Sermons sur divers sujets
Discours 7

Chapitre 28 · 39 min de lecture · 50 min d’écoute

Discours 7

Sermon 27

Sur le Sermon de notre Seigneur sur la montagne

Discours 7

« Lorsque vous jeûnez, ne prenez pas un air triste, comme les hypocrites, qui se rendent le visage tout défait, pour montrer aux hommes qu’ils jeûnent. Je vous le dis en vérité, ils reçoivent leur récompense. Mais quand tu jeûnes, parfume ta tête et lave ton visage, afin de ne pas montrer aux hommes que tu jeûnes, mais à ton Père qui est là dans le lieu secret; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. »

Matthieu 6:16–18.

1. Ç’a été l’effort de Satan, depuis le commencement du monde, de séparer ce que Dieu a joint ; de séparer la religion intérieure de la religion extérieure ; de mettre l’une en opposition avec l’autre. Et en cela il n’a pas eu un mince succès parmi ceux qui étaient « ignorants de ses desseins ».

Beaucoup, dans tous les âges, ayant du zèle pour Dieu, mais sans intelligence, se sont strictement attachés à « la justice qui vient de la loi », à l’accomplissement des devoirs extérieurs, tout en négligeant entièrement la justice intérieure, « la justice qui vient de Dieu par la foi ». Et beaucoup se sont jetés dans l’extrême opposé, méprisant tous les devoirs extérieurs, peut-être même jusqu’à « parler mal de la loi et juger la loi », en tant qu’elle en prescrit l’accomplissement.

2. C’est par cette même ruse de Satan que la foi et les œuvres ont été si souvent mises en opposition l’une avec l’autre. Et beaucoup de ceux qui avaient un vrai zèle pour Dieu sont, pour un temps, tombés dans le piège, d’un côté ou de l’autre. Les uns ont exalté la foi jusqu’à exclure entièrement les bonnes œuvres, non seulement d’être la cause de notre justification (car nous savons que l’homme est justifié gratuitement par la rédemption qui est en Jésus), mais d’en être le fruit nécessaire, oui, d’avoir la moindre place dans la religion de Jésus-Christ. D’autres, désireux d’éviter cette dangereuse erreur, sont allés tout aussi loin dans le sens contraire ; et ils ont soutenu ou bien que les bonnes œuvres étaient la cause, ou du moins la condition préalable, de la justification, — ou bien ils en ont parlé comme si elles étaient le tout, toute la religion de Jésus-Christ.

3. De la même manière, la fin et les moyens de la religion ont été mis en opposition l’un avec l’autre. Certains hommes bien intentionnés ont paru placer toute la religion dans l’assistance aux Prières de l’Église, la réception de la sainte cène, l’audition des sermons et la lecture des livres de piété ; négligeant cependant la fin de toutes ces choses, l’amour de Dieu et du prochain. Et cela même a confirmé d’autres dans la négligence, sinon dans le mépris, des ordonnances de Dieu, — si misérablement détournées pour saper et renverser la fin même qu’elles étaient destinées à établir.

4. Mais de tous les moyens de grâce, il n’en est guère au sujet duquel les hommes se soient jetés dans de plus grands extrêmes que celui dont notre Seigneur parle dans les paroles citées plus haut, je veux dire le jeûne religieux. Comme les uns l’ont élevé au-dessus de toute Écriture et de toute raison ; — et comme d’autres l’ont entièrement méprisé ; se vengeant, pour ainsi dire, en le rabaissant autant que les premiers l’avaient surestimé ! Ceux-là en ont parlé comme s’il était le tout ; sinon la fin elle-même, du moins infailliblement lié à elle : ceux-ci, comme s’il n’était absolument rien, comme s’il était un travail stérile, sans aucun rapport avec elle. Or il est certain que la vérité se trouve entre les deux. Il n’est pas tout, et il n’est pas rien non plus. Il n’est pas la fin, mais il est un moyen précieux pour y parvenir ; un moyen que Dieu lui-même a institué, et dans lequel, par conséquent, quand on en use comme il faut, il nous donnera sûrement sa bénédiction.

Afin de mettre cela dans la plus vive lumière, je m’efforcerai de montrer, premièrement, quelle est la nature du jeûne, et quelles en sont les diverses sortes et les divers degrés : secondement, quels en sont les raisons, les fondements et les fins : troisièmement, comment nous pouvons répondre aux objections les plus spécieuses qu’on lui oppose : et quatrièmement, de quelle manière il doit être pratiqué.

I. 1. Je m’efforcerai de montrer, premièrement, quelle est la nature du jeûne, et quelles en sont les diverses sortes et les divers degrés. Quant à sa nature, tous les écrivains inspirés, tant dans l’Ancien Testament que dans le Nouveau, prennent le mot jeûner dans un seul et même sens : ne pas manger, s’abstenir de nourriture. Cela est si clair que ce serait peine perdue de citer les paroles de David, de Néhémie, d’Ésaïe et des prophètes qui suivirent, ou de notre Seigneur et de ses apôtres ; tous s’accordent en ceci, que jeûner, c’est ne pas manger pendant un temps prescrit.

2. À cela, les anciens joignaient d’ordinaire d’autres circonstances, qui n’avaient avec lui aucun lien nécessaire. Telles étaient la négligence de leur vêtement ; l’abandon des ornements qu’ils avaient coutume de porter ; le port du deuil ; la cendre répandue sur leur tête ; ou le sac porté à même la peau. Mais nous trouvons peu de mention, dans le Nouveau Testament, d’aucune de ces circonstances indifférentes. Il ne paraît pas non plus que les chrétiens des âges les plus purs y aient attaché la moindre importance ; quoique certains pénitents aient pu en user volontairement, comme de signes extérieurs de l’humiliation intérieure. Bien moins encore les apôtres, ou les chrétiens leurs contemporains, se frappaient-ils ou se déchiraient-ils la chair : une telle discipline n’était pas indigne des prêtres ou des adorateurs de Baal. Les dieux des païens n’étaient que des démons ; et il était sans doute agréable à leur dieu-démon que ses prêtres (1 Rois 18:28) « crièrent à haute voix, et ils se firent, selon leur coutume, des incisions … jusqu’à ce que le sang coulât sur eux » : mais cela ne peut plaire à celui qui « est venu, non pour perdre les âmes des hommes, mais pour les sauver », ni convenir à ses disciples.

