Chapitre 47 · 34 min de lecture · 44 min d’écoute
L’état de désert
Sermon 46
L’état de désert
« vous êtes maintenant dans la tristesse; mais je vous reverrai, et votre cœur se réjouira, et nul ne vous ravira votre joie. »
Jean 16:22.
1. Après que Dieu eut opéré une grande délivrance en faveur d’Israël, en le faisant sortir de la maison de servitude, les Israélites n’entrèrent pas aussitôt dans le pays qu’il avait promis à leurs pères ; mais ils « erraient dans le désert », et furent diversement tentés et affligés. De même, après que Dieu a délivré ceux qui le craignent de la servitude du péché et de Satan, après qu’ils ont été « gratuitement justifiés par sa grâce, par le moyen de la rédemption qui est en Jésus-Christ », il n’en est pas beaucoup qui entrent aussitôt dans ce « repos de sabbat réservé au peuple de Dieu ». La plupart s’écartent, plus ou moins, du bon chemin dans lequel il les a fait entrer. Ils arrivent, pour ainsi dire, dans « une solitude aux effroyables hurlements », où ils sont diversement tentés et tourmentés ; et c’est ce que quelques-uns, par allusion à l’histoire des Israélites, ont appelé « l’état de désert ».
2. Il est certain que la condition où se trouvent ces âmes a droit à la plus tendre compassion. Elles souffrent d’un mal funeste et douloureux, mais d’un mal qu’on ne comprend pas communément ; et c’est précisément pour cette raison qu’il leur est d’autant plus difficile d’y trouver un remède. Étant elles-mêmes dans les ténèbres, on ne saurait supposer qu’elles comprennent la nature de leur propre mal ; et peu de leurs frères, que dis-je, peut-être peu de leurs docteurs, savent ou quelle est leur maladie, ou comment la guérir. Il est donc d’autant plus nécessaire de rechercher, premièrement, quelle est la nature de ce mal ; deuxièmement, quelle en est la cause ; et, troisièmement, quel en est le remède.
I. 1. Et d’abord, quelle est la nature de ce mal où tombent tant de personnes après avoir cru ? En quoi consiste-t-il proprement, et quels en sont les vrais symptômes ? Il consiste proprement dans la perte de cette foi que Dieu avait autrefois opérée dans leur cœur. Ceux qui sont dans le désert n’ont plus cette divine « démonstration », cette conviction pleinement satisfaisante « de celles qu’on ne voit pas », dont ils jouissaient autrefois. Ils n’ont plus cette démonstration intérieure de l’Esprit qui rendait autrefois chacun d’eux capable de dire : « La vie que je vis, je la vis dans la foi au Fils de Dieu, qui m’a aimé et qui s’est livré lui-même pour moi. » La lumière du ciel ne vient plus « briller dans leurs cœurs », et ils ne voient plus « celui qui est invisible » ; mais les ténèbres couvrent de nouveau la face de leur âme, et l’aveuglement les yeux de leur entendement. L’Esprit ne « rend plus témoignage à leur esprit qu’ils sont enfants de Dieu » ; il ne demeure plus en eux comme l’Esprit d’adoption, « criant » dans leurs cœurs : « Abba! Père! » Ils n’ont plus une ferme confiance en son amour, ni la liberté de s’approcher de lui avec une sainte hardiesse. « Quand même il me tuerait, j’espérerais en lui » : tel n’est plus le langage de leur cœur ; mais ils sont dépouillés de leur force, et deviennent faibles et pusillanimes, comme les autres hommes.
2. De là procède, deuxièmement, la perte de l’amour, qui ne peut que s’élever ou s’abaisser en même temps, et dans la même proportion, que la foi véritable et vivante. Aussi ceux qui sont privés de leur foi sont-ils privés aussi de l’amour de Dieu. Ils ne peuvent plus dire : « Seigneur, tu sais toutes choses, tu sais que je t’aime. » Ils ne sont plus heureux en Dieu, comme l’est quiconque l’aime véritablement. Ils ne font plus leurs délices de lui comme par le passé, et ne respirent plus cette « odeur suave » de ses parfums. Autrefois tout leur désir se portait vers lui, « après son nom et après son souvenir » ; mais maintenant leurs désirs mêmes sont froids et morts, s’ils ne sont pas entièrement éteints. Et à mesure que leur amour pour Dieu s’est refroidi, leur amour pour le prochain s’est refroidi aussi. Ils n’ont plus ce zèle pour les âmes des hommes, cette ardeur pour leur bien, ce désir fervent, inquiet, agissant, de les voir réconciliés avec Dieu. Ils ne sentent plus ces « entrailles de miséricorde » pour les brebis perdues, cette tendre compassion qui rend « indulgent pour les ignorants et les égarés ». Autrefois ils avaient « de la condescendance pour tous », redressant avec douceur ceux qui s’opposaient à la vérité ; et, « si un homme vient à être surpris en quelque faute », ils le redressaient « avec un esprit de douceur » ; mais, après une suspension de peut-être bien des jours, la colère commence à reprendre son empire ; oui, l’humeur chagrine et l’impatience les poussent rudement pour les faire tomber ; et c’est beaucoup s’ils ne sont pas quelquefois entraînés jusqu’à rendre « mal pour mal, ou injure pour injure ».
