Chapitre 32 · 21 min de lecture · 27 min d’écoute
Discours 11
Sermon 31
Sur le Sermon de notre Seigneur sur la montagne
Discours 11
« Entrez par la porte étroite. Car large est la porte, spacieux est le chemin qui mènent à la perdition, et il y en a beaucoup qui entrent par là. Mais étroite est la porte, resserré le chemin qui mènent à la vie, et il y en a peu qui les trouvent. »
Matthieu 7:13, 14.
1. Après nous avoir avertis des dangers qui nous assaillent aisément dès notre premier pas dans la vraie religion, des obstacles qui naissent naturellement du dedans, de la méchanceté de notre propre cœur, notre Seigneur entreprend maintenant de nous mettre en garde contre les obstacles du dehors, et particulièrement contre le mauvais exemple et le mauvais conseil. Par l’un ou par l’autre, des milliers d’âmes qui couraient bien autrefois se sont retirées pour se perdre ; — oui, beaucoup de ceux qui n’étaient pas des novices en religion, qui avaient fait quelques progrès dans la justice. Aussi nous presse-t-il contre ces dangers avec tout le sérieux possible, et répète-t-il son avertissement encore et encore, en des termes variés, de peur que d’une manière ou d’une autre nous ne le laissions échapper. Ainsi, pour nous garder efficacement contre les premiers : « Entrez, dit-il, par la porte étroite. Car large est la porte, spacieux est le chemin qui mènent à la perdition, et il y en a beaucoup qui entrent par là. Mais étroite est la porte, resserré le chemin qui mènent à la vie, et il y en a peu qui les trouvent » ; et pour nous préserver des seconds : « Gardez-vous des faux prophètes », dit-il. Nous ne considérerons pour le moment que le premier de ces avertissements.
2. « Entrez, dit notre Seigneur béni, par la porte étroite. Car large est la porte, spacieux est le chemin qui mènent à la perdition, et il y en a beaucoup qui entrent par là. Mais étroite est la porte, resserré le chemin qui mènent à la vie, et il y en a peu qui les trouvent. »
3. Dans ces paroles nous pouvons observer, premièrement, les propriétés inséparables du chemin de l’enfer : « large est la porte, spacieux est le chemin qui mènent à la perdition, et il y en a beaucoup qui entrent par là » ; secondement, les propriétés inséparables du chemin du ciel : « étroite est la porte, et il y en a peu qui les trouvent » ; troisièmement, une exhortation sérieuse qui s’y fonde : « Entrez par la porte étroite. »
I. 1. Nous pouvons observer, premièrement, les propriétés inséparables du chemin de l’enfer : « Car large est la porte, spacieux est le chemin qui mènent à la perdition, et il y en a beaucoup qui entrent par là. »
2. Large en effet est la porte, et spacieux le chemin qui mène à la perdition ! Car le péché est la porte de l’enfer, et la méchanceté le chemin de la perdition. Et qu’elle est large, la porte du péché ! Qu’il est spacieux, le chemin de la méchanceté ! Le « commandement » de Dieu « est d’une immense étendue » ; car il s’étend non seulement à toutes nos actions, mais à chaque parole qui sort de nos lèvres, et même à chaque pensée qui s’élève dans notre cœur. Et le péché a la même étendue que le commandement, puisque toute infraction au commandement est péché. Bien plus, il est mille fois plus étendu ; car il n’y a qu’une seule manière de garder le commandement — nous ne le gardons pas véritablement, à moins que la chose faite, la manière de la faire et toutes les autres circonstances ne soient droites ; mais il y a mille manières d’enfreindre chaque commandement ; de sorte que cette porte est large en effet.
