Chapitre 25 · 38 min de lecture · 49 min d’écoute
Discours 4
Sermon 24
Sur le Sermon de notre Seigneur sur la montagne
Discours 4
« Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel perd sa saveur, avec quoi la lui rendra-t-on? Il ne sert plus qu’à être jeté dehors, et foulé aux pieds par les hommes.
« Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée.
« Et on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais on la met sur le chandelier, et elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison.
« Que votre lumière luise ainsi devant les hommes, afin qu’ils voient vos bonnes œuvres, et qu’ils glorifient votre Père qui est dans les cieux. »
Matthieu 5:13–16
1. La beauté de la sainteté, de cet homme intérieur du cœur qui est renouvelé à l’image de Dieu, ne peut manquer de frapper tout œil que Dieu a ouvert, — toute intelligence éclairée. La parure d’un esprit doux, humble et aimant suscitera au moins l’approbation de tous ceux qui sont capables, à quelque degré que ce soit, de discerner le bien et le mal spirituels. Dès l’heure où les hommes commencent à sortir des ténèbres qui couvrent ce monde étourdi et irréfléchi, ils ne peuvent manquer de percevoir combien il est désirable d’être ainsi transformé à la ressemblance de celui qui nous a créés. Cette religion intérieure porte si visiblement imprimée sur elle la forme de Dieu, qu’il faut qu’une âme soit entièrement plongée dans la chair et le sang pour douter de sa divine origine. Nous pouvons dire d’elle, dans un sens secondaire, ce que l’on dit du Fils de Dieu lui-même, qu’elle est « le reflet de sa gloire et l’empreinte de sa personne » ; apaugasma tes doxe autou, le rayonnement de sa gloire éternelle, et pourtant si tempéré et si adouci que les enfants des hommes eux-mêmes peuvent y voir Dieu et vivre ; charakter tes hupostaseos autou, le caractère, le sceau, l’empreinte vivante de sa personne, lui qui est la source de la beauté et de l’amour, l’origine première de toute excellence et de toute perfection.
2. Si donc la religion n’allait pas plus loin, ils n’auraient aucun doute à son sujet ; ils n’auraient aucune objection à la poursuivre de toute l’ardeur de leur âme. « Mais pourquoi, disent-ils, l’encombrer d’autres choses ? Qu’est-il besoin de la charger de l’action et de la souffrance ? Voilà ce qui abat la vigueur de l’âme et la fait retomber vers la terre. Ne suffit-il pas de rechercher la charité, de prendre son essor sur les ailes de l’amour ? Ne suffira-t-il pas d’adorer Dieu, qui est Esprit, avec l’esprit de notre intelligence, sans nous embarrasser des choses extérieures, et même sans y penser du tout ? Ne vaut-il pas mieux que toute l’étendue de nos pensées soit occupée par une haute et céleste contemplation, et qu’au lieu de nous affairer le moins du monde aux choses du dehors, nous ne fassions que communier avec Dieu dans notre cœur ? »
3. Bien des hommes éminents ont parlé ainsi ; ils nous ont conseillé « de cesser toute action extérieure » ; de nous retirer entièrement du monde ; de laisser le corps derrière nous ; de nous abstraire de toutes les choses sensibles ; de ne nous soucier en rien de la religion extérieure, mais d’opérer toutes les vertus dans la volonté, comme étant la voie de beaucoup la plus excellente, plus propre à perfectionner l’âme, et aussi plus agréable à Dieu.
4. Notre Seigneur n’avait pas besoin qu’on l’instruisît de ce chef-d’œuvre de la sagesse d’en bas, de la plus belle de toutes les ruses par lesquelles Satan a jamais perverti les voies droites du Seigneur ! Et oh ! quels instruments n’a-t-il pas trouvés, de temps à autre, pour les employer à ce service, pour manier cette grande machine de l’enfer contre quelques-unes des plus importantes vérités de Dieu ! — des hommes capables de « séduire, s’il était possible, même les élus », les hommes de foi et d’amour ; oui, des hommes qui ont, pour un temps, séduit et entraîné un nombre non négligeable d’entre eux, lesquels sont tombés, dans tous les siècles, dans ce piège doré, et n’en ont réchappé qu’avec la peau des dents.
