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Prêché à la chapelle de Tottenham-Court Road et au Tabernacle, près de Moorfields, le dimanche 18 novembre 1770

Chapitre 54 · 36 min de lecture · 47 min d’écoute

Prêché à la chapelle de Tottenham-Court Road et au Tabernacle, près de Moorfields, le dimanche 18 novembre 1770

Sermon 53

Sur la mort du révérend M. George Whitefield

Prêché à la chapelle de Tottenham-Court Road et au Tabernacle, près de Moorfields, le dimanche 18 novembre 1770.

« Que je meure de la mort des justes, Et que ma fin soit semblable à la leur! »

Nombres 23:10.

1. « Que ma fin soit semblable à la sienne ! » Combien d’entre vous s’unissent à ce souhait ? Peut-être en est-il peu qui ne le fassent, même dans cette nombreuse assemblée ! Oh ! puisse ce souhait demeurer dans vos esprits ! — puisse-t-il ne pas s’éteindre avant que vos âmes aussi soient recueillies là où « ne s’agitent plus les méchants, et où se reposent ceux qui sont fatigués et sans force » !

2. On n’attendra pas, en cette occasion, une explication développée du texte. Elle vous détournerait trop longtemps de la pensée, triste et douce à la fois, de votre frère, de votre ami et de votre pasteur bien-aimé ; oui, et de votre père aussi : car combien en est-il ici qu’il a « engendrés dans le Seigneur » ! Ne sera-t-il donc pas plus conforme à vos désirs, aussi bien qu’à cette solennité, de parler directement de cet homme de Dieu que vous avez si souvent entendu parler en ce lieu ? — de celui dont vous connaissez la fin de la vie, et qui vous a annoncé « Jésus-Christ est le même hier, aujourd’hui, et éternellement. » Ne pouvons-nous donc pas :

I. Relever quelques particularités de sa vie et de sa mort ?

II. Considérer quelque peu son caractère ? et

III. Rechercher comment nous pouvons faire servir à notre bien cette solennelle dispensation de la Providence, son départ soudain du milieu de nous ?

1. Nous pouvons, en premier lieu, relever quelques particularités de sa vie et de sa mort. Il naquit à Gloucester, en décembre 1714, et fut mis dans une école de grammaire de cette ville vers l’âge de douze ans. À dix-sept ans, il commença à être sérieusement religieux, et servit Dieu selon ce qu’il en connaissait. Vers dix-huit ans, il passa à l’Université et fut admis au collège de Pembroke, à Oxford ; et environ un an après, il fit la connaissance des méthodistes (comme on les appelait), qu’il aima dès lors comme sa propre âme.

2. Ce sont eux qui le convainquirent qu’« il faut naître de nouveau », faute de quoi la religion extérieure ne nous servira de rien. Il se joignit à eux pour jeûner le mercredi et le vendredi, pour visiter les malades et les prisonniers, et pour recueillir jusqu’aux moindres fragments du temps, afin qu’aucun moment ne fût perdu ; et il changea le cours de ses études, lisant surtout les livres qui pénétraient jusqu’au cœur de la religion et conduisaient directement à une connaissance expérimentale de Jésus-Christ, et de Jésus-Christ crucifié.

3. Il fut bientôt éprouvé comme par le feu. Non seulement il perdit sa réputation, et quelques-uns de ses amis les plus chers l’abandonnèrent ; mais il fut exercé par des épreuves intérieures, et des plus rudes. Bien des nuits, il resta couché sans sommeil sur son lit ; bien des jours, prosterné contre terre. Mais après qu’il eut gémi plusieurs mois sous « l’esprit de servitude », il plut à Dieu d’ôter ce pesant fardeau en lui donnant « l’Esprit d’adoption », et en le rendant capable, par une foi vivante, de saisir « le Fils de son amour ».

4. Cependant on jugea nécessaire, pour le rétablissement de sa santé, qui était fort altérée, qu’il allât à la campagne. Il se rendit donc à Gloucester, où Dieu lui donna de réveiller plusieurs jeunes gens. Ceux-ci formèrent bientôt entre eux une petite société, et furent parmi les premiers fruits de son travail. Peu après, il commença à faire la lecture, deux ou trois fois par semaine, à quelques pauvres gens de la ville ; et chaque jour à lire et à prier avec les prisonniers de la prison du comté.

5. Âgé alors d’environ vingt et un ans, il fut sollicité d’entrer dans les ordres sacrés. Il le redoutait grandement, profondément conscient de sa propre insuffisance. Mais l’évêque lui-même l’ayant fait appeler et lui ayant dit : « Bien que je me sois proposé de n’ordonner personne au-dessous de vingt-trois ans, je vous ordonnerai cependant dès que vous viendrez » — et plusieurs autres circonstances providentielles concourant au même but —, il se soumit, et fut ordonné le dimanche de la Trinité de 1736. Le dimanche suivant, il prêcha devant un auditoire nombreux, dans l’église où il avait été baptisé. La semaine d’après, il retourna à Oxford et prit son grade de bachelier ; et il fut dès lors pleinement occupé, le soin des prisonniers et des pauvres reposant principalement sur lui.

