Chapitre 26 · 41 min de lecture · 53 min d’écoute
Discours 5
Sermon 25
Sur le Sermon de notre Seigneur sur la montagne
Discours 5
« Ne croyez pas que je sois venu pour abolir la loi ou les prophètes; je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir. Car, je vous le dis en vérité, tant que le ciel et la terre ne passeront point, il ne disparaîtra pas de la loi un seul iota ou un seul trait de lettre, jusqu’à ce que tout soit arrivé. Celui donc qui supprimera l’un de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à faire de même, sera appelé le plus petit dans le royaume des cieux; mais celui qui les observera, et qui enseignera à les observer, celui-là sera appelé grand dans le royaume des cieux. Car, je vous le dis, si votre justice ne surpasse celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez point dans le royaume des cieux. »
Matthieu 5:17–20
1. Parmi la multitude des reproches qui tombèrent sur celui qui fut « méprisé et abandonné des hommes », il ne pouvait manquer d’y avoir celui-ci : qu’il enseignait des nouveautés, qu’il introduisait une religion nouvelle. On pouvait l’affirmer avec d’autant plus de vraisemblance que beaucoup des expressions dont il s’était servi n’étaient pas communes parmi les Juifs : ou bien ils ne les employaient pas du tout, ou bien ils ne les prenaient pas dans le même sens, dans une signification aussi pleine et aussi forte. Ajoutez à cela que le culte rendu à Dieu « en esprit et en vérité » doit toujours paraître une religion nouvelle à ceux qui jusque-là n’ont rien connu qu’un culte extérieur, rien que « l’apparence de la piété ».
2. Et il n’est pas improbable que quelques-uns aient espéré qu’il en était ainsi, qu’il abolissait l’ancienne religion pour en introduire une autre, — une religion qui, se flattaient-ils peut-être, serait un chemin plus facile vers le ciel. Mais notre Seigneur réfute, dans ces paroles, à la fois les vaines espérances des uns et les calomnies sans fondement des autres.
Je les considérerai dans l’ordre même où elles se présentent, prenant chaque verset pour un chef distinct de ce discours.
I. 1. Et premièrement : « Ne croyez pas que je sois venu pour abolir la loi ou les prophètes; je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir. »
La loi rituelle ou cérémonielle, donnée par Moïse aux enfants d’Israël, qui contenait toutes les prescriptions et les ordonnances relatives aux anciens sacrifices et au service du temple, notre Seigneur est bien venu la détruire, la dissoudre et l’abolir entièrement. Tous les apôtres en rendent témoignage : non seulement Barnabas et Paul, qui s’opposèrent avec véhémence à ceux qui enseignaient que les chrétiens étaient tenus à « l’observation de la loi de Moïse » (Actes 15:5) ; non seulement saint Pierre, qui appela le fait d’insister sur ce point, sur l’observation de la loi rituelle, « tenter Dieu », « en mettant sur le cou des disciples un joug que ni nos pères », dit-il, « ni nous n’avons pu porter » ; mais tous les apôtres, les anciens et les frères, assemblés d’un commun accord (Actes 15:22), déclarèrent que leur commander d’observer cette loi, c’était « ébranler leurs âmes », et qu’il avait « paru bon au Saint-Esprit » et à eux de ne leur imposer aucune charge semblable (Actes 15:28). Cet « acte dont les ordonnances nous condamnaient », notre Seigneur l’a bien effacé, ôté, et cloué à sa croix.
2. Mais la loi morale, contenue dans les dix commandements et inculquée par les prophètes, il ne l’a point ôtée. Ce n’était pas le dessein de sa venue d’en révoquer aucune partie. C’est une loi qui ne peut jamais être abolie, qui demeure ferme comme le témoin fidèle qui est dans le ciel. La loi morale repose sur un fondement entièrement différent de celui de la loi cérémonielle ou rituelle, qui n’était destinée qu’à servir de frein temporaire à un peuple désobéissant et au cou raide ; tandis que celle-ci existe depuis le commencement du monde, ayant été écrite, « non sur des tables de pierre », mais dans le cœur de tous les enfants des hommes, lorsqu’ils sortirent des mains du Créateur. Et quoique les lettres jadis écrites par le doigt de Dieu soient maintenant en grande partie effacées par le péché, elles ne peuvent cependant être entièrement oblitérées, tant qu’il nous reste quelque conscience du bien et du mal. Toutes les parties de cette loi doivent demeurer en vigueur, pour tous les hommes et dans tous les siècles, puisqu’elles ne dépendent ni du temps, ni du lieu, ni d’aucune autre circonstance sujette au changement, mais de la nature de Dieu et de la nature de l’homme, et de leur relation immuable l’un avec l’autre.
3. « Je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir. » Quelques-uns ont pensé que notre Seigneur voulait dire : Je suis venu l’accomplir par mon obéissance entière et parfaite. Et l’on ne peut douter qu’en ce sens il n’en ait accompli toutes les parties. Mais ce n’est pas là, semble-t-il, ce qu’il veut dire ici, cela étant étranger au but de son présent discours. Sans aucun doute, sa pensée en cet endroit est (en accord avec tout ce qui précède et tout ce qui suit) : — Je suis venu l’établir dans sa plénitude, en dépit de toutes les gloses des hommes ; je suis venu mettre en pleine et claire lumière tout ce qui y était sombre ou obscur ; je suis venu déclarer la portée vraie et entière de chacune de ses parties ; montrer la longueur et la largeur, l’étendue entière de chacun des commandements qu’elle renferme, et la hauteur et la profondeur, la pureté et la spiritualité inconcevables de cette loi dans toutes ses branches.