3. Quant aux degrés ou à la mesure du jeûne, nous avons des exemples de certains qui ont jeûné plusieurs jours de suite. Ainsi Moïse, Élie et notre bienheureux Seigneur, revêtus pour cela d’une force surnaturelle, ont jeûné, selon le récit de l’Écriture, sans interruption, « quarante jours et quarante nuits ». Mais le temps de jeûne le plus souvent mentionné dans l’Écriture est d’un jour, du matin jusqu’au soir. Et c’était là le jeûne communément observé parmi les anciens chrétiens. Mais outre ceux-là, ils avaient aussi leurs demi-jeûnes (Semijejunia, comme les appelle Tertullien) le quatrième et le sixième jour de la semaine (le mercredi et le vendredi), tout au long de l’année ; ces jours-là, ils ne prenaient aucune nourriture avant trois heures de l’après-midi, l’heure où ils revenaient du service public.

4. Très proche de cela est ce que notre Église semble entendre particulièrement par le terme d’abstinence ; on peut y recourir quand on ne peut jeûner entièrement, pour cause de maladie ou de faiblesse corporelle. Elle consiste à manger peu ; à s’abstenir en partie ; à prendre une quantité de nourriture moindre que d’habitude. Je ne me souviens d’aucun exemple de cela dans l’Écriture. Mais je ne puis pas non plus la condamner, car l’Écriture ne la condamne pas. Elle peut avoir son utilité et recevoir une bénédiction de Dieu.

5. La forme la plus basse du jeûne, si on peut l’appeler de ce nom, est l’abstinence des aliments agréables. Nous en avons plusieurs exemples dans l’Écriture, outre celui de Daniel et de ses compagnons, qui, par une considération particulière, à savoir afin de « ne pas se souiller par les mets du roi et par le vin dont le roi buvait » (le roi leur avait assigné une provision quotidienne de l’un et de l’autre), demandèrent et obtinrent du chef des eunuques des légumes à manger et de l’eau à boire. (Daniel 1:8.) Peut-être d’une imitation mal entendue de cet exemple est née la très ancienne coutume de s’abstenir de viande et de vin pendant les temps mis à part pour le jeûne et l’abstinence ; — à moins qu’elle ne soit plutôt venue de la supposition que c’étaient là les aliments les plus agréables, et de la croyance qu’il convenait d’user de ce qui plaisait le moins dans ces temps où l’on s’approche solennellement de Dieu.

6. Dans l’Église juive, il y avait certains jeûnes fixes. Tel était le jeûne du septième mois, institué par Dieu lui-même pour être observé par tout Israël sous la peine la plus sévère. « L’Éternel parla à Moïse, et dit : Le dixième jour de ce septième mois, ce sera le jour des expiations : vous humilierez vos âmes, — où doit être faite pour vous l’expiation devant l’Éternel, votre Dieu. Toute personne qui ne s’humiliera pas ce jour-là sera retranchée de son peuple. » (Lévitique 23:26.) Dans les âges suivants, plusieurs autres jeûnes fixes furent ajoutés à ceux-là. Ainsi le prophète Zacharie fait mention du jeûne non seulement « du septième, mais aussi du quatrième, du cinquième et du dixième mois ». (Zacharie 8:19)

Dans l’ancienne Église chrétienne, il y avait de même des jeûnes fixes, les uns annuels, les autres hebdomadaires. De la première sorte était celui qui précédait Pâques ; observé par certains pendant quarante-huit heures ; par d’autres, pendant une semaine entière ; par beaucoup, pendant deux semaines ; sans prendre aucune nourriture avant le soir de chaque jour : de la seconde, ceux du quatrième et du sixième jour de la semaine, observés (comme l’écrit Épiphane, qui le relève comme un fait indéniable) en holei tei oikoumenei, dans toute la terre habitée ; du moins en tout lieu où des chrétiens avaient leur demeure. Les jeûnes annuels de notre Église sont les quarante jours du Carême, les Quatre-Temps aux quatre saisons, les Rogations, et les vigiles ou veilles de plusieurs fêtes solennelles ; les hebdomadaires, tous les vendredis de l’année, excepté le jour de Noël.

Mais outre ceux qui étaient fixés, il y a toujours eu, en toute nation qui craint Dieu, des jeûnes occasionnels, institués de temps à autre, selon que les circonstances et les occasions particulières de chacun l’exigeaient. Ainsi, quand les fils de Moab et les fils d’Ammon marchèrent contre Josaphat pour lui faire la guerre, Josaphat se disposa à chercher l’Éternel, et publia un jeûne pour tout Juda. (2 Chroniques 20:1, 3) Et ainsi, la cinquième année de Jojakim, fils de Josias, le neuvième mois, alors qu’ils craignaient le roi de Babylone, les chefs de Juda « publièrent un jeûne devant l’Éternel pour tout le peuple de Jérusalem ». (Jérémie 36:9)

Et de la même manière, les particuliers qui prennent garde à leurs voies, et qui désirent marcher humblement et étroitement avec Dieu, trouveront de fréquentes occasions de temps privés où ils humilieront ainsi leur âme devant leur Père qui est là dans le lieu secret. Et c’est à cette sorte de jeûne que se rapportent principalement et en premier lieu les directives données ici.

