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Discours 12

Chapitre 33 · 22 min de lecture · 29 min d’écoute

Discours 12

Sermon 32

Sur le Sermon de notre Seigneur sur la montagne

Discours 12

« Gardez-vous des faux prophètes. Ils viennent à vous en vêtements de brebis, mais au-dedans ce sont des loups ravisseurs. Vous les reconnaîtrez à leurs fruits. Cueille-t-on des raisins sur des épines, ou des figues sur des chardons? Tout bon arbre porte de bons fruits, mais le mauvais arbre porte de mauvais fruits. Un bon arbre ne peut porter de mauvais fruits, ni un mauvais arbre porter de bons fruits. Tout arbre qui ne porte pas de bons fruits est coupé et jeté au feu. C’est donc à leurs fruits que vous les reconnaîtrez. »

Matthieu 7:15–20.

1. Il est à peine possible d’exprimer ou de concevoir quelles multitudes d’âmes courent à la perdition, parce qu’elles n’ont pas voulu se laisser persuader de marcher dans un chemin resserré, quand même c’était le chemin du salut éternel. Et nous pouvons encore observer chaque jour la même chose. Telle est la folie, telle est la démence du genre humain, que des milliers d’hommes se précipitent encore dans le chemin de l’enfer, uniquement parce que c’est un chemin spacieux. Ils y marchent eux-mêmes parce que d’autres y marchent : parce qu’un si grand nombre périssent, ils veulent grossir le nombre. Telle est l’étonnante influence de l’exemple sur les faibles et misérables enfants des hommes ! Elle peuple continuellement les régions de la mort, et noie des âmes sans nombre dans la perdition éternelle !

2. Pour en avertir les hommes, pour en préserver le plus grand nombre possible contre cette contagion qui se répand, Dieu a commandé à ses sentinelles de crier à pleine voix et de montrer au peuple le danger où il se trouve. C’est dans ce but qu’il a envoyé ses serviteurs, les prophètes, de génération en génération, pour indiquer le sentier resserré, et exhorter tous les hommes à ne pas se conformer à ce monde. Mais quoi, si les sentinelles elles-mêmes tombent dans le piège contre lequel elles devraient avertir les autres ? Quoi, si « les prophètes prophétisent la tromperie » ? s’ils « égarent le peuple loin du chemin » ? Que faire s’ils indiquent comme le chemin de la vie éternelle ce qui est en vérité le chemin de la mort éternelle ; et s’ils exhortent les autres à marcher, comme ils le font eux-mêmes, dans le chemin spacieux, et non dans le chemin resserré ?

3. Est-ce là une chose inouïe, une chose rare ? Non, Dieu le sait. Les exemples en sont presque innombrables. Nous pouvons en trouver en tout âge et en toute nation. Mais que cela est terrible ! — quand les ambassadeurs de Dieu se font les agents du diable ! — quand ceux qui ont mission d’enseigner aux hommes le chemin du ciel leur enseignent en fait le chemin de l’enfer ! Ils sont semblables aux sauterelles d’Égypte, « qui dévorent le reste de ce qui est échappé, ce qu’a laissé la grêle ». Ils dévorent même le reste des hommes qui avait échappé, qui n’avait pas été détruit par le mauvais exemple. Ce n’est donc pas sans raison que notre sage et miséricordieux Maître nous met si solennellement en garde contre eux : « Gardez-vous, dit-il, des faux prophètes. Ils viennent à vous en vêtements de brebis, mais au-dedans ce sont des loups ravisseurs. »

4 Avertissement de la plus haute importance. — Afin qu’il pénètre plus efficacement dans nos cœurs, recherchons, premièrement, qui sont ces faux prophètes ; secondement, de quelle apparence ils se revêtent ; et, troisièmement, comment nous pouvons connaître ce qu’ils sont réellement, malgré leur belle apparence.

