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Sur la chute de l’homme

Chapitre 58 · 23 min de lecture · 29 min d’écoute

Sur la chute de l’homme

Sermon 57

Sur la chute de l’homme

« tu es poussière, et tu retourneras dans la poussière. »

Genèse 3:19.

1. Pourquoi y a-t-il de la douleur dans le monde, puisque Dieu « est bon envers tous les hommes, et que sa miséricorde s’étend sur toutes ses œuvres » ? Parce qu’il y a le péché : s’il n’y avait pas eu de péché, il n’y aurait pas eu de douleur. Mais la douleur (supposé que Dieu soit juste) est l’effet nécessaire du péché. Mais pourquoi y a-t-il du péché dans le monde ? Parce que l’homme a été créé à l’image de Dieu ; parce qu’il n’est pas simple matière, une motte de terre, une masse d’argile, sans sentiment ni intelligence, mais un esprit semblable à son Créateur, un être doué non seulement de sentiment et d’intelligence, mais aussi d’une volonté qui s’exerce en diverses affections. Pour couronner le tout, il fut doué de liberté : d’un pouvoir de diriger ses propres affections et ses propres actions, d’une capacité de se déterminer lui-même, de choisir le bien ou le mal. À la vérité, si l’homme n’avait pas été doué de cette faculté, tout le reste n’aurait servi de rien : s’il n’avait pas été un être libre autant qu’intelligent, son intelligence aurait été aussi incapable de sainteté, ou de quelque vertu que ce soit, qu’un arbre ou un bloc de marbre. Et, ayant ce pouvoir, le pouvoir de choisir le bien ou le mal, il choisit le second : il choisit le mal. Ainsi « le péché est entré dans le monde », et avec lui la douleur sous toutes ses formes, avant-coureur de la mort.

2. Mais cette explication claire et simple de l’origine du mal, naturel ou moral, toute la sagesse de l’homme n’aurait pu la découvrir, jusqu’à ce qu’il plût à Dieu de la révéler au monde. Jusque-là, l’homme était pour lui-même une pure énigme, une énigme que nul autre que Dieu ne pouvait résoudre. Et de quelle manière pleine et satisfaisante il l’a résolue dans ce chapitre ! D’une manière qui ne sert pas, il est vrai, à satisfaire une vaine curiosité, mais qui suffit abondamment à une fin plus noble :

Justifier les voies de Dieu envers les hommes.

Dans ce grand but, je voudrais, premièrement, considérer brièvement la partie précédente de ce chapitre ; et puis, secondement, peser plus particulièrement les paroles solennelles qui ont déjà été citées.

I. 1. En premier lieu, considérons brièvement la partie précédente de ce chapitre. « Le serpent était le plus rusé », ou le plus intelligent, « de tous les animaux des champs, que l’Éternel Dieu avait faits » (Genèse 3:1) ; — doué de plus d’intelligence qu’aucun autre animal de la création brute. À la vérité, il n’y a rien d’improbable dans la conjecture d’un homme ingénieux [feu le docteur Nicholas Robinson], que le serpent était doué de la raison, qui est maintenant le propre de l’homme. Et cela explique une circonstance qui, dans toute autre supposition, serait absolument inintelligible. Comment se fait-il qu’Ève ne soit pas surprise, bien plus, saisie et effrayée, en entendant le serpent parler et raisonner, à moins qu’elle ne sût que la raison, et la parole qui en découle, étaient les propriétés originelles du serpent ? C’est pourquoi, sans montrer aucune surprise, elle entre aussitôt en conversation avec lui. « Il dit à la femme: Dieu a-t-il réellement dit: Vous ne mangerez pas de tous les arbres du jardin? » Voyez comme celui qui a été menteur dès le commencement mêle ensemble la vérité et le mensonge ! Peut-être à dessein, afin qu’elle fût plus disposée à parler, pour laver Dieu de cette injuste accusation. Aussi la femme répondit-elle au serpent (Genèse 3:2) : « Nous mangeons du fruit des arbres du jardin. Mais quant au fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit: Vous n’en mangerez point et vous n’y toucherez point, de peur que vous ne mouriez. » Jusque-là, elle paraît avoir été exempte de blâme. Mais combien de temps le demeura-t-elle ? « Alors le serpent dit à la femme: Vous ne mourrez point; mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront, et que vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. » (Genèse 3:4, 5.) Ici commença le péché, à savoir l’incrédulité. « La femme fut séduite », dit l’apôtre. Elle crut un mensonge : elle accorda plus de crédit à la parole du diable qu’à la parole de Dieu. Et l’incrédulité enfanta le péché effectif : « La femme vit que l’arbre était bon à manger et agréable à la vue, et qu’il était précieux pour ouvrir l’intelligence; elle prit de son fruit, et en mangea » ; et ainsi elle consomma son péché. Mais « l’homme », comme le remarque l’apôtre, « ne fut pas séduit ». Comment donc en vint-il à prendre part à la transgression ? « elle en donna aussi à son mari, qui était auprès d’elle, et il en mangea. » Il pécha les yeux ouverts. Il se révolta contre son Créateur, selon toute probabilité,

