Chapitre 57 · 20 min de lecture · 25 min d’écoute
Dieu approuve ses œuvres
Sermon 56
Dieu approuve ses œuvres
« Dieu vit tout ce qu’il avait fait et voici, cela était très bon. »
Genèse 1:31.
1. Quand Dieu créa les cieux et la terre, et tout ce qu’ils renferment, il est dit à la fin de l’œuvre de chaque jour : « Dieu vit que cela était bon. » Tout ce qui était créé était bon en son genre ; approprié à la fin pour laquelle il était destiné ; propre à servir au bien de l’ensemble et à la gloire du grand Créateur. Voilà la sentence qu’il plut à Dieu de prononcer sur chaque créature en particulier. Mais il y a une remarquable variation de l’expression à l’égard de toutes les parties de l’univers prises dans leur liaison les unes avec les autres, et formant un seul système : « Dieu vit tout ce qu’il avait fait et voici, cela était très bon. »
2. Combien petite est la partie de cette grande œuvre de Dieu que l’homme est capable de comprendre ! Mais c’est notre devoir de contempler ce qu’il a fait, et d’en comprendre autant que nous le pouvons. Car « le Seigneur miséricordieux », comme le remarque le psalmiste, « a tellement fait ses œuvres merveilleuses » de la création, aussi bien que de la providence, « qu’on doit en garder le souvenir », tous ceux qui le craignent ; ce qu’ils ne peuvent guère faire s’ils ne les comprennent pas. Essayons donc, avec l’assistance de cet Esprit qui donne à l’homme l’intelligence, de jeter un coup d’œil d’ensemble sur les œuvres que Dieu fit dans ce monde inférieur, telles qu’elles étaient avant d’être mises en désordre et dépravées par suite du péché de l’homme. Nous verrons alors aisément que, comme chaque créature était bonne dans son état primitif, de même, quand toutes furent assemblées en un système général, « voici, cela était très bon ». Je ne me souviens pas d’avoir vu aucune tentative de ce genre, si ce n’est dans ce poème vraiment excellent (que M. Hutchinson appelle « cette méchante farce ! ») : le « Paradis perdu » de Milton.
I. 1. « Au commencement, Dieu créa la matière des cieux et de la terre. » (C’est ainsi, comme le remarque un grand homme, que ces paroles peuvent proprement être traduites.) Il créa d’abord les quatre éléments dont tout l’univers fut composé : la terre, l’eau, l’air et le feu, tous mêlés ensemble en une masse commune. Les parties les plus grossières de cette masse, la terre et l’eau, étaient entièrement informes, jusqu’à ce que Dieu y infusât un principe de mouvement, commandant à l’air de se mouvoir « au-dessus des eaux ». Ensuite, « Dieu dit: Que la lumière soit! Et la lumière fut. » Voilà les quatre parties constitutives de l’univers, les vrais éléments, originels et simples. Ils étaient tous essentiellement distincts les uns des autres ; et pourtant si intimement mêlés ensemble dans tous les corps composés que nous n’en pouvons trouver aucun, si petit soit-il, qui ne les contienne tous.
2. « Et Dieu vit que » chacun d’eux « était bon », qu’il était parfait en son genre. La terre était bonne. Toute sa surface était belle au plus haut degré. Pour la rendre plus agréable encore,
Il vêtit
Sa face tout entière d’une aimable verdure.
