Sermons sur divers sujets
Discours 8

Chapitre 29 · 41 min de lecture · 53 min d’écoute

Discours 8

Sermon 28

Sur le Sermon de notre Seigneur sur la montagne

Discours 8

« Ne vous amassez pas des trésors sur la terre, où la teigne et la rouille détruisent, et où les voleurs percent et dérobent; mais amassez-vous des trésors dans le ciel, où la teigne et la rouille ne détruisent point, et où les voleurs ne percent ni ne dérobent. Car là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur. L’œil est la lampe du corps. Si ton œil est en bon état, tout ton corps sera éclairé; mais si ton œil est en mauvais état, tout ton corps sera dans les ténèbres. Si donc la lumière qui est en toi est ténèbres, combien seront grandes ces ténèbres! »

Matthieu 6:19–23.

1. Des actions que l’on appelle communément religieuses, et qui sont de véritables branches de la vraie religion lorsqu’elles naissent d’une intention pure et sainte et qu’elles s’accomplissent d’une manière qui y réponde, — notre Seigneur passe aux actions de la vie commune, et il montre que la même pureté d’intention est aussi indispensablement requise dans nos affaires ordinaires que dans l’aumône, le jeûne ou la prière.

Et sans aucun doute, la même pureté d’intention « qui rend nos aumônes et nos dévotions agréables doit aussi faire de notre travail ou de notre emploi une offrande convenable à Dieu. Si un homme poursuit ses affaires afin de s’élever dans le monde à un état d’honneur et de richesse, il ne sert plus Dieu dans son emploi, et il n’a pas plus de titre à une récompense de Dieu que celui qui donne l’aumône pour être vu, ou qui prie pour être entendu des hommes. Car les desseins vains et terrestres ne sont pas plus permis dans nos emplois que dans nos aumônes et nos dévotions. Ils ne sont pas seulement mauvais lorsqu’ils se mêlent à nos bonnes œuvres », à nos actions religieuses, « mais ils ont la même nature mauvaise lorsqu’ils entrent dans les affaires communes de nos emplois. S’il était permis de les poursuivre dans nos emplois du monde, il serait permis de les poursuivre dans nos dévotions. Mais comme nos aumônes et nos dévotions ne sont un service agréable que lorsqu’elles procèdent d’une intention pure, de même notre emploi ordinaire ne peut être compté pour un service rendu à Dieu que lorsqu’il s’accomplit avec la même piété de cœur. »

2. C’est ce que notre bienheureux Seigneur déclare de la manière la plus vive dans ces paroles fortes et étendues qu’il explique, qu’il presse et qu’il développe tout au long de ce chapitre : « L’œil est la lampe du corps. Si ton œil est en bon état, tout ton corps sera éclairé; mais si ton œil est en mauvais état, tout ton corps sera dans les ténèbres. » L’œil, c’est l’intention : ce que l’œil est au corps, l’intention l’est à l’âme. Comme l’un guide tous les mouvements du corps, l’autre guide tous ceux de l’âme. On dit donc que cet œil de l’âme est simple — en bon état — lorsqu’il ne regarde qu’à une seule chose ; lorsque nous n’avons d’autre dessein que de « connaître Dieu, et Jésus-Christ qu’il a envoyé », — de le connaître avec des affections qui y répondent, l’aimant comme il nous a aimés ; de plaire à Dieu en toutes choses ; de servir Dieu (comme nous l’aimons) de tout notre cœur, de toute notre pensée, de toute notre âme et de toute notre force ; et de jouir de Dieu en toutes choses et par-dessus toutes choses, dans le temps et dans l’éternité.

3. « Si ton œil est » ainsi « en bon état », ainsi simple, ainsi fixé sur Dieu, « tout ton corps sera éclairé ». « Tout ton corps » : — tout ce que guide l’intention, comme le corps est guidé par l’œil. Tout ce que tu es, tout ce que tu fais, tes désirs, tes dispositions, tes affections ; tes pensées, tes paroles et tes actions. Tout cela « sera éclairé », sera plein de lumière ; plein de la vraie connaissance divine. C’est la première chose que nous pouvons entendre ici par la lumière. « Par sa lumière tu verras la lumière. » « Celui qui jadis a commandé à la lumière de briller du sein des ténèbres brillera dans ton cœur » : il éclairera les yeux de ton entendement par la connaissance de la gloire de Dieu. Son Esprit te révélera les profondeurs de Dieu. L’inspiration du Saint te donnera l’intelligence et te fera connaître la sagesse dans le secret. Oui, l’onction que tu reçois de lui « demeurera en toi et t’enseignera toutes choses ».

Comme l’expérience le confirme ! Même après que Dieu a ouvert les yeux de notre entendement, si nous cherchons ou désirons quoi que ce soit d’autre que Dieu, combien vite notre cœur insensé s’obscurcit ! Alors les nuées reviennent se poser sur nos âmes. Les doutes et les craintes nous accablent de nouveau. Nous sommes ballottés çà et là, et nous ne savons que faire, ni quel est le sentier où nous devons marcher. Mais quand nous ne désirons et ne cherchons rien que Dieu, les nuées et les doutes s’évanouissent. Nous qui « étions autrefois ténèbres, sommes maintenant lumière dans le Seigneur ». La nuit brille maintenant comme le jour, et nous trouvons que « le sentier des hommes droits est lumière ». Dieu nous montre le sentier où nous devons marcher, et il aplanit le chemin devant notre face.

4. La seconde chose que nous pouvons entendre ici par la lumière, c’est la sainteté. Tandis que tu cherches Dieu en toutes choses, tu le trouveras en toutes, lui, la source de toute sainteté, te remplissant sans cesse de sa propre ressemblance, de justice, de miséricorde et de vérité. Tandis que tu regardes à Jésus, et à lui seul, tu seras rempli des sentiments qui étaient en lui. Ton âme sera renouvelée de jour en jour selon l’image de celui qui l’a créée. Si l’œil de ton esprit ne se détourne pas de lui, si tu tiens ferme « comme voyant celui qui est invisible », ne cherchant rien d’autre ni dans le ciel ni sur la terre, alors, tandis que tu contemples la gloire du Seigneur, tu seras transformé « en la même image, de gloire en gloire, par l’Esprit du Seigneur ».