4. Et c’est ce que notre Seigneur a abondamment accompli dans les parties qui précèdent et qui suivent du discours que nous avons sous les yeux ; il n’y a pas introduit dans le monde une religion nouvelle, mais celle-là même qui était dès le commencement : — une religion dont la substance est, sans aucun doute, aussi ancienne que la création, contemporaine de l’homme, et procédant de Dieu au moment même où « l’homme devint un être vivant » (la substance, dis-je ; car certaines de ses circonstances se rapportent maintenant à l’homme en tant que créature déchue) ; — une religion à laquelle ont rendu témoignage la loi et les prophètes dans toutes les générations qui ont suivi. Pourtant elle ne fut jamais si pleinement expliquée, ni si parfaitement comprise, jusqu’à ce que son grand Auteur lui-même daignât donner au genre humain ce commentaire authentique de toutes ses branches essentielles, déclarant en même temps qu’elle ne serait jamais changée, mais qu’elle demeurerait en vigueur jusqu’à la fin du monde.
II. 1. « Car, je vous le dis en vérité, » (préambule solennel, qui marque à la fois l’importance et la certitude de ce qui est dit) « tant que le ciel et la terre ne passeront point, il ne disparaîtra pas de la loi un seul iota ou un seul trait de lettre, jusqu’à ce que tout soit arrivé. »
« un seul iota » : — c’est littéralement pas un seul iota, pas la voyelle la plus insignifiante : « ou un seul trait de lettre », mia keraia, un seul coin, ou une seule pointe d’une consonne. C’est une expression proverbiale qui signifie qu’aucun des commandements contenus dans la loi morale, ni la moindre partie d’aucun d’eux, si insignifiante qu’elle puisse paraître, ne serait jamais abrogé.
Il ne disparaîtra pas de la loi : ou me parelthei apo tou nomou. La double négation ici employée renforce le sens, au point de n’admettre aucune contradiction. Et le mot parelthei, on peut le remarquer, n’est pas simplement un futur, déclarant ce qui sera ; il a aussi la force d’un impératif, ordonnant ce qui doit être. C’est une parole d’autorité, qui exprime la volonté et la puissance souveraines de celui qui parlait ; de celui dont la parole est la loi du ciel et de la terre, et demeure ferme aux siècles des siècles.
Un seul iota ou un seul trait de lettre ne disparaîtra pas tant que le ciel et la terre ne passeront point ; ou, comme il est dit aussitôt après, hews an panta genetai, jusqu’à ce que tout ( ou plutôt toutes choses) soit accompli, jusqu’à la consommation de toutes choses. Il n’y a donc ici aucune place pour cette pauvre échappatoire (dont quelques-uns se sont grandement complu) selon laquelle aucune partie de la loi ne devait passer avant que toute la loi fût accomplie ; or elle a été accomplie par Christ, et doit donc passer maintenant, pour que l’Évangile soit établi. Il n’en est rien ; le mot tout ne signifie pas toute la loi, mais toutes choses dans l’univers ; de même que le terme accompli ne se rapporte pas à la loi, mais à toutes choses dans le ciel et sur la terre.
2. De tout cela nous pouvons apprendre qu’il n’y a aucune opposition entre la loi et l’Évangile ; qu’il n’est nullement nécessaire que la loi passe pour que l’Évangile soit établi. En vérité, aucun des deux ne supplante l’autre, mais ils s’accordent parfaitement ensemble. Bien plus, les mêmes paroles, considérées sous des rapports différents, font partie à la fois de la loi et de l’Évangile. Si on les considère comme des commandements, elles font partie de la loi ; si on les considère comme des promesses, elles font partie de l’Évangile. Ainsi : Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, considéré comme un commandement, est une branche de la loi ; regardé comme une promesse, c’est une partie essentielle de l’Évangile, l’Évangile n’étant autre chose que les commandements de la loi proposés sous forme de promesses. Ainsi la pauvreté d’esprit, la pureté du cœur, et tout ce qui est prescrit dans la sainte loi de Dieu, ne sont autre chose, vus à la lumière de l’Évangile, qu’autant de grandes et précieuses promesses.
3. Il y a donc entre la loi et l’Évangile la liaison la plus étroite qui se puisse concevoir. D’un côté, la loi prépare continuellement le chemin à l’Évangile et nous dirige vers lui ; de l’autre, l’Évangile nous conduit continuellement à un accomplissement plus exact de la loi. La loi, par exemple, exige que nous aimions Dieu, que nous aimions notre prochain, que nous soyons doux, humbles, ou saints. Nous sentons que nous ne sommes pas capables de ces choses ; bien plus, qu’« Aux hommes cela est impossible » ; mais nous voyons une promesse de Dieu, de nous donner cet amour, et de nous rendre humbles, doux et saints. Nous saisissons cet Évangile, cette bonne nouvelle ; il nous est fait selon notre foi ; et « la justice de la loi est accomplie en nous », par la foi qui est en Jésus-Christ.
Nous pouvons encore remarquer que tout commandement de l’Écriture sainte n’est qu’une promesse voilée. Car par cette déclaration solennelle : « Voici l’alliance que je ferai après ces jours-là, dit le Seigneur : je mettrai mes lois dans votre esprit, et je les écrirai dans votre cœur », Dieu s’est engagé à donner tout ce qu’il commande. Nous commande-t-il donc : « Priez sans cesse. » ? « Soyez toujours joyeux. » ? « Soyez saints comme il est saint » ? Cela suffit. Il opérera en nous cela même. Il nous sera fait selon sa parole.
4. Mais si ces choses sont ainsi, nous ne pouvons être embarrassés pour savoir que penser de ceux qui, dans tous les âges de l’Église, ont entrepris de changer ou de supplanter quelques commandements de Dieu, par une direction particulière de son Esprit, à ce qu’ils prétendaient. Christ nous a donné ici une règle infaillible pour juger de toutes ces prétentions. Le christianisme, en tant qu’il comprend toute la loi morale de Dieu, à la fois sous forme de commandement et sous forme de promesse, est destiné de Dieu, si nous voulons l’écouter, à être la dernière de toutes ses dispensations. Il n’en viendra point d’autre après celle-ci. Elle doit durer jusqu’à la consommation de toutes choses. Par conséquent, toutes ces révélations nouvelles sont de Satan, et non de Dieu ; et toutes les prétentions à une autre dispensation plus parfaite tombent d’elles-mêmes. « Le ciel et la terre passeront » ; mais cette parole « ne passera point ».
