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Discours I

Chapitre 36 · 26 min de lecture · 33 min d’écoute

Discours I

Sermon 35

La loi confirmée par la foi

Discours I

« Anéantissons-nous donc la loi par la foi? Loin de là! Au contraire, nous confirmons la loi. »

Romains 3:31.

1. Saint Paul, ayant posé au commencement de cette épître sa proposition générale, à savoir que « l’Évangile de Christ est une puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit » — le moyen puissant par lequel Dieu rend tout croyant participant d’un salut présent et éternel —, poursuit en montrant qu’il n’y a sous le ciel aucun autre chemin par lequel les hommes puissent être sauvés. Il parle particulièrement du salut de la culpabilité du péché, qu’il appelle ordinairement la justification. Et que tous les hommes en eussent besoin, que nul ne pût alléguer sa propre innocence, il le prouve longuement par divers arguments, adressés aux Juifs aussi bien qu’aux païens. Il en conclut (au verset 19 de ce chapitre) « que toute bouche », qu’elle soit de Juif ou de païen, doit être « fermée », sans pouvoir s’excuser ni se justifier, « et que tout le monde soit reconnu coupable devant Dieu ». « C’est pourquoi », dit-il, par sa propre obéissance, « nul ne sera justifié devant lui par les œuvres de la loi ». « Mais maintenant, sans la loi » — sans notre obéissance préalable à cette loi — « est manifestée la justice de Dieu » ; « justice de Dieu par la foi en Jésus-Christ pour tous ceux qui croient. Il n’y a point de distinction » — quant au besoin qu’ils ont de la justification, ou quant à la manière dont ils l’obtiennent — ; « car tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu » — de la glorieuse image de Dieu dans laquelle ils avaient été créés. Et tous (ceux qui l’obtiennent) « sont gratuitement justifiés par sa grâce, par le moyen de la rédemption qui est en Jésus-Christ. C’est lui que Dieu a destiné, par son sang, à être, pour ceux qui croiraient, victime propitiatoire, de manière à être juste tout en justifiant celui qui a la foi en Jésus » — afin que, sans porter aucune atteinte à sa justice, il pût lui faire miséricorde à cause de cette propitiation. « Nous concluons donc » (c’était là la grande thèse qu’il avait entrepris d’établir) « que l’homme est justifié par la foi, sans les œuvres de la loi ». (Versets 20–28.)

2. Il était facile de prévoir une objection qu’on pourrait faire, et qu’on a faite en effet dans tous les siècles : c’est que dire que nous sommes justifiés sans les œuvres de la loi, c’est abolir la loi. L’apôtre, sans entrer dans une dispute en forme, se contente de nier l’accusation. « Anéantissons-nous donc, dit-il, la loi par la foi? Loin de là! Au contraire, nous confirmons la loi. »

3. L’étrange imagination de quelques-uns, selon laquelle saint Paul, quand il dit : « L’homme est justifié sans les œuvres de la loi », n’entend parler que de la loi cérémonielle, est abondamment réfutée par ces paroles mêmes. Car saint Paul confirmait-il la loi cérémonielle ? Il est évident que non. Il anéantissait bien cette loi par la foi, et il avouait ouvertement le faire. C’est de la loi morale seulement qu’il pouvait dire en vérité : Nous ne l’anéantissons pas, mais nous la confirmons par la foi.

