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Le presque chrétien

Chapitre 3 · 19 min de lecture · 25 min d’écoute

Le presque chrétien

Sermon 2

Le presque chrétien 77Prêché à St. Mary’s, à Oxford, devant l’Université, le 25 juillet 1741.

« Tu vas bientôt me persuader de devenir chrétien! »

Actes 26:28.

ET beaucoup vont jusque-là : depuis que la religion chrétienne est dans le monde, il y a eu, en tout âge et en toute nation, beaucoup de gens qui étaient presque persuadés d’être chrétiens. Mais puisqu’il ne sert de rien devant Dieu d’aller seulement jusque-là, il nous importe grandement de considérer :

Premièrement, ce qu’implique le fait d’être presque chrétien ;

Secondement, ce qu’implique le fait d’être tout à fait chrétien.

I. (I.) 1. Or, être presque chrétien implique, premièrement, l’honnêteté païenne. Personne, je suppose, ne le mettra en question ; d’autant que, par honnêteté païenne, je n’entends pas ici celle qui n’est recommandée que dans les écrits de leurs philosophes, mais celle que les païens ordinaires attendaient les uns des autres, et que beaucoup d’entre eux pratiquaient réellement. Les règles de cette honnêteté leur enseignaient qu’ils ne devaient pas être injustes ; qu’ils ne devaient pas ravir le bien de leur prochain, ni par le brigandage ni par le vol ; ne pas opprimer le pauvre, ni user d’extorsion envers personne ; ne tromper ni duper le pauvre ou le riche, dans quelque commerce qu’ils eussent avec eux ; ne frustrer personne de son droit ; et, si possible, ne rien devoir à personne.

2. De plus, les païens ordinaires admettaient qu’on devait quelque égard à la vérité aussi bien qu’à la justice. Aussi tenaient-ils en abomination non seulement le parjure, celui qui prenait Dieu à témoin d’un mensonge, mais encore celui qu’on savait calomnier son prochain, qui accusait faussement quelqu’un. Et, à vrai dire, ils n’estimaient guère mieux les menteurs volontaires de toute espèce, les tenant pour la honte du genre humain et les fléaux de la société.

3. Plus encore : il y avait une sorte d’amour et d’assistance qu’ils attendaient les uns des autres. Ils attendaient toute l’assistance que chacun pouvait donner à autrui sans préjudice pour lui-même. Et ils étendaient cela non seulement à ces petits offices d’humanité qui se rendent sans dépense ni peine, mais aussi à nourrir ceux qui avaient faim, s’ils avaient de la nourriture de reste ; à vêtir ceux qui étaient nus de leurs propres vêtements superflus ; et, en général, à donner à quiconque en avait besoin les choses dont ils n’avaient pas besoin eux-mêmes. Jusque-là allait, à l’estimer au plus bas, l’honnêteté païenne : la première chose qu’implique le fait d’être presque chrétien.

(II.) 4. Une deuxième chose qu’implique le fait d’être presque chrétien, c’est d’avoir une forme de piété, de cette piété qui est prescrite dans l’Évangile de Christ ; c’est d’avoir l’extérieur d’un vrai chrétien. Aussi le presque chrétien ne fait-il rien de ce que l’Évangile défend. Il ne prend pas le nom de Dieu en vain ; il bénit et ne maudit pas ; il ne jure point du tout, mais sa parole est : oui, oui ; non, non. Il ne profane pas le jour du Seigneur, et ne souffre pas qu’il soit profané, pas même par l’étranger qui est dans ses portes. Il évite non seulement tout adultère, toute fornication et toute impureté effective, mais toute parole et tout regard qui y tendent directement ou indirectement ; bien plus, toutes les paroles oiseuses, s’abstenant de la médisance, du dénigrement, des rapports, des mauvais propos, et de « tous propos insensés et plaisanteries » — eutrapelia, une sorte de vertu au compte du moraliste païen ; — bref, de toute conversation qui n’est pas « bonne à l’édification », et qui, par conséquent, « attriste le Saint-Esprit de Dieu, par lequel nous avons été scellés pour le jour de la rédemption ».