Et c’est aussi une affaire d’expérience quotidienne que « c’est par la grâce que nous sommes » ainsi « sauvés, par le moyen de la foi ». C’est par la foi que l’œil de l’esprit s’ouvre pour voir la lumière du glorieux amour de Dieu. Et aussi longtemps qu’il y demeure fermement fixé, sur Dieu en Christ réconciliant le monde avec lui-même, nous sommes de plus en plus remplis de l’amour de Dieu et des hommes, de douceur, de bonté, de patience ; de tous les fruits de la sainteté, qui sont, par Jésus-Christ, à la gloire de Dieu le Père.

5. Cette lumière qui remplit celui dont l’œil est simple implique, troisièmement, le bonheur aussi bien que la sainteté. Assurément, « La lumière est douce, et il est agréable aux yeux de voir le soleil » : mais combien plus de voir le Soleil de justice briller sans cesse sur l’âme ! Et s’il y a quelque consolation en Christ, s’il y a quelque soulagement dans l’amour, s’il y a quelque paix qui surpasse toute intelligence, quelque joie dans l’espérance de la gloire de Dieu, tout cela appartient à celui dont l’œil est simple. Ainsi « tout son corps est » plein de lumière, « éclairé ». Il marche dans la lumière, comme Dieu est lui-même dans la lumière, toujours joyeux, priant sans cesse et rendant grâces en toutes choses, jouissant de tout ce qui est la volonté de Dieu à son égard en Jésus-Christ.

6. « mais si ton œil est en mauvais état, tout ton corps sera dans les ténèbres. » « Si ton œil est en mauvais état » : — nous voyons qu’il n’y a point de milieu entre un œil simple et un œil mauvais. Si l’œil n’est pas simple, il est mauvais. Si l’intention, en tout ce que nous faisons, ne regarde pas uniquement à Dieu, si nous cherchons quoi que ce soit d’autre, alors « notre intelligence et notre conscience sont souillées ».

Notre œil est donc mauvais si, dans quoi que ce soit que nous fassions, nous visons à quelque autre fin que Dieu ; si nous avons quelque autre vue que de connaître et d’aimer Dieu, de lui plaire et de le servir en toutes choses ; si nous avons quelque autre dessein que de jouir de Dieu, d’être heureux en lui, maintenant et pour toujours.

7. Si ton œil n’est pas uniquement fixé sur Dieu, « tout ton corps sera dans les ténèbres ». Le voile demeurera encore sur ton cœur. Ton esprit sera de plus en plus aveuglé par « le dieu de ce siècle », « de peur que la lumière du glorieux Évangile de Christ ne brille sur toi ». Tu seras plein d’ignorance et d’erreur touchant les choses de Dieu, n’étant pas capable de les recevoir ni de les discerner. Et lors même que tu auras quelque désir de servir Dieu, tu seras plein d’incertitude sur la manière de le servir ; trouvant des doutes et des difficultés de tous côtés, et ne voyant aucun moyen d’en sortir.

Oui, si ton œil n’est pas simple, si tu cherches quelqu’une des choses de la terre, tu seras plein d’impiété et d’injustice ; tes désirs, tes dispositions, tes affections seront tous hors de leur cours, tous ténébreux, vils et vains. Et ta conversation sera mauvaise aussi bien que ton cœur ; non point « assaisonnée de sel », ni « propre à communiquer une grâce à ceux qui l’entendent », mais oiseuse, inutile, corrompue, et qui attriste le Saint-Esprit de Dieu.

8. La ruine et le malheur sont sur tes voies ; « car tu n’as pas connu le chemin de la paix ». Il n’y a point de paix, point de paix assurée et solide, pour ceux qui ne connaissent pas Dieu. Il n’y a point de contentement vrai ni durable pour quiconque ne le cherche pas de tout son cœur. Tant que tu vises à quelqu’une des choses qui périssent, « tout ce qui arrivera est vanité » ; oui, non seulement vanité, mais « poursuite du vent », et cela dans la poursuite comme dans la jouissance. Tu marches en vérité comme une ombre vaine, et tu t’agites en vain. Tu marches dans des ténèbres qu’on peut toucher. Dors donc ; mais tu ne peux prendre ton repos. Les rêves de la vie peuvent donner la douleur, et tu le sais ; mais le repos, ils ne peuvent le donner. Il n’y a de repos ni dans ce monde ni dans le monde à venir, sinon en Dieu seul, le centre des esprits.

« Si donc la lumière qui est en toi est ténèbres, combien seront grandes ces ténèbres! » Si l’intention qui devrait éclairer l’âme tout entière, la remplir de connaissance, d’amour et de paix, et qui le fait en effet aussi longtemps qu’elle est simple, aussi longtemps qu’elle ne vise qu’à Dieu seul, — si elle est ténèbres ; si elle vise à quoi que ce soit d’autre que Dieu, et couvre par conséquent l’âme de ténèbres au lieu de lumière, d’ignorance et d’erreur, de péché et de misère : oh ! combien grandes sont ces ténèbres ! C’est la fumée même qui monte du puits de l’abîme ! C’est la nuit essentielle qui règne dans l’abîme le plus profond, au pays de l’ombre de la mort !

9. C’est pourquoi « Ne vous amassez pas des trésors sur la terre, où la teigne et la rouille détruisent, et où les voleurs percent et dérobent ». Si vous le faites, il est clair que votre œil est mauvais ; il n’est pas uniquement fixé sur Dieu.