3. Pour considérer cela d’un peu plus près : jusqu’où ne s’étendent pas ces péchés-mères dont tous les autres tirent leur existence ; — cette affection de la chair qui est inimitié contre Dieu, l’orgueil du cœur, la volonté propre et l’amour du monde ! Pouvons-nous leur fixer des bornes ? Ne se répandent-ils pas à travers toutes nos pensées, et ne se mêlent-ils pas à toutes nos dispositions ? Ne sont-ils pas le levain qui fait lever, plus ou moins, toute la masse de nos affections ? Ne pouvons-nous pas, par un examen attentif et sincère de nous-mêmes, apercevoir ces racines d’amertume qui poussent sans cesse, infectant toutes nos paroles et souillant toutes nos actions ? Et quelle innombrable postérité n’engendrent-ils pas, en tout âge et en toute nation ! Assez pour couvrir la terre entière de ténèbres et de repaires de violence.
4. Oh ! qui peut dénombrer leurs fruits maudits ; compter tous les péchés, soit contre Dieu, soit contre notre prochain, non ceux que l’imagination pourrait peindre, mais ceux qui peuvent faire chaque jour l’objet d’une triste expérience ? Et il n’est pas besoin de parcourir toute la terre pour les trouver. Examinez un seul royaume, un seul pays, une seule ville ou une seule bourgade ; et quelle abondante moisson ! Et que ce ne soit pas l’un de ceux qui sont encore couverts des ténèbres mahométanes ou païennes, mais l’un de ceux qui portent le nom de Christ, qui font profession de voir la lumière de son glorieux Évangile. N’allez pas plus loin que le royaume auquel nous appartenons, que la ville où nous sommes en ce moment. Nous nous disons chrétiens ; oui, et de la sorte la plus pure : nous sommes protestants ; des chrétiens réformés ! Mais hélas ! qui portera la réforme de nos opinions jusque dans nos cœurs et dans nos vies ? N’y a-t-il pas lieu de le faire ? Car combien nos péchés sont innombrables ; — et des plus noirs ! Les abominations les plus grossières, de toute espèce, n’abondent-elles pas parmi nous de jour en jour ? Les péchés de toute sorte ne couvrent-ils pas le pays, comme les eaux couvrent la mer ? Qui peut les compter ? Allez plutôt compter les gouttes de pluie, ou les grains de sable du rivage de la mer. Tant « large est la porte », tant « spacieux est le chemin qui mène à la perdition » !
5. Et « il y en a beaucoup qui entrent » par cette porte ; beaucoup qui marchent dans ce chemin ; — presque autant qu’il en entre par la porte de la mort, qu’il en descend dans les demeures du sépulcre. Car on ne peut nier (bien que nous ne puissions non plus le reconnaître qu’avec honte et douleur de cœur) que, même dans ce qu’on appelle un pays chrétien, la plupart des gens de tout âge et de tout sexe, de toute profession et de tout emploi, de tout rang et de toute condition, grands et petits, riches et pauvres, marchent dans le chemin de la perdition. De beaucoup la plus grande partie des habitants de cette ville vivent, à ce jour, dans le péché ; dans quelque transgression palpable, habituelle et connue de la loi qu’ils font profession d’observer ; oui, dans quelque transgression extérieure, quelque espèce grossière et visible d’impiété ou d’injustice ; quelque violation ouverte de leur devoir, soit envers Dieu, soit envers les hommes. Ceux-là donc, nul ne peut le nier, sont tous dans le chemin qui mène à la perdition. Ajoutez-y ceux qui ont, il est vrai, la réputation d’être vivants, mais qui n’ont jamais encore été vivants pour Dieu ; ceux qui au dehors paraissent beaux aux yeux des hommes, mais qui au dedans sont pleins de toute impureté ; pleins d’orgueil ou de