I. 1. Nous avons, premièrement, à rechercher qui sont ces faux prophètes. Et il est d’autant plus nécessaire de le faire avec soin que ces hommes mêmes se sont tant appliqués à « tordre le sens de cette parole de l’Écriture pour leur propre », quoique non pas seulement pour leur propre, « ruine ». Afin donc de couper court à toute dispute, je ne soulèverai point de poussière (comme c’est la manière de quelques-uns), et je n’userai d’aucune de ces exclamations vagues et oratoires qui séduisent le cœur des simples ; mais je dirai des vérités rudes et simples, telles que nul ne peut les nier, s’il lui reste quelque intelligence ou quelque modestie, et des vérités qui ont le lien le plus étroit avec toute la teneur du discours précédent ; tandis que trop de gens ont interprété ces paroles sans aucun égard à tout ce qui les précède, comme si elles n’avaient aucune espèce de rapport avec le sermon à la fin duquel elles se trouvent.

2. Par prophètes on entend ici (comme dans beaucoup d’autres passages de l’Écriture, particulièrement dans le Nouveau Testament), non ceux qui prédisent l’avenir, mais ceux qui parlent au nom de Dieu ; ces hommes qui font profession d’être envoyés de Dieu pour enseigner aux autres le chemin du ciel.

Ceux-là sont de faux prophètes, qui enseignent un faux chemin du ciel, un chemin qui n’y mène pas ; ou (ce qui revient finalement au même) qui n’enseignent pas le vrai.

3. Tout chemin spacieux est infailliblement un faux chemin. Voici donc une règle claire et sûre : « Ceux qui enseignent aux hommes à marcher dans un chemin spacieux, un chemin où beaucoup marchent, sont de faux prophètes. »

Encore : le vrai chemin du ciel est un chemin resserré. Voici donc une autre règle claire et sûre : « Ceux qui n’enseignent pas aux hommes à marcher dans un chemin resserré, à être singuliers, sont de faux prophètes. »

4. Pour entrer davantage dans le détail : le seul vrai chemin du ciel est celui qui a été indiqué dans le sermon précédent. Ceux-là sont donc de faux prophètes, qui n’enseignent pas aux hommes à marcher dans ce chemin.

Or le chemin du ciel indiqué dans le sermon précédent est le chemin de l’humilité, du deuil, de la douceur et du saint désir, de l’amour de Dieu et du prochain, de la pratique du bien et de la souffrance du mal pour l’amour de Christ. Ceux-là sont donc de faux prophètes, qui enseignent comme chemin du ciel quelque autre chemin que celui-là.

5. Peu importe comment ils appellent cet autre chemin. Ils peuvent l’appeler la foi ; ou les bonnes œuvres ; ou la foi et les œuvres ; ou la repentance ; ou la repentance, la foi et l’obéissance nouvelle. Ce sont là de bons mots ; mais si, sous ces termes ou sous quelque autre que ce soit, ils enseignent aux hommes un chemin distinct de celui-là, ils sont proprement de faux prophètes.

6. Combien plus tombent-ils sous cette condamnation, ceux qui disent du mal de ce bon chemin ; — mais surtout ceux qui enseignent le chemin directement opposé, le chemin de l’orgueil, de la légèreté, de la passion, des désirs mondains, de l’amour des plaisirs plus que de Dieu, de la dureté envers le prochain, de l’indifférence pour les bonnes œuvres, et qui consiste à ne souffrir aucun mal, aucune persécution pour la justice !

7. Si l’on demande : « Mais qui donc a jamais enseigné cela, ou qui l’enseigne, comme le chemin du ciel ? » je réponds : dix mille hommes sages et honorables ; tous ceux, de quelque dénomination qu’ils soient, qui encouragent l’orgueilleux, l’homme frivole, l’homme emporté, l’ami du monde, l’homme de plaisir, l’injuste ou l’homme dur, la créature indolente, insouciante, inoffensive et inutile, l’homme qui ne souffre aucun opprobre pour la justice, à s’imaginer qu’il est dans le chemin du ciel. Ce sont là de faux prophètes au sens le plus fort du mot. Ce sont des traîtres envers Dieu et envers les hommes. Ce ne sont rien moins que les premiers-nés de Satan ; les fils aînés d’Apollyon, le Destructeur. Ils sont bien au-dessus du rang des assassins ordinaires ; car ils assassinent les âmes des hommes. Ils peuplent continuellement les royaumes de la nuit ; et, quand ils suivront les pauvres âmes qu’ils ont perdues, « le séjour des morts s’émouvra jusque dans ses profondeurs pour les accueillir à leur arrivée » !