À l’égard de la plupart des commandements de Dieu, qu’ils se rapportent au cœur ou à la vie, les païens d’Afrique ou d’Amérique sont à peu près au même niveau que ceux que l’on appelle chrétiens. Les chrétiens les observent (à quelques-uns près seulement) à peu près autant que les païens. Par exemple, le commun des habitants de l’Angleterre, que l’on appelle communément chrétiens, sont aussi sobres et aussi tempérants que le commun des païens qui vivent près du cap de Bonne-Espérance. Et de même les chrétiens hollandais ou français sont aussi humbles et aussi chastes que les Indiens choctaws ou cherokees. Il n’est pas aisé de dire, quand on compare la masse des nations d’Europe avec celles d’Amérique, de quel côté se trouve la supériorité. Du moins l’Américain n’a-t-il pas grand avantage. Mais nous ne pouvons en dire autant à l’égard du commandement qui est maintenant devant nous. Ici, le païen a de loin la prééminence. Il ne désire et ne cherche rien de plus qu’une nourriture simple pour manger et un vêtement simple pour se couvrir. Et il ne cherche cela qu’au jour le jour. Il ne réserve, il n’amasse rien ; si ce n’est, à une saison de l’année, autant de blé qu’il lui en faudra avant que cette saison revienne. Ce commandement, les païens, sans le connaître, l’observent donc constamment et ponctuellement. Ils « ne s’amassent point de trésors sur la terre » ; point de provisions de pourpre ou de fin lin, d’or ou d’argent, que « la teigne et la rouille puissent détruire », ou que « les voleurs percent et dérobent ». Mais comment les chrétiens observent-ils ce qu’ils font profession de recevoir comme un commandement du Dieu très-haut ? Pas du tout ! en aucune mesure ; pas plus que si aucun commandement semblable n’avait jamais été donné à l’homme. Même les bons chrétiens, tels qu’ils sont estimés par les autres aussi bien que par eux-mêmes, n’y ont aucun égard. Il pourrait aussi bien être encore caché dans son grec original, pour l’attention qu’ils y prêtent. Dans quelle ville chrétienne trouvez-vous un homme sur cinq cents qui se fasse le moindre scrupule d’amasser autant de trésors qu’il le peut ? — d’accroître ses biens aussi loin qu’il en est capable ? Il y en a, il est vrai, qui ne voudraient pas le faire injustement ; il y en a beaucoup qui ne voudraient ni ravir ni voler ; et quelques-uns qui ne voudraient pas frauder leur prochain ; bien plus, qui ne voudraient tirer profit ni de son ignorance ni de son besoin. Mais c’est là tout autre chose. Ceux-là mêmes ne se font pas scrupule de la chose, mais de la manière. Ils ne se font pas scrupule d’« amasser des trésors sur la terre », mais de les amasser par la malhonnêteté. Ils ne reculent pas devant la désobéissance au Christ, mais devant une infraction à la morale païenne. De sorte que ces honnêtes gens eux-mêmes n’obéissent pas plus à ce commandement qu’un voleur de grand chemin ou un cambrioleur. Bien plus, ils n’ont jamais eu le dessein d’y obéir. Dès leur jeunesse, cela n’est jamais entré dans leurs pensées. Ils ont été élevés par leurs parents, leurs maîtres et leurs amis chrétiens sans aucune instruction à ce sujet ; si ce n’est celle-ci : l’enfreindre le plus tôt et le plus possible, et continuer à l’enfreindre jusqu’à la fin de leur vie.

10. Il n’y a pas au monde d’exemple d’aveuglement spirituel plus étonnant que celui-ci. La plupart de ces hommes lisent la Bible ou l’entendent lire, — beaucoup d’entre eux chaque jour du Seigneur. Ils ont lu ou entendu ces paroles cent fois, et pourtant ils ne soupçonnent jamais qu’ils sont eux-mêmes condamnés par elles, pas plus que par celles qui défendent aux parents d’offrir leurs fils ou leurs filles à Moloc. Oh ! que Dieu veuille parler à ces misérables qui s’abusent eux-mêmes de sa propre voix, de sa voix puissante ! afin qu’ils se réveillent enfin et sortent du piège du diable, et que les écailles tombent de leurs yeux !

11. Demandez-vous ce que c’est qu’« amasser des trésors sur la terre » ? Il sera nécessaire d’examiner ce point à fond. Et observons premièrement ce qui n’est pas défendu dans ce commandement, afin de discerner ensuite clairement ce qui l’est.

Il ne nous est pas défendu dans ce commandement, premièrement, de rechercher « ce qui est bien devant tous les hommes », de nous procurer de quoi rendre à tous ce qui leur est dû, — tout ce qu’ils peuvent justement exiger de nous. Bien loin de là, Dieu nous enseigne : « Ne devez rien à personne ». Nous devons donc apporter toute diligence à notre vocation, afin de ne rien devoir à personne : ce n’est là rien d’autre qu’une simple loi de justice commune, que notre Seigneur est venu, « non pour abolir, mais pour accomplir ».

Il ne défend pas non plus ici, secondement, de nous procurer les choses nécessaires au corps : une suffisance de nourriture simple et saine pour manger, et de vêtements propres pour nous couvrir. Bien plus, c’est notre devoir, autant que Dieu nous en donne le pouvoir, de nous procurer aussi ces choses ; afin que nous puissions « manger notre propre pain », et n’être à charge à personne.

Il ne nous est pas défendu non plus, troisièmement, de pourvoir aux besoins de nos enfants et de ceux de notre maison. C’est encore là un devoir, même selon les principes de la morale païenne. Tout homme doit procurer les simples nécessités de la vie à sa femme et à ses enfants, et les mettre en état de se les procurer eux-mêmes lorsqu’il s’en sera allé et qu’on ne le verra plus. Je dis : de se procurer celles-là, les simples nécessités de la vie ; non des délicatesses, non des superfluités ; — et cela par leur travail diligent ; car aucun homme n’a le devoir de leur fournir, pas plus qu’à lui-même, les moyens de vivre dans le luxe ou dans l’oisiveté. Mais si quelqu’un ne pourvoit pas ainsi aux besoins de ses propres enfants (aussi bien qu’à ceux des veuves de sa maison, dont saint Paul parle d’abord dans ces paroles bien connues à Timothée), il a, dans les faits, « renié la foi, et il est pire qu’un infidèle », ou qu’un païen.

