Chapitre 2 · 24 min de lecture · 31 min d’écoute
Le salut par la foi
Sermon 1
Le salut par la foi 55Prêché à St. Mary’s, à Oxford, devant l’Université, le 18 juin 1738.
« c’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. »
Éphésiens 2:8.
1. Toutes les bénédictions que Dieu a répandues sur l’homme procèdent de sa seule grâce, de sa libéralité, de sa faveur ; de sa faveur libre et imméritée ; d’une faveur entièrement imméritée, l’homme n’ayant aucun droit à la moindre de ses miséricordes. Ce fut la grâce gratuite qui « forma l’homme de la poussière de la terre, et lui insuffla une âme vivante », qui imprima sur cette âme l’image de Dieu, et qui « a tout mis sous ses pieds ». Cette même grâce gratuite nous conserve, aujourd’hui encore, la vie, la respiration et toutes choses. Car il n’est rien de ce que nous sommes, de ce que nous avons ou de ce que nous faisons, qui puisse mériter la moindre chose de la main de Dieu. « Toutes nos œuvres, c’est toi, ô Dieu, qui les as accomplies en nous. » Ce sont donc là autant de nouveaux témoignages de sa miséricorde gratuite ; et quelque justice qui se puisse trouver en l’homme, elle aussi est le don de Dieu.
2. Avec quoi donc l’homme pécheur expiera-t-il le moindre de ses péchés ? Avec ses propres œuvres ? Non. Fussent-elles aussi nombreuses ou aussi saintes qu’on voudra, elles ne sont pas à lui, mais à Dieu. Mais, en vérité, elles sont toutes en elles-mêmes impures et pécheresses, de sorte que chacune d’elles a besoin d’une nouvelle expiation. Il ne croît que du fruit corrompu sur un arbre corrompu. Et son cœur est entièrement corrompu et abominable, puisqu’il est de ceux qui « sont privés de la gloire de Dieu » — de cette glorieuse justice d’abord empreinte sur son âme, à l’image de son grand Créateur. C’est pourquoi, n’ayant rien à faire valoir, ni justice ni œuvres, sa bouche est entièrement fermée devant Dieu.
3. Si donc des hommes pécheurs trouvent grâce devant Dieu, c’est « grâce pour grâce » ! Si Dieu daigne encore répandre sur nous de nouvelles bénédictions, oui, la plus grande de toutes, le salut, que pouvons-nous dire à ces choses, sinon : « Grâces soient rendues à Dieu pour son don ineffable! » Et il en est bien ainsi. En ceci « Dieu prouve son amour envers nous, en ce que, lorsque nous étions encore des pécheurs, Christ est mort » pour nous sauver. C’est donc « par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi ». La grâce est la source, la foi la condition, du salut.
Or, afin que nous ne restions pas en deçà de la grâce de Dieu, il nous importe de rechercher avec soin, —
I. Quelle est la foi par laquelle nous sommes sauvés.
II. Quel est le salut qui est par la foi.
III. Comment nous pouvons répondre à quelques objections.
I. Quelle est la foi par laquelle nous sommes sauvés.
1. Et, premièrement, ce n’est pas simplement la foi d’un païen.
Or, Dieu requiert d’un païen qu’il croie « que Dieu existe, et qu’il est le rémunérateur de ceux qui le cherchent » ; et qu’il le faut chercher en le glorifiant comme Dieu, en lui rendant grâces pour toutes choses, et par une pratique attentive de la vertu morale, de la justice, de la miséricorde et de la vérité envers ses semblables. Un Grec ou un Romain, oui, un Scythe ou un Indien, était donc sans excuse s’il ne croyait pas au moins ceci : l’existence et les attributs de Dieu, un état futur de récompense et de châtiment, et le caractère obligatoire de la vertu morale. Car ce n’est là que la foi d’un païen.
