Chapitre 4 · 27 min de lecture · 35 min d’écoute
Réveille-toi, toi qui dors
Sermon 3
Réveille-toi, toi qui dors 99Prêché le dimanche 4 avril 1742 devant l’Université d’Oxford par le Rév. Charles Wesley, M.A., Student de Christ-Church.
« Réveille-toi, toi qui dors, Relève-toi d’entre les morts, Et Christ t’éclairera. »
Éphésiens 5:14.
EN discourant sur ces paroles, je veux, avec l’aide de Dieu, —
Premièrement, décrire les dormeurs auxquels elles s’adressent ;
Secondement, presser l’exhortation : « Réveille-toi, toi qui dors, Relève-toi d’entre les morts » ; et
Troisièmement, expliquer la promesse faite à ceux qui se réveillent et se relèvent : « Et Christ t’éclairera. »
I. 1. Et d’abord, quant aux dormeurs à qui l’on s’adresse ici. Par le sommeil est désigné l’état naturel de l’homme ; ce profond sommeil de l’âme dans lequel le péché d’Adam a plongé tous ceux qui sont sortis de ses reins : cette torpeur, cette indolence, cette stupidité, cette insensibilité à sa condition réelle, dans laquelle tout homme vient au monde, et demeure jusqu’à ce que la voix de Dieu le réveille.
2. Or, « ceux qui dorment dorment la nuit ». L’état de nature est un état de ténèbres complètes ; un état où « les ténèbres couvrent la terre, Et l’obscurité les peuples ». Le pauvre pécheur non réveillé, quelque connaissance qu’il puisse avoir des autres choses, n’a aucune connaissance de lui-même : à cet égard, « il n’a pas encore connu comme il faut connaître ». Il ne sait pas qu’il est un esprit déchu, dont l’unique affaire dans le monde présent est de se relever de sa chute, de recouvrer cette image de Dieu dans laquelle il fut créé. Il ne voit aucune nécessité de la seule chose nécessaire, de ce changement intérieur et universel, de cette « naissance d’en haut », figurée par le baptême, qui est le commencement de ce renouvellement total, de cette sanctification de l’esprit, de l’âme et du corps, « sans laquelle personne ne verra le Seigneur ».
3. Plein de toutes sortes de maladies comme il l’est, il se croit en parfaite santé. Étroitement lié dans la misère et dans les fers, il rêve qu’il est en liberté. Il dit : « Paix! Paix! », tandis que le diable, comme « un homme fort et bien armé », est en pleine possession de son âme. Il continue de dormir et de prendre son repos, bien que le séjour des morts s’émeuve dans ses profondeurs pour venir à sa rencontre ; bien que la fosse d’où l’on ne revient pas ait ouvert sa bouche pour l’engloutir. Un feu est allumé autour de lui, et il ne le sait pas ; bien plus, il le brûle, et il n’y prend pas garde.
4. Par celui qui dort, nous devons donc entendre (et plût à Dieu que nous puissions tous l’entendre !) un pécheur satisfait dans ses péchés ; content de demeurer dans son état de chute, de vivre et de mourir sans l’image de Dieu ; un homme qui ignore à la fois sa maladie et le seul remède qui la guérisse ; qui n’a jamais été averti, ou n’a jamais tenu compte de la voix de Dieu qui l’avertissait de « fuir la colère à venir » ; qui n’a jamais encore vu qu’il était en danger du feu de l’enfer, ni crié dans l’ardeur de son âme : « que faut-il que je fasse pour être sauvé? »
5. Si ce dormeur n’est pas extérieurement vicieux, son sommeil est d’ordinaire le plus profond de tous : soit qu’il ait l’esprit de Laodicée, « ni froid ni bouillant », un adepte tranquille, raisonnable, inoffensif et bienveillant de la religion de ses pères ; soit qu’il soit zélé et orthodoxe, et que, « selon la secte la plus rigide de notre religion », il ait « vécu pharisien » ; c’est-à-dire, selon la description de l’Écriture, un homme qui se justifie lui-même ; qui travaille à établir sa propre justice comme le fondement de son acceptation auprès de Dieu.