Enfin, il ne nous est pas défendu, dans ces paroles, de mettre de côté de temps en temps ce qui est nécessaire à la conduite de nos affaires temporelles, dans une mesure et à un degré suffisants pour répondre aux fins qui précèdent ; — dans une mesure telle que, premièrement, nous ne devions rien à personne ; secondement, que nous nous procurions les nécessités de la vie ; et, troisièmement, que nous en pourvoyions ceux de notre maison tant que nous vivons, et que nous leur laissions les moyens de se les procurer quand nous serons allés à Dieu.

12. Nous pouvons maintenant discerner clairement (à moins que nous ne refusions de le discerner) ce qui est défendu ici. C’est de se procurer à dessein plus de biens de ce monde qu’il n’en faut pour répondre aux fins qui précèdent ; travailler à obtenir une plus grande mesure de biens terrestres, un plus grand accroissement d’or et d’argent, — amasser quoi que ce soit au-delà de ce que ces fins exigent, — voilà ce qui est ici expressément et absolument défendu. Si ces paroles ont un sens quelconque, ce doit être celui-là ; car elles n’en peuvent avoir d’autre. Par conséquent, qui que ce soit qui, ne devant rien à personne, et ayant la nourriture et le vêtement pour lui-même et pour sa maison, avec une suffisance pour conduire ses affaires temporelles autant qu’il le faut pour ces fins raisonnables ; quiconque, dis-je, se trouvant déjà dans cette situation, cherche une part plus grande encore sur la terre, celui-là vit dans un reniement ouvert et habituel du Seigneur qui l’a racheté. Il a, dans les faits, « renié la foi, et il est pire qu’ » un « infidèle » d’Afrique ou d’Amérique.

13. Écoutez ceci, vous tous qui habitez dans le monde et qui aimez le monde où vous habitez. Vous pouvez être, aux yeux du monde, « ce qui est élevé parmi les hommes » ; mais vous êtes « une abomination devant Dieu ». Jusques à quand vos âmes seront-elles attachées à la poussière ? Jusques à quand vous chargerez-vous d’une épaisse boue ? Quand vous réveillerez-vous pour voir que les païens déclarés et spéculatifs sont plus près du royaume des cieux que vous ? Quand vous laisserez-vous persuader de choisir la bonne part, celle qui ne peut vous être ôtée ? Quand ne chercherez-vous plus qu’à « vous amasser des trésors dans le ciel », renonçant à tous les autres, les redoutant, les ayant en horreur ? Si vous visez à « amasser des trésors sur la terre », vous ne perdez pas seulement votre temps, et vous ne dépensez pas seulement vos forces pour ce qui ne nourrit pas : car quel en est le fruit si vous réussissez ? — Vous avez assassiné votre propre âme ! Vous y avez éteint la dernière étincelle de vie spirituelle ! Maintenant, en vérité, au milieu de la vie, vous êtes dans la mort ! Vous êtes un homme vivant, mais un chrétien mort. « Car là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur. » Votre cœur s’est enfoncé dans la poussière, votre âme est attachée à la terre. Vos affections sont placées, non sur les choses d’en haut, mais sur celles de la terre ; sur de pauvres gousses qui peuvent empoisonner, mais ne peuvent rassasier un esprit éternel fait pour Dieu. Votre amour, votre joie, votre désir, tout est placé sur des choses qui périssent par l’usage. Vous avez rejeté le trésor qui est dans le ciel : Dieu et Christ sont perdus ! Vous avez gagné des richesses, et le feu de l’enfer !

14. Oh ! « Qu’il sera difficile à ceux qui ont des richesses d’entrer dans le royaume de Dieu! » Lorsque les disciples de notre Seigneur furent étonnés de l’entendre parler ainsi, bien loin de se rétracter, il répéta la même vérité importante en termes plus forts qu’auparavant : « Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu. » Qu’il est difficile à ceux dont chaque parole est applaudie de n’être pas sages à leurs propres yeux ! Qu’il leur est difficile de ne pas se croire meilleurs que le pauvre troupeau des hommes, vil et sans instruction ! Qu’il leur est difficile de ne pas chercher le bonheur dans leurs richesses, ou dans les choses qui en dépendent ; dans la satisfaction de la convoitise de la chair, de la convoitise des yeux, ou de l’orgueil de la vie ! Ô vous, riches, comment échapperez-vous à la condamnation de l’enfer ? Seulement, à Dieu, toutes choses sont possibles !

15. Et même si vous ne réussissez pas, quel est le fruit de vos efforts pour amasser des trésors sur la terre ? « ceux qui veulent s’enrichir » (hoi boulomenoi ploutein, ceux qui le désirent, qui s’y efforcent, qu’ils réussissent ou non) tombent dans la tentation et dans le piège, dans le lacet, dans la trappe du diable ; et dans beaucoup de désirs insensés et pernicieux ; epithymias anoetous, des désirs avec lesquels la raison n’a rien à faire ; tels qu’il en appartient proprement, non à des êtres raisonnables et immortels, mais seulement aux bêtes brutes qui n’ont point d’intelligence ; — désirs qui plongent les hommes dans la ruine et la perdition, dans la misère présente et éternelle. Ouvrons seulement les yeux, et nous en verrons chaque jour les tristes preuves, — des hommes qui, désirant, résolus d’être riches, convoitant l’argent, cette racine de tous les maux, se sont déjà jetés eux-mêmes dans bien des tourments, et ont devancé l’enfer où ils s’en vont !

La prudence avec laquelle l’apôtre parle ici est tout à fait digne de remarque. Il n’affirme pas cela absolument des riches : car un homme peut fort bien être riche sans qu’il y ait de sa faute, par une Providence souveraine qui prévient son propre choix ; mais il l’affirme de hoi boulomenoi plourein, de ceux qui désirent ou cherchent à être riches. Les richesses, si dangereuses qu’elles soient, ne plongent pas toujours les hommes dans la ruine et la perdition ; mais le désir des richesses le fait : ceux qui désirent de sang-froid les richesses et cherchent délibérément à les acquérir, qu’ils gagnent ou non, en fait, le monde, perdent infailliblement leur âme. Ce sont eux qui vendent, pour quelques pièces d’or ou d’argent, celui qui les a rachetés de son sang. Ceux-là font alliance avec la mort et avec l’enfer ; et leur alliance subsistera. Car ils se rendent chaque jour propres à avoir part à leur héritage avec le diable et ses anges !