6. Mais il ne tarda pas à être appelé à Londres, pour desservir la cure d’un ami qui s’en allait à la campagne. Il y resta deux mois, logé à la Tour, lisant les prières à la chapelle deux fois par semaine, catéchisant et prêchant une fois, sans compter ses visites aux soldats dans les casernes et à l’infirmerie. Il lisait aussi les prières chaque soir à la chapelle de Wapping, et prêchait à la prison de Ludgate tous les mardis. Pendant qu’il était là, des lettres arrivèrent de ses amis de Géorgie, qui lui firent désirer ardemment d’aller les aider ; mais, ne voyant pas clairement son appel, il retourna au temps fixé à sa petite charge d’Oxford, où plusieurs jeunes gens se réunissaient chaque jour dans sa chambre pour s’édifier les uns les autres sur leur très sainte foi.

7. Mais il fut bientôt rappelé de là, pour suppléer à la cure de Dummer, dans le Hampshire. Il y lisait les prières deux fois par jour : de grand matin, et le soir, après que les gens étaient revenus du travail. Il catéchisait aussi chaque jour les enfants, et visitait de maison en maison. Il partagea alors la journée en trois parts, consacrant huit heures au sommeil et aux repas, huit à l’étude et à la retraite, et huit à la lecture des prières, au catéchisme et aux visites. Y a-t-il une voie plus excellente pour un serviteur de Christ et de son Église ? Sinon, qui donc « ira et fera de même » ?

8. Cependant sa pensée se portait toujours vers les pays lointains ; et, pleinement convaincu désormais que Dieu l’y appelait, il mit ordre à toutes choses et, en janvier 1737, se rendit à Gloucester pour prendre congé de ses amis. Ce fut pendant ce voyage que Dieu commença à bénir son ministère d’une manière peu commune. Partout où il prêchait, des multitudes étonnantes d’auditeurs accouraient ensemble, à Gloucester, à Stonehouse, à Bath, à Bristol ; si bien que la chaleur des églises était à peine supportable ; et les impressions produites sur l’esprit d’un grand nombre n’étaient pas moins extraordinaires. Après son retour à Londres, tandis que le général Oglethorpe le retenait de semaine en semaine et de mois en mois, il plut à Dieu de bénir sa parole plus encore. Et il était infatigable dans son travail : le dimanche, il prêchait d’ordinaire quatre fois, devant des auditoires extrêmement nombreux, sans compter qu’il lisait les prières deux ou trois fois et faisait souvent à pied dix ou douze milles pour aller et venir.

9. Le 28 décembre, il quitta Londres. Ce fut le 29 qu’il prêcha pour la première fois sans notes. Le 30 décembre, il monta à bord ; mais il s’écoula plus d’un mois avant qu’on eût perdu la terre de vue. Il mentionne, au mois d’avril suivant, un heureux effet de cette traversée fort lente : « Béni soit Dieu, nous vivons maintenant très agréablement dans la grande cabine. Nous ne parlons guère d’autre chose que de Dieu et de Christ ; et l’on n’entend presque aucune parole parmi nous, quand nous sommes ensemble, qui ne se rapporte à notre chute dans le premier Adam et à notre nouvelle naissance dans le second. » Ce fut aussi, semble-t-il, une providence particulière qu’il passât quelque temps à Gibraltar, où citoyens et soldats, grands et petits, jeunes et vieux, reconnurent le jour de leur visitation.

10. Du dimanche 7 mai 1738 jusqu’à la fin du mois d’août suivant, il « remplit bien son ministère » en Géorgie, particulièrement à Savannah : il lisait les prières et expliquait l’Écriture deux fois par jour, et visitait chaque jour les malades. Le dimanche, il expliquait l’Écriture à cinq heures du matin ; à dix heures, il lisait les prières et prêchait, et de même à trois heures de l’après-midi ; et à sept heures du soir, il expliquait le catéchisme de l’Église. Combien il est plus facile pour nos frères dans le ministère, en Angleterre, en Écosse ou en Irlande, de trouver à redire à un tel ouvrier dans la vigne de notre Seigneur, que de marcher sur ses traces !

11. Ce fut alors qu’il remarqua la condition déplorable de beaucoup d’enfants de ce pays, et que Dieu lui mit au cœur la première pensée de fonder un orphelinat, pour lequel il résolut de recueillir des contributions en Angleterre, si Dieu lui accordait d’y revenir sain et sauf. Au mois de décembre suivant, il revint en effet à Londres ; et le dimanche 14 janvier 1739, il fut ordonné prêtre à Christ Church, à Oxford. Le lendemain, il revint à Londres ; et le dimanche 21, il prêcha deux fois. Mais, bien que les églises fussent grandes et extrêmement remplies, plusieurs centaines de personnes restaient debout dans le cimetière, et des centaines d’autres s’en retournaient chez elles. Cela lui donna la première pensée de prêcher en plein air. Mais quand il en parla à quelques-uns de ses amis, ils jugèrent que c’était pure folie ; aussi ne mit-il pas ce projet à exécution avant d’avoir quitté Londres. Ce fut le mercredi 21 février que, trouvant fermées à Bristol toutes les portes des églises (outre qu’aucune église n’était capable de contenir la moitié de l’assemblée), il se rendit à trois heures de l’après-midi à Kingswood, et y prêcha en plein air à près de deux mille personnes. Le vendredi, il y prêcha à quatre ou cinq mille ; et le dimanche, à dix mille, à ce qu’on estima ! Le nombre ne cessa de croître pendant tout son séjour à Bristol ; et une flamme de saint amour s’alluma, qui ne s’éteindra pas aisément. La même flamme s’alluma ensuite en diverses parties du pays de Galles, du Gloucestershire et du Worcestershire. En vérité, partout où il allait, Dieu confirmait abondamment la parole de son messager.