6. C’est lui qui, « ayant l’apparence de la piété, en renie la force » ; bien plus, qui probablement l’injurie partout où elle se trouve, comme pure extravagance et illusion. Cependant, le misérable qui se trompe lui-même rend grâces à Dieu de ce qu’il n’est « pas comme le reste des hommes, adultères, injustes, ravisseurs » : non, il ne fait de tort à personne. Il « jeûne deux fois la semaine », use de tous les moyens de grâce, est assidu à l’église et à la sainte cène, oui, et « donne la dîme de tous ses revenus » ; il fait tout le bien qu’il peut ; « à l’égard de la justice de la loi », il est « irréprochable » : il ne lui manque rien de la piété, que la puissance ; rien de la religion, que l’esprit ; rien du christianisme, que la vérité et la vie.
7. Mais ne savez-vous pas que, si haut qu’un tel chrétien puisse être estimé parmi les hommes, il est une abomination aux yeux de Dieu, et l’héritier de chacun des malheurs que le Fils de Dieu, hier, aujourd’hui et éternellement, prononce contre les « scribes et pharisiens hypocrites » ? Il a « nettoyé le dehors de la coupe et du plat », mais au dedans il est plein de toute souillure. « Un mal funeste s’attache toujours à lui, de sorte que le fond de son être n’est que méchanceté. » Notre Seigneur le compare justement à un « sépulcre blanchi », qui « paraît beau au-dehors », mais qui n’en est pas moins « plein d’ossements de morts et de toute espèce d’impuretés ». Les os, il est vrai, ne sont plus desséchés ; il leur vint des nerfs, la chair crût, et la peau les couvrit par-dessus; mais il n’y avait point en eux d’esprit, point d’Esprit du Dieu vivant. Et « Si quelqu’un n’a pas l’Esprit de Christ, il ne lui appartient pas. » « Vous êtes à Christ, si du moins l’Esprit de Dieu habite en vous » : mais sinon, Dieu sait que vous demeurez dans la mort, jusqu’à maintenant encore.
8. Voici un autre trait du dormeur auquel on s’adresse ici. Il demeure dans la mort, bien qu’il ne le sache pas. Il est mort pour Dieu, « mort par ses offenses et par ses péchés ». Car « l’affection de la chair, c’est la mort », comme il est écrit : « par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort, et qu’ainsi la mort s’est étendue sur tous les hommes » ; non seulement la mort temporelle, mais aussi la mort spirituelle et éternelle. « le jour où tu en mangeras, dit Dieu à Adam, tu mourras » ; non pas de corps (sinon en ce qu’il devint alors mortel), mais d’esprit : tu perdras la vie de ton âme ; tu mourras à Dieu ; tu seras séparé de lui, ta vie et ton bonheur essentiels.
9. Ainsi fut d’abord rompue l’union vitale de notre âme avec Dieu ; à tel point qu’« au milieu de » la vie naturelle « nous sommes » maintenant dans la « mort » spirituelle. Et nous y demeurons jusqu’à ce que le second Adam devienne pour nous un esprit vivifiant ; jusqu’à ce qu’il ressuscite les morts, ceux qui sont morts dans le péché, dans les plaisirs, les richesses ou les honneurs. Mais avant qu’aucune âme morte puisse vivre, le pécheur « entend » (il écoute) « la voix du Fils de Dieu » : il prend conscience de son état de perdition, et reçoit en lui-même l’arrêt de mort. Il se reconnaît « mort, quoique vivant » ; mort à Dieu et à toutes les choses de Dieu ; n’ayant pas plus le pouvoir d’accomplir les actes d’un chrétien vivant qu’un cadavre n’en a d’accomplir les fonctions d’un homme vivant.