3. À la suite de la perte de la foi et de l’amour vient, troisièmement, la perte de la joie par le Saint-Esprit. Car si le sentiment plein d’amour du pardon n’est plus, la joie qui en découlait ne peut subsister. Si l’Esprit ne rend plus témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu, la joie qui naissait de ce témoignage intérieur doit aussi prendre fin. Et de même, ceux qui autrefois se réjouissaient « d’une joie ineffable », « dans l’espérance de la gloire de Dieu », étant maintenant privés de cette « espérance pleine d’immortalité », sont privés de la joie qu’elle produisait ; comme aussi de celle qui naissait du sentiment de « l’amour de Dieu », alors « répandu dans leurs cœurs ». Car la cause ôtée, l’effet l’est aussi : la source une fois fermée, ces eaux vives ne jaillissent plus pour rafraîchir l’âme altérée.
4. À la perte de la foi, de l’amour et de la joie se joint aussi, quatrièmement, la perte de cette paix qui autrefois surpassait toute intelligence. Cette douce tranquillité d’esprit, ce calme de l’âme, s’en est allé. Le doute pénible revient : on doute si l’on a jamais cru, et peut-être si l’on croira jamais. Nous commençons à douter si nous avons jamais trouvé dans nos cœurs le témoignage réel de l’Esprit ; si nous ne nous sommes pas plutôt séduits nous-mêmes, prenant la voix de la nature pour la voix de Dieu ; bien plus, peut-être, si nous entendrons jamais sa voix et trouverons grâce à ses yeux. Et ces doutes s’accompagnent de nouveau d’une crainte servile, de cette crainte qui « suppose un châtiment ». Nous craignons la colère de Dieu, comme avant d’avoir cru ; nous craignons d’être rejetés de sa présence ; et de là nous retombons dans cette crainte de la mort dont nous avions été auparavant entièrement délivrés.
5. Mais ce n’est pas encore tout ; car la perte de la paix s’accompagne de la perte de la force. Nous savons que quiconque a la paix avec Dieu, par Jésus-Christ, a la victoire sur tout péché. Mais dès qu’il perd la paix de Dieu, il perd aussi la victoire sur le péché. Tant que cette paix demeurait, la force demeurait aussi, même contre le péché qui l’enveloppait si facilement, que ce fût le péché de sa nature, de son tempérament, de son éducation, ou celui de sa profession ; oui, et contre ces mauvaises dispositions et ces mauvais désirs que jusque-là il n’avait pu vaincre. Le péché n’avait plus alors de pouvoir sur lui ; mais maintenant c’est lui qui n’a plus de pouvoir sur le péché. Il peut lutter, il est vrai, mais il ne peut vaincre ; la couronne est tombée de sa tête. Ses ennemis reprennent l’avantage sur lui et, plus ou moins, le réduisent en servitude. La gloire s’est retirée de lui, je veux dire le royaume de Dieu qui était dans son cœur. Il est dépossédé de la justice, aussi bien que de la paix et de la joie par le Saint-Esprit.
II. 1. Telle est la nature de ce que beaucoup ont appelé, et non sans raison, « l’état de désert ». Mais on en comprendra mieux la nature en recherchant, deuxièmement, quelles en sont les causes. Elles sont, à la vérité, diverses. Mais je n’ose ranger parmi elles la pure volonté de Dieu, arbitraire et souveraine. Il « veut la paix de son serviteur » ; « ce n’est pas volontiers qu’il humilie Et qu’il afflige les enfants des hommes ». Sa volonté invariable est notre sanctification, accompagnée de « la paix et la joie, par le Saint-Esprit ». Ce sont là ses dons gratuits ; et nous avons l’assurance que, de son côté, « Dieu ne se repent pas de ses dons ». Jamais il ne se repent de ce qu’il a donné, ni ne désire nous le retirer. Il ne nous délaisse donc jamais, comme quelques-uns s’expriment ; c’est nous seuls qui le délaissons.
(I.) 2. La cause la plus ordinaire des ténèbres intérieures est le péché, de quelque espèce qu’il soit. C’est lui qui produit généralement ce qui n’est souvent qu’un mélange de péché et de misère. Et d’abord, le péché de commission. On peut souvent observer qu’il obscurcit l’âme en un instant, surtout si c’est un péché connu, volontaire ou présomptueux. Si, par exemple, une personne qui marche maintenant dans la claire lumière de la face de Dieu se laissait aller de quelque manière à commettre un seul acte d’ivrognerie ou d’impureté, il ne faudrait pas s’étonner qu’à l’heure même elle tombât dans d’épaisses ténèbres. Il est vrai qu’il y a eu des cas très rares où Dieu l’a prévenu par une manifestation extraordinaire de sa miséricorde qui pardonne, presque à l’instant même. Mais, en général, un tel abus de la bonté de Dieu, un si grossier outrage à son amour, produit un éloignement immédiat de Dieu, et « des ténèbres que l’on puisse toucher ».