5. Mais notre Seigneur a-t-il manqué à son devoir ? Ne nous a-t-il pas suffisamment mis en garde contre cette agréable illusion ? Ne nous a-t-il pas revêtus ici d’une armure à toute épreuve contre Satan qui « se déguise en ange de lumière » ? Oui, certes : il défend ici, de la manière la plus claire et la plus forte, la religion active et patiente qu’il venait de décrire. Que peut-il y avoir de plus complet et de plus net que les paroles qu’il ajoute aussitôt à ce qu’il avait dit de l’action et de la souffrance ? « Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel perd sa saveur, avec quoi la lui rendra-t-on? Il ne sert plus qu’à être jeté dehors, et foulé aux pieds par les hommes. Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée; et on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais on la met sur le chandelier, et elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison. Que votre lumière luise ainsi devant les hommes, afin qu’ils voient vos bonnes œuvres, et qu’ils glorifient votre Père qui est dans les cieux. »
Afin d’expliquer pleinement ces paroles importantes et d’en faire sentir toute la force, je m’efforcerai de montrer, premièrement, que le christianisme est essentiellement une religion sociale, et que vouloir en faire une religion solitaire, c’est le détruire ; secondement, qu’il est impossible de cacher cette religion, et que ce serait d’ailleurs entièrement contraire au dessein de son Auteur. Troisièmement, je répondrai à quelques objections ; et je conclurai le tout par une application pratique.
I. 1. Premièrement, je m’efforcerai de montrer que le christianisme est essentiellement une religion sociale, et que vouloir en faire une religion solitaire, c’est en vérité le détruire.
Par christianisme, j’entends cette manière d’adorer Dieu qui est ici révélée à l’homme par Jésus-Christ. Quand je dis : C’est essentiellement une religion sociale, je veux dire non seulement qu’il ne peut pas aussi bien subsister, mais qu’il ne peut pas subsister du tout sans la société, — sans que nous vivions et conversions avec d’autres hommes. Et pour le montrer, je me bornerai aux considérations qui naîtront du discours même que nous avons sous les yeux. Or, si cela est démontré, alors sans aucun doute, vouloir faire de cette religion une religion solitaire, c’est la détruire.
Non que nous puissions en aucune manière condamner que l’on mêle à la société la solitude ou la retraite. Cela n’est pas seulement permis, mais utile ; bien plus, c’est nécessaire, comme le montre l’expérience de chaque jour, à quiconque est déjà ou désire devenir un vrai chrétien. Il n’est guère possible que nous passions une journée entière dans un commerce continu avec les hommes sans que notre âme en souffre quelque perte, et sans attrister en quelque mesure le Saint-Esprit de Dieu. Nous avons besoin chaque jour de nous retirer du monde, au moins matin et soir, pour converser avec Dieu, pour communier plus librement avec notre Père qui est dans le lieu secret. Un homme d’expérience ne saurait même condamner des temps plus longs de retraite religieuse, pourvu qu’ils n’impliquent aucune négligence de l’emploi temporel où la providence de Dieu nous a placés.
2. Toutefois une telle retraite ne doit pas engloutir tout notre temps ; ce serait détruire, et non avancer, la vraie religion. Car il est manifeste que la religion décrite par notre Seigneur dans les paroles qui précèdent ne peut subsister sans la société, sans que nous vivions et conversions avec d’autres hommes, puisque plusieurs de ses branches les plus essentielles ne peuvent avoir aucune place si nous n’avons aucun commerce avec le monde.
3. Il n’est, par exemple, aucune disposition plus essentielle au christianisme que la douceur. Or, bien que celle-ci, en tant qu’elle implique la résignation à Dieu, ou la patience dans la douleur et la maladie, puisse subsister dans un désert, dans une cellule d’ermite, dans une solitude totale, cependant, en tant qu’elle implique (et elle ne l’implique pas moins nécessairement) la mansuétude, la bonté et la longanimité, elle ne peut absolument pas exister, elle n’a aucune place sous le ciel, sans un commerce avec d’autres hommes. De sorte que vouloir en faire une vertu solitaire, c’est l’effacer de la face de la terre.
4. Une autre branche nécessaire du vrai christianisme est l’art de procurer la paix, ou de faire le bien. Qu’elle soit aussi essentielle qu’aucune des autres parties de la religion de Jésus-Christ, il ne saurait y avoir d’argument plus fort pour le prouver (et il serait donc absurde d’en alléguer un autre) que celui-ci : elle est insérée ici dans le plan originel qu’il a tracé des fondements de sa religion. Par conséquent, la mettre de côté, c’est faire à l’autorité de notre grand Maître la même insulte audacieuse que de mettre de côté la miséricorde, la pureté du cœur, ou toute autre branche de son institution. Or c’est manifestement ce que font tous ceux qui nous appellent au désert ; qui recommandent une solitude entière, soit aux petits enfants, soit aux jeunes gens, soit aux pères en Christ. Car quelqu’un osera-t-il affirmer qu’un chrétien solitaire (ainsi nommé, bien que ce ne soit guère moins qu’une contradiction dans les termes) puisse être un homme miséricordieux, — c’est-à-dire un homme qui saisit toutes les occasions de faire tout le bien possible à tous les hommes ? Qu’y a-t-il de plus clair que ceci : cette branche fondamentale de la religion de Jésus-Christ ne peut absolument pas subsister sans la société, sans que nous vivions et conversions avec d’autres hommes ?
