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La nouvelle naissance

Chapitre 46 · 29 min de lecture · 38 min d’écoute

La nouvelle naissance

Sermon 45

La nouvelle naissance

« Il faut que vous naissiez de nouveau. »

Jean 3:7.

1. Si, dans toute l’étendue du christianisme, il est des doctrines que l’on puisse proprement appeler fondamentales, ce sont sans doute ces deux-ci : la doctrine de la justification et celle de la nouvelle naissance ; la première se rapportant à cette grande œuvre que Dieu fait pour nous en pardonnant nos péchés ; la seconde, à la grande œuvre que Dieu fait en nous, en renouvelant notre nature déchue. Dans l’ordre du temps, aucune des deux ne précède l’autre : au moment où nous sommes justifiés par la grâce de Dieu, par la rédemption qui est en Jésus, nous sommes aussi « nés de l’Esprit » ; mais dans l’ordre de la pensée, comme on dit, la justification précède la nouvelle naissance. Nous concevons d’abord que sa colère est détournée, et ensuite que son Esprit agit dans nos cœurs.

2. De quelle importance n’est-il donc pas, pour tout enfant des hommes, de bien comprendre ces doctrines fondamentales ! Pleinement convaincus de cette vérité, beaucoup d’hommes excellents ont écrit fort longuement sur la justification, en expliquant chaque point qui s’y rapporte et en ouvrant les Écritures qui en traitent. Beaucoup aussi ont écrit sur la nouvelle naissance, et quelques-uns assez longuement ; mais non pas pourtant aussi clairement qu’on l’aurait pu désirer, ni avec autant de profondeur et d’exactitude, en ayant donné soit une explication obscure et abstruse, soit une explication légère et superficielle. C’est pourquoi un exposé complet, et en même temps clair, de la nouvelle naissance semble faire encore défaut ; un exposé qui nous mette en état de répondre d’une manière satisfaisante à ces trois questions : premièrement, pourquoi devons-nous naître de nouveau ? Quel est le fondement de cette doctrine de la nouvelle naissance ? Secondement, comment devons-nous naître de nouveau ? Quelle est la nature de la nouvelle naissance ? Et, troisièmement, à quelle fin devons-nous naître de nouveau ? Pourquoi est-ce nécessaire ? Avec l’aide de Dieu, je répondrai à ces questions brièvement et simplement ; et j’y ajouterai ensuite quelques conséquences qui en découleront naturellement.

I. 1. Et d’abord, pourquoi devons-nous naître de nouveau ? Quel est le fondement de cette doctrine ? Ce fondement est presque aussi profond que la création du monde, dans le récit scripturaire de laquelle nous lisons : « Puis Dieu », le Dieu trois-un, « dit: Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance. Dieu créa l’homme à son image, il le créa à l’image de Dieu » (Genèse 1:26, 27) : — non pas simplement à son image naturelle, image de sa propre immortalité, être spirituel doué d’intelligence, de liberté de volonté et d’affections diverses ; — ni seulement à son image politique, gouverneur de ce monde inférieur, ayant « domination sur les poissons de la mer, et sur toute la terre » ; — mais principalement à son image morale, qui est, selon l’apôtre, « une justice et une sainteté que produit la vérité » (Éphésiens 4:24). C’est à cette image de Dieu que l’homme fut fait. « Dieu est amour » : aussi l’homme, à sa création, était-il plein d’amour, et cet amour était le principe unique de toutes ses dispositions, de toutes ses pensées, de toutes ses paroles et de toutes ses actions. Dieu est plein de justice, de miséricorde et de vérité ; ainsi était l’homme tel qu’il sortit des mains de son Créateur. Dieu est une pureté sans tache ; et ainsi l’homme était, au commencement, pur de toute souillure de péché ; autrement Dieu n’aurait pu le déclarer, aussi bien que tout le reste de l’ouvrage de ses mains, « très bon » (Genèse 1:31). Il n’aurait pu l’être, s’il n’avait été pur de péché et rempli de justice et de vraie sainteté. Car il n’y a pas de milieu : si nous supposons qu’une créature intelligente n’aime pas Dieu, n’est pas juste et sainte, nous supposons nécessairement qu’elle n’est pas bonne du tout, et bien moins encore « très bonne ».