2. Ce n’est pas non plus, secondement, la foi d’un démon, bien que celle-ci aille beaucoup plus loin que celle d’un païen. Car le démon croit, non seulement qu’il existe un Dieu sage et puissant, bon pour récompenser et juste pour punir, mais encore que Jésus est le Fils de Dieu, le Christ, le Sauveur du monde. Aussi le trouvons-nous déclarant en termes exprès : « Je sais qui tu es: le Saint de Dieu » (Luc 4:34). Et nous ne pouvons douter que cet esprit malheureux ne croie toutes les paroles qui sont sorties de la bouche du Saint, oui, et tout ce qui fut écrit d’ailleurs par ces saints hommes d’autrefois, à deux desquels il fut contraint de rendre ce glorieux témoignage : « Ces hommes sont les serviteurs du Dieu Très-Haut, et ils vous annoncent la voie du salut. » Voilà donc ce que croit le grand ennemi de Dieu et de l’homme, et il tremble en le croyant : que Dieu a été manifesté en chair ; qu’il aura « mis tous les ennemis sous ses pieds » ; et que « Toute Écriture est inspirée de Dieu ». Jusque-là va la foi d’un démon.
3. Troisièmement. La foi par laquelle nous sommes sauvés, dans le sens du mot qui sera expliqué plus loin, n’est pas simplement celle que les apôtres eux-mêmes avaient tandis que Christ était encore sur la terre ; bien qu’ils crussent en lui au point de « tout quitter et le suivre » ; bien qu’ils eussent alors le pouvoir de faire des miracles, de « guérir toute maladie et toute infirmité » ; bien plus, ils avaient alors « force et pouvoir sur tous les démons » ; et, ce qui surpasse tout cela, ils furent envoyés par leur Maître « prêcher le royaume de Dieu ».
4. Quelle est donc la foi par laquelle nous sommes sauvés ? On peut répondre, premièrement, en général, que c’est une foi en Christ : Christ, et Dieu par Christ, en sont les objets propres. Par là, elle se distingue suffisamment, absolument, de la foi des païens, anciens ou modernes. Et de la foi d’un démon elle se distingue pleinement en ceci : elle n’est pas simplement une chose spéculative et rationnelle, un assentiment froid et sans vie, une suite d’idées dans la tête, mais aussi une disposition du cœur. Car ainsi parle l’Écriture : « c’est en croyant du cœur qu’on parvient à la justice » ; et : « Si tu confesses de ta bouche le Seigneur Jésus, et si tu crois dans ton cœur que Dieu l’a ressuscité des morts, tu seras sauvé. »
5. Et elle diffère en ceci de la foi que les apôtres eux-mêmes avaient tandis que notre Seigneur était sur la terre : elle reconnaît la nécessité et le mérite de sa mort, et la puissance de sa résurrection. Elle reconnaît sa mort comme le seul moyen suffisant de racheter l’homme de la mort éternelle, et sa résurrection comme le rétablissement de nous tous dans la vie et l’immortalité, puisqu’il « a été livré pour nos offenses, et est ressuscité pour notre justification ». La foi chrétienne est donc, non seulement un assentiment à tout l’Évangile de Christ, mais aussi un plein appui sur le sang de Christ ; une confiance dans les mérites de sa vie, de sa mort et de sa résurrection ; un repos sur lui comme notre expiation et notre vie, comme donné pour nous et vivant en nous ; et, par voie de conséquence, une union avec lui et un attachement à lui comme notre « sagesse, justice et sanctification et rédemption », ou, en un mot, notre salut.
