Chapitre 37 · 21 min de lecture · 28 min d’écoute
Discours 2
Sermon 36
La loi confirmée par la foi
Discours 2
« Anéantissons-nous donc la loi par la foi? Loin de là! Au contraire, nous confirmons la loi. »
Rom. 3:31.
1. On a montré dans le discours précédent quelles sont les manières les plus ordinaires d’anéantir la loi par la foi : à savoir, premièrement, ne pas la prêcher du tout, ce qui l’anéantit effectivement tout entière d’un seul coup ; et cela sous couleur de prêcher Christ et de magnifier l’Évangile, bien qu’en vérité ce soit détruire l’un et l’autre ; secondement, enseigner (directement ou indirectement) que la foi rend la sainteté superflue ; qu’elle est moins nécessaire maintenant, ou qu’un moindre degré en est nécessaire, qu’avant la venue de Christ ; qu’elle nous est moins nécessaire, parce que nous croyons, qu’elle ne l’aurait été autrement ; ou que la liberté chrétienne est une liberté à l’égard de toute sorte et de tout degré de sainteté (pervertissant ainsi ces grandes vérités, que nous sommes maintenant sous l’alliance de grâce, et non sous celle des œuvres ; que l’homme est justifié par la foi, sans les œuvres de la loi ; et qu’« à celui qui ne fait point d’œuvre, mais qui croit, sa foi lui est imputée à justice ») ; ou, troisièmement, le faire en pratique : anéantir la loi dans la pratique, sinon dans le principe ; vivre ou agir comme si la foi était destinée à nous dispenser de la sainteté ; nous permettre le péché, « parce que nous sommes, non sous la loi, mais sous la grâce ». Il reste à rechercher comment nous pouvons suivre un meilleur modèle, comment nous pouvons être en état de dire avec l’apôtre : « Anéantissons-nous donc la loi par la foi? Loin de là! Au contraire, nous confirmons la loi. »
2. Nous ne confirmons pas, à la vérité, l’ancienne loi cérémonielle ; nous savons qu’elle est abolie pour toujours. Encore moins confirmons-nous toute l’économie mosaïque ; nous savons que notre Seigneur l’a clouée à sa croix. Nous ne confirmons pas non plus la loi morale de telle sorte (comme il est à craindre que beaucoup trop ne le fassent) que son accomplissement, l’observation de tous les commandements, soit la condition de notre justification : s’il en était ainsi, assurément « nul vivant ne serait justifié devant lui ». Mais, tout cela étant accordé, nous ne laissons pas, dans le sens de l’apôtre, de « confirmer la loi », la loi morale.
I. 1. Nous confirmons la loi, premièrement, par notre doctrine : en nous efforçant de la prêcher dans toute son étendue, d’en expliquer et d’en presser chaque partie, de la même manière que notre grand Maître le faisait pendant qu’il était sur la terre. Nous la confirmons en suivant le conseil de saint Pierre : « Si quelqu’un parle, que ce soit comme annonçant les oracles de Dieu » ; comme les saints hommes d’autrefois, poussés par le Saint-Esprit, ont parlé et écrit pour notre instruction, et comme l’ont fait les apôtres de notre bienheureux Seigneur, sous la direction du même Esprit. Nous la confirmons toutes les fois que nous parlons en son nom, en ne cachant rien à ceux qui nous écoutent, en leur annonçant, sans aucune restriction ni réserve, tout le conseil de Dieu. Et pour la confirmer plus efficacement, nous usons en cela d’une grande franchise de langage. « Nous ne sommes pas comme plusieurs, qui falsifient la parole de Dieu » ; -kapEleuontes_ (comme des hommes rusés font de leurs mauvais vins) ; nous ne la frelatons, mélangeons, falsifions ni ne l’affaiblissons point, pour l’accommoder au goût des auditeurs : — « mais c’est avec sincérité, mais c’est de la part de Dieu, que nous parlons en Christ devant Dieu » ; n’ayant d’autre but que celui-ci : « en publiant la vérité, nous nous recommandons à toute conscience d’homme devant Dieu ».