III. 1. « Celui donc qui supprimera l’un de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à faire de même, sera appelé le plus petit dans le royaume des cieux; mais celui qui les observera, et qui enseignera à les observer, celui-là sera appelé grand dans le royaume des cieux. »
Qui sont-ils, que sont-ils, ceux qui font de « la prédication de la loi » un sujet de reproche ? Ne voient-ils pas sur qui leur reproche doit tomber, — sur quelle tête il doit enfin retomber ? Quiconque nous méprise pour ce motif méprise celui qui nous a envoyés. Car jamais homme a-t-il prêché la loi comme lui, alors même qu’il venait non pour condamner, mais pour sauver le monde ; alors qu’il venait tout exprès pour « mettre en évidence la vie et l’immortalité par l’Évangile » ? Quelqu’un peut-il prêcher la loi plus expressément, plus rigoureusement, que Christ ne le fait dans ces paroles ? Et qui est celui qui les corrigera ? Qui est celui qui enseignera au Fils de Dieu comment il faut prêcher ? Qui lui apprendra une meilleure manière de délivrer le message qu’il a reçu du Père ?
2. « Celui donc qui supprimera l’un de ces plus petits commandements », ou l’un des plus petits de ces commandements. — « Ces commandements », nous pouvons le remarquer, est un terme employé par notre Seigneur comme équivalent de la loi, ou de la loi et des prophètes, — ce qui revient au même, puisque les prophètes n’ont rien ajouté à la loi, mais n’ont fait que la déclarer, l’expliquer ou l’inculquer, selon qu’ils étaient poussés par le Saint-Esprit.
« Celui donc qui supprimera l’un de ces plus petits commandements », surtout s’il le fait volontairement ou avec présomption : — un seul ; — car « quiconque observe toute la loi, mais » ainsi « pèche contre un seul commandement, devient coupable de tous » ; la colère de Dieu demeure sur lui, aussi sûrement que s’il les avait tous transgressés. De sorte qu’il n’est fait aucune concession pour une seule convoitise chérie ; aucune réserve pour une seule idole ; aucune excuse pour qui s’abstient de tout le reste et ne cède qu’à un seul péché favori. Ce que Dieu demande, c’est une obéissance entière ; nous devons avoir égard à tous ses commandements ; autrement nous perdons toute la peine que nous prenons à en observer quelques-uns, et notre pauvre âme, pour l’éternité.
« l’un de ces plus petits », ou l’un des plus petits de ces commandements : — voici une autre excuse retranchée, par laquelle beaucoup, qui ne peuvent tromper Dieu, trompent misérablement leur propre âme. « Ce péché, dit le pécheur, n’est-il pas bien petit ? Le Seigneur ne m’épargnera-t-il pas en cette chose ? Assurément il ne sera pas extrême à le remarquer, puisque je ne pèche pas dans les points les plus graves de la loi. » Vaine espérance ! Pour parler à la manière des hommes, nous pouvons appeler ces commandements-ci grands, et ceux-là petits ; mais en réalité ils ne le sont pas. Si nous parlons avec propriété, il n’existe rien de tel qu’un petit péché ; tout péché étant une transgression de la loi sainte et parfaite, et un affront fait à la grande Majesté du ciel.
3. « Et qui enseignera aux hommes à faire de même. » En un certain sens, on peut dire que quiconque transgresse ouvertement un commandement enseigne aux autres à faire de même ; car l’exemple parle, et bien souvent plus haut que le précepte. En ce sens, il est évident que tout ivrogne déclaré enseigne l’ivrognerie ; que tout profanateur du sabbat enseigne constamment à son prochain à profaner le jour du Seigneur. Mais ce n’est pas tout : celui qui transgresse habituellement la loi se contente rarement de s’en tenir là ; il enseigne généralement aux autres hommes à faire de même, par la parole aussi bien que par l’exemple ; surtout lorsqu’il raidit le cou et hait la réprimande. Un tel pécheur devient bientôt l’avocat du péché ; il défend ce qu’il est résolu à ne pas abandonner ; il excuse le péché qu’il ne veut pas quitter, et ainsi il enseigne directement chacun des péchés qu’il commet.
Il « sera appelé le plus petit dans le royaume des cieux » ; — c’est-à-dire qu’il n’y aura aucune part. Il est étranger au royaume des cieux qui est sur la terre ; il n’a point de portion dans cet héritage ; point de part à « la justice, la paix et la joie, par le Saint-Esprit ». Par conséquent, il ne peut non plus avoir aucune part à la gloire qui sera révélée.
4. Mais si ceux-là mêmes qui transgressent ainsi, et qui enseignent aux autres à transgresser « l’un de ces plus petits commandements », doivent être appelés « le plus petit dans le royaume des cieux », s’ils n’ont aucune part au royaume de Christ et de Dieu ; si ceux-là mêmes doivent être jetés dans « les ténèbres du dehors, où il y aura des pleurs et des grincements de dents », où paraîtront donc ceux que notre Seigneur a principalement et premièrement en vue dans ces paroles, — ceux qui, portant le caractère de docteurs envoyés de Dieu, transgressent néanmoins eux-mêmes ses commandements ; bien plus, enseignent ouvertement aux autres à faire de même, étant corrompus à la fois dans leur vie et dans leur doctrine ?
5. Ils sont de plusieurs sortes. De la première sorte sont ceux qui vivent dans quelque péché volontaire et habituel. Or, si un pécheur ordinaire enseigne par son exemple, combien plus un ministre pécheur, — même s’il n’essaie pas de défendre, d’excuser ou d’atténuer son péché ! S’il le fait, il est vraiment un meurtrier ; bien plus, le meurtrier général de son assemblée ! Il peuple les régions de la mort. Il est l’instrument de choix du prince des ténèbres. Quand il s’en va d’ici, « le séjour des morts s’émeut jusque dans ses profondeurs pour l’accueillir à son arrivée ». Et il ne peut descendre dans l’abîme sans y entraîner une multitude après lui.
