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Discours 13

Chapitre 34 · 26 min de lecture · 34 min d’écoute

Discours 13

Sermon 33

SUR LE SERMON DE NOTRE SEIGNEUR SUR LA MONTAGNE

Discours 13

« Ceux qui me disent: Seigneur, Seigneur! N’entreront pas tous dans le royaume des cieux, mais celui-là seul qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux. Plusieurs me diront en ce jour-là: Seigneur, Seigneur, n’avons-nous pas prophétisé par ton nom? N’avons-nous pas chassé des démons par ton nom? Et n’avons-nous pas fait beaucoup de miracles par ton nom? Alors je leur dirai ouvertement: Je ne vous ai jamais connus, retirez-vous de moi, vous qui commettez l’iniquité.

« C’est pourquoi, quiconque entend ces paroles que je dis et les met en pratique, sera semblable à un homme prudent qui a bâti sa maison sur le roc. La pluie est tombée, les torrents sont venus, les vents ont soufflé et se sont jetés contre cette maison: elle n’est point tombée, parce qu’elle était fondée sur le roc. Mais quiconque entend ces paroles que je dis, et ne les met pas en pratique, sera semblable à un homme insensé qui a bâti sa maison sur le sable. La pluie est tombée, les torrents sont venus, les vents ont soufflé et ont battu cette maison: elle est tombée, et sa ruine a été grande. »

Matthieu 7:21–27

1. Notre divin Maître, après avoir annoncé tout le conseil de Dieu touchant le chemin du salut, et signalé les principaux obstacles que rencontrent ceux qui désirent y marcher, clôt maintenant le tout par ces paroles d’un grand poids ; apposant ainsi, pour ainsi dire, son sceau à sa prophétie, et imprimant toute son autorité sur ce qu’il avait enseigné, afin que cela demeure ferme dans toutes les générations.

2. Car voici ce que dit le Seigneur, afin que nul ne s’imagine jamais qu’il y ait un autre chemin que celui-là : « Ceux qui me disent: Seigneur, Seigneur! N’entreront pas tous dans le royaume des cieux, mais celui-là seul qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux. Plusieurs me diront en ce jour-là: Seigneur, Seigneur, n’avons-nous pas prophétisé par ton nom? N’avons-nous pas chassé des démons par ton nom? Et n’avons-nous pas fait beaucoup de miracles par ton nom? Alors je leur dirai ouvertement: Je ne vous ai jamais connus, retirez-vous de moi, vous qui commettez l’iniquité. C’est pourquoi, quiconque entend ces paroles que je dis, et ne les met pas en pratique, sera semblable à un homme insensé qui a bâti sa maison sur le sable. La pluie est tombée, les torrents sont venus, les vents ont soufflé et ont battu cette maison: elle est tombée, et sa ruine a été grande. »

3. Je me propose, dans le discours qui suit, premièrement, de considérer le cas de celui qui bâtit ainsi sa maison sur le sable ; secondement, de montrer la sagesse de celui qui bâtit sur le roc ; et, troisièmement, de conclure par une application pratique.

I. 1. Et, premièrement, j’ai à considérer le cas de celui qui bâtit sa maison sur le sable. C’est de lui que notre Seigneur dit : « Ceux qui me disent: Seigneur, Seigneur! N’entreront pas tous dans le royaume des cieux. » Et c’est là un décret qui ne peut passer ; qui demeure ferme à toujours et à perpétuité. Il nous importe donc au plus haut degré de bien comprendre la force de ces paroles. Or, que devons-nous entendre par cette expression : « Celui qui me dit : Seigneur, Seigneur » ? Elle signifie sans aucun doute celui qui pense aller au ciel par quelque autre chemin que celui que je viens de décrire. Elle implique donc (pour commencer par le plus bas degré) toutes les bonnes paroles, toute la religion des lèvres. Elle comprend tous les symboles que nous pouvons réciter, toutes les professions de foi que nous faisons, toutes les prières, en quelque nombre que ce soit, que nous pouvons répéter, toutes les actions de grâces que nous lisons ou que nous adressons à Dieu. Nous pouvons dire du bien de son nom, et annoncer sa bonté envers les enfants des hommes. Nous pouvons parler de tous ses hauts faits, et raconter son salut de jour en jour. En comparant les choses spirituelles avec les spirituelles, nous pouvons montrer le sens des oracles de Dieu. Nous pouvons expliquer les mystères de son royaume, qui ont été cachés dès le commencement du monde. Nous pouvons parler des profondeurs de Dieu avec la langue des anges plutôt qu’avec celle des hommes. Nous pouvons proclamer aux pécheurs : « Voici l’Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde ! » Oui, nous pouvons le faire avec une telle mesure de la puissance de Dieu, et une telle démonstration de son Esprit, que nous sauvions beaucoup d’âmes de la mort et couvrions une multitude de péchés. Et pourtant il est très possible que tout cela ne soit rien de plus que dire : « Seigneur, Seigneur. » Après avoir prêché ainsi avec succès aux autres, je puis encore être moi-même réprouvé. Je puis, dans la main de Dieu, arracher beaucoup d’âmes à l’enfer, et cependant y tomber moi-même quand j’aurai achevé. Je puis amener beaucoup d’autres dans le royaume des cieux, et cependant n’y jamais entrer moi-même. Lecteur, si jamais Dieu a béni ma parole pour ton âme, prie-le d’être apaisé envers moi, qui suis un pécheur !

