Chapitre 30 · 36 min de lecture · 46 min d’écoute
Discours 9
Sermon 29
Sur le Sermon de notre Seigneur sur la montagne
Discours 9
« Nul ne peut servir deux maîtres. Car, ou il haïra l’un, et aimera l’autre; ou il s’attachera à l’un, et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mamon.
« C’est pourquoi je vous dis: Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps, de quoi vous serez vêtus. La vie n’est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement? Regardez les oiseaux du ciel: ils ne sèment ni ne moissonnent, et ils n’amassent rien dans des greniers; et votre Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas beaucoup plus qu’eux? Qui de vous, par ses inquiétudes, peut ajouter une coudée à la durée de sa vie?
« Et pourquoi vous inquiéter au sujet du vêtement? Considérez comment croissent les lis des champs: ils ne travaillent ni ne filent; cependant je vous dis que Salomon même, dans toute sa gloire, n’a pas été vêtu comme l’un d’eux. Si Dieu revêt ainsi l’herbe des champs, qui existe aujourd’hui et qui demain sera jetée au four, ne vous vêtira-t-il pas à plus forte raison, gens de peu de foi? Ne vous inquiétez donc point, et ne dites pas: Que mangerons-nous? Que boirons-nous? De quoi serons-nous vêtus? Car toutes ces choses, ce sont les païens qui les recherchent. Votre Père céleste sait que vous en avez besoin. Cherchez premièrement le royaume et la justice de Dieu; et toutes ces choses vous seront données par-dessus.
« Ne vous inquiétez donc pas du lendemain; car le lendemain aura soin de lui-même. A chaque jour suffit sa peine. »
Matthieu 6:24–34.
1. Il est rapporté des nations que le roi d’Assyrie, après avoir emmené Israël en captivité, établit dans les villes de Samarie, qu’« ils craignaient l’Éternel, et ils servaient en même temps leurs dieux ». « Ces nations, dit l’écrivain inspiré, craignaient l’Éternel » ; elles lui rendaient un culte extérieur (preuve évidente qu’elles avaient quelque crainte de Dieu, quoique non selon la connaissance) ; « et servaient leurs images; et leurs enfants et les enfants de leurs enfants font jusqu’à ce jour ce que leurs pères ont fait. » (2 Rois 17:33.)
Combien la pratique de la plupart des chrétiens modernes ressemble à celle de ces anciens païens ! « Ils craignent l’Éternel » ; ils lui rendent aussi un culte extérieur, et montrent par là qu’ils ont quelque crainte de Dieu ; mais ils « servent » aussi « leurs propres dieux ». Il y a des gens qui « leur enseignent », comme il y en eut qui l’enseignèrent aux Assyriens, « la manière de servir le Dieu du pays » ; le Dieu dont le pays porte le nom jusqu’à ce jour, et qui y fut autrefois adoré d’un culte saint : « Toutefois », ils ne le servent pas lui seul ; ils ne le craignent pas assez pour cela ; mais « chaque nation se fait ses propres dieux, chaque nation dans les villes qu’elle habite ». « Ces nations craignent l’Éternel » ; elles n’ont pas abandonné la forme extérieure de son culte ; mais « elles servent leurs images », l’argent et l’or, l’ouvrage de la main des hommes : l’argent, le plaisir et la louange, les dieux de ce monde, font plus que partager leur service avec le Dieu d’Israël. Telle est la manière et de « leurs enfants et les enfants de leurs enfants » ; ils « font jusqu’à ce jour ce que leurs pères ont fait ».
2. Mais quoique, en parlant d’une manière large, selon la façon commune des hommes, on dise de ces pauvres païens qu’ils « craignaient l’Éternel », nous pouvons remarquer que le Saint-Esprit ajoute aussitôt, en parlant selon la vérité et la nature réelle des choses : « ils ne craignent point l’Éternel, et ils ne se conforment pas à la loi et aux commandements prescrits par l’Éternel aux enfants de Jacob. L’Éternel avait fait alliance avec eux, et leur avait donné cet ordre: Vous ne craindrez point d’autres dieux; vous ne les servirez point. — Mais vous craindrez l’Éternel, votre Dieu; et il vous délivrera de la main de tous vos ennemis. »
Le même jugement est porté par l’Esprit infaillible de Dieu, et en vérité par tous ceux dont il a ouvert les yeux de l’entendement pour discerner les choses de Dieu, sur ces pauvres chrétiens, comme on les appelle communément. Si nous parlons selon la vérité et la nature réelle des choses, « ils ne craignent point l’Éternel, et ils ne le servent point ». Car ils n’agissent pas « selon l’alliance que l’Éternel a faite avec eux, ni selon la loi et le commandement qu’il leur a prescrits, en disant : Tu adoreras le Seigneur, ton Dieu, et tu le serviras lui seul. » « Ils servent d’autres dieux jusqu’à ce jour . » Et « Nul ne peut servir deux maîtres. »
3. Combien il est vain pour qui que ce soit de viser à cela, — d’entreprendre de servir deux maîtres ! N’est-il pas aisé de prévoir quelle doit être la conséquence inévitable d’une telle entreprise ? « ou il haïra l’un, et aimera l’autre; ou il s’attachera à l’un, et méprisera l’autre. » Les deux parties de cette sentence, quoique proposées séparément, doivent s’entendre en liaison l’une avec l’autre ; car la dernière est une conséquence de la première. Il s’attachera naturellement à celui qu’il aime. Il s’attachera à lui jusqu’à lui rendre un service volontaire, fidèle et diligent. Et, pendant ce temps, il méprisera au moins assez le maître qu’il hait pour avoir peu d’égard à ses commandements, et pour n’y obéir, s’il y obéit, que d’une manière légère et négligente. C’est pourquoi, quoi que puissent supposer les sages du monde, « Vous ne pouvez servir Dieu et Mamon. »
4. Mamon était le nom de l’un des dieux païens, que l’on supposait présider aux richesses. Il s’entend ici des richesses elles-mêmes ; de l’or et de l’argent ; ou, en général, de l’argent monnayé ; et, par une figure de langage commune, de tout ce qu’il peut procurer ; comme l’aisance, l’honneur et le plaisir des sens.
