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La voie scripturaire du salut

Chapitre 44 · 26 min de lecture · 34 min d’écoute

La voie scripturaire du salut

Sermon 43

La voie scripturaire du salut

« … vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. »

Éphésiens 2:8.

1. Rien ne peut être plus embrouillé, plus compliqué, plus difficile à comprendre que la religion, telle qu’on l’a souvent décrite. Et cela n’est pas vrai seulement de la religion des païens, même chez beaucoup des plus sages d’entre eux, mais aussi de la religion de ceux qui étaient, en quelque sens, chrétiens ; oui, d’hommes de grand renom dans le monde chrétien, d’hommes qui semblaient en être les colonnes. Et pourtant, combien elle est facile à comprendre, combien elle est claire et simple, la religion authentique de Jésus-Christ, pourvu seulement que nous la prenions dans sa forme native, exactement telle qu’elle est décrite dans les oracles de Dieu ! Le sage Créateur et Gouverneur du monde l’a exactement proportionnée à la faible intelligence et à l’étroite capacité de l’homme dans son état présent. Combien cela est remarquable, tant pour la fin qu’elle se propose que pour les moyens d’atteindre cette fin ! La fin, en un mot, c’est le salut ; le moyen d’y parvenir, c’est la foi.

2. On voit aisément que ces deux petits mots, je veux dire la foi et le salut, renferment la substance de toute la Bible, la moelle, pour ainsi dire, de l’Écriture entière. Nous devons donc prendre d’autant plus de soin d’éviter à leur sujet toute méprise, et de nous former un jugement vrai et exact sur l’un comme sur l’autre.

3. Examinons donc sérieusement :

I. Ce qu’est le salut ;

II. Ce qu’est cette foi par laquelle nous sommes sauvés ; et

III. Comment nous sommes sauvés par elle.

1. I. Et d’abord, examinons ce qu’est le salut. Le salut dont il est ici parlé n’est pas ce que l’on entend souvent par ce mot : aller au ciel, la félicité éternelle. Ce n’est pas l’entrée de l’âme au paradis, que notre Seigneur appelle « le sein d’Abraham ». Ce n’est pas une bénédiction qui se trouve de l’autre côté de la mort, ou, comme nous disons d’ordinaire, dans l’autre monde. Les paroles mêmes du texte mettent ce point hors de toute contestation : « Vous êtes sauvés. » Ce n’est pas une chose éloignée : c’est une chose présente, une bénédiction que, par la libre miséricorde de Dieu, vous possédez dès maintenant. Bien plus, ces paroles peuvent se traduire, et avec une égale justesse : « Vous avez été sauvés » ; de sorte que le salut dont il est ici parlé pourrait s’étendre à toute l’œuvre de Dieu, depuis la première aurore de la grâce dans l’âme jusqu’à sa consommation dans la gloire.

2. Si nous le prenons dans toute son étendue, il comprendra tout ce qui est opéré dans l’âme par ce que l’on appelle souvent « la conscience naturelle », mais plus exactement « la grâce prévenante » ; — toutes les attractions du Père ; les désirs de Dieu qui, si nous y cédons, croissent de plus en plus ; — toute cette lumière par laquelle le Fils de Dieu « éclaire tout homme venant au monde », montrant à chacun qu’il doit « pratiquer la justice, aimer la miséricorde, et marcher humblement avec son Dieu » ; — toutes les convictions que son Esprit opère de temps à autre en chaque enfant des hommes, bien qu’il soit vrai que la plupart les étouffent au plus vite, et qu’au bout de quelque temps ils oublient, ou du moins nient, les avoir jamais éprouvées.

3. Mais nous n’avons à nous occuper présentement que du salut dont l’apôtre parle directement. Et ce salut comprend deux parties générales : la justification et la sanctification.