II. 1. Mais viennent-ils maintenant sous leur forme propre ? Nullement. S’il en était ainsi, ils ne pourraient perdre personne. Vous prendriez l’alarme, et vous fuiriez pour sauver votre vie. C’est pourquoi ils se revêtent d’une apparence tout opposée (c’était là le second point à considérer) : « Ils viennent à vous en vêtements de brebis, mais au-dedans ce sont des loups ravisseurs. »

2. « Ils viennent à vous en vêtements de brebis » ; c’est-à-dire avec une apparence d’innocence. Ils viennent de la manière la plus douce, la plus inoffensive, sans aucune marque, aucun signe d’inimitié. Qui pourrait s’imaginer que ces paisibles créatures fissent le moindre mal à qui que ce soit ? Peut-être ne sont-ils pas aussi zélés et aussi actifs à faire le bien qu’on le souhaiterait. Toutefois, vous ne voyez aucune raison de soupçonner qu’ils aient même le désir de faire aucun mal. Mais ce n’est pas tout.

3. Ils viennent, secondement, avec une apparence d’utilité. C’est en effet à cela, à faire le bien, qu’ils sont particulièrement appelés. Ils sont mis à part pour cela même. Ils ont la mission particulière de veiller sur votre âme et de vous former pour la vie éternelle. C’est toute leur tâche que d’« aller de lieu en lieu faisant du bien et guérissant ceux qui sont sous l’empire du diable ». Et vous avez toujours été accoutumé à les regarder sous ce jour, comme des messagers de Dieu envoyés pour vous apporter une bénédiction.

4. Ils viennent, troisièmement, avec une apparence de religion. Tout ce qu’ils font, ils le font par motif de conscience ! Ils vous assurent que c’est par pur zèle pour Dieu qu’ils font Dieu menteur. C’est par pur souci de la religion qu’ils voudraient la détruire de fond en comble. Tout ce qu’ils disent procède uniquement de l’amour de la vérité et de la crainte qu’elle n’en souffre ; et, peut-être, de leur attachement à l’Église et du désir de la défendre contre tous ses ennemis.

5. Par-dessus tout, ils viennent avec une apparence d’amour. Ils ne prennent toute cette peine que pour votre bien. Ils ne s’inquiéteraient pas de vous, s’ils n’avaient de l’affection pour vous. Ils vous feront de grandes protestations de leur bienveillance, de leur souci pour le danger où vous êtes, et de leur ardent désir de vous préserver de l’erreur, de vous empêcher de vous laisser prendre à des doctrines nouvelles et pernicieuses. Ils seraient bien fâchés de voir quelqu’un qui a de si bonnes intentions entraîné dans quelque extrême, troublé par des notions étranges et inintelligibles, ou égaré dans l’enthousiasme. C’est pourquoi ils vous conseillent de vous tenir tranquille dans le simple juste milieu, et de vous garder d’être « juste à l’excès », de peur de « vous détruire ».