II. 1. Je passe à montrer, en second lieu, quels sont les fondements, les raisons et les fins du jeûne.

Et premièrement, les hommes qui sont sous l’empire de fortes émotions, qui sont saisis de quelque passion véhémente, comme la tristesse ou la crainte, en sont souvent tout absorbés, et oublient même de manger leur pain. En de tels moments, ils ont peu de souci de la nourriture, pas même de ce qui est nécessaire à l’entretien de la nature, bien moins encore de quelque mets délicat ou de quelque variété ; étant occupés de pensées toutes différentes. Ainsi, lorsque Saül dit : « Je suis dans une grande détresse: les Philistins me font la guerre, et Dieu s’est retiré de moi » ; il est rapporté qu’« il n’avait pris aucune nourriture de tout le jour et de toute la nuit ». (1 Samuel 28:15, 20.) Ainsi ceux qui étaient dans le navire avec saint Paul, « quand une tempête peu ordinaire pesait sur eux, et que toute espérance d’être sauvés leur était ôtée », « persistèrent à jeûner, sans rien prendre », sans repas réglé, pendant quatorze jours de suite. (Actes 27:33.) Et ainsi David, et tous les hommes qui étaient avec lui, quand ils apprirent que le peuple avait fui du combat, que beaucoup d’hommes du peuple étaient tombés et morts, et que Saül et Jonathan, son fils, étaient morts aussi, « furent dans le deuil, pleurèrent et jeûnèrent jusqu’au soir, à cause de Saül, de Jonathan, et de la maison d’Israël ». (2 Samuel 1:12.)

Bien plus, souvent ceux dont l’esprit est profondément occupé ne supportent aucune interruption, et prennent même en dégoût la nourriture nécessaire, parce qu’elle détourne leurs pensées de ce qu’ils désirent voir absorber toute leur attention : comme Saül, qui, dans l’occasion mentionnée plus haut, était « tombé à terre de toute sa hauteur, et il manquait de force », et qui pourtant dit : « Je ne mangerai point », jusqu’à ce que « ses serviteurs et la femme aussi le pressèrent ».

2. Voici donc le fondement naturel du jeûne. Celui qui est sous le poids d’une profonde affliction, accablé de tristesse à cause du péché, et saisi d’une vive appréhension de la colère de Dieu, « oublierait de manger son pain », sans aucune règle, sans savoir ni considérer si c’est là un commandement de Dieu ou non ; il s’abstiendrait non seulement des aliments agréables, mais même de la nourriture nécessaire ; — comme saint Paul, qui, après avoir été conduit à Damas, « resta trois jours sans voir, et il ne mangea ni ne but ». (Actes 9:9.)

Oui, quand l’orage montait ; « quand une horrible épouvante accablait » celui qui avait été sans Dieu dans le monde, son âme « aurait en horreur toute nourriture » ; elle lui serait désagréable et pénible ; il ne supporterait rien de ce qui pourrait interrompre son cri incessant : « Seigneur, sauve-moi, ou je péris. »

Avec quelle force notre Église exprime cela dans la première partie de l’Homélie sur le jeûne ! — « Quand les hommes sentent en eux-mêmes le pesant fardeau du péché, voient que la damnation en est le salaire, et contemplent, des yeux de leur esprit, l’horreur de l’enfer, ils tremblent, ils frémissent, ils sont intérieurement touchés de tristesse de cœur, et ils ne peuvent que s’accuser eux-mêmes, découvrir leur douleur au Dieu tout-puissant, et l’invoquer pour obtenir miséricorde. Cela se faisant sérieusement, leur esprit est si occupé [absorbé], en partie de tristesse et d’accablement, en partie d’un ardent désir d’être délivré de ce danger de l’enfer et de la damnation, que tout désir de manger et de boire est mis de côté, et que le dégoût [ou l’aversion] de toutes les choses et de tous les plaisirs du monde prend sa place. De sorte que rien alors ne leur plaît davantage que de pleurer, de se lamenter, de mener deuil, et de montrer, par leurs paroles comme par l’attitude de leur corps, qu’ils sont las de la vie. »

3. Une autre raison ou un autre fondement du jeûne est celui-ci : beaucoup de ceux qui craignent maintenant Dieu sentent profondément combien de fois ils ont péché contre lui par l’abus de ces choses permises. Ils savent combien ils ont péché par l’excès de nourriture ; combien longtemps ils ont transgressé la sainte loi de Dieu à l’égard de la tempérance, sinon aussi de la sobriété ; comment ils ont flatté leurs appétits sensuels, peut-être jusqu’à altérer même la santé de leur corps, — certainement au dommage non petit de leur âme. Car par là ils nourrissaient et accroissaient sans cesse cette folie pétulante, cette légèreté d’esprit, cette frivolité d’humeur, cette insouciance enjouée à l’égard des choses du plus haut intérêt, cet étourdissement et cette négligence d’esprit, qui n’étaient rien d’autre qu’une ivresse de l’âme, qui engourdissait toutes leurs plus nobles facultés, non moins que l’excès du vin ou des boissons fortes. Pour ôter l’effet, ils ôtent donc la cause. Ils se tiennent à distance de tout excès. Ils s’abstiennent, autant qu’il est possible, de ce qui les avait presque plongés dans la perdition éternelle. Souvent ils s’en privent entièrement ; toujours ils prennent soin d’être sobres et tempérants en toutes choses.

4. Ils se souviennent bien aussi combien l’abondance de pain accroissait non seulement l’insouciance et la légèreté d’esprit, mais aussi les désirs insensés et impurs, oui, les affections impures et viles. Et cela, l’expérience le met hors de doute. Même une sensualité distinguée et réglée sensualise continuellement l’âme et l’abaisse au niveau des bêtes qui périssent. On ne saurait exprimer quel effet la variété et la délicatesse des aliments ont sur l’esprit aussi bien que sur le corps ; elles le rendent tout prêt pour chaque plaisir des sens, dès que l’occasion l’y invitera. C’est pourquoi, pour cette raison aussi, tout homme sage tiendra son âme en bride et la tiendra basse ; il la sèvrera de plus en plus de toutes ces complaisances envers les appétits inférieurs, qui tendent naturellement à l’enchaîner à la terre, et à la souiller aussi bien qu’à l’avilir. Voici une autre raison perpétuelle de jeûner : ôter l’aliment de la convoitise et de la sensualité, retirer ce qui excite les désirs insensés et nuisibles, les affections viles et vaines.