La justification est un autre mot pour le pardon. C’est la rémission de tous nos péchés, et, ce qui y est nécessairement impliqué, notre acceptation auprès de Dieu. Le prix par lequel elle nous a été acquise (ce qu’on appelle communément « la cause méritoire de notre justification ») est le sang et la justice de Christ ; ou, pour l’exprimer un peu plus clairement, tout ce que Christ a fait et souffert pour nous, jusqu’à ce qu’il « ait répandu son âme pour les transgresseurs ». Les effets immédiats de la justification sont la paix de Dieu, une paix « qui surpasse toute intelligence », et cette allégresse par laquelle « nous nous glorifions dans l’espérance de la gloire de Dieu », « d’une joie ineffable et glorieuse ».

4. Et au même temps où nous sommes justifiés, oui, dans ce moment même, la sanctification commence. À cet instant nous naissons de nouveau, nous naissons d’en haut, nous naissons de l’Esprit : il se fait un changement réel aussi bien que relatif. Nous sommes intérieurement renouvelés par la puissance de Dieu. Nous sentons que « l’amour de Dieu est répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné », produisant l’amour envers tout le genre humain, et plus particulièrement envers les enfants de Dieu ; chassant l’amour du monde, l’amour du plaisir, des aises, de l’honneur, de l’argent, et avec eux l’orgueil, la colère, la volonté propre et toute autre disposition mauvaise ; en un mot, changeant l’esprit terrestre, charnel, diabolique, en « les sentiments qui étaient en Jésus-Christ ».

5. Combien il est naturel que ceux qui éprouvent un tel changement s’imaginent que tout péché a disparu, qu’il est entièrement déraciné de leur cœur et n’y a plus aucune place ! Avec quelle facilité ils tirent cette conclusion : « Je ne sens aucun péché ; donc je n’en ai point : il ne remue pas ; donc il n’existe pas : il n’a aucun mouvement ; donc il n’a pas d’être ! »

6. Mais il se passe rarement beaucoup de temps avant qu’ils soient détrompés, découvrant que le péché n’était que suspendu, non détruit. Les tentations reviennent, et le péché se ranime, montrant qu’il n’était qu’étourdi, non mort. Ils sentent maintenant en eux-mêmes deux principes manifestement contraires l’un à l’autre : « la chair a des désirs contraires à ceux de l’Esprit » ; la nature s’opposant à la grâce de Dieu. Ils ne peuvent nier que, bien qu’ils sentent encore le pouvoir de croire en Christ et d’aimer Dieu, et bien que son « Esprit » « rende » encore « témoignage à leur esprit qu’ils sont enfants de Dieu », ils sentent pourtant en eux, tantôt de l’orgueil ou de la volonté propre, tantôt de la colère ou de l’incrédulité. Ils trouvent que l’une ou plusieurs de ces dispositions s’agitent fréquemment dans leur cœur, sans toutefois le vaincre ; oui, peut-être « les poussant pour les faire tomber » ; mais l’Éternel est leur secours.

7. Avec quelle exactitude Macaire, il y a quatorze cents ans, décrivait l’expérience présente des enfants de Dieu : « Les malhabiles », ou les inexpérimentés, « s’imaginent aussitôt, lorsque la grâce opère, qu’ils n’ont plus de péché. Mais ceux qui ont du discernement ne peuvent nier que même nous, qui avons la grâce de Dieu, nous pouvons être de nouveau inquiétés. Car nous avons souvent eu des exemples de certains d’entre les frères qui avaient fait l’expérience d’une telle grâce qu’ils affirmaient n’avoir plus de péché en eux ; et pourtant, après tout, lorsqu’ils se croyaient entièrement délivrés, la corruption qui se cachait au-dedans fut excitée de nouveau, et ils furent bien près d’être consumés. »