2. Dire « Seigneur, Seigneur » peut, secondement, impliquer le fait de ne faire aucun mal. Nous pouvons nous abstenir de tout péché commis avec présomption, de toute espèce de méchanceté extérieure. Nous pouvons nous garder de toutes les manières d’agir ou de parler qui sont défendues dans la sainte Écriture. Nous pouvons être en état de dire à tous ceux parmi lesquels nous vivons : « Qui de vous me convaincra de péché? » Nous pouvons avoir une conscience exempte de toute offense extérieure, envers Dieu et envers les hommes. Nous pouvons être purs de toute impureté, de toute impiété et de toute injustice, quant à l’acte extérieur ; ou (comme l’Apôtre en rend témoignage à son propre sujet) « à l’égard de la justice de la loi », c’est-à-dire de la justice extérieure, « irréprochable ». Et pourtant nous ne sommes point justifiés par là. Ce n’est encore rien de plus que dire : « Seigneur, Seigneur » ; et si nous n’allons pas plus loin, nous n’entrerons jamais « dans le royaume des cieux ».

3. Dire « Seigneur, Seigneur » peut impliquer, troisièmement, un grand nombre de ce qu’on appelle d’ordinaire les bonnes œuvres. Un homme peut assister à la sainte cène, entendre une abondance d’excellents sermons, et ne négliger aucune occasion de participer à toutes les autres ordonnances de Dieu. Je puis faire du bien à mon prochain, partager mon pain avec celui qui a faim, et couvrir d’un vêtement celui qui est nu. Je puis être si zélé pour les bonnes œuvres que d’aller jusqu’à distribuer « tous mes biens pour la nourriture des pauvres ». Oui, je puis faire tout cela avec le désir de plaire à Dieu, et la croyance sincère que je lui plais par là (ce qui est incontestablement le cas de ceux que notre Seigneur met en scène, lui disant : « Seigneur, Seigneur ») ; et pourtant je puis n’avoir aucune part à la gloire qui doit être révélée.

4. Si quelqu’un s’étonne de cela, qu’il reconnaisse qu’il est étranger à toute la religion de Jésus-Christ, et en particulier à ce portrait parfait qu’il en a tracé devant nous dans ce discours. Car combien tout cela reste en deçà de cette justice et de cette vraie sainteté qu’il y a décrites ! Combien c’est loin de ce royaume intérieur des cieux qui s’ouvre maintenant dans l’âme croyante, — qui est d’abord semé dans le cœur comme un grain de sénevé, mais qui pousse ensuite de grandes branches, sur lesquelles croissent tous les fruits de la justice, toute bonne disposition, toute bonne parole et toute bonne œuvre.