4. Mais tous les hommes ne sont pas en cela de son avis. Il en est beaucoup qui ne veulent pas en convenir. Beaucoup, dans tous les âges de l’Église, même parmi ceux qui portaient le nom de chrétiens, ont soutenu que « la foi qui a été transmise aux saints une fois pour toutes » était destinée à anéantir la loi tout entière. Ils n’épargnaient pas plus la loi morale que la loi cérémonielle, mais voulaient, pour ainsi dire, « les mettre toutes deux en pièces devant l’Éternel », soutenant avec véhémence : « Si vous confirmez une loi quelconque, Christ ne vous servira de rien. Vous êtes séparés de Christ ; vous êtes déchus de la grâce. »

5. Mais le zèle de ces hommes est-il selon la connaissance ? Ont-ils remarqué la liaison qui existe entre la loi et la foi ? et que, vu l’étroite liaison qui les unit, détruire l’une, c’est en réalité les détruire toutes deux ? — qu’abolir la loi morale, c’est, en vérité, abolir en même temps la foi et la loi ? puisque ce serait ne laisser aucun moyen propre, ni à nous amener à la foi, ni à ranimer ce don de Dieu dans notre âme.

6. Il importe donc à tous ceux qui désirent, soit venir à Christ, soit marcher en celui qu’ils ont reçu, de prendre garde à ne pas « anéantir la loi par la foi » ; et, pour nous en préserver efficacement, recherchons, premièrement, quelles sont les manières les plus ordinaires d’« anéantir la loi par la foi » ; et, secondement, comment nous pouvons suivre l’apôtre et, par la foi, « confirmer la loi ».

I. 1. Recherchons d’abord quelles sont les manières les plus ordinaires d’anéantir la loi par la foi. Or, le moyen pour un prédicateur de l’anéantir tout entière d’un seul coup, c’est de ne pas la prêcher du tout. C’est exactement la même chose que de l’effacer des oracles de Dieu. Surtout quand on le fait à dessein ; quand on se fait une règle de ne pas prêcher la loi, et que l’expression même de « prédicateur de la loi » est employée comme un terme de reproche, comme si elle ne signifiait guère moins qu’un ennemi de l’Évangile.

2. Tout cela procède de la plus profonde ignorance de la nature, des propriétés et de l’usage de la loi ; et prouve que ceux qui agissent ainsi, ou bien ne connaissent pas Christ — sont entièrement étrangers à la foi vivante —, ou, du moins, ne sont que des enfants en Christ, et, comme tels, « sans l’expérience de la parole de justice ».

3. Leur grand argument est celui-ci : que prêcher l’Évangile, c’est-à-dire, selon leur jugement, ne parler de rien d’autre que des souffrances et des mérites de Christ, répond à toutes les fins de la loi. Mais c’est ce que nous nions absolument. Cela ne répond pas même à la toute première fin de la loi, qui est de convaincre les hommes de péché, de réveiller ceux qui dorment encore au bord de l’enfer. Il a pu se présenter çà et là un cas d’exception. Un sur mille a pu être réveillé par l’Évangile ; mais ce n’est point là une règle générale : la méthode ordinaire de Dieu est de convaincre les pécheurs par la loi, et par elle seule. L’Évangile n’est pas le moyen que Dieu a établi, ni celui dont notre Seigneur lui-même s’est servi, pour cette fin. Nous n’avons dans l’Écriture aucune autorité pour l’appliquer ainsi, ni aucune raison de penser qu’il se montrera efficace. Et la nature même de la chose ne nous donne pas davantage lieu de nous y attendre. « Ce ne sont pas ceux qui se portent bien qui ont besoin de médecin, mais les malades », comme le fait remarquer notre Seigneur lui-même. Il est donc absurde d’offrir un médecin à ceux qui se portent bien, ou qui du moins s’imaginent se bien porter. Vous devez d’abord les convaincre qu’ils sont malades ; autrement ils ne vous sauront aucun gré de votre peine. Il est tout aussi absurde d’offrir Christ à ceux dont le cœur est entier, n’ayant encore jamais été brisé. C’est, au sens propre, « jeter des perles devant les pourceaux ». Sans aucun doute, « ils les fouleront aux pieds » ; et vous n’aurez que ce que vous avez lieu d’attendre, s’ils viennent aussi à « se retourner et vous déchirer ».