6. Après ceux-là viennent ces hommes d’un bon naturel, ces braves gens, qui mènent une vie facile et inoffensive, ne s’embarrassant ni de péché extérieur ni de sainteté intérieure ; des hommes qui ne se font remarquer ni d’un côté ni de l’autre, ni par la religion ni par l’irréligion ; qui sont très réguliers en public et en particulier, mais qui ne prétendent pas être plus stricts que leurs voisins. Un ministre de cette sorte ne transgresse pas un seul, ou quelques-uns seulement, des plus petits commandements de Dieu ; mais toutes les grandes et importantes branches de sa loi qui se rapportent à la force de la piété, et toutes celles qui nous demandent de « passer avec crainte le temps de notre pèlerinage », de « travailler à notre salut avec crainte et tremblement », d’avoir « nos reins toujours ceints et nos lampes allumées », de « nous efforcer », ou de combattre comme dans l’agonie, « d’entrer par la porte étroite ». Et il enseigne aux hommes à faire de même, par toute la forme de sa vie et par la teneur générale de sa prédication, qui tend uniformément à entretenir dans leur doux rêve ceux qui s’imaginent être chrétiens et ne le sont pas ; à persuader à tous ceux qui suivent son ministère de continuer à dormir et à se reposer. Il n’est donc pas étonnant que lui et ceux qui le suivent se réveillent ensemble dans les flammes éternelles.
7. Mais au-dessus de tous ceux-là, au premier rang des ennemis de l’Évangile de Christ, sont ceux qui ouvertement et expressément « jugent la loi » elle-même, et « parlent mal de la loi » ; qui enseignent aux hommes à transgresser (lysai, à dissoudre, à délier, à dénouer l’obligation de) non pas un seul commandement, qu’il soit des plus petits ou des plus grands, mais tous les commandements d’un seul coup ; qui enseignent sans aucun voile, en propres termes : — Qu’a fait notre Seigneur de la loi ? Il l’a abolie. Il n’y a qu’un seul devoir, celui de croire. Tous les commandements sont impropres à notre temps. Aucune exigence de la loi n’oblige plus personne aujourd’hui à faire un seul pas, à donner un seul liard, à manger ou à s’abstenir d’une seule bouchée. C’est là, en vérité, mener les choses la main haute ; c’est résister en face à notre Seigneur, et lui dire qu’il n’a pas su délivrer le message pour lequel il était envoyé. Ô Seigneur, ne leur impute pas ce péché! Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font !
8. La plus surprenante de toutes les circonstances qui accompagnent cette puissante illusion, c’est que ceux qui y sont livrés croient réellement honorer Christ en renversant sa loi, et qu’ils exaltent son office, alors qu’ils détruisent sa doctrine ! Oui, ils l’honorent exactement comme Judas, lorsqu’il dit : « Salut, Rabbi! » et le baisa. Et il peut avec autant de justice dire à chacun d’eux : « c’est par un baiser que tu livres le Fils de l’homme! » Ce n’est rien d’autre que le trahir par un baiser, que de parler de son sang et de lui ôter sa couronne ; de faire peu de cas d’une partie quelconque de sa loi, sous prétexte d’avancer son Évangile. Et nul ne peut, en vérité, échapper à cette accusation, s’il prêche la foi d’une manière qui tende, directement ou indirectement, à mettre de côté une branche quelconque de l’obéissance ; s’il prêche Christ de façon à abroger ou à affaiblir, en quelque manière que ce soit, le plus petit des commandements de Dieu.
9. Il est impossible, en vérité, d’avoir une trop haute estime pour « la foi des élus de Dieu ». Et nous devons tous déclarer que « c’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi » ; « Ce n’est point par les œuvres, afin que personne ne se glorifie. » Nous devons crier à haute voix à tout pécheur repentant : « Crois au Seigneur Jésus, et tu seras sauvé. » Mais en même temps nous devons prendre soin de faire savoir à tous les hommes que nous n’estimons d’autre foi que celle qui est agissante par la charité [Galates 5:6] ; et que nous ne sommes sauvés par la foi qu’autant que nous sommes délivrés de la puissance aussi bien que de la culpabilité du péché. Et quand nous disons : « Crois, et tu seras sauvé » ; nous ne voulons pas dire : « Crois, et tu passeras du péché au ciel, sans qu’aucune sainteté intervienne entre deux, la foi tenant lieu de sainteté » ; mais : « Crois, et tu seras saint ; crois au Seigneur Jésus, et tu auras à la fois la paix et la puissance. Tu auras, de celui en qui tu crois, la puissance de fouler le péché sous tes pieds ; la puissance d’aimer le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, et de le servir de toute ta force. Tu auras la puissance, par la persévérance à bien faire, de chercher la gloire, l’honneur et l’immortalité ; tu feras et tu enseigneras tous les commandements de Dieu, depuis le plus petit jusqu’au plus grand. Tu les enseigneras par ta vie aussi bien que par tes paroles, et ainsi tu seras appelé grand dans le royaume des cieux. »
IV. 1. Quelque autre chemin que nous enseignions vers le royaume des cieux, vers la gloire, l’honneur et l’immortalité, qu’on l’appelle le chemin de la foi ou de tout autre nom, c’est en vérité le chemin de la perdition. Il n’apportera point la paix à l’homme à sa fin dernière. Car ainsi parle le Seigneur : « [En vérité,] je vous le dis, si votre justice ne surpasse celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez point dans le royaume des cieux. »
Les scribes, mentionnés si souvent dans le Nouveau Testament comme comptant parmi les adversaires les plus constants et les plus véhéments de notre Seigneur, n’étaient pas des secrétaires, ni des hommes employés seulement à écrire, comme ce terme pourrait nous porter à le croire. Ce n’étaient pas non plus des hommes de loi, au sens ordinaire du mot, bien que le mot nomikoi soit ainsi rendu dans notre traduction. Leur emploi n’avait aucune affinité avec celui d’un homme de loi parmi nous. Ils s’occupaient des lois de Dieu, et non des lois des hommes. C’était là leur étude : leur affaire propre et particulière était de lire et d’expliquer la loi et les prophètes, particulièrement dans les synagogues. Ils étaient les prédicateurs ordinaires et attitrés parmi les Juifs. De sorte que, si l’on avait égard au sens du mot original, nous pourrions le rendre par : les théologiens. Car c’étaient les hommes qui faisaient profession de théologie ; et ils étaient généralement (comme leur nom l’indique littéralement) des hommes de lettres ; les hommes les plus considérés pour leur savoir qui fussent alors dans la nation juive.