Mais que devons-nous entendre ici par servir Dieu, et que devons-nous entendre par servir Mamon ?
Nous ne pouvons servir Dieu si nous ne croyons en lui. C’est là le seul vrai fondement de son service. C’est pourquoi croire en Dieu, comme « réconciliant le monde avec lui-même par Jésus-Christ », croire en lui comme en un Dieu d’amour, un Dieu qui pardonne, c’est la première grande branche de son service.
Et croire ainsi en Dieu implique se confier en lui comme en notre force, sans laquelle nous ne pouvons rien faire, lui qui à chaque instant nous revêt de la puissance d’en haut, sans laquelle il est impossible de lui plaire ; comme en notre secours, notre seul secours dans la détresse, lui qui nous entoure de chants de délivrance ; comme en notre bouclier, notre défenseur, celui qui relève notre tête au-dessus de tous nos ennemis qui nous entourent.
Cela implique se confier en Dieu comme en notre bonheur ; comme au centre des esprits ; au seul repos de nos âmes ; au seul bien qui réponde à toutes nos capacités, et qui suffise à satisfaire tous les désirs qu’il nous a donnés.
Cela implique (ce qui est étroitement lié à ce qui précède) se confier en Dieu comme en notre fin ; avoir l’œil sur lui en toutes choses ; n’user de toutes choses que comme de moyens de jouir de lui ; où que nous soyons, quoi que nous fassions, voir celui qui est invisible, nous regardant avec complaisance, et rapporter toutes choses à lui en Jésus-Christ.
5. Croire ainsi, c’est la première chose que nous devons entendre par servir Dieu. La seconde, c’est l’aimer.
Or, aimer Dieu de la manière que l’Écriture décrit, de la manière que Dieu lui-même exige de nous, et qu’en l’exigeant il s’engage à opérer en nous, — c’est l’aimer comme le SEUL DIEU ; c’est-à-dire « de tout notre cœur, de toute notre âme, de toute notre pensée et de toute notre force » ; — c’est désirer Dieu seul pour lui-même, et ne rien désirer d’autre qu’en rapport avec lui ; — c’est se réjouir en Dieu ; — faire ses délices de l’Éternel ; non seulement chercher, mais trouver le bonheur en lui ; jouir de Dieu comme de celui qui se distingue entre dix mille ; se reposer en lui comme en notre Dieu et notre tout ; — en un mot, posséder Dieu de telle manière que nous en soyons toujours heureux.
6. Une troisième chose que nous devons entendre par servir Dieu, c’est lui ressembler, ou l’imiter.
Ainsi parle l’ancien Père : Optimus Dei cultus, imitari quem colis : « Le meilleur culte, le meilleur service que l’on puisse rendre à Dieu, c’est d’imiter celui que l’on adore. »
Nous parlons ici de l’imiter, de lui ressembler, dans l’esprit de notre entendement : car c’est là que commence la vraie imitation chrétienne de Dieu. « Dieu est Esprit » ; et ceux qui l’imitent, ou qui lui ressemblent, doivent le faire « en esprit et en vérité ».
Or, Dieu est amour : c’est pourquoi ceux qui lui ressemblent dans l’esprit de leur entendement sont transformés en la même image. Ils sont miséricordieux comme il est miséricordieux. Leur âme est tout amour. Ils sont bons, bienveillants, compatissants, pleins de tendresse ; et cela non seulement envers ceux qui sont bons et doux, mais aussi envers ceux qui sont d’un caractère difficile. Oui, ils sont, comme lui, pleins d’amour pour tout homme, et leur miséricorde s’étend sur toutes ses œuvres.
7. Il y a encore une chose que nous devons entendre par servir Dieu, et c’est de lui obéir ; de le glorifier dans notre corps aussi bien que dans notre esprit ; de garder ses commandements extérieurs ; de faire avec zèle tout ce qu’il a ordonné ; d’éviter avec soin tout ce qu’il a défendu ; d’accomplir toutes les actions ordinaires de la vie avec un œil simple et un cœur pur, les offrant toutes, dans un amour saint et fervent, comme des sacrifices à Dieu par Jésus-Christ.
8. Considérons maintenant ce que nous devons entendre, d’autre part, par servir Mamon. Et, premièrement, cela implique se confier dans les richesses, dans l’argent, ou dans les choses qu’il peut procurer, comme en notre force, — le moyen par lequel nous accomplirons toute cause que nous avons en main ; se confier en elles comme en notre secours, — par lequel nous espérons être consolés dans la détresse ou en être délivrés.