12. Le dimanche 29 avril, il prêcha pour la première fois à Moorfields et sur la lande de Kennington ; et ces milliers d’auditeurs furent aussi tranquilles qu’ils auraient pu l’être dans une église. Retenu de nouveau en Angleterre de mois en mois, il fit de petites tournées dans plusieurs comtés, et reçut, de multitudes pleines de bonne volonté, les contributions destinées à un orphelinat en Géorgie. L’embargo qui fut alors mis sur les navires lui donna le loisir de faire d’autres voyages à travers diverses parties de l’Angleterre, ce dont beaucoup auront sujet de bénir Dieu pendant toute l’éternité. Enfin, le 14 août, il s’embarqua ; mais il ne débarqua en Pennsylvanie que le 30 octobre. Il parcourut ensuite la Pennsylvanie, les Jerseys, New York, le Maryland, la Virginie, la Caroline du Nord et la Caroline du Sud, prêchant tout le long du chemin à des assemblées immenses, avec un effet tout aussi grand qu’en Angleterre. Le 10 janvier 1740, il arriva à Savannah.

13. Le 29 janvier, il ajouta trois orphelins abandonnés aux vingt environ qu’il avait déjà dans sa maison. Le lendemain, il traça l’emplacement de la maison, à environ dix milles de Savannah. Le 11 février, il recueillit encore quatre orphelins, et partit pour Frederica afin d’aller chercher les orphelins qui se trouvaient dans les parties méridionales de la colonie. À son retour, il établit à Darien une école, à la fois pour les enfants et pour les adultes, et en ramena quatre orphelins. Le 25 mars, il posa la première pierre de l’orphelinat, auquel il donna, fort à propos, le nom de Béthesda : œuvre pour laquelle les enfants qui ne sont pas encore nés loueront le Seigneur. Il avait alors une quarantaine d’orphelins, de sorte qu’il y avait près de cent bouches à nourrir chaque jour. Mais il ne « s’inquiétait de rien », se déchargeant de son souci sur celui qui nourrit les petits du corbeau quand ils crient vers lui.

14. Au mois d’avril, il fit une nouvelle tournée à travers la Pennsylvanie, les Jerseys et New York. Des multitudes incroyables accouraient pour l’entendre, parmi lesquelles une foule de Nègres. En tous lieux, la plus grande partie des auditeurs étaient touchés à un degré étonnant. Beaucoup furent profondément convaincus de leur état de perdition, beaucoup véritablement convertis à Dieu. En certains endroits, des milliers de personnes poussaient de grands cris ; beaucoup comme dans les angoisses de la mort ; la plupart étaient noyés dans les larmes ; quelques-uns devenaient pâles comme la mort ; d’autres se tordaient les mains ; d’autres étaient étendus sur le sol ; d’autres s’affaissaient dans les bras de leurs amis ; presque tous levaient les yeux au ciel et imploraient miséricorde.

15. Il revint à Savannah le 5 juin. Le lendemain soir, pendant le service public, toute l’assemblée, jeunes et vieux, fondit en larmes ; après le service, plusieurs des paroissiens et toute sa maison, particulièrement les petits enfants, rentrèrent chez eux en pleurant le long de la rue, et quelques-uns ne purent s’empêcher de prier à haute voix. Les gémissements et les cris des enfants continuèrent toute la nuit et une grande partie du jour suivant.

16. Au mois d’août, il repartit et, à travers diverses provinces, arriva à Boston. Pendant qu’il y était, et dans les localités voisines, il fut extrêmement faible de corps ; et pourtant les multitudes d’auditeurs furent si grandes, et les effets produits sur eux si étonnants, que les plus vieux habitants de la ville n’avaient jamais rien vu de pareil. La même puissance accompagna sa prédication à New York, particulièrement le dimanche 2 novembre : presque aussitôt qu’il eut commencé, on entendit de tous côtés des cris, des pleurs et des lamentations. Beaucoup tombèrent à terre, le cœur transpercé ; et beaucoup furent remplis d’une consolation divine. Vers la fin de ce voyage, il fit cette réflexion : « C’est aujourd’hui le soixante-quinzième jour depuis mon arrivée à Rhode Island, extrêmement faible de corps ; et pourtant Dieu m’a rendu capable de prêcher cent soixante-quinze fois en public, sans compter de fréquentes exhortations en particulier ! Jamais Dieu ne m’a accordé de plus grandes consolations ; jamais je n’ai fait mes voyages avec moins de fatigue, ni vu une telle continuité de la présence divine dans les assemblées auxquelles je prêchais. » En décembre, il revint à Savannah, et au mois de mars suivant il arriva en Angleterre.

17. Vous pouvez aisément remarquer que le récit qui précède est tiré principalement de ses propres journaux, lesquels, par leur simplicité naïve et sans apprêt, peuvent rivaliser avec tous les écrits de ce genre. Et quel exact échantillon n’est-ce pas de ses travaux, en Europe et en Amérique, pour l’honneur de son Maître bien-aimé, pendant les trente années qui suivirent, aussi bien que de la pluie ininterrompue de bénédictions par laquelle il plut à Dieu de faire prospérer ses travaux ! N’est-il pas fort regrettable que quelque chose l’ait empêché de poursuivre ce récit, au moins jusque vers le temps où son Seigneur l’appela à jouir du fruit de son travail ? S’il a laissé quelques papiers de ce genre, et si ses amis m’en jugent digne, ce serait ma gloire et ma joie de les mettre en ordre, de les transcrire et de les préparer pour le public.

