Sermons sur divers sujets
Discours 6

Chapitre 27 · 38 min de lecture · 49 min d’écoute

Discours 6

Sermon 26

Sur le Sermon de notre Seigneur sur la montagne

Discours 6

« Gardez-vous de faire votre aumône devant les hommes, pour en être vus; autrement, vous n’aurez point de récompense auprès de votre Père qui est dans les cieux. Lors donc que tu fais l’aumône, ne sonne pas de la trompette devant toi, comme font les hypocrites dans les synagogues et dans les rues, afin d’être glorifiés par les hommes. Je vous le dis en vérité, ils reçoivent leur récompense. Mais quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ne sache pas ce que fait ta droite, afin que ton aumône se fasse en secret; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. Lorsque vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites, qui aiment à prier debout dans les synagogues et aux coins des rues, pour être vus des hommes. Je vous le dis en vérité, ils reçoivent leur récompense. Mais quand tu pries, entre dans ta chambre, ferme ta porte, et prie ton Père qui est là dans le lieu secret; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. En priant, ne multipliez pas de vaines paroles, comme les païens, qui s’imaginent qu’à force de paroles ils seront exaucés. Ne leur ressemblez pas; car votre Père sait de quoi vous avez besoin, avant que vous le lui demandiez. Voici donc comment vous devez prier: Notre Père qui es aux cieux! Que ton nom soit sanctifié; que ton règne vienne; que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien; pardonne-nous nos offenses, comme nous aussi nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés; ne nous induis pas en tentation, mais délivre-nous du malin. Car c’est à toi qu’appartiennent, dans tous les siècles, le règne, la puissance et la gloire. Amen! Si vous pardonnez aux hommes leurs offenses, votre Père céleste vous pardonnera aussi; mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père ne vous pardonnera pas non plus vos offenses. »

Matthieu 6:1–15.

1. Dans le chapitre précédent, notre Seigneur a décrit la religion intérieure dans ses diverses branches. Il a placé devant nous les dispositions de l’âme qui constituent le vrai christianisme ; les sentiments intérieurs que renferme cette « sanctification, sans laquelle personne ne verra le Seigneur » ; les affections qui, lorsqu’elles découlent de leur vraie source, d’une foi vivante en Dieu par Jésus-Christ, sont intrinsèquement et essentiellement bonnes, et agréables à Dieu. Il montre ensuite, dans ce chapitre-ci, comment toutes nos actions aussi, même celles qui sont indifférentes de leur nature, peuvent être rendues saintes, bonnes et agréables à Dieu par une intention pure et sainte. Tout ce qui se fait sans elle, il le déclare amplement, n’a aucune valeur devant Dieu ; tandis que toutes les œuvres extérieures ainsi consacrées à Dieu sont, à ses yeux, d’un grand prix.

2. La nécessité de cette pureté d’intention, il la montre, premièrement, à l’égard des actions que l’on tient d’ordinaire pour religieuses, et qui le sont en effet lorsqu’elles sont accomplies avec une intention droite. On appelle communément les unes œuvres de piété ; les autres, œuvres de charité ou de miséricorde. Parmi ces dernières, il nomme particulièrement l’aumône ; parmi les premières, la prière et le jeûne. Mais les directives données pour celles-ci doivent s’appliquer également à toute œuvre, qu’elle soit de charité ou de miséricorde.

I. 1. Et premièrement, à l’égard des œuvres de miséricorde. « Gardez-vous, dit-il, de faire votre aumône devant les hommes, pour en être vus ; autrement, vous n’aurez point de récompense auprès de votre Père qui est dans les cieux. » « De faire votre aumône » : — bien que l’aumône seule soit nommée, toute œuvre de charité y est pourtant comprise, tout ce que nous donnons, disons ou faisons pour l’utilité de notre prochain ; tout ce par quoi un autre homme peut recevoir quelque avantage, soit pour son corps, soit pour son âme. Nourrir ceux qui ont faim, vêtir ceux qui sont nus, recevoir ou assister l’étranger, visiter les malades et les prisonniers, consoler les affligés, instruire les ignorants, reprendre les méchants, exhorter et encourager celui qui fait le bien ; et s’il est quelque autre œuvre de miséricorde, elle est également comprise dans cette directive.

2. « Gardez-vous de faire votre aumône devant les hommes, pour en être vus. » — Ce qui est défendu ici, ce n’est pas simplement de faire le bien sous les yeux des hommes ; cette seule circonstance, que d’autres voient ce que nous faisons, ne rend l’action ni pire ni meilleure ; mais c’est de le faire devant les hommes « pour en être vus », dans cette vue, par cette seule intention. Je dis : par cette seule intention ; car cette vue peut, en certains cas, entrer pour une part dans notre intention ; nous pouvons vouloir que certaines de nos actions soient vues, et elles peuvent pourtant être agréables à Dieu. Nous pouvons nous proposer que notre lumière luise devant les hommes, lorsque notre conscience nous rend témoignage par le Saint-Esprit que notre fin dernière, en voulant qu’ils voient nos bonnes œuvres, c’est « qu’ils glorifient votre Père qui est dans les cieux ». Mais gardez-vous de faire la moindre chose en vue de votre propre gloire ; gardez-vous de laisser le souci de la louange des hommes avoir la moindre place dans vos œuvres de miséricorde. Si vous cherchez votre propre gloire, si vous avez le moindre dessein d’obtenir l’honneur qui vient des hommes, tout ce qui se fait dans cette vue ne vaut rien ; ce n’est pas fait pour le Seigneur ; il ne l’accepte pas ; « vous n’aurez point de récompense » pour cela « auprès de votre Père qui est dans les cieux ».