vanité, de colère ou de vengeance, d’ambition ou de convoitise ; amis d’eux-mêmes, amis du monde, amis des plaisirs plus que de Dieu. Ceux-là, il est vrai, peuvent être hautement estimés des hommes ; mais ils sont en abomination au Seigneur. Et combien ces saints du monde grossiront le nombre des enfants de l’enfer ! Oui, ajoutez-y tous ceux, quels qu’ils soient à d’autres égards, qu’ils aient plus ou moins la forme de la piété, qui, « ne connaissant pas la justice de Dieu, et cherchant à établir leur propre justice » comme le fondement de leur réconciliation avec Dieu et de leur acceptation auprès de lui, par conséquent « ne se sont pas soumis à la justice de Dieu » qui vient par la foi. Or, toutes ces choses réunies ensemble, combien est terriblement vraie cette parole de notre Seigneur : « Car large est la porte, spacieux est le chemin qui mènent à la perdition, et il y en a beaucoup qui entrent par là ! »
6. Et cela ne concerne pas seulement le vulgaire, — la partie pauvre, vile et stupide du genre humain. Les hommes éminents dans le monde, les hommes qui ont beaucoup de champs et de paires de bœufs, ne demandent pas à en être excusés. Au contraire, « beaucoup de sages selon la chair », selon la manière humaine de juger, « beaucoup de puissants » en pouvoir, en courage, en richesses, beaucoup de « nobles » sont « appelés » ; appelés dans le chemin spacieux par le monde, la chair et le diable ; et ils ne sont pas rebelles à cet appel. Oui, plus ils sont élevés en fortune et en pouvoir, plus ils s’enfoncent profondément dans la méchanceté. Plus ils ont reçu de bénédictions de Dieu, plus ils commettent de péchés ; se servant de leur rang ou de leurs richesses, de leur savoir ou de leur sagesse, non comme de moyens d’opérer leur salut, mais plutôt d’exceller dans le vice, et d’assurer ainsi leur propre perdition !
II. 1. Et la raison même pour laquelle beaucoup de ces hommes poursuivent avec tant d’assurance dans le chemin spacieux, c’est qu’il est spacieux ; sans considérer que c’est là la propriété inséparable du chemin de la perdition. « Il y en a beaucoup », dit notre Seigneur, « qui entrent par là » ; et cela pour la raison même qui devrait les en faire fuir, à savoir parce que « étroite est la porte, resserré le chemin qui mènent à la vie, et il y en a peu qui les trouvent ».
2. C’est là une propriété inséparable du chemin du ciel. Si resserré est le chemin qui mène à la vie, à la vie éternelle, — si étroite la porte, — que rien d’impur, rien de profane, n’y peut entrer. Nul pécheur ne peut passer par cette porte avant d’être sauvé de tous ses péchés. Non seulement de ses péchés extérieurs, de sa « vaine manière de vivre qu’il avait héritée de ses pères ». Il ne suffira pas qu’il ait « cessé de faire le mal » et « appris à faire le bien » : il ne doit pas seulement être sauvé de toutes les actions coupables, et de tout discours mauvais ou inutile, mais être changé intérieurement, entièrement renouvelé dans l’esprit de son intelligence ; autrement, il ne peut passer par la porte de la vie, il ne peut entrer dans la gloire.
3. Car « resserré est le chemin qui mène à la vie » ; le chemin de la sainteté universelle. Resserré, en vérité, est le chemin de la pauvreté d’esprit ; le chemin du saint deuil ; le chemin de la douceur ; et celui de la faim et de la soif de la justice. Resserré est le chemin de la miséricorde ; de l’amour sans hypocrisie ; le chemin de la pureté de cœur ; de la bienfaisance envers tous les hommes ; et de la souffrance joyeusement acceptée, de toute espèce de mal, pour la justice.