4. « Mais, bien qu’il n’y ait dans l’Écriture aucun commandement d’offrir Christ au pécheur insouciant, n’y a-t-il pas pourtant des exemples scripturaires qui l’autorisent ? » Je ne le pense pas ; je n’en connais aucun. Je crois que vous ne pouvez en produire un seul, ni des quatre évangélistes, ni des Actes des apôtres. Vous ne pouvez pas non plus prouver, par aucun passage de tous leurs écrits, que telle ait été la pratique d’aucun des apôtres.

5. « Mais l’apôtre Paul ne dit-il pas, dans sa première épître aux Corinthiens : “nous prêchons Christ crucifié” ? (1:23) et dans la seconde : “Nous ne nous prêchons pas nous-mêmes; c’est Jésus-Christ le Seigneur que nous prêchons” ? (4:5) »

Nous consentons à faire reposer la cause sur ce point : à marcher sur ses traces, à suivre son exemple. Prêchez seulement comme Paul a prêché, et la dispute est terminée.

Car, bien que nous soyons certains qu’il a prêché Christ d’une manière aussi parfaite que les plus éminents des apôtres, qui donc a prêché la loi plus que saint Paul ? Il ne pensait donc pas que l’Évangile répondît à la même fin.

6. Le tout premier sermon de saint Paul dont nous ayons le récit se termine par ces paroles : « quiconque croit est justifié par lui de toutes les choses dont vous ne pouviez être justifiés par la loi de Moïse. Ainsi, prenez garde qu’il ne vous arrive ce qui est dit dans les prophètes : Voyez, contempteurs, Soyez étonnés et disparaissez; Car je vais faire en vos jours une œuvre, Une œuvre que vous ne croiriez pas si on vous la racontait. » (Actes 13:39, 40.) Or il est manifeste que tout cela, c’est prêcher la loi, dans le sens où vous entendez ce terme ; et cela, bien qu’une grande partie de ses auditeurs, sinon tous, fussent ou des Juifs ou des prosélytes pieux (verset 43), et que, par conséquent, beaucoup d’entre eux fussent probablement déjà convaincus de péché, au moins à quelque degré. Il leur rappelle d’abord qu’ils ne pouvaient être justifiés par la loi de Moïse, mais seulement par la foi en Christ ; puis il les menace sévèrement des jugements de Dieu, ce qui est, au sens le plus fort, prêcher la loi.

7. Dans son discours suivant, celui qu’il adressa aux païens de Lystre (14:15 et suiv.), nous ne trouvons pas même le nom de Christ : tout ce qu’il y dit tend à les exhorter à « renoncer à ces choses vaines, pour vous tourner vers le Dieu vivant ». Avouez la vérité. Ne pensez-vous pas que, si vous aviez été là, vous auriez prêché beaucoup mieux que lui ? Je ne m’étonnerais pas que vous pensiez aussi que c’est parce qu’il avait si mal prêché qu’il fut si mal traité ; et que, s’il fut lapidé, ce fut un juste jugement sur lui pour n’avoir pas prêché Christ !

8. Au geôlier, il est vrai, lorsqu’il « entra précipitamment, et se jeta tout tremblant aux pieds de Paul et de Silas, et dit : Seigneurs, que faut-il que je fasse pour être sauvé? », il dit aussitôt : « Crois au Seigneur Jésus » (Actes 16:29, 30 ;) ; et, devant un homme si profondément convaincu de péché, qui n’en aurait dit autant ? Mais aux hommes d’Athènes, vous le voyez parler d’une manière tout autre : il reprend leur superstition, leur ignorance et leur idolâtrie, et les presse vivement de se repentir, par la considération d’un jugement à venir et de la résurrection des morts (17:24–31). De même, lorsque Félix fit appeler Paul, tout exprès pour « l’entendre sur la foi en Christ », au lieu de prêcher Christ dans votre sens (ce qui aurait probablement amené le gouverneur ou à se moquer, ou à contredire et à blasphémer), « il discourait sur la justice, sur la tempérance, et sur le jugement à venir », tant que Félix (tout endurci qu’il était) en fut « effrayé » (24:24, 25). Va, et marche sur ses traces. Prêche Christ au pécheur insouciant en discourant « sur la justice, sur la tempérance, et sur le jugement à venir » !