8. Dès le moment où nous naissons de nouveau, l’œuvre graduelle de la sanctification s’accomplit. Nous sommes rendus capables, « par l’Esprit », de faire mourir « les actions du corps », de notre nature mauvaise ; et à mesure que nous sommes de plus en plus morts au péché, nous sommes de plus en plus vivants pour Dieu. Nous avançons de grâce en grâce, tant que nous prenons soin de nous abstenir « de toute espèce de mal », et que nous sommes « zélés pour les bonnes œuvres », faisant du bien à tous les hommes selon que nous en avons l’occasion ; tant que nous marchons d’une manière irréprochable dans toutes ses ordonnances, l’y adorant en esprit et en vérité ; tant que nous nous chargeons de notre croix et nous refusons tout plaisir qui ne nous conduit pas à Dieu.

9. C’est ainsi que nous attendons l’entière sanctification, un salut complet de tous nos péchés, — de l’orgueil, de la volonté propre, de la colère, de l’incrédulité ; ou, selon l’expression de l’apôtre, que nous « allons à la perfection ». Mais qu’est-ce que la perfection ? Le mot a divers sens : ici, il signifie l’amour parfait. C’est l’amour qui exclut le péché ; l’amour qui remplit le cœur, qui occupe toute la capacité de l’âme. C’est l’amour « toujours joyeux, priant sans cesse, rendant grâces en toutes choses ».

II. Mais qu’est-ce que la foi par laquelle nous sommes sauvés ? C’est là le second point à considérer.

1. La foi, en général, est définie par l’apôtre oprgmaton elegchos ou blepomenon. Une évidence, une évidence et une conviction divines (le mot signifie l’une et l’autre) des choses qu’on ne voit pas ; qui ne sont pas visibles, qui ne sont perceptibles ni par la vue, ni par aucun autre des sens extérieurs. Elle implique à la fois une évidence surnaturelle de Dieu et des choses de Dieu, une sorte de lumière spirituelle présentée à l’âme, et une vue ou perception surnaturelle de cette lumière. Aussi l’Écriture parle-t-elle tantôt de ce que Dieu donne la lumière, tantôt de ce qu’il donne le pouvoir de la discerner. Ainsi saint Paul : Dieu, qui a dit: La lumière brillera du sein des ténèbres! a fait briller la lumière dans nos cœurs pour faire resplendir la connaissance de la gloire de Dieu sur la face de Christ. Et ailleurs le même apôtre parle des yeux de notre entendement qui sont ouverts. Par cette double opération du Saint-Esprit, les yeux de notre âme étant à la fois ouverts et éclairés, nous voyons les choses que l’« œil » naturel « n’a point vues », que « l’oreille n’a point entendues ». Nous avons une vue des choses invisibles de Dieu ; nous voyons le monde spirituel, qui est tout autour de nous, et que nos facultés naturelles ne discernent pourtant pas plus que s’il n’existait pas. Et nous voyons le monde éternel, perçant le voile qui est suspendu entre le temps et l’éternité. Les nuées et les ténèbres ne reposent plus sur lui, et nous voyons déjà la gloire qui sera révélée.

2. Si l’on prend le mot dans un sens plus particulier, la foi est une évidence et une conviction divines non seulement que « Dieu était en Christ, réconciliant le monde avec lui-même », mais aussi que Christ m’a aimé, moi, et s’est livré lui-même pour moi. C’est par cette foi (que nous l’appelions l’essence, ou plutôt une propriété de la foi) que nous recevons Christ ; que nous le recevons dans toutes ses fonctions, comme notre Prophète, notre Sacrificateur et notre Roi. C’est par elle qu’il a, « de par Dieu, a été fait pour nous sagesse, justice et sanctification et rédemption ».