III. 1. Mais comment pouvons-nous connaître ce qu’ils sont réellement, malgré leur belle apparence ? C’était là le troisième point qu’on s’était proposé d’examiner. Notre Seigneur béni voyait combien il était nécessaire à tous les hommes de connaître les faux prophètes, sous quelque déguisement qu’ils se présentent. Il voyait aussi combien la plupart des hommes étaient incapables de déduire une vérité au travers d’une longue suite de conséquences. Il nous donne donc une règle courte et claire, facile à comprendre pour les hommes de la plus faible capacité, et facile à appliquer en toute occasion : « Vous les reconnaîtrez à leurs fruits. »

2. En toute occasion vous pouvez aisément appliquer cette règle. Pour savoir si ceux qui parlent au nom de Dieu sont de faux ou de vrais prophètes, il est facile d’observer, premièrement : quels sont les fruits de leur doctrine quant à eux-mêmes ? Quel effet a-t-elle produit sur leur vie ? Sont-ils saints et irrépréhensibles en toutes choses ? Quel effet a-t-elle produit sur leur cœur ? Paraît-il, par la teneur générale de leur conduite, que leurs dispositions sont saintes, célestes, divines ? que les sentiments qui étaient en Jésus-Christ sont en eux ? qu’ils sont doux, humbles, patients, amis de Dieu et des hommes, et zélés pour les bonnes œuvres ?

3. Vous pouvez aisément observer, secondement, quels sont les fruits de leur doctrine quant à ceux qui les écoutent ; — chez beaucoup, du moins, sinon chez tous ; car les apôtres eux-mêmes ne convertirent pas tous ceux qui les entendirent. Ceux-ci ont-ils les sentiments qui étaient en Christ ? Et marchent-ils comme il a marché lui-même ? Et est-ce en écoutant ces hommes qu’ils ont commencé à le faire ? Étaient-ils méchants au dedans et au dehors jusqu’à ce qu’ils les eussent entendus ? S’il en est ainsi, c’est une preuve manifeste que ce sont de vrais prophètes, des docteurs envoyés de Dieu. Mais s’il n’en est pas ainsi, s’ils n’enseignent efficacement ni à eux-mêmes ni aux autres à aimer et à servir Dieu, c’est une preuve manifeste qu’ils sont de faux prophètes ; que Dieu ne les a point envoyés.

4. Voilà une parole dure ! Combien peu peuvent l’entendre ! Notre Seigneur le savait, et c’est pourquoi il daigne la prouver tout au long par plusieurs arguments clairs et convaincants. « Cueille-t-on, dit-il, des raisins sur des épines, ou des figues sur des chardons? » (Matthieu 7:16.) Vous attendez-vous à ce que ces méchants hommes portent de bons fruits ? Autant vaudrait attendre que les épines portent des raisins, ou que les figues croissent sur les chardons ! « Tout bon arbre porte de bons fruits, mais le mauvais arbre porte de mauvais fruits. » (Matthieu 7:17.) Tout vrai prophète, tout docteur que j’ai envoyé, porte le bon fruit de la sainteté. Mais un faux prophète, un docteur que je n’ai pas envoyé, ne porte que le péché et la méchanceté. « Un bon arbre ne peut porter de mauvais fruits, ni un mauvais arbre porter de bons fruits. » Un vrai prophète, un docteur envoyé de Dieu, ne porte pas de bons fruits quelquefois seulement, mais toujours ; non par accident, mais par une sorte de nécessité. De même, un faux prophète, un homme que Dieu n’a pas envoyé, ne porte pas de mauvais fruits par accident ou quelquefois seulement, mais toujours, et nécessairement. « Tout arbre qui ne porte pas de bons fruits est coupé et jeté au feu. » (Verset 19.) Tel sera infailliblement le sort de ces prophètes qui ne portent pas de bons fruits, qui ne sauvent pas les âmes du péché, qui n’amènent pas les pécheurs à la repentance. « C’est donc » — que ceci demeure une règle éternelle — « à leurs fruits que vous les reconnaîtrez. » (Matthieu 7:20.) Ceux qui, en fait, amènent les orgueilleux, les emportés, les impitoyables, les amis du monde, à devenir humbles, doux, amis de Dieu et des hommes, — ceux-là sont de vrais prophètes, ils sont envoyés de Dieu, qui confirme donc leur parole. Au contraire, ceux dont les auditeurs, s’ils étaient injustes auparavant, demeurent injustes encore, ou du moins dépourvus de toute justice qui « surpasse celle des scribes et des pharisiens », — ceux-là sont de faux prophètes ; ils ne sont pas envoyés de Dieu ; c’est pourquoi leur parole tombe à terre ; et, sans un miracle de la grâce, eux et leurs auditeurs tomberont ensemble dans l’abîme sans fond !