5. Cependant, si clairement qu’il eût déclaré cela, si souvent qu’il eût répété que nul de ceux qui n’ont pas ce royaume de Dieu au dedans d’eux n’entrera dans le royaume des cieux, notre Seigneur savait bien que beaucoup ne recevraient pas cette parole ; c’est pourquoi il la confirme encore une fois : « Plusieurs » (dit-il ; non pas un seul ; non pas quelques-uns seulement : ce n’est pas un cas rare ou peu commun) « me diront en ce jour-là », non seulement : Nous avons dit beaucoup de prières ; nous avons proclamé ta louange ; nous nous sommes abstenus du mal ; nous nous sommes exercés à faire le bien ; — mais, ce qui est beaucoup plus que tout cela : « Nous avons prophétisé par ton nom ; par ton nom nous avons chassé des démons ; par ton nom nous avons fait beaucoup de miracles. » « Nous avons prophétisé » ; — nous avons annoncé ta volonté aux hommes ; nous avons montré aux pécheurs le chemin de la paix et de la gloire. Et nous l’avons fait « par ton nom » ; selon la vérité de ton Évangile ; oui, et par ton autorité, toi qui confirmais la parole par le Saint-Esprit envoyé du ciel. Car c’est en ton nom, ou par ton nom, par la puissance de ta parole et de ton Esprit, que « nous avons chassé des démons » ; des âmes qu’ils avaient longtemps réclamées comme leur appartenant, et dont ils avaient la pleine et tranquille possession. « Et par ton nom », par ta puissance, non par la nôtre, « nous avons fait beaucoup de miracles » ; tellement que « les morts mêmes ont entendu la voix du Fils de Dieu » parlant par nous, et ont vécu. « Alors je leur dirai ouvertement », à eux-mêmes, « Je ne vous ai jamais connus » ; non, pas même alors que vous « chassiez des démons par mon nom » : même alors je ne vous connaissais pas comme miens ; car votre cœur n’était pas droit devant Dieu. Vous n’étiez pas vous-mêmes doux et humbles ; vous n’étiez pas amis de Dieu et de tous les hommes ; vous n’étiez pas renouvelés à l’image de Dieu ; vous n’étiez pas saints comme je suis saint. « Retirez-vous de moi, vous » qui, malgré tout cela, « commettez l’iniquité » ; — anomia, — vous êtes des transgresseurs de ma loi, de ma loi d’amour saint et parfait.

6. C’est pour mettre cela hors de toute possibilité de contradiction que notre Seigneur le confirme par cette comparaison si juste : « Quiconque », dit-il, « entend ces paroles que je dis, et ne les met pas en pratique, sera semblable à un homme insensé qui a bâti sa maison sur le sable. La pluie est tombée, les torrents sont venus, les vents ont soufflé et ont battu cette maison » ; — comme ils le feront sûrement, tôt ou tard, contre toute âme d’homme ; à savoir les torrents de l’affliction extérieure ou de la tentation intérieure ; les tempêtes de l’orgueil, de la colère, de la crainte ou du désir ; — « elle est tombée, et sa ruine a été grande » : de sorte qu’elle a péri à toujours et à perpétuité. Tel doit être le partage de tous ceux qui se reposent sur quoi que ce soit qui reste en deçà de la religion décrite plus haut. Et leur chute sera d’autant plus grande qu’ils ont « entendu ces paroles, et » pourtant « ne les ont pas mises en pratique ».

II. 1. J’ai, secondement, à montrer la sagesse de celui qui les met en pratique, qui bâtit sa maison sur le roc. Celui-là est sage en effet, « qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux ». Celui-là est vraiment sage, dont la justice « surpasse celle des scribes et des pharisiens ». Il est pauvre en esprit ; il se connaît lui-même comme il est aussi connu. Il voit et sent tout son péché et toute sa culpabilité, jusqu’à ce qu’ils soient lavés par le sang expiatoire. Il a conscience de son état de perdition, de la colère de Dieu qui demeure sur lui, et de son entière incapacité à se secourir lui-même, jusqu’à ce qu’il soit rempli de paix et de joie par le Saint-Esprit. Il est doux et paisible, patient envers tous les hommes, ne rendant jamais « mal pour mal, ou injure pour injure », mais « bénissant, au contraire », jusqu’à ce qu’il surmonte le mal par le bien. Son âme n’a soif de rien sur la terre, mais seulement de Dieu, du Dieu vivant. Il a des entrailles d’amour pour tout le genre humain, et il est prêt à donner sa vie pour ses ennemis. Il aime le Seigneur son Dieu de tout son cœur, de toute sa pensée, de toute son âme et de toute sa force. Celui-là seul entrera dans le royaume des cieux, qui, dans cet esprit, fait du bien à tous les hommes ; et qui, étant pour cette raison méprisé et rejeté des hommes, haï, outragé et persécuté, se réjouit et est « dans l’allégresse », sachant en qui il a cru, et étant assuré que ces légères afflictions d’un moment produiront pour lui « un poids éternel de gloire ».