Il l’orna de fleurs de toutes les couleurs, d’arbrisseaux et d’arbres de toute espèce. Et chaque partie était fertile autant que belle ; elle n’était nullement défigurée par des rochers rudes ou déchiquetés ; elle ne choquait pas la vue par d’affreux précipices, d’énormes gouffres ou de lugubres cavernes, par des marais profonds et infranchissables, ou des déserts de sable stérile. Mais nous n’avons aucune autorité pour dire, avec quelques auteurs savants et ingénieux, qu’il n’y avait pas de montagnes sur la terre primitive, aucune inégalité à sa surface. Il n’est pas facile de concilier cette hypothèse avec ces paroles de Moïse : « Les eaux grossirent de plus en plus, et toutes les hautes montagnes qui sont sous le ciel entier furent couvertes. Les eaux s’élevèrent de quinze coudées au-dessus des montagnes, qui furent couvertes. » (Genèse 7:19, 20.) Nous n’avons aucune raison de croire que ces montagnes furent produites par le déluge lui-même : il n’en est pas donné la moindre indication ; nous ne pouvons donc douter qu’elles existassent avant lui. — À la vérité, elles servaient à bien des fins excellentes, outre qu’elles augmentaient grandement la beauté de la création par une variété de points de vue, qui eût été entièrement perdue si la terre n’avait été qu’une vaste plaine. Pourtant nous n’avons pas besoin de supposer que leurs flancs fussent abrupts ou d’un accès difficile. Il est très probable qu’elles s’élevaient et s’abaissaient par des degrés presque insensibles.
3. Quant aux parties intérieures de la terre, aujourd’hui même, nous n’en avons presque aucune connaissance. Beaucoup ont supposé que le centre du globe était entouré d’un abîme de feu. Beaucoup d’autres se sont imaginé qu’il était environné d’un abîme d’eau, qui serait appelé dans l’Écriture « le grand abîme » (Genèse 7:11), dont toutes les sources jaillirent pour amener le déluge universel. Mais, quoi qu’il en fût, nous sommes sûrs que tout y était disposé dans l’ordre et l’harmonie les plus parfaits. Il n’y avait donc aucune agitation dans les entrailles du globe, aucune convulsion violente, aucune secousse de la terre, aucun tremblement de terre ; mais tout était immobile comme les colonnes du ciel ! Il n’y avait alors rien de tel que des éruptions de feu ; il n’y avait point de volcans, point de montagnes ardentes. Ni le Vésuve, ni l’Etna, ni l’Hekla, s’ils existaient, ne vomissaient alors la fumée et la flamme ; ils étaient couverts, du sommet à la base, d’un manteau de verdure.
4. L’élément de l’eau était alors, selon toute probabilité, renfermé pour la plus grande partie dans le grand abîme. Sur la nouvelle terre (comme nous l’apprend l’apôtre, Apocalypse 21:1), il n’y aura « plus de mer » ; aucune mer qui couvre, comme aujourd’hui, la face de la terre, et qui en rende une si grande partie inhabitable pour l’homme. Il est donc probable qu’il n’y avait pas de mer extérieure sur la terre paradisiaque ; aucune, jusqu’à ce que le grand abîme eût rompu les barrières qui lui avaient été primitivement assignées. — Et, à la vérité, on n’avait pas alors de l’océan, pour la navigation, le besoin qu’on en a maintenant. Car ou bien, comme le suppose le poète,
Omnis feret omnia tellus ;
chaque pays produisait tout ce qui était requis pour les besoins ou pour le bien-être de ses habitants ; ou bien l’homme, étant alors (comme il le sera de nouveau à la résurrection) égal aux anges, pouvait se transporter à son gré à n’importe quelle distance ; sans compter que ces messagers de flamme étaient toujours prêts à servir les héritiers du salut. Mais qu’il y eût une mer ou non, il y avait des rivières en suffisance pour arroser la terre et la rendre très abondante. Celles-ci répondaient à tous les besoins de la commodité et de l’agrément par
Le flot glissant d’un ruisseau qui murmure ;
à quoi s’ajoutaient de douces et bienfaisantes ondées, avec des brumes et des exhalaisons salutaires. Mais il n’y avait point de lacs putrides, point d’eaux troubles ou croupissantes ; il n’y en avait que de celles qui
Portaient empreinte
L’image de la belle nature sur leur sein paisible.
5. L’élément de l’air était alors toujours serein, et toujours ami de l’homme. Il ne renfermait aucun météore effrayant, aucune vapeur malsaine, aucune exhalaison empoisonnée. Il n’y avait point de tempêtes, mais seulement des brises fraîches et douces, —
genitabilis aura Favoni, —
qui caressaient l’homme et la bête, et portaient les parfums odorants sur leurs ailes silencieuses.