5. Il s’abstient du « vin qui mène à l’excès », des orgies et de la gloutonnerie. Il évite, autant qu’il dépend de lui, toute querelle et toute dispute, s’efforçant continuellement de vivre en paix avec tous les hommes. Et s’il subit un tort, il ne se venge pas lui-même et ne rend pas le mal pour le mal. Il n’est ni insulteur, ni querelleur, ni moqueur, pas plus des fautes que des infirmités de son prochain. Il ne fait volontairement tort, mal ou peine à personne ; mais en toutes choses il agit et parle selon cette règle simple : « Ce que tu ne voudrais pas qu’il te fît, ne le fais pas à un autre. »

6. Et en faisant le bien, il ne se borne pas à des offices de bonté peu coûteux et faciles, mais il travaille et souffre pour le profit de beaucoup, afin d’en aider de toute manière quelques-uns. En dépit de la fatigue ou de la douleur, « tout ce que sa main trouve à faire, il le fait avec sa force », que ce soit pour ses amis ou pour ses ennemis, pour les méchants ou pour les bons. Car, n’étant pas « paresseux » en ceci, ni en aucune « affaire », il fait, selon qu’il en a « l’occasion », le « bien », toute espèce de bien, « envers tous », à leurs âmes comme à leurs corps. Il reprend les méchants, instruit les ignorants, affermit ceux qui chancellent, stimule les bons et console les affligés. Il travaille à réveiller ceux qui dorment ; à conduire ceux que Dieu a déjà réveillés à la « source » ouverte « Pour le péché et pour l’impureté », afin qu’ils s’y lavent et soient purifiés ; et à exciter ceux qui sont sauvés par la foi à orner en toutes choses l’Évangile de Christ.

7. Celui qui a la forme de la piété use aussi des moyens de grâce, oui, de tous, et en toute occasion. Il fréquente assidûment la maison de Dieu ; et cela, non pas à la manière de quelques-uns qui viennent en la présence du Très-Haut chargés d’or et d’habits somptueux, ou dans toute la vanité criarde de la parure, et qui, par leurs politesses hors de saison les uns envers les autres ou par la gaieté déplacée de leur tenue, renoncent à toute prétention à la forme aussi bien qu’à la puissance de la piété. Plût à Dieu qu’il n’y en eût aucun, même parmi nous, qui tombe sous la même condamnation ! qui entrent dans cette maison, peut-être en promenant leurs regards de tous côtés, ou avec tous les signes de l’indifférence la plus nonchalante et la plus insouciante, bien qu’ils semblent parfois adresser à Dieu une prière pour qu’il bénisse ce qu’ils vont entreprendre ; qui, pendant ce service redoutable, sont endormis, ou étendus dans la posture la plus commode pour dormir ; ou bien, comme s’ils supposaient que Dieu dort, causent les uns avec les autres ou regardent autour d’eux, comme entièrement désœuvrés. Qu’on n’accuse pas ceux-là d’avoir la forme de la piété. Non ; celui qui a même cette forme se conduit avec sérieux et attention dans chaque partie de ce service solennel. Surtout, lorsqu’il s’approche de la table du Seigneur, ce n’est pas avec une tenue légère ou insouciante, mais avec un air, un geste et un maintien qui ne disent rien d’autre que : « O Dieu, sois apaisé envers moi, qui suis un pécheur. »

8. Si nous ajoutons à cela la pratique constante du culte de famille, chez ceux qui sont chefs de famille, et des temps mis à part pour s’adresser à Dieu dans le secret, avec un sérieux quotidien dans la conduite, celui qui pratique uniformément cette religion extérieure a la forme de la piété. Il ne lui faut plus qu’une chose pour être presque chrétien, et c’est la sincérité.

(III.) 9. Par sincérité, j’entends un principe réel et intérieur de religion, d’où découlent ces actions extérieures. Et, en vérité, si nous n’avons pas cela, nous n’avons pas l’honnêteté païenne ; non, pas même autant qu’il en faut pour satisfaire aux exigences d’un poète païen et épicurien. Ce pauvre misérable lui-même, dans ses moments de lucidité, peut attester :

Oderunt peccare boni, virtutis amore;

Oderunt peccare mali, formidine poenae.

[Les bons évitent le péché par amour de la vertu ;

Les méchants évitent le péché par crainte du châtiment.]

De sorte que, si un homme ne s’abstient de faire le mal que pour éviter le châtiment, Non pasces in cruce corvos, [Tu ne seras pas pendu.], dit le païen ; là, « tu as ta récompense ». Mais lui-même ne veut pas qu’un homme aussi inoffensif soit seulement compté pour un bon païen. Si donc quelqu’un, par le même motif, c’est-à-dire pour éviter le châtiment, pour ne pas perdre ses amis, son gain ou sa réputation, non seulement s’abstenait de faire le mal, mais faisait encore tout le bien possible, oui, et usait de tous les moyens de grâce, nous ne pourrions pourtant dire avec aucune justesse que cet homme est même presque chrétien. S’il n’a pas de meilleur principe dans son cœur, il n’est qu’un hypocrite, entièrement.