10. Et il est très certain que celui qui est mort dans le péché n’a pas « les sens exercés à discerner » le bien et le mal spirituels. « Ayant des yeux, il ne voit pas ; il a des oreilles, et n’entend pas. » Il ne « sent » ni ne « voit combien le Seigneur est bon ». Il « n’a jamais vu Dieu », ni « entendu sa voix », ni « touché » ce qui concerne « la parole de vie ». En vain le nom de Jésus est-il « un parfum qui se répand », et « La myrrhe, l’aloès et la casse parfument tous tes vêtements ». L’âme qui dort dans la mort n’a aucune perception d’objets de cette sorte. Son cœur a « perdu tout sentiment », et ne comprend rien à ces choses.
11. Et de là vient que, n’ayant pas de sens spirituels, pas d’accès à la connaissance spirituelle, l’homme naturel ne reçoit pas les choses de l’Esprit de Dieu ; bien plus, il est si loin de les recevoir que tout ce qui se discerne spirituellement n’est pour lui que folie. Il ne se contente pas d’ignorer totalement les choses spirituelles, mais il en nie l’existence même. Et la sensation spirituelle elle-même est pour lui la folie des folies. « Comment, dit-il, cela peut-il se faire? Comment un homme peut-il savoir qu’il est vivant pour Dieu ? » Comme vous savez que votre corps est maintenant vivant. La foi est la vie de l’âme ; et si vous avez cette vie demeurant en vous, vous n’avez besoin d’aucune marque pour vous en convaincre vous-même, sinon elegchos pneumatos, cette conscience divine, ce témoignage de Dieu, qui est plus et plus grand que dix mille témoins humains.
12. S’il ne rend pas maintenant témoignage à ton esprit que tu es enfant de Dieu, oh ! puisse-t-il te convaincre, pauvre pécheur non réveillé, par sa démonstration et sa puissance, que tu es un enfant du diable ! Oh ! puisse-t-il, tandis que je prophétise, y avoir maintenant « un bruit et un mouvement » ; et puissent « les os s’approcher les uns des autres » ! Alors, « Esprit, viens des quatre vents, souffle sur ces morts, et qu’ils revivent! » Et vous, n’endurcissez pas vos cœurs, et ne résistez pas au Saint-Esprit, qui maintenant même est venu vous convaincre de péché, « parce que vous ne croyez pas au nom du Fils unique de Dieu ».
II. 1. C’est pourquoi « Réveille-toi, toi qui dors, Relève-toi d’entre les morts ». Dieu t’appelle maintenant par ma bouche, et t’ordonne de te connaître toi-même, esprit déchu, de connaître ton véritable état et ta seule affaire ici-bas. « Que fais-tu, dormeur ? Lève-toi ! Invoque ton Dieu ; peut-être ton Dieu voudra-t-il penser à toi, et tu ne périras pas. » Une violente tempête s’est élevée autour de toi, et tu t’enfonces dans les profondeurs de la perdition, dans le gouffre des jugements de Dieu. Si tu veux y échapper, jette-toi en eux. « Juge-toi toi-même, et tu ne seras pas jugé par le Seigneur. »
2. Réveille-toi, réveille-toi ! Lève-toi à l’instant même, de peur que tu ne « boives de la main de l’Éternel la coupe de sa colère ». Excite-toi à saisir le Seigneur, le Seigneur ta justice, puissant pour sauver ! « Secoue ta poussière. » Du moins, que le tremblement de terre des menaces de Dieu t’ébranle. Réveille-toi, et crie avec le geôlier tremblant : « que faut-il que je fasse pour être sauvé? » Et ne prends point de repos que tu ne croies au Seigneur Jésus, d’une foi qui est son don, par l’opération de son Esprit.
3. Si je m’adresse à l’un de vous plus qu’à un autre, c’est à toi, qui te crois étranger à cette exhortation. « J’ai pour toi une parole de Dieu. » En son nom, je t’avertis de « fuir la colère à venir ». Âme impie, vois ton portrait dans Pierre condamné, couché dans le cachot obscur, entre les soldats, lié de deux chaînes, tandis que des sentinelles devant la porte gardent la prison. La nuit est avancée, le matin approche, où tu dois être mené au supplice. Et dans ces circonstances terribles, tu es profondément endormi ; tu dors profondément dans les bras du diable, au bord de l’abîme, dans la gueule de la perdition éternelle !