3. Mais on peut espérer que ce cas n’est pas très fréquent ; qu’il n’y en a pas beaucoup qui méprisent les richesses de sa bonté au point de se révolter contre lui d’une manière si grossière et si présomptueuse, tandis qu’ils marchent dans sa lumière. Cette lumière se perd bien plus souvent en cédant aux péchés d’omission. Ceux-ci, il est vrai, n’éteignent pas l’Esprit tout d’un coup, mais graduellement et lentement. Les premiers peuvent se comparer à de l’eau versée sur le feu ; les seconds, au bois qu’on lui retire. Et bien des fois cet Esprit plein d’amour reprendra notre négligence avant de se retirer de nous. Nombreux sont les avertissements intérieurs, les secrets rappels qu’il nous donne avant que ses influences soient retirées. De sorte que seule une suite d’omissions, où l’on persiste volontairement, peut nous plonger dans d’épaisses ténèbres.
4. Aucun péché d’omission, peut-être, ne produit cet effet plus fréquemment que la négligence de la prière secrète, dont le manque ne peut être suppléé par aucune autre ordonnance, quelle qu’elle soit. Rien ne peut être plus évident que ceci : la vie de Dieu dans l’âme ne se maintient pas, et bien moins encore elle ne croît, à moins que nous ne saisissions toutes les occasions de communier avec Dieu et de répandre nos cœurs devant lui. Si donc nous le négligeons, si nous permettons aux affaires, à la compagnie ou à quelque occupation que ce soit, d’empêcher ces exercices secrets de l’âme (ou, ce qui revient au même, de nous les faire expédier d’une manière superficielle et négligente), cette vie déclinera certainement. Et si nous les interrompons longtemps ou souvent, elle s’éteindra peu à peu.
5. Un autre péché d’omission qui plonge fréquemment l’âme d’un croyant dans les ténèbres, c’est la négligence de ce qui était si fortement prescrit, même sous l’économie juive : « tu auras soin de reprendre ton prochain, mais tu ne te chargeras point d’un péché à cause de lui. Tu ne haïras point ton frère dans ton cœur. » Or, si nous haïssons notre frère dans notre cœur, si nous ne le reprenons pas quand nous le voyons en faute, mais que nous nous chargions d’un péché à cause de lui, cela amènera bientôt la maigreur dans notre propre âme, puisque par là nous participons à son péché. En négligeant de reprendre notre prochain, nous faisons de son péché le nôtre ; nous en devenons responsables devant Dieu ; nous avons vu son danger, et nous ne l’avons pas averti ; ainsi, s’il « meurt dans son iniquité », Dieu peut à juste titre « nous redemander son sang ». Faut-il s’étonner, alors, si, attristant ainsi l’Esprit, nous perdons la lumière de sa face ?
6. Une troisième cause de cette perte, c’est de céder à quelque espèce de péché intérieur. Par exemple, nous savons que « Tout cœur hautain est en abomination à l’Éternel », et cela, quand même cet orgueil du cœur ne paraîtrait pas dans la conduite extérieure. Or, avec quelle facilité une âme remplie de paix et de joie peut tomber dans ce piège du diable ! Qu’il est naturel au croyant de s’imaginer qu’il a plus de grâce, plus de sagesse ou de force qu’il n’en a réellement, et d’avoir « de lui-même une trop haute opinion » ! Qu’il lui est naturel de se glorifier de quelque chose qu’il a reçu, comme s’il ne l’avait pas reçu ! Mais puisque Dieu « résiste aux orgueilleux » continuellement, et ne « fait grâce » qu’« aux humbles », cela doit certainement obscurcir, si ce n’est détruire entièrement, la lumière qui brillait auparavant sur son cœur.
7. Le même effet peut être produit en donnant lieu à la colère, quels qu’en soient la provocation ou le motif ; oui, quand même elle se couvrirait du nom de zèle pour la vérité, ou pour la gloire de Dieu. En vérité, tout zèle qui est autre chose que la flamme de l’amour est « terrestre, animal, diabolique ». C’est la flamme de la colère ; c’est purement et simplement une colère coupable, ni meilleure ni pire. Et rien n’est plus ennemi de l’amour doux et paisible de Dieu : jamais ils n’ont pu, jamais ils ne pourront subsister ensemble dans un même cœur. À mesure que celle-ci prévaut, l’amour et la joie par le Saint-Esprit diminuent. On l’observe particulièrement dans le cas de l’offense ; j’entends par là la colère contre quelqu’un de nos frères, contre l’un de ceux qui nous sont unis par des liens civils ou religieux. Si nous cédons à l’esprit d’offense, ne fût-ce qu’une heure, nous perdons les douces influences du Saint-Esprit ; de sorte qu’au lieu de les corriger, nous nous détruisons nous-mêmes, et devenons une proie facile pour tout ennemi qui nous assaille.