5. Oh ! « gardez-vous de ces faux prophètes » ! Car, s’ils « viennent à vous en vêtements de brebis », « au-dedans ce sont des loups ravisseurs ». Ils ne font que détruire et dévorer le troupeau ; ils le mettent en pièces, s’il n’y a personne pour le secourir. Ils ne veulent pas, ils ne peuvent pas vous conduire dans le chemin du ciel. Comment le feraient-ils, puisqu’ils ne le connaissent pas eux-mêmes ? Oh ! prenez garde qu’ils ne vous détournent du chemin, et ne vous fassent « perdre le fruit de votre travail » !

6. Mais peut-être demanderez-vous : « S’il y a un tel danger à les entendre, dois-je les entendre le moins du monde ? » C’est une question grave, qui mérite la plus profonde considération, et à laquelle il ne faut répondre qu’après la pensée la plus calme, la réflexion la plus mûre. Pendant bien des années j’ai presque craint d’en parler, étant incapable de me décider dans un sens ou dans l’autre, ou d’en porter aucun jugement. Bien des raisons se présentent aisément qui m’inclinent à dire : « Ne les écoutez pas. » Et pourtant ce que notre Seigneur dit des faux prophètes de son propre temps semble impliquer le contraire. « Alors Jésus, parlant à la foule et à ses disciples, dit: Les scribes et les pharisiens sont assis dans la chaire de Moïse », — ils sont les docteurs ordinaires et attitrés de votre Église : « Faites donc et observez tout ce qu’ils vous disent; mais n’agissez pas selon leurs œuvres. Car ils disent, et ne font pas. » Or, que ce fussent là de faux prophètes, au sens le plus fort, notre Seigneur l’a montré pendant tout le cours de son ministère ; comme il le fait en effet dans ces paroles mêmes : « ils disent, et ne font pas. » Ses disciples ne pouvaient donc manquer de les reconnaître à leurs fruits, puisque ces fruits étaient exposés à la vue de tous. Aussi les avertit-il encore et encore de se garder de ces faux prophètes. Et pourtant il ne leur défend pas d’entendre même ceux-là ; bien plus, il leur commande en effet de le faire, par ces paroles : « Faites donc et observez tout ce qu’ils vous disent » ; car, à moins de les entendre, ils ne pouvaient savoir, et encore moins observer, tout ce qu’ils leur ordonnaient de faire. Ici donc notre Seigneur lui-même donne une direction claire, tant à ses apôtres qu’à toute la foule, d’entendre, en certaines circonstances, même de faux prophètes, connus et reconnus pour tels.

7. Mais peut-être dira-t-on : « Il ne leur prescrivit de les entendre que lorsqu’ils lisaient l’Écriture à l’assemblée. » Je réponds qu’en même temps qu’ils lisaient ainsi l’Écriture, ils l’expliquaient généralement aussi. Et rien n’indique ici qu’on dût entendre l’une, sans entendre aussi l’autre. Bien plus, les termes mêmes, « observez tout ce qu’ils vous disent », excluent une telle restriction.

8. Encore : c’est à eux, à de faux prophètes, incontestablement tels, qu’est fréquemment confiée (ô douleur de le dire ! car assurément il ne devrait pas en être ainsi) l’administration du sacrement aussi. Prescrire aux hommes de ne pas les entendre serait donc, en effet, les retrancher des ordonnances de Dieu. Mais c’est ce que nous n’osons faire, considérant que la validité de l’ordonnance ne dépend pas de la bonté de celui qui l’administre, mais de la fidélité de celui qui l’a instituée ; lequel veut nous rencontrer, et nous rencontre en effet, dans les voies qu’il a établies. C’est donc pour cette raison aussi que j’hésite à dire : « N’écoutez pas même les faux prophètes. » Même par ceux qui sont eux-mêmes sous la malédiction, Dieu peut nous donner sa bénédiction, et il nous la donne. Car le pain qu’ils rompent, nous avons connu par expérience qu’il est « la communion au corps de Christ » ; et la coupe que Dieu a bénie, même par leurs lèvres profanes, a été pour nous la communion au sang de Christ.