4. Oh ! puisse l’ange du Seigneur venir sur toi, et la lumière briller dans ta prison ! Et puisses-tu sentir le coup d’une main toute-puissante qui te relève en disant : « Lève-toi promptement! Mets ta ceinture et tes sandales. Enveloppe-toi de ton manteau, et suis-moi. »
5. Réveille-toi, esprit éternel, sors de ton rêve de bonheur terrestre ! Dieu ne t’a-t-il pas créé pour lui-même ? Alors tu ne peux trouver de repos avant de te reposer en lui. Reviens, ô vagabond ! Envole-toi de nouveau vers ton arche. Ce n’est pas ici ta demeure. Ne songe pas à bâtir ici des tentes. Tu n’es qu’un étranger, un voyageur sur la terre ; une créature d’un jour, qui se lance à peine dans un état immuable. Hâte-toi. L’éternité est proche. L’éternité dépend de ce moment. Une éternité de bonheur, ou une éternité de misère !
6. En quel état est ton âme ? Si Dieu, pendant que je parle encore, te la redemandait, serais-tu prêt à affronter la mort et le jugement ? Peux-tu subsister devant celui dont les yeux sont « trop purs pour voir le mal » ? Es-tu rendu « capable d’avoir part à l’héritage des saints dans la lumière » ? As-tu « combattu le bon combat » et « gardé la foi » ? T’es-tu assuré la seule chose nécessaire ? As-tu recouvré l’image de Dieu, savoir la justice et la vraie sainteté ? As-tu dépouillé le vieil homme et revêtu le nouveau ? Es-tu revêtu de Christ ?
7. As-tu de l’huile dans ta lampe ? de la grâce dans ton cœur ? « Aimes-tu le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ta pensée, de toute ton âme et de toute ta force » ? As-tu en toi les sentiments qui étaient en Jésus-Christ ? Es-tu vraiment chrétien, c’est-à-dire une nouvelle créature ? Les choses anciennes sont-elles passées, et toutes choses sont-elles devenues nouvelles ?
8. Es-tu « participant de la nature divine » ? Ne sais-tu pas que « Christ est en toi, à moins que tu ne sois réprouvé » ? Sais-tu que Dieu « demeure en toi, et toi en Dieu, par son Esprit qu’il t’a donné » ? Ne sais-tu pas que « ton corps est le temple du Saint-Esprit, que tu as reçu de Dieu » ? As-tu le témoignage en toi-même ? les arrhes de ton héritage ? As-tu « reçu le Saint-Esprit » ? Ou bien sursautes-tu à cette question, ne sachant pas « qu’il y ait un Saint-Esprit » ?
9. Si elle te choque, sois assuré que tu n’es pas chrétien et que tu ne désires pas l’être. Bien plus, ta prière même se change en péché ; et tu t’es moqué solennellement de Dieu aujourd’hui même, en priant pour l’inspiration de son Saint-Esprit, quand tu ne croyais pas qu’il y eût rien de tel à recevoir.
10. Pourtant, sur l’autorité de la parole de Dieu et de notre propre Église, je dois répéter la question : « As-tu reçu le Saint-Esprit ? » Si tu ne l’as pas reçu, tu n’es pas encore chrétien. Car un chrétien est un homme qui est « oint du Saint-Esprit et de force ». Tu n’as pas encore été rendu participant de la religion pure et sans tache. Sais-tu ce qu’est la religion ? — qu’elle est une participation à la nature divine ; la vie de Dieu dans l’âme de l’homme ; Christ formé dans le cœur ; « Christ en toi, l’espérance de la gloire » ; le bonheur et la sainteté ; le ciel commencé sur la terre ; « un royaume de Dieu au-dedans de toi ; non le manger et le boire », nulle chose extérieure, « mais la justice, la paix et la joie, par le Saint-Esprit » ; un royaume éternel établi dans ton âme ; une « paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence » ; une « joie ineffable et glorieuse » ?