8. Mais supposons que nous soyons sur nos gardes contre ce piège du diable : nous pouvons être attaqués d’un autre côté. Quand l’emportement et la colère sommeillent et que l’amour seul veille, nous ne sommes pas moins en danger par le désir, qui tend également à obscurcir l’âme. Tel est l’effet certain de tout désir insensé, de toute affection vaine ou déréglée. Si nous attachons nos affections aux choses de la terre, à quelque personne ou à quelque chose sous le soleil ; si nous désirons autre chose que Dieu et ce qui tend à Dieu ; si nous cherchons le bonheur dans une créature quelconque, le Dieu jaloux entrera certainement en contestation avec nous, car il ne peut admettre de rival. Et si nous ne voulons pas écouter sa voix qui nous avertit, et retourner à lui de toute notre âme, nous continuons de l’attrister par nos idoles et, courant après d’autres dieux, nous deviendrons bientôt froids, stériles et secs ; et le dieu de ce siècle aveuglera et obscurcira nos cœurs.
9. Mais il le fait souvent, même lorsque nous ne cédons à aucun péché positif. Il suffit, cela lui donne un avantage suffisant, que nous négligions de « ranimer le don de Dieu » qui est en nous ; que nous ne combattions pas sans relâche pour « entrer par la porte étroite » ; que nous ne travaillions pas avec ardeur à « combattre pour le prix » et à « forcer le royaume des cieux ». Il n’est besoin que de ne pas combattre, et nous sommes sûrs d’être vaincus. Soyons seulement négligents, ou « l’âme découragée » ; soyons nonchalants et paresseux, et nos ténèbres naturelles reviendront bientôt envahir notre âme. Il suffit donc de céder à la paresse spirituelle : elle obscurcira efficacement l’âme ; elle détruira aussi sûrement la lumière de Dieu, sinon aussi vite, que le meurtre ou l’adultère.
10. Mais il est bon d’observer que la cause de nos ténèbres (quelle qu’elle soit, péché d’omission ou de commission, péché intérieur ou extérieur) n’est pas toujours proche. Quelquefois le péché qui a occasionné la détresse présente peut remonter assez loin. Il a pu être commis des jours, des semaines ou des mois auparavant. Et si Dieu retire maintenant sa lumière et sa paix à cause de ce qui a été fait il y a si longtemps, ce n’est pas (comme on pourrait d’abord se l’imaginer) une marque de sa sévérité, mais plutôt une preuve de sa patience et de sa tendre miséricorde. Il a attendu tout ce temps, pour voir si peut-être nous reconnaîtrions, avouerions et corrigerions ce qui n’allait pas. Et faute de cela, il manifeste enfin son mécontentement, afin de nous amener ainsi, enfin, à la repentance.
(II). 1. Une autre cause générale de ces ténèbres est l’ignorance, qui est également de diverses sortes. Si les hommes ne connaissent pas les Écritures, s’ils s’imaginent qu’il y a, dans l’Ancien ou dans le Nouveau Testament, des passages qui affirment que tous les croyants sans exception doivent quelquefois être dans les ténèbres, cette ignorance attirera naturellement sur eux les ténèbres qu’ils attendent. Et combien ce cas a été commun parmi nous ! Qu’il y en a peu qui ne s’y attendent pas ! Et ce n’est pas étonnant, puisqu’on leur enseigne à s’y attendre, puisque leurs guides les conduisent dans cette voie. Non seulement les écrivains mystiques de l’Église romaine, mais un grand nombre des plus spirituels et des plus expérimentés de la nôtre (à l’exception d’un très petit nombre du siècle dernier), le posent avec une pleine assurance comme une doctrine claire et incontestable de l’Écriture, et citent beaucoup de textes pour le prouver.
2. L’ignorance de l’œuvre de Dieu dans l’âme occasionne aussi fréquemment ces ténèbres. On s’imagine (parce qu’on l’a enseigné ainsi, particulièrement par des écrivains de la communion romaine, dont trop de protestants ont reçu les assertions spécieuses sans examen suffisant) qu’on ne doit pas toujours marcher dans une foi lumineuse ; que ce n’est là qu’une économie inférieure ; qu’à mesure qu’on s’élève, on doit laisser derrière soi ces consolations sensibles, et vivre d’une foi nue (nue, en effet, si elle est dépouillée à la fois de l’amour, de la paix et de la joie par le Saint-Esprit !) ; qu’un état de lumière et de joie est bon, mais qu’un état de ténèbres et de sécheresse est meilleur ; que c’est par ce dernier seul que nous pouvons être purifiés de l’orgueil, de l’amour du monde et de l’amour-propre déréglé ; et que, par conséquent, nous ne devons ni attendre ni désirer de marcher toujours dans la lumière. De là vient (quoique d’autres raisons puissent y concourir), que la plupart des hommes pieux de l’Église romaine marchent généralement dans une voie obscure et sans consolation, et que, s’ils reçoivent jamais la lumière de Dieu, ils la perdent bientôt.