2. Mais, bien que l’homme eût été fait à l’image de Dieu, il ne fut pas fait immuable. Cela n’aurait pas été compatible avec l’état d’épreuve dans lequel il plut à Dieu de le placer. Il fut donc créé capable de demeurer debout, et pourtant sujet à tomber. Et Dieu lui-même l’en avertit, et lui donna là-dessus un avertissement solennel. Néanmoins, l’homme ne demeura pas dans l’honneur : il tomba de son état élevé. Il « mangea de l’arbre au sujet duquel l’Éternel lui avait donné cet ordre : Tu n’en mangeras point ». Par cet acte volontaire de désobéissance envers son Créateur, par cette franche rébellion contre son Souverain, il déclara ouvertement qu’il ne voulait plus que Dieu régnât sur lui ; qu’il voulait être gouverné par sa propre volonté, et non par la volonté de celui qui l’avait créé ; et qu’il ne chercherait pas son bonheur en Dieu, mais dans le monde, dans les œuvres de ses mains. Or Dieu lui avait dit auparavant : « le jour où tu en mangeras », de ce fruit, « tu mourras ». Et la parole du Seigneur ne peut être anéantie. Aussi, ce jour-là, il mourut : il mourut à Dieu, — la plus terrible de toutes les morts. Il perdit la vie de Dieu : il fut séparé de celui dans l’union avec lequel consistait sa vie spirituelle. Le corps meurt lorsqu’il est séparé de l’âme ; l’âme, lorsqu’elle est séparée de Dieu. Or, cette séparation d’avec Dieu, Adam la subit le jour même, l’heure même où il mangea du fruit défendu. Et il en donna aussitôt la preuve, montrant sur-le-champ, par sa conduite, que l’amour de Dieu était éteint dans son âme, désormais « étrangère à la vie de Dieu ». Au lieu de cet amour, il était maintenant sous l’empire d’une crainte servile, de sorte qu’il fuit la présence du Seigneur. Bien plus, il avait si peu conservé la connaissance même de celui qui remplit le ciel et la terre, qu’il tâcha de « se cacher loin de la face de l’Éternel Dieu, au milieu des arbres du jardin » (Genèse 3:8). Il avait donc perdu à la fois la connaissance et l’amour de Dieu, sans lesquels l’image de Dieu ne pouvait subsister. De cette image, par conséquent, il fut privé en même temps, et il devint impie aussi bien que malheureux. À sa place, il était tombé dans l’orgueil et la volonté propre, l’image même du diable ; et dans les appétits et les désirs sensuels, l’image des bêtes qui périssent.

3. Si l’on dit : « Non, mais cette menace : “le jour où tu en mangeras, tu mourras”, se rapporte à la mort temporelle, et à elle seule, à la mort du corps seulement » ; la réponse est claire : affirmer cela, c’est franchement et manifestement faire de Dieu un menteur ; c’est soutenir que le Dieu de vérité a positivement affirmé une chose contraire à la vérité. Car il est évident qu’Adam ne mourut pas en ce sens « le jour où il en mangea ». Il vécut, au sens opposé à cette mort, plus de neuf cents ans après. De sorte que cela ne peut en aucune façon s’entendre de la mort du corps, sans mettre en cause la véracité de Dieu. Il faut donc l’entendre de la mort spirituelle, de la perte de la vie et de l’image de Dieu.

4. Et en Adam tous moururent, tout le genre humain, tous les enfants des hommes qui étaient alors dans les reins d’Adam. La conséquence naturelle en est que chacun de ses descendants vient au monde spirituellement mort, mort à Dieu, entièrement mort dans le péché ; entièrement privé de la vie de Dieu ; privé de l’image de Dieu, de toute cette justice et de toute cette sainteté dans lesquelles Adam avait été créé. Au lieu de cela, tout homme qui naît au monde porte maintenant l’image du diable dans l’orgueil et la volonté propre, l’image de la bête dans les appétits et les désirs sensuels. Tel est donc le fondement de la nouvelle naissance : la corruption entière de notre nature. De là vient que, étant nés dans le péché, nous devons « naître de nouveau ». De là vient que quiconque est né de la femme doit naître de l’Esprit de Dieu.