II. Quel est le salut qui est par cette foi : c’est la seconde chose à considérer.
1. Et, premièrement, quoi qu’il implique d’autre, c’est un salut présent. C’est une chose qui peut être atteinte, oui, qui est réellement atteinte, sur la terre, par ceux qui ont part à cette foi. Car ainsi parle l’apôtre aux croyants d’Éphèse, et en eux aux croyants de tous les âges, non pas : Vous serez (bien que cela aussi soit vrai), mais : « vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. »
2. Vous êtes sauvés (pour tout renfermer en un mot) du péché. Voilà le salut qui est par la foi. Voilà ce grand salut annoncé par l’ange avant que Dieu introduisît son Premier-né dans le monde : « tu lui donneras le nom de Jésus; c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. » Et ni ici, ni dans d’autres parties de l’Écriture sainte, il n’y a de limitation ou de restriction. Tout son peuple, ou, comme il est dit ailleurs, « tous ceux qui croient en lui », il les sauvera de tous leurs péchés : du péché originel et actuel, passé et présent, « de la chair et de l’esprit ». Par la foi qui est en lui, ils sont sauvés et de la culpabilité et de la puissance du péché.
3. Premièrement. De la culpabilité de tout péché passé : car, alors que le monde entier est coupable devant Dieu, à tel point que, s’il « prenait garde avec rigueur à ce qui se fait de mal, nul ne pourrait le supporter » ; et alors que « c’est par la loi que vient » seulement « la connaissance du péché », mais nulle délivrance, en sorte que nulle chair ne peut être justifiée devant lui en accomplissant « les œuvres de la loi » : maintenant, la « justice de Dieu par la foi en Jésus-Christ pour tous ceux qui croient » est manifestée. Maintenant, « ils sont gratuitement justifiés par sa grâce, par le moyen de la rédemption qui est en Jésus-Christ ». « Dieu l’a établi comme propitiation par la foi en son sang, pour manifester sa justice pour (ou par) la rémission des péchés commis auparavant. » Maintenant Christ a ôté « la malédiction de la loi, étant devenu malédiction pour nous ». Il a « effacé l’acte qui subsistait contre nous, il l’a ôté du milieu, le clouant à sa croix ». « Il n’y a donc maintenant aucune condamnation pour ceux qui » croient « en Jésus-Christ ».
4. Et, étant sauvés de la culpabilité, ils sont sauvés de la crainte. Non pas, certes, d’une crainte filiale d’offenser, mais de toute crainte servile ; de cette crainte qui suppose un châtiment ; de la crainte de la punition ; de la crainte de la colère de Dieu, qu’ils ne regardent plus désormais comme un Maître sévère, mais comme un Père plein d’indulgence. « Ils n’ont point reçu de nouveau un esprit de servitude, mais l’Esprit d’adoption, par lequel ils crient : Abba ! Père ! l’Esprit lui-même rendant aussi témoignage à leur esprit qu’ils sont enfants de Dieu. » Ils sont aussi sauvés de la crainte, bien que non de la possibilité, de déchoir de la grâce de Dieu et de rester en deçà des grandes et précieuses promesses. Ainsi ont-ils « la paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus-Christ. Ils se glorifient dans l’espérance de la gloire de Dieu. Et l’amour de Dieu est répandu dans leurs cœurs par le Saint-Esprit qui leur a été donné. » Et par là ils sont persuadés (non peut-être en tout temps, ni avec la même plénitude de persuasion) que « ni la mort, ni la vie, ni les choses présentes, ni les choses à venir, ni la hauteur, ni la profondeur, ni aucune autre créature, ne pourra les séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ notre Seigneur ».
5. Ensuite : par cette foi ils sont sauvés de la puissance du péché, aussi bien que de sa culpabilité. Ainsi l’apôtre le déclare : « vous le savez, Jésus a paru pour ôter les péchés, et il n’y a point en lui de péché. Quiconque demeure en lui ne pèche point » (1 Jean 3:5 et suiv.). Et encore : « Petits enfants, que personne ne vous séduise. Celui qui pèche est du diable. Quiconque croit est né de Dieu. Et quiconque est né de Dieu ne pratique pas le péché, parce que la semence de Dieu demeure en lui; et il ne peut pécher, parce qu’il est né de Dieu. » Une fois encore : « Nous savons que quiconque est né de Dieu ne pèche point; mais celui qui est né de Dieu se garde lui-même, et le malin ne le touche pas. » (1 Jean 5:18).