Cela implique se confier dans le monde pour être heureux ; supposer que « la vie d’un homme », le bien-être de sa vie, « consiste dans l’abondance des choses qu’il possède » ; chercher le repos dans les choses visibles ; le contentement, dans l’abondance extérieure ; attendre des choses du monde cette satisfaction qui ne peut jamais se trouver hors de Dieu.
Et si nous faisons cela, nous ne pouvons manquer de faire du monde notre fin ; la fin dernière, sinon de toutes, du moins de beaucoup de nos entreprises, de beaucoup de nos actions et de nos desseins ; dans lesquels nous ne viserons qu’à un accroissement de richesse, à l’obtention du plaisir ou de la louange, à l’acquisition d’une plus grande mesure de choses temporelles, sans aucun rapport aux choses éternelles.
9. Servir Mamon implique, secondement, aimer le monde ; le désirer pour lui-même ; placer notre joie dans les choses qui sont en lui, et y attacher notre cœur ; y chercher notre bonheur (ce qu’il nous est en vérité impossible d’y trouver) ; nous appuyer de tout le poids de notre âme sur ce bâton, ce roseau cassé, quoique l’expérience de chaque jour montre qu’il ne peut nous soutenir, mais qu’il ne fera que « nous entrer dans la main et la percer ».
10. Ressembler au monde, y être conformé, c’est une troisième chose que nous devons entendre par servir Mamon ; avoir non seulement des desseins, mais des désirs, des dispositions, des affections, conformes à ceux du monde ; avoir un esprit terrestre et sensuel, enchaîné aux choses de la terre ; être volontaires, amoureux de nous-mêmes sans mesure ; avoir une haute idée de nos propres acquisitions ; désirer la louange des hommes et y prendre plaisir ; craindre, fuir et avoir en horreur l’opprobre ; être impatients de la répréhension, prompts à nous irriter et prompts à rendre le mal pour le mal.
11. Servir Mamon, c’est enfin obéir au monde, en se conformant extérieurement à ses maximes et à ses coutumes ; marcher comme les autres hommes marchent, sur la route commune, dans le sentier large, uni et battu ; être à la mode ; suivre la multitude ; faire comme le reste de nos voisins ; c’est-à-dire faire la volonté de la chair et de nos pensées, satisfaire nos appétits et nos inclinations ; sacrifier à nous-mêmes ; viser à notre propre aise et à notre propre plaisir, dans le cours général de nos paroles comme de nos actions.
Or, qu’y a-t-il de plus incontestablement clair que ceci : nous ne pouvons servir ainsi Dieu et Mamon ?
12. Chacun ne voit-il pas qu’il ne peut servir les deux avec contentement ? Que louvoyer entre Dieu et le monde est le moyen assuré d’être déçu des deux côtés, et de n’avoir de repos ni dans l’un ni dans l’autre ? Dans quelle triste condition doit se trouver celui qui, ayant la crainte de Dieu, mais non son amour, — qui, le servant, mais non de tout son cœur, — n’a que les peines et non les joies de la religion ! Il a assez de religion pour être misérable, mais pas assez pour être heureux : sa religion ne le laisse pas jouir du monde, et le monde ne le laisse pas jouir de Dieu. De sorte que, clochant des deux côtés, il perd l’un et l’autre ; et il n’a de paix ni en Dieu ni dans le monde.
13. Chacun ne voit-il pas qu’il ne peut servir les deux sans se contredire lui-même ? Peut-on concevoir une inconséquence plus criante que celle qui doit paraître continuellement dans toute la conduite de celui qui s’efforce d’obéir à ces deux maîtres, — qui tâche de « servir Dieu et Mamon » ? Il est vraiment un « pécheur qui marche par deux chemins » ; un pas en avant, et un autre en arrière. Il bâtit continuellement d’une main, et il démolit de l’autre. Il aime le péché, et il le hait : il cherche toujours Dieu, et pourtant il le fuit toujours. Il veut, et il ne veut pas. Il n’est pas le même homme un seul jour ; non, pas même une heure de suite. C’est un mélange bigarré de toutes sortes de contrariétés ; un amas de contradictions brouillées ensemble. Oh ! sois d’accord avec toi-même, d’une manière ou de l’autre ! Tourne-toi à droite ou à gauche. Si Mamon est Dieu, sers-le ; si c’est l’Éternel, alors sers-le. Mais ne pense jamais à servir ni l’un ni l’autre, si ce n’est de tout ton cœur.