5. Peut-être ne devons-nous pas omettre tout à fait (quoique je ne sache pas si nous ferions bien d’y attacher une grande importance) une autre raison de jeûner, sur laquelle quelques hommes de bien ont longuement insisté ; à savoir, se punir soi-même d’avoir abusé des bons dons de Dieu, en s’en privant parfois entièrement ; exerçant ainsi sur soi-même une sorte de sainte vengeance pour sa folie et son ingratitude passées, d’avoir changé les choses qui devaient servir à son bien en une occasion de chute. Ils pensent que David avait cela en vue quand il disait : « J’ai pleuré et j’ai châtié », ou puni, « mon âme par le jeûne » ; et saint Paul, quand il mentionne « quelle vengeance » la tristesse selon Dieu avait produite chez les Corinthiens.

6. Une cinquième raison de jeûner, et plus importante, c’est qu’il est une aide à la prière ; surtout lorsque nous mettons à part de plus longues portions de temps pour la prière en secret. C’est alors surtout qu’il plaît souvent à Dieu d’élever l’âme de ses serviteurs au-dessus de toutes les choses de la terre, et quelquefois de les ravir, pour ainsi dire, jusqu’au troisième ciel. Et c’est principalement en tant qu’il est une aide à la prière qu’il s’est si fréquemment trouvé être un moyen, dans la main de Dieu, d’affermir et d’accroître, non pas une seule vertu, non pas seulement la chasteté (comme certains se le sont vainement imaginé, sans aucun fondement ni dans l’Écriture, ni dans la raison, ni dans l’expérience), mais aussi le sérieux de l’esprit, l’ardeur, la délicatesse et la tendresse de la conscience, la mort au monde, et par conséquent l’amour de Dieu et toute affection sainte et céleste.

7. Non qu’il y ait quelque lien naturel ou nécessaire entre le jeûne et les bénédictions que Dieu communique par ce moyen. Mais il fait miséricorde à qui il veut faire miséricorde ; il communique tout ce qui lui semble bon par tel moyen qu’il lui plaît d’établir. Et il a, dans tous les âges, établi celui-ci comme un moyen de détourner sa colère et d’obtenir toutes les bénédictions dont nous avons besoin de temps à autre.

Combien ce moyen est puissant pour détourner la colère de Dieu, nous pouvons l’apprendre par l’exemple remarquable d’Achab. « Il n’y a eu personne qui se soit vendu comme Achab » — qui se soit entièrement livré, comme un esclave acheté à prix d’argent — « pour faire ce qui est mal ». Pourtant, lorsqu’il « déchira ses vêtements, il mit un sac sur son corps, et il jeûna, et il marchait lentement, la parole de l’Éternel fut adressée à Élie, en ces mots : As-tu vu comment Achab s’est humilié devant moi? Parce qu’il s’est humilié devant moi, je ne ferai pas venir le malheur pendant sa vie. »

C’est dans ce but, pour détourner la colère de Dieu, que Daniel chercha Dieu « en jeûnant et en prenant le sac et la cendre ». Cela ressort de toute la teneur de sa prière, et particulièrement de sa conclusion solennelle : « Seigneur, selon toute ta justice », ou tes miséricordes, « que ta colère se détourne de ta montagne sainte. — Écoute la prière de ton serviteur, et fais briller ta face sur ton sanctuaire dévasté! — Seigneur, écoute! Seigneur, pardonne! Seigneur, sois attentif! Agis, par amour pour toi. » (Daniel 9:3, 16.)

8. Mais ce n’est pas seulement du peuple de Dieu que nous apprenons, quand sa colère est émue, à le chercher par le jeûne et la prière ; c’est même des païens. Quand Jonas eut déclaré : « Encore quarante jours, et Ninive est détruite! », les gens de Ninive publièrent un jeûne, et se revêtirent de sacs, depuis les plus grands jusqu’aux plus petits. « Car le roi de Ninive se leva de son trône, ôta son manteau, se couvrit d’un sac, et s’assit sur la cendre. Et il fit faire dans Ninive cette publication : Que les hommes et les bêtes, les bœufs et les brebis, ne goûtent de rien, ne paissent point, et ne boivent point d’eau! » (Non que les bêtes eussent péché, ou pussent se repentir ; mais afin que, par leur exemple, l’homme fût averti, en considérant qu’à cause de son péché la colère de Dieu était suspendue sur toutes les créatures.) « Qui sait si Dieu ne reviendra pas et ne se repentira pas, et s’il ne renoncera pas à son ardente colère, en sorte que nous ne périssions point? » Et leur peine ne fut pas vaine. L’ardente colère de Dieu se détourna d’eux. « Dieu vit qu’ils agissaient ainsi » ; (c’étaient les fruits de cette repentance et de cette foi qu’il avait opérées en eux par son prophète ;) « et Dieu se repentit du mal qu’il avait résolu de leur faire, et il ne le fit pas. » (Jonas 3:4.)