(III). 1. Une troisième cause générale de ces ténèbres est la tentation. Quand la lampe du Seigneur commence à briller sur notre tête, la tentation fuit souvent et disparaît entièrement. Tout est calme au-dedans ; peut-être au-dehors aussi, tandis que Dieu dispose nos ennemis à être en paix avec nous. Il est alors bien naturel de supposer que nous ne verrons plus la guerre. Et il y a des exemples où ce calme a duré, non seulement des semaines, mais des mois ou des années. Mais d’ordinaire il en va autrement : en peu de temps « les vents soufflent, la pluie tombe, et les torrents viennent » de nouveau. Ceux qui ne connaissent ni le Fils ni le Père, et qui, par conséquent, haïssent ses enfants, quand Dieu relâche le frein qui est entre leurs dents , montreront cette haine de diverses manières. Comme autrefois « celui qui était né selon la chair persécutait celui qui était né selon l’Esprit, ainsi en est-il encore maintenant » : la même cause produit toujours le même effet. Le mal qui demeure encore dans le cœur se remuera alors aussi de nouveau ; la colère et beaucoup d’autres racines d’amertume s’efforceront de pousser. En même temps, Satan ne manquera pas de lancer ses traits enflammés ; et l’âme aura à lutter, non seulement contre le monde, non seulement « contre la chair et le sang, mais contre les dominations, contre les autorités, contre les princes de ce monde de ténèbres, contre les esprits méchants dans les lieux célestes ». Or, quand des assauts si divers sont livrés à la fois, et peut-être avec la dernière violence, il n’est pas étrange qu’ils produisent, non seulement de la tristesse, mais même des ténèbres chez un croyant faible ; — surtout s’il ne veillait pas ; si ces assauts lui sont livrés à une heure où il ne s’y attendait pas ; s’il n’attendait rien moins que cela, mais s’était naïvement dit à lui-même que le jour mauvais ne reviendrait plus.
2. La force des tentations qui naissent du dedans sera extrêmement accrue si nous avions auparavant une trop haute opinion de nous-mêmes, comme si nous avions été purifiés de tout péché. Et combien nous nous l’imaginons naturellement pendant la ferveur de notre premier amour ! Comme nous sommes prompts à croire que Dieu a « accompli en nous » toute « l’œuvre de la foi avec puissance » ! que, parce que nous ne sentons aucun péché, nous n’en avons aucun en nous, mais que l’âme n’est qu’amour ! Et il n’est pas étonnant qu’une vive attaque d’un ennemi que nous supposions non seulement vaincu, mais tué, nous jette dans une grande tristesse de l’âme ; oui, quelquefois, dans d’épaisses ténèbres ; surtout quand nous raisonnons avec cet ennemi, au lieu d’invoquer Dieu à l’instant, et de nous jeter, par une foi simple, sur Celui qui seul « sait délivrer de l’épreuve » les siens.
III. Telles sont les causes ordinaires de ces secondes ténèbres. Recherchons, troisièmement, quel en est le remède.
1. Supposer que ce remède soit un seul et même dans tous les cas est une erreur fatale ; et pourtant elle est extrêmement commune, même parmi beaucoup de gens qui passent pour des chrétiens expérimentés, qui peut-être même prétendent être des docteurs en Israël, des guides pour les autres âmes. Aussi ne connaissent-ils et n’emploient-ils qu’un seul remède, quelle que soit la cause du mal. Ils commencent aussitôt à appliquer les promesses ; à prêcher l’Évangile, comme ils disent. Donner de la consolation est le but unique qu’ils visent ; et pour y parvenir, ils disent beaucoup de choses douces et tendres sur l’amour de Dieu pour les pauvres pécheurs sans ressource, et sur l’efficacité du sang de Christ. Or c’est là, en vérité, du charlatanisme, et de la pire espèce, puisqu’il tend, s’il ne tue pas le corps des hommes, du moins, sans une miséricorde particulière de Dieu, à « faire périr l’âme et le corps dans la géhenne ». Il est difficile de parler comme ils le méritent de ces « crépisseurs au mortier sans consistance », de ces marchands de promesses. Ils méritent bien le titre qu’on a donné par ignorance à d’autres : ce sont des charlatans spirituels. Ils ont, en effet, « tenu pour profane le sang de l’alliance ». Ils prostituent indignement les promesses de Dieu en les appliquant ainsi à tous sans distinction. Tandis qu’en vérité le remède des maladies spirituelles, comme celui des maladies du corps, doit être aussi varié que leurs causes. La première chose est donc de découvrir la cause ; et celle-ci indiquera naturellement le remède.
2. Par exemple : Est-ce le péché qui occasionne les ténèbres ? Quel péché ? Est-ce un péché extérieur de quelque espèce ? Votre conscience vous accuse-t-elle d’avoir commis quelque péché par lequel vous attristez le Saint-Esprit de Dieu ? Est-ce pour cette raison qu’il s’est retiré de vous, et que la joie et la paix se sont retirées avec lui ? Et comment pouvez-vous espérer qu’elles reviennent, jusqu’à ce que vous ayez ôté l’interdit ? « Que le méchant abandonne sa voie » ; « Nettoyez vos mains, pécheurs » ; « Otez de devant mes yeux la méchanceté de vos actions » ; alors « votre lumière se lèvera sur l’obscurité » ; le Seigneur reviendra, lui « qui ne se lasse pas de pardonner ».