6. Le soleil, la source du feu, De ce grand monde l’œil et l’âme à la fois, était placé à la distance la plus exacte de la terre, de manière à fournir à chacune de ses parties une quantité suffisante de chaleur (ni trop ni trop peu). Dieu n’avait pas encore
Ordonné à ses anges de détourner
Ce globe oblique.
Il n’y avait donc alors aucun pays qui gémît sous
La rage de l’Ourse et le gel éternel.
Il n’y avait point d’hiver rigoureux, point d’été brûlant ; aucun extrême, ni de chaleur ni de froid. Aucun sol n’était brûlé par la chaleur du soleil ; aucun n’était inhabitable faute de cette chaleur. Ainsi la terre, l’eau, l’air et le feu conspiraient tous ensemble au bien-être et au plaisir de l’homme !
7. À la même fin servait l’agréable alternance de la lumière et des ténèbres, — du jour et de la nuit. Car, de même que le corps humain, bien qu’il ne fût sujet ni à la mort ni à la douleur, avait pourtant besoin d’être continuellement soutenu par la nourriture, de même, bien qu’il ne fût pas sujet à la fatigue, il avait pourtant besoin d’être continuellement réparé par le sommeil. Par là, les ressorts de la machine animale étaient remontés de temps en temps, et toujours tenus en état pour l’agréable travail auquel l’homme était destiné par son Créateur. Aussi, « il y eut un soir, et il y eut un matin: ce fut le premier jour », avant que le péché ou la douleur fût dans le monde. Le premier jour naturel eut une partie obscure pour le temps du repos, une partie claire pour le temps du travail. Et même dans le paradis « Adam dormit » (Genèse 2:21) avant d’avoir péché : le sommeil appartenait donc à la nature humaine innocente. Je ne pense pas, cependant, qu’on puisse en conclure qu’il y ait au ciel des ténèbres ou du sommeil. Assurément, il n’y a point de ténèbres dans cette cité de Dieu. N’est-il pas dit expressément (Apocalypse 22:5) : « Il n’y aura plus de nuit » ? À la vérité, ils n’ont pas de lumière du soleil ; mais « le Seigneur Dieu les éclairera ». Ainsi, il fait toujours jour au ciel, comme il fait toujours nuit en enfer ! Sur la terre, nous avons un mélange des deux. Le jour et la nuit se succèdent, jusqu’à ce que la terre soit changée en ciel. Nous ne pouvons pas non plus ajouter foi au récit que fait l’ancien poète du sommeil dans le ciel, bien qu’il admette que « Jupiter assembleur de nuées » restait éveillé pendant que les dieux inférieurs dormaient. Il est donc dommage que notre grand poète ait copié si servilement le vieux païen, jusqu’à nous dire :
Le sommeil avait scellé
Tous les yeux, hormis les yeux sans sommeil de Dieu même.
Il n’en est pas ainsi : ils sont « devant le trône de Dieu, et le servent jour et nuit » (pour parler à la manière des hommes) « dans son temple » (Apocalypse 7:15), c’est-à-dire sans aucun intervalle. Comme les esprits méchants sont tourmentés jour et nuit sans aucune relâche dans leur misère, ainsi les esprits saints jouissent de Dieu jour et nuit sans aucune interruption de leur bonheur.
8. Le second jour, Dieu entoura le globe terraqué de ce noble appendice, l’atmosphère, composée principalement d’air, mais remplie de particules terreuses de diverses sortes, et d’énormes masses d’eau, tantôt invisibles, tantôt visibles, soutenues par ce feu éthéré dont une particule s’attache à chaque particule d’air. Par là, l’eau était divisée en gouttes innombrables qui, en descendant, arrosaient la terre et la rendaient très abondante, sans incommoder aucun de ses habitants. Car il n’y avait point alors de courants d’air impétueux, point de vents de tempête, point de grêle furieuse, point de pluies torrentielles, point de tonnerres roulants ni d’éclairs fourchus. Un printemps perpétuel souriait sans cesse sur toute la surface de la terre.
