Chapitre 35 · 32 min de lecture · 42 min d’écoute
L’origine, la nature, la propriété et l’usage de la loi
Sermon 34
L’origine, la nature, la propriété et l’usage de la loi
« La loi donc est sainte, et le commandement est saint, juste et bon. »
Romains 7:12
1. Il est peut-être peu de sujets, dans toute l’étendue de la religion, aussi mal compris que celui-ci. On dit d’ordinaire au lecteur de cette Épître que, par la loi, saint Paul entend la loi juive ; et ainsi, s’imaginant n’avoir rien à voir avec elle, il passe outre sans y réfléchir davantage. Quelques-uns, il est vrai, ne se contentent pas de cette explication ; mais, remarquant que l’Épître est adressée aux Romains, ils en concluent qu’au commencement de ce chapitre l’apôtre fait allusion à l’ancienne loi romaine. Mais comme ils n’ont pas plus affaire avec celle-ci qu’avec la loi cérémonielle de Moïse, ils ne s’arrêtent guère à ce qui, pensent-ils, n’est mentionné qu’en passant, pour éclairer une autre chose.
2. Mais un observateur attentif du discours de l’apôtre ne se contentera pas de ces explications légères. Plus il pèsera les mots, plus il sera convaincu que saint Paul, par la loi dont il parle dans ce chapitre, n’entend ni l’ancienne loi de Rome, ni la loi cérémonielle de Moïse. Cela paraîtra clairement à tous ceux qui considèrent avec attention la suite de son discours. Il commence ainsi le chapitre : « Ignorez-vous, frères, car je parle à des gens qui connaissent la loi », à des gens qui en ont été instruits dès leur jeunesse, « que la loi exerce son pouvoir sur l’homme aussi longtemps qu’il vit? » (Quoi ! la loi de Rome seulement, ou la loi cérémonielle ? Non, assurément ; mais la loi morale.) « Ainsi », pour donner un exemple simple, « une femme mariée est liée par la loi » morale « à son mari tant qu’il est vivant; mais si le mari meurt, elle est dégagée de la loi qui la liait à son mari. Si donc, du vivant de son mari, elle devient la femme d’un autre homme, elle sera appelée adultère; mais si le mari meurt, elle est affranchie de la loi, de sorte qu’elle n’est point adultère en devenant la femme d’un autre. » De cet exemple particulier, l’apôtre tire cette conclusion générale : « De même, mes frères », par une évidente parité de raison, « vous aussi vous avez été mis à mort en ce qui concerne la loi », c’est-à-dire à toute l’institution mosaïque, « par le corps de Christ », offert pour vous, et qui vous fait passer sous une économie nouvelle : « pour que vous apparteniez », sans encourir aucun blâme, « à un autre, à celui qui est ressuscité des morts », et qui a donné par là la preuve de son autorité pour opérer ce changement, « afin que nous portions des fruits pour Dieu ». Et cela, nous le pouvons maintenant, alors qu’auparavant nous ne le pouvions pas : « Car, lorsque nous étions dans la chair » — sous la puissance de la chair, c’est-à-dire de la nature corrompue, ce qui était nécessairement le cas jusqu’à ce que nous eussions connu la puissance de la résurrection de Christ, « les passions des péchés provoquées par la loi » — que la loi mosaïque révélait et enflammait, sans les vaincre, « agissaient dans nos membres » — éclataient de diverses manières, « de sorte que nous portions des fruits pour la mort ». « Mais maintenant, nous avons été dégagés de la loi » ; de toute cette économie morale aussi bien que cérémonielle ; « ce qui nous retenait étant mort » — toute cette institution étant maintenant comme morte, et n’ayant pas plus d’autorité sur nous que le mari, une fois mort, n’en a sur sa femme : « de sorte que nous servons » — celui qui est mort pour nous et qui est ressuscité — « dans un esprit nouveau » — dans une économie nouvelle et spirituelle ; « et non selon la lettre qui a vieilli » — par un service purement extérieur, selon la lettre de l’institution mosaïque (Romains 7:1–6).
3. L’apôtre, ayant prouvé jusque-là que le chrétien avait mis de côté l’économie juive, et que la loi morale elle-même, quoiqu’elle ne pût jamais passer, reposait néanmoins sur un autre fondement qu’auparavant, s’arrête maintenant pour proposer une objection et y répondre : « Que dirons-nous donc? La loi est-elle péché? » C’est ce que quelques-uns pourraient conclure de ces paroles mal comprises : « les passions des péchés provoquées par la loi ». « Loin de là! », dit l’apôtre, que nous parlions ainsi. Bien plus, la loi est l’ennemie irréconciliable du péché ; par la loi. Car je n’aurais pas connu la convoitise », c’est-à-dire le mauvais désir, comme péché, « si la loi n’eût dit: Tu ne convoiteras point » (Romains 7:7). Après avoir développé cela davantage dans les quatre versets suivants, il ajoute cette conclusion générale, qui regarde plus particulièrement la loi morale, d’où l’exemple précédent était tiré : « La loi donc est sainte, et le commandement est saint, juste et bon. »
4. Afin d’expliquer et d’appuyer ces paroles profondes, si peu considérées parce que si peu comprises, je tâcherai de montrer, premièrement, l’origine de cette loi ; secondement, sa nature ; troisièmement, ses propriétés, à savoir qu’elle est sainte, juste et bonne ; et, quatrièmement, ses usages.