2. Que cet homme est vraiment sage ! Il se connaît lui-même ; — esprit éternel, sorti de Dieu, et envoyé dans une maison d’argile, non pour faire sa propre volonté, mais la volonté de celui qui l’a envoyé. Il connaît le monde ; — le lieu où il doit passer quelques jours ou quelques années, non comme un habitant, mais comme un étranger et un voyageur, en route vers les demeures éternelles ; et c’est pourquoi il use du monde comme n’en usant pas, sachant que la figure de ce monde passe. Il connaît Dieu ; — son Père et son Ami, l’auteur de tout bien, le centre des esprits de toute chair, l’unique bonheur de tous les êtres intelligents. Il voit, plus clairement que la lumière du soleil en plein midi, que la fin de l’homme est de glorifier celui qui l’a fait pour lui-même, et de l’aimer et de jouir de lui à jamais. Et il voit avec la même clarté les moyens de parvenir à cette fin, à la jouissance de Dieu dans la gloire : connaître, aimer, imiter Dieu dès maintenant, et croire en Jésus-Christ qu’il a envoyé.

3. C’est un homme sage, même au jugement de Dieu ; car il « a bâti sa maison sur le roc » ; sur le Rocher des siècles, le Rocher éternel, le Seigneur Jésus-Christ. C’est à juste titre qu’il est ainsi nommé ; car il ne change point : il est « le même hier, aujourd’hui, et éternellement ». L’homme de Dieu d’autrefois, et l’Apôtre qui cite ses paroles, lui rendent tous deux témoignage : « Toi, Seigneur, tu as au commencement fondé la terre, Et les cieux sont l’ouvrage de tes mains; Ils périront, mais tu subsistes; Ils vieilliront tous comme un vêtement, Tu les rouleras comme un manteau et ils seront changés; Mais toi, tu restes le même, Et tes années ne finiront point. » (Hébreux 1:10–12) Sage est donc l’homme qui bâtit sur lui ; qui le pose comme son unique fondement ; qui ne bâtit que sur son sang et sur sa justice, sur ce qu’il a fait et souffert pour nous. C’est sur cette pierre angulaire qu’il fixe sa foi, et qu’il fait reposer tout le poids de son âme. Il est enseigné de Dieu à dire : « Seigneur, j’ai péché ; je mérite le plus profond de l’enfer ; mais je suis justifié gratuitement par ta grâce, par le moyen de la rédemption qui est en Jésus-Christ ; et la vie que je vis maintenant, je la vis par la foi en celui qui m’a aimé et qui s’est livré lui-même pour moi : — la vie que je vis maintenant ; c’est-à-dire une vie divine, céleste ; une vie qui est cachée avec Christ en Dieu. Je vis maintenant, même dans la chair, une vie d’amour ; d’un amour pur, envers Dieu et envers les hommes ; une vie de sainteté et de bonheur, louant Dieu, et faisant toutes choses pour sa gloire. »

4. Que celui qui est tel ne pense pas, cependant, qu’il ne verra plus la guerre ; qu’il est désormais hors de l’atteinte de la tentation. Il reste encore à Dieu d’éprouver la grâce qu’il lui a donnée : il sera éprouvé comme l’or dans le feu. Il ne sera pas moins tenté que ceux qui ne connaissent pas Dieu ; peut-être beaucoup plus ; car Satan ne manquera pas d’éprouver jusqu’à l’extrême ceux qu’il n’est pas capable de perdre. Aussi la « pluie » tombera-t-elle avec impétuosité ; mais seulement dans le temps et de la manière qu’il plaira, non au prince de la puissance de l’air, mais à celui dont le « règne domine sur toutes choses ». Les « torrents », ou les flots, viendront ; ils élèveront leurs vagues et feront rage horriblement. Mais à eux aussi, le Seigneur qui siège au-dessus des grandes eaux, qui demeure Roi éternellement, dira : « Vous viendrez jusqu’ici, vous n’irez pas au-delà ; ici s’arrêtera l’orgueil de vos flots. » « Les vents souffleront et se jetteront contre cette maison », comme s’ils voulaient l’arracher de ses fondements ; mais ils ne peuvent prévaloir : elle ne tombe point ; car elle est fondée sur le roc. Il bâtit sur Christ par la foi et par l’amour ; c’est pourquoi il ne sera point renversé. Il « sera sans crainte quand la terre serait bouleversée, et que les montagnes chancelleraient au cœur des mers ». « Quand les flots de la mer mugissent, écument, Se soulèvent jusqu’à faire trembler les montagnes » ; il « demeure sous l’abri du Très-Haut », et il est en sûreté « à l’ombre du Tout-Puissant ».