5. « Mais, pourra-t-on naturellement demander, ne convient-il pas toutefois de ne converser qu’avec des hommes de bien, — seulement avec ceux que nous savons être doux et miséricordieux, — saints de cœur et saints de vie ? Ne convient-il pas de s’abstenir de toute conversation, de tout commerce, avec des hommes d’un caractère opposé, — des hommes qui n’obéissent pas, qui peut-être même ne croient pas, à l’Évangile de notre Seigneur Jésus-Christ ? Le conseil de saint Paul aux chrétiens de Corinthe peut sembler favoriser cette opinion : « Je vous ai écrit dans ma lettre de ne pas avoir des relations avec les impudiques » (1 Corinthiens 5:9). Et il n’est certainement pas à conseiller de fréquenter de tels hommes, ni aucun des ouvriers d’iniquité, au point d’avoir avec eux une familiarité particulière, ou une étroite amitié. Contracter ou entretenir une intimité avec aucun d’eux ne convient nullement à un chrétien. Cela l’exposerait nécessairement à une foule de dangers et de pièges, dont il ne pourrait raisonnablement espérer d’être délivré.
Mais l’apôtre ne nous défend pas d’avoir le moindre commerce, même avec les hommes qui ne connaissent pas Dieu : « autrement », dit-il, « il vous faudrait sortir du monde » ; ce qu’il n’aurait jamais pu leur conseiller. Mais il ajoute que si « quelqu’un qui, se nommant frère », c’est-à-dire qui fait profession d’être chrétien, « est impudique, ou cupide, ou idolâtre, ou outrageux, ou ivrogne, ou ravisseur » (1 Corinthiens 5:11), il leur a maintenant écrit de ne pas avoir de relations avec lui, « de ne pas même manger avec un tel homme ». Cela implique nécessairement que nous rompions toute familiarité, toute intimité avec lui. « Ne le regardez pas comme un ennemi », dit ailleurs l’apôtre, « mais avertissez-le comme un frère » (2 Thessaloniciens 3:15) ; ce qui montre clairement que, même en un pareil cas, nous ne devons pas renoncer à toute communion avec lui. Il n’y a donc ici aucun conseil de nous séparer entièrement, même des méchants. Bien plus, ces paroles mêmes nous enseignent tout le contraire.
6. Combien plus les paroles de notre Seigneur, qui est si loin de nous ordonner de rompre tout commerce avec le monde, que, sans ce commerce, selon la description qu’il donne du christianisme, nous ne pouvons pas du tout être chrétiens. Il serait aisé de montrer qu’un certain commerce, même avec des hommes impies et profanes, est absolument nécessaire au plein déploiement de chacune des dispositions qu’il a décrites comme la voie du royaume ; qu’il est indispensable à l’exercice complet de la pauvreté d’esprit, de l’affliction, et de toute autre disposition qui a sa place ici, dans la religion authentique de Jésus-Christ. Bien plus, il est nécessaire à l’existence même de plusieurs d’entre elles : de cette douceur, par exemple, qui, au lieu d’exiger « œil pour œil, et dent pour dent », nous apprend à « ne pas résister au méchant », et nous porte plutôt, lorsque nous sommes frappés « sur la joue droite », à « présenter aussi l’autre » ; — de cette miséricorde par laquelle « nous aimons nos ennemis, bénissons ceux qui nous maudissent, faisons du bien à ceux qui nous haïssent, et prions pour ceux qui nous maltraitent et qui nous persécutent » ; — et de cet assemblage de l’amour et de toutes les saintes dispositions qui s’exerce dans la souffrance pour la justice. Or il est clair que tout cela ne pourrait exister si nous n’avions de commerce qu’avec de vrais chrétiens.