4. « Et il y en a peu qui les trouvent. » Hélas ! qu’il en est peu qui trouvent même le chemin de l’honnêteté païenne ! Qu’il en est peu qui ne font rien à autrui de ce qu’ils ne voudraient pas qu’autrui leur fît ! Qu’il en est peu qui soient purs, devant Dieu, d’actes d’injustice ou de dureté ! Qu’il en est peu qui ne « bronchent point en paroles » ; qui ne disent rien de dur, rien de faux ! Quelle faible proportion du genre humain est innocente même des transgressions extérieures ! Et combien plus faible encore la proportion de ceux qui ont le cœur droit devant Dieu, — pur et saint à ses yeux ! Où sont-ils, ceux que son œil qui sonde tout discerne comme vraiment humbles ; comme se détestant eux-mêmes sur la poussière et sur la cendre, en la présence de Dieu leur Sauveur ; comme profondément et constamment sérieux, sentant leurs besoins, et « passant avec crainte le temps de leur pèlerinage » ; vraiment doux et paisibles, jamais « vaincus par le mal, mais surmontant le mal par le bien » ; entièrement altérés de Dieu, et soupirant sans cesse après le renouvellement à sa ressemblance ? Qu’ils sont clairsemés sur la terre, ceux dont l’âme est élargie dans l’amour envers tout le genre humain ; qui aiment Dieu de toute leur force, qui lui ont donné leur cœur, et ne désirent rien d’autre sur la terre ni dans le ciel ! Qu’ils sont peu nombreux, ces amis de Dieu et des hommes, qui consacrent toute leur force à faire du bien à tous les hommes, et sont prêts à tout souffrir, oui, la mort même, pour sauver une seule âme de la mort éternelle !
5. Mais, tandis qu’on en trouve si peu dans le chemin de la vie, et un si grand nombre dans le chemin de la perdition, il y a un grand danger que le torrent de l’exemple ne nous emporte avec eux. Même un seul exemple, s’il est sans cesse sous nos yeux, est propre à faire sur nous beaucoup d’impression ; surtout quand il a la nature de son côté, quand il s’accorde avec nos propres penchants. Quelle doit donc être la force d’exemples si nombreux, continuellement placés sous nos yeux, et qui tous conspirent, de concert avec notre propre cœur, à nous entraîner au fil du courant de la nature ! Combien il doit être difficile de remonter le courant, et de nous garder « sans tache dans le monde » !
6. Ce qui augmente encore la difficulté, c’est que ce ne sont pas la partie grossière et insensée du genre humain, du moins pas elle seule, qui nous donnent l’exemple, qui se pressent en foule sur la pente descendante, mais les gens polis, bien élevés, distingués, les sages, les hommes qui connaissent le monde, les hommes de savoir, d’une érudition profonde et variée, les esprits raisonneurs, les éloquents ! Ceux-là sont tous, ou presque tous, contre nous. Et comment tiendrons-nous contre eux ? Leur langue ne distille-t-elle pas la manne, et n’ont-ils pas appris tous les arts de la douce persuasion ? — Et du raisonnement aussi ; car ils sont versés dans toutes les controverses et les disputes de mots. C’est donc peu de chose pour eux de prouver que le chemin est bon, parce qu’il est spacieux ; que celui qui suit la multitude ne peut faire le mal, mais seulement celui qui refuse de la suivre ; que votre chemin doit être mauvais, parce qu’il est resserré, et parce qu’il y en a si peu qui le trouvent. Ils vous démontreront avec la dernière évidence que le mal est le bien, et que le bien est le mal ; que le chemin de la sainteté est le chemin de la perdition, et que le chemin du monde est le seul chemin du ciel.
7. Oh ! comment des hommes illettrés et ignorants soutiendraient-ils leur cause contre de tels adversaires ! Et pourtant ce ne sont pas là tous ceux contre qui ils doivent lutter, si inégaux qu’ils soient à cette tâche ; car il y a beaucoup d’hommes puissants, nobles et influents, aussi bien que de sages, sur la route qui mène à la perdition ; et ceux-là ont une manière plus expéditive de réfuter que celle de la raison et de l’argument. Ils s’adressent d’ordinaire, non à l’intelligence, mais aux craintes de ceux qui leur résistent ; — méthode qui manque rarement son effet, même là où l’argument ne sert de rien, parce qu’elle est à la portée de tous les hommes ; car tous peuvent craindre, qu’ils sachent raisonner ou non. Et tous ceux qui n’ont pas une ferme confiance en Dieu, un sûr appui à la fois sur sa puissance et sur son amour, ne peuvent que craindre de déplaire en quoi que ce soit à ceux qui tiennent en leurs mains la puissance du monde. Faut-il donc s’étonner que l’exemple de ces hommes soit une loi pour tous ceux qui ne connaissent pas Dieu ?