III. 1. Combien il importe donc à tout enfant d’homme de s’appliquer pratiquement ces choses ! d’examiner avec soin sur quel fondement il bâtit, si c’est sur le roc ou sur le sable ! Combien il vous importe profondément de vous demander : « Quel est le fondement de mon espérance ? Sur quoi est-ce que je bâtis mon attente d’entrer dans le royaume des cieux ? N’est-elle pas bâtie sur le sable ? sur mon orthodoxie, ou mes opinions justes, que, par un grossier abus de mots, j’ai appelées la foi ? sur le fait que j’ai un ensemble de notions, je le suppose, plus raisonnables ou plus scripturaires que d’autres n’en ont ? » Hélas ! quelle folie que celle-là ! Assurément c’est là bâtir sur le sable, ou plutôt sur l’écume de la mer ! Dites : « J’en suis convaincu : mais ne suis-je pas encore en train de bâtir mon espérance sur ce qui est tout aussi incapable de la soutenir ? Peut-être sur le fait que j’appartiens à “une Église si excellente ; réformée selon le vrai modèle de l’Écriture ; bénie de la doctrine la plus pure, de la liturgie la plus primitive, de la forme de gouvernement la plus apostolique ! » Ce sont là, sans doute, autant de raisons de louer Dieu, comme elles peuvent être autant d’aides à la sainteté ; mais elles ne sont pas la sainteté elle-même : et si elles en sont séparées, elles ne me serviront de rien ; bien plus, elles me laisseront d’autant plus inexcusable, et exposé à une condamnation d’autant plus grande. Si donc je bâtis mon espérance sur ce fondement, je bâtis encore sur le sable.

2. Vous ne pouvez, vous n’osez vous arrêter là. Sur quoi bâtirez-vous ensuite votre espérance du salut ? — sur votre innocence ? sur ce que vous ne faites aucun mal ? sur ce que vous ne faites tort ni dommage à personne ? Soit ; admettons que ce plaidoyer soit fondé. Vous êtes juste dans toutes vos affaires ; vous êtes un homme parfaitement honnête ; vous rendez à chacun ce qui lui est dû ; vous ne trompez ni n’extorquez ; vous agissez loyalement avec tout le monde ; et vous avez une conscience envers Dieu ; vous ne vivez dans aucun péché connu. Jusque-là, c’est bien ; mais ce n’est pas encore la chose même. Vous pouvez aller jusque-là, et pourtant n’arriver jamais au ciel. Quand toute cette innocence découle d’un principe droit, elle est la moindre partie de la religion de Christ. Mais chez vous elle ne découle pas d’un principe droit, et par conséquent elle n’est aucunement une partie de la religion. De sorte qu’en fondant sur elle votre espérance du salut, vous bâtissez encore sur le sable.

3. Allez-vous plus loin encore ? Ajoutez-vous au fait de ne faire aucun mal l’assiduité à toutes les ordonnances de Dieu ? Participez-vous, en toute occasion, à la sainte cène ? Usez-vous de la prière publique et particulière ? Jeûnez-vous souvent ? Écoutez-vous et sondez-vous les Écritures, et les méditez-vous ? Ce sont là des choses aussi que vous deviez faire, dès le moment où vous avez tourné pour la première fois votre visage vers le ciel. Pourtant ces choses aussi ne sont rien, prises seules. Elles ne sont rien sans « ce qui est plus important dans la loi ». Et cela, vous l’avez oublié ; du moins, vous n’en faites pas l’expérience : — la foi, la miséricorde et l’amour de Dieu ; la sainteté du cœur ; le ciel ouvert dans l’âme. Vous bâtissez donc encore sur le sable.