7. En vérité, si nous nous séparions entièrement des pécheurs, comment pourrions-nous répondre au caractère que notre Seigneur nous attribue dans ces paroles mêmes ? « Vous » (chrétiens, vous qui êtes humbles, sérieux et doux ; vous qui avez faim de la justice, qui aimez Dieu et les hommes, qui faites du bien à tous, et qui pour cela souffrez le mal ; vous) « êtes le sel de la terre » : c’est votre nature même d’assaisonner tout ce qui vous entoure. C’est la nature de la saveur divine qui est en vous de se communiquer à tout ce que vous touchez ; de se répandre de tous côtés sur tous ceux au milieu desquels vous êtes. Telle est la grande raison pour laquelle la providence de Dieu vous a ainsi mêlés aux autres hommes : afin que toute grâce que vous avez reçue de Dieu puisse, par vous, être communiquée à d’autres ; afin que toute sainte disposition, toute parole et toute œuvre sainte venant de vous puisse avoir de l’influence sur eux aussi. Par ce moyen, un frein sera mis, en quelque mesure, à la corruption qui est dans le monde ; et une petite partie, au moins, sera préservée de la contagion générale et rendue sainte et pure devant Dieu.
8. Afin que nous travaillions avec d’autant plus de diligence à assaisonner tout ce que nous pouvons de toute disposition sainte et céleste, notre Seigneur montre ensuite l’état désespéré de ceux qui ne communiquent pas la religion qu’ils ont reçue ; ce qu’en vérité ils ne peuvent manquer de faire, aussi longtemps qu’elle demeure dans leur propre cœur. « Si le sel perd sa saveur, avec quoi la lui rendra-t-on? Il ne sert plus qu’à être jeté dehors, et foulé aux pieds par les hommes. » Si vous qui étiez saints et animés de pensées célestes, et par conséquent zélés pour les bonnes œuvres, n’avez plus cette saveur en vous-mêmes, et n’assaisonnez donc plus les autres ; si vous êtes devenus fades, insipides, morts, à la fois négligents de votre propre âme et inutiles aux âmes des autres hommes, avec quoi vous rendra-t-on la saveur ? Comment serez-vous relevés ? Quel secours ? Quelle espérance ? Le sel sans saveur peut-il retrouver son goût ? Non ; « Il ne sert plus qu’à être jeté dehors », comme la boue des rues, « et foulé aux pieds par les hommes », pour être accablé d’un mépris éternel. Si vous n’aviez jamais connu le Seigneur, il aurait pu y avoir de l’espérance, — si vous n’aviez jamais été « trouvés en lui » ; mais que pouvez-vous dire maintenant de cette déclaration solennelle, exactement parallèle à ce qu’il a dit ici ? « Tout sarment qui est en moi et qui ne porte pas de fruit », lui, le Père, « il le retranche. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure porte beaucoup de fruit. » « Si quelqu’un ne demeure pas en moi », ou ne porte pas de fruit, « il est jeté dehors, comme le sarment, et il sèche; puis on ramasse les sarments », non pour les replanter, mais « on les jette au feu » (Jean 15:2, 5, 6).
9. Envers ceux qui n’ont jamais goûté la bonne parole, Dieu est en vérité plein de miséricorde et de compassion. Mais la justice s’exerce à l’égard de ceux qui ont goûté que le Seigneur est bon, et qui se sont ensuite détournés « du saint commandement » qui leur « avait été donné » alors. « Car il est impossible que ceux qui ont été une fois éclairés » (Hébreux 6:4), dans le cœur desquels Dieu avait une fois fait briller sa lumière, pour les éclairer de la connaissance de la gloire de Dieu sur la face de Jésus-Christ ; « qui ont goûté le don céleste » de la rédemption par son sang, le pardon des péchés ; « qui ont eu part au Saint-Esprit », à l’humilité, à la douceur, et à l’amour de Dieu et des hommes répandu dans leur cœur par le Saint-Esprit qui leur avait été donné ; et « qui sont tombés », — kai parapesontas — (ce n’est pas ici une supposition, mais la déclaration formelle d’un fait) « soient encore renouvelés et amenés à la repentance, puisqu’ils crucifient pour leur part le Fils de Dieu et l’exposent à l’ignominie. »
Mais afin que personne ne se méprenne sur ces paroles redoutables, il faut observer avec soin : (1.) Qui sont ceux dont il est ici parlé : à savoir ceux-là, et ceux-là seuls, qui ont été une fois ainsi « éclairés » ; ceux-là seuls « qui ont goûté » ce « don céleste », et qui ont ainsi « eu part au Saint-Esprit ». De sorte que tous ceux qui n’ont pas fait l’expérience de ces choses ne sont nullement concernés par ce passage de l’Écriture. (2.) Quelle est la chute dont il est ici parlé : c’est une apostasie absolue et totale. Un croyant peut tomber, et ne pas déchoir entièrement. Il peut tomber et se relever. Et s’il venait à tomber, même dans le péché, ce cas, tout terrible qu’il est, n’est pas désespéré. Car « nous avons un avocat auprès du Père, Jésus-Christ le juste. Il est lui-même une victime expiatoire pour nos péchés. » Mais qu’il prenne garde par-dessus tout que son cœur ne « s’endurcisse par la séduction du péché » ; qu’il ne descende de plus en plus bas, jusqu’à déchoir entièrement, jusqu’à devenir comme le sel qui a perdu sa saveur. Car si nous péchons ainsi volontairement, après avoir reçu, par expérience, la « connaissance de la vérité, il ne reste plus de sacrifice pour les péchés, mais une attente terrible du jugement et l’ardeur d’un feu qui dévorera les rebelles. »