6. Celui qui est, par la foi, né de Dieu ne pèche point : (1.) par aucun péché habituel, car tout péché habituel est un péché qui règne ; or le péché ne peut régner en aucun de ceux qui croient. Ni (2.) par aucun péché volontaire, car sa volonté, tant qu’il demeure dans la foi, est entièrement opposée à tout péché, et l’abhorre comme un poison mortel. Ni (3.) par aucun désir coupable, car il désire continuellement la sainte et parfaite volonté de Dieu ; et toute tendance vers un désir impur, il l’étouffe dès sa naissance par la grâce de Dieu. Ni (4.) ne pèche-t-il par infirmités, soit en acte, soit en parole, soit en pensée, car ses infirmités n’ont pas le concours de sa volonté, et sans ce concours elles ne sont pas proprement des péchés. Ainsi, « Quiconque est né de Dieu ne pratique pas le péché » ; et bien qu’il ne puisse pas dire qu’il n’a pas péché, maintenant pourtant il « ne pèche point ».
7. Tel est donc le salut qui est par la foi, dès ce monde présent : un salut du péché et des conséquences du péché, souvent exprimés l’un et l’autre par le mot justification ; lequel, pris dans son sens le plus large, implique une délivrance de la culpabilité et du châtiment, par l’expiation de Christ réellement appliquée à l’âme du pécheur qui croit maintenant en lui, et une délivrance de la puissance du péché par Christ formé dans son cœur. En sorte que celui qui est ainsi justifié, ou sauvé par la foi, est véritablement né de nouveau. Il est né de nouveau de l’Esprit à une vie nouvelle, qui « est cachée avec Christ en Dieu ». Et, comme un enfant nouveau-né, il reçoit avec joie l’adolon, le « lait pur de la parole, et il croît par lui » ; il avance dans la force du Seigneur son Dieu, de foi en foi, de grâce en grâce, jusqu’à ce qu’enfin il parvienne « à l’état d’homme fait, à la mesure de la stature parfaite de Christ ».
III. La première objection qu’on fait d’ordinaire à ceci est :
1. Que prêcher le salut, ou la justification, par la foi seule, c’est prêcher contre la sainteté et les bonnes œuvres. À quoi l’on pourrait faire cette courte réponse : « Il en serait ainsi si nous parlions, comme certains le font, d’une foi séparée de ces choses ; mais nous parlons d’une foi qui ne l’est pas, et qui produit toutes les bonnes œuvres et toute la sainteté. »
2. Mais il peut être utile de la considérer plus au long, d’autant que ce n’est pas une objection nouvelle, mais qu’elle est aussi ancienne que le temps de saint Paul. Car déjà l’on demandait alors : « Anéantissons-nous donc la loi par la foi? » Nous répondons, premièrement, que tous ceux qui ne prêchent pas la foi anéantissent manifestement la loi : soit directement et grossièrement, par des restrictions et des commentaires qui rongent tout l’esprit du texte ; soit indirectement, en n’indiquant pas le seul moyen par lequel il est possible de l’accomplir. Tandis que, secondement, « nous confirmons la loi », et en montrant toute son étendue et son sens spirituel, et en appelant tous les hommes à cette voie vivante par laquelle « la justice de la loi fût accomplie en » eux. Ceux-là, tout en se confiant au seul sang de Christ, usent de toutes les ordonnances qu’il a instituées, font toutes les « bonnes œuvres, que Dieu a préparées d’avance », afin qu’ils y marchent, et goûtent et manifestent toutes les dispositions saintes et célestes, oui, les sentiments mêmes qui étaient en Jésus-Christ.