9. Et c’est un moyen non seulement de détourner la colère de Dieu, mais aussi d’obtenir toutes les bénédictions dont nous avons besoin. Ainsi, lorsque les autres tribus eurent été battues devant les Benjamites, « tous les enfants d’Israël montèrent et vinrent à Béthel ; ils pleurèrent, et ils jeûnèrent en ce jour jusqu’au soir » ; et alors l’Éternel dit : « Montez » de nouveau ; « car demain je les livrerai entre vos mains ». (Juges 20:26.) Ainsi Samuel rassembla tout Israël, alors qu’ils étaient asservis aux Philistins, « et ils jeûnèrent ce jour-là » devant l’Éternel : et lorsque « les Philistins s’approchèrent pour attaquer Israël, l’Éternel fit retentir en ce jour son tonnerre sur les Philistins, et les mit en déroute. Ils furent battus devant Israël. » (1 Samuel 7:6.) Ainsi Esdras : « Là, près du fleuve d’Ahava, je publiai un jeûne d’humiliation devant notre Dieu, afin d’implorer de lui un heureux voyage pour nous, pour nos enfants ; … et il nous exauça. » (Esdras 8:21.) Ainsi Néhémie : « Je jeûnai et je priai devant le Dieu des cieux, et je dis : … Donne aujourd’hui du succès à ton serviteur, et fais-lui trouver grâce devant cet homme! » Et Dieu lui fit trouver grâce aux yeux du roi. (Néhémie 1:4–11)

10. De même, les apôtres joignaient toujours le jeûne à la prière lorsqu’ils désiraient la bénédiction de Dieu sur quelque entreprise importante. Ainsi nous lisons (Actes 13) : « Il y avait dans l’Église d’Antioche des prophètes et des docteurs : Pendant qu’ils servaient le Seigneur dans leur ministère et qu’ils jeûnaient », sans doute pour être dirigés dans cette affaire même, « le Saint-Esprit dit: Mettez-moi à part Barnabas et Saul pour l’œuvre à laquelle je les ai appelés. Alors, après avoir » une seconde fois « jeûné et prié, ils leur imposèrent les mains, et les laissèrent partir. » (Actes 13:3.)

Ainsi encore Paul et Barnabas eux-mêmes, comme nous le lisons au chapitre suivant, lorsqu’ils « retournèrent à Lystre, à Icone et à Antioche, fortifiant l’esprit des disciples, et qu’ils eurent fait nommer des anciens dans chaque Église, après avoir prié et jeûné, ils les recommandèrent au Seigneur ». (Actes 14:23.)

Bien plus, que l’on obtienne par l’usage de ce moyen des bénédictions qu’on ne peut obtenir autrement, notre Seigneur le déclare expressément dans sa réponse à ses disciples, qui lui demandaient : « Pourquoi n’avons-nous pu chasser ce démon? C’est à cause de votre incrédulité, leur dit Jésus. Je vous le dis en vérité, si vous aviez de la foi comme un grain de sénevé, vous diriez à cette montagne: Transporte-toi d’ici là, et elle se transporterait; rien ne vous serait impossible. Mais cette sorte » de démons « ne sort que par la prière et par le jeûne. » (Matthieu 17:19.) — Car ce sont là les moyens établis pour obtenir cette foi par laquelle les démons eux-mêmes vous sont soumis.

11. C’étaient là les moyens établis : car ce n’est pas seulement par la lumière de la raison, ou de la conscience naturelle, comme on l’appelle, que le peuple de Dieu a été, dans tous les âges, conduit à user du jeûne comme d’un moyen pour ces fins ; mais il l’a appris, de temps à autre, de Dieu lui-même, par des révélations claires et manifestes de sa volonté. Telle est celle, remarquable, que donne le prophète Joël : « Maintenant encore, dit l’Éternel, Revenez à moi de tout votre cœur, Avec des jeûnes, avec des pleurs et des lamentations! — Qui sait s’il ne reviendra pas et ne se repentira pas, Et s’il ne laissera pas après lui la bénédiction ? Sonnez de la trompette en Sion! Publiez un jeûne, une convocation solennelle! — L’Éternel est ému de jalousie pour son pays, Et il épargne son peuple. Voici, je vous enverrai du blé, Du moût et de l’huile : — Et je ne vous livrerai plus à l’opprobre parmi les nations. » (Joël 2:12.)

Et ce ne sont pas seulement des bénédictions temporelles que Dieu enseigne à son peuple à attendre dans l’usage de ces moyens. Car, en même temps qu’il promettait à ceux qui le chercheraient avec des jeûnes, des pleurs et des lamentations : « Je vous remplacerai les années Qu’ont dévorées la sauterelle, Le jélek, le hasil et le gazam, Ma grande armée » ; il ajoute : « Vous mangerez et vous vous rassasierez, Et vous célébrerez le nom de l’Éternel, votre Dieu. — Et vous saurez que je suis au milieu d’Israël, Que je suis l’Éternel, votre Dieu. » Et alors suit immédiatement la grande promesse de l’Évangile : « Après cela, je répandrai mon esprit sur toute chair; Vos fils et vos filles prophétiseront, Vos vieillards auront des songes, Et vos jeunes gens des visions. Même sur les serviteurs et sur les servantes, Dans ces jours-là, je répandrai mon esprit. » [Joël 2:28–29]

12. Or, quelles que fussent les raisons qui stimulaient les anciens dans l’accomplissement zélé et constant de ce devoir, elles ont encore la même force pour nous stimuler. Mais par-dessus toutes celles-là, nous avons une raison particulière d’être « souvent dans les jeûnes » ; à savoir, le commandement de celui dont nous portons le nom. Il est vrai qu’en cet endroit il ne prescrit expressément ni le jeûne, ni l’aumône, ni la prière ; mais ses directives sur la manière dont il faut jeûner, faire l’aumône et prier ont la même force que de tels commandements. Car nous ordonner de faire une chose ainsi, c’est indubitablement nous ordonner de faire cette chose ; puisqu’il est impossible de la faire ainsi, si on ne la fait pas du tout. Par conséquent, dire : « Faites l’aumône, priez, jeûnez » de telle manière, c’est commander clairement de remplir tous ces devoirs ; aussi bien que de les remplir de la manière qui ne perdra en aucun cas sa récompense.

Et voici un motif et un encouragement plus grand encore à l’accomplissement de ce devoir ; à savoir, la promesse que notre Seigneur a gracieusement attachée à sa juste observation : « Ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra publiquement. » Tels sont les fondements, les raisons et les fins évidents du jeûne ; tel est notre encouragement à y persévérer, malgré l’abondance des objections que des hommes, plus sages que leur Seigneur, n’ont cessé de soulever contre lui.

