Chapitre 53 · 43 min de lecture · 55 min d’écoute
Sermon 52
Sermon 52 5555[texte de l’édition de 1872] 5656Prêché devant la Société pour la réformation des mœurs le dimanche 30 janvier 1763, à la chapelle de West-Street, Seven-Dials
« Qui se lèvera pour moi contre les méchants? »
Psaume 94:16.
1. De tout temps, des hommes qui ne craignaient pas Dieu et n’avaient d’égard pour personne se sont associés et ont formé des ligues pour accomplir les œuvres des ténèbres. En cela ils se sont montrés prudents dans leur génération ; car par ce moyen ils ont avancé le royaume de leur père le diable plus efficacement qu’ils n’auraient pu le faire autrement. D’autre part, des hommes qui craignaient Dieu et désiraient le bonheur de leurs semblables ont, à chaque époque, jugé nécessaire de s’unir pour s’opposer aux œuvres des ténèbres, répandre la connaissance de Dieu leur Sauveur et avancer son règne sur la terre. Lui-même, en vérité, leur a enseigné à agir ainsi. Depuis que les hommes sont sur la terre, il leur a appris à s’unir pour le servir, et il les a réunis en un seul corps par un seul Esprit. Et c’est précisément dans ce but qu’il les a unis : « afin de détruire les œuvres du diable » ; d’abord en ceux qui sont déjà unis, et, par eux, en tous ceux qui les entourent.
2. Tel est le dessein originel de l’Église de Christ. C’est un corps d’hommes étroitement liés ensemble afin, premièrement, que chacun sauve sa propre âme ; ensuite, qu’ils s’aident les uns les autres à travailler à leur salut ; et enfin, autant qu’il est en eux, qu’ils sauvent tous les hommes de la misère présente et future, renversent le royaume de Satan et établissent le royaume de Christ. Et tel doit être le soin et l’effort continuels de chaque membre de son Église ; sans quoi il n’est pas digne d’en être appelé membre, puisqu’il n’est pas un membre vivant de Christ.
3. Par conséquent, tel doit être aussi le soin et l’effort constants de tous ceux qui sont unis ensemble dans ces royaumes et que l’on appelle communément l’Église d’Angleterre. Ils sont unis précisément dans ce but : s’opposer au diable et à toutes ses œuvres, et faire la guerre au monde et à la chair, ses alliés constants et fidèles. Mais répondent-ils en fait au but de leur union ? Tous ceux qui se disent « membres de l’Église d’Angleterre » sont-ils de tout cœur engagés à s’opposer aux œuvres du diable et à combattre le monde et la chair ? Hélas ! nous ne pouvons le dire. Il s’en faut tellement qu’une grande partie d’entre eux, je crains même la plus grande partie, sont eux-mêmes le monde, — le peuple qui ne connaît pas Dieu d’une connaissance qui sauve ; qu’ils se livrent à eux-mêmes, jour après jour, au lieu de « mortifier la chair avec ses passions et ses désirs » ; et qu’ils font eux-mêmes ces œuvres du diable qu’ils se sont tout particulièrement engagés à détruire.
4. Il est donc encore besoin, même dans ce pays chrétien (comme nous appelons courtoisement la Grande-Bretagne), oui, dans cette Église chrétienne (si nous pouvons donner ce titre au gros de notre nation), que quelques-uns « se lèvent contre les méchants » et s’unissent « contre ceux qui font le mal ». Bien plus, jamais il n’en fut plus besoin qu’aujourd’hui : il faut que « ceux qui craignent l’Éternel se parlent souvent l’un à l’autre » sur ce point précis, afin de savoir comment ils pourront « dresser un étendard contre l’iniquité » qui inonde le pays. Il y a d’abondantes raisons pour que tous les serviteurs de Dieu s’unissent contre les œuvres du diable, afin de prendre position pour Dieu d’un même cœur, d’un même conseil et d’un même effort, et de réprimer, autant qu’il est en eux, ces « torrents d’impiété ».
5. C’est dans ce but que quelques personnes de Londres s’unirent vers la fin du siècle dernier et reçurent, au bout de quelque temps, le nom de Société pour la réformation des mœurs ; et elles firent un bien incroyable pendant près de quarante ans. Mais alors, la plupart des membres fondateurs étant allés recevoir leur récompense, ceux qui leur succédèrent perdirent courage et abandonnèrent l’œuvre ; de sorte qu’il y a quelques années la Société cessa d’exister, et il n’en resta aucune de ce genre dans le royaume.
6. C’est une société de même nature qui vient d’être formée. Je me propose de montrer, Premièrement, la nature de leur dessein et les démarches qu’ils ont faites jusqu’ici ; Deuxièmement, son excellence, avec les diverses objections qu’on y a opposées ; Troisièmement, quelle sorte d’hommes doivent être ceux qui s’engagent dans un tel dessein ; et, Quatrièmement, dans quel esprit et de quelle manière ils doivent procéder pour le poursuivre. Je conclurai par une application, tant à eux-mêmes qu’à tous ceux qui craignent Dieu.
I. 1. Je dois, Premièrement, montrer la nature de leur dessein et les démarches qu’ils ont faites jusqu’ici.
Ce fut un jour du Seigneur, en août 1757, que, dans une petite compagnie réunie pour la prière et l’entretien religieux, on fit mention de la profanation grossière et ouverte de ce jour sacré par des gens qui achetaient et vendaient, tenaient boutique ouverte, buvaient dans les cabarets, et se tenaient debout ou assis dans les rues, sur les routes ou dans les champs, débitant leurs marchandises comme aux jours ordinaires ; particulièrement à Moorfields, qui en était alors rempli chaque dimanche, d’un bout à l’autre. On examina quel moyen on pourrait prendre pour remédier à ces abus ; et il fut convenu que six d’entre eux iraient, dans la matinée, se présenter chez Sir John Fielding pour lui demander conseil. Ils le firent : il approuva le dessein et leur indiqua comment le mettre à exécution.
2. Ils présentèrent d’abord des pétitions au très honorable lord-maire et à la Cour des échevins ; aux juges de paix siégeant à Hick’s Hall, et à ceux de Westminster ; et ils reçurent de tous ces honorables tribunaux de grands encouragements à poursuivre.