I. 1. Je tâcherai, premièrement, de montrer l’origine de la loi morale, souvent appelée « la loi » par excellence. Or elle n’est pas, comme quelques-uns l’ont peut-être imaginé, d’une institution aussi récente que le temps de Moïse. Noé l’annonça aux hommes longtemps avant cette époque, et Énoch avant lui. Mais nous pouvons faire remonter son origine plus haut encore, au-delà même de la fondation du monde : jusqu’à cette époque, inconnue sans doute aux hommes, mais assurément inscrite dans les annales de l’éternité, où « les étoiles du matin » éclatèrent pour la première fois « en chants d’allégresse », à peine appelées à l’existence. Il plut au grand Créateur de faire de ces êtres, ses fils premiers-nés, des créatures intelligentes, afin qu’elles pussent connaître celui qui les avait créées. Dans ce dessein, il les doua d’intelligence, pour discerner le vrai du faux, le bien du mal ; et, comme conséquence nécessaire, de liberté, c’est-à-dire de la faculté de choisir l’un et de rejeter l’autre. Par là, elles furent aussi rendues capables de lui offrir un service libre et volontaire ; un service digne de récompense en lui-même, et en même temps très agréable à leur Maître plein de grâce.
2. Pour mettre en œuvre toutes les facultés qu’il leur avait données, particulièrement leur intelligence et leur liberté, il leur donna une loi, modèle achevé de toute vérité, autant qu’un être fini peut la comprendre, et de tout bien, autant que des esprits angéliques étaient capables de l’embrasser. C’était aussi le dessein de leur bienfaisant Souverain de préparer par là un accroissement continuel de leur bonheur, puisque chaque acte d’obéissance à cette loi devait à la fois ajouter à la perfection de leur nature et leur donner droit à une récompense plus haute, que le juste Juge leur accorderait en son temps.
3. De même, lorsque Dieu, au temps qu’il avait fixé, eut créé un nouvel ordre d’êtres intelligents, lorsqu’il eut tiré l’homme de la poussière de la terre, soufflé dans ses narines un souffle de vie, et fait de lui une âme vivante, douée du pouvoir de choisir le bien ou le mal, il donna à cette créature libre et intelligente la même loi qu’à ses enfants premiers-nés, non point écrite, il est vrai, sur des tables de pierre ou sur quelque matière corruptible, mais gravée dans son cœur par le doigt de Dieu ; écrite au plus intime de l’esprit, chez les hommes comme chez les anges, afin qu’elle ne fût jamais éloignée, jamais difficile à comprendre, mais toujours à portée de la main, et toujours resplendissante d’une claire lumière, comme le soleil au milieu du ciel.
4. Telle fut l’origine de la loi de Dieu. Pour l’homme, elle était aussi ancienne que sa nature ; mais pour les fils aînés de Dieu, elle brillait dans toute sa splendeur « avant que les montagnes fussent nées, avant que la terre et le monde fussent formés ». Mais l’homme ne tarda pas à se révolter contre Dieu, et, en violant cette loi glorieuse, il l’effaça presque de son cœur, les yeux de son intelligence s’obscurcissant à mesure que son âme devenait « étrangère à la vie de Dieu ». Et pourtant Dieu ne méprisa pas l’ouvrage de ses mains ; mais, réconcilié avec l’homme par le Fils de son amour, il réinscrivit en quelque mesure la loi dans le cœur de sa créature enténébrée et pécheresse. « Il » t’a de nouveau « fait connaître, ô homme, ce qui est bien », quoique non pas comme au commencement : « C’est que tu pratiques la justice, Que tu aimes la miséricorde, Et que tu marches humblement avec ton Dieu. »
5. Et cela, il le fit connaître, non seulement à nos premiers parents, mais aussi à toute leur postérité, par « la véritable lumière, qui, en venant dans le monde, éclaire tout homme ». Mais, malgré cette lumière, toute chair, avec le temps, « avait corrompu sa voie » devant lui ; jusqu’à ce qu’il se choisît, d’entre les hommes, un peuple particulier, auquel il donna une connaissance plus parfaite de sa loi ; et il en écrivit les points principaux, parce que ce peuple était lent à comprendre, sur deux tables de pierre, qu’il commanda aux pères d’enseigner à leurs enfants dans toutes les générations à venir.