II. 1. Mais comment un homme doit-il naître de nouveau ? Quelle est la nature de la nouvelle naissance ? C’est là la seconde question. Et c’est une question de la plus haute importance qui se puisse concevoir. Nous ne devons donc pas, dans une affaire si grave, nous contenter d’un examen superficiel, mais l’examiner avec tout le soin possible et la méditer dans nos cœurs, jusqu’à ce que nous comprenions pleinement ce point important et voyions clairement comment nous devons naître de nouveau.

2. Non que nous devions attendre une explication minutieuse et philosophique de la manière dont cela se fait. Notre Seigneur nous garde suffisamment contre une telle attente par les paroles qui suivent immédiatement le texte, où il rappelle à Nicodème un fait aussi incontestable qu’aucun autre dans toute l’étendue de la nature, et que néanmoins le plus sage des hommes sous le soleil n’est pas capable d’expliquer pleinement. « Le vent souffle où il veut », — non par ta puissance ou ta sagesse ; « et tu en entends le bruit » ; — tu es absolument assuré, au-delà de tout doute, qu’il souffle ; « mais tu ne sais d’où il vient, ni où il va » ; — la manière précise dont il commence et finit, s’élève et tombe, nul ne peut la dire. « Il en est ainsi de tout homme qui est né de l’Esprit » : — tu peux être aussi absolument assuré du fait que du souffle du vent ; mais la manière précise dont cela se fait, comment le Saint-Esprit opère cette œuvre dans l’âme, ni toi ni le plus sage des enfants des hommes n’êtes capables de l’expliquer.

3. Cependant il suffit, pour toutes les fins raisonnables et chrétiennes, que, sans descendre dans des recherches curieuses et critiques, nous puissions donner un exposé simple et scripturaire de la nature de la nouvelle naissance. Cela satisfera tout homme raisonnable qui ne désire que le salut de son âme. L’expression « naître de nouveau » ne fut pas employée pour la première fois par notre Seigneur dans son entretien avec Nicodème : elle était bien connue avant ce temps-là, et d’un usage courant parmi les Juifs lorsque notre Sauveur parut au milieu d’eux. Lorsqu’un païen adulte était convaincu que la religion juive venait de Dieu et désirait s’y joindre, la coutume était de le baptiser d’abord, avant qu’il fût admis à la circoncision. Et lorsqu’il avait été baptisé, on disait qu’il était né de nouveau ; on entendait par là que celui qui était auparavant un enfant du diable était maintenant adopté dans la famille de Dieu et compté parmi ses enfants. Cette expression donc, que Nicodème, étant « le docteur d’Israël », aurait dû bien comprendre, notre Seigneur l’emploie en s’entretenant avec lui ; seulement dans un sens plus fort que celui auquel il était accoutumé. Et ce pouvait être la raison pour laquelle il demanda : « Comment cela peut-il se faire? » Ces choses ne peuvent se faire littéralement : — un homme ne peut « rentrer dans le sein de sa mère et naître » ; — mais elles peuvent se faire spirituellement : un homme peut naître d’en haut, naître de Dieu, naître de l’Esprit, d’une manière qui offre une analogie très étroite avec la naissance naturelle.