3. On jugea ensuite à propos de faire connaître leur dessein à de nombreuses personnes de haut rang, ainsi qu’au corps du clergé et aux ministres des autres dénominations, attachés aux diverses églises et assemblées des villes de Londres et de Westminster et de leurs environs ; et ils eurent la satisfaction de rencontrer chez eux un consentement cordial et une approbation universelle.
4. Ils imprimèrent ensuite et répandirent, à leurs propres frais, plusieurs milliers de livrets d’instruction à l’usage des constables et autres officiers de paroisse, qui expliquaient et inculquaient leurs divers devoirs ; et, pour prévenir autant que possible la nécessité d’en venir à l’exécution effective des lois, ils imprimèrent aussi et répandirent dans tous les quartiers de la ville des exhortations à ne pas violer le sabbat, des extraits des lois du Parlement qui le défendent, et des avertissements aux contrevenants.
5. Le chemin ayant été préparé par ces précautions, ce fut au commencement de l’année 1758 que, après des avertissements donnés à maintes reprises et aussi souvent méprisés, des dénonciations effectives furent portées devant les magistrats contre des personnes qui profanaient le jour du Seigneur. Par ce moyen, ils débarrassèrent d’abord les rues et les champs de ces contrevenants notoires qui, sans aucun égard ni pour Dieu ni pour le roi, vendaient leurs marchandises du matin au soir. Ils passèrent à une entreprise plus difficile : empêcher que l’on ne s’attardât à boire le jour du Seigneur, passant au cabaret le temps qui devrait être consacré au culte plus immédiat de Dieu. En cela ils furent exposés à quantité d’opprobres, d’insultes et d’outrages de toute espèce, ayant à lutter non seulement contre les buveurs et ceux qui les recevaient, les cabaretiers, mais contre des hommes riches et honorés : en partie les propriétaires de ces cabaretiers, en partie ceux qui leur fournissaient la boisson, et en général tous ceux qui tiraient profit de leurs péchés. Quelques-uns de ceux-ci étaient non seulement des hommes aisés, mais des hommes en autorité ; bien plus, en plus d’un cas, c’étaient ceux-là mêmes devant qui l’on amenait les délinquants. Et la manière dont ils traitaient ceux qui avaient porté les dénonciations encourageait naturellement « les bêtes du peuple » à suivre leur exemple et à les traiter comme des gens indignes de vivre sur la terre. Aussi ne se faisait-on aucun scrupule, non seulement de les accabler des injures les plus basses, non seulement de leur jeter de la boue, des pierres ou tout ce qui tombait sous la main, mais bien souvent de les battre sans pitié et de les traîner sur le pavé ou dans les ruisseaux. Et s’ils ne les tuèrent pas, ce ne fut pas faute de le vouloir ; mais ils étaient tenus par le frein.
6. Ayant donc reçu le secours de Dieu, ils entreprirent ensuite d’empêcher aussi les boulangers de consacrer une si grande partie du jour du Seigneur à l’exercice de leur métier. Mais beaucoup de ceux-ci se montrèrent plus nobles que les cabaretiers. Loin de s’en offenser ou de le regarder comme un affront, plusieurs, qui avaient été entraînés par le courant de la coutume à agir contre leur propre conscience, les remercièrent sincèrement de leur peine et y reconnurent un véritable service rendu.
7. En débarrassant les rues, les champs et les cabarets des violateurs du sabbat, ils tombèrent sur une autre sorte de contrevenants, aussi nuisibles à la société que qui que ce soit : les joueurs de diverses espèces. Quelques-uns étaient de la classe la plus basse et la plus vile, ceux qu’on appelle communément tricheurs, qui font métier de s’emparer de jeunes gens sans expérience et de leur escroquer tout leur argent ; et, après les avoir réduits à la mendicité, ils leur enseignent souvent le même mystère d’iniquité. Ils ont extirpé plusieurs de ces repaires et contraint bon nombre de ces gens à gagner honnêtement leur pain à la sueur de leur front et par le travail de leurs mains.
8. Croissant en nombre et en force, ils élargirent leurs vues et commencèrent non seulement à réprimer les jurements profanes, mais à faire disparaître de nos rues une autre nuisance publique, un autre scandale pour le nom chrétien : les prostituées. Beaucoup d’entre elles furent arrêtées au milieu de leur course d’audacieuse méchanceté. Et, pour aller à la racine du mal, beaucoup des maisons qui les recevaient ont été découvertes, poursuivies selon la loi et entièrement supprimées. Et quelques-unes de ces pauvres femmes désolées elles-mêmes, bien que tombées
Au plus bas degré de l’infamie humaine,
ont reconnu la providence miséricordieuse de Dieu et rompu avec leurs péchés par une repentance durable. Plusieurs d’entre elles ont été placées, et plusieurs reçues à l’hôpital de la Madeleine.
9. Si l’on veut bien me permettre une petite digression, qui peut assez admirer la sagesse de la divine Providence dans la disposition des temps et des saisons, de manière à faire concorder un événement avec un autre ? Par exemple : juste au moment où beaucoup de ces pauvres créatures, arrêtées dans leur course de péché, éprouvaient le désir de mener une vie meilleure, comme en réponse à cette triste question : « Mais si je quitte la voie où je suis maintenant, que puis-je faire pour vivre ? Car je ne connais aucun métier, et je n’ai point d’amis qui veuillent me recevoir » — juste à ce moment, dis-je, Dieu a préparé l’hôpital de la Madeleine. Là, celles qui n’ont ni métier ni amis pour les recevoir sont accueillies avec toute la tendresse possible ; oui, elles peuvent y vivre, et y vivre dans l’aisance, étant pourvues de tout ce qui est nécessaire « à la vie et à la piété ».