III. 1. Je viens maintenant à considérer les plus spécieuses d’entre elles. Et premièrement, on a souvent dit : « Qu’un chrétien jeûne du péché, et non de la nourriture : c’est là ce que Dieu demande de lui. » Il le demande, en effet ; mais il demande aussi l’autre chose. Il faut donc faire ceci, sans négliger cela.

Considérez votre argument dans toute son étendue ; et vous jugerez aisément de sa force : —

Si un chrétien doit s’abstenir du péché, il ne doit pas s’abstenir de nourriture :

Or un chrétien doit s’abstenir du péché.

Donc il ne doit pas s’abstenir de nourriture.

Qu’un chrétien doive s’abstenir du péché, cela est très vrai ; mais comment s’ensuit-il de là qu’il ne doive pas s’abstenir de nourriture ? Oui, qu’il fasse l’un et l’autre. Qu’il s’abstienne toujours du péché, par la grâce de Dieu ; et qu’il s’abstienne souvent de nourriture, pour les raisons et les fins que l’expérience et l’Écriture montrent clairement être atteintes par ce moyen.

2. « Mais ne vaut-il pas mieux » (comme on l’a objecté, en second lieu) « s’abstenir de l’orgueil et de la vanité, des désirs insensés et nuisibles, de la mauvaise humeur, de la colère et du mécontentement, que de la nourriture ? » Sans aucun doute, cela vaut mieux. Mais ici encore il nous faut vous rappeler les paroles de notre Seigneur : « c’est là ce qu’il fallait pratiquer, sans négliger les autres choses. » Et, en vérité, le second n’existe qu’en vue du premier ; il est un moyen pour cette grande fin. Nous nous abstenons de nourriture dans cette vue, — afin que, par la grâce de Dieu communiquée à nos âmes au moyen de cette pratique extérieure, jointe à tous les autres canaux de sa grâce qu’il a établis, nous soyons rendus capables de nous abstenir de toute passion et de toute disposition qui ne lui est pas agréable. Nous nous privons de l’un afin que, revêtus de la puissance d’en haut, nous puissions nous priver de l’autre. De sorte que votre argument prouve justement le contraire de ce que vous vouliez prouver. Il prouve que nous devons jeûner. Car si nous devons nous abstenir des mauvaises dispositions et des mauvais désirs, nous devons donc nous abstenir ainsi de nourriture ; puisque ces petits actes de renoncement sont les voies que Dieu a choisies pour accorder ce grand salut.

3. « Mais nous ne trouvons pas qu’il en soit ainsi dans les faits » (c’est là une troisième objection) : « nous avons jeûné beaucoup et souvent ; mais à quoi cela a-t-il servi ? Nous n’en avons pas été le moins du monde meilleurs ; nous n’y avons trouvé aucune bénédiction. Bien plus, nous l’avons trouvé un obstacle plutôt qu’une aide. Au lieu d’empêcher la colère, par exemple, ou l’irritabilité, il a été un moyen de les accroître à un tel point que nous ne pouvions supporter ni les autres ni nous-mêmes. » Cela peut très bien être le cas. Il est possible de jeûner ou de prier de telle manière que l’on en devienne bien pire qu’auparavant ; plus malheureux et moins saint. Pourtant, la faute n’est pas dans le moyen lui-même, mais dans la manière d’en user. Usez-en encore, mais usez-en d’une autre manière. Faites ce que Dieu commande, comme il le commande ; et alors, sans aucun doute, sa promesse ne manquera pas : ses bénédictions ne seront pas retenues plus longtemps ; mais, quand tu jeûneras en secret, « celui qui voit dans le secret te le rendra publiquement ».

4. « Mais n’est-ce pas pure superstition » (ainsi a-t-on objecté, en quatrième lieu) « de s’imaginer que Dieu ait égard à de si petites choses ? » Si vous dites que c’en est une, vous condamnez toutes les générations des enfants de Dieu. Mais direz-vous que ce furent tous des hommes faibles et superstitieux ? Pouvez-vous être assez hardi pour affirmer cela de Moïse et de Josué, de Samuel et de David, de Josaphat, d’Esdras, de Néhémie, et de tous les prophètes ? oui, d’un plus grand qu’eux tous, — du Fils de Dieu lui-même ? Il est certain que notre Maître, aussi bien que tous ces serviteurs qui sont les siens, pensait que le jeûne n’est pas une petite chose, et que celui qui est plus haut que les plus hauts y a égard. Tous ses apôtres, cela est clair, étaient du même sentiment, après qu’ils eurent été « remplis d’Esprit-Saint et de sagesse ». Quand ils eurent « l’onction de la part de celui qui est saint, qui leur enseigne toutes choses », ils se rendirent encore recommandables comme ministres de Dieu « dans les jeûnes », aussi bien que « par les armes offensives et défensives de la justice ». Après que « l’époux leur fut enlevé, alors ils jeûnèrent en ces jours-là ». Et ils n’entreprenaient rien (comme nous l’avons vu plus haut) où la gloire de Dieu fût intimement intéressée, comme l’envoi d’ouvriers dans la moisson, sans un jeûne solennel aussi bien que la prière.

5. « Mais si le jeûne est vraiment d’une si grande importance, et accompagné d’une telle bénédiction, ne vaut-il pas mieux », disent certains, en cinquième lieu, « jeûner toujours ? ne pas le faire de temps en temps, mais garder un jeûne continuel ? user, en tout temps, d’autant d’abstinence que nos forces corporelles le permettent ? » Que personne ne soit détourné de le faire. Usez à tout prix d’une nourriture aussi frugale et aussi simple, exercez en cela autant de renoncement, en tout temps, que vos forces corporelles le permettent. Et cela peut contribuer, avec la bénédiction de Dieu, à plusieurs des grandes fins mentionnées plus haut. Ce peut être une aide considérable, non seulement pour la chasteté, mais aussi pour la disposition céleste de l’esprit ; pour détacher vos affections des choses d’ici-bas et les fixer sur les choses d’en haut. Mais ce n’est pas là le jeûne, le jeûne selon l’Écriture ; il n’est jamais appelé ainsi dans toute la Bible. Il répond en quelque mesure à certaines de ses fins ; mais c’est pourtant autre chose. Pratiquez-le à tout prix ; mais non pas de manière à mettre de côté par là un commandement de Dieu, et un moyen institué pour détourner ses jugements et obtenir les bénédictions de ses enfants.