II. 1. « Mais quoique nous ne puissions pas nous séparer entièrement du genre humain, quoiqu’il soit admis que nous devons l’assaisonner de la religion que Dieu a opérée dans notre cœur, ne peut-on cependant le faire d’une manière insensible ? Ne pouvons-nous pas la communiquer aux autres d’une manière secrète et presque imperceptible, de sorte qu’à peine quelqu’un soit en état de remarquer comment ou quand cela se fait ? — de même que le sel communique sa saveur à ce qu’il assaisonne, sans aucun bruit, et sans tomber sous aucune observation extérieure. S’il en est ainsi, bien que nous ne sortions pas du monde, nous pouvons cependant y demeurer cachés. Nous pouvons ainsi garder dans cette mesure notre religion pour nous-mêmes, et ne pas offenser ceux que nous ne pouvons pas aider. »
2. Notre Seigneur connaissait bien, lui aussi, ce raisonnement spécieux de la chair et du sang. Et il y a pleinement répondu par les paroles que nous avons maintenant à considérer ; en les expliquant, je m’efforcerai de montrer, comme je me suis proposé de le faire en second lieu, qu’aussi longtemps que la vraie religion demeure dans notre cœur, il est impossible de la cacher, et que ce serait d’ailleurs absolument contraire au dessein de son grand Auteur.
Et premièrement, il est impossible à ceux qui la possèdent de cacher la religion de Jésus-Christ. C’est ce que notre Seigneur rend évident au-delà de toute contradiction, par une double comparaison : « Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée. » Vous, chrétiens, vous « êtes la lumière du monde », tant par vos dispositions que par vos actions. Votre sainteté vous rend aussi visibles que le soleil au milieu du ciel. Comme vous ne pouvez pas sortir du monde, vous ne pouvez pas non plus y demeurer sans paraître aux yeux de tous les hommes. Vous ne devez pas fuir les hommes ; et tant que vous êtes au milieu d’eux, il vous est impossible de cacher votre humilité et votre douceur, et ces autres dispositions par lesquelles vous aspirez à être parfaits comme votre Père qui est dans les cieux est parfait. L’amour ne peut pas plus être caché que la lumière ; et moins que jamais lorsqu’il éclate dans l’action, lorsque vous vous exercez au travail de l’amour, à la bienfaisance sous toutes ses formes. Les hommes pourraient aussi bien songer à cacher une ville qu’à cacher un chrétien ; oui, ils pourraient aussi bien cacher une ville située sur une montagne qu’un saint, zélé et actif ami de Dieu et des hommes.
3. Il est vrai que les hommes qui aiment les ténèbres plus que la lumière, parce que leurs œuvres sont mauvaises, se donneront toute la peine possible pour prouver que la lumière qui est en vous est ténèbres. Ils diront faussement du mal, toute sorte de mal, du bien qui est en vous ; ils vous imputeront ce qui est le plus éloigné de vos pensées, ce qui est le contraire même de tout ce que vous êtes et de tout ce que vous faites. Et votre persévérance patiente à bien faire, votre douceur à tout souffrir pour l’amour du Seigneur, votre joie calme et humble au milieu de la persécution, votre travail infatigable pour surmonter le mal par le bien, vous rendront plus visibles et plus en vue encore que vous ne l’étiez auparavant.
4. Tant il est impossible d’empêcher que notre religion ne soit vue, à moins de la rejeter ; tant il est vain de songer à cacher la lumière, si ce n’est en l’éteignant ! Il est certain qu’une religion secrète, inaperçue, ne peut être la religion de Jésus-Christ. Toute religion qui peut être cachée n’est pas le christianisme. Si un chrétien pouvait être caché, il ne pourrait être comparé à une ville située sur une montagne ; à la lumière du monde, au soleil qui brille du haut du ciel et que voit tout le monde ici-bas. Que jamais donc il ne monte au cœur de celui que Dieu a renouvelé dans l’esprit de son intelligence, de cacher cette lumière, de garder sa religion pour lui-même ; d’autant plus qu’il est non seulement impossible de cacher le vrai christianisme, mais encore absolument contraire au dessein de son grand Auteur.