10. Mais revenons à notre sujet. Le nombre des personnes traduites en justice, d’août 1757 à août 1762, est de......................9 596
Depuis lors jusqu’à présent : —
Pour jeux illicites et jurements profanes
40
Pour violation du sabbat
400
Femmes de mauvaise vie et tenanciers de maisons mal famées
550
Pour mise en vente d’estampes obscènes
2
En tout
10 588
11. Dans l’admission des membres à la Société, on n’a égard à aucune secte ni à aucun parti. Quiconque, après enquête, est reconnu pour homme de bien est admis sans difficulté. Et nul de ceux qui ont des vues intéressées ou pécuniaires n’y restera longtemps : non seulement parce qu’il n’y peut rien gagner, mais parce qu’il y perdrait bien vite, puisqu’il doit devenir souscripteur dès qu’il est membre. Le cri du vulgaire, il est vrai, est : « Ce sont tous des whitefieldiens. » Mais c’est une grande erreur. Une vingtaine des membres souscripteurs réguliers, voilà tout ce qu’il y en a qui soient liés à M. Whitefield ; environ cinquante sont liés à M. Wesley ; une vingtaine, qui sont de l’Église établie, n’ont de lien ni avec l’un ni avec l’autre ; et environ soixante-dix sont des dissidents ; ce qui fait en tout cent soixante. Il y en a, à la vérité, beaucoup d’autres qui aident à l’œuvre par des souscriptions occasionnelles.
II. 1. Telles sont les démarches faites jusqu’ici pour poursuivre ce dessein. Je dois, en Second lieu, en montrer l’excellence, nonobstant les objections qu’on y a opposées. Or, cette excellence ressort de plusieurs considérations. Et, Premièrement, de ceci : prendre ouvertement position contre toute l’impiété et toute l’injustice qui se répandent sur notre pays comme un déluge est l’une des plus nobles manières de confesser Christ à la face de ses ennemis. C’est rendre gloire à Dieu, et montrer aux hommes que, même dans cette lie des temps,
Il en est encore qui préfèrent la foi,
Bien que peu nombreux, et la piété envers Dieu.
Et qu’y a-t-il de plus excellent que de rendre à Dieu l’honneur dû à son nom ? Que de déclarer, par une preuve plus forte que des paroles, par la souffrance même et en courant tous les risques : « Oui, il est une récompense pour le juste; Oui, il est un Dieu qui juge sur la terre. »
2. Combien est excellent le dessein de prévenir, à quelque degré que ce soit, le déshonneur fait à son nom glorieux, le mépris déversé sur son autorité, et le scandale attiré sur notre sainte religion par la méchanceté grossière et flagrante de ceux qui portent encore le nom de Christ ! Endiguer à quelque degré le torrent du vice, réprimer les flots de l’impiété, ôter en quelque mesure ces occasions de blasphémer le beau nom par lequel nous sommes appelés, c’est l’un des plus nobles desseins que le cœur de l’homme puisse jamais concevoir.
3. Et, comme ce dessein tend si évidemment à procurer « gloire à Dieu dans les lieux très hauts », il ne contribue pas moins manifestement à établir la « paix sur la terre ». Car, de même que tout péché tend directement à détruire notre paix avec Dieu en le bravant ouvertement, à bannir la paix de notre propre cœur et à tourner l’épée de chacun contre son prochain, de même tout ce qui prévient ou ôte le péché favorise au même degré la paix, — la paix dans notre propre âme, la paix avec Dieu, et la paix les uns avec les autres. Tels sont les fruits véritables de ce dessein, même dans le monde présent. Mais pourquoi borner nos vues aux limites étroites du temps et de l’espace ? Passons plutôt au-delà, dans l’éternité. Et quel fruit y en trouverons-nous ? Laissons parler l’apôtre : « Mes frères, si quelqu’un parmi vous s’est égaré loin de la vérité, et qu’un autre l’y ramène, » (non pas à telle ou telle opinion, mais à Dieu !) « qu’il sache que celui qui ramènera un pécheur de la voie où il s’était égaré sauvera une âme de la mort et couvrira une multitude de péchés. » (Jacques 5:19, 20.)
4. Et ce n’est pas seulement aux individus, qu’il s’agisse de ceux qui entraînent les autres dans le péché ou de ceux qui risquent d’être entraînés et perdus par eux, que revient le bienfait de ce dessein, mais à toute la communauté dont nous sommes membres. Car n’est-ce pas une observation certaine que « la justice élève une nation » ? Et n’est-il pas tout aussi certain, d’autre part, que « le péché est la honte des peuples » ? Oui, et qu’il attire sur eux la malédiction de Dieu ? Autant donc la justice est avancée dans quelque domaine que ce soit, autant l’intérêt national est avancé. Autant le péché, surtout le péché public, est réprimé, autant la malédiction et l’opprobre sont ôtés de dessus nous. Quels que soient donc ceux qui travaillent à cette œuvre, ils sont des bienfaiteurs de tous. Ils sont les plus vrais amis de leur roi et de leur pays. Et, dans la mesure même où leur dessein se réalise, il n’y a pas de doute que Dieu donnera la prospérité à la nation, en accomplissement de sa fidèle parole : « j’honorerai celui qui m’honore ».
5. Mais on objecte : « Si excellent que soit ce dessein, il ne vous regarde pas. Car n’y a-t-il pas des personnes à qui il appartient proprement de réprimer ces offenses et de punir les coupables ? N’y a-t-il pas des constables et d’autres officiers de paroisse qui sont tenus par serment à cela même ? » Il y en a. Les constables et les marguilliers, en particulier, sont engagés par des serments solennels à dénoncer dûment les profanateurs du jour du Seigneur et tous les autres pécheurs scandaleux. Mais s’ils le négligent, — si, malgré leurs serments, ils ne se mettent pas en peine de la chose, il appartient à tous ceux qui craignent Dieu, qui aiment les hommes et qui veulent du bien à leur roi et à leur pays, de poursuivre ce dessein avec la même vigueur que s’il n’existait aucun de ces officiers ; puisque, s’ils ne servent à rien, c’est exactement comme s’ils n’existaient pas.
6. « Mais ce n’est là qu’un prétexte : leur véritable dessein est de gagner de l’argent par des dénonciations. » On l’a souvent et carrément affirmé, mais sans la moindre ombre de vérité. Le contraire peut être prouvé par mille exemples : aucun membre de la Société ne prend la moindre part de l’argent que la loi attribue au dénonciateur. Ils ne l’ont jamais fait depuis le commencement ; et aucun d’eux ne reçoit jamais rien pour étouffer ou retirer sa dénonciation. C’est là une autre erreur, sinon une calomnie volontaire, qui n’a pas le moindre fondement.