18. Un gentleman de Boston donne ainsi le récit détaillé de la dernière scène de sa vie : —

« Après avoir passé environ un mois avec nous, à Boston et dans les environs, et y avoir prêché chaque jour, il se rendit à Old York ; il y prêcha le jeudi 27 septembre ; il continua jusqu’à Portsmouth, et y prêcha le vendredi. Le samedi matin, il partit pour Boston ; mais avant d’arriver à Newbury, où il s’était engagé à prêcher le lendemain matin, on le pressa de prêcher en chemin. La maison n’étant pas assez grande pour contenir le peuple, il prêcha dans un champ découvert. Mais, comme il était souffrant depuis plusieurs semaines, cela épuisa tellement ses forces qu’arrivé à Newbury il ne put sortir du bac sans l’aide de deux hommes. Le soir, néanmoins, il reprit ses esprits, et parut avec sa gaieté habituelle. Il se retira dans sa chambre à neuf heures, heure fixe dont aucune compagnie ne pouvait le détourner, et dormit mieux qu’il ne l’avait fait depuis quelques semaines. Il se leva à quatre heures du matin, le 30 septembre, et entra dans son cabinet ; et son compagnon remarqua qu’il y demeurait seul plus longtemps qu’à l’ordinaire. Il quitta son cabinet, revint auprès de son compagnon, se jeta sur le lit, et y resta environ dix minutes. Puis il tomba à genoux, et pria Dieu avec la plus grande ferveur que, si c’était conforme à sa volonté, il pût achever ce jour-là l’œuvre de son Maître. Il pria ensuite son domestique d’appeler M. Parsons, le pasteur chez qui il logeait ; mais, en une minute, avant que M. Parsons eût pu arriver jusqu’à lui, il mourut, sans un soupir ni un gémissement. À la nouvelle de sa mort, six gentlemen partirent pour Newbury, afin de ramener ici ses restes ; mais on ne put le transporter, de sorte que ses précieuses cendres doivent demeurer à Newbury. Des centaines de personnes seraient parties de cette ville pour assister à ses funérailles, si elles ne s’étaient attendues à ce qu’il fût enseveli ici.... Puisse ce coup être sanctifié à l’Église de Dieu en général, et à cette province en particulier ! »

II. 1. Nous avons, en second lieu, à considérer quelque peu son caractère. Une petite esquisse en fut publiée peu après dans la Gazette de Boston ; en voici un extrait : — [« On ne peut guère dire de lui que ce qu’attestera tout ami du christianisme vivant qui a été assis sous son ministère. »]

« Dans ses travaux publics, il a, pendant bien des années, étonné le monde par son éloquence et sa piété. Avec quel accent divin il pressait le pécheur impénitent d’embrasser la pratique de la piété et de la vertu ! [Rempli de l’esprit de grâce, il] parlait du cœur et, avec une ferveur de zèle peut-être sans égale depuis le temps des apôtres, [ornait les vérités qu’il annonçait des charmes les plus gracieux de la rhétorique et de l’art oratoire.] Du haut de la chaire, il n’avait point de rival dans l’empire qu’il exerçait sur un auditoire toujours nombreux. Il n’était pas moins agréable ni moins instructif dans sa conversation privée : heureusement doué d’une remarquable aisance de manières, prompt à communiquer, appliqué à édifier. Puisse la génération qui s’élève recueillir une étincelle de cette flamme qui brilla d’un éclat si remarquable dans l’esprit et dans la conduite de ce fidèle serviteur du Dieu très-haut ! »

2. Un portrait de lui plus détaillé, et tout aussi juste, a paru dans l’un des journaux anglais. Il ne vous sera peut-être pas désagréable que j’en ajoute aussi la substance : —

« Le caractère de cet homme vraiment pieux doit être [profondément] gravé dans le cœur de tout ami de la religion vivante. En dépit d’une constitution faible [et délicate], il continua jusqu’au dernier jour de sa vie à prêcher avec une fréquence et une ferveur qui semblaient dépasser les forces naturelles des plus robustes. Appelé à l’exercice de ses fonctions à un âge où la plupart des jeunes gens commencent seulement à s’y préparer, il n’eut pas le temps de faire de très grands progrès dans les langues savantes. Mais ce défaut fut amplement compensé par un génie vif et fécond, par un zèle ardent, et par un débit énergique et des plus persuasifs. Et bien qu’en chaire il trouvât souvent nécessaire, par « la crainte du Seigneur », de « convaincre les hommes », il n’avait rien de sombre dans son naturel ; il était singulièrement gai, aussi bien que charitable et compatissant. Il était aussi prompt à soulager les besoins corporels que les besoins spirituels de ceux qui s’adressaient à lui. Il faut aussi remarquer qu’il inculquait constamment à ses auditeurs tous les devoirs moraux, en particulier l’application dans leurs diverses vocations et l’obéissance à leurs supérieurs. Il s’efforça, par les efforts de prédication les plus extraordinaires, en divers lieux et même en plein champ, de tirer les classes inférieures du peuple du dernier degré d’inattention et d’ignorance, pour les amener au sentiment de la religion. Pour cela, et pour ses autres travaux, le nom de GEORGE WHITEFIELD sera longtemps rappelé avec estime et vénération. »