2. Les pharisiens étaient une secte très ancienne, ou un corps d’hommes, parmi les Juifs ; ainsi appelés à l’origine du mot hébreu PRS — qui signifie séparer ou diviser. Non qu’ils eussent fait une séparation formelle d’avec l’Église nationale, ni une division en son sein. Ils se distinguaient seulement des autres par une plus grande rigueur de vie, par une plus grande exactitude de conduite. Car ils étaient zélés pour la loi jusque dans les moindres points, payant la dîme de la menthe, de l’aneth et du cumin ; et de là vient qu’ils étaient en honneur auprès de tout le peuple, et généralement estimés les plus saints des hommes.
Beaucoup de scribes appartenaient à la secte des pharisiens. Ainsi saint Paul lui-même, qui avait été instruit pour être scribe, d’abord à l’université de Tarse, puis à Jérusalem, aux pieds de Gamaliel (l’un des scribes ou docteurs de la loi les plus savants qui fussent alors dans la nation), déclare de lui-même devant le sanhédrin : « je suis pharisien, fils de pharisiens » (Actes 23:6) ; et devant le roi Agrippa : « j’ai vécu pharisien, selon la secte la plus rigide de notre religion. » (Actes 26:5) Et le corps entier des scribes estimait généralement les pharisiens et agissait de concert avec eux. De là vient que notre Sauveur les associe si fréquemment, comme tombant à bien des égards sous la même considération. En cet endroit, ils semblent être mentionnés ensemble comme les plus éminents de ceux qui faisaient profession de religion ; les premiers étant réputés les plus sages, — les seconds, les plus saints des hommes.
3. Ce qu’était réellement « la justice des scribes et des pharisiens », il n’est pas difficile de le déterminer. Notre Seigneur nous a conservé le récit authentique que l’un d’eux fit de lui-même ; et celui-ci est clair et complet dans la description de sa propre justice, et l’on ne peut supposer qu’il en ait omis aucune partie. Il monta, en effet, « au temple pour prier » ; mais il était si occupé de ses propres vertus qu’il oublia le dessein pour lequel il était venu. Car il est remarquable qu’il ne prie pas du tout à proprement parler : il ne fait que dire à Dieu combien il était sage et bon. « O Dieu, je te rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes, qui sont ravisseurs, injustes, adultères, ou même comme ce publicain; je jeûne deux fois la semaine, je donne la dîme de tous mes revenus. » Sa justice consistait donc en trois parties. Premièrement, dit-il, « je ne suis pas comme le reste des hommes » : je ne suis ni ravisseur, ni injuste, ni adultère ; ni même « comme ce publicain ». Secondement, « je jeûne deux fois la semaine » ; et troisièmement, « je donne la dîme de tous mes revenus ».
« je ne suis pas comme le reste des hommes. » Ce n’est pas là un petit point. Il n’est pas donné à tout homme de pouvoir le dire. C’est comme s’il avait dit : — « Je ne me laisse pas entraîner par ce grand torrent, la coutume. Je ne vis pas selon la coutume, mais selon la raison ; non selon l’exemple des hommes, mais selon la parole de Dieu. Je ne suis ni ravisseur, ni injuste, ni adultère, quelque communs que soient ces péchés, même parmi ceux qu’on appelle le peuple de Dieu (l’extorsion, en particulier, — sorte d’injustice légale qu’aucune loi humaine ne punit, et qui consiste à tirer profit de l’ignorance ou de la nécessité d’autrui, a rempli tous les recoins du pays) ; ni même comme ce publicain : je ne suis coupable d’aucun péché manifeste ou présomptueux ; je ne suis pas un pécheur extérieur, mais un homme intègre et honnête, d’une vie et d’une conduite irréprochables. »
4. « je jeûne deux fois la semaine. » Il y a là plus de choses impliquées que nous ne pourrions d’abord nous en rendre compte. Tous les pharisiens les plus stricts observaient les jeûnes hebdomadaires, à savoir chaque lundi et chaque jeudi. Le premier de ces jours, ils jeûnaient en mémoire de ce que Moïse avait reçu ce jour-là (comme l’enseignait leur tradition) les deux tables de pierre écrites par le doigt de Dieu ; le second, en mémoire de ce qu’il les avait jetées de sa main, lorsqu’il vit le peuple danser autour du veau d’or. Ces jours-là, ils ne prenaient aucune nourriture jusqu’à trois heures de l’après-midi, heure à laquelle on commençait à offrir le sacrifice du soir dans le temple. Jusqu’à cette heure, ils avaient coutume de demeurer dans le temple, dans quelqu’un de ses coins, de ses appartements ou de ses parvis, afin d’être prêts à assister à tous les sacrifices et à se joindre à toutes les prières publiques. Le temps intermédiaire, ils avaient coutume de l’employer en partie à des prières particulières adressées à Dieu, en partie à sonder les Écritures, à lire la loi et les prophètes, et à les méditer. Voilà ce qu’implique ce : « je jeûne deux fois la semaine » ; la seconde branche de la justice d’un pharisien.
5. « je donne la dîme de tous mes revenus. » C’est ce que les pharisiens faisaient avec la dernière exactitude. Ils n’en exceptaient pas la chose la plus insignifiante ; non, pas même la menthe, l’aneth et le cumin. Ils ne voulaient retenir aucune partie, même la plus petite, de ce qu’ils croyaient appartenir proprement à Dieu ; mais ils donnaient chaque année un dixième entier de tout leur bien, et de tout leur revenu, quel qu’il fût.