5. Cela paraît clairement par les paroles qui suivent : « on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau. » Comme s’il disait : De même que les hommes n’allument pas une lampe seulement pour la couvrir et la cacher, de même Dieu n’éclaire aucune âme de sa glorieuse connaissance et de son amour pour que cette lumière soit couverte ou cachée, soit par prudence (prudence faussement ainsi nommée), soit par honte, soit par une humilité volontaire ; pour qu’elle soit cachée soit dans un désert, soit dans le monde ; soit en évitant les hommes, soit en conversant avec eux. « mais on la met sur le chandelier, et elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison » : de la même manière, c’est le dessein de Dieu que tout chrétien soit placé bien en vue ; qu’il donne de la lumière à tous ceux qui l’entourent, qu’il exprime visiblement la religion de Jésus-Christ.
6. C’est ainsi que Dieu, dans tous les siècles, a parlé au monde, non seulement par le précepte, mais aussi par l’exemple. Il « ne s’est pas laissé sans témoignage », dans aucune nation où le son de l’Évangile a retenti, sans quelques hommes qui rendaient témoignage à sa vérité par leur vie aussi bien que par leurs paroles. Ceux-là ont été « comme des lumières qui brillent dans un lieu obscur ». Et de temps à autre, ils ont été le moyen d’en éclairer quelques-uns, de préserver un reste, une petite semence qui était « comptée au Seigneur pour une génération ». Ils ont conduit quelques pauvres brebis hors des ténèbres du monde, et dirigé leurs pas dans le chemin de la paix.
7. On pourrait s’imaginer que là où l’Écriture et la raison des choses parlent si clairement et si expressément, on ne pourrait avancer grand-chose en sens contraire, du moins avec quelque apparence de vérité. Mais ceux qui s’imaginent cela connaissent peu les profondeurs de Satan. Après tout ce que l’Écriture et la raison ont dit, les prétextes en faveur d’une religion solitaire, en faveur d’un chrétien qui sort du monde, ou qui du moins s’y cache, sont si extrêmement spécieux, que nous avons besoin de toute la sagesse de Dieu pour voir à travers le piège, et de toute la puissance de Dieu pour y échapper ; tant sont nombreuses et fortes les objections qu’on a élevées contre le fait d’être des chrétiens sociables, ouverts, actifs.
III. 1. Répondre à ces objections, c’était la troisième chose que je me suis proposée. Et premièrement, on a souvent objecté que la religion ne consiste pas dans les choses extérieures, mais dans le cœur, dans le fond de l’âme ; qu’elle est l’union de l’âme avec Dieu, la vie de Dieu dans l’âme de l’homme ; que la religion du dehors ne vaut rien, puisque Dieu « ne prend point plaisir aux holocaustes », aux services extérieurs, mais qu’un cœur pur et saint est « le sacrifice qu’il ne dédaigne pas ».
Je réponds : Il est très vrai que la racine de la religion est dans le cœur, dans le fond de l’âme ; qu’elle est l’union de l’âme avec Dieu, la vie de Dieu dans l’âme de l’homme. Mais si cette racine est réellement dans le cœur, elle ne peut manquer de pousser des branches. Et ces branches sont les divers actes d’obéissance extérieure, qui participent de la même nature que la racine ; et qui sont par conséquent non seulement des marques ou des signes, mais des parties substantielles de la religion.
Il est vrai aussi qu’une religion purement extérieure, qui n’a point de racine dans le cœur, ne vaut rien ; que Dieu ne prend point plaisir à de tels services extérieurs, pas plus qu’aux holocaustes des Juifs ; et qu’un cœur pur et saint est un sacrifice qui lui est toujours agréable. Mais il prend plaisir aussi à tout ce service extérieur qui procède du cœur : au sacrifice de nos prières (publiques ou particulières), de nos louanges et de nos actions de grâces ; au sacrifice de nos biens, humblement consacrés à lui et employés entièrement à sa gloire ; et à celui de nos corps, qu’il réclame tout particulièrement, et que l’apôtre nous exhorte, « par les compassions de Dieu », à lui offrir « comme un sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu ».