14. Tout homme raisonnable, tout homme qui réfléchit, ne voit-il pas qu’il ne peut en aucune façon servir Dieu et Mamon ? Parce qu’il y a entre eux la contrariété la plus absolue, l’inimitié la plus irréconciliable. La contrariété qui existe entre les choses les plus opposées de la terre, entre le feu et l’eau, les ténèbres et la lumière, s’évanouit en néant quand on la compare à la contrariété qui existe entre Dieu et Mamon. De sorte que, en quelque chose que vous serviez l’un, vous renoncez nécessairement à l’autre. Croyez-vous en Dieu par Christ ? Vous confiez-vous en lui comme en votre force, votre secours, votre bouclier et votre très grande récompense ? comme en votre bonheur ? votre fin en toutes choses et par-dessus toutes choses ? Alors vous ne pouvez vous confier dans les richesses. Il est absolument impossible que vous le fassiez, aussi longtemps que vous avez cette foi en Dieu. Vous confiez-vous ainsi dans les richesses ? Alors vous avez renié la foi. Vous ne vous confiez pas dans le Dieu vivant. Aimez-vous Dieu ? Cherchez-vous et trouvez-vous le bonheur en lui ? Alors vous ne pouvez aimer le monde, ni les choses qui sont dans le monde. Vous êtes crucifié au monde, et le monde vous est crucifié. Aimez-vous le monde ? Vos affections sont-elles placées sur les choses d’en bas ? Cherchez-vous le bonheur dans les choses de la terre ? Alors il est impossible que vous aimiez Dieu. Alors l’amour du Père n’est point en vous. Ressemblez-vous à Dieu ? Êtes-vous miséricordieux, comme votre Père est miséricordieux ? Êtes-vous transformé, par le renouvellement de votre intelligence, en l’image de celui qui vous a créé ? Alors vous ne pouvez être conformé au siècle présent. Vous avez renoncé à toutes ses affections et à toutes ses convoitises. Êtes-vous conformé au monde ? Votre âme porte-t-elle encore l’image du terrestre ? Alors vous n’êtes pas renouvelé dans l’esprit de votre intelligence. Vous ne portez pas l’image du céleste. Obéissez-vous à Dieu ? Êtes-vous zélé pour faire sa volonté sur la terre comme les anges la font dans le ciel ? Alors il est impossible que vous obéissiez à Mamon. Alors vous défiez ouvertement le monde. Vous foulez aux pieds ses coutumes et ses maximes, et vous ne voulez ni les suivre ni vous laisser conduire par elles. Suivez-vous le monde ? Vivez-vous comme les autres hommes ? Plaisez-vous aux hommes ? Vous plaisez-vous à vous-même ? Alors vous ne pouvez être un serviteur de Dieu. Vous êtes de votre maître et père, le diable.
15. C’est pourquoi « Tu adoreras le Seigneur, ton Dieu, et tu le serviras lui seul. » Tu rejetteras toute pensée d’obéir à deux maîtres, de servir Dieu et Mamon. Tu ne te proposeras aucune fin, aucun secours, aucun bonheur, sinon Dieu. Tu ne chercheras rien sur la terre ni dans le ciel, sinon lui : tu ne viseras à rien, sinon à le connaître, à l’aimer et à jouir de lui. Et parce que c’est là toute votre affaire ici-bas, la seule vue que vous puissiez raisonnablement avoir, l’unique dessein que vous deviez poursuivre en toutes choses, — « C’est pourquoi je vous dis » (comme notre Seigneur continue son discours), « Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ou de ce que vous boirez ; ni pour votre corps, de quoi vous serez vêtus » : — direction profonde et de poids, qu’il nous importe de bien considérer et de comprendre à fond.
16. Notre Seigneur n’exige pas ici que nous soyons entièrement sans pensée, même au sujet des affaires de cette vie. Un caractère étourdi et insouciant est aussi éloigné que possible de toute la religion de Jésus-Christ. Il n’exige pas non plus que nous soyons « paresseux dans les affaires », lents et négligents à nous en acquitter. Cela aussi est contraire à tout l’esprit et à tout le génie de sa religion. Un chrétien a la paresse en horreur autant que l’ivrognerie ; et il fuit l’oisiveté comme il fuit l’adultère. Il sait bien qu’il y a une sorte de pensée et de soin qui est agréable à Dieu ; qui est absolument nécessaire pour accomplir comme il faut les œuvres extérieures auxquelles la providence de Dieu l’a appelé.
C’est la volonté de Dieu que chacun travaille pour manger son propre pain ; oui, et que chacun pourvoie aux siens, à ceux de sa propre maison. C’est également sa volonté que nous ne devions « rien à personne », mais que nous recherchions « ce qui est bien devant tous les hommes ». Mais cela ne peut se faire sans quelque pensée, sans quelque soin dans l’esprit ; oui, souvent, non sans une pensée longue et sérieuse, non sans un soin grand et attentif. Par conséquent, ce soin de pourvoir à nous-mêmes et à notre maison, cette pensée de rendre à chacun ce qui lui est dû, notre bienheureux Seigneur ne les condamne pas. Bien plus, cela est bon et agréable devant Dieu notre Sauveur.
Il est bon et agréable à Dieu que nous réfléchissions à tout ce que nous avons en main de manière à avoir une claire intelligence de ce que nous allons faire, et à dresser le plan de nos affaires avant de nous y engager. Et il est juste que nous considérions attentivement, de temps en temps, quelles démarches nous devons y faire ; de même que nous préparions toutes choses d’avance pour la conduire de la manière la plus efficace. Ce soin, que quelques-uns ont appelé « le soin de la tête », il n’était nullement dans le dessein de notre Seigneur de le condamner.