11. Sais-tu que « en Jésus-Christ, ni la circoncision ni l’incirconcision n’a de valeur, mais la foi qui est agissante par la charité », mais une nouvelle création ? Vois-tu la nécessité de ce changement intérieur, de cette naissance spirituelle, de cette vie d’entre les morts, de cette sainteté ? Et es-tu pleinement convaincu que sans elle personne ne verra le Seigneur ? Travailles-tu à l’obtenir ? — « t’appliquant à affermir ta vocation et ton élection », « travaillant à ton salut avec crainte et tremblement », « luttant pour entrer par la porte étroite » ? Ton âme te tient-elle sérieusement à cœur ? Et peux-tu dire à celui qui sonde les cœurs : « C’est toi, ô Dieu, qui es l’objet de tout mon désir ! Seigneur, tu sais toutes choses ; tu sais que je voudrais t’aimer ! »
12. Tu espères être sauvé ; mais quelle raison peux-tu donner de l’espérance qui est en toi ? Est-ce parce que tu n’as fait aucun mal ? ou parce que tu as fait beaucoup de bien ? ou parce que tu n’es pas comme les autres hommes, mais sage, ou savant, ou honnête, et moralement bon ; estimé des hommes, et de bonne réputation ? Hélas ! tout cela ne t’amènera jamais à Dieu. C’est, à ses yeux, plus léger que la vanité. Connais-tu Jésus-Christ, celui qu’il a envoyé ? T’a-t-il enseigné que « c’est par la grâce que nous sommes sauvés, par le moyen de la foi ; et cela ne vient pas de nous, c’est le don de Dieu ; ce n’est point par les œuvres, afin que personne ne se glorifie » ? As-tu reçu comme tout le fondement de ton espérance cette parole certaine, « que Jésus-Christ est venu dans le monde pour sauver les pécheurs » ? As-tu appris ce que signifie : « Je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs à la repentance ? Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues » ? Es-tu (que celui qui entend comprenne !) perdu, mort, déjà condamné ? Connais-tu ce que tu mérites ? Sens-tu tes besoins ? Es-tu « pauvre en esprit » ? pleurant après Dieu, et refusant d’être consolé ? Le prodigue est-il « rentré en lui-même », et bien content d’être, pour cette raison, tenu pour « hors de sens » par ceux qui se nourrissent encore des carouges qu’il a laissées ? Es-tu disposé à vivre pieusement en Jésus-Christ ? Et souffres-tu par là la persécution ? Les hommes disent-ils faussement de toi toute sorte de mal, à cause du Fils de l’homme ?
13. Oh ! puissiez-vous, dans toutes ces questions, entendre la voix qui réveille les morts, et sentir ce marteau de la Parole qui brise le roc ! « Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, tant qu’on peut dire : Aujourd’hui ! n’endurcissez pas vos cœurs. » Maintenant, « Réveille-toi, toi qui dors » dans la mort spirituelle, afin que tu ne dormes pas dans la mort éternelle ! Sens ton état de perdition, et « Relève-toi d’entre les morts ». Quitte tes anciens compagnons de péché et de mort. Toi, suis Jésus, et laisse les morts ensevelir leurs morts. « Sauvez-vous de cette génération perverse. » « Sors du milieu d’eux, et sépare-toi, ne touche pas à ce qui est impur, et le Seigneur t’accueillera. » « Et Christ t’éclairera. »
III. 1. C’est cette promesse que je viens enfin expliquer. Et quelle considération encourageante que celle-ci : qui que tu sois, toi qui obéis à son appel, tu ne peux chercher sa face en vain ! Si dès maintenant tu « te réveilles et te relèves d’entre les morts », il s’est engagé à « t’éclairer ». « L’Éternel donne la grâce et la gloire » : la lumière de sa grâce ici-bas, et la lumière de sa gloire quand tu recevras la couronne qui ne se flétrit point. « ta lumière poindra comme l’aurore, et tes ténèbres seront comme le midi. » « Dieu, qui a dit : La lumière brillera du sein des ténèbres ! fera briller la lumière dans ton cœur pour faire resplendir la connaissance de la gloire de Dieu sur la face de Jésus-Christ. » Sur ceux qui craignent le Seigneur « se lèvera Le soleil de la justice, Et la guérison sera sous ses ailes ». Et en ce jour-là il te sera dit : « Lève-toi, sois éclairée, car ta lumière arrive, Et la gloire de l’Éternel se lève sur toi. » Car Christ se révélera en toi ; et il est la véritable lumière.