4. Par-dessus tout cela, êtes-vous zélé pour les bonnes œuvres ? Faites-vous du bien à tous les hommes, pendant que vous en avez l’occasion ? Donnez-vous à manger à ceux qui ont faim, et vêtez-vous ceux qui sont nus, et visitez-vous les orphelins et les veuves dans leurs afflictions ? Visitez-vous les malades ? Soulagez-vous ceux qui sont en prison ? Quelqu’un est-il étranger, et le recueillez-vous ? Ami, monte plus haut ! Est-ce que vous « prophétisez » au « nom » de Christ ? Prêchez-vous la vérité telle qu’elle est en Jésus ? Et l’influence de son Esprit accompagne-t-elle votre parole, et en fait-elle la puissance de Dieu pour le salut ? Vous rend-il capable d’amener les pécheurs des ténèbres à la lumière, de la puissance de Satan à Dieu ? Alors va, et apprends ce que tu as si souvent enseigné : « C’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi » ; « Non à cause des œuvres de justice que nous aurions faites, mais selon sa miséricorde, il nous a sauvés ». Apprends à te suspendre tout nu à la croix de Christ, regardant tout ce que tu as fait comme de la boue et des scories. Va à lui exactement dans l’esprit du brigand mourant, de la pécheresse aux sept démons ! autrement, tu es encore sur le sable ; et, après avoir sauvé les autres, tu perdras ta propre âme.

5. Seigneur, augmente ma foi, si maintenant je crois ! sinon, donne-moi la foi, ne fût-elle que comme un grain de sénevé ! — Mais « que sert-il à quelqu’un de dire qu’il a la foi, s’il n’a pas les œuvres? » Cette « foi peut-elle le sauver? » Oh ! non. Cette foi qui n’a pas les œuvres, qui ne produit pas la sainteté intérieure et extérieure tout ensemble, qui n’imprime pas sur le cœur l’image entière de Dieu, et ne nous purifie pas comme il est pur ; cette foi qui ne produit pas l’ensemble de la religion décrite dans les chapitres précédents, n’est pas la foi de l’Évangile, n’est pas la foi chrétienne, n’est pas la foi qui conduit à la gloire. Oh ! garde-toi de ceci par-dessus tous les autres pièges du diable, — de te reposer sur une foi profane et qui ne sauve pas ! Si tu t’appuies sur elle, tu es perdu pour toujours : tu bâtis encore ta maison sur le sable. Quand « la pluie tombera et que les torrents viendront, elle tombera sûrement, et sa ruine sera grande ».

6. Maintenant donc, toi, bâtis sur le roc. Par la grâce de Dieu, connais-toi toi-même. Sache et sens que tu as été formé dans l’iniquité, et que ta mère t’a conçu dans le péché ; et que tu as toi-même amassé péché sur péché, depuis que tu as été capable de discerner le bien du mal. Reconnais-toi coupable de la mort éternelle, et renonce à toute espérance de pouvoir jamais te sauver toi-même. Que toute ton espérance soit d’être lavé dans son sang et purifié par son Esprit, lui « qui a porté lui-même » tous « tes péchés en son corps sur le bois ». Et si tu sais qu’il a ôté tes péchés, humilie-toi d’autant plus devant lui, dans un sentiment continuel de ton entière dépendance de lui pour toute bonne pensée, toute bonne parole et toute bonne œuvre, et de ton entière incapacité à faire aucun bien à moins qu’il ne « t’arrose à chaque instant ».

7. Maintenant pleurez sur vos péchés, et soupirez après Dieu, jusqu’à ce qu’il change votre tristesse en joie. Et même alors, pleurez avec ceux qui pleurent ; et pour ceux qui ne pleurent pas sur eux-mêmes. Pleurez sur les péchés et les misères du genre humain ; et voyez, là, juste devant vos yeux, l’immense océan de l’éternité, sans fond et sans rivage, qui a déjà englouti des millions de millions d’hommes, et qui s’ouvre béant pour dévorer ceux qui restent encore ! Voyez ici la maison de Dieu, éternelle dans les cieux ! là, l’enfer et l’abîme à découvert ! — et apprenez de là le prix de chaque instant, qui ne fait que paraître, et qui s’en va pour toujours !

8. Maintenant ajoutez à votre sérieux la douceur de la sagesse. Tenez la balance égale à l’égard de toutes vos passions, mais en particulier à l’égard de la colère, de la tristesse et de la crainte. Acquiescez avec calme à tout ce qui est la volonté de Dieu. Apprenez à être content dans l’état où vous vous trouvez. Soyez doux envers les bons ; soyez bienveillant envers tous les hommes, mais surtout envers les méchants et les ingrats. Gardez-vous, non seulement des expressions extérieures de la colère, comme d’appeler ton frère Raca, ou Insensé ; mais de tout mouvement intérieur contraire à l’amour, même s’il ne va pas plus loin que le cœur. Soyez en colère contre le péché, comme contre un affront fait à la Majesté du ciel ; mais aimez toujours le pécheur : comme notre Seigneur, qui « promena ses regards sur les pharisiens avec indignation, affligé de l’endurcissement de leur cœur ». Il était affligé à cause des pécheurs, irrité contre le péché. Ainsi, toi, « mets-toi en colère, et ne pèche point » !