9. Si vous dites : « Mais il prêchait Christ d’une manière différente dans ses épîtres », je réponds : (1.) Il n’y prêchait pas du tout ; pas dans le sens dont nous parlons, car prêcher, dans la question qui nous occupe, signifie parler devant une assemblée. Mais, laissant cela de côté, je réponds : (2.) Ses épîtres sont adressées, non à des incrédules tels que ceux dont nous parlons maintenant, mais « aux saints de Dieu », à Rome, à Corinthe, à Philippes et en d’autres lieux. Or il est hors de doute qu’il devait parler de Christ à ceux-là plus qu’à ceux qui étaient sans Dieu dans le monde. Et pourtant, (3.) chacune d’elles est pleine de la loi, même les épîtres aux Romains et aux Galates ; dans l’une et l’autre il fait ce que vous appelez « prêcher la loi », et cela aux croyants aussi bien qu’aux incrédules.

10. Il est clair, d’après cela, que vous ne savez pas ce que c’est que prêcher Christ dans le sens de l’apôtre. Car sans aucun doute saint Paul estimait prêcher Christ, aussi bien devant Félix qu’à Antioche, à Lystre et à Athènes ; et de son exemple tout homme qui réfléchit doit conclure que non seulement déclarer l’amour de Christ pour les pécheurs, mais aussi déclarer qu’il viendra du ciel au milieu d’une flamme de feu, c’est, dans le sens de l’apôtre, prêcher Christ ; oui, dans la pleine signification scripturaire du mot. Prêcher Christ, c’est prêcher ce qu’il a révélé, soit dans l’Ancien, soit dans le Nouveau Testament ; de sorte que vous prêchez réellement Christ quand vous dites : « Les méchants seront jetés en enfer, avec tous les peuples qui oublient Dieu », tout autant que quand vous dites : « Voici l’Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde. »

11. Considérez bien ceci : que prêcher Christ, c’est prêcher tout ce que Christ a dit ; toutes ses promesses, toutes ses menaces et tous ses commandements ; tout ce qui est écrit dans son livre ; et alors vous saurez comment prêcher Christ sans anéantir la loi.

12. « Mais la plus grande bénédiction n’accompagne-t-elle pas les discours où nous prêchons particulièrement les mérites et les souffrances de Christ ? »

Probablement, quand nous prêchons à une assemblée d’âmes affligées, ou de croyants, ces discours seront accompagnés de la plus grande bénédiction, parce qu’ils sont particulièrement appropriés à leur état. Du moins, ce sont eux qui apporteront d’ordinaire le plus de consolation. Mais ce n’est pas toujours là la plus grande bénédiction. Je puis quelquefois en recevoir une bien plus grande par un discours qui me perce le cœur et m’humilie jusque dans la poussière. Je ne recevrais même pas cette consolation-là si je ne devais prêcher ou entendre d’autres discours que sur les souffrances de Christ. À force d’être répétés sans cesse, ils perdraient leur force, et deviendraient de plus en plus plats et morts, jusqu’à n’être plus enfin qu’une suite monotone de mots, sans esprit, sans vie et sans vertu. De sorte que prêcher Christ de cette manière doit, avec le temps, anéantir l’Évangile aussi bien que la loi.

II. 1. Une deuxième manière d’anéantir la loi par la foi consiste à enseigner que la foi rend la sainteté superflue. Cette voie se divise en mille sentiers plus petits, et il en est beaucoup qui y marchent. À vrai dire, il en est peu qui y échappent entièrement ; peu, parmi ceux qui sont convaincus que nous sommes sauvés par la foi, qui ne soient tôt ou tard, plus ou moins, entraînés dans ce chemin de traverse.