2. Nous confirmons donc la loi par notre doctrine quand nous la déclarons ainsi ouvertement à tous les hommes, et cela dans toute la plénitude avec laquelle elle a été donnée par notre bienheureux Seigneur et par ses apôtres ; quand nous la publions dans sa hauteur et sa profondeur, sa longueur et sa largeur. Nous confirmons la loi quand nous en déclarons chaque partie, chaque commandement qu’elle renferme, non seulement dans son sens plein et littéral, mais aussi dans sa signification spirituelle ; non seulement par rapport aux actions extérieures qu’elle défend ou qu’elle ordonne, mais aussi par rapport au principe intérieur, aux pensées, aux désirs et aux intentions du cœur.
3. Et en vérité nous le faisons avec d’autant plus de soin, non seulement parce que c’est de la plus haute importance — puisque tout le fruit, chaque parole et chaque œuvre, ne peut être que mauvais en tout temps si l’arbre est mauvais, si les dispositions et les sentiments du cœur ne sont pas droits devant Dieu —, mais aussi parce que, si importantes que soient ces choses, on les considère et on les comprend fort peu ; si peu, que nous pouvons dire en vérité de la loi aussi, quand on la prend dans sa pleine signification spirituelle, qu’elle est « un mystère caché de tout temps et dans tous les âges, depuis le commencement du monde ». Elle était entièrement cachée au monde païen. Les païens, avec toute leur sagesse si vantée, n’ont trouvé ni Dieu, ni la loi de Dieu ; ni dans la lettre, encore moins dans l’esprit. « leur cœur sans intelligence a été » de plus en plus « plongé dans les ténèbres » ; et, « Se vantant d’être sages, ils sont devenus fous ». Et elle était presque également cachée, quant à sa signification spirituelle, à la masse de la nation juive. Ceux-là mêmes qui étaient si prompts à déclarer au sujet des autres : « cette foule qui ne connaît pas la loi, ce sont des maudits » prononçaient en cela leur propre sentence, comme étant sous la même malédiction, sous la même terrible ignorance. Témoin les continuels reproches que notre Seigneur adressait aux plus sages d’entre eux pour leurs grossières interprétations de la loi. Témoin la supposition presque universellement reçue parmi eux, qu’ils n’avaient besoin que de nettoyer le dehors de la coupe ; que payer la dîme de la menthe, de l’aneth et du cumin — une exactitude extérieure — expierait l’impiété intérieure, l’entier mépris de la justice et de la miséricorde, de la foi et de l’amour de Dieu. Bien plus, le sens spirituel de la loi était si absolument caché aux plus sages d’entre eux, que l’un de leurs rabbins les plus éminents commente ainsi ces paroles du psalmiste : « Si j’avais conçu l’iniquité dans mon cœur, Le Seigneur ne m’aurait pas exaucé » : « C’est-à-dire, dit-il, si c’est seulement dans mon cœur, si je ne commets pas de méchanceté extérieure, le Seigneur n’y aura point égard ; il ne me punira pas, à moins que je n’en vienne à l’acte extérieur ! »
4. Mais hélas ! la loi de Dieu, quant à son sens intérieur et spirituel, n’est pas cachée seulement aux Juifs ou aux païens, mais même à ce qu’on appelle le monde chrétien ; du moins à une immense majorité de ses membres. Le sens spirituel des commandements de Dieu est encore un mystère pour eux aussi. Et cela ne se remarque pas seulement dans les pays que couvrent les ténèbres et l’ignorance romaines. Il n’est que trop certain que la plus grande partie, même de ceux qu’on appelle chrétiens réformés, sont aujourd’hui entièrement étrangers à la loi de Christ dans sa pureté et sa spiritualité.