16. Oh ! qui avertira cette race de vipères de fuir la colère à venir ? Non pas ceux qui sont couchés à leur porte, ou qui rampent à leurs pieds, désirant se rassasier des miettes qui tombent de leur table. Non pas ceux qui recherchent leur faveur ou redoutent leur froncement de sourcils : aucun de ceux qui ne pensent qu’aux choses de la terre. Mais s’il y a un chrétien sur la terre, s’il y a un homme qui a vaincu le monde, qui ne désire rien que Dieu, et ne craint personne que celui qui peut faire périr l’âme et le corps dans l’enfer, toi, ô homme de Dieu, parle et ne te retiens pas ; élève ta voix comme une trompette ! Crie à plein gosier, et montre à ces honorables pécheurs l’état désespéré où ils se trouvent ! Il se peut qu’un sur mille ait des oreilles pour entendre, qu’il se lève et secoue sa poussière ; qu’il brise les chaînes qui le lient à la terre, et qu’il amasse enfin des trésors dans le ciel.

17. Et s’il arrivait que l’un d’eux, par la puissante vertu de Dieu, se réveillât et demandât : Que faut-il que je fasse pour être sauvé ? la réponse, selon les oracles de Dieu, est claire, complète et expresse. Dieu ne te dit pas : « vends tout ce que tu as ». À la vérité, celui qui voit le cœur des hommes jugea nécessaire de l’ordonner dans un cas particulier, celui du jeune chef riche. Mais il ne l’a jamais posé comme une règle générale pour tous les riches, dans toutes les générations qui suivraient. Sa direction générale est, premièrement : « Ne sois pas orgueilleux ». « Dieu ne considère pas ce que l’homme considère. » Il ne t’estime pas pour tes richesses, ta grandeur ou ton équipage, pour aucune qualité ou aucun talent que tu dois directement ou indirectement à ta fortune, qui peut être acheté ou procuré par elle. Tout cela est à ses yeux comme de la boue et de l’ordure : que cela soit tel aussi à tes yeux. Garde-toi de te croire le moins du monde plus sage ou meilleur pour toutes ces choses. Pèse-toi dans une autre balance : ne t’estime que d’après la mesure de foi et d’amour que Dieu t’a donnée. Si tu as plus de la connaissance et de l’amour de Dieu qu’un autre, tu es à ce titre, et à nul autre, plus sage et meilleur, plus estimable et plus honorable que celui qui est avec les chiens de ton troupeau. Mais si tu n’as pas ce trésor, tu es plus insensé, plus vil, plus véritablement méprisable, je ne dirai pas que le dernier des serviteurs sous ton toit, mais que le mendiant couché à ta porte, couvert d’ulcères.

18. Secondement : « Ne mets pas ton espérance dans des richesses incertaines ». Ne te confie pas en elles pour être secouru ; et ne te confie pas en elles pour être heureux.

Premièrement. Ne te confie pas en elles pour être secouru. Tu te trompes misérablement si tu cherches ce secours dans l’or ou dans l’argent. Ils ne sont pas plus capables de t’élever au-dessus du monde que de t’élever au-dessus du diable. Sache que le monde et le prince de ce monde se rient de tous ces préparatifs contre eux. Ils te serviront peu au jour de la détresse, — même s’ils te restent à l’heure de l’épreuve. Mais il n’est pas certain qu’ils te resteront ; car combien de fois « se font-elles des ailes et s’envolent » ! Et sinon, quel appui te donneront-ils, même dans les épreuves ordinaires de la vie ? Le désir de tes yeux, la femme de ta jeunesse, ton fils, ton fils unique, ou l’ami qui t’était comme ta propre âme, t’est enlevé d’un seul coup. Tes richesses ranimeront-elles l’argile sans souffle, ou rappelleront-elles celui qui l’habitait naguère ? Te garantiront-elles de la maladie, des infirmités, de la douleur ? Celles-ci ne visitent-elles que les pauvres ? Non ; celui qui paît tes troupeaux ou qui laboure ta terre a moins de maladies et de douleurs que toi. Il est plus rarement visité par ces hôtes importuns ; et s’ils y viennent, on les chasse plus aisément de la petite chaumière que des « palais qui touchent aux nues ». Et pendant que ton corps est châtié par la douleur, ou qu’il se consume dans une maladie de langueur, en quoi tes trésors te secourent-ils ? Que le pauvre païen réponde :

Ut lippum pictae tabulae, fomenta podagrum,

Auriculas citharae collecta sorde dolentes.

[Le secours que des tableaux offrent à des yeux malades,

Des tables chargées l’offrent à leur maître goutteux.]

19. Mais il y a, tout proche, une épreuve plus grande que toutes celles-là. Tu dois mourir ! Tu dois descendre dans la poussière ; retourner à la terre d’où tu as été pris, te mêler à l’argile commune. Ton corps doit retourner à la terre, comme il y était, tandis que ton esprit retourne à Dieu qui l’a donné. Et le temps approche : les années glissent d’un pas rapide quoique silencieux. Peut-être votre jour est-il bien avancé : le midi de la vie est passé, et les ombres du soir commencent à se poser sur vous. Vous sentez en vous-mêmes les approches certaines du déclin. Les ressorts de la vie s’usent rapidement. Or, quel secours y a-t-il dans vos richesses ? Adoucissent-elles la mort ? Vous rendent-elles chère cette heure solennelle ? Tout au contraire. « Ô mort, que ton souvenir est amer à l’homme qui vit en paix au milieu de ses biens ! » Combien lui est odieuse cette terrible sentence : « Cette nuit même ton âme te sera redemandée ! » Ou bien empêcheront-elles le coup importun, ou retarderont-elles l’heure redoutable ? Peuvent-elles délivrer votre âme, afin qu’elle ne voie pas la mort ? Peuvent-elles vous rendre les années qui sont passées ? Peuvent-elles ajouter au temps qui vous est assigné un mois, un jour, une heure, un instant ? — ou bien les biens que vous avez choisis pour votre part ici-bas vous suivront-ils par-delà le grand abîme ? Il n’en est rien. Nus vous êtes venus dans ce monde ; nus vous devez en sortir.