3. Si, après l’examen le plus attentif, vous ne trouvez aucun péché de commission qui cause le nuage qui est sur votre âme, recherchez ensuite s’il n’y a pas quelque péché d’omission qui fasse une séparation entre Dieu et vous. « Ne vous chargez-vous point d’un péché à cause de votre frère ? » Reprenez-vous ceux qui pèchent sous vos yeux ? Marchez-vous dans toutes les ordonnances de Dieu ? dans la prière publique, dans celle de la famille, dans la prière secrète ? Sinon, si vous négligez habituellement l’un de ces devoirs connus, comment pouvez-vous espérer que la lumière de sa face continue de briller sur vous ? Hâtez-vous : « affermis le reste » ; alors votre âme vivra. « Aujourd’hui, si vous entendez sa voix », suppléez par sa grâce à ce qui manque. Quand vous entendez derrière vous une voix qui dit : « Voici le chemin, marchez-y! » n’endurcissez pas votre cœur ; ne soyez plus « désobéissant à l’appel céleste ». Tant que le péché, soit d’omission, soit de commission, n’est pas ôté, toute consolation est fausse et trompeuse. Ce n’est que refermer la peau sur la plaie, qui continue de suppurer et de s’envenimer en dessous. N’attendez aucune paix au-dedans, jusqu’à ce que vous soyez en paix avec Dieu ; ce qui ne peut être sans « du fruit digne de la repentance ».
4. Mais peut-être n’avez-vous conscience d’aucun péché, même d’omission, qui trouble votre paix et votre joie par le Saint-Esprit. N’y a-t-il donc pas quelque péché intérieur qui, comme une racine d’amertume, pousse dans votre cœur pour vous troubler ? Votre sécheresse et la stérilité de votre âme ne viennent-elles pas de ce que votre cœur a commencé à « se détourner du Dieu vivant » ? Le « pied de l’orgueil » ne vous a-t-il pas atteint ? N’avez-vous pas eu de vous-même « une trop haute opinion » ? N’avez-vous pas, à quelque égard, « sacrifié à votre filet, offert de l’encens à vos rets » ? N’avez-vous pas attribué le succès de quelque entreprise à votre propre courage, à votre force ou à votre sagesse ? Ne vous êtes-vous pas glorifié de quelque chose « que vous avez reçu, comme si vous ne l’aviez pas reçu » ? Ne vous êtes-vous pas glorifié de quoi que ce soit d’autre « que de la croix de notre Seigneur Jésus-Christ » ? N’avez-vous pas recherché ou désiré la louange des hommes ? N’y avez-vous pas pris plaisir ? S’il en est ainsi, vous voyez le chemin que vous devez prendre. Si vous êtes tombé par l’orgueil, « Humiliez-vous donc sous la puissante main de Dieu, afin qu’il vous élève au temps convenable ». Ne l’avez-vous pas forcé à se retirer de vous en donnant lieu à la colère ? Ne vous êtes-vous pas « irrité contre les méchants », ou n’avez-vous pas « envié ceux qui font le mal » ? Ne vous êtes-vous pas offensé contre quelqu’un de vos frères, considérant leur péché (réel ou imaginaire), au point de pécher vous-même contre la grande loi de l’amour, en éloignant d’eux votre cœur ? Alors regardez au Seigneur, afin de renouveler votre force ; afin que toute cette aigreur et toute cette froideur disparaissent ; que l’amour, la paix et la joie reviennent ensemble, et que vous soyez invariablement bons les uns envers les autres, « compatissants, vous pardonnant réciproquement, comme Dieu vous a pardonné en Christ ». N’avez-vous pas cédé à quelque désir insensé ? À quelque espèce ou à quelque degré d’affection déréglée ? Comment donc l’amour de Dieu pourrait-il avoir place dans votre cœur, jusqu’à ce que vous ayez ôté vos idoles ? « Ne vous y trompez pas: on ne se moque pas de Dieu » : il n’habitera pas dans un cœur partagé. Aussi longtemps donc que vous chérirez Dalila dans votre sein, il n’y a point de place pour lui. Il est vain d’espérer recouvrer sa lumière, jusqu’à ce que vous arrachiez l’œil droit et le jetiez loin de vous. Oh ! qu’il n’y ait plus de retard ! Criez à lui, afin qu’il vous rende capable de le faire ! Déplorez votre impuissance et votre misère ; et, le Seigneur étant votre aide, entrez par la porte étroite ; forcez le royaume des cieux ! Chassez toute idole de son sanctuaire, et la gloire du Seigneur apparaîtra bientôt.
5. Peut-être est-ce précisément cela, le manque d’effort, la paresse spirituelle, qui retient votre âme dans les ténèbres. Vous habitez tranquille dans le pays ; il n’y a point de guerre sur vos frontières ; et ainsi vous êtes en repos et sans inquiétude. Vous continuez dans le même sentier uni des devoirs extérieurs, et vous êtes content d’y demeurer. Et vous vous étonnez, cependant, que votre âme soit morte ? Oh ! réveillez-vous devant le Seigneur ! Levez-vous, secouez la poussière ; luttez avec Dieu pour obtenir la grande bénédiction ; répandez votre âme devant Dieu dans la prière, et continuez-y avec toute persévérance ! Veillez ! Sortez du sommeil, et demeurez éveillé ! Sinon, il n’y a rien d’autre à attendre, sinon que vous serez de plus en plus étranger à la lumière et à la vie de Dieu.