7. « Mais le dessein est impraticable. Le vice est monté à un tel point qu’il est impossible de le réprimer, surtout par de tels moyens. Car que peut une poignée de pauvres gens contre le monde entier ? » « Cela est impossible aux hommes, mais non à Dieu. » Et ils se confient, non en eux-mêmes, mais en lui. Que les protecteurs du vice soient donc aussi forts qu’on voudra, ils ne sont devant lui que des sauterelles. Et tous les moyens sont égaux pour lui : il est indifférent à Dieu « de sauver au moyen d’un petit nombre comme d’un grand nombre ». Le petit nombre de ceux qui sont du côté du Seigneur n’est donc rien ; ni le grand nombre de ceux qui sont contre lui. Il fait toujours tout ce qui lui plaît ; et « il n’y a ni conseil ni force contre l’Éternel ».
8. « Mais si le but que vous poursuivez est réellement de réformer les pécheurs, vous choisissez de mauvais moyens. C’est la Parole de Dieu qui doit opérer cela, et non les lois humaines ; et c’est l’œuvre des ministres, non des magistrats ; aussi le recours à ceux-ci ne peut-il produire qu’une réformation extérieure. Il ne change rien au cœur. »
Il est vrai que la Parole de Dieu est le moyen principal et ordinaire par lequel il change à la fois le cœur et la vie des pécheurs ; et il le fait principalement par les ministres de l’Évangile. Mais il est également vrai que le magistrat est « serviteur de Dieu », et qu’il est établi de Dieu « pour être la terreur de ceux qui font le mal », en exécutant contre eux les lois humaines. Si cela ne change pas le cœur, empêcher le péché extérieur est déjà un précieux avantage de gagné. Il y a d’autant moins de déshonneur fait à Dieu, moins de scandale attiré sur notre sainte religion, moins de malédiction et d’opprobre sur notre nation, moins de tentations placées sur le chemin des autres ; oui, et moins de colère amassée par les pécheurs eux-mêmes pour le jour de la colère.
9. « Bien plus, il fait davantage ; car il fait de beaucoup d’entre eux des hypocrites, qui feignent d’être ce qu’ils ne sont pas. D’autres, parce qu’on les expose à la honte et qu’on les met en frais, deviennent impudents et désespérés dans leur méchanceté ; de sorte qu’en réalité aucun d’eux n’est meilleur, s’ils ne sont pas pires qu’auparavant. »
C’est là une erreur d’un bout à l’autre. Car, (1.) où sont ces hypocrites ? Nous n’en connaissons aucun qui ait feint d’être ce qu’il n’était pas. (2.) Exposer à la honte les contrevenants obstinés et les mettre en frais ne les rend pas désespérés dans leurs offenses, mais leur fait craindre d’offenser. (3.) Quelques-uns d’entre eux, loin d’être pires, sont foncièrement meilleurs, toute la teneur de leur vie étant changée. Oui, (4.) quelques-uns sont changés intérieurement, passant même « des ténèbres à la lumière et de la puissance de Satan à Dieu ».
10. « Mais beaucoup ne sont pas convaincus qu’acheter ou vendre le jour du Seigneur soit un péché. »
S’ils n’en sont pas convaincus, ils devraient l’être : il est grand temps qu’ils le soient. Le cas est aussi clair que possible. Car si la violation ouverte et volontaire à la fois de la loi de Dieu et de la loi du pays n’est pas un péché, qu’est-ce donc, je vous prie, que le péché ? Et si une telle violation des lois divines et humaines ne doit pas être punie parce qu’un homme n’est pas convaincu que c’est un péché, c’en est fait de toute exécution de la justice, et tous les hommes peuvent vivre comme il leur plaît.
11. « Mais il faudrait essayer d’abord des méthodes douces. » Il le faudrait ; et c’est ce qu’on fait. Une douce admonition est adressée à chaque contrevenant avant que la loi soit mise à exécution contre lui ; et nul n’est poursuivi sans avoir reçu un avertissement exprès que ce sera le cas, à moins qu’il ne prévienne la poursuite en en ôtant la cause. En tout cas, on use de la méthode la plus douce que la nature du cas comporte ; et l’on n’applique jamais de moyens plus sévères que lorsqu’ils sont absolument nécessaires pour atteindre le but.
12. « Eh bien, mais après tout ce bruit autour de la réformation, quel bien réel a-t-on fait ? » Un bien indicible ; et beaucoup plus qu’on n’aurait pu l’attendre en si peu de temps, vu le petit nombre des instruments et les difficultés qu’ils ont eu à surmonter. Beaucoup de mal a déjà été prévenu, et beaucoup a été ôté. Beaucoup de pécheurs ont été réformés extérieurement ; quelques-uns ont été changés intérieurement. L’honneur de celui dont nous portons le nom, si ouvertement outragé, a été ouvertement défendu. Et il n’est pas facile de déterminer combien de bénédictions, et combien grandes, cette petite résistance même, faite pour Dieu et pour sa cause contre ses ennemis audacieux, peut avoir déjà attirées sur toute notre nation. Somme toute donc, après toutes les objections qu’on peut faire, des hommes raisonnables peuvent encore conclure qu’un dessein plus excellent n’est guère jamais entré dans le cœur de l’homme.
III. 1. Mais quelle sorte d’hommes doivent être ceux qui s’engagent dans un tel dessein ? Quelques-uns s’imagineront peut-être que tous ceux qui veulent y prêter leur concours doivent être admis sans difficulté, et que plus le nombre des membres sera grand, plus grande sera leur influence. Mais ce n’est nullement vrai : les faits prouvent indéniablement le contraire. Tant que l’ancienne Société pour la réformation des mœurs ne se composa que de membres choisis, bien qu’ils ne fussent ni nombreux, ni riches, ni puissants, ils percèrent à travers toute opposition et réussirent éminemment dans chaque branche de leur entreprise ; mais lorsqu’on reçut dans cette Société un certain nombre d’hommes choisis avec moins de soin, ils devinrent de moins en moins utiles, jusqu’à ce que, par degrés insensibles, ils se réduisirent à rien.