3. Mais la prédication de cette foi ne conduit-elle pas les hommes à l’orgueil ? Nous répondons : accidentellement, cela se peut ; c’est pourquoi tout croyant doit être sérieusement averti, par les paroles du grand apôtre : « pour cause d’incrédulité », les premières branches « ont été retranchées ; et toi, tu subsistes par la foi. Ne t’abandonne pas à l’orgueil, mais crains; car si Dieu n’a pas épargné les branches naturelles, il ne t’épargnera pas non plus. Considère donc la bonté et la sévérité de Dieu: sévérité envers ceux qui sont tombés, et bonté de Dieu envers toi, si tu demeures ferme dans cette bonté; autrement, tu seras aussi retranché. » Et tant qu’il y demeure, il se souviendra de ces paroles de saint Paul, qui prévoit et réfute cette objection même (Romains 3:27) : « Où donc est le sujet de se glorifier? Il est exclu. Par quelle loi? Par la loi des œuvres? Non, mais par la loi de la foi. » Si un homme était justifié par ses œuvres, il aurait de quoi se glorifier. Mais il n’y a pas de sujet de gloire pour « celui qui ne fait point d’œuvre, mais qui croit en celui qui justifie l’impie » (Romains 4:5). Les paroles qui précèdent et qui suivent le texte vont dans le même sens (Éphésiens 2:4 et suiv.) : « Dieu, qui est riche en miséricorde, alors que nous étions morts par nos péchés, nous a rendus à la vie avec Christ (c’est par grâce que vous êtes sauvés), afin de montrer l’infinie richesse de sa grâce par sa bonté envers nous en Jésus-Christ. Car c’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous. » Ni votre foi ni votre salut ne viennent de vous-mêmes : « c’est le don de Dieu » ; le don libre et immérité ; la foi par laquelle vous êtes sauvés, aussi bien que le salut que, de son propre bon plaisir, par sa seule faveur, il y attache. Que vous croyiez, c’est un effet de sa grâce ; que, croyant, vous soyez sauvés, en est un autre. « Ce n’est point par les œuvres, afin que personne ne se glorifie. » Car toutes nos œuvres, toute notre justice, antérieures à notre foi, ne méritaient de Dieu que la condamnation ; tant s’en faut qu’elles méritassent la foi, laquelle, par conséquent, chaque fois qu’elle est donnée, ne vient pas des œuvres. Le salut ne vient pas non plus des œuvres que nous faisons quand nous croyons, car c’est alors Dieu qui opère en nous ; et ainsi, qu’il nous donne une récompense pour ce qu’il opère lui-même, cela ne fait que relever les richesses de sa miséricorde, et ne nous laisse rien dont nous puissions nous glorifier.
4. « Mais parler ainsi de la miséricorde de Dieu, comme sauvant ou justifiant gratuitement par la foi seule, n’est-ce pas encourager les hommes dans le péché ? » Assurément, cela peut arriver et cela arrivera : beaucoup demeureront « dans le péché, afin que la grâce abonde » : mais leur sang retombera sur leur propre tête. La bonté de Dieu devrait les pousser à la repentance ; et c’est ce qu’elle fera chez ceux qui sont sincères de cœur. Quand ils sauront qu’il y a encore pardon auprès de lui, ils crieront à grands cris pour qu’il efface aussi leurs péchés, par la foi qui est en Jésus. Et s’ils crient avec ardeur et ne se lassent point, s’ils le cherchent par tous les moyens qu’il a institués, s’ils refusent d’être consolés jusqu’à ce qu’il vienne, il « viendra, et il ne tardera pas ». Et il peut faire beaucoup d’ouvrage en peu de temps. Nombreux sont les exemples, dans les Actes des Apôtres, de Dieu opérant cette foi dans le cœur des hommes, comme la foudre qui tombe du ciel. Ainsi, à l’heure même où Paul et Silas commencèrent à prêcher, le geôlier se repentit, crut et fut baptisé ; comme le furent les trois mille, par saint Pierre, au jour de la Pentecôte, qui tous se repentirent et crurent à sa première prédication. Et, béni soit Dieu, il y a aujourd’hui beaucoup de preuves vivantes qu’il est encore « puissant pour sauver ».