6. Et c’est ainsi que la loi de Dieu est maintenant manifestée à ceux qui ne connaissent pas Dieu. Ils entendent, de leurs oreilles, les choses qui ont été écrites autrefois pour notre instruction. Mais cela ne suffit pas : ils ne peuvent, par ce moyen, en comprendre la hauteur, la profondeur, la longueur et la largeur. Dieu seul peut la révéler par son Esprit. Et c’est ce qu’il fait pour tous ceux qui croient véritablement, en vertu de cette promesse pleine de grâce faite à tout l’Israël de Dieu : « Voici, les jours viennent, dit l’Éternel, Où je ferai avec la maison d’Israël Une alliance nouvelle. Mais voici l’alliance que je ferai : Je mettrai ma loi au-dedans d’eux, Je l’écrirai dans leur cœur; Et je serai leur Dieu, Et ils seront mon peuple. » (Jérémie 31:31 et suiv.)
II. 1. La nature de cette loi, qui fut donnée à l’origine aux anges dans le ciel et à l’homme dans le paradis, et que Dieu a si miséricordieusement promis d’écrire de nouveau dans le cœur de tous les vrais croyants, est le second point que je me suis proposé de montrer. Pour cela, je remarquerai d’abord que, bien que « la loi » et « le commandement » soient parfois pris en des sens différents (le commandement ne désignant alors qu’une partie de la loi), ils sont cependant employés dans notre texte comme des termes équivalents, qui expriment une seule et même chose. Mais nous ne pouvons entendre ici, ni par l’un ni par l’autre, la loi cérémonielle. Ce n’est pas de la loi cérémonielle que l’apôtre dit, dans les paroles citées plus haut : « je n’ai connu le péché que par la loi » : cela est trop clair pour avoir besoin de preuve. Ce n’est pas non plus la loi cérémonielle qui dit, dans les paroles qui suivent immédiatement : « Tu ne convoiteras point. » La loi cérémonielle n’a donc point de place dans la question présente.
2. Nous ne pouvons pas non plus entendre, par la loi dont parle le texte, l’économie mosaïque. Il est vrai que le mot est parfois compris ainsi ; comme lorsque l’apôtre dit, en parlant aux Galates (Galates 3:17) : « une disposition, que Dieu a confirmée antérieurement », à savoir avec Abraham, le père des croyants, « ne peut pas être annulée » « par la loi », c’est-à-dire l’économie mosaïque, « survenue quatre cent trente ans plus tard ». Mais on ne peut l’entendre ainsi dans notre texte ; car l’apôtre ne décerne jamais de si hautes louanges à cette économie imparfaite et pleine d’ombres. Il n’affirme nulle part que la loi mosaïque soit une loi spirituelle, ni qu’elle soit sainte, juste et bonne. Il n’est pas vrai non plus que Dieu écrira cette loi dans le cœur de ceux dont il ne se souvient plus des iniquités. Il reste donc que « la loi », ainsi nommée par excellence, n’est autre que la loi morale.
3. Or cette loi est une image incorruptible de celui qui est le Très-Haut et le Saint, qui habite l’éternité. C’est celui que, dans son essence, nul homme n’a vu ni ne peut voir, rendu visible aux hommes et aux anges. C’est la face de Dieu dévoilée ; Dieu manifesté à ses créatures autant qu’elles peuvent le supporter ; manifesté pour donner la vie, et non pour la détruire, afin qu’elles puissent voir Dieu et vivre. C’est le cœur de Dieu découvert à l’homme. Oui, en un certain sens, nous pouvons appliquer à cette loi ce que l’apôtre dit de son Fils : elle est apaugasma tes doxes, kai charakter tes hypostaseos autou le rayonnement, ou l’éclat qui jaillit de sa gloire, l’empreinte de sa personne.
4. Si la vertu, disait un ancien païen, pouvait prendre une forme telle que nous pussions la contempler de nos yeux, quel merveilleux amour n’exciterait-elle pas en nous ! Si la vertu pouvait faire cela ! C’est déjà fait. La loi de Dieu est toutes les vertus réunies en une seule, sous une forme telle qu’elle peut être contemplée à visage découvert par tous ceux dont Dieu a éclairé les yeux. Qu’est-ce que la loi, sinon la vertu et la sagesse divines revêtant une forme visible ? Qu’est-ce, sinon les idées originelles du vrai et du bien, qui reposaient de toute éternité dans l’esprit incréé, maintenant tirées au-dehors et revêtues d’un véhicule tel qu’elles puissent apparaître même à l’intelligence humaine ?
