant tenir dans chaque jour autant de travail qu’il en peut contenir ? N’avez-vous pas plutôt conscience de gaspiller jour après jour, soit à lire ce qui ne tend nullement au christianisme, soit au jeu, soit à — vous ne savez quoi ? Êtes-vous meilleurs administrateurs de votre fortune que de votre temps ? Prenez-vous soin, par principe, de ne rien devoir à personne ? Vous souvenez-vous « du jour du repos, pour le sanctifier », pour le consacrer plus directement au culte de Dieu ? Quand vous êtes dans sa maison, considérez-vous que Dieu est là ? Vous conduisez-vous « comme voyant celui qui est invisible » ? Savez-vous « posséder votre corps dans la sainteté et l’honnêteté » ? L’ivrognerie et l’impureté ne se trouvent-elles pas parmi vous ? Oui, n’y en a-t-il pas parmi vous qui « mettent leur gloire dans ce qui fait leur honte » ? Beaucoup d’entre vous ne prennent-ils pas « le nom de Dieu en vain », peut-être par habitude, sans remords ni crainte ? Oui, n’y a-t-il pas une multitude d’entre vous qui sont parjures ? Je le crains, une multitude qui croît rapidement. Ne soyez pas surpris, frères. Devant Dieu et devant cette assemblée, j’avoue avoir été moi-même du nombre, jurant solennellement d’observer toutes ces coutumes dont je ne savais alors rien, et ces statuts que je ne lus pas même, ni alors ni pendant quelques années ensuite. Qu’est-ce que le parjure, si ce n’est cela ? Mais si c’en est, oh ! quel poids de péché, oui, d’un péché d’une teinte peu commune, pèse sur nous ! Et le Très-Haut n’y prend-il pas garde ?
10. Ne serait-ce pas l’une des conséquences de ceci, que tant d’entre vous sont une génération de gens frivoles ; frivoles avec Dieu, les uns avec les autres, et avec leur propre âme ? Car combien peu d’entre vous passent, d’une semaine à l’autre, une seule heure dans la prière secrète ! Combien peu ont quelque pensée de Dieu dans le cours ordinaire de leur conversation ! Qui d’entre vous connaît tant soit peu l’œuvre de son Esprit, son œuvre surnaturelle dans les âmes des hommes ? Pouvez-vous supporter, sinon de temps à autre dans une église, qu’on vous parle du Saint-Esprit ? Ne tiendriez-vous pas pour certain, si quelqu’un commençait une telle conversation, que c’est ou hypocrisie ou enthousiasme ? Au nom du Seigneur Dieu tout-puissant, je vous le demande : de quelle religion êtes-vous ? Même le langage du christianisme, vous ne pouvez, vous ne voulez pas le supporter. Ô mes frères, quelle ville chrétienne que celle-ci ! « Il est temps, Seigneur, que tu y mettes la main ! »
11. Car, en vérité, quelle probabilité, ou plutôt quelle possibilité (pour parler à la manière des hommes) y a-t-il que le christianisme, le christianisme scripturaire, redevienne la religion de ce lieu ? que tous les ordres d’hommes parmi nous parlent et vivent comme des hommes « remplis du Saint-Esprit » ? Par qui ce christianisme serait-il rétabli ? Par ceux d’entre vous qui sont en autorité ? Êtes-vous donc convaincus que c’est là le christianisme scripturaire ? Désirez-vous qu’il soit rétabli ? Et ne tenez-vous pas votre fortune, votre liberté, votre vie pour chères à vous-mêmes, pourvu que vous puissiez être les instruments de son rétablissement ? Mais supposons que vous ayez ce désir, qui a un pouvoir proportionné à l’effet ? Peut-être quelques-uns d’entre vous ont-ils fait quelques faibles tentatives, mais avec combien peu de succès ! Le christianisme sera-t-il donc rétabli par des hommes jeunes, inconnus, sans importance ? Je ne sais si vous-mêmes pourriez le souffrir. Quelques-uns d’entre vous ne s’écrieraient-ils pas : « Jeune homme, en parlant de la sorte, c’est nous que tu outrages » ? Mais il n’y a pas de danger que vous soyez mis à l’épreuve, tant l’iniquité nous a submergés comme un déluge. Qui donc Dieu enverra-t-il ? — la famine, la peste (les derniers messagers de Dieu à une terre coupable), ou l’épée, « les armées » papistes « étrangères », pour nous ramener par la réforme à notre premier amour ? Non, « tombons plutôt entre tes mains, ô Éternel, et ne tombons pas entre les mains des hommes ». Seigneur, sauve-nous, ou nous périssons ! Retire-nous de la boue, afin que nous n’enfoncions pas ! Oh ! secours-nous contre ces ennemis ! car le secours de l’homme n’est que vanité. Toutes choses te sont possibles. Selon la grandeur de ta puissance, préserve ceux qui sont destinés à mourir ; et préserve-nous de la manière qui te semble bonne ; non pas comme nous voulons, mais comme tu veux !
Chapitre 5 terminé
Le christianisme scripturaire