3. Que ces deux portraits soient justes et impartiaux, on l’accordera volontiers ; c’est-à-dire autant qu’ils vont. Mais ils ne vont guère au-delà de l’extérieur de son caractère. Ils vous montrent le prédicateur, mais non l’homme, le chrétien, le saint de Dieu. Me permettra-t-on d’ajouter quelques mots sur ce point, d’après une connaissance personnelle de près de quarante ans ? À la vérité, je sens parfaitement combien il est difficile de parler d’un sujet si délicat ; quelle prudence il faut pour éviter les deux extrêmes, pour n’en dire ni trop peu ni trop ! Bien plus, je sais qu’il est impossible d’en parler tant soit peu, d’en dire moins ou davantage, sans encourir de la part des uns le premier reproche, de la part des autres le second. Les uns penseront sérieusement qu’on en dit trop peu ; les autres, qu’on en dit trop. Mais, sans m’arrêter à cela, je dirai simplement ce que je sais, devant celui à qui nous devons tous rendre compte.

4. On a déjà fait mention de son zèle sans pareil, de son activité infatigable, de sa tendresse pour les affligés et de sa charité envers les pauvres. Mais ne devrions-nous pas mentionner aussi sa profonde gratitude envers tous ceux dont Dieu s’était servi comme d’instruments pour lui faire du bien ? — de qui il ne cessa de parler de la manière la plus respectueuse, jusqu’au jour même de sa mort. Ne devrions-nous pas mentionner qu’il avait un cœur capable de la plus généreuse et de la plus tendre amitié ? J’ai souvent pensé que c’était là, entre tous, le trait distinctif de son caractère. Combien peu en avons-nous connu d’un naturel si bon, d’affections si larges et si abondantes ! N’est-ce pas principalement par là que les cœurs des autres étaient si étrangement attirés et attachés à lui ? Quelle autre chose que l’amour peut engendrer l’amour ? Cet amour brillait sur son visage même, et respirait continuellement dans toutes ses paroles, en public comme en particulier. N’était-ce pas lui qui, prompt et pénétrant comme l’éclair, volait de cœur en cœur ? lui qui donnait cette vie à ses sermons, à ses conversations, à ses lettres ? Vous en êtes témoins !

5. Mais loin de nous l’interprétation vile des hommes à l’esprit corrompu, qui ne connaissent d’autre amour que l’amour terrestre et sensuel ! Qu’on se souvienne en même temps qu’il était doué de la modestie la plus délicate et la plus irréprochable. Sa charge l’appelait à s’entretenir très souvent et très longuement avec des femmes aussi bien qu’avec des hommes, et cela de tout âge et de toute condition. Mais toute sa conduite à leur égard était un commentaire pratique de ce conseil de saint Paul à Timothée : « Exhorte les femmes âgées comme des mères, celles qui sont jeunes comme des sœurs, en toute pureté. »

6. Cependant, combien la franchise et l’ouverture de sa conversation convenaient à la cordialité de son esprit ! — quoiqu’elle fût aussi éloignée de la rudesse d’un côté que de la ruse [et de la dissimulation] de l’autre. Cette franchise n’était-elle pas à la fois un fruit et une preuve de son courage et de son intrépidité ? Armé de ces vertus, il ne craignait pas la face des hommes, mais « usait d’une grande liberté » envers des personnes de tout rang et de toute condition, grands et petits, riches et pauvres, cherchant seulement, « en publiant la vérité, à se recommander à toute conscience d’homme devant Dieu ».

7. Il ne craignait pas plus le travail ou la douleur que « ce qu’un homme [pouvait] lui faire », étant également

Patient à souffrir le mal comme à faire le bien.

Et cela se voyait dans la constance avec laquelle il poursuivait tout ce qu’il entreprenait pour l’amour de son Maître. Qu’un seul exemple en témoigne pour tous : l’orphelinat de Géorgie, qu’il commença et acheva en dépit de tous les découragements. À la vérité, en tout ce qui ne regardait que lui-même, il était souple et accommodant. Sur ce terrain, il était « conciliant », facile à convaincre comme à persuader. Mais il était inébranlable dans les choses de Dieu, et partout où sa conscience était engagée. Nul ne pouvait, ni par la persuasion ni par la crainte, l’amener à s’écarter le moins du monde de cette intégrité qui était inséparable de tout son caractère et réglait toutes ses paroles et toutes ses actions. En cela il se tenait

Ferme comme un pilier de fer,

Et constant comme un mur d’airain.

8. Si l’on demande quel était le fondement de cette intégrité, ou de sa sincérité, de son courage, de sa patience et de toute autre qualité précieuse et aimable, il est facile de répondre. Ce n’était pas l’excellence de son naturel, ni la force de son intelligence ; ce n’était pas la puissance de l’éducation, non, ni les conseils de ses amis : ce n’était rien d’autre que la foi en un Seigneur qui a versé son sang, « la foi en la puissance de Dieu ». C’était « une espérance vivante », pour un héritage qui ne se peut ni corrompre, ni souiller, ni flétrir. C’était « l’amour de Dieu répandu dans son cœur par le Saint-Esprit qui lui avait été donné », remplissant son âme d’un amour tendre et désintéressé pour tout enfant des hommes. De cette source jaillissait ce torrent d’éloquence qui souvent renversait tout devant lui ; de là, cette étonnante force de persuasion à laquelle les pécheurs les plus endurcis ne pouvaient résister. C’est elle qui souvent faisait que « sa tête était remplie d’eau, et ses yeux une source de larmes ». C’est elle qui le rendait capable de répandre son âme dans la prière d’une manière qui n’appartenait qu’à lui, avec une telle plénitude jointe à une telle aisance, avec une telle force et une telle variété de pensées et d’expressions.