Non point mû par une raison plus forte,

Mais vaincu, dans sa folie, par les charmes de la femme.

Et s’il en fut ainsi, il n’y a rien d’absurde dans l’affirmation d’un grand homme : « Qu’Adam pécha dans son cœur avant de pécher extérieurement, avant de manger du fruit défendu » ; à savoir par une idolâtrie intérieure, en aimant la créature plus que le Créateur.

2. Aussitôt la douleur suivit le péché. Quand il perdit son innocence, il perdit son bonheur. Il craignit douloureusement ce Dieu dans l’amour duquel avait consisté jusque-là son bonheur suprême. « Il répondit » (Genèse 3:10) : « J’ai entendu ta voix dans le jardin, et j’ai eu peur. » Il s’enfuit loin de celui qui avait été jusque-là son désir, sa gloire et sa joie. Il « se cacha loin de la face de l’Éternel Dieu, au milieu des arbres du jardin ». Il se cacha ! Quoi, de l’œil qui voit tout ? de l’œil qui, d’un seul regard, pénètre le ciel et la terre ? Voyez comme son intelligence aussi était affaiblie ! Quelle étonnante folie ! telle qu’on imaginerait que bien peu, même parmi ses descendants, auraient pu y tomber. Tant son « cœur sans intelligence a été plongé dans les ténèbres », d’une manière effrayante, par le péché, la culpabilité, la tristesse et la crainte. Son innocence était perdue, et en même temps son bonheur et sa sagesse. Voilà la réponse claire et intelligible à cette question : « Comment le mal est-il entré dans le monde ? »

3. On ne peut s’empêcher de remarquer, dans tout ce récit, la tendresse et la douceur inexprimables du Créateur tout-puissant contre qui ils s’étaient révoltés, du Souverain contre qui ils s’étaient rebellés. « Mais l’Éternel Dieu appela l’homme, et lui dit: Où es-tu? » — appelant ainsi avec bonté à revenir celui qui, autrement, aurait fui Dieu éternellement. « Il répondit: J’ai entendu ta voix dans le jardin, et j’ai eu peur, parce que je suis nu. » Encore ici, aucun aveu de sa faute, aucune humiliation à son sujet. Mais avec quelle étonnante tendresse Dieu l’amène à faire cet aveu ! « Et l’Éternel Dieu dit: Qui t’a appris que tu es nu? » Comment es-tu parvenu à faire cette découverte ? « Est-ce que tu as mangé de l’arbre dont je t’avais défendu de manger? » « L’homme répondit », toujours sans s’humilier, bien plus, rejetant indirectement la faute sur Dieu lui-même : « La femme que tu as mise auprès de moi m’a donné de l’arbre, et j’en ai mangé. » « Et l’Éternel Dieu », toujours afin de les amener à la repentance, « dit à la femme: Pourquoi as-tu fait cela? » (Genèse 3:13.) « La femme répondit », déclarant tout simplement la chose comme elle était : « Le serpent m’a séduite, et j’en ai mangé. » « L’Éternel Dieu dit au serpent », pour attester son horreur absolue du péché par un monument durable de son déplaisir, en punissant la créature qui n’en avait été que le simple instrument : « tu seras maudit entre tout le bétail et entre tous les animaux des champs. — Je mettrai inimitié entre toi et la femme, entre ta postérité et sa postérité: celle-ci t’écrasera la tête, et tu lui blesseras le talon. » Ainsi, au milieu du jugement, Dieu s’est souvenu de la miséricorde dès le commencement du monde, unissant la grande promesse du salut à la sentence même de condamnation !