Bien plus, les pharisiens les plus stricts (comme l’ont souvent remarqué ceux qui sont versés dans les anciens écrits juifs), non contents de donner à Dieu un dixième de leur bien en la personne de ses sacrificateurs et de ses Lévites, en donnaient un autre dixième à Dieu en la personne des pauvres, et cela continuellement. Ils donnaient en aumônes la même proportion de tout ce qu’ils avaient que celle qu’ils avaient coutume de donner en dîmes. Et cela aussi, ils le réglaient avec la dernière exactitude, afin de n’en rien retenir, mais de rendre pleinement à Dieu ce qui était à Dieu, selon qu’ils l’estimaient. De sorte que, tout compte fait, ils donnaient d’année en année un cinquième entier de tout ce qu’ils possédaient.
6. Telle était « la justice des scribes et des pharisiens » ; une justice qui, à bien des égards, allait bien au-delà de l’idée que beaucoup ont accoutumé de s’en faire. Mais peut-être dira-t-on : « Tout cela était faux et feint ; car c’était une bande d’hypocrites. » Quelques-uns l’étaient sans doute ; des hommes qui n’avaient réellement aucune religion, aucune crainte de Dieu, aucun désir de lui plaire ; qui ne se souciaient point de l’honneur qui vient de Dieu, mais seulement de la louange des hommes. Et ce sont ceux-là que notre Seigneur condamne si sévèrement, reprend si vivement, en bien des occasions. Mais il ne faut pas supposer que, parce que beaucoup de pharisiens étaient hypocrites, tous l’étaient. Et l’hypocrisie n’est nullement essentielle au caractère d’un pharisien. Ce n’est pas là la marque distinctive de leur secte. C’est plutôt ceci, selon la description de notre Seigneur : « Ils se persuadaient qu’ils étaient justes, et ne faisaient aucun cas des autres. » Voilà leur véritable insigne. Or le pharisien de cette sorte ne peut être un hypocrite. Il doit être, au sens ordinaire, sincère ; autrement il ne pourrait « se persuader qu’il est juste ». L’homme qui se recommandait ici à Dieu se croyait sans aucun doute juste. Par conséquent, il n’était pas hypocrite ; il n’avait conscience d’aucun manque de sincérité. Il disait alors à Dieu exactement ce qu’il pensait, à savoir qu’il était de beaucoup meilleur que les autres hommes.
Mais l’exemple de saint Paul, n’y en eût-il point d’autre, suffit à mettre ce point hors de toute question. Il pouvait non seulement dire, lorsqu’il était chrétien : « je m’efforce d’avoir constamment une conscience sans reproche devant Dieu et devant les hommes » (Actes 24:16) ; mais encore, au sujet du temps où il était pharisien : « Hommes frères, c’est en toute bonne conscience que je me suis conduit jusqu’à ce jour devant Dieu. » (Actes 23:1) Il était donc sincère quand il était pharisien, aussi bien que quand il était chrétien. Il n’était pas plus hypocrite lorsqu’il persécutait l’Église que lorsqu’il prêchait la foi qu’il avait autrefois persécutée. Qu’on ajoute donc ceci à « la justice des scribes et des pharisiens », — la croyance sincère qu’ils sont justes, et la persuasion de « rendre un culte à Dieu » en toutes choses.
7. Et cependant, « si votre justice », dit notre Seigneur, « ne surpasse celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez point dans le royaume des cieux ». Déclaration solennelle et grave, que tous ceux qui portent le nom de Christ devraient considérer sérieusement et profondément. Mais avant de rechercher comment notre justice peut surpasser la leur, examinons si, à présent, nous l’égalons.
Premièrement, un pharisien n’était « pas comme le reste des hommes ». Dans les choses extérieures, il était singulièrement bon. Le sommes-nous ? Osons-nous être le moins du monde singuliers ? Ne suivons-nous pas plutôt le courant ? Ne faisons-nous pas souvent bon marché à la fois de la religion et de la raison, parce que nous ne voudrions pas avoir l’air singuliers ? N’avons-nous pas souvent plus peur d’être hors de la mode que d’être hors du chemin du salut ? Avons-nous le courage de remonter le courant ? — d’aller à rebours du monde ? — d’« obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » ? Sinon, le pharisien nous laisse derrière lui dès le premier pas. Heureux serons-nous si nous le rattrapons jamais.
Mais serrons de plus près. Pouvons-nous présenter à Dieu son premier argument, qui revient en substance à ceci : « Je ne fais aucun mal ; je ne vis dans aucun péché extérieur ; je ne fais rien pour quoi mon propre cœur me condamne » ? Est-ce vrai de vous ? En êtes-vous sûrs ? Ne vivez-vous dans aucune pratique pour laquelle votre propre cœur vous condamne ? Si vous n’êtes pas adultère, si vous n’êtes pas impudique, ni en parole ni en action, n’êtes-vous pas injuste ? La grande mesure de la justice, aussi bien que de la miséricorde, c’est : « Fais aux autres ce que tu voudrais qu’ils te fissent. » Marchez-vous selon cette règle ? Ne faites-vous jamais à personne ce que vous ne voudriez pas qu’on vous fît ? Bien plus, n’êtes-vous pas grossièrement injuste ? N’êtes-vous pas un ravisseur ? Ne tirez-vous point profit de l’ignorance ou de la nécessité de qui que ce soit, ni en achetant ni en vendant ? Supposons que vous soyez dans le commerce : demandez-vous, recevez-vous, rien de plus que la valeur réelle de ce que vous vendez ? Ne demandez-vous, ne recevez-vous, rien de plus de l’ignorant que de l’homme averti, — d’un petit enfant que d’un marchand expérimenté ? Si vous le faites, pourquoi votre cœur ne vous condamne-t-il pas ? Vous êtes un ravisseur effronté ! Ne demandez-vous rien de plus que le prix ordinaire des marchandises à quiconque est dans un besoin pressant, — à qui doit avoir, et cela sans délai, les choses que vous seul pouvez lui fournir ? Si vous le faites, c’est là aussi une pure extorsion. En vérité, vous n’atteignez pas à la justice d’un pharisien.