3. « Lors donc que tu fais l’aumône, ne sonne pas de la trompette devant toi, comme font les hypocrites dans les synagogues et dans les rues, afin d’être glorifiés par les hommes. » — Le mot synagogue ne désigne pas ici un lieu de culte, mais tout lieu où le public se rassemble, comme la place du marché ou la bourse. C’était une chose courante chez ceux des Juifs qui avaient de grandes fortunes, et particulièrement chez les pharisiens, de faire sonner de la trompette devant eux dans les quartiers les plus fréquentés de la ville, quand ils s’apprêtaient à faire quelque aumône considérable. La raison qu’ils en donnaient était d’appeler les pauvres pour la recevoir ; mais leur véritable dessein était d’être loués des hommes. Mais toi, ne leur ressemble pas. Ne fais pas sonner de la trompette devant toi. N’use d’aucune ostentation en faisant le bien. Recherche l’honneur qui vient de Dieu seul. Ceux qui recherchent la louange des hommes ont leur récompense : ils n’auront point de louange de Dieu.

4. « Mais quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ne sache pas ce que fait ta droite. » — C’est là une expression proverbiale, dont le sens est : — Fais-le de la manière la plus secrète possible ; aussi secrète que le permettent le fait même de le faire (car il ne faut pas s’en abstenir ; ne laisse échapper aucune occasion de faire le bien, en secret ou ouvertement) et le soin de le faire de la manière la plus efficace. Car il y a ici aussi une exception à faire : lorsque vous êtes pleinement persuadé, en votre esprit, qu’en ne cachant pas le bien qui se fait, vous serez vous-même rendu capable, ou d’autres seront excités, à faire davantage de bien, alors vous ne devez pas le cacher : alors laissez paraître votre lumière, et qu’elle « éclaire tous ceux qui sont dans la maison ». Mais, à moins que la gloire de Dieu et le bien des hommes ne vous obligent au contraire, agissez d’une manière aussi discrète et aussi inaperçue que la nature de la chose le permet ; — « afin que ton aumône se fasse en secret; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra publiquement » ; peut-être dans le monde présent, — on en trouve bien des exemples consignés dans tous les âges ; mais infailliblement dans le monde à venir, devant l’assemblée générale des hommes et des anges.

II. 1. Des œuvres de charité ou de miséricorde, notre Seigneur passe à celles qu’on appelle œuvres de piété. « Lorsque vous priez, dit-il, ne soyez pas comme les hypocrites, qui aiment à prier debout dans les synagogues et aux coins des rues, pour être vus des hommes. » — « Ne soyez pas comme les hypocrites » : l’hypocrisie donc, ou le manque de sincérité, est la première chose dont nous devons nous garder dans la prière. Garde-toi de dire ce que tu ne penses pas. La prière, c’est l’élévation du cœur à Dieu : sans elle, toutes les paroles de prière ne sont que pure hypocrisie. Chaque fois donc que tu te mets à prier, veille à n’avoir qu’un seul dessein : t’entretenir avec Dieu, élever ton cœur vers lui, répandre ton âme devant lui ; non comme les hypocrites, qui aiment, ou ont coutume, « à prier debout dans les synagogues », la bourse ou les places du marché, « et aux coins des rues », partout où il y a le plus de monde, « pour être vus des hommes » : c’était là l’unique dessein, le motif et la fin des prières qu’ils y récitaient. « Je vous le dis en vérité, ils reçoivent leur récompense. » — Ils n’en doivent attendre aucune de votre Père qui est dans les cieux.

2. Mais ce n’est pas seulement le fait d’avoir en vue la louange des hommes qui nous retranche de toute récompense dans le ciel, qui ne nous laisse aucun lieu d’attendre la bénédiction de Dieu sur nos œuvres, qu’elles soient de piété ou de miséricorde. La pureté d’intention est tout aussi bien détruite par la vue d’une récompense temporelle, quelle qu’elle soit. Si nous récitons nos prières, si nous assistons au culte public de Dieu, si nous secourons les pauvres en vue d’un gain ou d’un intérêt, cela n’est pas plus agréable à Dieu que si nous le faisions en vue de la louange. Toute vue temporelle, tout motif quel qu’il soit en deçà de l’éternité, tout dessein autre que celui d’avancer la gloire de Dieu et le bonheur des hommes pour l’amour de Dieu, fait de toute action, si belle qu’elle paraisse aux hommes, une abomination devant le Seigneur.

3. « Mais quand tu pries, entre dans ta chambre, ferme ta porte, et prie ton Père qui est là dans le lieu secret. » — Il est un temps où tu dois glorifier Dieu ouvertement, le prier et le louer dans la grande assemblée. Mais quand tu désires faire connaître à Dieu tes requêtes plus amplement et plus en particulier, que ce soit le soir, le matin ou à midi, « entre dans ta chambre, ferme ta porte ». Recherche toute la retraite que tu peux. (Seulement, ne t’en abstiens pas, que tu aies ou non une chambre, un lieu retiré. Prie Dieu, si c’est possible, quand nul ne te voit que lui ; mais, s’il en est autrement, prie Dieu.) Ainsi, « prie ton Père qui est là dans le lieu secret » ; répands ton cœur devant lui ; « et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra ».