17. Ce qu’il condamne ici, c’est le soin du cœur ; le soin anxieux et inquiet ; le soin qui porte avec lui le tourment ; tout soin qui fait du mal, soit à l’âme, soit au corps. Ce qu’il défend, c’est ce soin qui, comme le montre une triste expérience, consume le sang et épuise les esprits ; qui devance toute la misère qu’il redoute, et vient nous tourmenter avant le temps. Il ne défend que ce soin qui empoisonne les bienfaits d’aujourd’hui par la crainte de ce qui peut arriver demain ; qui ne peut jouir de l’abondance présente, à cause de l’appréhension du besoin futur. Ce soin n’est pas seulement une maladie douloureuse, une grave maladie de l’âme, mais encore une offense odieuse envers Dieu, un péché de la plus profonde couleur. C’est un grand affront fait au Gouverneur plein de grâce et au sage Ordonnateur de toutes choses ; car il implique nécessairement que le grand Juge ne fait pas ce qui est juste ; qu’il n’ordonne pas bien toutes choses. Il implique clairement qu’il manque, soit de sagesse, s’il ne sait pas de quelles choses nous avons besoin ; soit de bonté, s’il ne pourvoit pas de ces choses tous ceux qui se confient en lui. Gardez-vous donc de vous inquiéter en ce sens : ne vous inquiétez anxieusement de rien. N’ayez aucune pensée inquiète : voici une règle claire et sûre : le soin inquiet est un soin illicite. L’œil uniquement fixé sur Dieu, faites tout ce qui dépend de vous pour rechercher ce qui est bien devant tous les hommes. Et ensuite remettez tout entre de meilleures mains ; laissez à Dieu toute l’issue.
18. « Ne vous inquiétez pas » de cette manière, d’aucune pensée inquiète, même « pour votre vie de ce que vous mangerez, ou de ce que vous boirez ; ni pour votre corps, de quoi vous serez vêtus. La vie n’est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement? » Si donc Dieu vous a donné la vie, le don le plus grand, ne vous donnera-t-il pas la nourriture pour l’entretenir ? S’il vous a donné le corps, comment pouvez-vous douter qu’il ne vous donne le vêtement pour le couvrir ? Surtout si vous vous donnez à lui et le servez de tout votre cœur. « Regardez », voyez devant vos yeux, « les oiseaux du ciel: ils ne sèment ni ne moissonnent, et ils n’amassent rien dans des greniers; » et pourtant ils ne manquent de rien ; « et votre Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas beaucoup plus qu’eux? » Vous qui êtes des créatures capables de Dieu, n’êtes-vous pas d’un plus grand prix aux yeux de Dieu ? d’un rang plus élevé dans l’échelle des êtres ? « Qui de vous, par ses inquiétudes, peut ajouter une coudée à la durée de sa vie? » Quel profit tirez-vous donc de cette pensée anxieuse ? Elle est de toute manière stérile et inutile.
« Et pourquoi vous inquiéter au sujet du vêtement? » N’avez-vous pas une leçon de chaque jour partout où vous tournez les yeux ? « Considérez comment croissent les lis des champs: ils ne travaillent ni ne filent; cependant je vous dis que Salomon même, dans toute sa gloire, n’a pas été vêtu comme l’un d’eux. Si Dieu revêt ainsi l’herbe des champs, qui existe aujourd’hui et qui demain sera jetée au four, » (qui est coupée, brûlée, et qu’on ne voit plus) « ne vous vêtira-t-il pas à plus forte raison, gens de peu de foi? » vous, qu’il a faits pour durer aux siècles des siècles, pour être des images de sa propre éternité ! Vous êtes en vérité des gens de peu de foi ; autrement vous ne pourriez douter de son amour et de ses soins ; non, pas un seul instant.
19. « Ne vous inquiétez donc point, et ne dites pas: Que mangerons-nous? » si nous n’amassons point de trésor sur la terre ? « Que boirons-nous? » si nous servons Dieu de toute notre force, si notre œil est uniquement fixé sur lui ? « De quoi serons-nous vêtus? » si nous ne nous conformons pas au monde, si nous déplaisons à ceux dont nous pourrions tirer profit ? « Car toutes ces choses, ce sont les païens qui les recherchent. » — les païens qui ne connaissent pas Dieu. Mais vous savez que « Votre Père céleste sait que vous en avez besoin. » Et il vous a indiqué un moyen infaillible d’en être constamment pourvus : « Cherchez premièrement le royaume et la justice de Dieu; et toutes ces choses vous seront données par-dessus. »
20. « Cherchez premièrement le royaume de Dieu » : — avant de donner place à aucune autre pensée ou à aucun autre soin, que ce soit votre souci que le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ (qui « a donné son Fils unique », afin que, croyant en lui, « vous ne périssiez point, mais que vous ayez la vie éternelle ») règne dans votre cœur, se manifeste dans votre âme, et y habite et y gouverne ; afin qu’il « renverse toute hauteur qui s’élève contre la connaissance de Dieu, et amène toute pensée captive à l’obéissance de Christ ». Que Dieu ait sur vous l’unique domination : qu’il règne sans rival ; qu’il possède tout votre cœur, et qu’il y gouverne seul. Qu’il soit votre unique désir, votre joie, votre amour ; de sorte que tout ce qui est au-dedans de vous s’écrie continuellement : « Le Seigneur notre Dieu tout-puissant est entré dans son règne. »
« Cherchez le royaume de Dieu et sa justice . » La justice est le fruit du règne de Dieu dans le cœur. Et qu’est-ce que la justice, sinon l’amour ? — l’amour de Dieu et de tous les hommes, découlant de la foi en Jésus-Christ, et produisant l’humilité d’esprit, la douceur, la bonté, la longanimité, la patience, la mort au monde ; et toute disposition droite du cœur envers Dieu et envers les hommes. Et, par ces dispositions, elle produit toutes les actions saintes, tout ce qui est aimable ou mérite l’approbation ; toutes les œuvres de la foi et tous les travaux de la charité qui sont agréables à Dieu et utiles aux hommes.