4. Avant qu’un enfant soit né au monde, il a des yeux, mais il ne voit pas ; il a des oreilles, mais il n’entend pas. Il n’a qu’un usage très imparfait de ses autres sens. Il n’a aucune connaissance des choses de ce monde, ni aucune intelligence naturelle. À cette manière d’exister qu’il a alors, nous ne donnons pas même le nom de vie. C’est seulement lorsqu’un homme est né que nous disons qu’il commence à vivre. Car dès qu’il est né, il commence à voir la lumière et les divers objets dont il est environné. Ses oreilles s’ouvrent alors, et il entend les sons qui les frappent successivement. En même temps, tous les autres organes des sens commencent à s’exercer sur leurs objets propres. Il respire aussi, et vit d’une manière entièrement différente de celle dont il vivait auparavant. Avec quelle exactitude le parallèle se soutient dans tous ces cas ! Tant qu’un homme est dans un état purement naturel, avant d’être né de Dieu, il a, dans un sens spirituel, des yeux, et il ne voit pas ; un voile épais et impénétrable est posé sur eux ; il a des oreilles, mais il n’entend pas ; il est entièrement sourd à ce qu’il lui importe le plus d’entendre. Ses autres sens spirituels sont tous fermés : il est dans le même état que s’il ne les avait pas. De là vient qu’il n’a aucune connaissance de Dieu, aucun commerce avec lui ; il ne le connaît nullement. Il n’a aucune vraie connaissance des choses de Dieu, ni des choses spirituelles ni des choses éternelles ; c’est pourquoi, bien qu’il soit un homme vivant, il est un chrétien mort. Mais dès qu’il est né de Dieu, il se fait un changement total en tous ces points. « Les yeux de son entendement sont ouverts » (tel est le langage du grand apôtre) ; et, celui qui autrefois « a dit : La lumière brillera du sein des ténèbres, faisant briller la lumière dans son cœur, il voit la lumière de la gloire de Dieu », son amour glorieux, « sur la face de Jésus-Christ ». Ses oreilles étant ouvertes, il est maintenant capable d’entendre la voix intérieure de Dieu qui lui dit : « Prends courage ; tes péchés te sont pardonnés » ; « va, et ne pèche plus ». Tel est le sens de ce que Dieu dit à son cœur, quoique peut-être pas en ces termes mêmes. Il est maintenant prêt à entendre tout ce que « celui qui enseigne à l’homme la science » veut bien, de temps à autre, lui révéler. Il « sent dans son cœur », pour employer le langage de notre Église, « la puissante opération de l’Esprit de Dieu » ; non dans un sens grossier et charnel, comme les hommes du monde l’entendent stupidement et volontairement de travers, quoiqu’on leur ait dit et redit que nous n’entendons par là ni plus ni moins que ceci : il sent, il a intérieurement conscience des grâces que l’Esprit de Dieu opère dans son cœur. Il sent, il a conscience d’une paix « qui surpasse toute intelligence ». Il éprouve bien des fois en Dieu une joie « ineffable et glorieuse ». Il sent « l’amour de Dieu répandu dans son cœur par le Saint-Esprit qui lui a été donné » ; et tous ses sens spirituels sont alors exercés à discerner le bien et le mal spirituels. Par l’usage qu’il en fait, il croît chaque jour dans la connaissance de Dieu, de Jésus-Christ qu’il a envoyé, et de toutes les choses qui appartiennent à son royaume intérieur. Et maintenant on peut proprement dire qu’il vit : Dieu l’ayant vivifié par son Esprit, il est vivant pour Dieu par Jésus-Christ. Il vit d’une vie que le monde ne connaît pas, une « vie » qui est « cachée avec Christ en Dieu ». Dieu souffle continuellement, pour ainsi dire, sur l’âme ; et son âme respire vers Dieu. La grâce descend dans son cœur, et la prière et la louange montent au ciel ; et par ce commerce entre Dieu et l’homme, par cette communion avec le Père et le Fils, comme par une sorte de respiration spirituelle, la vie de Dieu dans l’âme est entretenue ; et l’enfant de Dieu grandit, jusqu’à ce qu’il parvienne à « la mesure de la stature parfaite de Christ ».

5. Par là il paraît manifestement quelle est la nature de la nouvelle naissance. C’est ce grand changement que Dieu opère dans l’âme lorsqu’il la fait entrer dans la vie ; lorsqu’il la ressuscite de la mort du péché à la vie de la justice. C’est le changement opéré dans l’âme tout entière par l’Esprit tout-puissant de Dieu lorsqu’elle est « créée de nouveau en Jésus-Christ » ; lorsqu’elle est « renouvelée à l’image de Dieu, dans la justice et la vraie sainteté » ; lorsque l’amour du monde est changé en amour de Dieu ; l’orgueil en humilité ; l’emportement en douceur ; la haine, l’envie, la malice, en un amour sincère, tendre et désintéressé pour tout le genre humain. En un mot, c’est ce changement par lequel l’esprit terrestre, charnel, diabolique, est transformé en « les sentiments qui étaient en Jésus-Christ ». Telle est la nature de la nouvelle naissance : « Il en est ainsi de tout homme qui est né de l’Esprit. »