4. « En priant », même dans le secret, « ne multipliez pas de vaines paroles, comme les païens » ; me battalogesete. N’usez pas d’une abondance de mots dénués de sens. Ne répétez pas sans cesse la même chose ; ne pensez pas que le fruit de vos prières dépende de leur longueur, comme le pensent les païens ; car ils s’imaginent qu’à force de paroles ils seront exaucés.

Ce qui est repris ici, ce n’est pas simplement la longueur de nos prières, pas plus que leur brièveté ; mais, premièrement, la longueur sans signification ; parler beaucoup et ne rien penser, ou presque ; l’usage (non de toutes les répétitions, car notre Seigneur lui-même pria trois fois en répétant les mêmes paroles, mais) des vaines redites, comme le faisaient les païens, qui récitaient encore et encore les noms de leurs dieux ; comme on le fait parmi les chrétiens (ainsi nommés vulgairement), et non pas seulement parmi les papistes, qui disent et redisent le même chapelet de prières sans jamais sentir ce qu’ils disent : secondement, la pensée d’être exaucés à force de paroles, l’imagination que Dieu mesure les prières à leur longueur, et qu’il prend le plus de plaisir à celles qui renferment le plus de mots, qui résonnent le plus longtemps à ses oreilles. Ce sont là des exemples de superstition et de folie que tous ceux qui portent le nom de Christ devraient laisser aux païens, à ceux sur qui la glorieuse lumière de l’Évangile n’a jamais brillé.

5. Ne leur ressemblez donc pas. — Vous qui avez goûté la grâce de Dieu en Jésus-Christ, vous êtes pleinement convaincus que votre Père sait de quoi vous avez besoin, avant que vous le lui demandiez. De sorte que le but de votre prière n’est pas d’informer Dieu, comme s’il ne connaissait pas déjà vos besoins ; mais plutôt de vous informer vous-mêmes ; de graver plus profondément dans vos cœurs le sentiment de ces besoins, et le sentiment de votre continuelle dépendance à l’égard de celui qui seul peut pourvoir à tous vos besoins. Il s’agit moins d’émouvoir Dieu, qui est toujours plus prêt à donner que vous à demander, que de vous émouvoir vous-mêmes, afin que vous soyez disposés et prêts à recevoir les biens qu’il vous a préparés.

III. 1. Après avoir enseigné la vraie nature et les vraies fins de la prière, notre Seigneur en ajoute un exemple ; cette divine formule de prière qui, en cet endroit, semble proposée principalement comme modèle, comme le patron et la règle de toutes nos prières : « Voici donc comment vous devez prier. » Ailleurs, en revanche, il prescrit l’usage de ces paroles mêmes : « Il leur dit : Quand vous priez, dites — . » (Luc 11:2.)

2. Nous pouvons remarquer, en général, au sujet de cette divine prière, premièrement, qu’elle contient tout ce que nous pouvons demander raisonnablement ou innocemment. Il n’est rien que nous ayons besoin de demander à Dieu, rien que nous puissions demander sans l’offenser, qui ne soit renfermé, directement ou indirectement, dans cette formule si complète. Secondement, qu’elle contient tout ce que nous pouvons désirer raisonnablement ou innocemment ; tout ce qui est pour la gloire de Dieu, tout ce qui est nécessaire ou utile, non seulement pour nous-mêmes, mais pour toute créature dans le ciel et sur la terre. Et, à vrai dire, nos prières sont la véritable pierre de touche de nos désirs ; rien ne mérite d’avoir place dans nos désirs qui ne mérite d’avoir place dans nos prières : ce que nous ne pouvons demander, nous ne devons pas non plus le désirer. Troisièmement, qu’elle contient tout notre devoir envers Dieu et envers les hommes ; tout ce qui est pur et saint, tout ce que Dieu demande des enfants des hommes, tout ce qui est agréable à ses yeux, tout ce par quoi nous pouvons être utiles à notre prochain, s’y trouvant exprimé ou sous-entendu.

3. Elle se compose de trois parties : la préface, les demandes et la doxologie, ou conclusion. La préface, « Notre Père qui es aux cieux », pose un fondement général pour la prière ; elle renferme ce que nous devons d’abord connaître de Dieu avant de pouvoir le prier avec l’assurance d’être exaucés. Elle nous indique aussi toutes les dispositions avec lesquelles nous devons nous approcher de Dieu, et qui sont le plus essentiellement requises, si nous désirons que nos prières ou notre vie trouvent grâce devant lui.

4. « Notre Père » : — S’il est Père, alors il est bon, alors il est plein d’amour pour ses enfants. Et c’est là la première et grande raison de prier. Dieu veut bénir ; demandons-lui une bénédiction. « Notre Père » ; — notre Créateur ; l’Auteur de notre être ; celui qui nous a tirés de la poussière de la terre ; qui a soufflé en nous un souffle de vie, et nous sommes devenus des âmes vivantes. Or, s’il nous a faits, demandons, et il ne refusera aucun bien à l’ouvrage de ses propres mains. « Notre Père » ; — notre Conservateur ; qui, de jour en jour, soutient la vie qu’il a donnée ; de l’amour persévérant de qui nous recevons maintenant, et à chaque instant, la vie, le souffle et toutes choses. Approchons-nous donc de lui avec d’autant plus d’assurance, et nous « obtiendrons miséricorde et trouverons grâce, pour être secourus dans nos besoins ». Par-dessus tout, il est le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, et de tous ceux qui croient en lui ; qui nous justifie « gratuitement par sa grâce, par le moyen de la rédemption qui est en Jésus » ; qui a « effacé tous nos péchés et guéri toutes nos infirmités » ; qui nous a reçus pour ses propres enfants, par adoption et par grâce ; et, « parce que » nous « sommes fils », a « envoyé dans nos cœurs l’Esprit de son Fils, lequel crie: Abba! Père! » ; qui nous a « régénérés par une semence incorruptible », et nous a « créés de nouveau en Jésus-Christ ». C’est pourquoi nous savons qu’il nous exauce toujours ; c’est pourquoi nous le prions sans cesse. Nous prions parce que nous aimons ; et « nous l’aimons, parce qu’il nous a aimés le premier. »