2. Dieu est lumière, et il se donnera lui-même à tout pécheur réveillé qui l’attend ; et tu seras alors le temple du Dieu vivant, et Christ « habitera dans ton cœur par la foi » ; et, « étant enraciné et fondé dans l’amour, tu pourras comprendre avec tous les saints quelle est la largeur, la longueur, la profondeur et la hauteur de cet amour de Christ, qui surpasse toute connaissance ».
3. Vous voyez votre vocation, frères. Nous sommes appelés à être « une habitation de Dieu en Esprit » ; et, par son Esprit qui habite en nous, à être saints ici-bas, et participants de l’héritage des saints dans la lumière. Si grandes sont les promesses qui nous sont données, réellement données à nous qui croyons ! Car par la foi « nous n’avons pas reçu l’esprit du monde, mais l’Esprit qui vient de Dieu » — la somme de toutes les promesses — « afin que nous connaissions les choses que Dieu nous a données par sa grâce ».
4. L’Esprit de Christ est ce grand don de Dieu qu’il a promis à l’homme, à plusieurs reprises et de plusieurs manières, et qu’il a pleinement accordé depuis que Christ a été glorifié. Ces promesses faites autrefois aux pères, il les a ainsi accomplies : « Je mettrai mon esprit en vous, et je ferai en sorte que vous suiviez mes ordonnances » (Ézéchiel 36:27). « je répandrai des eaux sur le sol altéré, Et des ruisseaux sur la terre desséchée; Je répandrai mon esprit sur ta race, Et ma bénédiction sur tes rejetons. (Ésaïe 44:3).
5. Vous pouvez tous être des témoins vivants de ces choses : de la rémission des péchés et du don du Saint-Esprit. « Si tu peux croire, Tout est possible à celui qui croit. » « Quiconque parmi vous craint l’Éternel, et » pourtant marche « dans l’obscurité et manque de lumière » ? Je te le demande, au nom de Jésus : crois-tu que son bras n’est nullement raccourci ? qu’il est toujours puissant pour sauver ? qu’il est le même hier, aujourd’hui et éternellement ? qu’il a maintenant sur la terre le pouvoir de pardonner les péchés ? « Prends courage, mon enfant, tes péchés te sont pardonnés. » Dieu, pour l’amour de Christ, t’a pardonné. Reçois ceci, « non comme la parole des hommes, mais, ainsi qu’elle l’est véritablement, comme la parole de Dieu » ; et tu es justifié gratuitement par la foi. Tu seras aussi sanctifié par la foi qui est en Jésus, et tu apposeras ton sceau, oui, le tien, à ceci : que « Dieu nous a donné la vie éternelle, et que cette vie est dans son Fils ».
6. Hommes frères, laissez-moi vous parler librement, et supportez la parole d’exhortation, même de la part de l’un des moins estimés dans l’Église. Votre conscience vous rend témoignage dans le Saint-Esprit que ces choses sont ainsi, si du moins vous avez goûté que le Seigneur est bon. « Or, la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. » Cette connaissance expérimentale, et elle seule, est le vrai christianisme. Celui-là est chrétien qui a reçu l’Esprit de Christ. Celui-là n’est pas chrétien qui ne l’a pas reçu. Et il n’est pas possible de l’avoir reçu sans le savoir. « Car en ce jour-là » (quand il viendra, dit notre Seigneur), « vous connaîtrez que je suis en mon Père, que vous êtes en moi, et que je suis en vous. » C’est là « l’Esprit de vérité, que le monde ne peut recevoir, parce qu’il ne le voit point et ne le connaît point; mais vous, vous le connaissez, car il demeure avec vous, et il sera en vous » (Jean 14:17).