9. Le troisième jour, Dieu commanda à toutes sortes de végétaux de sortir de la terre ; et puis d’y ajouter des herbes innombrables, entremêlées de fleurs de toutes les couleurs. À celles-ci s’ajoutèrent des arbrisseaux de toute espèce, avec des arbres hauts et majestueux, pour l’ombre, pour le bois ou pour le fruit, dans une variété infinie. Quelques-uns étaient adaptés à des climats particuliers, ou à des expositions particulières ; tandis que les végétaux d’un usage plus général (comme le blé en particulier) n’étaient pas confinés à un seul pays, mais pouvaient prospérer presque sous tous les climats. Mais, parmi tous ceux-là, il n’y avait point de mauvaises herbes, point de plantes inutiles, aucune qui encombrât le sol ; bien moins encore y en avait-il d’empoisonnées, propres à nuire à aucune créature ; mais chaque chose était salutaire en son genre, conforme au dessein bienveillant de son grand Créateur.
10. Le Seigneur créa alors « le soleil pour présider au jour, et la lune pour présider à la nuit ». Le soleil était
De ce grand monde l’œil et l’âme à la fois : —
L’œil, rendant toutes choses visibles, distribuant la lumière à chaque partie du système, et réjouissant par là la terre et le ciel ; — et l’âme ; le principe de toute vie, pour les végétaux comme pour les animaux. Nous connaissons quelques-uns des usages de la lune : elle cause le flux et le reflux de la mer, et influe, à un degré plus ou moins grand, sur tous les fluides du globe terraqué. Et elle peut avoir beaucoup d’autres usages, inconnus de nous, mais connus du sage Créateur. Mais il est certain qu’elle n’avait aucune influence nuisible ni malsaine sur aucune créature vivante. De plus, « il fit aussi les étoiles » : tant celles qui se meuvent autour du soleil, qu’elles soient de l’ordre primaire ou secondaire, que celles qui, étant à une distance beaucoup plus grande, nous paraissent fixées au firmament du ciel. S’il faut compter les comètes parmi les étoiles, et si elles faisaient partie de la création primitive, c’est ce qu’il n’est peut-être pas si facile de déterminer, du moins avec certitude, puisque nous n’avons rien que des conjectures probables sur leur nature ou sur leur usage. Nous ne savons si (comme l’ont imaginé quelques hommes ingénieux) ce sont des mondes en ruine, — des mondes qui ont subi une conflagration générale ; ou si (comme d’autres le supposent non sans vraisemblance) ce sont d’immenses réservoirs de fluides, destinés à accomplir leur révolution à certaines saisons, et à suppléer à l’humidité toujours décroissante de la terre. Mais ce qui est certain, c’est qu’elles ne produisaient ni ne présageaient aucun mal. Elles ne faisaient pas (comme beaucoup se le sont figuré depuis)
De leur horrible chevelure
Pleuvoir la peste et la guerre.
11. Le Seigneur Dieu peupla ensuite la terre d’animaux de toute espèce. Il commanda d’abord aux eaux de produire en abondance ; — de produire des créatures qui, de même qu’elles habitaient un élément plus grossier, étaient en général d’une nature plus stupide, douées de moins de sens et de moins d’intelligence que les autres animaux. Les coquillages bivalves, en particulier, semblent n’avoir d’autre sens que le toucher, sinon peut-être un faible degré de goût ; en sorte qu’ils ne sont qu’à un degré au-dessus des végétaux. Et même le roi des eaux (titre que quelques-uns donnent à la baleine à cause de son énorme grandeur), bien qu’il ait la vue ajoutée au goût et au toucher, ne paraît pas avoir une intelligence proportionnée à sa masse. Il est plutôt inférieur en cela, non seulement à la plupart des oiseaux et des bêtes, mais même au commun des reptiles et des insectes. Cependant aucun d’eux ne cherchait alors à dévorer les autres, ni à leur nuire en aucune manière. Tous étaient paisibles et tranquilles, comme les champs liquides où ils erraient à leur gré.