Linquenda tellus, et domus, et placens

Uxor; neque harum quas colis, arborum,

Te, praeter invisam cupressos,

Ulla brevem dominum sequetur!

[Voici la traduction que Boscawen a donnée de ces vers d’Horace :

Tes terres, ta maison, ton épouse chérie,

Il te faut les quitter : ainsi le veut le sort.

Nul arbre, dont les soins font le charme de ta vie,

Hors le triste cyprès, n’attend ta mort. — Édit.]

Assurément, si ces vérités n’étaient pas trop évidentes pour qu’on y prenne garde, parce qu’elles sont trop évidentes pour qu’on les nie, aucun homme qui doit mourir ne pourrait se confier, pour être secouru, en des richesses incertaines.

20. Et ne te confie pas en elles pour être heureux : car ici encore on les trouvera « trompeuses dans la balance ». À la vérité, tout homme raisonnable peut le conclure de ce qui a déjà été observé. Car si ni les milliers d’or et d’argent, ni aucun des avantages ou des plaisirs qu’ils procurent, ne peuvent empêcher que nous soyons misérables, il s’ensuit évidemment qu’ils ne peuvent nous rendre heureux. Quel bonheur peuvent-ils donner à celui qui, au milieu de tout cela, est contraint de s’écrier :

Dans mes cours nouvelles la triste pensée revient sans cesse,

Et sur mes lambris dorés plane le souci ?

En vérité, l’expérience est ici si pleine, si forte et si indéniable qu’elle rend tous les autres arguments inutiles. Appelons-en donc aux faits. Les riches et les grands sont-ils les seuls hommes heureux ? Et chacun d’eux est-il plus ou moins heureux à proportion de la mesure de ses richesses ? Sont-ils heureux le moins du monde ? J’allais presque dire qu’ils sont les plus misérables de tous les hommes ! Homme riche, pour une fois, dis la vérité du fond de ton cœur. Parle, et pour toi-même et pour tes frères !

Au sein de notre abondance, quelque chose encore, —

À moi, à toi, à lui, fait défaut !

Ce cruel quelque chose que l’on ne possède pas

Ronge et aigrit tout le reste.

Oui, et il en sera ainsi jusqu’à ce que tes jours pénibles de vanité soient enfermés dans la nuit de la mort.

Assurément donc, se confier dans les richesses pour être heureux, c’est la plus grande folie de toutes celles qui sont sous le soleil ! N’en êtes-vous pas convaincus ? Est-il possible que vous vous attendiez encore à trouver le bonheur dans l’argent, ou dans tout ce qu’il peut procurer ? Quoi ! l’argent et l’or, le manger et le boire, les chevaux et les serviteurs, les habits éclatants, les divertissements et les plaisirs (comme on les appelle) peuvent-ils te rendre heureux ? Ils pourraient tout aussi bien te rendre immortel !

21. Tout cela n’est que vaine apparence. N’y prends pas garde. Confie-toi dans le Dieu vivant ; ainsi tu seras en sûreté à l’ombre du Tout-Puissant ; sa fidélité et sa vérité seront ton bouclier et ta cuirasse. Il est un secours toujours présent dans la détresse, un secours qui ne peut jamais manquer. Alors tu diras, quand tous tes autres amis mourraient : « Le Seigneur est vivant, et béni soit mon puissant soutien ! » Il se souviendra de toi quand tu seras couché malade sur ton lit ; quand le secours de l’homme est vain. Quand toutes les choses de la terre ne peuvent plus te soutenir, il « retournera tout ton lit dans ta maladie ». Il adoucira ta douleur ; les consolations de Dieu te feront battre des mains au milieu des flammes. Et même lorsque « cette maison de terre » est presque abattue, lorsqu’elle est tout près de tomber en poussière, il t’enseignera à dire : « Ô mort, où est ton aiguillon ? Ô sépulcre, où est ta victoire ? grâces soient rendues à Dieu, qui » me « donne la victoire par » mon « Seigneur Jésus-Christ ».

Oh ! confie-toi en lui pour être heureux aussi bien que pour être secouru. Toutes les sources du bonheur sont en lui. Confie-toi en celui « qui nous donne avec abondance toutes choses pour que nous en jouissions », parechonti plousiOs panta eis apolausin, — qui, de sa riche et libre miséricorde, nous les présente comme de sa propre main, afin que, les recevant comme son don et comme des gages de son amour, nous jouissions de tout ce que nous possédons. C’est son amour qui donne de la saveur à tout ce que nous goûtons, — qui met en toutes choses la vie et la douceur, tandis que chaque créature nous élève jusqu’au grand Créateur, et que toute la terre est une échelle vers le ciel. Il fait passer les joies qui sont à sa droite dans tout ce qu’il accorde à ses enfants reconnaissants ; qui, étant en communion avec le Père et avec son Fils Jésus-Christ, jouissent de lui en toutes choses et par-dessus toutes choses.