5 . « Notre Père » : — non pas mon Père seulement, à moi qui crie maintenant vers lui, mais notre Père au sens le plus étendu. Le Dieu et « Père des esprits de toute chair » ; le Père des anges et des hommes : c’est ainsi que les païens eux-mêmes le reconnaissaient, Pater te theOn te. Le Père de l’univers, de toutes les familles, dans le ciel et sur la terre. C’est pourquoi il n’y a point chez lui d’acception de personnes. Il aime tout ce qu’il a fait. « L’Éternel est bon envers tous, Et ses compassions s’étendent sur toutes ses œuvres. » Et l’Éternel prend plaisir en ceux qui le craignent et qui se confient en sa miséricorde ; en ceux qui se confient en lui par le Fils de son amour, sachant qu’ils sont « agréés en son bien-aimé ». Mais « si Dieu nous a ainsi aimés, nous devons aussi nous aimer les uns les autres » ; oui, aimer tout le genre humain, puisque « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique », jusqu’à le livrer à la mort, afin qu’ils « ne périssent point, mais qu’ils aient la vie éternelle »

6. « Qui es aux cieux » : — Haut et élevé ; Dieu au-dessus de toutes choses, béni éternellement ; qui, assis sur le cercle des cieux, contemple toutes choses dans le ciel et sur la terre ; dont l’œil pénètre toute la sphère de l’être créé, oui, et de la nuit incréée ; à qui « sont connues toutes ses œuvres », et toutes les œuvres de chaque créature, non seulement « depuis le commencement du monde » (pauvre traduction, basse et faible), mais ap aionos, de toute éternité, d’éternité en éternité ; qui contraint l’armée des cieux, aussi bien que les enfants des hommes, à s’écrier avec étonnement et stupeur : Ô profondeur ! profondeur de la richesse, et de la sagesse, et de la science de Dieu ! Qui es aux cieux : le Seigneur et le Maître de tout, qui préside à toutes choses et en dispose ; toi qui es le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs, le bienheureux et seul Souverain ; toi qui es fort et ceint de puissance, qui fais tout ce qui te plaît ; le Tout-Puissant ; car toutes les fois que tu le veux, le pouvoir d’agir est présent avec toi. Aux cieux : là éminemment. Le ciel est ton trône, « le lieu où ta gloire » particulièrement « habite ». Mais non pas là seulement ; car tu remplis le ciel et la terre, toute l’étendue de l’espace. « Le ciel et la terre sont pleins de ta gloire. Gloire à toi, ô Seigneur très-haut ! »

C’est pourquoi nous devons « servir l’Éternel avec crainte, et nous réjouir avec tremblement ». C’est pourquoi nous devons penser, parler et agir comme étant continuellement sous l’œil, en la présence immédiate, du Seigneur, le Roi.

7. « Que ton nom soit sanctifié. » — C’est la première des six demandes dont se compose la prière elle-même. Le nom de Dieu, c’est Dieu lui-même ; la nature de Dieu, autant qu’elle peut être découverte à l’homme. Il signifie donc, avec son existence, tous ses attributs ou perfections ; son éternité, signifiée particulièrement par son grand et incommunicable nom, JÉHOVAH, tel que l’apôtre Jean le traduit : To A kai to o, arche kai telos, oon kai ho On kai ho en kai ho erchomenos, — « l’alpha et l’oméga, le commencement et la fin ; celui qui est, qui était, et qui vient » ; — sa plénitude d’être, marquée par son autre grand nom, Je suis celui qui suis ! — son omniprésence ; — sa toute-puissance ; car il est en vérité le seul Agent dans le monde matériel, toute matière étant essentiellement inerte et inactive, et ne se mouvant que lorsqu’elle est mue par le doigt de Dieu ; et il est le ressort de l’action en toute créature, visible et invisible, qui ne pourrait ni agir ni exister sans l’influx et l’action continuels de sa puissance souveraine ; — sa sagesse, clairement déduite des choses visibles, du bel ordre de l’univers ; — sa Trinité dans l’Unité et son Unité dans la Trinité, qui nous est découverte dès la toute première ligne de sa parole écrite ; bara elohim — littéralement, les Dieux créa, un nom pluriel joint à un verbe au singulier ; aussi bien que dans chaque partie de ses révélations ultérieures, données par la bouche de tous ses saints prophètes et apôtres ; — sa pureté et sa sainteté essentielles ; — et, par-dessus tout, son amour, qui est l’éclat même de sa gloire.

En priant pour que Dieu, ou son nom, soit « sanctifié » ou glorifié, nous demandons qu’il soit connu tel qu’il est, par tous ceux qui en sont capables, par tous les êtres intelligents, et avec des affections conformes à cette connaissance ; qu’il soit dûment honoré, craint et aimé, par tous, dans le ciel en haut et sur la terre en bas ; par tous les anges et tous les hommes, qu’il a rendus capables, à cette fin, de le connaître et de l’aimer éternellement.