III. 1. Il n’est pas difficile à quiconque a considéré ces choses de voir la nécessité de la nouvelle naissance, et de répondre à la troisième question : à quelle fin, dans quel but, est-il nécessaire que nous naissions de nouveau ? On discerne très aisément que cela est nécessaire, premièrement, en vue de la sainteté. Car qu’est-ce que la sainteté selon les oracles de Dieu ? Ce n’est pas une simple religion extérieure, une suite de devoirs extérieurs, quelque nombreux qu’ils soient, et avec quelque exactitude qu’on les accomplisse. Non : la sainteté évangélique n’est rien de moins que l’image de Dieu empreinte sur le cœur ; elle n’est autre chose que tous les sentiments qui étaient en Jésus-Christ ; elle consiste en toutes les affections et dispositions célestes fondues ensemble en une seule. Elle implique un amour si continuel et si reconnaissant pour celui qui ne nous a pas refusé son Fils, son Fils unique, qu’il nous devient naturel, et en quelque sorte nécessaire, d’aimer tout enfant des hommes ; un amour qui nous remplit « d’entrailles de miséricorde, de bonté, de douceur, de patience » : c’est un amour de Dieu qui nous apprend à être irréprochables dans toute notre conduite ; qui nous rend capables de présenter nos âmes et nos corps, tout ce que nous sommes et tout ce que nous avons, toutes nos pensées, nos paroles et nos actions, en sacrifice continuel à Dieu, agréable par Jésus-Christ. Or, cette sainteté ne peut exister avant que nous soyons renouvelés à l’image de notre esprit. Elle ne peut commencer dans l’âme avant que ce changement soit opéré ; avant que, par la puissance du Très-Haut qui nous couvre de son ombre, nous soyons amenés « des ténèbres à la lumière et de la puissance de Satan à Dieu » ; c’est-à-dire avant que nous soyons nés de nouveau ; ce qui est donc absolument nécessaire en vue de la sainteté.

2. Mais « sans la sainteté personne ne verra le Seigneur », ne verra la face de Dieu dans la gloire. Par conséquent, la nouvelle naissance est absolument nécessaire en vue du salut éternel. Les hommes peuvent, à la vérité, se flatter (tant le cœur de l’homme est désespérément méchant et trompeur !) qu’ils peuvent vivre dans leurs péchés jusqu’à leur dernier soupir, et vivre ensuite avec Dieu ; et des milliers croient réellement avoir trouvé un chemin large qui ne mène pas à la perdition. « Quel danger, disent-ils, peut courir une femme si inoffensive et si vertueuse ? Quelle crainte y a-t-il qu’un homme si honnête, d’une moralité si stricte, manque le ciel ; surtout si, outre tout cela, ils fréquentent constamment l’église et la sainte cène ? » L’un d’eux vous demandera en toute assurance : « Quoi ! ne serai-je pas aussi bien partagé que mes voisins ? » Oui, aussi bien que vos voisins impies ; aussi bien que vos voisins qui meurent dans leurs péchés ! Car vous tomberez tous ensemble dans la fosse, au plus profond de l’enfer ! Vous serez tous couchés ensemble dans l’étang de feu, « l’étang ardent de feu et de soufre ». Alors, enfin, vous verrez (mais Dieu veuille que vous le voyiez auparavant !) la nécessité de la sainteté en vue de la gloire, et par conséquent celle de la nouvelle naissance, puisque nul ne peut être saint s’il ne naît de nouveau.

3. Pour la même raison, à moins de naître de nouveau, nul ne peut être heureux même en ce monde. Car il n’est pas possible, dans la nature des choses, qu’un homme soit heureux s’il n’est pas saint. Même le pauvre poète impie pouvait nous dire : Nemo malus felix, « nul méchant n’est heureux ». La raison en est claire : toutes les dispositions impies sont des dispositions inquiètes. Non seulement la malice, la haine, l’envie, la jalousie, la vengeance créent dans le cœur un enfer présent ; mais même les passions plus douces, si elles ne sont maintenues dans de justes bornes, donnent mille fois plus de peine que de plaisir. Même « l’espoir », quand il est « différé » (et combien souvent cela doit arriver !), « rend le cœur malade » ; et tout désir qui n’est pas selon la volonté de Dieu est capable de nous « transpercer de bien des tourments » ; et toutes ces sources générales du péché — l’orgueil, la volonté propre et l’idolâtrie — sont, à proportion qu’elles prévalent, des sources générales de misère. C’est pourquoi, aussi longtemps qu’elles règnent dans une âme, le bonheur n’y a point de place. Mais elles doivent régner jusqu’à ce que le penchant de notre nature soit changé, c’est-à-dire jusqu’à ce que nous soyons nés de nouveau ; par conséquent, la nouvelle naissance est absolument nécessaire au bonheur dans ce monde, aussi bien que dans le monde à venir.