22. Troisièmement, ne cherche pas à accroître tes biens. Ne t’amasse pas « des trésors sur la terre ». C’est un commandement formel et positif ; tout aussi clair que : « Tu ne commettras point d’adultère. » Comment donc est-il possible qu’un homme riche devienne plus riche sans renier le Seigneur qui l’a racheté ? Bien plus, comment un homme qui a déjà les choses nécessaires à la vie peut-il gagner davantage, ou y viser, et être innocent ? « Ne vous amassez pas, dit notre Seigneur, des trésors sur la terre. » Si, malgré cela, vous amassez et voulez amasser de l’argent ou des biens, que « la teigne ou la rouille peuvent détruire, ou que les voleurs peuvent percer et dérober » ; si vous voulez ajouter maison à maison, ou champ à champ, — pourquoi vous dites-vous chrétien ? Vous n’obéissez pas à Jésus-Christ. Vous n’en avez pas le dessein. Pourquoi vous appelez-vous de son nom ? « Pourquoi m’appelez-vous Seigneur, Seigneur! dit-il lui-même, Et ne faites-vous pas ce que je dis? »

23. Si vous demandez : « Mais que devons-nous faire de nos biens, puisque nous en avons plus que nous n’en avons besoin, s’il ne nous est pas permis de les amasser ? Faut-il les jeter ? » je réponds : Si vous les jetiez à la mer, si vous les jetiez au feu pour les consumer, ils seraient mieux employés qu’ils ne le sont maintenant. Vous ne pouvez trouver une manière de les jeter aussi pernicieuse que de les amasser pour votre postérité, ou de les dépenser pour vous-mêmes en folies et en superfluités. De toutes les manières possibles de les jeter, ces deux-là sont les pires de toutes ; les plus opposées à l’Évangile de Christ, et les plus pernicieuses pour votre propre âme.

Combien la seconde est pernicieuse pour votre propre âme, un écrivain récent l’a excellemment montré : —

« Si nous gaspillons notre argent, nous ne sommes pas seulement coupables de gaspiller un talent que Dieu nous a donné, mais nous nous faisons encore ce tort de plus : nous changeons ce talent utile en un puissant moyen de nous corrompre nous-mêmes ; parce que, dans la mesure où il est mal dépensé, il est dépensé à soutenir quelque disposition mauvaise, à satisfaire quelques désirs vains et déraisonnables auxquels, en tant que chrétiens, nous sommes obligés de renoncer.

« Comme l’esprit et les beaux talents ne peuvent pas simplement être dissipés en bagatelles, mais exposent ceux qui les possèdent à de plus grandes folies, de même l’argent ne peut pas simplement être dissipé en bagatelles ; mais, s’il n’est pas employé selon la raison et la religion, il fera mener aux gens une vie plus sotte et plus extravagante que celle qu’ils auraient menée sans lui. Si donc vous ne dépensez pas votre argent à faire du bien aux autres, vous ne pouvez que le dépenser à vous faire du mal à vous-mêmes. Vous agissez comme quelqu’un qui refuse à son ami malade le cordial qu’il ne peut boire lui-même sans s’enflammer le sang. Car tel est le cas de l’argent superflu : si vous le donnez à ceux qui en ont besoin, c’est un cordial ; si vous le dépensez pour vous-mêmes en quelque chose dont vous n’avez pas besoin, il ne fait qu’enflammer et troubler votre esprit.

« En employant les richesses là où elles n’ont aucun usage réel, et où nous n’en avons aucun besoin réel, nous ne les employons qu’à notre grand dommage : à créer des désirs déraisonnables, à nourrir de mauvaises dispositions, à céder à des passions insensées, et à entretenir une tournure d’esprit vaine. Car la bonne chère et les boissons recherchées, les beaux habits et les belles maisons, le faste et l’équipage, les plaisirs et les divertissements mondains, tout cela, par sa nature même, blesse et dérègle notre cœur. Ce sont là l’aliment et la nourriture de toute la folie et de toute la faiblesse de notre nature. Ce sont tous des soutiens de quelque chose qui ne devrait pas être soutenu. Ils sont contraires à cette sobriété et à cette piété de cœur qui savoure les choses divines. Ce sont autant de poids sur notre esprit, qui nous rendent moins capables et moins disposés à élever nos pensées et nos affections vers les choses d’en haut.

« De sorte que l’argent ainsi dépensé n’est pas simplement gaspillé ou perdu, mais il est dépensé à de mauvaises fins et pour de misérables effets ; à la corruption et au dérèglement de nos cœurs ; à nous rendre incapables de suivre les doctrines sublimes de l’Évangile. Ce n’est rien d’autre que de retenir l’argent des pauvres pour acheter du poison pour nous-mêmes. »

24. Également inexcusables sont ceux qui amassent ce dont ils n’ont besoin pour aucune fin raisonnable : —

« Si un homme avait des mains, des yeux et des pieds qu’il pût donner à ceux qui en manquent ; et s’il les enfermait dans un coffre au lieu de les donner à ses frères aveugles et boiteux, ne le regarderions-nous pas à juste titre comme un misérable inhumain ? S’il aimait mieux s’amuser à les entasser que de s’assurer une récompense éternelle en les donnant à ceux qui manquent d’yeux et de mains, ne pourrions-nous pas à juste titre le regarder comme un fou ?

« Or, l’argent tient beaucoup de la nature des yeux et des pieds. Si donc nous l’enfermons dans des coffres, tandis que les pauvres et les affligés en ont besoin pour leurs usages nécessaires, nous ne sommes pas loin de la cruauté de celui qui aime mieux entasser les mains et les yeux que de les donner à ceux qui en manquent. Si nous aimons mieux l’amasser que de nous assurer une récompense éternelle en disposant bien de notre argent, nous sommes coupables de la folie de celui qui aime mieux enfermer des yeux et des mains que de se rendre à jamais bienheureux en les donnant à ceux qui en manquent. »

25. N’est-ce pas là une autre raison pour laquelle les riches entreront si difficilement dans le royaume des cieux ? La grande majorité d’entre eux sont sous une malédiction, sous la malédiction particulière de Dieu ; en ce que, dans le cours général de leur vie, non seulement ils dérobent Dieu continuellement, détournant et dissipant les biens de leur Seigneur, et corrompant par ce moyen même leur propre âme ; mais encore ils dérobent les pauvres, ceux qui ont faim, ceux qui sont nus ; ils font tort à la veuve et à l’orphelin, et se rendent responsables de tout le besoin, de toute l’affliction et de toute la détresse qu’ils pourraient soulager, et ne soulagent pas. Bien plus, le sang de tous ceux qui périssent faute de ce qu’ils amassent ou dépensent sans nécessité ne crie-t-il pas contre eux de la terre ? Oh ! quel compte rendront-ils à celui qui est prêt à juger les vivants et les morts !