8. « Que ton règne vienne. » — Cette demande est étroitement liée à la précédente. Afin que le nom de Dieu soit sanctifié, nous demandons que son règne, le règne de Christ, vienne. Ce règne vient pour une personne en particulier lorsqu’elle « se repent et croit à la bonne nouvelle » ; lorsqu’elle est enseignée de Dieu, non seulement à se connaître elle-même, mais à connaître Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié. Comme « la vie éternelle, c’est » de connaître « le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ », ainsi c’est le royaume de Dieu commencé ici-bas, établi dans le cœur du croyant ; « le Seigneur notre Dieu tout-puissant » alors « règne », quand il est connu par Jésus-Christ. Il prend en main sa grande puissance, afin de s’assujettir toutes choses. Il s’avance dans l’âme en vainqueur et pour vaincre, jusqu’à ce qu’il ait mis toutes choses sous ses pieds, jusqu’à ce que « toute pensée soit amenée captive à l’obéissance de Christ ».

Lors donc que Dieu « donnera à son Fils les nations pour héritage, et les extrémités de la terre pour possession » ; lorsque « tous les royaumes se prosterneront devant lui, et que toutes les nations le serviront » ; lorsque « la montagne de la maison de l’Éternel », l’Église de Christ, « sera fondée sur le sommet des montagnes » ; lorsque « la totalité des païens » sera « entrée, et qu’ainsi tout Israël sera sauvé » ; alors on verra ceci : « L’Éternel règne, il est revêtu de majesté », car il apparaîtra à toute âme d’homme comme le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs. Et il convient à tous ceux qui aiment son avènement de prier pour qu’il hâte ce temps ; pour que ce règne qui est le sien, le règne de la grâce, vienne promptement et engloutisse tous les royaumes de la terre ; pour que tout le genre humain, le recevant pour son Roi, croyant véritablement en son nom, soit rempli de justice, de paix et de joie, de sainteté et de bonheur, — jusqu’à ce qu’ils soient transportés d’ici dans son royaume céleste, pour y régner avec lui aux siècles des siècles.

Car nous demandons aussi cela par ces paroles : « Que ton règne vienne » : nous prions pour la venue de son règne éternel, le règne de la gloire dans le ciel, qui est la continuation et la perfection du règne de la grâce sur la terre. Par conséquent, cette demande, aussi bien que la précédente, est offerte pour toute la création intelligente, qui est tout entière intéressée à ce grand événement, au renouvellement final de toutes choses, lorsque Dieu mettra fin à la misère et au péché, à l’infirmité et à la mort, prenant toutes choses entre ses mains, et établissant le royaume qui subsiste dans tous les âges.

Exactement conformes à cela sont ces paroles solennelles de la prière pour l’enterrement des morts : « Te suppliant qu’il te plaise, dans ta bonté miséricordieuse, d’accomplir bientôt le nombre de tes élus et de hâter ton règne, afin que nous, avec tous ceux qui sont morts dans la vraie foi de ton saint nom, nous ayons notre parfait accomplissement et notre félicité, dans le corps et dans l’âme, en ta gloire éternelle. »

9. « Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. » — C’est la conséquence nécessaire et immédiate partout où le règne de Dieu est venu ; partout où Dieu habite dans l’âme par la foi, et où Christ règne dans le cœur par l’amour.

Il est probable que beaucoup, peut-être la plupart des hommes, à la première vue de ces paroles, sont portés à s’imaginer qu’elles ne sont que l’expression, ou la demande, de la résignation ; d’une disposition à souffrir la volonté de Dieu, quelle qu’elle soit à notre égard. Et c’est là sans aucun doute une disposition divine et excellente, un don très précieux de Dieu. Mais ce n’est pas ce que nous demandons dans cette requête ; du moins, ce n’est pas là son sens principal et premier. Nous demandons, non pas tant une conformité passive qu’une conformité active à la volonté de Dieu, lorsque nous disons : « Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. »

Comment est-elle faite par les anges de Dieu dans le ciel, — par ceux qui maintenant entourent son trône avec allégresse ? Ils la font volontiers ; ils aiment ses commandements et écoutent avec joie ses paroles. Faire sa volonté est leur nourriture et leur breuvage ; c’est leur plus haute gloire et leur plus grande joie. Ils la font continuellement ; il n’y a point d’interruption dans leur service volontaire. Ils ne se reposent ni jour ni nuit, mais emploient chaque heure (pour parler à la manière des hommes ; car autrement nos mesures de la durée, les jours, les nuits et les heures, n’ont point de place dans l’éternité) à accomplir ses commandements, à exécuter ses desseins, à réaliser le conseil de sa volonté. Et ils la font parfaitement. Aucun péché, aucun défaut n’appartient aux esprits angéliques. Il est vrai que « les étoiles ne sont pas pures à ses yeux », pas même les étoiles du matin qui chantent ensemble devant lui. « À ses yeux », c’est-à-dire en comparaison de lui : les anges eux-mêmes ne sont pas purs. Mais cela n’implique pas qu’ils ne soient pas purs en eux-mêmes. Sans doute le sont-ils ; ils sont sans tache et irréprochables. Ils sont entièrement dévoués à sa volonté et parfaitement obéissants en toutes choses.