3. « Mais est-ce la foi d’assurance, ou la foi d’adhésion ? » L’Écriture ne mentionne aucune distinction de ce genre. L’apôtre dit : « Il y a une seule foi et une seule espérance de notre vocation » ; une seule foi chrétienne et salutaire ; « comme il y a un seul Seigneur », en qui nous croyons, et « un seul Dieu et Père de tous ». Et il est certain que cette foi implique nécessairement une assurance (qui n’est ici qu’un autre mot pour évidence, car il serait difficile de dire en quoi elles diffèrent) que Christ m’a aimé et s’est livré lui-même pour moi. Car « Celui qui croit » d’une vraie foi vivante « a ce témoignage en lui-même » : « l’Esprit rend témoignage à son esprit qu’il est enfant de Dieu ». « Parce qu’il est fils, Dieu a envoyé dans son cœur l’Esprit de son Fils, lequel crie : Abba ! Père ! » ; lui donnant l’assurance qu’il l’est, et une confiance filiale en lui. Mais remarquons que, dans la nature même de la chose, l’assurance précède la confiance. Car un homme ne peut avoir une confiance filiale en Dieu avant de savoir qu’il est enfant de Dieu. C’est pourquoi la confiance, l’assurance de cœur, l’appui, l’adhésion, ou quel que soit le nom qu’on lui donne, n’est pas la première branche ou le premier acte de la foi, comme quelques-uns l’ont supposé, mais le second.

4. C’est par cette foi que nous sommes sauvés, justifiés et sanctifiés, en prenant ce mot dans son sens le plus élevé. Mais comment sommes-nous justifiés et sanctifiés par la foi ? C’est là le troisième point de notre examen. Et comme c’est là le point principal en question, et un point d’une importance peu ordinaire, il ne sera pas hors de propos de lui accorder une considération plus distincte et plus particulière.

III. 1. Et d’abord, comment sommes-nous justifiés par la foi ? En quel sens faut-il l’entendre ? Je réponds : la foi est la condition, et la seule condition, de la justification. Elle en est la condition : nul n’est justifié que celui qui croit ; sans la foi nul homme n’est justifié. Et elle en est la seule condition : elle suffit à elle seule pour la justification. Quiconque croit est justifié, quoi qu’il ait ou n’ait pas d’ailleurs. En d’autres termes : nul n’est justifié avant de croire ; tout homme, dès qu’il croit, est justifié.

2. « Mais Dieu ne nous commande-t-il pas aussi de nous repentir ? Oui, et de produire des fruits dignes de la repentance — de cesser, par exemple, de faire le mal, et d’apprendre à faire le bien ? Et l’une et l’autre de ces choses ne sont-elles pas de la dernière nécessité, à tel point que, si nous négligeons volontairement l’une ou l’autre, nous ne pouvons raisonnablement espérer d’être justifiés ? Mais s’il en est ainsi, comment peut-on dire que la foi est la seule condition de la justification ? » Dieu nous commande indubitablement et de nous repentir et de produire des fruits dignes de la repentance ; et si nous négligeons volontairement ces choses, nous ne pouvons raisonnablement espérer d’être justifiés : c’est pourquoi la repentance et les fruits dignes de la repentance sont, en quelque sens, nécessaires à la justification. Mais ils ne sont pas nécessaires dans le même sens que la foi, ni au même degré. Pas au même degré ; car ces fruits ne sont nécessaires que conditionnellement, s’il y a pour eux temps et occasion. Autrement, un homme peut être justifié sans eux, comme le fut le brigand sur la croix (si toutefois nous pouvons l’appeler ainsi ; car un écrivain récent a découvert que ce n’était point un brigand, mais une personne fort honnête et fort respectable !) ; mais il ne peut être justifié sans la foi : cela est impossible. De même, qu’un homme ait autant de repentance ou autant de fruits dignes de la repentance qu’on voudra, tout cela ne sert de rien : il n’est pas justifié avant de croire. Mais dès l’instant où il croit, avec ou sans ces fruits, oui, avec plus ou moins de repentance, il est justifié. Pas dans le même sens ; car la repentance et ses fruits ne sont nécessaires que de loin, nécessaires en vue de la foi ; tandis que la foi est immédiatement nécessaire à la justification. Il reste donc que la foi est la seule condition qui soit immédiatement et prochainement nécessaire à la justification.