IV. Je me suis proposé, en dernier lieu, d’ajouter quelques conséquences qui découlent naturellement des observations qui précèdent.

1. Et, premièrement, il s’ensuit que le baptême n’est pas la nouvelle naissance : ce ne sont pas une seule et même chose. Beaucoup, il est vrai, semblent s’imaginer qu’ils sont exactement la même chose ; du moins ils parlent comme s’ils le pensaient ; mais je ne sache pas que cette opinion soit publiquement professée par aucune dénomination chrétienne, quelle qu’elle soit. Elle ne l’est certainement par aucune de celles qui se trouvent dans ces royaumes, qu’elles appartiennent à l’Église établie ou qu’elles s’en séparent. Le jugement de ces dernières est clairement exprimé dans le Grand Catéchisme : [Q. 163, 165. — Éd.] — Q. « Quelles sont les parties d’un sacrement ? R. Les parties d’un sacrement sont deux : l’une, un signe extérieur et sensible ; l’autre, une grâce intérieure et spirituelle, signifiée par ce signe. — Q. Qu’est-ce que le baptême ? R. Le baptême est un sacrement dans lequel Christ a institué le lavage d’eau pour être un signe et un sceau de la régénération par son Esprit. » Il est manifeste ici que le baptême, le signe, est présenté comme distinct de la régénération, la chose signifiée.

Dans le Catéchisme de l’Église, de même, le jugement de notre Église est exprimé avec la plus grande clarté : « Qu’entends-tu par ce mot de sacrement ? R. J’entends un signe extérieur et visible d’une grâce intérieure et spirituelle. Q. Quelle est la partie extérieure, ou la forme, dans le baptême ? R. L’eau, dans laquelle la personne est baptisée au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Q. Quelle est la partie intérieure, ou la chose signifiée ? R. Une mort au péché, et une nouvelle naissance à la justice. » Rien n’est donc plus clair que ceci : selon l’Église d’Angleterre, le baptême n’est pas la nouvelle naissance.

Mais, en vérité, la raison de la chose est si claire et si évidente qu’elle n’a besoin d’aucune autre autorité. Car qu’y a-t-il de plus clair que ceci : l’une est une chose visible, l’autre une chose invisible, et elles sont donc entièrement différentes l’une de l’autre ? — l’une étant un acte de l’homme, qui purifie le corps ; l’autre un changement opéré par Dieu dans l’âme ; de sorte que la première se distingue de la seconde exactement comme l’âme se distingue du corps, ou l’eau du Saint-Esprit.

2. Des réflexions qui précèdent nous pouvons, secondement, remarquer que, de même que la nouvelle naissance n’est pas la même chose que le baptême, de même elle n’accompagne pas toujours le baptême : ils ne vont pas constamment ensemble. Un homme peut fort bien être « né d’eau », et cependant n’être pas « né de l’Esprit ». Il peut y avoir quelquefois le signe extérieur là où il n’y a pas la grâce intérieure. Je ne parle pas maintenant des petits enfants : il est certain que notre Église suppose que tous ceux qui sont baptisés dans leur enfance sont en même temps nés de nouveau ; et l’on reconnaît que tout l’Office pour le baptême des petits enfants repose sur cette supposition. Et ce n’est pas une objection de quelque poids contre cela, que nous ne puissions comprendre comment cette œuvre peut s’opérer chez les petits enfants. Car nous ne pouvons pas davantage comprendre comment elle s’opère chez une personne d’un âge plus mûr. Mais quoi qu’il en soit des petits enfants, il est sûr que tous ceux d’un âge plus mûr qui sont baptisés ne sont pas en même temps nés de nouveau. « on connaît l’arbre par le fruit » : et par là il paraît trop clairement pour qu’on puisse le nier, que plusieurs de ceux qui étaient enfants du diable avant d’être baptisés demeurent les mêmes après le baptême ; « car ils font les œuvres de leur père » : ils demeurent esclaves du péché, sans aucune prétention à une sainteté soit intérieure soit extérieure.