Si nous considérons cela sous un autre jour, nous pouvons remarquer que les anges de Dieu dans le ciel font toute la volonté de Dieu. Et ils ne font rien d’autre, rien que ce dont ils sont absolument assurés que c’est sa volonté. De plus, ils font toute la volonté de Dieu comme il la veut ; de la manière qui lui plaît, et non d’une autre. Oui, et ils ne la font que parce que c’est sa volonté ; pour cette fin, et pour nulle autre raison.

10. Lors donc que nous demandons que la volonté de Dieu « soit faite sur la terre comme au ciel », le sens en est que tous les habitants de la terre, toute la race humaine, fassent la volonté de leur Père qui est dans les cieux aussi volontiers que les saints anges ; qu’ils la fassent continuellement, comme eux, sans aucune interruption de leur service volontaire ; oui, et qu’ils la fassent parfaitement, — que « le Dieu de paix, par le sang d’une alliance éternelle, les rende parfaits en toute bonne œuvre pour l’accomplissement de sa volonté, et fasse en eux ce qui lui est agréable ».

En d’autres termes, nous demandons que nous-mêmes et tout le genre humain fassions toute la volonté de Dieu en toutes choses ; et rien d’autre, pas la moindre chose qui ne soit la sainte et agréable volonté de Dieu. Nous demandons de faire toute la volonté de Dieu comme il la veut, de la manière qui lui plaît ; et enfin, de la faire parce que c’est sa volonté ; que ce soit là l’unique raison et le seul fondement, le motif entier et unique de tout ce que nous pensons, de tout ce que nous disons ou faisons.

11. « Donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien. » — Dans les trois demandes précédentes, nous avons prié pour tout le genre humain. Nous en venons maintenant à demander plus particulièrement qu’il soit pourvu à nos propres besoins. Non que nous soyons invités, même ici, à borner entièrement notre prière à nous-mêmes ; mais cette demande, et chacune des suivantes, peut être faite pour toute l’Église de Christ sur la terre.

Par le « pain », nous pouvons entendre toutes les choses nécessaires, soit à nos âmes, soit à nos corps ; ta pros zoen kai eusebeian, tout ce qui contribue à la vie et à la piété : nous entendons non pas simplement le pain extérieur, ce que notre Seigneur appelle la nourriture qui périt, mais bien plus le pain spirituel, la grâce de Dieu, la nourriture qui subsiste pour la vie éternelle. Ce fut le jugement de beaucoup d’anciens Pères qu’il faut aussi entendre ici le pain sacramentel ; reçu chaque jour, au commencement, par toute l’Église de Christ, et hautement estimé, jusqu’à ce que la charité du plus grand nombre se fût refroidie, comme le grand canal par lequel la grâce de son Esprit était communiquée aux âmes de tous les enfants de Dieu.

Notre pain quotidien. Le mot que nous rendons par quotidien a été diversement expliqué par divers commentateurs. Mais le sens le plus simple et le plus naturel semble être celui-ci, qui est conservé dans presque toutes les traductions, tant anciennes que modernes : — ce qui suffit pour ce jour ; et ainsi pour chaque jour, à mesure qu’il se succède.

12. « Donne-nous » : — car nous ne réclamons rien de droit, mais seulement de pure miséricorde. Nous ne méritons pas l’air que nous respirons, ni la terre qui nous porte, ni le soleil qui nous éclaire. Tout ce que nous méritons, nous le confessons, c’est l’enfer : mais Dieu nous aime gratuitement ; c’est pourquoi nous lui demandons de nous donner ce que nous ne pouvons pas plus nous procurer nous-mêmes que le mériter de sa main.

Non que la bonté ou la puissance de Dieu soit pour nous une raison de rester oisifs. Sa volonté est que nous usions de toute diligence en toutes choses, que nous employions nos plus grands efforts, tout comme si notre succès était l’effet naturel de notre propre sagesse et de notre propre force : et ensuite, comme si nous n’avions rien fait, nous devons dépendre de lui, le dispensateur de toute grâce excellente et de tout don parfait.

« Aujourd’hui » : — car nous ne devons pas nous inquiéter du lendemain. C’est précisément à cette fin que notre sage Créateur a divisé la vie en ces petites portions de temps, si nettement séparées les unes des autres, afin que nous regardions chaque jour comme un don nouveau de Dieu, une autre vie que nous pouvons consacrer à sa gloire ; et que chaque soir soit comme la fin de la vie, au-delà de laquelle nous ne devons rien voir que l’éternité.

13. « Et pardonne-nous nos offenses, comme nous aussi nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. » — Comme rien d’autre que le péché ne peut empêcher la bonté de Dieu de se répandre sur toute créature, cette demande suit naturellement la précédente ; afin que, tous les obstacles étant ôtés, nous puissions nous confier plus pleinement au Dieu d’amour pour toute espèce de bien.

« Nos offenses » : — Le mot signifie proprement nos dettes. C’est ainsi que nos péchés sont souvent représentés dans l’Écriture ; chaque péché nous constituant débiteurs d’une dette nouvelle envers Dieu, à qui nous devons déjà, pour ainsi dire, dix mille talents. Que pourrons-nous donc répondre quand il nous dira : « Paie ce que tu me dois » ? Nous sommes entièrement insolvables ; nous n’avons rien pour payer ; nous avons dissipé tout notre bien. C’est pourquoi, s’il nous traite selon la rigueur de sa loi, s’il exige ce qu’il peut exiger justement, il doit ordonner que nous soyons « liés pieds et mains, et livrés aux bourreaux ».