6. Usez donc continuellement d’autant d’abstinence qu’il vous plaira ; ce qui, pris en ce sens, n’est rien d’autre que la tempérance chrétienne ; mais cela n’a nullement besoin d’empêcher que vous observiez des temps solennels de jeûne et de prière. Par exemple : votre abstinence ou votre tempérance habituelle ne vous empêcherait pas de jeûner en secret, si vous étiez soudain accablé d’une immense tristesse et de remords, et d’une horrible crainte et d’effroi. Un tel état d’esprit vous contraindrait presque à jeûner ; vous prendriez en dégoût votre nourriture de chaque jour ; vous supporteriez à peine de prendre même ce qui est nécessaire au corps, jusqu’à ce que Dieu vous eût « retiré de la fosse de destruction, qu’il eût dressé vos pieds sur le roc, et affermi vos pas ». Il en serait de même si vous étiez dans l’angoisse du désir, luttant avec véhémence avec Dieu pour obtenir sa bénédiction. Vous n’auriez besoin de personne pour vous apprendre à ne pas manger de pain jusqu’à ce que vous eussiez obtenu la demande de vos lèvres.

7. De même, si vous aviez été à Ninive lorsqu’on publia dans toute la ville : « Que les hommes et les bêtes, les bœufs et les brebis, ne goûtent de rien, ne paissent point, et ne boivent point d’eau ; qu’ils crient à Dieu avec force ! » — votre jeûne continuel aurait-il été une raison pour ne pas prendre part à cette humiliation générale ? Sans aucun doute, non. Vous auriez été aussi tenu que tout autre de ne goûter aucune nourriture ce jour-là.

L’abstinence, ou l’observation d’un jeûne continuel, n’aurait pas davantage dispensé aucun des enfants d’Israël de jeûner le dixième jour du septième mois, qui ne s’humiliera pas », ne jeûnera pas, « ce jour-là sera retranchée de son peuple. »

Enfin, si vous aviez été avec les frères à Antioche, au temps où ils jeûnèrent et prièrent, avant d’envoyer Barnabas et Saul, pouvez-vous imaginer un seul instant que votre tempérance ou votre abstinence eût été une raison suffisante pour ne pas vous joindre à eux ? Sans aucun doute, si vous ne l’aviez pas fait, vous auriez été bientôt retranché de la communauté chrétienne. Vous auriez été à bon droit rejeté du milieu d’eux, comme apportant la confusion dans l’Église de Dieu.

IV. 1. Il me reste, en dernier lieu, à montrer de quelle manière nous devons jeûner, pour que ce soit un service agréable au Seigneur. Et premièrement, que cela se fasse pour le Seigneur, l’œil uniquement fixé sur lui. Que notre intention en cela soit celle-ci, et celle-ci seule : glorifier notre Père qui est dans les cieux ; exprimer notre tristesse et notre honte pour nos nombreuses transgressions de sa sainte loi ; attendre un accroissement de la grâce qui purifie, en portant nos affections vers les choses d’en haut ; ajouter du sérieux et de l’ardeur à nos prières ; détourner la colère de Dieu, et obtenir toutes les grandes et précieuses promesses qu’il nous a faites en Jésus-Christ.

Gardons-nous de nous moquer de Dieu, de changer notre jeûne, aussi bien que nos prières, en une abomination devant le Seigneur, par le mélange de quelque vue temporelle, et particulièrement par la recherche de la louange des hommes. C’est contre cela que notre bienheureux Seigneur nous met plus spécialement en garde dans les paroles du texte. « Lorsque vous jeûnez, ne soyez pas comme les hypocrites » : — tels étaient beaucoup trop de ceux qu’on appelait le peuple de Dieu ; « ne prenez pas un air triste » ; l’air sombre, affectant la tristesse, composant leur visage d’une manière particulière. « Car ils se rendent le visage tout défait », non seulement par des contorsions forcées, mais aussi en le couvrant de poussière et de cendre ; « pour montrer aux hommes qu’ils jeûnent » ; c’est là leur principal, sinon leur unique dessein. « Je vous le dis en vérité, ils reçoivent leur récompense » ; à savoir, l’admiration et la louange des hommes. « Mais quand tu jeûnes, parfume ta tête et lave ton visage » : fais comme tu as coutume de faire en d’autres temps ; « afin de ne pas montrer aux hommes que tu jeûnes » ; — que cela n’entre pour rien dans ton intention ; s’ils le savent sans que tu l’aies désiré, peu importe, tu n’en es ni meilleur ni pire ; — « mais à ton Père qui est là dans le lieu secret; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra publiquement. »

2. Mais si nous désirons cette récompense, gardons-nous, en second lieu, de nous figurer que nous méritions quoi que ce soit de Dieu par notre jeûne. On ne saurait trop souvent nous en avertir ; car le désir d’« établir notre propre justice », d’obtenir le salut comme une dette et non comme une grâce, est si profondément enraciné dans tous nos cœurs. Le jeûne n’est qu’une voie que Dieu a établie, dans laquelle nous attendons sa miséricorde imméritée ; et dans laquelle, sans aucun mérite de notre part, il a promis de nous donner gratuitement sa bénédiction.