« Sa justice » : — c’est toujours entièrement sa justice : c’est son propre don gratuit envers nous, à cause de Jésus-Christ le juste, par qui seul elle nous est acquise. Et c’est son œuvre ; c’est lui seul qui l’opère en nous, par l’inspiration du Saint-Esprit.
21. Peut-être l’observation attentive de ce point jettera-t-elle quelque lumière sur d’autres passages de l’Écriture que nous n’avons pas toujours compris aussi clairement. Saint Paul, parlant, dans son Épître aux Romains, des Juifs incrédules, dit : « ne connaissant pas la justice de Dieu, et cherchant à établir leur propre justice, ils ne se sont pas soumis à la justice de Dieu ». Je crois que ce peut être là l’un des sens de ces paroles : ils ne connaissaient pas « la justice de Dieu », non seulement la justice de Christ imputée à tout croyant, par laquelle tous ses péchés sont effacés et il est réconcilié avec la faveur de Dieu ; mais (ce qui semble ici être entendu plus immédiatement) ils ne connaissaient pas cette justice intérieure, cette sainteté du cœur, que l’on appelle avec la plus grande justesse la justice de Dieu ; puisqu’elle est à la fois son propre don gratuit par Christ, et sa propre œuvre, par son Esprit tout-puissant. Et parce qu’ils ne la « connaissaient pas », ils « cherchaient à établir leur propre justice ». Ils travaillaient à établir cette justice du dehors que l’on pouvait fort bien appeler la leur. Car elle n’était ni opérée par l’Esprit de Dieu, ni reconnue ou acceptée par lui. Ils pouvaient l’accomplir eux-mêmes, par leurs propres forces naturelles ; et quand ils l’avaient accomplie, elle était une puanteur à ses narines. Et pourtant, se confiant en elle, ils ne voulaient pas « se soumettre à la justice de Dieu ». Bien plus, ils s’endurcissaient contre cette foi par laquelle seule il était possible d’y parvenir. « Car Christ est la fin de la loi, pour la justification de tous ceux qui croient. » Christ, lorsqu’il dit : « Tout est accompli ! » mit fin à cette loi, — à la loi des rites et des cérémonies extérieures, afin d’introduire, par son sang, par cette unique oblation de lui-même offerte une fois pour toutes, une meilleure justice, l’image même de Dieu, jusqu’au plus intime de l’âme de quiconque croit.
22. Étroitement liées à celles-ci sont ces paroles de l’apôtre, dans son Épître aux Philippiens : « Et même je regarde toutes choses comme de la boue, afin de gagner Christ » ; une entrée dans son royaume éternel ; « et d’être trouvé en lui », croyant en lui, « non avec ma justice, celle qui vient de la loi, mais avec celle qui s’obtient par la foi en Christ, la justice qui vient de Dieu par la foi ». — « non avec ma justice, celle qui vient de la loi » ; une justice purement extérieure, la religion du dehors que j’avais autrefois, quand j’espérais être accepté de Dieu parce que j’étais « irréprochable, à l’égard de la justice de la loi » ; — « mais avec celle qui s’obtient par la foi en Christ, la justice qui vient de Dieu par la foi » ; [Phil. 3:8–9] cette sainteté du cœur, ce renouvellement de l’âme dans tous ses désirs, ses dispositions et ses affections, « qui vient de Dieu » (c’est l’œuvre de Dieu, et non de l’homme), « par la foi » ; par la foi en Christ, par la révélation de Jésus-Christ en nous, et par la foi en son sang ; par laquelle seule nous obtenons la rémission de nos péchés, et un héritage avec ceux qui sont sanctifiés.
23. « Cherchez premièrement » ce « royaume de Dieu » dans vos cœurs ; cette justice qui est le don et l’œuvre de Dieu, l’image de Dieu renouvelée dans vos âmes ; « et toutes ces choses vous seront données par-dessus » ; toutes les choses nécessaires au corps ; une mesure de chacune telle que Dieu la juge la plus propre à l’avancement de son royaume. Ces choses vous seront données par-dessus, — elles vous seront ajoutées, en plus et au-delà. En cherchant la paix et l’amour de Dieu, vous ne trouverez pas seulement ce que vous cherchez plus immédiatement, à savoir le royaume qui ne peut être ébranlé ; mais aussi ce que vous ne cherchez pas, — du moins pas pour lui-même, mais seulement en rapport avec l’autre. Vous trouverez, sur votre chemin vers le royaume, toutes les choses extérieures, autant qu’elles vous sont utiles. Ce soin, Dieu l’a pris sur lui-même : déchargez-vous sur lui de tous vos soucis. Il connaît vos besoins ; et tout ce qui vous manque, il ne manquera pas d’y pourvoir.