9. Je puis clore ce point en remarquant quel honneur il plut à Dieu de faire à son fidèle serviteur, en lui permettant d’annoncer son Évangile éternel dans tant de pays divers, à un si grand nombre de personnes, et avec un si grand effet sur tant de leurs âmes précieuses ! Avons-nous lu ou entendu dire que quelqu’un, depuis les apôtres, ait rendu témoignage à l’Évangile de la grâce de Dieu sur un espace si étendu, à travers une si grande partie du monde habitable ? Avons-nous lu ou entendu dire que quelqu’un ait appelé à la repentance tant de milliers, tant de myriades de pécheurs ? Surtout, avons-nous lu ou entendu dire que quelqu’un ait été, dans la main de Dieu, un instrument béni pour amener tant de pécheurs « des ténèbres à la lumière et de la puissance de Satan à Dieu » ? Il est vrai que, si nous parlions ainsi au monde frivole, on jugerait que nous parlons comme des barbares. Mais vous, vous comprenez la langue du pays où vous allez, et où notre cher ami nous a précédés de peu.

III. Mais comment ferons-nous servir à notre bien cette solennelle dispensation ? C’est la troisième chose que nous avons à considérer. Et la réponse à cette importante question est facile (que Dieu l’écrive dans tous nos cœurs !) : en nous attachant fermement aux grandes doctrines qu’il annonçait, et en nous pénétrant de son esprit.

1. Et d’abord, attachons-nous fermement aux grandes doctrines de l’Écriture qu’il annonçait partout. Il y a beaucoup de doctrines d’une nature moins essentielle au sujet desquelles les enfants de Dieu, même sincères (telle est la faiblesse présente de l’intelligence humaine), sont et ont été divisés depuis bien des siècles. Sur ces points, nous pouvons penser et laisser penser ; nous pouvons « convenir de ne pas être d’accord ». Mais, en attendant, retenons fermement les choses essentielles de « la foi qui a été transmise aux saints une fois pour toutes », et sur lesquelles ce champion de Dieu insistait si fortement, en tout temps et en tous lieux !

2. Son point fondamental était : « Donnez à Dieu toute la gloire de tout ce qu’il y a de bon dans l’homme » ; et : « Dans l’affaire du salut, placez Christ aussi haut, et l’homme aussi bas que possible. » C’est avec ce principe que lui et ses amis d’Oxford, les premiers méthodistes, comme on les appelait, se mirent en route. Leur grand principe était qu’il n’y a dans l’homme aucune puissance (par nature) et aucun mérite. Ils soutenaient que toute puissance de penser, de parler ou d’agir droitement est dans l’Esprit de Christ et vient de lui ; et que tout mérite est (non dans l’homme, si haut qu’il soit dans la grâce, mais uniquement) dans le sang de Christ. Ainsi enseignaient-ils, lui et eux : il n’y a dans l’homme aucune puissance, jusqu’à ce qu’elle lui soit donnée d’en haut, pour faire une seule bonne œuvre, dire une seule bonne parole ou former un seul bon désir. Car il ne suffit pas de dire que tous les hommes sont malades du péché : non, nous sommes tous « morts par nos offenses et par nos péchés ». Il s’ensuit que tous les enfants des hommes sont « par nature des enfants de colère ». Nous sommes tous « coupables devant Dieu », exposés à la mort temporelle et éternelle.

3. Et nous sommes tous impuissants, tant à l’égard de la puissance que de la culpabilité du péché. Car « Comment d’un être souillé sortira-t-il un homme pur? » Nul autre que le Tout-Puissant. Qui peut ressusciter ceux qui sont morts, spirituellement morts dans le péché ? Nul autre que celui qui nous a tirés de la poussière de la terre. Mais en considération de quoi le fera-t-il ? « non à cause des œuvres de justice que nous aurions faites ». « Les morts ne peuvent te louer, ô Seigneur », ni rien faire en considération de quoi ils devraient être rappelés à la vie. Tout ce que Dieu fait, il le fait donc uniquement pour l’amour de son Fils bien-aimé : « il était blessé pour nos péchés, Brisé pour nos iniquités ». Lui-même « a porté » tous « nos péchés en son corps sur le bois ». Il « a été livré pour nos offenses, et est ressuscité pour notre justification ». Voici donc la seule cause méritoire de toute bénédiction dont nous jouissons ou pouvons jouir ; en particulier de notre pardon et de notre acceptation auprès de Dieu, de notre pleine et gratuite justification. Mais par quel moyen avons-nous part à ce que Christ a fait et souffert ? « Ce n’est point par les œuvres, afin que personne ne se glorifie » ; mais par la foi seule. « Car nous pensons », dit l’apôtre, « que l’homme est justifié par la foi, sans les œuvres de la loi ». Et « à tous ceux qui » le « reçoivent » ainsi, « il donne le pouvoir de devenir enfants de Dieu, à ceux qui croient en son nom ; lesquels sont nés, non de la volonté de l’homme, mais de Dieu ».