8. Secondement, un pharisien (pour exprimer sa pensée dans notre langage ordinaire) usait de tous les moyens de grâce. Comme il jeûnait souvent et beaucoup, deux fois chaque semaine, ainsi il assistait à tous les sacrifices. Il était assidu à la prière publique et particulière, et à la lecture et à l’audition des Écritures. Allez-vous aussi loin que lui ? Jeûnez-vous beaucoup et souvent ? — deux fois la semaine ? Je crains que non ! Une fois au moins, « tous les vendredis de l’année » ? (C’est ce que notre Église prescrit clairement et péremptoirement à tous ses membres : observer tous ces jours, aussi bien que les vigiles et les quarante jours du carême, comme des jours de jeûne ou d’abstinence.) Jeûnez-vous deux fois par an ? Je crains que quelques-uns parmi nous ne puissent pas même alléguer cela ! Ne négligez-vous aucune occasion d’assister au sacrifice chrétien et d’y participer ? Combien y en a-t-il qui se disent chrétiens, et qui pourtant n’en font absolument aucun cas, — qui ne mangent pas de ce pain ni ne boivent de cette coupe pendant des mois, peut-être des années de suite ? Chaque jour, ou entendez-vous les Écritures, ou les lisez-vous et les méditez-vous ? Vous joignez-vous à la prière avec la grande assemblée, chaque jour, si vous en avez l’occasion ; sinon, chaque fois que vous le pouvez ; particulièrement en ce jour dont vous vous « souvenez pour le sanctifier » ? Vous efforcez-vous de « faire naître les occasions » ? Êtes-vous dans la joie quand on vous dit : « Allons à la maison de l’Éternel! » ? Êtes-vous zélés et diligents pour la prière particulière ? Ne laissez-vous passer aucun jour sans elle ? Bien plutôt, quelques-uns d’entre vous ne sont-ils pas si éloignés d’y consacrer (avec le pharisien) plusieurs heures en un seul jour, qu’ils trouvent une heure bien suffisante, sinon trop longue ? Passez-vous une heure par jour, ou par semaine, à prier votre Père qui est dans le lieu secret ? oui, une heure par mois ? Avez-vous passé une heure de suite dans la prière particulière depuis que vous êtes né ? Ah ! pauvre chrétien ! Le pharisien ne se lèvera-t-il pas au jour du jugement contre toi, et ne te condamnera-t-il pas ? Sa justice est aussi élevée au-dessus de la tienne que les cieux sont élevés au-dessus de la terre !
9. Troisièmement, le pharisien payait la dîme et faisait l’aumône de tout ce qu’il possédait. Et de quelle ample manière ! De sorte qu’il était (comme nous disons) « un homme qui faisait beaucoup de bien ». L’égalons-nous en cela ? Lequel d’entre nous est aussi abondant que lui en bonnes œuvres ? Lequel d’entre nous donne à Dieu le cinquième de tout son bien ? Et du capital, et du revenu ? Qui de nous, sur (supposons) cent livres de revenu annuel, en donne vingt à Dieu et aux pauvres ; sur cinquante, dix ; et ainsi dans une proportion plus ou moins grande ? Quand notre justice, dans l’usage de tous les moyens de grâce, dans l’assistance à toutes les ordonnances de Dieu, dans le soin d’éviter le mal et de faire le bien, égalera-t-elle au moins la justice des scribes et des pharisiens ?
10. Et quand même elle ne ferait qu’égaler la leur, à quoi cela servirait-il ? « Car, je vous le dis, si votre justice ne surpasse celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez point dans le royaume des cieux. » Mais comment peut-elle surpasser la leur ? En quoi la justice d’un chrétien surpasse-t-elle celle d’un scribe ou d’un pharisien ? La justice chrétienne surpasse la leur, premièrement, par son étendue. La plupart des pharisiens, bien qu’ils fussent rigoureusement exacts en beaucoup de choses, s’enhardissaient pourtant, sur la foi des traditions des anciens, à se dispenser d’autres choses d’égale importance. Ainsi ils étaient extrêmement ponctuels à observer le quatrième commandement, — ils n’auraient pas même froissé un épi de blé le jour du sabbat ; mais nullement à observer le troisième, — faisant peu de cas du serment léger, ou même du faux serment. De sorte que leur justice était partielle ; tandis que la justice d’un vrai chrétien est universelle. Il n’observe pas un seul commandement, ou quelques parties de la loi de Dieu, en négligeant le reste ; mais il garde tous ses commandements, les aime tous, les estime plus que l’or et que les pierres précieuses.
11. Il se peut, en vérité, que quelques-uns des scribes et des pharisiens se soient efforcés d’observer tous les commandements, et qu’ils aient été par conséquent irréprochables à l’égard de la justice de la loi, c’est-à-dire selon sa lettre. Mais la justice d’un chrétien surpasse encore toute cette justice d’un scribe ou d’un pharisien, en accomplissant l’esprit aussi bien que la lettre de la loi ; par l’obéissance intérieure aussi bien que par l’obéissance extérieure. En ceci, dans sa spiritualité, elle n’admet aucune comparaison. C’est le point que notre Seigneur a si amplement prouvé dans toute la teneur de ce discours. Leur justice n’était qu’extérieure ; la justice chrétienne est dans l’homme intérieur. Le pharisien nettoyait « le dehors de la coupe et du plat » ; le chrétien est pur au-dedans. Le pharisien s’appliquait à présenter à Dieu une vie bonne ; le chrétien, un cœur saint. L’un secouait les feuilles, peut-être les fruits, du péché ; l’autre « met la cognée à la racine », ne se contentant pas de la forme extérieure de la piété, si exacte qu’elle soit, à moins que la vie, l’Esprit, la puissance de Dieu pour le salut, ne soit ressentie au fond de l’âme.