10. La sincérité est donc nécessairement impliquée dans le fait d’être presque chrétien : un dessein réel de servir Dieu, un désir cordial de faire sa volonté. Il est nécessairement impliqué qu’on ait sincèrement en vue de plaire à Dieu en toutes choses : dans toute sa conduite, dans toutes ses actions, dans tout ce qu’on fait ou qu’on laisse. Ce dessein, si quelqu’un est presque chrétien, court à travers toute la teneur de sa vie. C’est le principe moteur, tant du bien qu’il fait que du mal dont il s’abstient et de l’usage qu’il fait des ordonnances de Dieu.

11. Mais on demandera probablement ici : « Est-il possible qu’un homme vivant aille aussi loin, et ne soit néanmoins que presque chrétien » ? Que peut impliquer de plus le fait d’être tout à fait chrétien ? Je réponds, premièrement, qu’il soit possible d’aller jusque-là et de n’être pourtant que presque chrétien, je l’apprends non seulement des oracles de Dieu, mais aussi du sûr témoignage de l’expérience.

12. Frères, grande est « ma hardiesse envers vous à cet égard ». Et « Pardonnez-moi ce tort », si je proclame ma propre folie sur les toits, pour l’amour de vous et de l’Évangile. — Souffrez donc que je parle librement de moi-même, comme d’un autre homme. Je consens à être abaissé, pourvu que vous soyez élevés, et à devenir plus méprisable encore pour la gloire de mon Seigneur.

13. Je suis allé jusque-là pendant bien des années, comme beaucoup en ce lieu peuvent en témoigner : m’appliquant à fuir tout mal et à avoir une conscience sans reproche ; rachetant le temps ; saisissant toute occasion de faire toute sorte de bien à tous les hommes ; usant constamment et soigneusement de tous les moyens de grâce, publics et privés ; m’efforçant de garder un sérieux constant dans ma conduite, en tout temps et en tout lieu ; et, Dieu m’en est témoin, lui devant qui je me tiens, faisant tout cela avec sincérité ; ayant un dessein réel de servir Dieu, un désir cordial de faire sa volonté en toutes choses, de plaire à celui qui m’avait appelé à « combattre le bon combat » et à « saisir la vie éternelle ». Et pourtant ma propre conscience me rend témoignage par le Saint-Esprit que, tout ce temps, je n’étais que presque chrétien.

II. Si l’on demande : « Qu’implique de plus le fait d’être tout à fait chrétien ? », je réponds :

(I.) 1. Premièrement, l’amour de Dieu. Car ainsi parle sa parole : « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta pensée, et de toute ta force. » Un tel amour s’empare du cœur tout entier, rassemble toutes les affections, remplit toute la capacité de l’âme et emploie ses facultés dans toute leur étendue. Celui qui aime ainsi le Seigneur son Dieu, son esprit « se réjouit en Dieu » continuellement, son « Sauveur ». Ses délices sont dans le Seigneur, son Seigneur et son Tout, à qui « il rend grâces en toutes choses. Tout son désir est tourné vers Dieu et vers le souvenir de son nom. » Son cœur s’écrie sans cesse : « Quel autre ai-je au ciel que toi! Et sur la terre je ne prends plaisir qu’en toi. » En effet, que peut-il désirer hors de Dieu ? Ni le monde, ni les choses du monde ; car il est « crucifié pour le monde, et le monde est crucifié pour lui ». Il est crucifié à « la convoitise de la chair, la convoitise des yeux, et l’orgueil de la vie ». Oui, il est mort à l’orgueil sous toutes ses formes ; car la charité « ne s’enfle point d’orgueil », mais « celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui » est moins que rien à ses propres yeux.