5. De là vient que, jusqu’à ce jour, « les scribes et les pharisiens » — ces hommes qui ont la forme, mais non la force de la religion, et qui sont généralement sages à leurs propres yeux et justes dans leur propre opinion — « sont scandalisés en entendant ces paroles » ; ils sont profondément scandalisés quand nous parlons de la religion du cœur, et particulièrement quand nous montrons que, sans elle, quand nous « distribuerions tous nos biens pour la nourriture des pauvres », cela ne nous servirait de rien. Mais scandalisés, il faut qu’ils le soient ; car nous ne pouvons que dire la vérité telle qu’elle est en Jésus. C’est notre part, qu’ils écoutent ou qu’ils n’écoutent pas, de délivrer notre âme. Tout ce qui est écrit dans le livre de Dieu, nous devons le déclarer, non comme pour plaire aux hommes, mais au Seigneur. Nous devons déclarer non seulement toutes les promesses, mais aussi toutes les menaces que nous y trouvons. En même temps que nous proclamons toutes les bénédictions et tous les privilèges que Dieu a préparés pour ses enfants, nous devons aussi « enseigner à observer tout ce qu’il a prescrit ». Et nous savons que toutes ces choses ont leur usage : soit pour réveiller ceux qui dorment, soit pour instruire les ignorants, soit pour consoler ceux qui sont abattus, soit pour édifier et perfectionner les saints. Nous savons que « Toute Écriture est inspirée de Dieu, et utile », soit « pour enseigner », soit « pour convaincre », soit « pour corriger, pour instruire dans la justice » ; et que « l’homme de Dieu », dans le progrès de l’œuvre de Dieu en son âme, a besoin de chacune de ses parties, afin qu’il soit enfin « accompli et propre à toute bonne œuvre ».
6. C’est notre part de prêcher ainsi Christ, en prêchant tout ce qu’il a révélé. Nous pouvons, à la vérité, sans encourir de blâme, et même avec une bénédiction particulière de Dieu, déclarer l’amour de notre Seigneur Jésus-Christ ; nous pouvons parler d’une manière plus spéciale de « L’Éternel notre justice ». Nous pouvons nous étendre sur la grâce de Dieu en Christ, « réconciliant le monde avec lui-même » ; nous pouvons, quand l’occasion s’en présente, nous arrêter sur sa louange, comme « ayant porté l’iniquité de nous tous, comme blessé pour nos péchés et brisé pour nos iniquités, afin que nous fussions guéris par ses meurtrissures » : — mais nous ne prêcherions pourtant pas Christ selon sa parole si nous devions nous borner entièrement à cela. Nous ne sommes pas nous-mêmes purs devant Dieu, à moins de le proclamer dans tous ses offices. Prêcher Christ en ouvrier qui n’a point à rougir, c’est le prêcher non seulement comme notre grand souverain sacrificateur, « pris du milieu des hommes », établi « pour les hommes dans le service de Dieu » ; comme tel, « nous réconciliant avec Dieu par son sang », et « toujours vivant pour intercéder en notre faveur » ; — mais aussi comme le prophète du Seigneur, « qui, de par Dieu, a été fait pour nous sagesse », qui, par sa parole et par son Esprit, est avec nous tous les jours, « nous conduisant dans toute la vérité » ; — oui, et comme demeurant roi pour toujours ; comme donnant des lois à tous ceux qu’il a rachetés par son sang ; comme rétablissant dans l’image de Dieu ceux qu’il avait d’abord rétablis dans sa faveur ; comme régnant dans tous les cœurs qui croient jusqu’à ce qu’il se soit « assujetti toutes choses », — jusqu’à ce qu’il ait entièrement chassé tout péché et amené la justice éternelle.
II. 1. Nous confirmons la loi, secondement, quand nous prêchons la foi en Christ de manière, non à rendre la sainteté superflue, mais à la produire : à produire toute sorte de sainteté, négative et positive, du cœur et de la vie.
Pour cela, nous déclarons continuellement (ce que devraient considérer souvent et profondément tous ceux « qui ne veulent pas anéantir la loi par la foi ») que la foi elle-même, même la foi chrétienne, la foi des élus de Dieu, la foi qui est l’opération de Dieu, n’est encore que la servante de l’amour. Toute glorieuse et honorable qu’elle est, elle n’est pas le but du commandement. Dieu a donné cet honneur à l’amour seul : l’amour est le but de tous les commandements de Dieu. L’amour est le but, l’unique but, de toutes les dispensations de Dieu, depuis le commencement du monde jusqu’à la consommation de toutes choses. Et il durera quand le ciel et la terre s’enfuiront ; car « l’amour » seul « ne périt jamais ». La foi cessera entièrement ; elle sera engloutie dans la vue, dans la vision éternelle de Dieu. Mais alors même l’amour, —
Sa nature et son office restant toujours les mêmes,
Sa lampe toujours durable et sa flamme inconsumée, —
Dans un triomphe immortel vivra à jamais,
Répandra un bien sans fin, recevra une louange sans fin.