8. Beaucoup de riches sont aussi dans le chemin spacieux. Et ceux-là s’adressent aux espérances des hommes et à tous leurs désirs insensés, avec autant de force et d’efficacité que les puissants et les nobles s’adressent à leurs craintes. De sorte que vous aurez bien de la peine à persévérer dans le chemin du royaume, à moins que vous ne soyez mort à tout ce qui est d’ici-bas, à moins que vous ne soyez crucifié au monde et le monde crucifié pour vous, à moins que vous ne désiriez plus rien que Dieu.
9. Car combien la perspective est sombre, combien elle est triste, combien elle est rebutante du côté opposé ! Une porte étroite ! Un chemin resserré ! Et peu de gens qui trouvent cette porte ! Peu qui marchent dans ce chemin ! De plus, ce petit nombre même ne se compose pas de sages, d’hommes de savoir ou d’éloquence. Ils ne sont capables de raisonner ni avec force ni avec clarté ; ils ne savent pas présenter un argument à son avantage. Ils ne savent pas prouver ce qu’ils font profession de croire, ni même expliquer ce qu’ils disent avoir éprouvé. Assurément, de tels avocats ne recommanderont jamais la cause qu’ils ont épousée, mais la discréditeront plutôt.
10. Ajoutez à cela que ce ne sont pas des nobles, ni des hommes considérés : s’ils l’étaient, vous pourriez supporter leur folie. Ce sont des hommes sans crédit, sans autorité, qui ne comptent pour rien dans le monde. Ils sont humbles et de basse condition ; d’un rang inférieur ; et tels qu’ils n’ont pas le pouvoir, quand ils en auraient la volonté, de vous nuire. Il n’y a donc absolument rien à craindre de leur part ; et il n’y a absolument rien à en espérer ; car la plupart d’entre eux peuvent dire : « Je n’ai ni argent, ni or » ; du moins n’en ont-ils qu’une part très modeste. Bien plus, quelques-uns d’entre eux ont à peine de quoi manger ou de quoi se vêtir. Pour cette raison, et aussi parce que leurs voies ne sont pas semblables à celles des autres hommes, on parle contre eux partout ; ils sont méprisés, leur nom est rejeté comme infâme, ils sont persécutés de diverses manières, et traités comme les balayures et le rebut du monde. De sorte que vos craintes, vos espérances et tous vos désirs (excepté ceux qui vous viennent immédiatement de Dieu), oui, toutes vos passions naturelles, vous inclinent continuellement à retourner dans le chemin spacieux.
III. 1. C’est pourquoi notre Seigneur exhorte avec tant d’instance : « Entrez par la porte étroite. » Ou (comme la même exhortation est exprimée ailleurs) : « Efforcez-vous d’entrer » : Agonizesthe eiselthein, luttez comme dans une agonie ; car beaucoup, dit notre Seigneur, chercheront à entrer, feront des efforts nonchalants, « et ne le pourront pas ».
2. Il est vrai qu’il indique ce qui peut sembler une autre raison de ceci, de leur impuissance à entrer, dans les paroles qui suivent immédiatement. Car, après avoir dit : « Car, je vous le dis, beaucoup chercheront à entrer, et ne le pourront pas », il ajoute : « Quand le maître de la maison se sera levé et aura fermé la porte, et que vous, étant dehors », arxesthe exo estanai, ou plutôt : vous vous tenez dehors ; car arxesthe ne semble être qu’un explétif élégant, — « vous commencerez à frapper à la porte, en disant: Seigneur, Seigneur, ouvre-nous! Il vous répondra: Je ne sais d’où vous êtes ; retirez-vous de moi, vous tous, ouvriers d’iniquité. » (Luc 13:24.)