7. Le monde ne peut le recevoir, mais rejette entièrement la promesse du Père, contredisant et blasphémant. Or tout esprit qui ne confesse pas cela n’est pas de Dieu. Oui, « c’est celui de l’antéchrist, dont vous avez appris la venue, et qui maintenant est déjà dans le monde ». Celui-là est antéchrist, quel qu’il soit, qui nie l’inspiration du Saint-Esprit, ou que l’Esprit de Dieu habitant en nous soit le privilège commun de tous les croyants, la bénédiction de l’Évangile, le don ineffable, la promesse universelle, la marque d’un vrai chrétien.
8. Il ne leur sert de rien de dire : « Nous ne nions pas l’assistance de l’Esprit de Dieu, mais seulement cette inspiration, cette réception du Saint-Esprit, et le fait d’en être conscient. C’est seulement ce sentiment de l’Esprit, ce fait d’être mû par l’Esprit, ou d’en être rempli, que nous nions avoir aucune place dans une saine religion. » Mais, en niant seulement cela, vous niez les Écritures tout entières ; toute la vérité, toute la promesse et tout le témoignage de Dieu.
9. Notre excellente Église ne connaît rien de cette distinction diabolique ; mais elle parle clairement de « sentir l’Esprit de Christ » [Article 17] ; d’être « mû par le Saint-Esprit » [Office de l’ordination des prêtres] ; de savoir et de « sentir qu’il n’y a point d’autre nom que celui de Jésus », [Visitation des malades] par lequel nous puissions recevoir » la vie et le salut. Elle nous enseigne à tous à prier pour « l’inspiration du Saint-Esprit » [Collecte avant la sainte cène] ; oui, pour que nous soyons « remplis du Saint-Esprit » [Office de la confirmation]. Bien plus, chacun de ses presbytres fait profession de recevoir le Saint-Esprit par l’imposition des mains. Nier l’une de ces choses, c’est donc, en effet, renoncer à l’Église d’Angleterre aussi bien qu’à toute la révélation chrétienne.
10. Mais « la sagesse de Dieu » a toujours été « folie pour les hommes ». Rien d’étonnant, donc, à ce que le grand mystère de l’Évangile soit maintenant aussi « caché aux sages et aux intelligents », comme aux jours d’autrefois ; à ce qu’il soit presque universellement nié, ridiculisé et rejeté comme pure frénésie ; et à ce que tous ceux qui osent encore le professer soient flétris des noms de fous et d’enthousiastes ! C’est là « l’apostasie » qui devait venir, — cette apostasie générale des hommes de tous ordres et de tous rangs, que nous voyons déjà répandue sur toute la terre. « Parcourez les rues de Jérusalem, et voyez si vous pouvez trouver un homme », un homme qui aime le Seigneur son Dieu de tout son cœur, et le sert de toute sa force. Combien notre propre pays (pour ne pas regarder plus loin) gémit sous les débordements de l’impiété ! Quelles scélératesses de toute espèce se commettent jour après jour ; oui, trop souvent impunément, par ceux qui pèchent à main levée et se glorifient de leur honte ! Qui peut compter les jurons, les malédictions, les profanations, les blasphèmes ; les mensonges, les calomnies, les médisances ; les violations du sabbat, la gloutonnerie, l’ivrognerie, la vengeance ; les prostitutions, les adultères et les impuretés de toute sorte ; les fraudes, l’injustice, l’oppression, l’extorsion, qui couvrent notre pays comme un déluge ?
11. Et même parmi ceux qui se sont gardés purs de ces abominations plus grossières, combien de colère et d’orgueil, combien de paresse et d’oisiveté, combien de mollesse et d’efféminement, combien de luxe et de complaisance pour soi-même, combien de convoitise et d’ambition, combien de soif de louange, combien d’amour du monde, combien de crainte des hommes ne trouve-t-on pas ! Cependant, combien peu de vraie religion ! Car où est celui qui aime ou Dieu ou son prochain, comme il nous en a donné le commandement ? D’un côté, ceux qui n’ont pas même la forme de la piété ; de l’autre, ceux qui n’en ont que la forme : ici le sépulcre ouvert, là le sépulcre blanchi. De sorte qu’en vérité, quiconque regarderait avec attention une assemblée publique du peuple (je crains que celles de nos églises ne doivent pas être exceptées) pourrait aisément s’apercevoir « qu’une partie de l’assemblée était composée de sadducéens et l’autre de pharisiens » : les uns se souciant presque aussi peu de la religion que s’il n’y avait « point de résurrection, et qu’il n’existe ni ange ni esprit » ; et les autres en faisant une simple forme sans vie, une ronde monotone d’observances extérieures, sans vraie foi, ni amour de Dieu, ni joie par le Saint-Esprit !