24. « Ne vous inquiétez donc pas du lendemain. » Non seulement ne vous inquiétez pas de la manière d’amasser des trésors sur la terre, d’accroître vos biens de ce monde ; ne vous inquiétez pas de la manière de vous procurer plus de nourriture que vous n’en pouvez manger, ou plus de vêtements que vous n’en pouvez porter, ou plus d’argent qu’il n’en faut de jour en jour pour les fins simples et raisonnables de la vie ; — mais n’ayez aucune pensée inquiète, même au sujet des choses qui sont absolument nécessaires au corps. Ne vous tourmentez pas maintenant en pensant à ce que vous ferez dans une saison encore lointaine. Peut-être cette saison ne viendra-t-elle jamais ; ou bien elle ne vous concernera plus ; — avant ce temps, vous aurez traversé toutes les vagues, et vous aurez abordé dans l’éternité. Toutes ces vues lointaines ne vous appartiennent pas, à vous qui n’êtes que la créature d’un jour. Bien plus, qu’avez-vous à faire avec le lendemain, à parler plus strictement ? Pourquoi vous embarrasser sans nécessité ? Dieu pourvoit pour vous aujourd’hui à ce qui est nécessaire pour soutenir la vie qu’il vous a donnée. Cela suffit : remettez-vous entre ses mains. Si vous vivez un jour de plus, il y pourvoira aussi.
25. Surtout, ne faites pas du souci des choses à venir un prétexte pour négliger le devoir présent. C’est là la manière la plus funeste de « s’inquiéter du lendemain ». Et combien elle est commune parmi les hommes ! Beaucoup, si nous les exhortons à garder une conscience sans reproche, à s’abstenir de ce qu’ils sont convaincus être mal, ne se font pas scrupule de répondre : « Comment donc vivrons-nous ? Ne devons-nous pas prendre soin de nous-mêmes et de nos familles ? » Et ils s’imaginent que c’est là une raison suffisante pour persévérer dans un péché connu et volontaire. Ils disent, et peut-être le pensent-ils, qu’ils serviraient Dieu maintenant, n’était qu’ils perdraient bientôt leur pain. Ils se prépareraient pour l’éternité ; mais ils craignent de manquer des choses nécessaires à la vie. Ainsi ils servent le diable pour un morceau de pain ; ils se précipitent en enfer par crainte du besoin ; ils jettent leurs pauvres âmes, de peur qu’un jour ou l’autre il ne leur manque ce qui est nécessaire à leur corps !
Il n’est pas étrange que ceux qui retirent ainsi l’affaire des mains de Dieu soient si souvent frustrés des choses mêmes qu’ils cherchent ; que, tandis qu’ils rejettent le ciel pour s’assurer les choses de la terre, ils perdent l’un sans gagner l’autre. Le Dieu jaloux, dans le sage cours de sa providence, le permet fréquemment. De sorte que ceux qui ne veulent pas se décharger de leurs soucis sur Dieu, qui, s’inquiétant des choses temporelles, ont peu de souci des choses éternelles, perdent la portion même qu’ils ont choisie. Une flétrissure visible est sur toutes leurs entreprises ; tout ce qu’ils font ne réussit pas ; à tel point qu’après avoir abandonné Dieu pour le monde, ils perdent ce qu’ils cherchaient aussi bien que ce qu’ils ne cherchaient pas : ils manquent le royaume de Dieu et sa justice ; et les autres choses ne leur sont pas non plus données par-dessus.
26. Il y a une autre manière de « s’inquiéter du lendemain », qui est également défendue dans ces paroles. Il est possible de s’inquiéter d’une manière mauvaise, même à l’égard des choses spirituelles ; d’être tellement préoccupé de ce qui pourra être plus tard que l’on néglige ce qui est maintenant requis de nous. Avec quelle insensibilité nous y glissons, si nous ne veillons pas continuellement dans la prière ! Avec quelle facilité nous sommes emportés, dans une sorte de rêve éveillé, à former des projets lointains, et à peindre de belles scènes dans notre imagination ! Nous pensons au bien que nous ferons quand nous serons en tel lieu, ou quand tel temps sera venu ! Combien nous serons utiles, combien abondants en bonnes œuvres, quand nous serons plus à l’aise dans notre situation ! Avec quelle ardeur nous servirons Dieu, quand une fois tel obstacle sera écarté !
Ou peut-être êtes-vous maintenant dans la tristesse de l’âme : Dieu, pour ainsi dire, vous cache sa face. Vous voyez peu la lumière de sa face : vous ne pouvez goûter son amour rédempteur. Dans une telle disposition d’esprit, combien il est naturel de dire : « Oh ! comme je louerai Dieu, quand la lumière de sa face se lèvera de nouveau sur mon âme ! Comme j’exhorterai les autres à le louer, quand son amour sera de nouveau répandu dans mon cœur ! Alors je ferai ceci et cela : je parlerai pour Dieu en tous lieux : je n’aurai point honte de l’Évangile de Christ. Alors je rachèterai le temps : j’userai jusqu’au bout de chaque talent que j’ai reçu. » Ne te crois pas toi-même. Tu ne le feras pas alors, si tu ne le fais pas maintenant. « Celui qui est fidèle dans les moindres choses », de quelque nature qu’elles soient, qu’il s’agisse des biens de ce monde, ou de la crainte ou de l’amour de Dieu, « l’est aussi dans les grandes ». Mais si tu caches maintenant un talent dans la terre, tu en cacheras alors cinq : c’est-à-dire s’ils te sont jamais donnés ; mais il y a peu de raison de s’attendre qu’ils le soient jamais. À la vérité, « on donnera à celui qui a », c’est-à-dire qui use de ce qu’il a, « et il sera dans l’abondance, mais à celui qui n’a pas », c’est-à-dire qui n’use pas de la grâce qu’il a déjà reçue, à un degré plus grand ou plus petit, « on ôtera même ce qu’il a ».