5. Cependant, contre cette même vérité, envisagée sous un autre jour, on élève une objection tout opposée : « Si un homme ne peut être sauvé par tout ce qu’il peut faire, cela poussera les hommes au désespoir. » C’est vrai : au désespoir d’être sauvés par leurs propres œuvres, leurs propres mérites ou leur propre justice. Et il doit en être ainsi, car nul ne peut se confier aux mérites de Christ avant d’avoir entièrement renoncé aux siens. Celui qui « cherche à établir sa propre justice » ne peut recevoir la justice de Dieu. La justice qui vient de la foi ne peut lui être donnée tant qu’il se confie en celle qui vient de la loi.
6. Mais c’est là, dit-on, une doctrine sans consolation. Le diable a parlé selon sa nature, c’est-à-dire sans vérité ni pudeur, quand il a osé suggérer aux hommes qu’elle est telle. C’est la seule doctrine consolante ; elle est « pleine de consolation » pour tous les pécheurs qui se sont perdus et condamnés eux-mêmes. « Quiconque croit en lui ne sera point confus » ; il y a « un même Seigneur, qui est riche pour tous ceux qui l’invoquent » : voilà une consolation haute comme le ciel, plus forte que la mort ! Quoi ! miséricorde pour tous ? Pour Zachée, un voleur public ? Pour Marie-Madeleine, une prostituée notoire ? Il me semble entendre quelqu’un dire : « Alors moi, moi aussi, je puis espérer miséricorde ! » Oui, tu le peux, toi l’affligé que personne n’a consolé ! Dieu ne rejettera pas ta prière. Bien plus, peut-être te dira-t-il dans l’heure qui vient : « Prends courage, mon enfant, tes péchés te sont pardonnés » ; pardonnés au point qu’ils ne régneront plus sur toi ; oui, et « le Saint-Esprit rendra témoignage à ton esprit que tu es enfant de Dieu ». Ô bonne nouvelle ! nouvelle d’une grande joie, envoyée à tout le peuple ! « Vous tous qui avez soif, venez aux eaux : Venez, achetez, sans argent, sans rien payer! » Quels que soient vos péchés, fussent-ils « rouges comme la pourpre », fussent-ils plus nombreux que les cheveux de votre tête, « retournez à l’Éternel, et il aura pitié de vous, à notre Dieu, car il pardonne abondamment ».
7. Quand il ne se présente plus d’objections, on nous dit simplement que le salut par la foi seule ne doit pas être prêché comme la première doctrine, ou, du moins, ne doit pas être prêché du tout. Mais que dit le Saint-Esprit ? « personne ne peut poser un autre fondement que celui qui a été posé, savoir Jésus-Christ. » Ainsi donc, que « quiconque croit en lui sera sauvé », voilà ce qui est, et doit être, le fondement de toute notre prédication ; c’est-à-dire ce qui doit être prêché en premier. « Soit, mais pas à tous. » À qui donc ne devons-nous pas le prêcher ? Qui excepterons-nous ? Les pauvres ? Non ; ils ont un droit particulier à ce que l’Évangile leur soit annoncé. Les ignorants ? Non. Dieu a révélé ces choses, dès le commencement, à des hommes du peuple sans instruction. Les jeunes ? Nullement. « Laissez-les », de toute manière, « venir à Christ, et ne les en empêchez pas. » Les pécheurs ? Moins que personne. « Il n’est pas venu appeler des justes, mais des pécheurs à la repentance. » Si donc nous devons excepter quelqu’un, ce sont les riches, les savants, les gens considérés, les hommes de bonnes mœurs. Et, il est vrai, ils s’exceptent trop souvent eux-mêmes de l’écoute ; nous devons pourtant dire les paroles de notre Seigneur. Car telle est la teneur de notre mandat : « Allez et prêchez la bonne nouvelle à toute créature. » Si quelqu’un la tord, elle ou quelque partie, à sa propre perte, il portera son propre fardeau. Mais toujours : « L’Éternel est vivant ! nous annoncerons tout ce que l’Éternel nous dira. »