2. Des choses très excellentes sont dites de la foi, et quiconque y a part peut bien dire avec l’apôtre : « Grâces soient rendues à Dieu pour son don ineffable! » Cependant elle perd toute son excellence quand on la compare avec l’amour. Ce que saint Paul fait remarquer touchant la gloire de l’Évangile, supérieure à celle de la loi, peut se dire avec une grande justesse de la gloire de l’amour, supérieure à celle de la foi : « Et, sous ce rapport, ce qui a été glorieux ne l’a point été, à cause de cette gloire qui lui est supérieure. En effet, si ce qui était passager a été glorieux, ce qui est permanent est bien plus glorieux. » Bien plus, toute la gloire de la foi, avant qu’elle prenne fin, vient de ce qu’elle sert l’amour : elle est le grand moyen temporaire que Dieu a établi pour avancer cette fin éternelle.
3. Que ceux qui exaltent la foi hors de toute proportion, jusqu’à engloutir tout le reste, et qui se méprennent si complètement sur sa nature qu’ils s’imaginent qu’elle tient la place de l’amour, considèrent en outre que, comme l’amour existera après la foi, il a aussi existé longtemps avant elle. Les anges, qui dès le moment de leur création contemplaient la face de leur Père qui est dans les cieux, n’avaient aucun besoin de la foi dans son sens général, en tant qu’elle est la démonstration des choses qu’on ne voit pas. Ils n’avaient pas besoin non plus de la foi dans son acception plus particulière, la foi au sang de Jésus : car ce n’est pas la nature des anges qu’il a prise, mais seulement la postérité d’Abraham. Il n’y avait donc, avant la fondation du monde, aucune place pour la foi, ni dans le sens général, ni dans le sens particulier. Mais il y en avait pour l’amour. L’amour a existé de toute éternité en Dieu, le grand océan d’amour. L’amour a eu sa place en tous les enfants de Dieu dès le moment de leur création. Ils ont reçu à la fois de leur Créateur plein de grâce l’existence et l’amour.
4. Il n’est pas certain non plus (quelque ingénieusement et plausiblement que beaucoup aient discouru là-dessus) que la foi, même dans le sens général du mot, ait eu aucune place dans le paradis. Il est très probable, d’après le récit court et sans détails que nous en avons dans la sainte Écriture, qu’Adam, avant de se révolter contre Dieu, marchait avec lui par la vue, et non par la foi.
Car l’œil de sa raison était alors fort et clair,
Et (comme l’aigle peut contempler le soleil)
Il eût pu voir de près la face de son Créateur,
Comme l’eussent pu faire les anges intelligents.
Il pouvait alors parler face à face avec celui dont nous ne pouvons maintenant voir la face et vivre ; et par conséquent il n’avait aucun besoin de cette foi dont l’office est de suppléer au défaut de la vue.
5. D’un autre côté, il est absolument certain que la foi, dans son sens particulier, n’avait alors aucune place. Car, en ce sens, elle présuppose nécessairement le péché, et la colère de Dieu déclarée contre le pécheur ; sans quoi il n’est pas besoin d’une expiation du péché pour que le pécheur soit réconcilié avec Dieu. Par conséquent, comme il n’était pas besoin d’expiation avant la chute, il n’y avait pas non plus de place pour la foi en cette expiation, l’homme étant alors pur de toute souillure de péché, saint comme Dieu est saint. Mais l’amour, dès lors, remplissait son cœur ; il y régnait sans rival ; et ce n’est que lorsque l’amour eut été perdu par le péché que la foi fut ajoutée, non pour elle-même, ni dans le dessein qu’elle subsistât plus longtemps qu’il ne faudrait pour remplir la fin pour laquelle elle avait été établie, — à savoir, ramener l’homme à l’amour d’où il était déchu. À la chute fut donc ajoutée cette démonstration des choses invisibles, qui auparavant était entièrement inutile ; cette confiance en l’amour rédempteur, qui ne pouvait avoir aucune place avant que fût faite la promesse que « la postérité de la femme écraserait la tête du serpent ».