3. Une troisième conséquence que nous pouvons tirer de ce qui a été remarqué, c’est que la nouvelle naissance n’est pas la même chose que la sanctification. Beaucoup, il est vrai, le tiennent pour accordé ; en particulier un écrivain éminent, dans son récent traité sur « La nature et les fondements de la régénération chrétienne ». Pour laisser de côté plusieurs autres objections graves que l’on pourrait faire à cet écrit, en voici une manifeste : il parle d’un bout à l’autre de la régénération comme d’une œuvre progressive, poursuivie dans l’âme par de lents degrés, depuis le temps où nous nous tournons d’abord vers Dieu. Cela est incontestablement vrai de la sanctification ; mais de la régénération, de la nouvelle naissance, cela n’est pas vrai. Celle-ci est une partie de la sanctification, non le tout ; elle en est la porte, l’entrée. Lorsque nous naissons de nouveau, alors commence notre sanctification, notre sainteté intérieure et extérieure ; et dès lors nous devons graduellement « croître en celui qui est le chef ». Cette expression de l’apôtre éclaire admirablement la différence entre l’une et l’autre, et montre en outre l’analogie exacte qu’il y a entre les choses naturelles et les choses spirituelles. Un enfant naît de la femme en un moment, ou du moins en un temps très court ; ensuite il croît graduellement et lentement, jusqu’à ce qu’il parvienne à la stature d’un homme. De même, un enfant naît de Dieu en un temps court, sinon en un moment. Mais c’est par de lents degrés qu’il croît ensuite jusqu’à la mesure de la stature parfaite de Christ. La même relation donc qu’il y a entre notre naissance naturelle et notre croissance, il y a aussi entre notre nouvelle naissance et notre sanctification.

4. Il est encore un point que nous pouvons apprendre des observations qui précèdent. Mais c’est un point d’une si grande importance qu’il peut excuser qu’on le considère avec d’autant plus de soin et qu’on le poursuive avec quelque étendue. Que doit dire celui qui aime les âmes des hommes, et qui s’afflige qu’aucune d’elles périsse, à quelqu’un qu’il voit vivre dans la violation du sabbat, dans l’ivrognerie ou dans quelque autre péché volontaire ? Que peut-il dire, si les observations qui précèdent sont vraies, sinon : « Il faut que vous naissiez de nouveau » ? « Non, dit un homme zélé, cela ne se peut. Comment pouvez-vous parler si peu charitablement à cet homme ? N’a-t-il pas déjà été baptisé ? Il ne peut naître de nouveau maintenant. » Il ne peut naître de nouveau ? L’affirmez-vous ? Alors il ne peut être sauvé. Fût-il aussi vieux que l’était Nicodème, cependant « si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu ». En disant donc : « Il ne peut naître de nouveau », vous le livrez en fait à la damnation. Et où est maintenant le manque de charité ? — de mon côté, ou du vôtre ? Je dis qu’il peut naître de nouveau, et devenir ainsi héritier du salut. Vous dites : « Il ne peut naître de nouveau » ; et s’il en est ainsi, il doit inévitablement périr ! Ainsi vous lui fermez entièrement le chemin du salut, et vous l’envoyez en enfer, par pure charité !