4. « Il dit à la femme: J’augmenterai la souffrance de tes grossesses, tu enfanteras avec douleur », ou avec souffrance ; — oui, plus qu’aucune autre créature sous le ciel ; et nous voyons que cette malédiction originelle est transmise à sa postérité la plus reculée. « et tes désirs se porteront vers ton mari, mais il dominera sur toi. » Il semble que la seconde partie de cette sentence explique la première. Y avait-il eu jusque-là quelque autre infériorité de la femme à l’égard de l’homme que celle que nous pouvons concevoir d’un ange à l’égard d’un autre ? « Il dit à l’homme: Puisque tu as écouté la voix de ta femme, et que tu as mangé de l’arbre au sujet duquel je t’avais donné cet ordre: Tu n’en mangeras point! Le sol sera maudit à cause de toi. — il te produira des épines et des ronces » : — productions inutiles, et même nuisibles ; alors qu’au commencement rien de ce qui pouvait nuire ou causer de la douleur n’avait de place dans la création. « et tu mangeras de l’herbe des champs. » — grossière et vile, comparée aux fruits délicieux du paradis ! « C’est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain, jusqu’à ce que tu retournes dans la terre, d’où tu as été pris; car tu es poussière, et tu retourneras dans la poussière. »

II. 1. Pesons maintenant, en second lieu, ces paroles solennelles d’une manière plus particulière. « tu es poussière » : mais de quelle manière redoutable et merveilleuse cette poussière est façonnée en d’innombrables fibres, nerfs, membranes, muscles, artères, veines et vaisseaux de toutes sortes ! Et de quelle manière étonnante cette poussière est unie à l’eau, à des fluides enfermés et circulants, diversifiés de mille manières par mille tubes et filtres ! Oui, et avec quel art merveilleux l’air est introduit dans chaque partie, solide ou fluide, de la machine animale ; un air non élastique, qui mettrait la machine en pièces, mais aussi fixe que l’eau sous le pôle ! Mais tout cela ne servirait de rien, si le feu éthéré n’était intimement mêlé à cette terre, à cet air et à cette eau. Et tous ces éléments sont mêlés ensemble dans la proportion la plus exacte, de sorte que, tant que le corps est en santé, aucun d’eux ne prédomine le moins du monde sur les autres.

II. 2. Tel était l’homme, quant à sa partie corporelle, au sortir des mains de son Créateur. Mais depuis qu’il a péché, il n’est pas seulement poussière, mais poussière mortelle et corruptible. Et nous trouvons par une triste expérience que ce « corps corruptible appesantit l’âme ». Très souvent il entrave l’âme dans ses opérations, et, au mieux, il la sert très imparfaitement. Pourtant l’âme ne peut se passer de son service, si imparfait qu’il soit ; car un esprit incarné ne peut former une seule pensée que par l’intermédiaire de ses organes corporels. Car la pensée n’est pas, comme beaucoup le supposent, l’acte d’un pur esprit, mais l’acte d’un esprit uni à un corps, et qui joue sur un clavier de touches matérielles. Il ne peut donc pas faire une meilleure musique que la nature et l’état de ses instruments ne le lui permettent. De là vient que chaque désordre du corps, surtout des parties qui servent plus immédiatement à la pensée, met un obstacle presque insurmontable à ce qu’il pense juste. De là cette maxime reçue dans tous les siècles : Humanum est errare et nescire, — « Non seulement l’ignorance » (elle appartient plus ou moins à toute créature au ciel et sur la terre, puisque nul n’est omniscient, nul ne sait toutes choses, hormis le Créateur), « mais l’erreur est l’héritage de tout enfant d’homme. » L’erreur, aussi bien que l’ignorance, est, dans notre état présent, inséparable de l’humanité. Tout enfant d’homme est dans mille erreurs, et sujet à de nouvelles erreurs à chaque instant. Et une erreur de jugement peut occasionner une erreur de conduite ; bien plus, elle y mène naturellement. Je me trompe, et peut-être ne puis-je éviter de me tromper, sur le caractère de tel ou tel homme. Je le suppose être ce qu’il n’est pas, meilleur ou pire qu’il n’est réellement. Sur cette fausse supposition, j’agis mal envers lui, c’est-à-dire avec plus ou moins d’affection qu’il n’en mérite. Et par l’erreur qu’occasionne le défaut de mes organes corporels, je suis naturellement porté à agir ainsi. Telle est la condition présente de la nature humaine, d’un esprit dépendant d’un corps mortel. Tel est l’état transmis à tous les esprits humains, tant qu’ils sont unis à la chair et au sang !