2. Le nombre des membres n’est donc pas plus à considérer que leur richesse ou leur rang. C’est ici une œuvre de Dieu. Elle est entreprise au nom de Dieu, et pour l’amour de lui. Il s’ensuit que les hommes qui n’aiment ni ne craignent Dieu n’ont ni part ni lot dans cette affaire. « Pourquoi as-tu mon alliance à la bouche ? » pourrait dire Dieu à chacun d’eux, « toi qui » toi-même « hais d’être réformé, et qui jettes mes paroles derrière toi ? » Quiconque donc vit dans un péché connu n’est pas propre à s’engager à réformer les pécheurs ; surtout s’il est coupable, en quelque cas ou au moindre degré, de profaner le nom de Dieu, d’acheter, de vendre ou de faire quelque travail non nécessaire le jour du Seigneur, ou d’offenser en quelque autre des points que cette Société a particulièrement pour but de réformer. Non ; que nul, qui a lui-même besoin de cette réformation, n’ait la présomption de se mêler d’une telle entreprise. Qu’il « ôte d’abord la poutre de son propre œil » : qu’il soit lui-même irréprochable en toutes choses.
3. Non que cela suffise : quiconque s’y engage doit être plus qu’un homme inoffensif. Il doit être un homme de foi, ayant au moins un tel degré de cette « démonstration des choses qu’on ne voit pas » qu’il en vienne à « regarder, non point aux choses visibles, qui sont passagères, mais à celles qui sont invisibles, qui sont éternelles » ; une foi telle qu’elle produise une crainte constante de Dieu, avec une résolution durable, par sa grâce, de s’abstenir de tout ce qu’il a défendu et de faire tout ce qu’il a commandé. Il aura plus particulièrement besoin de cette branche particulière de la foi, — la confiance en Dieu. C’est cette foi qui « transporte les montagnes » ; qui « éteint la puissance du feu » ; qui perce à travers toute opposition ; et qui rend capable de tenir ferme et d’en « poursuivre mille », sachant en qui réside sa force, et, même lorsqu’on porte « en soi-même l’arrêt de mort, de se confier en celui qui ressuscite les morts ».
4. Celui qui a foi et confiance en Dieu sera, par voie de conséquence, un homme de courage. Et il est hautement nécessaire que le soit tout homme qui s’engage dans cette entreprise : car il surviendra, dans sa poursuite, bien des choses terribles à la nature ; si terribles, en vérité, que tous ceux qui « consultent la chair et le sang » craindront de les affronter. C’est donc ici que le vrai courage a sa place propre, et il y est nécessaire au plus haut degré. Et ce courage, la foi seule peut le donner. Un croyant peut dire :
Je ne crains nul refus ; nul danger je ne crains ;
Je ne fuis point l’épreuve ; — car Jésus est tout près.
5. Au courage la patience est étroitement alliée ; l’un regarde les maux à venir, l’autre les maux présents. Et quiconque se joint à la poursuite d’un dessein de cette nature en aura grand besoin. Car, malgré toute son irréprochabilité, il se trouvera exactement dans la situation d’Ismaël, — « sa main sera contre tous, et la main de tous sera contre lui ». Et rien d’étonnant : s’il est vrai que « tous ceux qui veulent vivre pieusement seront persécutés », combien éminemment cela doit-il s’accomplir en ceux qui, non contents de vivre pieusement eux-mêmes, contraignent les impies à faire de même, ou du moins à s’abstenir d’une impiété notoire ! N’est-ce pas déclarer la guerre au monde entier ? défier tous les enfants du diable ? Et Satan lui-même, « le prince de ce monde, le dominateur des ténèbres » de ce monde, ne déploiera-t-il pas toute sa ruse et toute sa force pour soutenir son royaume chancelant ? Qui peut s’attendre à ce que le lion rugissant se laisse docilement arracher la proie d’entre les dents ? « Vous avez » donc « besoin de persévérance, afin qu’après avoir accompli la volonté de Dieu, vous obteniez ce qui vous est promis. »
6. Et vous avez besoin de fermeté, afin de « retenir fermement » cette « profession de votre foi sans chanceler ». Cette fermeté aussi devrait se trouver chez tous ceux qui s’unissent dans cette Société ; car ce n’est pas là une tâche pour un « homme irrésolu », — pour un homme qui « est inconstant dans ses voies ». Celui qui est comme un roseau agité par le vent n’est pas propre à cette guerre, qui exige une âme ferme dans son dessein, une résolution constante et déterminée. Celui qui en manque peut « mettre la main à la charrue » ; mais combien vite « regardera-t-il en arrière » ! Il peut, à la vérité, « durer un temps ; mais quand survient la persécution ou la tribulation », les épreuves publiques ou privées, « à cause de l’œuvre, aussitôt il est scandalisé ».
7. En vérité, il est difficile à qui que ce soit de persévérer dans une œuvre si peu agréable, à moins que l’amour ne l’emporte à la fois sur la peine et sur la crainte. Il est donc hautement à propos que tous ceux qui y sont engagés aient « l’amour de Dieu répandu dans leurs cœurs » ; qu’ils puissent tous déclarer : « nous l’aimons, parce qu’il nous a aimés le premier ». La présence de celui que leur âme aime rendra alors leur travail léger. Ils pourront dire alors, non dans l’égarement d’une imagination échauffée, mais avec la plus entière vérité et la plus entière sobriété, —
Lorsque je converse avec toi, j’oublie
Le temps, la peine et les soucis :
Le travail m’est repos, la douleur m’est douce,
Tant que toi, mon Dieu, tu es là.
8. Ce qui ajoute une douceur plus grande encore, même au travail et à la douleur, c’est l’« amour du prochain » chrétien. Lorsqu’ils « aiment leur prochain », c’est-à-dire toute âme d’homme, « comme eux-mêmes », comme leur propre âme ; lorsque « l’amour de Christ » les « presse » de s’aimer les uns les autres, « comme il nous a aimés » ; lorsque, de même qu’il a « souffert la mort pour tous », ils sont « prêts à donner leur vie pour leurs frères » (comprenant dans ce nombre tout homme, toute âme pour laquelle Christ est mort), quelle perspective de danger pourra alors les effrayer au point de les détourner de leur « travail d’amour » ? Quelle souffrance ne seront-ils pas prêts à endurer pour sauver une seule âme des flammes éternelles ? Quelle persistance de travail, de déception, de douleur vaincra leur résolution arrêtée ? Ne seront-ils pas
Trempés comme l’acier contre tous les rebuts, jamais lassés
Ni du jour pénible, ni de la nuit infructueuse ?