5. Si nous considérons la loi de Dieu sous un autre point de vue, elle est la raison suprême et immuable ; elle est la droiture inaltérable ; elle est l’éternelle convenance de toutes les choses qui sont ou qui ont jamais été créées. Je sens combien ces expressions, et toutes les autres expressions humaines, sont courtes et même impropres, quand nous essayons, par ces faibles images, de figurer les choses profondes de Dieu. Néanmoins, nous n’avons pas de meilleur moyen, ni même d’autre, durant cet état d’enfance de notre existence. Comme maintenant nous ne connaissons « en partie », ainsi nous sommes contraints de « prophétiser », c’est-à-dire de parler des choses de Dieu, « en partie » aussi. « Nous ne pouvons ordonner nos discours, à cause des ténèbres », tant que nous sommes dans cette maison d’argile. Tant que je suis « enfant », il me faut « parler comme un enfant » ; mais bientôt je « ferai disparaître ce qui était de l’enfant » ; car « quand ce qui est parfait sera venu, ce qui est partiel disparaîtra. »
6. Mais revenons à notre sujet. La loi de Dieu (pour parler à la manière des hommes) est une copie de l’esprit éternel, une transcription de la nature divine ; oui, elle est le plus beau rejeton du Père éternel, la plus éclatante émanation de sa sagesse essentielle, la beauté visible du Très-Haut. Elle fait les délices et l’admiration des chérubins et des séraphins, et de toute l’armée du ciel, et la gloire et la joie de tout croyant sage, de tout enfant de Dieu bien instruit sur la terre.
III. 1. Telle est la nature de la loi de Dieu, à jamais bénie. Je dois, en troisième lieu, en montrer les propriétés : non pas toutes, car cela dépasserait la sagesse d’un ange ; mais seulement celles qui sont mentionnées dans le texte. Elles sont au nombre de trois : la loi est sainte, juste et bonne. Et, premièrement, la loi est sainte.
2. Dans cette expression, l’apôtre ne paraît pas parler de ses effets, mais plutôt de sa nature ; comme saint Jacques, parlant de la même chose sous un autre nom, dit : « La sagesse d’en haut » (qui n’est autre que cette loi écrite dans notre cœur) « est premièrement pure » (Jacques 3:17) ; agne, — chaste, sans tache ; éternellement et essentiellement sainte. Et par conséquent, lorsqu’elle est transcrite dans la vie aussi bien que dans l’âme, elle est (comme l’appelle le même apôtre, Jacques 1:27) threskeia kathara kai amiantos, la religion pure et sans tache ; c’est-à-dire le culte pur, net et sans souillure rendu à Dieu.
3. Elle est en effet, au plus haut degré, pure, chaste, nette, sainte. Autrement, elle ne pourrait être le rejeton immédiat, et bien moins encore l’image expresse, de Dieu, qui est la sainteté essentielle. Elle est pure de tout péché, nette et sans tache de tout contact du mal. C’est une vierge chaste, incapable d’aucune souillure, d’aucun mélange avec ce qui est impur ou profane. Elle n’a aucune communion avec le péché, de quelque sorte qu’il soit ; car qu’y a-t-il de commun entre la lumière et les ténèbres? Comme le péché est, par sa nature même, inimitié contre Dieu, ainsi sa loi est inimitié contre le péché.
4. C’est pourquoi l’apôtre repousse avec tant d’horreur cette supposition blasphématoire, que la loi de Dieu soit ou le péché lui-même ou la cause du péché. À Dieu ne plaise que nous la supposions cause du péché, parce qu’elle le découvre ; parce qu’elle met à nu les choses cachées dans les ténèbres et les traîne au grand jour ! Il est vrai que par ce moyen (comme l’apôtre le remarque, Romains 7:13) le péché paraît comme péché. Tous ses déguisements lui sont arrachés, et il paraît dans sa difformité naturelle. Il est vrai aussi que le péché, par le commandement, devient condamnable au plus haut point : commis désormais contre la lumière et la connaissance, dépouillé même de la pauvre excuse de l’ignorance, il perd son excuse aussi bien que son déguisement, et devient bien plus odieux à Dieu et aux hommes. Oui, il est vrai que « le péché produit la mort par ce qui est bon », par ce qui est en soi pur et saint. Quand il est traîné à la lumière, il se déchaîne davantage ; quand on le contient, il éclate avec plus de violence. Ainsi l’apôtre (parlant en la personne d’un homme convaincu de péché, mais non encore délivré) : « le péché, saisissant l’occasion par le commandement », qui le découvrait et s’efforçait de le contenir, dédaigna ce frein, et d’autant plus « produisit en moi toutes sortes de convoitises » (Romains 7:8) ; toutes sortes de désirs insensés et pernicieux, que ce commandement cherchait à réprimer. Ainsi, « quand le commandement vint, le péché reprit vie » (Romains 7:9) ; il s’irrita et se déchaîna davantage. Mais ce n’est point là une tache sur le commandement. Bien qu’on en abuse, il ne peut être souillé. Cela prouve seulement que « le cœur de l’homme est méchant par-dessus tout ». Mais « la loi » de Dieu « est sainte » encore.