6. Si, après l’examen le plus complet et le plus impartial de vous-même, vous ne pouvez discerner que vous cédiez actuellement, soit à la paresse spirituelle, soit à quelque autre péché intérieur ou extérieur, alors rappelez-vous le temps passé. Considérez vos dispositions, vos paroles et vos actions d’autrefois. Ont-elles été droites devant le Seigneur ? « Entretenez-vous avec lui dans votre chambre, et taisez-vous » ; et demandez-lui de sonder le fond de votre cœur, et de vous remettre en mémoire tout ce qui a jamais offensé les yeux de sa gloire. Si la culpabilité de quelque péché dont on ne s’est pas repenti demeure sur notre âme, il ne se peut que vous ne restiez dans les ténèbres, jusqu’à ce que, renouvelé par la repentance, vous soyez de nouveau lavé par la foi dans la « source ouverte pour le péché et pour l’impureté ».
7. Tout autre sera la manière de guérir, si la cause du mal n’est pas le péché, mais l’ignorance. Ce peut être l’ignorance du sens de l’Écriture, occasionnée peut-être par des commentateurs ignorants, ignorants du moins à cet égard, quelque instruits et savants qu’ils puissent être sur d’autres points. Et, dans ce cas, il faut ôter cette ignorance avant de pouvoir ôter les ténèbres qui en proviennent. Il faut montrer le vrai sens des textes qui ont été mal compris. Mon dessein ne me permet pas d’examiner tous les passages de l’Écriture qu’on a fait servir à cet usage. J’en mentionnerai seulement deux ou trois, qu’on allègue souvent pour prouver que tous les croyants doivent, tôt ou tard, marcher « dans l’obscurité ».
8 L’un d’eux est Ésaïe 50:10 : « Quiconque parmi vous craint l’Éternel, Qu’il écoute la voix de son serviteur! Quiconque marche dans l’obscurité et manque de lumière, Qu’il se confie dans le nom de l’Éternel, Et qu’il s’appuie sur son Dieu! » Mais comment paraît-il, soit par le texte, soit par le contexte, que la personne dont il est ici question ait jamais eu la lumière ? Celui qui est convaincu de péché « craint l’Éternel » et écoute « la voix de son serviteur ». Et c’est à lui que nous conseillerions, bien qu’il fût encore dans les ténèbres de l’âme et n’eût jamais vu la lumière de la face de Dieu, néanmoins de « se confier dans le nom de l’Éternel, et s’appuyer sur son Dieu ». Ce texte ne prouve donc nullement qu’un croyant en Christ « doive quelquefois marcher dans l’obscurité ».
9. Un autre texte qu’on a supposé enseigner la même doctrine est Osée 2:16 : « je veux l’attirer et la conduire au désert, et je parlerai à son cœur. » On en a inféré que Dieu conduira tout croyant au désert, dans un état de mort et de ténèbres. Mais il est certain que le texte ne dit rien de semblable ; car il ne paraît pas qu’il parle le moins du monde de croyants en particulier : il se rapporte manifestement à la nation juive, et peut-être à elle seule. Mais s’il peut s’appliquer à des personnes en particulier, en voici le sens évident : — Je l’attirerai par l’amour ; ensuite je le convaincrai de péché ; puis je le consolerai par la miséricorde qui pardonne.
10. Un troisième passage de l’Écriture d’où l’on a tiré la même conclusion est celui que nous avons cité plus haut : « vous êtes maintenant dans la tristesse; mais je vous reverrai, et votre cœur se réjouira, et nul ne vous ravira votre joie. » On a supposé que ces paroles impliquaient que Dieu, au bout d’un temps, se retirerait de tous les croyants, et qu’ils ne pourraient avoir la joie que nul ne pourrait leur ravir qu’après avoir ainsi été dans la tristesse. Mais tout le contexte montre que notre Seigneur parle ici personnellement aux apôtres, et à nuls autres ; et qu’il parle de ces événements particuliers, sa propre mort et sa résurrection. « Encore un peu de temps, dit-il, et vous ne me verrez plus », c’est-à-dire tandis que je serai dans le tombeau ; « et puis encore un peu de temps, et vous me verrez », quand je serai ressuscité des morts. « vous pleurerez et vous vous lamenterez, et le monde se réjouira ; mais votre tristesse se changera en joie. » — « vous êtes maintenant dans la tristesse », parce que je vais vous être enlevé, moi qui suis votre chef ; « mais je vous reverrai », après ma résurrection, « et votre cœur se réjouira, et nul ne vous ravira votre joie », celle que je vous donnerai alors. Tout cela, nous le savons, s’est accompli à la lettre dans le cas particulier des apôtres. Mais on n’en peut tirer aucune conclusion quant à la manière dont Dieu agit envers les croyants en général.