Ainsi l’amour « espère » et « supporte tout » ; ainsi « La charité ne périt jamais. »
9. L’amour est nécessaire à tous les membres d’une telle Société pour une autre raison encore : c’est qu’il « ne s’enfle point d’orgueil ». Il produit non seulement le courage et la patience, mais l’humilité. Et oh ! combien celle-ci est nécessaire à tous ceux qui sont ainsi employés ! Qu’y a-t-il de plus important que d’être petits, méprisables, bas et vils à leurs propres yeux ? Car autrement, s’ils se croyaient quelque chose, s’ils s’attribuaient quoi que ce soit, s’ils admettaient quelque chose d’un esprit pharisaïque, « se persuadant qu’ils étaient justes, et méprisant les autres », rien ne tendrait plus directement à renverser tout le dessein. Car alors ils auraient à lutter non seulement contre le monde entier, mais contre Dieu lui-même, puisqu’il « résiste aux orgueilleux, Mais il fait grâce » seulement « aux humbles ». Chaque membre de cette société devrait donc avoir une conscience profonde de sa propre folie, de sa faiblesse, de son impuissance ; se suspendant continuellement, de toute son âme, à celui qui seul a la sagesse et la force, avec la conviction indicible que « le secours qui se fait sur la terre, c’est Dieu lui-même qui le fait » ; et que c’est lui seul « qui produit en nous le vouloir et le faire, selon son bon plaisir ».
10. Il est encore un point que quiconque s’engage dans ce dessein doit avoir profondément gravé dans son cœur, à savoir que « la colère de l’homme n’accomplit pas la justice de Dieu ». Qu’il apprenne donc de celui qui était doux aussi bien qu’humble ; et qu’il demeure dans la douceur aussi bien que dans l’humilité : « en toute humilité et douceur », qu’il « marche d’une manière digne de la vocation qui lui a été adressée ». Qu’ils soient « doux envers tous les hommes », bons ou méchants, pour l’amour de lui-même, pour l’amour d’eux, pour l’amour de Christ. Y en a-t-il qui soient « ignorants et égarés » ? Qu’il ait « compassion » d’eux. S’opposent-ils même à la parole et à l’œuvre de Dieu ; bien plus, se rangent-ils en bataille contre elle ? Il a d’autant plus besoin « d’instruire avec douceur ceux qui s’opposent ainsi » ; s’il se peut qu’ils « se dégagent des pièges du diable » et ne soient plus « pris captifs à sa volonté ».
IV. 1. Des qualités de ceux qui sont propres à s’engager dans une entreprise comme celle-ci, je passe à montrer, Quatrièmement, dans quel esprit et de quelle manière elle doit être poursuivie. D’abord, dans quel esprit. Or cela regarde premièrement le motif, qui doit être conservé à chaque pas que l’on fait ; car si, à quelque moment, « la lumière qui est en toi est ténèbres, combien seront grandes ces ténèbres! Mais si ton œil est en bon état, tout ton corps sera éclairé. » Il faut donc s’en souvenir continuellement et le porter dans chaque parole et chaque action. Rien ne doit être dit ou fait, de grand ou de petit, en vue d’un avantage temporel ; rien en vue de la faveur ou de l’estime, de l’amour ou de la louange des hommes. Mais l’intention, l’œil de l’esprit, doit toujours être fixée sur la gloire de Dieu et le bien de l’homme.
2. Mais l’esprit dans lequel tout doit être fait regarde la disposition aussi bien que le motif. Et cette disposition n’est autre que celle qui a été décrite plus haut. Car le même courage, la même patience, la même fermeté, qui rendent un homme propre à l’œuvre, doivent y être exercés. Par-dessus tout, qu’il « prenne le bouclier de la foi » : celui-ci éteindra mille traits enflammés. Qu’il exerce toute la foi que Dieu lui a donnée, à chaque heure d’épreuve. Et que tout ce qu’il fait se fasse avec amour : que jamais cet amour ne lui soit arraché. Il ne faut pas que les grandes eaux éteignent cet amour, ni que les flots de l’ingratitude le submergent. Qu’il y ait aussi en lui ce cœur humble qui était aussi en Jésus-Christ ; oui, et qu’il soit « revêtu d’humilité », qui remplisse son cœur et orne toute sa conduite. En même temps, qu’il « se revête d’entrailles de miséricorde, de douceur, de patience » ; évitant la moindre apparence de malice, d’amertume, de colère ou de ressentiment ; sachant que notre vocation n’est pas d’être « vaincus par le mal, mais de surmonter le mal par le bien ». Pour conserver cet amour humble et doux, il est nécessaire de tout faire avec recueillement d’esprit ; en veillant contre toute précipitation ou dissipation de pensée, aussi bien que contre l’orgueil, la colère ou l’humeur revêche. Mais cela ne peut être conservé autrement qu’en « persévérant dans la prière », avant et après qu’on entre en campagne, et pendant toute l’action ; et en faisant tout dans un esprit de sacrifice, offrant tout à Dieu, par le Fils de son amour.
3. Quant à la manière extérieure d’agir, une règle générale est celle-ci : qu’elle soit l’expression de ces dispositions intérieures. Mais, pour être plus précis : (1.) que chacun prenne garde de ne pas « faire le mal afin qu’il en arrive du bien ». C’est pourquoi, « renoncez au mensonge, et que chacun de vous parle selon la vérité à son prochain ». N’usez d’aucune fraude ni d’aucune ruse, soit pour découvrir, soit pour punir qui que ce soit ; mais, « avec simplicité et sincérité devant Dieu », « recommandez-vous à toute conscience d’homme devant Dieu ». Il est probable qu’en vous attachant à ces règles vous ferez condamner moins de contrevenants ; mais la bénédiction de Dieu n’en accompagnera que davantage toute l’entreprise.
4. Mais que l’innocence soit jointe à la prudence proprement dite ; — non pas à cette progéniture de l’enfer que le monde appelle prudence, qui n’est que ruse, finesse, dissimulation ; mais à cette « sagesse d’en haut » que notre Seigneur recommande tout particulièrement à tous ceux qui veulent avancer son règne sur la terre. « Soyez donc prudents comme les serpents », tandis que vous êtes « simples comme les colombes ». Cette sagesse vous apprendra à adapter vos paroles et toute votre conduite aux personnes avec qui vous avez affaire, au temps, au lieu et à toutes les autres circonstances. Elle vous enseignera à ôter l’occasion de scandale, même à ceux qui cherchent une occasion, et à faire les choses de la nature la plus offensante de la manière la moins offensante possible.