26. La vraie manière d’employer ce dont vous n’avez pas besoin vous-mêmes, vous pouvez, quatrièmement, l’apprendre de ces paroles de notre Seigneur qui sont la contrepartie de ce qui précède : « mais amassez-vous des trésors dans le ciel, où la teigne et la rouille ne détruisent point, et où les voleurs ne percent ni ne dérobent. » Place tout ce que tu peux épargner sur une meilleure garantie que celle que ce monde peut offrir. Dépose tes trésors dans la banque du ciel ; et Dieu te les rendra en ce jour-là. « Celui qui a pitié du pauvre prête à l’Éternel, et voici, ce qu’il aura donné lui sera rendu . » « Mets cela, dit-il, sur mon compte. Toutefois, tu te dois encore toi-même à moi ! »

Donne aux pauvres d’un œil simple, d’un cœur droit, et écris : « Tant donné à Dieu. » Car « toutes les fois que vous avez fait ces choses à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous les avez faites. »

C’est là le rôle de « l’économe fidèle et prudent » : ne pas vendre ses maisons, ni ses terres, ni son capital, qu’il soit plus ou moins grand, à moins que quelque circonstance particulière ne l’exige ; et ne pas désirer ni chercher à l’accroître, pas plus qu’à le dissiper en vanités ; mais l’employer tout entier aux fins sages et raisonnables pour lesquelles son Seigneur l’a déposé entre ses mains. L’économe sage, après avoir pourvu sa maison de ce qui est nécessaire à la vie et à la piété, se fait des amis, de temps en temps, avec tout ce qui reste des « richesses injustes, afin que, quand il viendra à manquer, ils le reçoivent dans les tabernacles éternels », — afin que, lorsque sa tente terrestre sera détruite, ceux qui ont été portés avant lui dans le sein d’Abraham, après avoir mangé de son pain, porté la toison de son troupeau et loué Dieu de cette consolation, puissent l’accueillir dans le paradis, et dans « l’édifice de Dieu, la demeure éternelle dans les cieux ».

27. Nous « recommandons » donc « à vous qui êtes riches du présent siècle », comme ayant autorité de notre grand Seigneur et Maître, agathoergein, d’être habituellement occupés à faire le bien, de vivre dans une suite de bonnes œuvres. Soyez miséricordieux comme votre Père qui est dans les cieux est miséricordieux ; lui qui fait le bien et ne cesse point. Soyez miséricordieux, jusqu’où ? Selon votre pouvoir, de toute la capacité que Dieu vous donne. Que ce soit là votre unique mesure dans le bien que vous faites, et non quelques maximes ou coutumes mesquines du monde. Nous vous recommandons « d’être riches en bonnes œuvres » ; puisque vous avez beaucoup, de donner abondamment. « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement. » — de telle sorte que vous n’amassiez de trésor que dans le ciel. Soyez « prompts à distribuer » à chacun selon son besoin. Répandez, donnez aux pauvres ; partagez votre pain avec celui qui a faim. Couvrez d’un vêtement celui qui est nu, recevez l’étranger, portez ou envoyez du soulagement à ceux qui sont en prison. Guérissez les malades ; non par miracle, mais par la bénédiction de Dieu sur votre secours donné à propos. Que la bénédiction de celui qui était près de périr d’un dénuement qui le consumait vienne sur toi. Défends l’opprimé, plaide la cause de l’orphelin, et remplis de joie le cœur de la veuve.

28. Nous vous exhortons, au nom du Seigneur Jésus-Christ, à être « disposés à faire part de vos biens » ; koinonikous einai : à être du même esprit (quoique non dans le même état extérieur) que ces croyants des anciens temps qui persévéraient en tei koinoniai, dans cette bienheureuse et sainte communion, où « Nul ne disait que ses biens lui appartinssent en propre, mais tout était commun entre eux. » Soyez économe, économe fidèle et prudent, de Dieu et des pauvres ; ne différant d’eux qu’en ces deux circonstances seulement : que vos besoins sont satisfaits les premiers sur la portion des biens de votre Seigneur qui demeure entre vos mains, et que vous avez le bonheur de donner. Ainsi, « amassez-vous un bon fondement », non dans le monde présent, mais plutôt « pour le temps à venir, afin que vous saisissiez la vie éternelle ». Le grand fondement, à la vérité, de toutes les bénédictions de Dieu, temporelles ou éternelles, c’est le Seigneur Jésus-Christ, — sa justice et son sang, — ce qu’il a fait et ce qu’il a souffert pour nous. Et, en ce sens, « personne ne peut poser un autre fondement » ; non, pas même un apôtre ; non, pas même un ange du ciel. Mais, par ses mérites, tout ce que nous faisons en son nom est un fondement pour une bonne récompense au jour où « chacun recevra sa propre récompense selon son propre travail ». C’est pourquoi « travaille » donc, toi, « non pour la nourriture qui périt, mais pour celle qui subsiste pour la vie éternelle ». C’est pourquoi « Tout ce que ta main » maintenant « trouve à faire avec ta force, fais-le ». C’est pourquoi

Ne laisse passer, sans y prendre garde, aucune occasion propice ;

Saisissant les moments d’or à mesure qu’ils s’envolent,

Assure-toi, par quelques années fugitives, l’éternité !

« Par la persévérance à bien faire, cherche » toi « l’honneur, la gloire et l’immortalité ». Dans l’accomplissement constant et zélé de toutes les bonnes œuvres, attends cette heure bienheureuse où le Roi dira : « j’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger; j’ai eu soif, et vous m’avez donné à boire; j’étais étranger, et vous m’avez recueilli; j’étais nu, et vous m’avez vêtu; j’étais malade, et vous m’avez visité; j’étais en prison, et vous êtes venus vers moi. — Venez, vous qui êtes bénis de mon Père; prenez possession du royaume qui vous a été préparé dès la fondation du monde. »

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