2. Une deuxième objection, étroitement liée à celle-ci, est que l’amour est tout en tous ; qu’il est « l’accomplissement de la loi », le « but du commandement », de tout commandement de Dieu ; que tout ce que nous faisons et tout ce que nous souffrons, si nous n’avons pas la charité ou l’amour, ne nous sert de rien ; et que c’est pourquoi l’apôtre nous dit : « Recherchez la charité », et appelle cela « une voie par excellence ».
Je réponds : On accorde que l’amour de Dieu et des hommes, procédant d’une foi sincère, est tout en tous, l’accomplissement de la loi, le but de tout commandement de Dieu. Il est vrai que sans lui, quoi que nous fassions, quoi que nous souffrions, cela ne nous sert de rien. Mais il ne s’ensuit pas que l’amour soit tout, en un sens tel qu’il rende superflues la foi ou les bonnes œuvres. Il est « l’accomplissement de la loi », non en nous affranchissant de la loi, mais en nous contraignant à lui obéir. Il est le « but du commandement », en ce que tout commandement conduit à lui et a en lui son centre. On reconnaît que tout ce que nous faisons ou souffrons sans amour ne nous sert de rien. Mais en même temps, tout ce que nous faisons ou souffrons dans l’amour, ne serait-ce que de souffrir l’opprobre pour Christ, ou de donner un verre d’eau froide en son nom, ne perdra point sa récompense.
3. « Mais l’apôtre ne nous dit-il pas : “Recherchez la charité” ? Et ne l’appelle-t-il pas “une voie par excellence” ? » — Il nous dit en effet : « Recherchez la charité » ; mais non pas elle seule. Ses paroles sont : « Recherchez la charité. » « Aspirez aussi aux dons spirituels. » (1 Corinthiens 14:1) Oui, « Recherchez la charité », et désirez de vous dépenser et d’être dépensés pour vos frères. « Recherchez la charité », et, selon que vous en avez l’occasion, pratiquez le bien envers tous les hommes.
Dans le verset même où il appelle cette voie de l’amour « une voie par excellence », il invite les Corinthiens à désirer, en plus de celle-ci, d’autres dons ; oui, à les désirer ardemment. « Aspirez », dit-il, « aux dons les meilleurs. Et je vais encore vous montrer une voie par excellence. » (1 Corinthiens 12:31) Plus excellente que quoi ? Que les dons de guérison, de parler en langues et d’interpréter, mentionnés au verset précédent ; mais non pas plus excellente que la voie de l’obéissance. De celle-ci l’apôtre ne parle pas ; il ne parle même pas du tout de la religion extérieure. De sorte que ce texte est tout à fait étranger à la question présente.
Mais supposons que l’apôtre eût parlé de la religion extérieure aussi bien que de la religion intérieure, et qu’il les eût comparées l’une à l’autre ; supposons que, dans cette comparaison, il eût donné à la seconde une préférence aussi grande qu’on voudra ; supposons qu’il eût préféré (comme il l’aurait pu à juste titre) un cœur aimant à toutes les œuvres extérieures quelles qu’elles soient ; il ne s’ensuivrait pas pour autant que nous dussions rejeter l’une ou l’autre. Non ; Dieu les a unies dès le commencement du monde ; et que l’homme ne sépare pas ce que Dieu a joint.
4. « Mais “Dieu est Esprit, et il faut que ceux qui l’adorent l’adorent en esprit et en vérité.” Et cela ne suffit-il pas ? Bien plus, ne devons-nous pas y employer toute la force de notre esprit ? L’attention aux choses extérieures n’alourdit-elle pas l’âme, au point qu’elle ne peut plus s’élever dans une sainte contemplation ? N’abat-elle pas la vigueur de notre pensée ? N’a-t-elle pas une tendance naturelle à embarrasser et à distraire l’esprit ? Tandis que saint Paul veut que nous soyons “sans inquiétude”, et que nous nous attachions “au Seigneur sans distraction”. »
Je réponds : « Dieu est Esprit, et il faut que ceux qui l’adorent l’adorent en esprit et en vérité. » Oui, et cela suffit : nous devons y employer toute la force de notre esprit. Mais alors je demanderais : Qu’est-ce qu’adorer Dieu, qui est Esprit, en esprit et en vérité ? Eh bien, c’est l’adorer avec notre esprit ; l’adorer de la manière dont les esprits seuls sont capables. C’est croire en lui comme en un Être sage, juste, saint, qui a les yeux trop purs pour voir l’iniquité ; et pourtant miséricordieux, compatissant et lent à la colère ; qui pardonne l’iniquité, la rébellion et le péché ; qui jette tous nos péchés derrière lui, et qui nous accepte en son bien-aimé. C’est l’aimer, faire en lui nos délices, le désirer de tout notre cœur, de toute notre pensée, de toute notre âme et de toute notre force ; imiter celui que nous aimons, en nous purifiant comme lui-même est pur ; et obéir à celui que nous aimons et en qui nous croyons, en pensée, en parole et en œuvre. Par conséquent, l’une des branches du culte rendu à Dieu en esprit et en vérité, c’est l’observation de ses commandements extérieurs. Le glorifier donc dans notre corps aussi bien que dans notre esprit ; accomplir le travail extérieur le cœur élevé vers lui ; faire de notre occupation de chaque jour un sacrifice à Dieu ; acheter et vendre, manger et boire, pour sa gloire : — voilà adorer Dieu en esprit et en vérité, tout autant que le prier dans un désert.