11. Un quatrième texte (pour n’en pas citer davantage), qu’on a souvent allégué pour prouver la même doctrine, est 1 Pierre 4:12 : « Bien-aimés, ne soyez pas surpris, comme d’une chose étrange qui vous arrive, de la fournaise qui est au milieu de vous pour vous éprouver. » Mais celui-ci est tout aussi étranger à la question que le précédent. Le texte, traduit littéralement, porte : « Bien-aimés, ne vous étonnez pas de l’embrasement qui est parmi vous, lequel est pour votre épreuve. » Or, quoiqu’on puisse l’appliquer aux épreuves intérieures dans un sens secondaire, il se rapporte sans doute, en premier lieu, au martyre et aux souffrances qui l’accompagnent. Ce texte n’a donc, lui non plus, aucun rapport avec le but pour lequel on le cite. Et nous pouvons défier tous les hommes de produire un seul texte, soit de l’Ancien, soit du Nouveau Testament, qui s’y rapporte davantage que celui-ci.
12. « Mais les ténèbres ne sont-elles pas beaucoup plus profitables à l’âme que la lumière ? L’œuvre de Dieu dans le cœur ne s’accomplit-elle pas le plus rapidement et le plus efficacement pendant un état de souffrance intérieure ? Le croyant n’est-il pas plus rapidement et plus complètement purifié par la tristesse que par la joie ? — par l’angoisse, la douleur, la détresse et les martyres spirituels, que par une paix continuelle ? » Ainsi l’enseignent les mystiques ; ainsi est-il écrit dans leurs livres, mais non dans les oracles de Dieu. L’Écriture ne dit nulle part que l’absence de Dieu soit ce qui achève le mieux son œuvre dans le cœur ! C’est plutôt sa présence, et une claire communion avec le Père et avec le Fils : un vif sentiment de cette présence fera plus en une heure que son absence en un siècle. La joie par le Saint-Esprit purifiera l’âme bien plus efficacement que l’absence de cette joie ; et la paix de Dieu est le meilleur moyen d’affiner l’âme en la dégageant des scories des affections terrestres. Loin de nous donc la vaine pensée que le royaume de Dieu soit divisé contre lui-même ; que la paix de Dieu et la joie par le Saint-Esprit fassent obstacle à la justice ; et que nous soyons sauvés, non par la foi, mais par l’incrédulité ; non par l’espérance, mais par le désespoir !
13. Aussi longtemps que les hommes rêvent ainsi, ils peuvent bien marcher « dans l’obscurité » : l’effet ne peut cesser tant que la cause n’est pas ôtée. Mais il ne faut pas nous imaginer pour autant qu’il cessera immédiatement, même quand la cause n’existe plus. Quand l’ignorance ou le péché a causé les ténèbres, l’une ou l’autre peut être ôtée, et pourtant la lumière qu’ils obstruaient peut ne pas revenir immédiatement. Comme elle est un don gratuit de Dieu, il peut la rendre plus tôt ou plus tard, comme il lui plaît. Dans le cas du péché, nous ne pouvons raisonnablement espérer qu’elle revienne immédiatement. Le péché a commencé avant le châtiment, lequel peut donc à juste titre subsister après que le péché a pris fin. Et même dans le cours naturel des choses, quoiqu’une plaie ne puisse se guérir tant que le trait reste enfoncé dans la chair, elle n’est pas non plus guérie dès qu’on l’a retiré ; mais l’inflammation et la douleur peuvent subsister longtemps après.
14. Enfin, si les ténèbres sont occasionnées par des tentations nombreuses, pesantes et inattendues, le meilleur moyen de les ôter et de les prévenir est d’enseigner aux croyants à toujours s’attendre à la tentation, puisqu’ils habitent dans un monde mauvais, au milieu d’esprits méchants, subtils et malicieux, et qu’ils ont un cœur capable de tout mal. Convainquez-les que l’œuvre entière de la sanctification ne s’accomplit pas d’un seul coup, comme ils se l’imaginaient ; que, lorsqu’ils commencent à croire, ils ne sont encore que des enfants nouvellement nés, qui doivent croître graduellement, et qui peuvent s’attendre à bien des orages avant de parvenir à la pleine stature de Christ. Avant tout, qu’on leur enseigne, quand l’orage fond sur eux, à ne pas raisonner avec le diable, mais à prier ; à répandre leurs âmes devant Dieu, et à lui exposer leur détresse. Et ce sont là les personnes à qui nous devons principalement appliquer les grandes et précieuses promesses ; non aux ignorants, tant que leur ignorance n’est pas ôtée, et bien moins encore au pécheur impénitent. À celles-là nous pouvons déclarer largement et affectueusement la bonté de Dieu notre Sauveur, nous étendre sur ses tendres miséricordes, qui sont de toute éternité. Ici nous pouvons insister sur la fidélité de Dieu, car « La parole de l’Éternel est éprouvée », et sur la vertu de ce sang qui a été répandu pour nous, et qui « nous purifie de tout péché » ; et Dieu rendra alors témoignage à sa parole, et fera sortir leurs âmes de la détresse. Il dira : « Lève-toi, sois éclairée, car ta lumière arrive, Et la gloire de l’Éternel se lève sur toi. » Oui, et cette lumière, si tu marches humblement et étroitement avec Dieu, ira « croissant jusqu’au milieu du jour ».
Chapitre 47 terminé
L’état de désert