9. Maintenant aie faim et soif, non de « la nourriture qui périt, mais » de « celle qui subsiste pour la vie éternelle ». Foule aux pieds le monde et les choses du monde ; toutes ces richesses, ces honneurs, ces plaisirs. Qu’est-ce que le monde pour toi ? Laisse les morts ensevelir leurs morts ; mais toi, poursuis l’image de Dieu. Et garde-toi d’éteindre cette bienheureuse soif, si elle est déjà éveillée dans ton âme, par ce qu’on appelle vulgairement la religion ; pauvre et terne comédie, religion de forme, d’apparence extérieure, qui laisse le cœur toujours attaché à la poussière, aussi terrestre et aussi charnel que jamais. Que rien ne te satisfasse, sinon la force de la piété, une religion qui est esprit et vie ; le fait de demeurer en Dieu et Dieu en toi ; d’être un habitant de l’éternité ; d’entrer, par le sang de l’aspersion, « au-delà du voile », et d’être assis « dans les lieux célestes, en Jésus-Christ » !

10. Maintenant, puisque tu peux tout par Christ qui te fortifie, sois miséricordieux comme ton Père qui est dans les cieux est miséricordieux ! Aime ton prochain comme toi-même ! Aime amis et ennemis comme ta propre âme ! Et que ton amour soit patient et plein de longanimité envers tous les hommes. Qu’il soit bon, doux, bienveillant ; qu’il t’inspire la douceur la plus aimable, et l’affection la plus fervente et la plus tendre. Qu’il se réjouisse de la vérité, partout où elle se trouve ; de la vérité qui est selon la piété. Prends plaisir à tout ce qui procure de la gloire à Dieu, et qui avance la paix et la bienveillance parmi les hommes. Dans l’amour, excuse tout, — ne disant que du bien des morts et des absents ; crois tout ce qui peut de quelque manière tendre à justifier la réputation de ton prochain ; espère tout en sa faveur ; et supporte tout, triomphant de toute opposition : car le véritable amour ne périt jamais, ni dans le temps ni dans l’éternité.

11. Maintenant sois pur de cœur ; purifié par la foi de toute affection profane ; « te purifiant de toute souillure de la chair et de l’esprit, en achevant ta sanctification dans la crainte de Dieu. » Étant, par la puissance de sa grâce, purifié de l’orgueil, par une profonde pauvreté d’esprit ; de la colère, de toute passion dure ou turbulente, par la douceur et la miséricorde ; de tout désir autre que celui de plaire à Dieu et de jouir de lui, par la faim et la soif de la justice ; aime maintenant le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, et de toute ta force ! »

12. En un mot : que ta religion soit la religion du cœur. Qu’elle soit enracinée au plus profond de ton âme. Sois petit, vil, méprisable et abject (au-delà de ce que les mots peuvent exprimer) à tes propres yeux ; étonné et humilié jusque dans la poussière par l’amour de Dieu qui est en Jésus-Christ. Sois sérieux. Que tout le cours de tes pensées, de tes paroles et de tes actions découle de la conviction la plus profonde que tu te tiens au bord du grand abîme, toi et tous les enfants des hommes, tout près d’y tomber, soit dans la gloire éternelle, soit dans les flammes éternelles ! Que ton âme soit remplie de douceur, de bienveillance, de patience, de longanimité envers tous les hommes ; — en même temps que tout ce qui est en toi a soif de Dieu, du Dieu vivant ; aspirant à se réveiller à sa ressemblance, et à en être rassasié ! Sois un ami de Dieu et de tout le genre humain ! Dans cet esprit, fais et souffre toutes choses ! Montre ainsi ta foi par tes œuvres ; ainsi « fais la volonté de ton Père qui est dans les cieux » ! Et, aussi sûr que tu marches maintenant avec Dieu sur la terre, tu régneras aussi avec lui dans la gloire !

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