5. Elle est, secondement, juste. Elle rend à chacun ce qui lui est dû. Elle prescrit exactement ce qui est droit, précisément ce qui doit être fait, dit ou pensé, tant à l’égard de l’Auteur de notre être qu’à l’égard de nous-mêmes et de toute créature qu’il a faite. Elle est adaptée, à tous égards, à la nature des choses, de l’univers entier et de chaque individu. Elle convient à toutes les circonstances de chacun, et à toutes leurs relations mutuelles, soit qu’elles aient existé dès le commencement, soit qu’elles aient commencé à quelque époque postérieure. Elle s’accorde exactement avec les convenances des choses, qu’elles soient essentielles ou accidentelles. Elle ne heurte aucune d’elles en aucune mesure, et n’en est jamais détachée. Si l’on prend le mot en ce sens, il n’y a rien d’arbitraire dans la loi de Dieu ; bien que le tout, et chacune de ses parties, dépende entièrement de sa volonté ; de sorte que « que ta volonté soit faite » est la loi suprême et universelle, sur la terre comme au ciel.
6. « Mais la volonté de Dieu est-elle la cause de sa loi ? Sa volonté est-elle l’origine du bien et du mal ? Une chose est-elle droite parce que Dieu la veut ? ou la veut-il parce qu’elle est droite ? »
Je crains que cette question célèbre ne soit plus curieuse qu’utile. Et peut-être, de la manière dont on la traite d’ordinaire, ne s’accorde-t-elle pas très bien avec le respect qu’une créature doit au Créateur et au Souverain de toutes choses. Il ne sied guère à l’homme de sommer le Dieu suprême de lui rendre compte. Néanmoins, avec crainte et révérence, nous pouvons en dire un mot. Que le Seigneur nous pardonne si nous parlons mal !
7. Il semble donc que toute la difficulté vient de ce qu’on considère la volonté de Dieu comme distincte de Dieu ; autrement, elle s’évanouit. Car personne ne peut douter que Dieu ne soit la cause de la loi de Dieu. Or la volonté de Dieu, c’est Dieu lui-même. C’est Dieu considéré comme voulant ceci ou cela. Par conséquent, dire que la volonté de Dieu, ou que Dieu lui-même, est la cause de la loi, c’est une seule et même chose.
8. De plus : si la loi, la règle immuable du bien et du mal, dépend de la nature et des convenances des choses, et de leurs relations essentielles les unes avec les autres (je ne dis pas de leurs relations éternelles, car la relation éternelle de choses qui existent dans le temps n’est guère moins qu’une contradiction) ; si, dis-je, elle dépend de la nature et des relations des choses, il faut alors qu’elle dépende de Dieu, ou de la volonté de Dieu ; parce que ces choses elles-mêmes, avec toutes leurs relations, sont l’ouvrage de ses mains. C’est par sa volonté, « pour son bon plaisir » seul, qu’elles « existent et ont été créées ».
9. Et pourtant on peut accorder (et c’est probablement tout ce que soutiendrait un homme réfléchi) que, dans chaque cas particulier, Dieu veut ceci ou cela (par exemple, que les hommes honorent leurs parents) parce que c’est juste, conforme à la convenance des choses, à la relation dans laquelle ils se trouvent.