12. Il semble que les espèces d’insectes étaient au moins d’un degré au-dessus des habitants des eaux. Presque tous ceux-ci aussi se dévorent les uns les autres, et toute autre créature qu’ils peuvent vaincre. À la vérité, tel est l’état misérablement désordonné du monde présent, que des créatures innombrables ne peuvent conserver leur vie autrement qu’en détruisant celle des autres. Mais au commencement il n’en était pas ainsi. La terre paradisiaque fournissait assez de nourriture pour tous ses habitants, de sorte qu’aucun d’eux n’avait besoin ni tentation de faire sa proie de l’autre. L’araignée était alors aussi inoffensive que la mouche, et ne se tenait pas alors aux aguets pour verser le sang. Les plus faibles d’entre eux rampaient en sûreté sur la terre, ou déployaient dans l’air leurs ailes dorées, qui ondoyaient dans la brise et brillaient au soleil, sans que personne vînt les effrayer. Cependant, les reptiles de toute espèce étaient également inoffensifs, et plus intelligents qu’eux ; oui, une de leurs espèces « était plus rusée », ou plus avisée, « qu’aucun des » animaux « que Dieu avait faits ».
13. Mais, en général, les oiseaux, créés pour voler dans l’étendue ouverte du ciel, paraissent avoir été d’un ordre bien supérieur aux insectes et aux reptiles, bien qu’encore considérablement inférieurs aux bêtes, — si nous restreignons maintenant ce mot aux quadrupèdes, les animaux à quatre pieds, alors qu’il y a deux cents ans il comprenait toute espèce de créatures vivantes. Beaucoup de leurs espèces sont non seulement douées d’une grande mesure d’intelligence naturelle, mais sont encore susceptibles d’un grand perfectionnement par l’art, à un point qu’on ne concevrait pas aisément. Mais, parmi tous ceux-là, il n’y avait point d’oiseaux ni de bêtes de proie ; aucun qui détruisît ou molestât un autre ; mais toutes les créatures respiraient, chacune selon son espèce, la bienveillance de leur grand Créateur.
14. Tel était l’état de la création, selon les faibles idées que nous pouvons maintenant nous en former, quand son grand Auteur, embrassant d’un seul regard tout le système, le déclara « très bon ». Il était bon au plus haut degré dont il était capable, et sans aucun mélange de mal. Chaque partie était exactement appropriée aux autres, et contribuait au bien de l’ensemble. Il y avait « une chaîne d’or » (pour employer l’expression de Platon) « descendue du trône de Dieu » : une série d’êtres exactement liés, depuis le plus haut jusqu’au plus bas ; depuis la terre morte, en passant par les minéraux, les végétaux, les animaux, jusqu’à l’homme, créé à l’image de Dieu, et destiné à connaître, à aimer son Créateur et à jouir de lui pendant toute l’éternité.