3. « et tu retourneras dans la poussière. » Avec quelle admirable sagesse le sage Créateur a assuré l’exécution de cette sentence sur toute la postérité d’Adam ! Il est vrai qu’il lui plut de faire une exception à cette règle générale, à une époque très reculée du monde, en faveur d’un homme éminemment juste. Ainsi nous lisons (Genèse 5:23, 24) qu’« Hénoc marcha avec Dieu » trois cent soixante-cinq ans, et qu’alors « il ne fut plus, parce que Dieu le prit ». Il l’exempta de la sentence prononcée sur toute chair, et le prit vivant au ciel. Bien des siècles après, il lui plut de faire une seconde exception, en ordonnant que le prophète Élie fût enlevé au ciel dans un char de feu, — très probablement par une escorte d’anges qui en avaient pris l’apparence. Et il n’est pas invraisemblable qu’il ait jugé bon de faire une troisième exception en la personne du disciple bien-aimé. Il nous a été transmis un récit particulier de la vieillesse de l’apôtre Jean ; mais nous n’avons aucun récit de sa mort, pas la moindre indication à son sujet. Nous pouvons donc raisonnablement supposer qu’il ne mourut pas, mais qu’après avoir achevé sa course, et « marché avec Dieu » pendant environ cent ans, le Seigneur le prit, comme il avait pris Hénoc ; non d’une manière aussi publique et éclatante qu’il prit le prophète Élie.

4. Mais, ces deux ou trois exemples mis à part, qui a pu, dans le cours de près de six mille ans, échapper à l’exécution de cette sentence prononcée sur Adam et sur toute sa postérité ? Que les hommes soient aussi grands maîtres qu’on voudra dans l’art de guérir, peuvent-ils prévenir ou guérir le déclin graduel de la nature ? Toute leur habileté si vantée peut-elle guérir la vieillesse, ou empêcher la poussière de retourner à la poussière ? Bien plus, qui, parmi les plus grands maîtres de la médecine, a pu ajouter un siècle à ses propres années ? oui, ou prolonger sa propre vie d’un espace considérable au-delà du terme commun ? Les jours de l’homme, depuis plus de trois mille ans (depuis le temps de Moïse au moins), ont été fixés, selon un calcul moyen, à soixante-dix ans. Combien peu atteignent quatre-vingts ans ! Peut-être à peine un sur cinq cents. Tant l’art de l’homme est peu de chose contre ce que Dieu a fixé !

5. Dieu a en effet pourvu à l’exécution de son propre décret dans les principes mêmes de notre nature. On sait que le corps humain, quand il vient au monde, se compose d’innombrables membranes extrêmement minces, remplies d’un fluide circulant, auquel les parties solides ne sont que dans une très petite proportion. Dans les tubes formés de ces membranes, la nourriture doit être continuellement introduite ; sinon la vie ne peut continuer, mais prendra fin presque aussitôt qu’elle a commencé. Et supposez que cette nourriture soit liquide, et que, coulant par ces fins canaux, elle les élargisse continuellement dans toutes leurs dimensions ; elle contient pourtant d’innombrables particules solides, qui adhèrent continuellement à la surface intérieure des vaisseaux par où elles coulent ; de sorte que, dans la même proportion qu’un vaisseau s’élargit, il se raidit aussi. Ainsi le corps devient plus ferme à mesure qu’il grandit, de l’enfance à l’âge d’homme. À vingt, vingt-cinq ou trente ans, il atteint toute sa mesure de fermeté. Chaque partie du corps est alors raidie à son plein degré ; il adhère à tous les vaisseaux autant de terre qu’il en faut pour donner aux nerfs, aux artères, aux veines, aux muscles la solidité dont chacun a besoin, afin d’exercer ses fonctions de la manière la plus parfaite. Pendant les vingt ou peut-être trente années suivantes, bien que des particules de terre de plus en plus nombreuses adhèrent continuellement à la surface intérieure de chaque vaisseau du corps, la raideur qui en résulte est à peine sensible, et ne cause que peu d’incommodité. Mais après soixante ans (plus ou moins, selon la constitution naturelle et mille circonstances accidentelles), le changement se remarque aisément, même à la surface du corps. Les rides montrent que la proportion des fluides a diminué, comme le montre aussi la sécheresse de la peau, par suite d’une diminution du sang et des humeurs, qui auparavant l’humectaient et la gardaient lisse et douce. Les extrémités du corps se refroidissent, non seulement parce qu’elles sont éloignées du centre du mouvement, mais parce que les plus petits vaisseaux sont obstrués et ne peuvent plus admettre le fluide circulant. À mesure que l’âge augmente, de moins en moins de vaisseaux restent perméables et capables de transmettre le courant vital, excepté les plus grands, dont la plupart sont logés dans le tronc du corps. Dans l’extrême vieillesse, les artères elles-mêmes, ces grands instruments de la circulation, par l’apport continuel de terre, deviennent dures et comme osseuses, jusqu’à ce que, ayant perdu le pouvoir de se contracter, elles ne puissent plus pousser le sang, même par les plus larges canaux ; à la suite de quoi la mort survient naturellement. Ainsi les semences de la mort sont semées dans notre nature même ! Ainsi, dès l’heure où nous paraissons pour la première fois sur la scène de la vie, nous voyageons vers la mort : nous nous préparons, que nous le voulions ou non, à retourner à la poussière d’où nous sommes venus !