3. « Mais croyez-vous que nous soyons sanctifiés par la foi ? Nous savons que vous croyez que nous sommes justifiés par la foi ; mais ne croyez-vous pas, et en conséquence n’enseignez-vous pas, que nous sommes sanctifiés par nos œuvres ? » C’est ce qu’on affirme hautement et avec véhémence depuis ces vingt-cinq ans ; mais j’ai constamment déclaré tout le contraire, et cela de toutes les manières. J’ai continuellement témoigné, en particulier et en public, que nous sommes sanctifiés aussi bien que justifiés par la foi. Et en vérité l’une de ces grandes vérités éclaire extrêmement l’autre. Exactement comme nous sommes justifiés par la foi, de même nous sommes sanctifiés par la foi. La foi est la condition, et la seule condition, de la sanctification, exactement comme elle l’est de la justification. Elle en est la condition : nul n’est sanctifié que celui qui croit ; sans la foi nul homme n’est sanctifié. Et elle en est la seule condition : elle suffit à elle seule pour la sanctification. Quiconque croit est sanctifié, quoi qu’il ait ou n’ait pas d’ailleurs. En d’autres termes, nul n’est sanctifié avant de croire : tout homme, dès qu’il croit, est sanctifié.

4. « Mais n’y a-t-il pas une repentance qui suit la justification, aussi bien qu’une repentance qui la précède ? Et n’est-ce pas un devoir pour tous ceux qui sont justifiés d’être zélés pour les bonnes œuvres ? Oui, ces œuvres ne sont-elles pas si nécessaires que, si un homme les néglige volontairement, il ne peut raisonnablement espérer d’être jamais sanctifié au sens plein, c’est-à-dire rendu parfait dans l’amour ? Bien plus, peut-il croître le moins du monde dans la grâce, dans la connaissance aimante de notre Seigneur Jésus-Christ ? Oui, peut-il conserver la grâce que Dieu lui a déjà donnée ? Peut-il persévérer dans la foi qu’il a reçue, ou dans la faveur de Dieu ? Ne reconnaissez-vous pas vous-même tout cela, et ne l’affirmez-vous pas continuellement ? Mais s’il en est ainsi, comment peut-on dire que la foi est la seule condition de la sanctification ? »

5. Je reconnais tout cela, et je le maintiens continuellement comme la vérité de Dieu. Je reconnais qu’il y a une repentance qui suit la justification, aussi bien qu’une repentance qui la précède. C’est un devoir pour tous ceux qui sont justifiés d’être zélés pour les bonnes œuvres. Et ces œuvres sont si nécessaires que, si un homme les néglige volontairement, il ne peut raisonnablement espérer d’être jamais sanctifié ; il ne peut croître dans la grâce, dans l’image de Dieu, dans les sentiments qui étaient en Jésus-Christ ; bien plus, il ne peut conserver la grâce qu’il a reçue ; il ne peut persévérer dans la foi, ni dans la faveur de Dieu. Quelle est la conséquence que nous devons en tirer ? C’est que la repentance, bien comprise, et la pratique de toutes les bonnes œuvres, — œuvres de piété aussi bien qu’œuvres de miséricorde (désormais proprement nommées ainsi, puisqu’elles procèdent de la foi), — sont, en quelque sens, nécessaires à la sanctification.