10. La loi est donc droite et juste en toutes choses. Et elle est bonne aussi bien que juste. Nous pouvons aisément le conclure de la source d’où elle a jailli. Car quelle était cette source, sinon la bonté de Dieu ? Qu’est-ce, sinon la bonté seule, qui l’inclina à communiquer aux saints anges cette divine copie de lui-même ? À quoi d’autre pouvons-nous attribuer le don qu’il fit à l’homme de cette même transcription de sa propre nature ? Et qu’est-ce, sinon un tendre amour, qui le pressa de manifester de nouveau sa volonté à l’homme déchu, soit à Adam, soit à quelqu’un de sa postérité, qui comme lui étaient « privés de la gloire de Dieu » ? N’est-ce pas le pur amour qui le porta à publier sa loi après que l’intelligence des hommes eut été obscurcie, et à envoyer ses prophètes déclarer cette loi aux enfants des hommes, aveugles et insouciants ? C’est sans doute sa bonté qui suscita Énoch et Noé pour être des prédicateurs de la justice ; qui fit qu’Abraham, son ami, et Isaac et Jacob rendirent témoignage à sa vérité. C’est sa bonté seule qui, lorsque « les ténèbres avaient couvert la terre, et l’obscurité les peuples », donna une loi écrite à Moïse, et, par lui, à la nation qu’il avait choisie. C’est l’amour qui expliqua ces oracles vivants par David et par tous les prophètes qui suivirent ; jusqu’à ce que, lorsque la plénitude des temps fut venue, il envoyât son Fils unique, « non pour abolir, mais pour accomplir » la loi, pour en confirmer chaque iota et chaque trait de lettre ; jusqu’à ce que, l’ayant écrite dans le cœur de tous ses enfants, et ayant mis tous ses ennemis sous ses pieds, « il remettra le royaume » médiatorial « à celui qui est Dieu et Père », « afin que Dieu soit tout en tous ». [1 Corinthiens 15:28]
11. Et cette loi, que la bonté de Dieu donna au commencement et qu’elle a conservée à travers tous les âges, est, comme la source d’où elle découle, pleine de bonté et de bienveillance ; elle est douce et bienfaisante ; elle est, comme s’exprime le psalmiste, « plus doux que le miel, que celui qui coule des rayons ». Elle est attrayante et aimable. Elle renferme « tout ce qui est aimable, tout ce qui mérite l’approbation, ce qui est vertueux et digne de louange » devant Dieu et ses saints anges ; tout est compris en elle, en qui sont cachés tous les trésors de la sagesse, de la connaissance et de l’amour divins.
12. Et elle est bonne dans ses effets aussi bien que dans sa nature. Tel est l’arbre, tels sont ses fruits. Les fruits de la loi de Dieu écrite dans le cœur sont « la justice, et la paix, et la sécurité pour toujours ». Ou plutôt, la loi elle-même est justice, remplissant l’âme d’une paix qui surpasse toute intelligence, et nous faisant nous réjouir sans cesse dans le témoignage d’une bonne conscience devant Dieu. Elle n’est pas tant une caution que des arrhes, « un gage de notre héritage », étant une partie même du bien acquis. C’est Dieu manifesté dans notre chair, et apportant avec lui la vie éternelle ; nous assurant, par cet amour pur et parfait, que nous sommes « scellés pour le jour de la rédemption » ; qu’il aura compassion de nous « Comme un homme a compassion de son fils qui le sert », « au jour où il rassemblera ses joyaux » ; et qu’il nous est réservé « la couronne incorruptible de la gloire ».
IV. 1. Il ne reste plus qu’à montrer, en quatrième et dernier lieu, les usages de la loi. Et le premier usage de la loi, sans aucun doute, est de convaincre le monde de péché. C’est là, il est vrai, l’œuvre propre du Saint-Esprit, qui peut l’accomplir sans aucun moyen, ou par tels moyens qu’il lui plaît, si insuffisants ou même si impropres qu’ils soient en eux-mêmes à produire un tel effet. Et, en effet, il en est dont le cœur a été brisé en un moment, dans la maladie ou dans la santé, sans aucune cause visible ni aucun moyen extérieur quelconque ; et d’autres (un par siècle) ont été réveillés au sentiment de « la colère de Dieu qui demeure sur eux » en entendant dire que « Dieu était en Christ, réconciliant le monde avec lui-même ». Mais la méthode ordinaire de l’Esprit de Dieu est de convaincre les pécheurs par la loi. C’est elle qui, appliquée à la conscience, brise d’ordinaire les rochers en pièces. C’est plus particulièrement cette partie de la parole de Dieu qui est zon kai energes, — vivante et efficace, pleine de vie et d’énergie, « et plus tranchante qu’une épée quelconque à deux tranchants ». C’est elle qui, dans la main de Dieu et de ceux qu’il a envoyés, perce tous les replis d’un cœur trompeur, et est « pénétrante jusqu’à partager âme et esprit » ; oui, pour ainsi dire, jusqu’aux « jointures et mœlles ». Par elle, le pécheur est découvert à lui-même. Toutes ses feuilles de figuier lui sont arrachées, et il voit qu’il est « malheureux, misérable, pauvre, aveugle et nu ». La loi fait jaillir la conviction de tous côtés. Il se sent pécheur et rien de plus. Il n’a rien pour payer. Sa « bouche est fermée », et il est « coupable devant Dieu ».