(II.) 2. La deuxième chose qu’implique le fait d’être tout à fait chrétien, c’est l’amour du prochain. Car ainsi a parlé notre Seigneur dans les paroles qui suivent : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Si quelqu’un demande : « Et qui est mon prochain? », nous répondons : tout homme qui est au monde ; tout enfant de celui qui est le Père des esprits de toute chair. Et nous ne pouvons en aucune façon excepter nos ennemis, ni les ennemis de Dieu et de leur propre âme. Mais tout chrétien les aime, eux aussi, comme lui-même, oui, « comme Christ nous a aimés ». Celui qui voudrait comprendre plus pleinement quelle sorte d’amour c’est là peut considérer la description qu’en fait saint Paul. La charité « est patiente, elle est pleine de bonté ». Elle « n’est point envieuse ». Elle n’est ni téméraire ni prompte à juger. Elle « ne s’enfle point d’orgueil », mais fait de celui qui aime le moindre de tous, le serviteur de tous. La charité « ne fait rien de malhonnête », mais se fait « tout à tous ». Elle « ne cherche point son intérêt », mais seulement le bien des autres, afin qu’ils soient sauvés. La charité « ne s’irrite point ». Elle chasse la colère ; quiconque en a manque d’amour. Elle « ne soupçonne point le mal, elle ne se réjouit point de l’injustice, mais elle se réjouit de la vérité; elle excuse tout, elle croit tout, elle espère tout, elle supporte tout. »

(III.) 3. Il est encore une chose, qui peut être considérée à part, bien qu’elle ne puisse être réellement séparée de ce qui précède, et qu’implique le fait d’être tout à fait chrétien : c’est le fondement de tout, savoir la foi. Les oracles de Dieu en disent d’un bout à l’autre des choses excellentes. « Quiconque croit », dit le disciple bien-aimé, « est né de Dieu. » « À tous ceux qui l’ont reçu, à ceux qui croient en son nom, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu. » Et « la victoire qui triomphe du monde, c’est notre foi ». Bien plus, notre Seigneur lui-même déclare : « Celui qui croit au Fils a la vie éternelle ; et ne vient point en jugement, mais il est passé de la mort à la vie. »

4. Mais qu’ici nul ne trompe sa propre âme. « Il faut soigneusement remarquer que la foi qui ne produit pas la repentance, l’amour et toutes les bonnes œuvres, n’est pas cette foi droite et vivante, mais une foi morte et diabolique. Car même les démons croient que Christ est né d’une vierge ; qu’il a fait toutes sortes de miracles, se déclarant vrai Dieu ; que, pour l’amour de nous, il a souffert une mort très douloureuse, pour nous racheter de la mort éternelle ; qu’il est ressuscité le troisième jour ; qu’il est monté au ciel, qu’il est assis à la droite du Père, et qu’à la fin du monde il reviendra pour juger les vivants et les morts. Ces articles de notre foi, les démons les croient, et ils croient ainsi tout ce qui est écrit dans l’Ancien et le Nouveau Testament. Et pourtant, avec toute cette foi, ils ne sont que des démons. Ils demeurent toujours dans leur état de damnation, privés de la vraie foi chrétienne. » [Homélie sur le salut de l’homme.]

5. « La droite et vraie foi chrétienne consiste » (pour continuer avec les paroles de notre propre Église) « non seulement à croire que la sainte Écriture et les articles de notre foi sont vrais, mais aussi à avoir une ferme assurance et confiance d’être sauvé de la damnation éternelle par Christ. C’est une ferme assurance et confiance qu’un homme a en Dieu que, par les mérites de Christ, ses péchés sont pardonnés et qu’il est réconcilié avec la faveur de Dieu ; d’où naît un cœur aimant, pour obéir à ses commandements. »

6. Or, quiconque a cette foi, qui « purifie le cœur » (par la puissance de Dieu qui y habite) de « l’orgueil, la colère, la convoitise, de toute injustice », de « toute souillure de la chair et de l’esprit » ; qui le remplit d’un amour plus fort que la mort, envers Dieu et envers tous les hommes ; d’un amour qui fait les œuvres de Dieu, qui met sa gloire à dépenser et à se dépenser pour tous les hommes, et qui endure avec joie non seulement l’opprobre de Christ, le fait d’être moqué, méprisé et haï de tous les hommes, mais tout ce que la sagesse de Dieu permet à la malice des hommes ou des démons d’infliger, — quiconque a cette foi qui agit ainsi par l’amour n’est pas seulement presque chrétien, mais tout à fait chrétien.