6. La foi a donc été destinée à l’origine, par Dieu, à rétablir la loi d’amour. C’est pourquoi, en parlant ainsi, nous ne la déprécions pas, ni ne la privons de la louange qui lui est due ; au contraire, nous montrons sa valeur réelle, nous l’exaltons dans sa juste proportion, et nous lui donnons la place même que la sagesse de Dieu lui a assignée dès le commencement. Elle est le grand moyen de restaurer ce saint amour dans lequel l’homme avait été créé à l’origine. Il s’ensuit que, bien que la foi n’ait aucune valeur en elle-même (pas plus que n’en a aucun autre moyen quel qu’il soit), cependant, comme elle conduit à cette fin, au rétablissement de la loi d’amour dans nos cœurs, et comme, dans l’état présent des choses, elle est le seul moyen sous le ciel de l’accomplir, elle est à ce titre une bénédiction ineffable pour l’homme, et d’un prix ineffable devant Dieu.
III. 1. Et ceci nous amène naturellement à considérer, troisièmement, la manière la plus importante de confirmer la loi, à savoir de la confirmer dans nos propres cœurs et dans notre vie. Sans cela, en effet, à quoi servirait tout le reste ? Nous pourrions la confirmer par notre doctrine ; nous pourrions la prêcher dans toute son étendue, en expliquer et en presser chaque partie. Nous pourrions l’exposer dans sa signification la plus spirituelle et déclarer les mystères du royaume ; nous pourrions prêcher Christ dans tous ses offices, et la foi en Christ comme ouvrant tous les trésors de son amour ; et pourtant, pendant tout ce temps, si la loi que nous prêchons n’était pas confirmée dans nos cœurs, nous ne serions pas d’un plus grand prix devant Dieu qu’« un airain qui résonne, ou une cymbale qui retentit » : toute notre prédication, bien loin de nous profiter à nous-mêmes, ne ferait qu’accroître notre condamnation.
2. Voici donc le point principal à considérer : comment pouvons-nous confirmer la loi dans nos propres cœurs, de sorte qu’elle exerce sa pleine influence sur notre vie ? Et cela ne peut se faire que par la foi.
C’est la foi seule qui répond efficacement à cette fin, comme nous l’apprend l’expérience de chaque jour. Car aussi longtemps que nous marchons par la foi, et non par la vue, nous avançons rapidement dans le chemin de la sainteté. Tandis que nous regardons fermement, non aux choses visibles, mais à celles qui sont invisibles, nous sommes de plus en plus crucifiés au monde, et le monde nous est crucifié. Que l’œil de l’âme soit seulement fixé constamment, non sur les choses passagères, mais sur les éternelles, et nos affections se détachent de plus en plus de la terre pour s’attacher aux choses d’en haut. De sorte que la foi, en général, est le moyen le plus direct et le plus efficace d’avancer toute justice et toute vraie sainteté, d’établir la loi sainte et spirituelle dans le cœur de ceux qui croient.
3. Et par la foi, prise dans son sens plus particulier, comme une confiance en un Dieu qui pardonne, nous confirmons sa loi dans nos propres cœurs d’une manière plus efficace encore. Car il n’est point de motif qui nous porte aussi puissamment à aimer Dieu que le sentiment de l’amour de Dieu en Christ. Rien ne nous rend capables, comme une conviction pénétrante de cet amour, de donner nos cœurs à celui qui a été donné pour nous. Et de ce principe d’amour reconnaissant envers Dieu naît aussi l’amour pour notre frère. Nous ne pouvons nous empêcher non plus d’aimer notre prochain, si nous croyons véritablement à l’amour dont Dieu nous a aimés. Or cet amour pour l’homme, fondé sur la foi et sur l’amour de Dieu, « ne fait point de mal » à notre « prochain ». Par conséquent il est, comme le fait remarquer l’apôtre, « l’accomplissement de la loi » — de toute la loi négative. « Car les commandements: Tu ne commettras point d’adultère, tu ne tueras point, tu ne déroberas point, tu ne diras point de faux témoignage, tu ne convoiteras point, et ceux qu’il peut encore y avoir, se résument dans cette parole: Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Et l’amour ne se contente pas de ne faire simplement aucun mal à notre prochain. Il nous pousse continuellement à faire le bien, selon que nous en avons le temps et l’occasion ; à faire le bien, de toutes les manières possibles et à tous les degrés possibles, à tous les hommes. Il est donc l’accomplissement de la loi positive de Dieu, aussi bien que de la loi négative.