6. Je dis : « la repentance bien comprise » ; car il ne faut pas la confondre avec la repentance précédente. La repentance qui suit la justification est fort différente de celle qui la précède. Celle-ci n’implique aucune culpabilité, aucun sentiment de condamnation, aucune conscience de la colère de Dieu. Elle ne suppose aucun doute sur la faveur de Dieu, ni aucune « crainte qui suppose un châtiment ». C’est proprement une conviction, opérée par le Saint-Esprit, du péché qui demeure encore dans notre cœur ; du phronema sarkos, l’esprit charnel, qui « demeure encore » (comme parle notre Église) « même chez ceux qui sont régénérés » ; bien qu’il ne règne plus ; il n’a plus maintenant la domination sur eux. C’est une conviction de notre penchant au mal, d’un cœur enclin à l’apostasie, de la tendance toujours persistante de la chair à convoiter contre l’esprit. Quelquefois, à moins que nous ne veillions et ne priions continuellement, elle convoite l’orgueil, quelquefois la colère, quelquefois l’amour du monde, l’amour des aises, l’amour de l’honneur, ou l’amour du plaisir plus que de Dieu. C’est une conviction de la tendance de notre cœur à la volonté propre, à l’athéisme ou à l’idolâtrie, et par-dessus tout à l’incrédulité, par laquelle, de mille manières et sous mille prétextes, nous nous éloignons toujours, plus ou moins, du Dieu vivant.

7. À cette conviction du péché qui demeure dans nos cœurs se joint une claire conviction du péché qui demeure dans notre vie, attaché encore à toutes nos paroles et à toutes nos actions. Dans les meilleures, nous discernons maintenant un mélange de mal, soit dans l’esprit, soit dans la matière, soit dans la manière ; quelque chose qui ne pourrait soutenir le juste jugement de Dieu, s’il gardait rigoureusement le souvenir de ce qui est mal fait. Là où nous le soupçonnions le moins, nous trouvons une souillure d’orgueil ou de volonté propre, d’incrédulité ou d’idolâtrie ; de sorte que nous avons maintenant plus de honte de nos meilleurs devoirs que nous n’en avions autrefois de nos pires péchés ; et de là vient que nous ne pouvons que sentir que ces devoirs sont si loin d’avoir rien de méritoire, oui, si loin de pouvoir subsister devant la justice divine, que pour eux aussi nous serions coupables devant Dieu, n’était le sang de l’alliance.

8. L’expérience montre que, avec cette conviction du péché qui demeure dans nos cœurs et qui reste attaché à toutes nos paroles et à toutes nos actions, aussi bien que de la culpabilité que nous encourrions à cause de lui si nous n’étions continuellement aspergés du sang expiatoire, une chose de plus est impliquée dans cette repentance : à savoir, une conviction de notre impuissance, de notre entière incapacité d’avoir une seule bonne pensée, ou de former un seul bon désir, et bien plus encore de dire une seule parole comme il faut, ou de faire une seule bonne action, si ce n’est par sa grâce libre et toute-puissante, qui d’abord nous prévient, et ensuite nous accompagne à chaque instant.

9. « Mais quelles sont ces bonnes œuvres dont vous affirmez que la pratique est nécessaire à la sanctification ? » Premièrement, toutes les œuvres de piété, telles que la prière publique, la prière en famille et la prière dans notre cabinet ; la participation à la cène du Seigneur ; la recherche des Écritures, en les écoutant, en les lisant, en les méditant ; et l’usage du jeûne ou de l’abstinence dans la mesure que permet notre santé corporelle.

10. Deuxièmement, toutes les œuvres de miséricorde, qu’elles se rapportent aux corps ou aux âmes des hommes : telles que nourrir ceux qui ont faim, vêtir ceux qui sont nus, recevoir l’étranger, visiter ceux qui sont en prison, ou malades, ou affligés de diverses manières ; telles que s’efforcer d’instruire les ignorants, de réveiller le pécheur endormi, de ranimer le tiède, d’affermir celui qui chancelle, de consoler les faibles, de secourir ceux qui sont tentés, ou de contribuer de quelque manière que ce soit à sauver des âmes de la mort. Telle est la repentance, et tels sont les « fruits dignes de la repentance » qui sont nécessaires à l’entière sanctification. Telle est la voie dans laquelle Dieu a ordonné à ses enfants d’attendre le salut complet.