En vérité, nous sommes déjà liés pieds et mains par les chaînes de nos propres péchés. Ceux-ci, considérés par rapport à nous-mêmes, sont des chaînes de fer et des entraves d’airain. Ce sont des blessures dont le monde, la chair et le diable nous ont tailladés et meurtris de toutes parts. Ce sont des maladies qui boivent notre sang et nos esprits, qui nous font descendre dans les demeures du tombeau. Mais considérés, comme ils le sont ici, par rapport à Dieu, ce sont des dettes immenses et innombrables. Nous pouvons donc bien, puisque nous n’avons rien pour payer, lui crier qu’il veuille nous « remettre gratuitement » toute notre dette !

Le mot traduit par pardonner signifie soit remettre une dette, soit délier une chaîne. Et si nous obtenons la première chose, la seconde s’ensuit naturellement : si nos dettes sont remises, les chaînes tombent de nos mains. Dès que, par la grâce gratuite de Dieu en Christ, nous « recevons le pardon des péchés », nous recevons aussi « une part avec les sanctifiés, par la foi » en lui. Le péché a perdu sa puissance ; il n’a plus de domination sur ceux qui sont « sous la grâce », c’est-à-dire dans la faveur de Dieu. Comme « il n’y a donc maintenant aucune condamnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ », de même ils sont affranchis du péché aussi bien que de la culpabilité. « La justice de la loi » est « accomplie en » eux, et ils marchent « non selon la chair, mais selon l’esprit ».

14. « Comme nous aussi nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. » — Par ces paroles, notre Seigneur déclare clairement à quelle condition et dans quelle mesure, ou de quelle manière, nous pouvons espérer être pardonnés de Dieu. Toutes nos offenses et tous nos péchés nous sont pardonnés si nous pardonnons aux autres, et comme nous leur pardonnons. [Premièrement, Dieu nous pardonne si nous pardonnons aux autres.] C’est là un point de la plus haute importance. Et notre bienheureux Seigneur craint tellement que nous ne le laissions, à quelque moment, s’échapper de nos pensées, que non seulement il l’insère dans le corps de sa prière, mais qu’aussitôt après il le répète deux fois. Il dit : « Si vous pardonnez aux hommes leurs offenses, votre Père céleste vous pardonnera aussi; mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père ne vous pardonnera pas non plus vos offenses. » (Matthieu 6:14, 15.) Secondement, Dieu nous pardonne comme nous pardonnons aux autres. De sorte que s’il reste en nous quelque malice ou quelque amertume, quelque trace de malveillance ou de colère, si nous ne pardonnons pas nettement, pleinement et du fond du cœur, à tous les hommes leurs offenses, nous retranchons d’autant le pardon des nôtres : Dieu ne peut pas nous pardonner nettement et pleinement ; il peut nous témoigner quelque degré de miséricorde ; mais nous ne voulons pas souffrir qu’il efface tous nos péchés et pardonne toutes nos iniquités.

Cependant, tant que nous ne pardonnons pas du fond du cœur à notre prochain ses offenses, quelle sorte de prière offrons-nous à Dieu chaque fois que nous prononçons ces paroles ? Nous défions ouvertement Dieu : nous le provoquons à faire contre nous ce qu’il a de pire. « Pardonne-nous nos offenses, comme nous aussi nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ! » C’est-à-dire, en termes clairs : « Ne nous pardonne pas du tout ; nous ne désirons de toi aucune faveur. Nous te prions de garder nos péchés en mémoire, et que ta colère demeure sur nous. » Mais pouvez-vous sérieusement offrir à Dieu une telle prière ? Et ne vous a-t-il pas encore précipités tout vivants dans l’enfer ? Oh ! ne le tentez plus ! Maintenant, dès maintenant, par sa grâce, pardonnez comme vous voudriez être pardonnés ! Aie maintenant compassion de ton compagnon de service, comme Dieu a eu et aura pitié de toi !

15. « Et ne nous induis pas en tentation, mais délivre-nous du mal. » — « [Et] ne nous induis pas en tentation. » Le mot traduit par tentation désigne une épreuve de quelque nature que ce soit. Et c’est ainsi que le mot anglais temptation se prenait autrefois dans un sens indifférent, bien qu’on l’entende aujourd’hui d’ordinaire de la sollicitation au péché. Saint Jacques emploie le mot dans ces deux sens ; d’abord dans son acception générale, puis dans son acception restreinte. Il le prend dans le premier sens quand il dit : « Heureux l’homme qui supporte patiemment la tentation; car, après avoir été éprouvé », ou approuvé de Dieu, « il recevra la couronne de vie ». (Jacques 1:12, 13.) Il ajoute aussitôt, prenant le mot dans le second sens : « Que personne, lorsqu’il est tenté, ne dise: C’est Dieu qui me tente. Car Dieu ne peut être tenté par le mal, et il ne tente lui-même personne. Mais chacun est tenté quand il est attiré par sa propre convoitise », ou par son désir, exelkomenos, tiré hors de Dieu, en qui seul il est en sûreté, — « et amorcé » ; pris comme un poisson à l’appât. C’est alors, quand il est ainsi attiré et amorcé, qu’il « entre » proprement « en tentation ». Alors la tentation le couvre comme une nuée ; elle se répand sur toute son âme. Alors, combien difficilement il échappera au piège ! C’est pourquoi nous supplions Dieu de « ne pas nous induire en tentation », c’est-à-dire (puisque Dieu ne tente personne) de ne pas permettre que nous y soyons entraînés. « Mais délivre-nous du mal » : plutôt « du malin » ; apo tou ponerou. Ho Poneros, c’est sans aucun doute le méchant, appelé ainsi par excellence, le prince et le dieu de ce monde, qui agit avec une grande puissance dans les fils de la rébellion. Mais tous ceux qui sont enfants de Dieu par la foi sont délivrés de ses mains. Il peut les combattre ; et il le fera. Mais il ne peut les vaincre, à moins qu’ils ne trahissent leur propre âme. Il peut les tourmenter pour un temps, mais il ne peut les détruire ; car Dieu est de leur côté, lui qui ne manquera pas, à la fin, de « faire justice à ses élus, qui crient à lui jour et nuit ». Seigneur, quand nous sommes tentés, ne permets pas que nous entrions en tentation ! Ouvre-nous toi-même un moyen d’en sortir, afin que le méchant ne nous touche pas !