3. À ne considérer ces paroles qu’en passant, il peut sembler que ce fut leur retard à chercher, plutôt que leur manière de chercher, qui fut la raison pour laquelle ils ne purent entrer. Mais cela revient, en effet, à la même chose. Il leur fut ordonné de se retirer parce qu’ils avaient été des « ouvriers d’iniquité » ; parce qu’ils avaient marché dans la route spacieuse ; en d’autres termes, parce qu’ils n’avaient pas lutté comme dans une agonie pour « entrer par la porte étroite ». Probablement ils cherchèrent, avant que la porte fût fermée ; mais cela ne suffit pas : et ils luttèrent, après que la porte fut fermée ; mais alors il était trop tard.
4. Efforcez-vous donc maintenant, en ce jour qui est le vôtre, d’« entrer par la porte étroite ». Et pour cela, établissez-le dans votre cœur, et qu’il soit toujours au premier rang de vos pensées, que, si vous êtes dans un chemin spacieux, vous êtes dans le chemin qui mène à la perdition. Si beaucoup vont avec vous, aussi sûr que Dieu est vrai, eux et vous, vous allez en enfer ! Si vous marchez comme marche le commun des hommes, vous marchez vers l’abîme sans fond ! Beaucoup de sages, beaucoup de riches, beaucoup de puissants ou de nobles voyagent-ils avec vous dans le même chemin ? À ce signe, sans aller plus loin, vous savez qu’il ne mène pas à la vie. Voici une règle courte, claire, infaillible, avant d’entrer dans les détails. Quelle que soit la profession où vous êtes engagé, il vous faut être singulier, ou être damné ! Le chemin de l’enfer n’a rien de singulier ; mais le chemin du ciel est singularité d’un bout à l’autre. Si vous faites un seul pas vers Dieu, vous n’êtes plus comme les autres hommes. Mais n’en tenez pas compte. Il vaut beaucoup mieux être seul debout que tomber dans la fosse. Cours donc avec persévérance la carrière qui t’est ouverte, quoique tes compagnons y soient en petit nombre. Ils ne le seront pas toujours. Encore un peu de temps, et tu t’approcheras « des myriades qui forment le chœur des anges, de l’assemblée des premiers-nés, et des esprits des justes parvenus à la perfection ».
5. Maintenant donc, « Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite », pénétrés du sentiment le plus profond du danger inexprimable où se trouve votre âme, aussi longtemps que vous êtes dans un chemin spacieux, — aussi longtemps que vous êtes dépourvus de la pauvreté d’esprit et de toute cette religion intérieure que le grand nombre, les riches, les sages, tiennent pour folie. « Efforcez-vous d’entrer », percés de douleur et de honte pour avoir si longtemps couru avec la foule irréfléchie, négligeant entièrement, si vous ne l’avez pas méprisée, cette « sanctification, sans laquelle personne ne verra le Seigneur ». Luttez, comme dans une agonie de sainte crainte, de peur que, « la promesse d’entrer dans son repos » vous ayant été faite, — ce « repos de sabbat réservé au peuple de Dieu », — vous ne « paraissiez être venus trop tard ». Luttez, dans toute la ferveur du désir, avec des « soupirs inexprimables. Luttez par une prière sans relâche ; en tout temps, en tout lieu, élevant votre cœur à Dieu, et ne lui donnant point de repos, jusqu’à ce que vous vous « réveilliez à son image » et en soyez « rassasiés ».
6. Pour conclure. « Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite », non seulement par cette agonie de l’âme, de la conviction, de la douleur, de la honte, du désir, de la crainte, de la prière incessante ; mais aussi en réglant bien ta conduite, en marchant de toute ta force dans toutes les voies de Dieu, la voie de l’innocence, de la piété et de la miséricorde. Abstiens-toi de toute apparence du mal ; fais tout le bien possible à tous les hommes ; renonce à toi-même, à ta propre volonté, en toutes choses, et prends ta croix chaque jour. Sois prêt à couper ta main droite, à arracher ton œil droit et à le jeter loin de toi ; à souffrir la perte de tes biens, de tes amis, de ta santé, de toutes les choses de la terre, pourvu que tu puisses entrer dans le royaume des cieux !
Chapitre 32 terminé
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