11. On peut voir par là combien est funeste cette opinion en apparence innocente, qu’il n’y a point de péché dans un croyant ; que tout péché est détruit, racine et branche, au moment où un homme est justifié. En empêchant entièrement cette repentance, elle bouche complètement le chemin de la sanctification. Il n’y a point de place pour la repentance chez celui qui croit qu’il n’y a de péché ni dans sa vie ni dans son cœur ; par conséquent, il n’y a point de place pour qu’il soit rendu parfait dans l’amour, ce à quoi cette repentance est indispensablement nécessaire.

12. On peut voir par là également qu’il n’y a aucun danger possible à attendre ainsi le salut complet. Car supposons que nous nous trompions, supposons qu’une telle bénédiction n’ait jamais été et ne puisse jamais être obtenue : nous ne perdons rien pourtant ; bien plus, cette attente même nous anime à employer tous les talents que Dieu nous a donnés, oui, à les faire tous valoir ; de sorte que, lorsque notre Seigneur viendra, il recevra ce qui est à lui avec un intérêt.

13. Mais revenons à notre sujet. Bien que l’on accorde que cette repentance et ses fruits sont nécessaires au salut complet, ils ne sont cependant nécessaires ni dans le même sens que la foi, ni au même degré : — pas au même degré ; car ces fruits ne sont nécessaires que conditionnellement, s’il y a pour eux temps et occasion ; autrement, un homme peut être sanctifié sans eux. Mais il ne peut être sanctifié sans la foi. De même, qu’un homme ait autant de cette repentance ou autant de bonnes œuvres qu’on voudra, tout cela ne sert de rien : il n’est pas sanctifié avant de croire. Mais dès l’instant où il croit, avec ou sans ces fruits, oui, avec plus ou moins de cette repentance, il est sanctifié. — Pas dans le même sens ; car cette repentance et ces fruits ne sont nécessaires que de loin, — nécessaires pour que sa foi se maintienne, aussi bien que pour qu’elle s’accroisse ; tandis que la foi est immédiatement et directement nécessaire à la sanctification. Il reste donc que la foi est la seule condition qui soit immédiatement et prochainement nécessaire à la sanctification.

14. « Mais quelle est cette foi par laquelle nous sommes sanctifiés, — sauvés du péché et rendus parfaits dans l’amour ? » C’est une évidence et une conviction divines, premièrement, que Dieu l’a promis dans la sainte Écriture. Tant que nous n’en sommes pas pleinement persuadés, il est impossible de faire un pas de plus. Et l’on s’imaginerait qu’il n’est pas besoin d’un mot de plus pour en persuader un homme raisonnable que cette ancienne promesse : « Alors je circoncirai ton cœur et le cœur de ta postérité, pour que tu aimes le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta pensée. » Combien clairement cela exprime le fait d’être rendu parfait dans l’amour ! — combien fortement cela implique le fait d’être sauvé de tout péché ! Car aussi longtemps que l’amour occupe tout le cœur, quelle place y reste-t-il pour le péché ?

15. C’est une évidence et une conviction divines, secondement, que ce que Dieu a promis, il est puissant pour l’accomplir. Admettons donc que « Aux hommes cela est impossible » de « tirer une chose pure d’une chose impure », de purifier le cœur de tout péché et de le remplir de toute sainteté : cela ne crée cependant aucune difficulté en l’affaire, puisque « à Dieu tout est possible ». Et assurément nul n’a jamais imaginé que cela fût possible à une puissance moindre que celle du Tout-Puissant ! Mais si Dieu parle, la chose se fera. Dieu dit : « Que la lumière soit! » et la « lumière » est !