7. Mais où sont les témoins vivants de ces choses ? Je vous en conjure, frères, comme en présence de ce Dieu devant qui « le séjour des morts et l’abîme sont à découvert — combien plus les cœurs des fils de l’homme ! » — que chacun de vous interroge son propre cœur : « Suis-je de ce nombre ? Est-ce que je pratique la justice, la miséricorde et la vérité, autant que l’exigent même les règles de l’honnêteté païenne ? S’il en est ainsi, ai-je seulement l’extérieur d’un chrétien ? la forme de la piété ? Est-ce que je m’abstiens du mal, — de tout ce qui est défendu dans la Parole écrite de Dieu ? Tout le bien que ma main trouve à faire, est-ce que je le fais avec ma force ? Est-ce que j’use sérieusement de toutes les ordonnances de Dieu en toute occasion ? Et tout cela se fait-il avec un dessein et un désir sincères de plaire à Dieu en toutes choses ? »

8. Beaucoup d’entre vous n’ont-ils pas conscience de n’être jamais allés jusque-là ; de n’avoir pas même été presque chrétiens ; de n’avoir pas atteint la mesure de l’honnêteté païenne, du moins pas la forme de la piété chrétienne ? — bien moins encore Dieu a-t-il vu en vous la sincérité, un dessein réel de lui plaire en toutes choses. Vous n’avez jamais eu même l’intention de consacrer à sa gloire toutes vos paroles et toutes vos œuvres, vos affaires, vos études, vos divertissements. Vous n’avez jamais même formé le dessein ou le désir que tout ce que vous faisiez fût fait « au nom du Seigneur Jésus », et fût ainsi « un sacrifice spirituel, agréable à Dieu par Christ ».

9. Mais, à supposer que vous l’ayez fait, les bons desseins et les bons désirs font-ils un chrétien ? Nullement, à moins qu’ils ne soient suivis d’effet. « L’enfer est pavé, dit quelqu’un, de bonnes intentions. » La grande question de toutes demeure donc encore. L’amour de Dieu est-il répandu dans votre cœur ? Pouvez-vous vous écrier : « Mon Dieu et mon Tout » ? Ne désirez-vous rien que lui ? Êtes-vous heureux en Dieu ? Est-il votre gloire, vos délices, votre couronne de joie ? Et ce commandement est-il écrit dans votre cœur : « que celui qui aime Dieu aime aussi son frère » ? Aimez-vous donc votre prochain comme vous-même ? Aimez-vous tout homme, même vos ennemis, même les ennemis de Dieu, comme votre propre âme ? comme Christ vous a aimés ? Oui, crois-tu que Christ t’a aimé et qu’il s’est livré lui-même pour toi ? As-tu foi en son sang ? Crois-tu que l’Agneau de Dieu a ôté tes péchés et les a jetés comme une pierre au fond de la mer ? qu’il a effacé l’acte qui subsistait contre toi, l’ôtant du milieu, le clouant à sa croix ? As-tu vraiment la rédemption par son sang, la rémission de tes péchés ? Et son Esprit rend-il témoignage à ton esprit que tu es enfant de Dieu ?

10. Le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui se tient maintenant au milieu de nous, sait que, si quelqu’un meurt sans cette foi et cet amour, mieux vaudrait pour lui n’être jamais né. Réveille-toi donc, toi qui dors, et invoque ton Dieu : invoque-le pendant qu’il se trouve. Ne lui laisse point de repos qu’il n’ait fait « passer devant toi toute sa bonté » ; qu’il ne t’ait proclamé le nom de l’Éternel : « L’Éternel, l’Éternel, Dieu miséricordieux et compatissant, lent à la colère, riche en bonté et en fidélité, qui conserve son amour jusqu’à mille générations, qui pardonne l’iniquité, la rébellion et le péché. » Ne laisse personne te persuader, par de vains discours, de t’arrêter en deçà de ce prix de ta céleste vocation. Mais crie jour et nuit à celui qui, « lorsque nous étions encore sans force, est mort pour des impies », jusqu’à ce que tu saches en qui tu as cru, et que tu puisses dire : « Mon Seigneur et mon Dieu! » Souviens-toi qu’« il faut toujours prier, et ne point se relâcher », jusqu’à ce que toi aussi tu puisses lever ta main vers le ciel et déclarer à celui qui vit aux siècles des siècles : « Seigneur, tu sais toutes choses, tu sais que je t’aime. »

11. Puissions-nous tous éprouver ainsi ce que c’est que d’être, non seulement presque, mais tout à fait chrétiens ; étant gratuitement justifiés par sa grâce, par la rédemption qui est en Jésus ; sachant que nous avons la paix avec Dieu par Jésus-Christ ; nous glorifiant dans l’espérance de la gloire de Dieu ; et ayant l’amour de Dieu répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné !

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