II. 1. Voilà un fondement solide sur lequel nous pouvons nous tenir, et répondre à toutes les chicanes des petits philosophes, à toutes les objections que « des hommes vains », qui « voudraient être sages », font contre la bonté ou la sagesse de Dieu dans la création. Toutes reposent sur une erreur complète, à savoir que le monde est maintenant dans le même état qu’au commencement. Et sur cette supposition ils bâtissent avec vraisemblance une foule d’objections. Mais toutes ces objections tombent d’elles-mêmes quand nous remarquons que cette supposition ne peut être admise. Le monde, au commencement, était dans un état totalement différent de celui où nous le trouvons maintenant. Objectez donc tout ce qu’il vous plaira contre l’état présent de la création, animée ou inanimée, en général ou dans quelque cas particulier ; la réponse est toute prête : — elles ne sont plus maintenant ce qu’elles étaient au commencement. Si donc vous aviez entendu ce roi vaniteux de Castille s’écrier, avec une suffisance consommée : « Si j’avais fait le monde, je l’aurais fait meilleur que le Dieu tout-puissant ne l’a fait », vous auriez pu répondre : « Non : le Dieu tout-puissant, que vous le sachiez ou non, ne l’a pas fait tel qu’il est maintenant. Il l’a fait lui-même meilleur, incomparablement meilleur, qu’il n’est à présent. Il l’a fait sans aucune tache, oui, sans aucun défaut. Il n’a fait aucune corruption, aucune destruction dans la création inanimée. Il n’a pas fait la mort dans la création animale, ni ses avant-coureurs, — le péché et la douleur. Si vous ne voulez pas croire son propre récit, croyez votre frère païen : ce ne fut que
Post ignem aetherea domo
Subductum,
— c’est-à-dire, en bon français, — après que l’homme, au mépris absolu de son Créateur, eut mangé de l’arbre de la connaissance, que
— Macies, et nova febrium
Terris incubuit cohors ; —
qu’une armée entière de maux, totalement nouveaux, totalement inconnus jusque-là, fondit sur l’homme rebelle et sur toutes les autres créatures, et se répandit sur la face de la terre. »
2. « Mais non, dit un homme hardi [M. S—- J—-s.], qui depuis a joué le rôle d’un chrétien, et si bien que beaucoup le tiennent pour tel ; Dieu n’est pas à blâmer pour les maux naturels ou moraux qui sont dans le monde, car il l’a fait aussi bien qu’il le pouvait, puisque le mal doit exister dans la nature même des choses. » Il le doit, dans la nature présente des choses, supposé que l’homme se soit révolté contre Dieu ; mais le mal n’existait nullement dans la nature originelle des choses. Il n’était pas plus le résultat nécessaire de la matière qu’il n’était le résultat nécessaire de l’esprit. Toutes choses alors, sans exception, étaient très bonnes. Et comment auraient-elles pu être autrement ? Il n’y avait aucun défaut dans la puissance de Dieu, pas plus que dans sa bonté ou dans sa sagesse. Sa bonté l’inclinait à faire toutes choses bonnes ; et cela fut exécuté par sa puissance et par sa sagesse. Que tout incrédule sensé ait donc honte de présenter de si misérables excuses pour son Créateur. Il n’a besoin d’aucun de nous pour faire des apologies, ni de lui ni de sa création. « Les voies de Dieu sont parfaites » ; et telles étaient à l’origine toutes ses œuvres ; et telles elles seront de nouveau, quand « le Fils de Dieu » aura « détruit » toutes « les œuvres du diable ».
3. Sur ce fondement donc, que « Dieu a fait les hommes droits », et chaque créature parfaite en son genre, mais que l’homme « a cherché pour lui-même beaucoup de détours » pour trouver le bonheur indépendamment de Dieu ; et que, par son apostasie, il a jeté dans le désordre, la misère et la mort, non seulement lui-même, mais aussi toute la création, qui lui était intimement liée ; — sur ce fondement, dis-je, nous n’avons pas de peine à
Justifier les voies de Dieu envers les hommes.
Car bien qu’il ait laissé l’homme entre les mains de son propre conseil, pour choisir le bien ou le mal, la vie ou la mort ; bien qu’il ne lui ait pas ôté la liberté qu’il lui avait donnée, mais lui ait permis de choisir la mort, en conséquence de quoi toute la création soupire maintenant ensemble ; cependant, quand nous considérons que tous les maux introduits dans la création peuvent concourir à notre bien, oui, qu’ils « produisent pour nous, au-delà de toute mesure, un poids éternel de gloire », nous pouvons bien louer Dieu d’avoir permis ces maux passagers en vue de notre bien éternel ; oui, nous pouvons bien nous écrier : « Ô profondeur de la sagesse » et de la bonté de Dieu ! « Il fait tout à merveille ». « Gloire soit à Dieu et à l’Agneau, aux siècles des siècles ! »
Chapitre 57 terminé
Dieu approuve ses œuvres