16. C’est, troisièmement, une évidence et une conviction divines qu’il est capable de le faire et qu’il veut le faire maintenant. Et pourquoi pas ? Un moment n’est-il pas pour lui comme mille ans ? Il ne peut avoir besoin de plus de temps pour accomplir tout ce qu’il veut. Et il ne peut avoir besoin d’attendre, chez les personnes qu’il lui plaît d’honorer, plus de dignité ou d’aptitude. Nous pouvons donc dire hardiment, à quelque moment que ce soit : « C’est maintenant le jour du salut ! » « Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, N’endurcissez pas vos cœurs ! » « Voici, tout est prêt, venez aux noces ! »

17. À cette confiance que Dieu est à la fois capable et désireux de nous sanctifier maintenant, il faut encore ajouter une chose : une évidence et une conviction divines qu’il le fait. À cette heure-là, la chose est faite : Dieu dit à l’âme, au plus intime d’elle-même : « Qu’il te soit fait selon ta foi ! » Alors l’âme est pure de toute tache de péché ; elle est purifiée « de toute iniquité ». Le croyant éprouve alors le sens profond de ces paroles solennelles : « si nous marchons dans la lumière, comme il est lui-même dans la lumière, nous sommes mutuellement en communion, et le sang de Jésus son Fils nous purifie de tout péché. »

18. « Mais Dieu opère-t-il cette grande œuvre dans l’âme graduellement ou instantanément ? » Peut-être s’opère-t-elle graduellement chez quelques-uns ; je veux dire en ce sens qu’ils ne remarquent pas le moment précis où le péché cesse d’être. Mais il est infiniment désirable, si telle était la volonté de Dieu, qu’elle se fasse instantanément ; que le Seigneur détruise le péché « par le souffle de sa bouche », en un moment, en un clin d’œil. Et c’est ainsi qu’il le fait généralement ; fait évident dont il y a assez de preuves pour convaincre toute personne sans préjugé. Toi donc, attends-la à chaque instant ! Attends-la dans la voie décrite plus haut, dans toutes ces bonnes œuvres pour lesquelles tu as été « créé de nouveau en Jésus-Christ ». Il n’y a donc aucun danger : vous ne pouvez être pires, si vous n’êtes pas meilleurs, à cause de cette attente. Car si vous deviez être déçus dans votre espérance, vous ne perdriez encore rien. Mais vous ne serez pas déçus dans votre espérance : elle viendra, et elle ne tardera pas. Attendez-la donc chaque jour, chaque heure, chaque instant ! Pourquoi pas en cette heure, en cet instant ? Certainement vous pouvez l’attendre maintenant, si vous croyez qu’elle est par la foi. Et à ce signe vous pouvez sûrement reconnaître si vous la cherchez par la foi ou par les œuvres. Si c’est par les œuvres, il vous faut que quelque chose soit fait d’abord, avant que vous soyez sanctifiés. Vous pensez : il faut d’abord que je sois ou que je fasse ceci ou cela. Alors vous la cherchez par les œuvres jusqu’à ce jour. Si vous la cherchez par la foi, vous pouvez l’attendre tels que vous êtes, et l’attendre maintenant. Il importe d’observer qu’il y a une connexion inséparable entre ces trois points : attendez-la par la foi ; attendez-la tels que vous êtes ; et attendez-la maintenant ! Nier l’un d’eux, c’est les nier tous ; en admettre un, c’est les admettre tous. Croyez-vous que nous sommes sanctifiés par la foi ? Soyez donc fidèles à votre principe ; et attendez cette bénédiction tels que vous êtes, ni meilleurs ni pires ; comme un pauvre pécheur qui n’a encore rien à payer, rien à alléguer, sinon : « Christ est mort. » Et si vous l’attendez tels que vous êtes, attendez-la donc maintenant. N’attendez rien d’autre : pourquoi le feriez-vous ? Christ est prêt ; et il est tout ce qu’il vous faut. Il vous attend : il est à la porte ! Que le plus intime de votre âme s’écrie :

Entre, entre, ô céleste Hôte !

Et ne pars plus désormais ;

Soupe avec moi, et que la fête

Soit l’amour qui dure à jamais.

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