2. Tuer le pécheur, tel est donc le premier usage de la loi : détruire la vie et la force dans lesquelles il se confie, et le convaincre qu’il est mort quoique vivant ; non seulement sous la sentence de mort, mais réellement mort à Dieu, dépourvu de toute vie spirituelle, « mort par ses offenses et par ses péchés ». Le second usage de la loi est de l’amener à la vie, à Christ, afin qu’il vive. Il est vrai que, dans l’un et l’autre de ces offices, elle fait le personnage d’un pédagogue sévère. Elle nous pousse par la force plutôt qu’elle ne nous attire par l’amour. Et pourtant l’amour est le ressort de tout. C’est l’esprit d’amour qui, par ce moyen douloureux, arrache notre confiance en la chair, qui ne nous laisse aucun roseau cassé sur lequel nous appuyer, et contraint ainsi le pécheur, dépouillé de tout, à s’écrier dans l’amertume de son âme, ou à gémir au fond de son cœur :
Je renonce à tout autre plaidoyer, —
Seigneur, je suis damné ; mais toi, tu es mort.
3. Le troisième usage de la loi est de nous maintenir en vie. C’est le grand moyen par lequel l’Esprit béni prépare le croyant à de plus abondantes communications de la vie de Dieu.
Je crains que cette grande et importante vérité ne soit peu comprise, non seulement par le monde, mais même par beaucoup de ceux que Dieu a tirés du monde, et qui sont, par la foi, de vrais enfants de Dieu. Beaucoup d’entre eux posent comme une vérité incontestable que, quand nous venons à Christ, nous en avons fini avec la loi ; et qu’en ce sens « Christ est la fin de la loi, pour tous ceux qui croient ». « La fin de la loi » : il l’est en effet, « pour la justification », c’est-à-dire pour qu’ils soient justifiés, « de tous ceux qui croient ». En cela, la loi a pris fin. Elle ne justifie personne, mais elle amène seulement à Christ ; lequel est aussi, à un autre égard, la fin ou le but de la loi, le point vers lequel elle tend continuellement. Mais, lorsqu’elle nous a amenés à lui, elle a encore un autre office, à savoir de nous garder avec lui. Car elle excite continuellement tous les croyants, à mesure qu’ils en voient mieux la hauteur, la profondeur, la longueur et la largeur, à s’exhorter les uns les autres d’autant plus :
Toujours plus près attachons-nous
À son étreinte bien-aimée ;
Attendons de recevoir sa plénitude,
Et la grâce qui répond à la grâce.
4. Accordons donc que tout croyant en a fini avec la loi, en tant qu’elle désigne la loi cérémonielle juive, ou toute l’économie mosaïque (car Christ les a abolies) ; oui, accordons que nous en avons fini avec la loi morale, en tant que moyen d’obtenir notre justification ; car nous sommes « gratuitement justifiés par sa grâce, par le moyen de la rédemption qui est en Jésus » ; cependant, en un autre sens, nous n’en avons pas fini avec cette loi ; car elle est encore d’une utilité inexprimable : premièrement, pour nous convaincre du péché qui demeure encore dans nos cœurs et dans nos vies, et pour nous tenir ainsi tout près de Christ, afin que son sang nous purifie à chaque instant ; secondement, pour faire passer la force de notre Chef dans ses membres vivants, par quoi il les rend capables de faire ce que sa loi commande ; et, troisièmement, pour affermir notre espérance de tout ce qu’elle commande et que nous n’avons pas encore atteint, — l’espérance de recevoir grâce sur grâce, jusqu’à ce que nous soyons en possession réelle de la plénitude de ses promesses.
5. Comme cela s’accorde clairement avec l’expérience de tout vrai croyant ! Tandis qu’il s’écrie : « Combien j’aime ta loi! Elle est tout le jour l’objet de ma méditation. », il voit chaque jour, dans ce miroir divin, toujours plus de son propre état de péché. Il voit de plus en plus clairement qu’il est encore pécheur en toutes choses, que ni son cœur ni ses voies ne sont droits devant Dieu, et que chaque instant le renvoie à Christ. C’est ce qui lui montre le sens de cette parole écrite : « Tu feras une lame d’or pur, et tu y graveras : Sainteté à l’Éternel. Elle sera sur le front d’Aaron » (figure de notre grand souverain sacrificateur), « et Aaron sera chargé des iniquités commises par les enfants d’Israël en faisant toutes leurs saintes offrandes » (tant il s’en faut que nos prières ou nos choses saintes expient le reste de notre péché !) ; « elle sera constamment sur son front devant l’Éternel, pour qu’il leur soit favorable. » (Exode 28:36, 38.)
6. Pour expliquer cela par un seul exemple : la loi dit : « Tu ne tueras point » ; et par là (comme notre Seigneur l’enseigne) elle défend non seulement les actes extérieurs, mais toute parole et toute pensée désobligeante. Or plus je regarde dans cette loi parfaite, plus je sens combien je suis loin de l’atteindre ; et plus je le sens, plus je sens le besoin que j’ai de son sang pour expier tout mon péché, et de son Esprit pour purifier mon cœur et me rendre « parfait et accompli, sans faillir en rien ».