2. Sont entraînés dans ce chemin de traverse tous ceux qui, si ce n’est pas leur jugement arrêté que la foi en Christ écarte entièrement la nécessité de garder sa loi, supposent pourtant ou bien : (1.) que la sainteté est moins nécessaire aujourd’hui qu’elle ne l’était avant la venue de Christ ; ou (2.) qu’un moindre degré de sainteté est nécessaire ; ou (3.) qu’elle est moins nécessaire aux croyants qu’aux autres. Oui, et il en est de même de tous ceux qui, bien que leur jugement soit droit en général, pensent pourtant pouvoir prendre, dans des cas particuliers, plus de liberté qu’ils n’auraient pu le faire avant de croire. En vérité, employer ainsi le terme de liberté pour une liberté à l’égard de l’obéissance ou de la sainteté montre aussitôt que leur jugement est perverti, et qu’ils sont coupables de ce qu’ils s’imaginaient bien loin d’eux, à savoir d’anéantir la loi par la foi, en supposant que la foi tient lieu de sainteté.

3. Le premier argument de ceux qui enseignent cela expressément, c’est que nous sommes maintenant sous l’alliance de grâce, et non sous celle des œuvres, et que par conséquent nous ne sommes plus dans la nécessité d’accomplir les œuvres de la loi.

Mais qui donc a jamais été sous l’alliance des œuvres ? Personne, sinon Adam avant la chute. Il était pleinement et proprement sous cette alliance, qui exigeait une obéissance parfaite et universelle comme l’unique condition de l’acceptation, et ne laissait aucune place au pardon pour la moindre transgression. Mais nul autre homme n’a jamais été sous cette alliance, ni Juif ni païen, ni avant Christ ni depuis. Tous ses fils ont été et sont sous l’alliance de grâce. Voici de quelle manière ils sont acceptés : la libre grâce de Dieu, par les mérites de Christ, donne le pardon à ceux qui croient, qui croient d’une foi telle qu’agissant par l’amour, elle produit toute obéissance et toute sainteté.

4. Il n’en est donc pas, comme vous le supposez, que les hommes aient été autrefois plus obligés d’obéir à Dieu, ou de faire les œuvres de sa loi, qu’ils ne le sont maintenant. C’est là une supposition que vous ne pouvez soutenir. Mais nous aurions été obligés, si nous avions été sous l’alliance des œuvres, d’accomplir ces œuvres avant notre acceptation. Au lieu que maintenant toutes les bonnes œuvres, bien qu’aussi nécessaires que jamais, ne précèdent pas notre acceptation, mais la suivent. La nature de l’alliance de grâce ne vous donne donc aucune raison, aucun encouragement quelconque, à mettre de côté aucun point ni aucun degré d’obéissance, aucune partie ni aucune mesure de sainteté.

5. « Mais ne sommes-nous pas justifiés par la foi, sans les œuvres de la loi ? » Sans aucun doute nous le sommes ; sans les œuvres ni de la loi cérémonielle ni de la loi morale. Et plût à Dieu que tous les hommes en fussent convaincus ! Cela préviendrait des maux innombrables, l’antinomianisme en particulier ; car, à parler en général, ce sont les pharisiens qui font les antinomiens. En se jetant dans un extrême si manifestement contraire à l’Écriture, ils poussent les autres à se jeter dans l’extrême opposé. Les premiers, cherchant à être justifiés par les œuvres, effraient les seconds au point qu’ils ne leur accordent plus aucune place.

6. Mais la vérité se trouve entre les deux. Nous sommes, sans aucun doute, justifiés par la foi. C’est là la pierre angulaire de tout l’édifice chrétien. Nous sommes justifiés sans les œuvres de la loi, en tant que condition préalable de la justification ; mais elles sont le fruit immédiat de cette foi par laquelle nous sommes justifiés. De sorte que, si les bonnes œuvres, et même toute la sainteté intérieure et extérieure, ne suivent pas notre foi, il est clair que notre foi ne vaut rien : nous sommes encore dans nos péchés. Que nous soyons justifiés par la foi, et même par notre foi sans les œuvres, ce n’est donc pas une raison d’anéantir la loi par la foi, ni de nous imaginer que la foi nous dispense d’aucune sorte ou d’aucun degré de sainteté.