12. Plût à Dieu que je pusse excepter nous qui sommes en ce lieu ! « Frères, le vœu de mon cœur et ma prière à Dieu pour vous, c’est que vous soyez sauvés » de ce débordement d’impiété ; et que ses flots orgueilleux s’arrêtent ici ! Mais en est-il vraiment ainsi ? Dieu le sait, et nos propres consciences aussi : il n’en est pas ainsi. Vous ne vous êtes pas gardés purs. Nous aussi, nous sommes corrompus et abominables ; et il en est peu qui aient encore de l’intelligence ; peu qui adorent Dieu en esprit et en vérité. Nous aussi, nous sommes une « race dont le cœur n’était pas ferme, Et dont l’esprit n’était pas fidèle à Dieu ». Il nous a établis, il est vrai, pour être « le sel de la terre. Mais si le sel perd sa saveur, il n’est plus bon à rien, qu’à être jeté dehors, et foulé aux pieds par les hommes ».
13. Et « Ne châtierais-je pas ces choses-là, dit l’Éternel, Ne me vengerais-je pas d’une pareille nation? » Oui, nous ne savons pas combien tôt il peut dire à l’épée : « Que l’épée parcoure le pays! » Il nous a donné un long temps pour nous repentir. Il nous laisse encore cette année ; mais il nous avertit et nous réveille par le tonnerre. Ses jugements s’exercent sur la terre ; et nous avons toute raison d’attendre le plus terrible de tous, savoir qu’il « vienne à nous bientôt, et ôte notre chandelier de sa place, à moins que nous ne nous repentions et ne pratiquions nos premières œuvres » ; à moins que nous ne revenions aux principes de la Réforme, à la vérité et à la simplicité de l’Évangile. Peut-être résistons-nous maintenant au dernier effort de la grâce divine pour nous sauver. Peut-être avons-nous presque « mis le comble à nos péchés », en rejetant le dessein de Dieu à notre égard et en chassant ses messagers.
14. Ô Dieu, « dans ta colère souviens-toi de tes compassions! » Sois glorifié dans notre réforme, non dans notre destruction ! Que nous « entendions la verge et celui qui l’envoie » ! Maintenant que « tes jugements s’exercent sur la terre », que les « habitants du monde apprennent la justice » !
15. Mes frères, il est grand temps pour nous de nous réveiller du sommeil, avant que « la grande trompette du Seigneur » ne sonne, et que notre pays ne devienne un champ de sang. Oh ! puissions-nous voir promptement les choses qui appartiennent à notre paix, avant qu’elles soient cachées à nos yeux ! « Ramène-nous, ô bon Seigneur, et fais cesser ta colère contre nous. Regarde du haut des cieux, et vois! Considère cette vigne! » et fais-nous connaître « le temps de notre visitation ». « Secours-nous, Dieu de notre salut, pour la gloire de ton nom! Délivre-nous, et pardonne nos péchés, à cause de ton nom! Et nous ne nous éloignerons plus de toi. Fais-nous revivre, et nous invoquerons ton nom. Éternel, Dieu des armées, relève-nous! Fais briller ta face, et nous serons sauvés! »
« Or, à celui qui peut faire, par la puissance qui agit en nous, infiniment au-delà de tout ce que nous demandons ou pensons, à lui soit la gloire dans l’Église et en Jésus-Christ, dans toutes les générations, aux siècles des siècles! Amen! »
Chapitre 4 terminé
Réveille-toi, toi qui dors