5. Votre manière de parler, en particulier aux contrevenants, doit être en tout temps profondément sérieuse (de peur qu’elle ne paraisse les insulter ou triompher d’eux), inclinant plutôt à la tristesse ; montrant que vous les plaignez de ce qu’ils font et que vous compatissez à ce qu’ils souffrent. Que votre air et le ton de votre voix, aussi bien que vos paroles, soient sans passion, calmes, doux ; oui, là où cela ne paraîtrait pas de la dissimulation, même bienveillants et amicaux. Dans certains cas, où ce sera probablement reçu comme on l’entend, vous pouvez leur témoigner la bienveillance que vous leur portez ; mais en même temps (afin qu’on ne croie pas qu’elle procède de la crainte ou de quelque mauvaise inclination), en témoignant votre intrépidité et votre inflexible résolution de vous opposer au vice et de le punir jusqu’au bout.
V. 1. Il ne reste plus qu’à faire quelque application de ce qui a été dit, en partie à vous qui êtes déjà engagés dans cette œuvre, en partie à tous ceux qui craignent Dieu ; et plus particulièrement à ceux qui l’aiment autant qu’ils le craignent.
À l’égard de vous qui êtes déjà engagés dans cette œuvre, le Premier conseil que je voudrais vous donner est de considérer avec calme et profondeur la nature de votre entreprise. Sachez ce que vous faites ; connaissez à fond ce que vous avez en main ; considérez les objections qu’on fait à l’ensemble de votre entreprise ; et, avant d’aller plus loin, assurez-vous que ces objections n’ont aucun poids réel : alors, que chacun agisse selon qu’il est pleinement persuadé en son esprit.
2. Je vous conseille, Deuxièmement, de ne pas vous hâter d’augmenter votre nombre ; et, en y ajoutant, de ne regarder ni à la richesse, ni au rang, ni à aucune circonstance extérieure ; ne regardez qu’aux qualités décrites ci-dessus. Informez-vous avec soin si celui qu’on propose est d’une conduite irréprochable, s’il est un homme de foi, de courage, de patience, de fermeté ; s’il aime Dieu et les hommes. S’il en est ainsi, il ajoutera à votre force aussi bien qu’à votre nombre ; sinon, vous perdrez par lui plus que vous ne gagnerez, car vous déplairez à Dieu. Et ne craignez pas de retrancher du milieu de vous quiconque ne répond pas au caractère que nous venons de décrire. En diminuant ainsi votre nombre, vous augmenterez votre force : vous serez « des vases propres à l’usage de votre Maître ».
3. Je voudrais, Troisièmement, vous conseiller d’observer de près par quel motif vous agissez ou parlez en tout temps. Prenez garde que votre intention ne soit souillée d’aucune considération soit de profit, soit de louange. Quoi que vous fassiez, « faites-le pour le Seigneur, comme des serviteurs de Christ. » Ne cherchez à vous plaire à vous-mêmes en aucun point, mais à plaire à celui à qui vous appartenez et que vous servez. Que votre œil soit simple, du commencement à la fin ; ne regardez qu’à Dieu dans chaque parole et dans chaque œuvre.
4. Je vous conseille, en Quatrième lieu, de veiller à tout faire dans une juste disposition ; avec humilité et douceur, avec patience et bonté, d’une manière digne de l’Évangile de Christ. Faites chaque pas en vous confiant en Dieu, et dans l’esprit le plus tendre et le plus aimant dont vous soyez capables. Cependant, veillez toujours contre toute précipitation et toute dissipation d’esprit ; et priez toujours, avec toute l’ardeur et toute la persévérance possibles, afin que votre foi ne défaille point. Et que rien n’interrompe cet esprit de sacrifice par lequel vous offrez tout ce que vous avez et tout ce que vous êtes, tout ce que vous souffrez et tout ce que vous faites, afin que ce soit une offrande d’agréable odeur à Dieu, par Jésus-Christ !
5. Quant à la manière d’agir et de parler, je vous conseille de le faire en toute innocence et simplicité, avec prudence et sérieux. Ajoutez-y tout le calme et toute la douceur possibles ; bien plus, toute la tendresse que le cas comporte. Vous ne devez pas vous conduire en bouchers ni en bourreaux, mais plutôt en chirurgiens, qui ne causent au patient pas plus de douleur qu’il n’est nécessaire pour la guérison. À cet effet, chacun de vous a aussi besoin d’« une main de dame avec un cœur de lion ». Ainsi arrivera-t-il que plusieurs, même de ceux que vous êtes contraints de punir, « glorifient Dieu, au jour où il les visitera ».