4. La foi n’accomplit pas non plus la loi négative ou positive quant à la partie extérieure seulement ; mais elle agit intérieurement par l’amour, pour purifier le cœur, pour le nettoyer de toutes les affections viles. Quiconque a cette foi en lui-même « se purifie, comme lui-même est pur » ; — il se purifie de tout désir terrestre et sensuel, de toutes les affections viles et déréglées ; bien plus, de toute cette affection de la chair qui est inimitié contre Dieu. En même temps, si elle a son œuvre parfaite, elle le remplit de toute bonté, de toute justice et de toute vérité. Elle fait entrer tout le ciel dans son âme, et le fait marcher dans la lumière, comme Dieu est lui-même dans la lumière.
5. Efforçons-nous ainsi de confirmer la loi en nous-mêmes ; ne péchant pas « parce que nous sommes sous la grâce », mais plutôt usant de toute la force que nous recevons par elle pour « accomplir tout ce qui est juste ». Nous rappelant quelle lumière nous avons reçue de Dieu tandis que son Esprit nous convainquait de péché, prenons garde de ne pas éteindre cette lumière ; ce à quoi nous étions alors parvenus, retenons-le fermement. Que rien ne nous porte à rebâtir ce que nous avons détruit ; à reprendre quoi que ce soit, petit ou grand, que nous voyions clairement alors n’être pas pour la gloire de Dieu ni pour le profit de notre âme ; ou à négliger quoi que ce soit, petit ou grand, que nous ne pouvions alors négliger sans un reproche de notre propre conscience. Pour accroître et perfectionner la lumière que nous avions auparavant, ajoutons-y maintenant la lumière de la foi. Affermissons le premier don de Dieu par un sentiment plus profond de tout ce qu’il nous avait montré alors, par une plus grande délicatesse de conscience et une sensibilité plus exquise au péché. Marchant maintenant avec joie, et non avec crainte, dans une vue claire et ferme des choses éternelles, nous regarderons le plaisir, la richesse, la louange — toutes les choses de la terre — comme des bulles sur l’eau, ne comptant rien pour important, rien pour désirable, rien pour digne d’une pensée réfléchie, sinon ce qui est « au-delà du voile », là où Jésus « est assis à la droite de Dieu ».
6. Pouvez-vous dire : « Tu es miséricordieux envers mon iniquité ; tu ne te souviens plus de mes péchés » ? Alors, pour le temps à venir, veillez à fuir le péché comme devant la face d’un serpent ! Car combien il vous paraît maintenant excessivement coupable ! Combien odieux, au-delà de toute expression ! D’autre part, sous quel jour aimable voyez-vous maintenant la volonté sainte et parfaite de Dieu ! Maintenant donc, travaillez à ce qu’elle soit accomplie, en vous, par vous et sur vous ! Maintenant veillez et priez, afin de ne plus pécher, afin de voir et de fuir la moindre transgression de sa loi ! Vous voyez, quand le soleil pénètre dans un lieu obscur, les atomes que vous ne pouviez voir auparavant. De même, vous voyez les péchés que vous ne pouviez voir auparavant, maintenant que le soleil de justice brille dans votre cœur. Maintenant donc, faites tous vos efforts pour marcher en toutes choses selon la lumière que vous avez reçue ! Maintenant soyez zélé à recevoir chaque jour plus de lumière, plus de la connaissance et de l’amour de Dieu, plus de l’Esprit de Christ, plus de sa vie et de la puissance de sa résurrection ! Maintenant usez de toute la connaissance, de tout l’amour, de toute la vie et de toute la puissance auxquels vous êtes déjà parvenu : ainsi vous irez continuellement de foi en foi ; ainsi vous croîtrez chaque jour dans le saint amour, jusqu’à ce que la foi soit engloutie dans la vue, et que la loi d’amour soit établie pour toute l’éternité !
Chapitre 37 terminé
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