3. Non que nous devions imaginer que l’accomplissement du simple acte extérieur recevra quelque bénédiction de Dieu. « Est-ce là le jeûne auquel je prends plaisir, dit l’Éternel, Un jour où l’homme humilie son âme? Est-ce de courber la tête comme un jonc, et d’étendre sous soi le sac et la cendre ? » Ces actes extérieurs, si strictement qu’on les accomplisse, sont-ils tout ce que l’on entend quand on dit qu’un homme « humilie son âme » ? — « Est-ce là ce que tu appelleras un jeûne, Un jour agréable à l’Éternel? » Non, assurément : si ce n’est qu’un service extérieur, ce n’est qu’une peine perdue. Une telle pratique peut affliger le corps ; mais quant à l’âme, elle ne sert de rien.

4. Oui, le corps peut parfois être trop affligé, au point d’être rendu incapable des travaux de notre vocation. C’est aussi ce dont nous devons soigneusement nous garder ; car nous devons conserver notre santé, comme un bon don de Dieu. Il faut donc prendre soin, chaque fois que nous jeûnons, de proportionner le jeûne à nos forces. Car il ne nous est pas permis d’offrir à Dieu un meurtre en sacrifice, ni de détruire nos corps pour aider nos âmes.

Mais en ces temps solennels, nous pouvons, même dans une grande faiblesse de corps, éviter cet autre extrême pour lequel Dieu condamne ceux qui autrefois se plaignaient à lui de ce qu’il n’agréait pas leurs jeûnes. « Que nous sert de jeûner, disent-ils, si tu ne le vois pas? — Voici, le jour de votre jeûne, vous vous livrez à vos penchants, dit l’Éternel. » Si nous ne pouvons nous abstenir entièrement de nourriture, nous pouvons du moins nous abstenir des aliments agréables ; et alors nous ne chercherons pas sa face en vain.

5. Mais prenons soin d’humilier nos âmes aussi bien que nos corps. Que tout temps de jeûne, public ou privé, soit un temps où nous exerçons toutes ces saintes affections qu’implique un cœur brisé et contrit. Que ce soit un temps de deuil pieux, de tristesse selon Dieu à cause du péché ; d’une tristesse semblable à celle des Corinthiens, au sujet de laquelle l’apôtre dit : « Je me réjouis à cette heure, non pas de ce que vous avez été attristés, mais de ce que votre tristesse vous a portés à la repentance; car vous avez été attristés selon Dieu, afin de ne recevoir de notre part aucun dommage. En effet, la tristesse selon Dieu » — he kata Theon lype, — la tristesse qui est selon Dieu, qui est un don précieux de son Esprit, et qui élève l’âme vers Dieu dont elle découle — « produit une repentance à salut dont on ne se repent jamais. » Oui, et que notre tristesse selon Dieu produise en nous la même repentance intérieure et extérieure ; le même changement entier du cœur, renouvelé à l’image de Dieu dans la justice et la vraie sainteté ; et le même changement de vie, jusqu’à ce que nous soyons saints comme il est saint, dans toute notre conduite. Qu’elle produise en nous le même empressement à être trouvés en lui sans tache et irréprochables ; la même justification de nous-mêmes, par notre vie plutôt que par nos paroles, en nous abstenant de toute apparence de mal ; la même indignation, une vive horreur de tout péché ; la même crainte de notre cœur trompeur ; le même désir d’être en toutes choses conformes à la sainte et agréable volonté de Dieu ; le même zèle pour tout ce qui peut servir à sa gloire et à notre croissance dans la connaissance de notre Seigneur Jésus-Christ ; et la même vengeance contre Satan et toutes ses œuvres, contre toute souillure de la chair et de l’esprit. (2 Corinthiens 7:9.)

6. Et au jeûne joignons toujours une prière fervente, répandant toute notre âme devant Dieu, confessant nos péchés avec toutes leurs circonstances aggravantes, nous humiliant sous sa puissante main, étalant devant lui tous nos besoins, toute notre culpabilité et toute notre impuissance. C’est un temps pour élargir nos prières, tant en notre faveur qu’en faveur de nos frères. Pleurons maintenant les péchés de notre peuple ; et crions à haute voix pour la cité de notre Dieu, afin que l’Éternel rebâtisse Sion et fasse briller sa face sur ses ruines. Ainsi, nous pouvons le remarquer, les hommes de Dieu, dans les temps anciens, joignaient toujours la prière et le jeûne ; ainsi faisaient les apôtres, dans tous les exemples cités plus haut ; et ainsi notre Seigneur les joint dans le discours qui nous occupe.

7. Il ne reste plus, pour que nous observions un jeûne tel qu’il soit agréable au Seigneur, que d’y ajouter l’aumône ; des œuvres de miséricorde, selon notre pouvoir, envers les corps et les âmes des hommes : « c’est à de tels sacrifices » aussi « que Dieu prend plaisir ». C’est ainsi que l’ange déclare à Corneille, qui jeûnait et priait dans sa maison : « Tes prières et tes aumônes sont montées devant Dieu, et il s’en est souvenu. » (Actes 10:4.) Et c’est ce que Dieu lui-même déclare expressément et amplement : « Voici le jeûne auquel je prends plaisir: Détache les chaînes de la méchanceté, Dénoue les liens de la servitude, Renvoie libres les opprimés, Et que l’on rompe toute espèce de joug; Partage ton pain avec celui qui a faim, Et fais entrer dans ta maison les malheureux sans asile; Si tu vois un homme nu, couvre-le, Et ne te détourne pas de ton semblable. Alors ta lumière poindra comme l’aurore, Et ta guérison germera promptement; Ta justice marchera devant toi, Et la gloire de l’Éternel t’accompagnera. Alors tu appelleras, et l’Éternel répondra; Tu crieras, et il dira: Me voici! — Si », quand tu jeûnes, « tu donnes ta propre subsistance à celui qui a faim, Si tu rassasies l’âme indigente, Ta lumière se lèvera sur l’obscurité, Et tes ténèbres seront comme le midi. L’Éternel sera toujours ton guide, Il rassasiera ton âme dans les lieux arides, Et il redonnera de la vigueur à tes membres; Tu seras comme un jardin arrosé, Comme une source dont les eaux ne tarissent pas. » (Ésaïe 58:6.)

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