27. Et ne vous inquiétez pas des tentations de demain. C’est là aussi un piège dangereux. Ne pensez pas : « Quand telle tentation viendra, que ferai-je ? comment tiendrai-je ferme ? Je sens que je n’ai pas la force de résister. Je ne suis pas capable de vaincre cet ennemi. » Très vrai : vous n’avez pas maintenant la force dont vous n’avez pas maintenant besoin. Vous n’êtes pas capable, à cette heure, de vaincre cet ennemi ; et, à cette heure, il ne vous attaque pas. Avec la grâce que vous avez maintenant, vous ne pourriez résister aux tentations que vous n’avez pas. Mais quand la tentation viendra, la grâce viendra. Dans de plus grandes épreuves, vous aurez une plus grande force. Quand les souffrances abonderont, les consolations de Dieu abonderont aussi dans la même proportion. De sorte que, dans toute situation, la grâce de Dieu vous suffira. Il ne permet pas « que vous soyez tentés » aujourd’hui « au-delà de vos forces » ; et « avec la tentation il préparera aussi le moyen d’en sortir ». « Ta force durera autant que tes jours . »
28. « Le lendemain », donc, « aura soin de lui-même » ; c’est-à-dire, quand le lendemain viendra, alors pensez-y. Toi, vis aujourd’hui. Que ce soit ton soin le plus ardent de mettre à profit l’heure présente. Elle est à vous ; et elle est tout ce que vous avez. Le passé est comme rien, comme s’il n’avait jamais été. L’avenir n’est rien pour vous. Il n’est pas à vous ; peut-être ne le sera-t-il jamais. On ne peut compter sur ce qui est encore à venir ; car vous ne savez pas « ce qu’un jour peut enfanter ». C’est pourquoi vivez aujourd’hui : ne perdez pas une heure : usez de ce moment ; car il est votre portion. « Qui connaît les choses qui ont été avant lui, ou qui seront après lui sous le soleil ? » Les générations qui ont été depuis le commencement du monde, où sont-elles maintenant ? Envolées : oubliées. Elles ont été ; elles ont vécu leur jour ; elles ont été secouées de la terre comme les feuilles de leurs arbres : elles sont tombées en poussière commune ! Une race a succédé à une autre race ; puis elles « sont allées au séjour de leurs pères, et ne reverront jamais la lumière ». C’est maintenant ton tour sur la terre. « Jeune homme, réjouis-toi dans ta jeunesse ! » Jouis de ce maintenant, de ce maintenant même, en jouissant de lui « dont les années ne finiront point ». Maintenant, que ton œil soit uniquement fixé sur lui, en qui « il n’y a ni changement ni ombre de variation » ! Maintenant, donne-lui ton cœur ; maintenant, appuie-toi sur lui : maintenant, sois saint comme il est saint. Maintenant, saisis l’occasion bienheureuse de faire sa volonté, agréable et parfaite ! Maintenant, réjouis-toi de « perdre toutes choses », pourvu que tu puisses « gagner Christ » !
29. Souffre avec joie aujourd’hui, pour l’amour de son nom, tout ce qu’il permet qui vienne sur toi en ce jour. Mais ne regarde pas aux souffrances de demain. « A chaque jour suffit sa peine. » C’est une peine, à parler selon la manière des hommes, qu’il s’agisse de l’opprobre ou du besoin, de la douleur ou de la maladie ; mais dans le langage de Dieu, tout est bénédiction : c’est un baume précieux, préparé par la sagesse de Dieu, et diversement dispensé parmi ses enfants, selon les diverses maladies de leurs âmes. Et il donne en un jour ce qui suffit pour ce jour-là ; proportionné au besoin et à la force du malade. Si donc tu prends de force aujourd’hui ce qui appartient au lendemain ; si tu l’ajoutes à ce qui t’est déjà donné, ce sera plus que tu ne peux porter : c’est le moyen, non de guérir, mais de perdre ta propre âme. Prends donc juste autant qu’il te donne aujourd’hui : aujourd’hui, fais et souffre sa volonté ! Aujourd’hui, donne-toi toi-même, ton corps, ton âme et ton esprit à Dieu, par Jésus-Christ ; ne désirant rien, sinon que Dieu soit glorifié en tout ce que tu es, tout ce que tu fais, tout ce que tu souffres ; ne cherchant rien, sinon à connaître Dieu et son Fils Jésus-Christ, par l’Esprit éternel ; ne poursuivant rien, sinon de l’aimer, de le servir et de jouir de lui à cette heure et pendant toute l’éternité !
Or, à « Dieu le Père, qui m’a fait, moi et tout le monde » ; à « Dieu le Fils, qui m’a racheté, moi et tout le genre humain » ; à « Dieu le Saint-Esprit, qui me sanctifie, moi et tout le peuple élu de Dieu », soient l’honneur et la louange, la majesté et la domination, aux siècles des siècles ! Amen.
Chapitre 30 terminé
Discours 9