9. Tout ce que je puis dire est donc ceci : dans chaque cas particulier, attendez-vous à Dieu par une prière humble et ardente, puis agissez selon la meilleure lumière que vous ayez : agissez selon ce que vous êtes persuadé, tout bien considéré, devoir être le plus profitable à votre âme. Prenez bien garde de ne pas juger témérairement ; de ne pas croire à la légère que tel ou tel est un faux prophète ; et, quand vous en aurez la pleine preuve, veillez à ce que ni colère ni mépris ne trouvent place dans votre cœur. Après cela, en la présence et dans la crainte de Dieu, décidez par vous-même. Je puis seulement dire : si vous trouvez par expérience qu’il nuit à votre âme de les entendre, alors ne les entendez pas ; abstenez-vous-en tranquillement, et écoutez ceux qui vous sont profitables. Si, au contraire, vous trouvez que cela ne nuit pas à votre âme, vous pouvez alors continuer de les entendre. Seulement, « Prenez donc garde à la manière dont vous écoutez » : gardez-vous d’eux et de leur doctrine. Écoutez avec crainte et tremblement, de peur d’être séduit et livré, comme eux, à une puissance d’égarement. Comme ils mêlent continuellement la vérité et le mensonge, avec quelle facilité vous pouvez recevoir l’un et l’autre ensemble ! Écoutez avec une prière fervente et continuelle adressée à celui qui seul enseigne la sagesse à l’homme. Et ayez soin de soumettre tout ce que vous entendez à « la loi et au témoignage ». Ne recevez rien sans l’avoir éprouvé, rien avant de l’avoir pesé dans la balance du sanctuaire : ne croyez rien de ce qu’ils disent, à moins que ce ne soit clairement confirmé par des passages de la sainte Écriture. Rejetez entièrement tout ce qui en diffère, tout ce qui n’en est pas confirmé. Et en particulier, rejetez avec la plus grande horreur tout ce qui est présenté comme le chemin du salut et qui diffère du chemin que notre Seigneur a tracé dans le discours précédent, ou qui reste en deçà.

10. Je ne puis conclure sans adresser quelques paroles simples à ceux dont nous venons de parler. Ô vous, faux prophètes ! Ô vous, ossements desséchés ! écoutez, pour une fois, la parole du Seigneur ! Jusques à quand mentirez-vous au nom de Dieu, en disant : « Dieu a parlé » ; alors que Dieu n’a point parlé par vous ? Jusques à quand pervertirez-vous les voies droites du Seigneur, changeant les ténèbres en lumière et la lumière en ténèbres ? Jusques à quand enseignerez-vous le chemin de la mort, en l’appelant le chemin de la vie ? Jusques à quand livrerez-vous à Satan les âmes que vous faites profession d’amener à Dieu ?

11. « Malheur à vous, conducteurs aveugles d’aveugles ! car vous fermez aux hommes le royaume des cieux; vous n’y entrez pas vous-mêmes, et vous n’y laissez pas entrer ceux qui veulent entrer. » Ceux qui voudraient s’efforcer d’« entrer par la porte étroite », vous les rappelez dans le chemin spacieux. Ceux qui ont à peine fait un pas dans les voies de Dieu, vous les mettez diaboliquement en garde contre le danger d’aller trop loin. Ceux qui commencent tout juste à avoir « faim et soif de la justice », vous les avertissez de ne pas être « justes à l’excès ». Ainsi vous les faites broncher sur le seuil même ; oui, tomber pour ne plus se relever. Oh ! pourquoi faites-vous cela ? Que gagnez-vous à leur sang, quand ils descendent dans la fosse ? Misérable profit pour vous ! « Ils mourront dans leur iniquité ; mais Dieu redemandera leur sang de vos mains ! »