7. « Mais saint Paul ne dit-il pas expressément : “à celui qui ne fait point d’œuvre, mais qui croit en celui qui justifie l’impie, sa foi lui est imputée à justice” ? Et ne s’ensuit-il pas que la foi tient lieu au croyant, qu’elle prend la place de la justice ? Mais si la foi tient lieu de justice ou de sainteté, quel besoin y a-t-il encore de celle-ci ? »

Ceci, il faut le reconnaître, touche au vif de la question, et c’est vraiment la principale colonne de l’antinomianisme. Et pourtant il n’y faut pas une réponse longue ni laborieuse. Nous accordons : (1.) Que Dieu justifie l’impie, celui qui, jusqu’à cette heure-là, est totalement impie, — plein de tout mal, vide de tout bien ; (2.) Qu’il justifie l’impie qui ne fait point d’œuvre, qui, jusqu’à ce moment-là, ne fait aucune bonne œuvre, — et qui ne le peut pas, car un mauvais arbre ne peut porter de bons fruits ; (3.) Qu’il le justifie par la foi seule, sans qu’aucune bonté ni aucune justice ait précédé ; et (4.) Que la foi lui est alors imputée à justice, c’est-à-dire comme justice précédente ; autrement dit, que Dieu, par les mérites de Christ, accepte celui qui croit comme s’il avait déjà accompli toute justice. Mais qu’est-ce que tout cela fait à votre propos ? L’apôtre ne dit pas, ni ici ni ailleurs, que cette foi lui est imputée comme justice subséquente. Il enseigne bien qu’il n’y a point de justice avant la foi ; mais où enseigne-t-il qu’il n’y en a point après ? Il affirme bien que la sainteté ne peut précéder la justification, mais non qu’elle n’a pas besoin de la suivre. Saint Paul ne vous fournit donc aucun prétexte pour anéantir la loi en enseignant que la foi rend la sainteté superflue.

III. 1. Il est encore une autre manière d’anéantir la loi par la foi, plus commune que l’une et l’autre des précédentes. C’est de le faire en pratique ; de l’anéantir dans le fait, sinon dans le principe ; de vivre comme si la foi était destinée à nous dispenser de la sainteté.

Avec quelle insistance l’apôtre nous met en garde contre cela, dans ces paroles bien connues : « Quoi donc! Pécherions-nous, parce que nous sommes, non sous la loi, mais sous la grâce? Loin de là! » (Rom. 6:15 :) avertissement qu’il est nécessaire de considérer à fond, parce qu’il est de la dernière importance.

2. Être « sous la loi » peut signifier ici : (1.) être obligé d’observer la loi cérémonielle ; (2.) être obligé de se conformer à toute l’institution mosaïque ; (3.) être obligé de garder toute la loi morale comme la condition de notre acceptation auprès de Dieu ; et (4.) être sous la colère et la malédiction de Dieu, sous une sentence de mort éternelle, sous un sentiment de culpabilité et de condamnation, plein d’horreur et d’une crainte servile.