8. En ce temps surtout nous annoncerons que « c’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi » ; parce que jamais le maintien de cette doctrine ne fut plus de saison qu’il ne l’est aujourd’hui. Rien d’autre ne peut empêcher efficacement le progrès parmi nous de l’illusion romaine. Ce serait une tâche sans fin d’attaquer une à une toutes les erreurs de cette Église. Mais le salut par la foi frappe à la racine, et toutes tombent à la fois là où il est établi. C’est cette doctrine, que notre Église appelle justement le roc solide et le fondement de la religion chrétienne, qui chassa d’abord le papisme de ces royaumes ; et c’est elle seule qui peut l’en tenir éloigné. Rien d’autre ne peut mettre un frein à cette immoralité qui a « couvert le pays comme un déluge ». Pouvez-vous vider le grand abîme goutte à goutte ? Alors vous pourrez nous réformer par des exhortations contre des vices particuliers. Mais que « la justice qui vient de Dieu par la foi soit introduite, et ainsi ses flots orgueilleux seront arrêtés. Rien d’autre ne peut fermer la bouche à ceux qui « mettent leur gloire dans ce qui fait leur honte, et renient ouvertement le Seigneur qui les a rachetés ». Ils peuvent parler de la loi aussi sublimement que celui qui la porte écrite par Dieu dans son cœur. À les entendre parler sur ce chapitre, on pourrait être tenté de croire qu’ils ne sont pas loin du royaume de Dieu ; mais faites-les passer de la loi à l’Évangile ; commencez par la justice de la foi, par Christ, « la fin de la loi pour tous ceux qui croient » ; et ceux qui, l’instant d’avant, paraissaient presque, sinon tout à fait chrétiens, se révèlent les fils de perdition, aussi éloignés de la vie et du salut (que Dieu leur fasse miséricorde !) que la profondeur de l’enfer l’est de la hauteur des cieux.
9. C’est pour cette raison que l’adversaire entre dans une telle fureur chaque fois que le « salut par la foi » est annoncé au monde ; c’est pour cette raison qu’il souleva la terre et l’enfer pour détruire ceux qui le prêchèrent les premiers. Et pour la même raison, sachant que la foi seule pouvait renverser les fondements de son royaume, il rassembla toutes ses forces et employa tous ses artifices de mensonge et de calomnie pour effrayer Martin Luther et l’empêcher de la faire revivre. Nous ne saurions nous en étonner ; car, comme le remarque cet homme de Dieu : « Combien un homme fort, orgueilleux et bien armé n’enragerait-il pas d’être arrêté et tenu pour rien par un petit enfant qui vient contre lui, un roseau à la main ! » surtout s’il savait que ce petit enfant le renverserait à coup sûr et le foulerait aux pieds. Ainsi soit-il, Seigneur Jésus ! C’est ainsi que toujours ta puissance « s’accomplit dans la faiblesse » ! Va donc, petit enfant qui crois en lui, et sa « droite t’enseignera des choses terribles » ! Bien que tu sois sans secours et faible comme un enfant de quelques jours, l’homme fort ne pourra tenir devant toi. Tu prévaudras contre lui, tu le soumettras, tu le renverseras et le fouleras sous tes pieds. Tu marcheras en avant, sous le grand Chef de ton salut, « en vainqueur et pour vaincre », jusqu’à ce que tous tes ennemis soient détruits et que se vérifie cette parole : « La mort a été engloutie dans la victoire ».
Or, grâces soient rendues à Dieu, qui nous donne la victoire par notre Seigneur Jésus-Christ ; à qui, avec le Père et le Saint-Esprit, soient la bénédiction, et la gloire, et la sagesse, et l’action de grâces, et l’honneur, et la puissance, et la force, aux siècles des siècles. Amen
Chapitre 2 terminé
Le salut par la foi