4. Et « si un homme ne naît » ainsi « de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu ». Mais tous ceux qui sont ainsi « nés de l’Esprit » ont « le royaume de Dieu au-dedans d’eux ». Christ établit son royaume dans leurs cœurs : « la justice, la paix et la joie, par le Saint-Esprit ». Ils ont en eux « les sentiments qui étaient en Jésus-Christ », qui les rendent capables de « marcher aussi comme il a marché lui-même ». Son Esprit qui habite en eux les rend à la fois saints de cœur et « saints dans toute leur conduite ». Mais toutefois, puisque tout cela est un don gratuit, par la justice et le sang de Christ, il y a éternellement la même raison de se souvenir de cette parole : « Que celui qui se glorifie se glorifie dans le Seigneur. »

5. Vous n’ignorez pas que ce sont là les doctrines fondamentales sur lesquelles il insistait partout. Et ne peuvent-elles pas se résumer, pour ainsi dire, en deux mots : la nouvelle naissance et la justification par la foi ? Insistons sur elles avec toute hardiesse, en tout temps et en tous lieux ; — en public (ceux d’entre nous qui y sont appelés), et en particulier à toute occasion. Attachez-vous fermement à ces bonnes vieilles doctrines passées de mode, quel que soit le nombre de ceux qui les contredisent et les blasphèment. Allez de l’avant, mes frères, « au nom du Seigneur, et par sa force toute-puissante ». Avec tout le soin et toute la diligence possibles, « gardez sûrement ce qui a été confié à votre garde », sachant que « Le ciel et la terre passeront, mais cette vérité ne passera point ».

6. Mais suffira-t-il de nous attacher fermement à ses doctrines, si pures qu’elles soient ? N’y a-t-il pas un point plus important encore, à savoir nous pénétrer de son esprit ? — être en cela son imitateur, comme lui-même l’était de Christ ? Sans cela, la pureté de nos doctrines ne ferait qu’aggraver notre condamnation. Voici donc la chose principale : reproduire son esprit. Et, tout en accordant que sur certains points nous devons nous contenter d’admirer ce que nous ne pouvons imiter, sur beaucoup d’autres nous pouvons, par la même grâce gratuite, avoir part à la même bénédiction. Conscients donc de vos propres besoins et de l’amour généreux de celui « qui donne à tous simplement et sans reproche », criez à celui qui opère tout en tous, pour obtenir une mesure de la même foi précieuse, du même zèle et de la même activité, de la même tendresse de cœur, de la même charité, des mêmes « entrailles de miséricorde ». Luttez avec Dieu pour obtenir quelque degré du même naturel reconnaissant, amical, affectueux ; de la même ouverture, de la même simplicité et de la même sincérité selon Dieu ; « une charité sans hypocrisie ». Luttez encore, jusqu’à ce que la puissance d’en haut opère en vous le même courage et la même patience inébranlables ; et surtout, parce qu’elle est la couronne de tout, la même invariable intégrité !

7. Y a-t-il quelque autre fruit de la grâce de Dieu dont il fut éminemment doué, et dont il déplorait souvent et passionnément l’absence parmi les enfants de Dieu ? Il y en a un : c’est l’amour catholique, cette affection sincère et tendre qui est due à tous ceux dont nous avons lieu de croire qu’ils sont enfants de Dieu par la foi ; en d’autres termes, à tous ceux qui, dans toute confession, « craignent Dieu et pratiquent la justice ». Il désirait ardemment voir tous ceux qui avaient « goûté la bonne parole » animés d’un véritable esprit catholique — mot peu compris, et encore moins éprouvé, par beaucoup qui l’ont souvent à la bouche. Qui est celui qui répond à ce caractère ? Qui est l’homme d’un esprit catholique ? C’est celui qui aime comme des amis, comme des frères dans le Seigneur, comme des participants du royaume présent des cieux et des cohéritiers de son royaume éternel, tous ceux, quelles que soient leur opinion, leur forme de culte ou leur assemblée, qui croient au Seigneur Jésus ; qui aiment Dieu et les hommes ; qui, se réjouissant de plaire à Dieu et craignant de l’offenser, ont soin de s’abstenir du mal et sont zélés pour les bonnes œuvres. Celui-là est un homme d’un esprit vraiment catholique, qui les porte tous continuellement sur son cœur ; qui, ayant pour leurs personnes une tendresse inexprimable et un ardent désir de leur bien, ne cesse de les recommander à Dieu dans la prière, aussi bien que de plaider leur cause devant les hommes ; qui leur parle avec consolation, et travaille, par toutes ses paroles, à fortifier leurs mains en Dieu. Il les assiste de tout son pouvoir, en toutes choses, spirituelles et temporelles ; il est prêt à « dépenser et à se dépenser lui-même » pour eux ; oui, à « donner sa vie pour ses frères ».