3. Or, bien qu’un croyant ne soit « point sans la loi de Dieu, étant sous la loi de Christ », cependant, dès le moment où il croit, il n’est plus « sous la loi » dans aucun des sens qui précèdent. Au contraire, il est « sous la grâce », sous une dispensation plus bienveillante et plus pleine de grâce. Comme il n’est plus sous la loi cérémonielle, ni sous l’institution mosaïque, comme il n’est pas obligé de garder même la loi morale comme la condition de son acceptation, de même il est délivré de la colère et de la malédiction de Dieu, de tout sentiment de culpabilité et de condamnation, et de toute cette horreur et de cette crainte de la mort et de l’enfer par lesquelles il était auparavant, toute sa vie, retenu dans la servitude. Et il rend maintenant (ce qu’il ne pouvait faire quand il était « sous la loi ») une obéissance volontaire et universelle. Il obéit, non par le motif d’une crainte servile, mais par un principe plus noble, à savoir la grâce de Dieu qui règne dans son cœur et fait que toutes ses œuvres sont faites dans l’amour.

4. Quoi donc ? Ce principe d’action évangélique sera-t-il moins puissant que le principe légal ? Serons-nous moins obéissants à Dieu par un amour filial que nous ne l’étions par une crainte servile ?

Heureux si ce n’est pas là un cas fréquent ; si cet antinomianisme pratique, cette manière inaperçue d’anéantir la loi par la foi, n’a pas infecté des milliers de croyants !

Ne vous a-t-il pas infecté vous-même ? Examinez-vous honnêtement et de près. Ne faites-vous pas maintenant ce que vous n’auriez pas osé faire quand vous étiez « sous la loi », ou (comme nous disons d’ordinaire) sous la conviction ? Par exemple : vous n’osiez pas alors vous accorder de satisfaction dans la nourriture ; vous preniez juste ce qui était nécessaire, et cela de l’espèce la moins chère. Ne vous accordez-vous pas maintenant plus de latitude ? Ne vous laissez-vous pas aller un peu plus que vous ne le faisiez ? Oh ! prenez garde de « pécher parce que vous êtes, non sous la loi, mais sous la grâce » !

5. Quand vous étiez sous la conviction, vous n’osiez satisfaire à aucun degré la convoitise des yeux. Vous n’auriez rien fait, de grand ou de petit, uniquement pour contenter votre curiosité. Vous n’aviez égard qu’à la propreté et à la nécessité, ou tout au plus à une commodité très modérée, soit dans l’ameublement, soit dans le vêtement ; le superflu et la parure de quelque sorte que ce fût, aussi bien que l’élégance à la mode, étaient pour vous à la fois une terreur et une abomination.

Le sont-ils encore ? Votre conscience est-elle aussi délicate maintenant sur ces choses qu’elle l’était alors ? Suivez-vous toujours la même règle, tant pour l’ameublement que pour le vêtement, foulant aux pieds toute parure, tout superflu, toute chose inutile, toute chose purement ornementale, quelque à la mode qu’elle soit ? N’avez-vous pas plutôt repris ce que vous aviez autrefois mis de côté, et dont vous ne pouviez alors user sans blesser votre conscience ? Et n’avez-vous pas appris à dire : « Oh ! je ne suis plus si scrupuleux maintenant » ? Plût à Dieu que vous le fussiez ! Alors vous ne pécheriez pas ainsi, « parce que vous êtes, non sous la loi, mais sous la grâce » !

6. Vous vous faisiez aussi scrupule, autrefois, de louer qui que ce fût en face, et plus encore de souffrir que quelqu’un vous louât. C’était un coup de poignard pour votre cœur ; vous ne pouviez le supporter ; vous recherchiez la gloire qui vient de Dieu seul. Vous ne pouviez endurer de tels propos, ni aucune conversation qui ne fût pas bonne pour l’édification. Tout propos oiseux, tout discours frivole, vous l’aviez en horreur ; vous le haïssiez autant que vous le craigniez, profondément sensible que vous étiez au prix du temps, de chaque moment précieux et fugitif. De même, vous redoutiez et abhorriez toute dépense inutile, n’estimant votre argent qu’un peu moins que votre temps, et tremblant d’être trouvé un économe infidèle, même des richesses injustes.