6. Faisons maintenant une courte revue de l’ensemble, tel qu’il nous est rapporté avec une simplicité inimitable, à laquelle une personne sans préjugés pourrait, même par là seulement, reconnaître la parole de Dieu. Dans cette période de la durée qu’il jugea la plus convenable (dont lui seul pouvait être juge, lui dont l’œil embrasse toute la possibilité des choses d’éternité en éternité), le Tout-Puissant, se levant dans la grandeur de sa force, sortit pour créer l’univers. « Au commencement il créa », il tira du néant, « la matière des cieux et de la terre » (c’est là, remarque M. Hutchinson, le sens propre des mots originaux). Puis « l’Esprit », ou le souffle, « venant du Seigneur », c’est-à-dire l’air, « se mouvait au-dessus des eaux ». Voilà la terre, l’eau et l’air, trois des éléments ou parties constitutives du monde inférieur. « Dieu dit: Que la lumière soit! Et la lumière fut. » Par sa parole créatrice, la lumière, c’est-à-dire le feu, le quatrième élément, reçut l’existence. De ces éléments, diversement modifiés et proportionnés les uns aux autres, il composa le tout. « La terre produisit de la verdure, de l’herbe portant de la semence selon son espèce, et des arbres donnant du fruit » ; puis vinrent les diverses tribus d’animaux, pour habiter les eaux, l’air et la terre. Mais les païens eux-mêmes pouvaient remarquer :

Sanctius his animal, mentisque capacius altae Deerat adhuc !

Il manquait encore une créature d’un rang plus élevé, capable de sagesse et de sainteté. Natus homo est. Ainsi « Dieu créa l’homme à son image, il le créa à l’image de Dieu » ! Remarquez cette répétition emphatique. Dieu ne le fit pas simple matière, un morceau d’argile insensible et inintelligente, mais un esprit semblable à lui-même, quoique revêtu d’un véhicule matériel. Comme tel, il fut doué d’intelligence, d’une volonté comprenant diverses affections, et de liberté, d’un pouvoir d’en user bien ou mal, de choisir le bien ou le mal. Autrement, ni son intelligence ni sa volonté n’auraient servi de rien ; car il aurait été aussi incapable de vertu ou de sainteté que le tronc d’un arbre. Adam, en qui tout le genre humain était alors contenu, préféra librement le mal au bien. Il choisit de faire sa propre volonté plutôt que la volonté de son Créateur. Il « ne fut pas séduit », mais se révolta sciemment et de propos délibéré contre son Père et son Roi. À ce moment, il perdit l’image morale de Dieu, et en partie l’image naturelle : il devint impie, insensé et malheureux. Et « en Adam tous moururent » : il fit hériter toute sa postérité de l’erreur, de la culpabilité, de la tristesse, de la crainte, de la douleur, des maladies et de la mort.

7. Comme la réalité des faits, comme toutes les choses qui nous entourent, et même la face du monde entier, s’accordent exactement avec ce récit ! Ouvrez les yeux ! Regardez autour de vous ! Voyez des ténèbres qu’on peut toucher ; voyez l’ignorance et l’erreur ; voyez le vice sous dix mille formes ; voyez la conscience de la culpabilité, la crainte, la tristesse, la honte, le remords, couvrir la face de la terre ! Voyez la misère, fille du péché. Voyez de tous côtés la maladie et la douleur, habitants de toutes les nations sous le ciel, qui poussent les pauvres et impuissants fils des hommes, dans tous les âges, jusqu’aux portes de la mort ! Ainsi en ont-elles fait presque depuis le commencement du monde. Ainsi en feront-elles jusqu’à la consommation de toutes choses.