8. Combien ce caractère est aimable ! Combien il est désirable pour tout enfant de Dieu ! Mais pourquoi donc le trouve-t-on si rarement ? D’où vient qu’il en est si peu d’exemples ? En vérité, supposé que nous ayons goûté l’amour de Dieu, comment l’un de nous peut-il prendre du repos jusqu’à ce que ce caractère soit le sien ? Eh bien, il y a une ruse subtile par laquelle Satan persuade des milliers de personnes qu’elles peuvent s’arrêter en deçà et pourtant être innocentes. Heureux si beaucoup de ceux qui sont ici présents ne sont pas pris dans ce « piège du diable », captifs « pour être soumis à sa volonté » ! « Oh ! oui, dit l’un, j’ai tout cet amour pour ceux que je crois être enfants de Dieu ; mais jamais je ne croirai qu’il soit enfant de Dieu, celui qui appartient à cette vile assemblée ! Pensez-vous qu’il puisse être enfant de Dieu, celui qui professe des opinions si détestables ? ou celui qui prend part à un culte si insensé et si superstitieux, pour ne pas dire idolâtre ? » Ainsi nous nous justifions d’un péché en y en ajoutant un second ! Nous excusons le manque d’amour en nous-mêmes en rejetant la faute sur les autres ! Pour colorer notre propre humeur diabolique, nous déclarons nos frères enfants du diable ! Oh ! gardez-vous de cela ! — et si vous êtes déjà pris dans le piège, échappez-en aussitôt que possible ! Allez, et apprenez cet amour vraiment catholique qui « n’est point téméraire », ni prompt à juger ; cet amour qui « ne soupçonne point le mal », qui « croit tout et espère tout » ; qui fait pour les autres toutes les concessions que nous désirons que les autres fassent pour nous ! Alors nous reconnaîtrons la grâce de Dieu qui est en tout homme, quelle que soit son opinion ou sa forme de culte ; alors tous ceux qui craignent Dieu nous seront proches et chers « avec la tendresse de Jésus-Christ ».

9. N’était-ce pas là l’esprit de notre cher ami ? Et pourquoi ne serait-ce pas le nôtre ? Ô Dieu d’amour, jusques à quand ton peuple sera-t-il la fable des païens ? Jusques à quand se moqueront-ils de nous et diront-ils : « Voyez comme ces chrétiens s’aiment les uns les autres ! » Quand ôteras-tu notre opprobre ? L’épée dévorera-t-elle toujours? Jusques à quand tarderas-tu à dire à ton peuple de cesser de « se poursuivre les uns les autres » ? Maintenant du moins, « que tout le peuple s’arrête, et ne poursuive plus ses frères » ! Mais, quoi que fassent les autres, que tous, mes frères, nous écoutions la voix de celui qui parle encore, quoique mort ! Figurez-vous l’entendre dire : « Maintenant du moins, soyez mes imitateurs, comme je l’ai été de Christ ! Que le frère “ne tire plus l’épée contre son frère, et que vous n’appreniez plus la guerre” ! Revêtez-vous plutôt, comme des élus de Dieu, d’entrailles de miséricorde, d’humilité, d’amour fraternel, de douceur, de longanimité, vous supportant les uns les autres avec charité. Qu’il vous suffise du temps passé dans la discorde, l’envie, les querelles, à vous mordre et à vous dévorer les uns les autres. Béni soit Dieu de ce que vous n’ayez pas depuis longtemps été détruits les uns par les autres ! Désormais, efforcez-vous de conserver l’unité de l’esprit par le lien de la paix. »

10. Ô Dieu, pour toi aucune parole n’est impossible ! Tu fais tout ce qui te plaît ! Oh ! que ne fais-tu tomber maintenant sur nous qui restons le manteau de ton prophète, que tu as enlevé ! « Où est l’Éternel, le Dieu d’Élie? » Que son esprit repose sur ceux-ci, tes serviteurs ! Montre que tu es le Dieu qui répond par le feu ! Que le feu de ton amour tombe sur chaque cœur ! Et, parce que nous t’aimons, fais que nous nous aimions les uns les autres d’un « amour plus fort que la mort » ! Ôte du milieu de nous « toute colère, toute animosité et toute amertume ; toute clameur, toute calomnie » ! Que ton Esprit repose tellement sur nous que, dès cette heure, nous soyons « bons les uns envers les autres, compatissants, vous pardonnant réciproquement, comme Dieu, pour l’amour de Christ, nous a pardonné » !

Un hymne

1 Serviteur de Dieu, c’est bien !

Ton glorieux combat s’achève ;

La lutte est livrée, la course est gagnée,

Et te voilà couronné enfin ;

De tout ce que ton cœur désirait

Triomphalement en possession,

Reçu par le chœur des ministres

Dans le sein de ton Rédempteur.

2 Dans son amour condescendant,

Il entendit ta prière incessante ;

Et t’ordonna de partir soudain

Vers ta récompense entière :

Prêts à porter la paix,

Tes beaux pieds étaient chaussés,

Quand la miséricorde signa la délivrance de ton âme,

Et t’enleva jusqu’à Dieu.

3 Avec les saints trônant là-haut,

Tu proclames ton Seigneur,

Et cries encore : À Dieu le salut,

Le salut à l’Agneau !

Ô âme heureuse, heureuse !

Dans les extases de la louange,

Aussi longtemps que rouleront les siècles éternels,

Tu vois la face de ton Sauveur !

4 Rachetés de la terre et de la douleur,

Ah ! quand monterons-nous,

Pour régner tous en la présence de Jésus

Avec notre ami enlevé ?

Viens, Seigneur, viens promptement !

Et, quand nous serons accomplis en toi,

Reçois tes serviteurs qui soupirent après leur demeure,

Pour triompher à tes pieds !

Chapitre 54 terminé

Prêché à la chapelle de Tottenham-Court Road et au Tabernacle, près de Moorfields, le dimanche 18 novembre 1770

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