6. Je vous exhorte, vous tous qui craignez Dieu, aussi vrai que vous espérez trouver miséricorde auprès de lui, aussi vrai que vous redoutez d’être trouvés (sans le savoir) « combattant même contre Dieu », ne vous opposez pas, sous aucun prétexte, pour aucune raison ni à aucun titre que ce soit, directement ou indirectement, à un dessein si miséricordieux et si propre à procurer sa gloire, et ne l’entravez pas. Mais ce n’est pas tout : si vous aimez les hommes, si vous désirez ardemment diminuer les péchés et les misères de vos semblables, pouvez-vous vous contenter, pouvez-vous être innocents devant Dieu, en vous bornant à ne pas vous y opposer ? N’êtes-vous pas, vous aussi, tenus par les liens les plus sacrés, « selon que vous en avez l’occasion, à pratiquer le bien envers tous » ? Et n’y a-t-il pas ici une occasion de faire du bien à beaucoup, et même un bien de la plus haute espèce ? Au nom de Dieu, saisissez donc l’occasion ! Aidez à faire ce bien, ne serait-ce que par vos prières ardentes pour ceux qui y sont immédiatement employés. Aidez-les, selon vos moyens, à couvrir la dépense qui l’accompagne nécessairement, et qui, sans l’aide de personnes charitables, serait un fardeau qu’ils ne pourraient porter. Aidez-les, si vous le pouvez sans inconvénient, par des souscriptions trimestrielles ou annuelles. Du moins, aidez-les maintenant ; profitez de l’heure présente, en faisant ce que Dieu vous met au cœur. Qu’on ne dise pas que vous avez vu vos frères travailler pour Dieu, et que vous n’avez pas voulu les aider d’un seul de vos doigts. De cette manière du moins, « venez au secours de l’Éternel, Au secours de l’Éternel contre les puissants ! »
7. J’ai une exigence plus haute envers vous qui aimez Dieu autant que vous le craignez. Celui que vous craignez, celui que vous aimez, vous a rendus capables de promouvoir son œuvre d’une manière plus excellente. Parce que vous aimez Dieu, vous aimez aussi votre frère : vous aimez non seulement vos amis, mais vos ennemis ; non seulement les amis, mais même les ennemis de Dieu. Vous vous êtes « revêtus, comme des élus de Dieu, d’humilité, de douceur, de patience ». Vous avez foi en Dieu, et en Jésus-Christ qu’il a envoyé ; une foi qui triomphe du monde : et par elle vous surmontez à la fois la mauvaise honte et cette « crainte des hommes qui tend un piège » ; de sorte que vous pouvez vous tenir avec assurance devant ceux qui vous méprisent et ne font aucun cas de vos travaux. Qualifiés comme vous l’êtes, et armés pour le combat, serez-vous donc comme les fils d’Éphraïm qui, « armés et tirant de l’arc, Tournèrent le dos le jour du combat » ? Laisserez-vous un petit nombre de vos frères tenir seuls contre toutes les armées des étrangers ? Oh ! ne dites pas : « C’est une croix trop lourde ; je n’ai ni la force ni le courage de la porter ! » C’est vrai ; non de vous-même : mais vous qui croyez, vous « pouvez tout par Christ qui vous fortifie ». « Si tu peux croire ! Tout est possible à celui qui croit. » Aucune croix n’est trop lourde pour que celui-là la porte, sachant que ceux qui « souffrent avec lui régneront avec lui ». Ne dites pas : « Non, mais je ne puis supporter d’être singulier. » Alors vous ne pouvez entrer dans le royaume des cieux. Nul n’y entre que par la voie étroite ; et tous ceux qui y marchent sont singuliers. Ne dites pas : « Mais je ne puis endurer l’opprobre, le nom odieux de dénonciateur. » Et quelqu’un a-t-il jamais sauvé son âme, qui n’ait été un objet de raillerie et un proverbe d’opprobre ? Tu ne pourras pas davantage sauver la tienne, à moins que tu ne consentes à ce que les hommes disent de toi toute sorte de mal. Ne dites pas : « Mais si je suis actif dans cette œuvre, je perdrai non seulement ma réputation, mais mes amis, mes clients, mes affaires, mon gagne-pain ; de sorte que je serai réduit à la pauvreté. » Tu ne le seras pas ; tu ne peux pas l’être : c’est absolument impossible, à moins que Dieu lui-même ne le choisisse ; car son « règne domine sur toutes choses », et « les cheveux mêmes de ta tête sont tous comptés ». Mais si le Dieu sage et miséricordieux le choisit pour toi, murmureras-tu ou te plaindras-tu ? Ne diras-tu pas plutôt : « Ne boirai-je pas la coupe que le Père m’a donnée à boire? » Si vous « souffrez pour Christ, vous êtes heureux ; l’Esprit de gloire, l’Esprit de Dieu » « reposera sur vous ». Ne dites pas : « Je souffrirais tout, mais ma femme n’y consentira pas ; et assurément un homme doit quitter père et mère et tout, et s’attacher à sa femme. » C’est vrai ; tout, sauf Dieu ; tout, sauf Christ : mais il ne doit pas le quitter pour sa femme ! Il ne doit laisser aucun devoir inaccompli pour le parent le plus cher. Notre Seigneur lui-même a dit, dans ce sens même : « Si quelqu’un aime père, ou mère, ou femme, ou enfants, plus que moi, il n’est pas digne de moi ! » Ne dites pas : « Eh bien, je quitterais tout pour Christ ; mais un devoir ne doit pas en empêcher un autre, et celui-ci m’empêcherait souvent d’assister au culte public. » Cela arriverait probablement quelquefois. « Allez donc, et apprenez ce que signifie: Je prends plaisir à la miséricorde, et non aux sacrifices. » Et tout ce qu’on perd en exerçant cette miséricorde, Dieu le rendra sept fois dans ton sein. Ne dites pas : « Mais je ferai tort à ma propre âme. Je suis un jeune homme ; et, en arrêtant des femmes de mauvaise vie, je m’exposerais à la tentation. » Oui, si vous le faisiez dans votre propre force ou pour votre propre plaisir. Mais ce n’est pas le cas. Vous vous confiez en Dieu, et vous ne cherchez qu’à lui plaire. Et s’il vous appelait même au milieu d’une fournaise ardente, « Si tu marches dans le feu, tu ne te brûleras pas, Et la flamme ne t’embrasera pas. » « C’est vrai, s’il m’appelait dans la fournaise ; mais je ne vois pas que je sois appelé à cela. » Peut-être n’as-tu pas envie de le voir. Quoi qu’il en soit, si tu n’étais pas appelé auparavant, je t’appelle maintenant, au nom de Christ : charge-toi de ta croix, et suis-le ! Ne raisonne plus avec la chair et le sang, mais résous-toi dès maintenant à unir ton sort à celui des plus méprisés, des plus décriés de ses disciples, la balayure et le rebut du monde ! Je t’appelle en particulier, toi qui fortifias autrefois leurs mains, mais qui t’es retiré depuis. Prends courage ! Sois fort ! Rends leur joie parfaite en revenant de cœur et de main ! Qu’il paraisse que tu « ne t’es éloigné pour un temps qu’afin qu’ils te recouvrent pour l’éternité ». Oh ! ne sois « pas rebelle à l’appel céleste » ! Et quant à vous tous qui savez à quoi vous êtes appelés, regardez toutes choses comme une perte, pourvu que vous puissiez sauver une seule âme pour laquelle Christ est mort ! Et en cela « ne vous inquiétez pas du lendemain », mais « déchargez-vous de tous vos soucis sur celui qui prend soin de vous » ! Remettez-lui vos âmes, vos corps, vos biens, tout, « comme à un Créateur miséricordieux et fidèle » !
[Après que cette Société eut subsisté plusieurs années et fait un bien indicible, elle fut entièrement détruite par un verdict rendu contre elle au Banc du roi, avec trois cents livres de dommages et intérêts. Je crains qu’un compte sévère ne reste à rendre pour les témoins, le jury et tous ceux qui furent mêlés à cette terrible affaire !]
Chapitre 53 terminé
Sermon 52