8. Mais le Créateur peut-il mépriser l’œuvre de ses propres mains ? Assurément cela est impossible ! N’a-t-il donc pas, puisque lui seul le peut, pourvu un remède à tous ces maux ? Oui, vraiment, il l’a fait ! Et un remède suffisant, adapté en tous points à la maladie. Il a accompli sa parole : il a donné « la postérité de la femme pour écraser la tête du serpent ». — « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle. » Voilà un remède pourvu pour toute notre culpabilité : il « a porté lui-même nos péchés en son corps sur le bois ». Et « si quelqu’un a péché, nous avons un avocat auprès du Père, Jésus-Christ le juste ». Et voici un remède pour toute notre maladie, pour toute la corruption de notre nature. Car Dieu nous a aussi, par l’intercession de son Fils, donné son Saint-Esprit, pour nous renouveler, et « dans la connaissance », selon son image naturelle, — ouvrant les yeux de notre intelligence, et nous éclairant de toute la connaissance requise pour plaire à Dieu ; — et aussi selon son image morale, à savoir « une justice et une sainteté que produit la vérité ». Et, cela supposé fait, nous savons que « toutes choses » « concourront à notre bien ». Nous savons par une heureuse expérience que tous les maux naturels changent de nature et tournent au bien ; que la tristesse, la maladie, la douleur se trouveront être autant de remèdes pour guérir notre maladie spirituelle. Tous seront à notre profit, tous tendront à notre avantage inexprimable, en nous faisant « participer » plus largement « à sa sainteté » tant que nous demeurons sur la terre, et en ajoutant autant d’étoiles à cette couronne qui nous est réservée dans le ciel.

9. Voyez donc à la fois la justice et la miséricorde de Dieu ! — sa justice, en punissant le péché, le péché de celui dans les reins duquel nous étions alors tous contenus, sur Adam et sur toute sa postérité ; — et sa miséricorde, en pourvoyant un remède universel à un mal universel ; en établissant le second Adam pour mourir pour tous ceux qui étaient morts dans le premier ; afin que, « comme tous sont morts en Adam, de même tous » pussent « revivre en Christ » ; afin que, « comme par l’offense d’un seul le jugement est venu sur tous les hommes pour la condamnation, de même par la justice d’un seul le don gratuit » pût « venir sur tous pour la justification de la vie », — « la justification de la vie », parce qu’elle est liée à la nouvelle naissance, au commencement de la vie spirituelle, qui nous conduit, par la vie de sainteté, à la vie éternelle, à la gloire.

10. Et il faut particulièrement remarquer que, « là où le péché a abondé, la grâce a surabondé ». Car il n’en est pas du don gratuit comme de la condamnation ; mais nous pouvons gagner infiniment plus que nous n’avons perdu. Nous pouvons maintenant atteindre de plus hauts degrés de sainteté, et de plus hauts degrés de gloire, qu’il ne nous aurait été possible d’en atteindre. Si Adam n’avait pas péché, le Fils de Dieu ne serait pas mort ; par conséquent, cette étonnante preuve de l’amour de Dieu pour l’homme n’aurait jamais existé, elle qui, dans tous les âges, a excité chez ses enfants la plus haute joie, le plus grand amour et la plus vive reconnaissance. Nous aurions pu aimer Dieu Créateur, Dieu Conservateur, Dieu Gouverneur ; mais il n’y aurait eu aucune place pour l’amour envers Dieu Rédempteur. Cet amour n’aurait pu exister. La plus haute gloire et la plus haute joie des saints sur la terre et des saints dans le ciel, Christ crucifié, aurait fait défaut. Nous n’aurions pu alors louer celui qui, ne regardant pas comme une usurpation d’être égal à Dieu, s’est pourtant dépouillé lui-même, a pris la forme d’un serviteur, et s’est rendu obéissant jusqu’à la mort, même jusqu’à la mort de la croix ! C’est là maintenant le plus noble sujet de tous les enfants de Dieu sur la terre ; oui, nous n’avons pas à craindre de l’affirmer, même des anges, des archanges et de toute l’armée du ciel.

« Alléluia », s’écrient-ils,

« Au Roi des cieux,

Au grand JE SUIS éternel ;

À l’Agneau immolé,

Qui revit à jamais,

Alléluia à Dieu et à l’Agneau ! »

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