16. La conclusion de cette divine prière, qu’on appelle communément la doxologie, est une action de grâces solennelle, une reconnaissance abrégée des attributs et des œuvres de Dieu. « Car c’est à toi qu’appartient le règne » — le droit souverain sur toutes les choses qui sont ou qui furent jamais créées ; oui, ton règne est un règne de tous les siècles, et ta domination subsiste dans tous les âges. « La puissance » — la puissance exécutive par laquelle tu gouvernes toutes choses dans ton règne éternel, par laquelle tu fais tout ce qui te plaît, en tous les lieux de ta domination. « Et la gloire » — la louange que te doit toute créature, pour ta puissance et la grandeur de ton règne, et pour toutes les œuvres merveilleuses que tu accomplis de toute éternité et que tu accompliras sans fin, « dans tous les siècles ! Amen! » Ainsi soit-il !

Je crois que le lecteur sérieux ne trouvera pas mauvais que j’ajoute ici

PARAPHRASE DE L’ORAISON DOMINICALE

1 Père de tous, dont la voix puissante

Appela cet univers à l’être ;

Dont les bontés sur tout se réjouissent,

Toujours les mêmes au long des âges sans fin.

Toi, par ta parole, tu soutiens toutes choses ;

Ton large amour se montre envers tous,

Tu entends l’appel de chacune de tes créatures,

Et tu remplis de biens toute bouche.

2 Aux cieux tu règnes, trônant dans la lumière,

L’étendue de la nature déployée sous toi ;

La terre, l’air et la mer devant tes yeux,

Et la nuit profonde de l’enfer sont à découvert.

La sagesse, la force et l’amour sont à toi :

Prosternés devant ta face, nous tombons,

Nous confessons tes attributs divins,

Et saluons le Seigneur souverain de tout.

3 Toi, Seigneur souverain, que tout te confesse,

Tout ce qui se meut sur la terre, dans l’air ou au ciel ;

Qu’il révère ta puissance, bénisse ta bonté,

Tremble devant ton œil pénétrant.

Vous tous qui lui devez votre naissance,

Employez à sa louange chacune de vos heures :

Jéhovah règne ! Sois dans la joie, ô terre !

Et vous, étoiles du matin, poussez des cris de joie !

4 Fils de l’éternel amour de ton Père,

Prends en main ta grande puissance ;

Que tous les fils de la terre éprouvent ta miséricorde,

Que tous adorent ta grâce sanglante.

Déploie les triomphes de ton amour ;

Règne seul en chaque cœur ;

Jusqu’à ce que tous tes ennemis confessent ton empire,

Et que la gloire achève ce que la grâce a commencé.

5 Esprit de grâce, de santé et de puissance,

Source de lumière et d’amour ici-bas,

Répands au loin ton influence qui guérit,

Fais-la couler sur toutes les nations.

Embrase nos cœurs d’un amour parfait ;

Accomplis en nous l’œuvre de la foi ;

Et les armées du ciel n’iront pas plus promptement

Que nous sur la terre pour faire ta volonté.

6 Père, c’est à toi de donner chaque jour

Aux besoins de tes enfants une provision nouvelle :

Tu vêts les lis des champs,

Et tu entends le cri des petits corbeaux.

Sur toi nous déchargeons notre souci ; nous vivons

Par toi, qui connais chacun de nos besoins ;

Oh ! nourris-nous de ta grâce, et donne

À nos âmes, en ce jour, le pain vivant !

7 Agneau de Dieu éternel et sans tache,

Immolé avant la fondation du monde,

Asperge-nous sans cesse de ton sang ;

Oh ! purifie-nous et garde-nous toujours purs.

Envers toute âme (à toi toute louange !)

Émeus nos entrailles de compassion :

Et que tout le genre humain voie par là

Que Dieu est en nous ; car Dieu est amour.

8 Donateur et Seigneur de la vie, dont la puissance

Et la garde vigilante sont offertes à tous ;

Vers toi, à l’heure de la tentation farouche,

Fuyons loin du péché et de Satan.

Nous sommes à toi, Seigneur, et tu es à nous ;

Montre en nous toute ta bonté ;

Renouvelle, élargis et remplis notre cœur

De paix, de joie, de ciel et de Dieu.

9 Bénédiction et honneur, louange et amour,

Ô Trois, coégaux et coéternels,

Sur la terre ici-bas, dans le ciel là-haut,

Te soient rendus par toutes tes œuvres.

Trois fois saint ! à toi est le règne,

La puissance souveraine est à toi ;

Et quand la nature créée mourra,

Tes gloires sans fin brilleront.

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