Mais peut-être le pécheur lui-même, à qui, par une charité véritable, nous disons : « Il faut que vous naissiez de nouveau », a-t-il appris à dire : « Je défie votre nouvelle doctrine ; je n’ai pas besoin de naître de nouveau : je suis né de nouveau quand j’ai été baptisé. Quoi ! voudriez-vous que je renie mon baptême ? » Je réponds, premièrement : il n’y a rien sous le ciel qui puisse excuser un mensonge ; autrement je dirais à un pécheur déclaré : Si vous avez été baptisé, ne l’avouez pas. Car combien cela aggrave votre culpabilité ! Combien cela augmentera votre condamnation ! Avez-vous été consacré à Dieu à l’âge de huit jours, et avez-vous passé toutes ces années à vous consacrer au diable ? Avez-vous été, avant même d’avoir l’usage de la raison, consacré à Dieu le Père, au Fils et au Saint-Esprit ? Et avez-vous, depuis que vous en avez l’usage, bravé Dieu en face, et vous êtes-vous consacré à Satan ? Est-ce que « l’abomination de la désolation » — l’amour du monde, l’orgueil, la colère, la convoitise, les désirs insensés, et toute une suite d’affections viles — est établie « là où elle ne doit pas être » ? Avez-vous dressé toutes ces choses maudites dans cette âme qui fut autrefois un temple du Saint-Esprit, mise à part pour être « une habitation de Dieu en Esprit », oui, solennellement livrée à lui ? Et vous glorifiez-vous de ceci, que vous avez autrefois appartenu à Dieu ? Oh ! ayez honte ! rougissez ! cachez-vous dans la terre ! Ne vous vantez plus jamais de ce qui devrait vous remplir de confusion, vous rendre honteux devant Dieu et devant les hommes ! Je réponds, secondement : vous avez déjà renié votre baptême, et cela de la manière la plus effective. Vous l’avez renié mille et mille fois ; et vous le faites encore, jour après jour. Car dans votre baptême vous avez renoncé au diable et à toutes ses œuvres. Toutes les fois donc que vous lui faites de nouveau place, toutes les fois que vous faites quelqu’une des œuvres du diable, vous reniez votre baptême. Vous le reniez donc par chaque péché volontaire ; par chaque acte d’impureté, d’ivrognerie ou de vengeance ; par chaque parole obscène ou profane ; par chaque jurement qui sort de votre bouche. Chaque fois que vous profanez le jour du Seigneur, vous reniez par là votre baptême ; oui, chaque fois que vous faites à autrui ce que vous ne voudriez pas qu’il vous fît. Je réponds, troisièmement : que vous soyez baptisé ou non, « Il faut que vous naissiez de nouveau » ; autrement il n’est pas possible que vous soyez intérieurement saint ; et sans la sainteté intérieure aussi bien qu’extérieure, vous ne pouvez être heureux, même en ce monde, et bien moins encore dans le monde à venir. Dites-vous : « Non, mais je ne fais de tort à personne ; je suis honnête et juste dans toutes mes affaires ; je ne maudis pas, je ne prends pas en vain le nom du Seigneur ; je ne profane pas le jour du Seigneur ; je ne suis pas un ivrogne ; je ne calomnie pas mon prochain, et je ne vis dans aucun péché volontaire » ? S’il en est ainsi, il serait fort à souhaiter que tous les hommes allassent aussi loin que vous. Mais il faut que vous alliez plus loin encore, ou vous ne pouvez être sauvé : toujours « Il faut que vous naissiez de nouveau ». Ajoutez-vous : « Je vais en effet plus loin ; car non seulement je ne fais aucun mal, mais je fais tout le bien que je puis » ? Je doute de ce fait ; je crains que vous n’ayez eu mille occasions de faire le bien que vous avez laissées passer sans en profiter, et dont vous êtes par conséquent responsable devant Dieu. Mais si vous les aviez toutes mises à profit, si vous aviez réellement fait à tous les hommes tout le bien que vous pouviez faire, cela ne changerait pourtant rien à la chose ; toujours « Il faut que vous naissiez de nouveau ». Sans cela, rien ne fera aucun bien à votre pauvre âme pécheresse et souillée. « Non, mais je fréquente constamment toutes les ordonnances de Dieu : je suis fidèle à mon église et à la sainte cène. » Il est bon que vous le fassiez ; mais tout cela ne vous préservera pas de l’enfer, si vous ne naissez de nouveau. Allez à l’église deux fois par jour ; allez à la table du Seigneur chaque semaine ; faites autant de prières en particulier qu’il vous plaira ; écoutez autant de bons sermons, lisez autant de bons livres que vous voudrez ; toujours « Il faut que vous naissiez de nouveau » : aucune de ces choses ne tiendra lieu de la nouvelle naissance ; non, ni aucune chose sous le ciel. Que ceci donc, si vous n’avez pas encore fait l’expérience de cette œuvre intérieure de Dieu, soit votre prière continuelle : « Seigneur, ajoute ceci à toutes tes bénédictions, — fais que je naisse de nouveau ! Refuse-moi tout ce qu’il te plaira, mais ne me refuse pas ceci ; fais que je sois “né d’en haut” ! Ôte-moi tout ce qui te semble bon, — réputation, fortune, amis, santé, — donne-moi seulement ceci : d’être né de l’Esprit, d’être reçu parmi les enfants de Dieu ! Fais que je sois régénéré, “non par une semence corruptible, mais par une semence incorruptible, par la parole vivante et permanente de Dieu” ; et fais qu’ensuite je puisse chaque jour “croître dans la grâce et dans la connaissance de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ” ! »

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