7. C’est pourquoi je ne puis me passer de la loi un seul instant, pas plus que je ne puis me passer de Christ ; puisque j’en ai maintenant autant besoin pour me garder en Christ que j’en ai jamais eu besoin pour m’amener à lui. Autrement, ce « cœur mauvais et incrédule » ne tarderait pas à « se détourner du Dieu vivant ». En vérité, chacun d’eux me renvoie continuellement à l’autre : la loi à Christ, et Christ à la loi. D’un côté, la hauteur et la profondeur de la loi me contraignent à me réfugier dans l’amour de Dieu en Christ ; de l’autre, l’amour de Dieu en Christ me rend la loi chère « plus que l’or et les pierres précieuses » ; car je sais que chacune de ses parties est une promesse pleine de grâce que mon Seigneur accomplira en son temps.
8. Qui es-tu donc, ô homme, toi « qui juges la loi, et qui parles mal de la loi » ? toi qui la ranges avec le péché, Satan et la mort, et qui les envoies tous ensemble en enfer ? L’apôtre Jacques regardait le fait de juger la loi ou de « parler mal de la loi » comme une méchanceté si énorme, qu’il ne savait comment aggraver davantage la culpabilité de celui qui juge ses frères qu’en montrant qu’elle renfermait celle-là. « Ainsi », dit-il, « tu n’es pas observateur de la loi, mais tu en es juge ! » Juge de ce que Dieu a établi pour te juger ! Ainsi tu t’es assis toi-même sur le tribunal de Christ, et tu as renversé la règle d’après laquelle il jugera le monde ! Oh ! reconnais quel avantage Satan a pris sur toi ; et, à l’avenir, ne pense jamais légèrement de cet instrument béni de la grâce de Dieu, n’en parle jamais légèrement, et bien moins encore n’en fais un épouvantail. Oui, aime-le et estime-le pour l’amour de celui de qui il vient, et de celui auquel il conduit. Qu’il soit ta gloire et ta joie, après la croix de Christ. Proclame sa louange, et rends-le honorable devant tous les hommes.
9. Et si tu es pleinement convaincu qu’elle est le rejeton de Dieu, qu’elle est la copie de toutes ses inimitables perfections, et qu’elle est « sainte, juste et bonne », mais surtout pour ceux qui croient, alors, au lieu de la rejeter comme une chose souillée, veille à t’y attacher de plus en plus. Ne laisse jamais la loi de miséricorde et de vérité, d’amour pour Dieu et pour les hommes, d’humilité, de douceur et de pureté, t’abandonner. « Lie-la à ton cou, écris-la sur la table de ton cœur. » Tiens-toi près de la loi, si tu veux te tenir près de Christ ; retiens-la fermement ; ne la lâche point. Qu’elle te conduise continuellement au sang expiatoire, qu’elle affermisse continuellement ton espérance, jusqu’à ce que « la justice de la loi » soit « accomplie en toi », et que tu sois « rempli jusqu’à toute la plénitude de Dieu ».
10. Et si ton Seigneur a déjà accompli sa parole, s’il a déjà « écrit sa loi dans ton cœur », alors « demeure ferme dans la liberté par laquelle Christ t’a affranchi ». Tu n’es pas seulement affranchi des cérémonies juives, de la culpabilité du péché et de la crainte de l’enfer (ce qui est si loin d’être le tout de la liberté chrétienne, que c’en est la partie la moindre et la plus basse) ; mais, ce qui est infiniment plus, de la puissance du péché, du service du diable, de l’offense faite à Dieu. Oh ! demeure ferme dans cette liberté, en comparaison de laquelle tout le reste ne mérite même pas d’être nommé ! Demeure ferme dans l’amour de Dieu de tout ton cœur, et dans son service de toute ta force ! C’est là la parfaite liberté : garder ainsi sa loi, et marcher dans tous ses commandements d’une manière irréprochable. « Ne vous laissez pas mettre de nouveau sous le joug de la servitude. » Je ne parle pas de la servitude juive, ni même de la servitude de la crainte de l’enfer : celles-là, je l’espère, sont loin de toi. Mais garde-toi d’être de nouveau pris sous le joug du péché, de toute transgression intérieure ou extérieure de la loi. Abhorre le péché beaucoup plus que la mort ou l’enfer ; abhorre le péché lui-même beaucoup plus que son châtiment. Garde-toi de la servitude de l’orgueil, du désir, de la colère, de toute disposition, parole ou œuvre mauvaise. « Regarde à Jésus » ; et pour cela, plonge de plus en plus les regards dans la loi parfaite, « la loi de la liberté », et « persévère » en elle ; ainsi tu « croîtras chaque jour dans la grâce et dans la connaissance de notre Seigneur Jésus-Christ ».
Chapitre 35 terminé
L’origine, la nature, la propriété et l’usage de la loi