Regardez-vous maintenant la louange comme un poison mortel, que vous ne pouvez ni donner ni recevoir qu’au péril de votre âme ? Redoutez-vous et abhorrez-vous toujours toute conversation qui ne tend pas à l’édification ; et travaillez-vous à mettre à profit chaque moment, afin qu’il ne passe pas sans vous laisser meilleur qu’il ne vous a trouvé ? N’êtes-vous pas moins attentif à la dépense, et de l’argent, et du temps ? Ne pouvez-vous pas maintenant employer l’un et l’autre comme vous ne l’auriez pas pu autrefois ? Hélas ! comment « ce qui aurait dû servir à votre santé est-il devenu pour vous une occasion de chute » ! Comment avez-vous « péché parce que vous étiez, non sous la loi, mais sous la grâce » !

7. À Dieu ne plaise que vous continuiez plus longtemps à « changer la grâce de notre Dieu en dissolution » ! Oh ! souvenez-vous combien était claire et forte la conviction que vous aviez autrefois touchant toutes ces choses ! Et, en même temps, vous saviez parfaitement de qui venait cette conviction. Le monde vous disait que vous étiez dans l’illusion ; mais vous saviez que c’était la voix de Dieu. En ces choses, vous n’étiez pas trop scrupuleux alors ; mais vous ne l’êtes pas assez maintenant. Dieu vous a tenu plus longtemps à cette douloureuse école afin que vous en appreniez plus parfaitement les grandes leçons. Et les avez-vous déjà oubliées ? Oh ! rappelez-les-vous avant qu’il soit trop tard ! Avez-vous souffert tant de choses en vain ? J’ai confiance que ce n’est pas encore en vain. Usez maintenant de la conviction sans la douleur ! Pratiquez la leçon sans la verge ! Que la miséricorde de Dieu n’ait pas maintenant moins de poids pour vous que n’en avait autrefois son ardente indignation. L’amour est-il un motif moins puissant que la crainte ? S’il ne l’est pas, que ce soit pour vous une règle invariable : « Je ne ferai rien, maintenant que je suis “sous la grâce”, que je n’eusse osé faire quand j’étais “sous la loi”. »

8. Je ne puis terminer cette partie sans vous exhorter à vous examiner aussi touchant les péchés d’omission. En êtes-vous aussi exempt, maintenant que vous êtes « sous la grâce », que vous l’étiez quand vous étiez « sous la loi » ? Avec quelle diligence alors vous écoutiez la parole de Dieu ! Négligiez-vous une seule occasion ? N’y étiez-vous pas assidu jour et nuit ? Un petit obstacle vous aurait-il retenu ? une petite affaire ? un visiteur ? une légère indisposition ? un lit moelleux ? une matinée sombre ou froide ? — Ne jeûniez-vous pas alors souvent, ou ne pratiquiez-vous pas l’abstinence autant qu’il était en votre pouvoir ? N’étiez-vous pas beaucoup en prière (tout froid et tout lourd que vous étiez), tandis que vous étiez suspendu au-dessus de la bouche de l’enfer ? Ne parliez-vous pas sans vous ménager, même pour un Dieu inconnu ? Ne plaidiez-vous pas hardiment sa cause ? — ne repreniez-vous pas les pécheurs ? — et ne confessiez-vous pas la vérité devant une génération adultère ? Et maintenant, êtes-vous un croyant en Christ ? Avez-vous la foi qui triomphe du monde ? Quoi ! et vous êtes moins zélé pour votre Maître maintenant que vous ne l’étiez quand vous ne le connaissiez pas ? moins diligent à jeûner, à prier, à écouter sa parole, à appeler les pécheurs à Dieu ? Oh ! repentez-vous ! Voyez et sentez votre douloureuse perte ! Souvenez-vous d’où vous êtes tombé ! Pleurez votre infidélité ! Soyez maintenant zélé, et pratiquez vos premières œuvres, de peur que, si vous continuez à « anéantir la loi par la foi », Dieu ne vous retranche et ne vous assigne votre part avec les incrédules !

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