12. Où sont vos yeux ? Où est votre intelligence ? Avez-vous trompé les autres jusqu’à vous tromper vous-mêmes ? Qui vous a demandé cela, d’enseigner un chemin que vous n’avez jamais connu ? Êtes-vous « livrés à » une si grande « puissance d’égarement » que non seulement vous enseignez, mais que vous « croyez au mensonge » ? Et pouvez-vous croire que Dieu vous ait envoyés ? que vous soyez ses messagers ? Non ; si le Seigneur vous avait envoyés, l’œuvre du Seigneur prospérerait entre vos mains. Aussi vrai que le Seigneur est vivant, si vous étiez des messagers de Dieu, il « confirmerait la parole de ses envoyés ». Mais l’œuvre du Seigneur ne prospère pas entre vos mains. Vous n’amenez aucun pécheur à la repentance. Le Seigneur ne confirme pas votre parole ; car vous ne sauvez aucune âme de la mort.

13. Comment pouvez-vous échapper à la force des paroles de notre Seigneur, — si pleines, si fortes, si expresses ? Comment pouvez-vous éviter de vous reconnaître à vos fruits, — mauvais fruits de mauvais arbres ? Et comment en serait-il autrement ? « Cueille-t-on des raisins sur des épines, ou des figues sur des chardons? » Prenez cela pour vous, vous à qui cela s’adresse ! Ô arbres stériles, pourquoi occupez-vous la terre inutilement ? « Tout bon arbre porte de bons fruits. » Ne voyez-vous pas qu’il n’y a ici aucune exception ? Reconnaissez donc que vous n’êtes pas de bons arbres ; car vous ne portez pas de bons fruits. « Mais le mauvais arbre porte de mauvais fruits » ; et c’est ce que vous avez fait dès le commencement. Votre parole, prononcée comme de la part de Dieu, n’a fait que confirmer ceux qui vous écoutaient dans les dispositions, sinon dans les œuvres, du diable. Oh ! recevez l’avertissement de celui au nom duquel vous parlez, avant que la sentence qu’il a prononcée ne s’accomplisse : « Tout arbre qui ne porte pas de bons fruits est coupé et jeté au feu. »

14. Mes chers frères, n’endurcissez pas vos cœurs ! Vous avez trop longtemps fermé les yeux à la lumière. Ouvrez-les maintenant, avant qu’il soit trop tard ; avant que vous soyez jetés dans les ténèbres du dehors ! Ne laissez aucune considération temporelle peser sur vous ; car l’éternité est en jeu. Vous avez couru avant d’être envoyés. Oh ! n’allez pas plus loin ! Ne persistez pas à vous damner, vous et ceux qui vous écoutent ! Vous n’avez aucun fruit de vos travaux. Et pourquoi ? Parce que le Seigneur n’est pas avec vous. Mais pouvez-vous faire cette guerre à vos propres frais ? Cela ne se peut. Humiliez-vous donc devant lui. Criez à lui du sein de la poussière, afin qu’il vivifie d’abord ton âme ; qu’il te donne la foi qui est agissante par l’amour ; qui est humble et douce, pure et miséricordieuse, zélée pour les bonnes œuvres, qui se réjouit dans la tribulation, dans l’opprobre, dans la détresse, dans la persécution pour la justice ! Alors « l’Esprit de gloire et de Christ reposera sur toi », et il paraîtra que Dieu t’a envoyé. Alors tu « feras l’œuvre d’un évangéliste, et rempliras bien ton ministère ». Alors la parole de Dieu sera dans ta bouche « un marteau qui brise le roc » ! On reconnaîtra alors à tes fruits que tu es un prophète du Seigneur, à savoir par les enfants que Dieu t’aura donnés. Et, après avoir « amené beaucoup d’hommes à la justice », tu « brilleras comme les étoiles, à toujours et à perpétuité » !

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