Ainsi, ne point faire de mal, faire le bien, fréquenter les ordonnances de Dieu (la justice d’un pharisien), tout cela est extérieur ; tandis qu’au contraire la pauvreté d’esprit, l’affliction, la douceur, la faim et la soif de la justice, l’amour du prochain, et la pureté du cœur (la justice d’un chrétien), tout cela est intérieur. Et même procurer la paix (ou faire le bien) et souffrir pour la justice n’ont droit aux bénédictions qui y sont attachées qu’en tant qu’ils impliquent ces dispositions intérieures, qu’ils en procèdent, les exercent et les affermissent. De sorte que, si la justice des scribes et des pharisiens n’était qu’extérieure, on peut dire en un certain sens que la justice d’un chrétien n’est qu’intérieure : toutes ses actions et toutes ses souffrances n’étant rien en elles-mêmes, et n’étant estimées devant Dieu que d’après les dispositions dont elles procèdent.
12. Qui que tu sois donc, toi qui portes le nom saint et vénérable de chrétien, veille, premièrement, à ce que ta justice ne reste pas en deçà de la justice des scribes et des pharisiens. Ne sois pas « comme le reste des hommes » ! Ose rester seul, être « contre l’exemple, singulièrement bon ». Si tu « suis la multitude » en quoi que ce soit, ce ne peut être que « pour faire le mal ». Que ni la coutume ni la mode ne soient ton guide, mais la raison et la religion. La conduite des autres ne te regarde pas : « Chacun doit rendre compte à Dieu pour lui-même. » Certes, si tu peux sauver l’âme d’un autre, fais-le ; mais du moins sauves-en une, — la tienne. Ne marche pas dans le chemin de la mort parce qu’il est large et que beaucoup y marchent. Bien plus, c’est à ce signe même que tu peux le reconnaître. Le chemin où tu marches maintenant est-il un chemin large, très fréquenté, à la mode ? Alors il mène infailliblement à la perdition. Oh ! ne sois pas « damné pour faire comme les autres » ! Cesse de faire le mal ; fuis le péché comme on fuit devant un serpent ! Du moins, ne fais point de mal. « Celui qui pèche est du diable. » Ne te trouve pas de ce nombre. Quant aux péchés extérieurs, assurément la grâce de Dieu te suffit dès maintenant. « En cela », du moins, « efforce-toi d’avoir constamment une conscience sans reproche devant Dieu et devant les hommes ».
Secondement. Que ta justice ne reste pas en deçà de la leur à l’égard des ordonnances de Dieu. Si ton travail ou tes forces corporelles ne te permettent pas de jeûner deux fois la semaine, agis du moins fidèlement envers ton âme, et jeûne aussi souvent que tes forces le permettront. Ne laisse échapper aucune occasion, publique ou particulière, de répandre ton âme dans la prière. Ne néglige aucune occasion de manger ce pain et de boire cette coupe qui sont la communion au corps et au sang de Christ. Sois diligent à sonder les Écritures : lis selon que tu le peux, et médite-les jour et nuit. Réjouis-toi de saisir toute occasion d’entendre « la parole de la réconciliation » annoncée par les « ambassadeurs pour Christ », les « dispensateurs des mystères de Dieu ». Dans l’usage de tous les moyens de grâce, dans une assistance constante et attentive à toutes les ordonnances de Dieu, atteins au moins (jusqu’à ce que tu puisses aller au-delà) « la justice des scribes et des pharisiens ».
Troisièmement. Ne reste pas en deçà d’un pharisien dans la pratique du bien. Fais l’aumône de tout ce que tu possèdes. Quelqu’un a-t-il faim ? Nourris-le. A-t-il soif ? Donne-lui à boire. Est-il nu ? Couvre-le d’un vêtement. Si tu as les biens de ce monde, ne borne pas ta bienfaisance à une maigre proportion. Sois miséricordieux jusqu’à l’extrême limite de ton pouvoir. Pourquoi pas, comme ce pharisien ? Maintenant, « fais-toi des amis », pendant qu’il en est temps, « avec les richesses injustes », afin que, « quand tu viendras à manquer », quand cette tente terrestre sera détruite, « ils te reçoivent dans les tabernacles éternels ».
13. Mais ne t’arrête pas là. Que ta « justice surpasse celle des scribes et des pharisiens ». Ne te contente pas d’« observer toute la loi, et de pécher contre un seul commandement ». Retiens fermement tous ses commandements, et « aie en horreur toute voie de mensonge ». Fais toutes les choses qu’il a commandées, et cela de toute ta force. Tu peux tout par Christ qui te fortifie ; quoique sans lui tu ne puisses rien faire.
Par-dessus tout, que ta justice surpasse la leur par sa pureté et sa spiritualité. Que t’importe la forme de religion la plus exacte ? la justice extérieure la plus parfaite ? Va plus haut et plus profond que tout cela ! Que ta religion soit la religion du cœur. Sois pauvre en esprit ; petit, et bas, et chétif, et vil à tes propres yeux ; étonné et humilié jusqu’à la poussière devant « l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ ton Seigneur » ! Sois sérieux : que tout le cours de tes pensées, de tes paroles et de tes œuvres soit tel qu’il découle de la conviction la plus profonde que tu te tiens au bord du grand abîme, toi et tous les enfants des hommes, prêts à y tomber, soit dans la gloire éternelle, soit dans les flammes éternelles ! Sois doux : que ton âme soit remplie de mansuétude, de bonté, de patience, de longanimité envers tous les hommes ; tandis que tout ce qui est en toi a soif de Dieu, du Dieu vivant, aspirant à se réveiller à sa ressemblance et à s’en rassasier. Sois un ami de Dieu et de tous les hommes. Dans cet esprit, fais et souffre toutes choses. Ainsi « ta justice surpassera celle des scribes et des pharisiens », et tu seras « appelé grand dans le royaume des cieux ».
Chapitre 26 terminé
Discours 5