5. Mais s’il en est ainsi, la contemplation n’est qu’une des manières d’adorer Dieu en esprit et en vérité. Par conséquent, s’y livrer entièrement, ce serait détruire beaucoup de branches du culte spirituel, toutes également agréables à Dieu et également profitables à l’âme, et non nuisibles. Car c’est une grande erreur de supposer que l’attention aux choses extérieures auxquelles la providence de Dieu nous a appelés soit un poids pour un chrétien, ou le moindre obstacle à ce qu’il voie constamment celui qui est invisible. Elle n’abat nullement l’ardeur de sa pensée ; elle n’embarrasse ni ne distrait son esprit ; elle ne lui cause aucun souci pénible ou nuisible, à lui qui fait tout comme pour le Seigneur ; qui a appris, quoi qu’il fasse, en parole ou en œuvre, à tout faire au nom du Seigneur Jésus ; n’ayant, pour ainsi dire, qu’un œil de l’âme qui se meut parmi les choses extérieures, et un autre fixé immuablement sur Dieu. Apprenez ce que cela signifie, pauvres reclus, afin de discerner clairement la petitesse de votre foi. Oui, afin de ne plus juger les autres d’après vous-mêmes, allez apprendre ce que signifient ces paroles : —
Toi, Seigneur, dans ton tendre amour,
Tu portes tous mes fardeaux ;
Élève mon cœur vers les choses d’en haut,
Et fixe-l’y à jamais.
Calme, je siège sur la roue du tumulte ;
Seul parmi les foules affairées ;
J’attends doucement à tes pieds
Que toute ta volonté soit faite.
6. Mais la grande objection reste encore à examiner. « Nous en appelons, disent-ils, à l’expérience. Notre lumière a brillé ; nous avons usé des choses extérieures pendant bien des années ; et pourtant elles ne nous ont servi de rien. Nous avons assisté à toutes les ordonnances ; mais nous n’en étions pas meilleurs, ni personne d’autre d’ailleurs. Bien plus, nous en étions pires ; car nous nous imaginions être chrétiens parce que nous agissions ainsi, alors que nous ne savions pas ce que signifiait le christianisme. »
J’admets le fait : j’admets que vous, et dix mille autres avec vous, avez ainsi abusé des ordonnances de Dieu, prenant les moyens pour la fin, et supposant que l’accomplissement de ces œuvres, ou de quelques autres œuvres extérieures, ou bien était la religion de Jésus-Christ, ou bien serait accepté à sa place. Mais que l’abus soit retranché, et que l’usage demeure. Usez maintenant de toutes les choses extérieures, mais usez-en en ayant constamment en vue le renouvellement de votre âme dans la justice et dans une vraie sainteté.
7. Mais ce n’est pas tout. Ils affirment : « L’expérience montre aussi que s’efforcer de faire le bien n’est que peine perdue. À quoi sert-il de nourrir ou de vêtir le corps des hommes, s’ils sont sur le point de tomber dans le feu éternel ? Et quel bien un homme peut-il faire à leur âme ? Si elles sont changées, c’est Dieu lui-même qui le fait. D’ailleurs, tous les hommes sont ou bons, du moins désireux de l’être, ou obstinément méchants. Or les premiers n’ont pas besoin de nous ; qu’ils demandent du secours à Dieu, et il leur sera donné ; et les seconds ne recevront de nous aucun secours. Bien plus, notre Seigneur nous défend de “jeter nos perles devant les pourceaux”. »
Je réponds : (1.) Qu’ils doivent finalement être perdus ou sauvés, il vous est expressément commandé de nourrir ceux qui ont faim et de vêtir ceux qui sont nus. Si vous le pouvez et ne le faites pas, quoi qu’il advienne d’eux, vous irez, vous, dans le feu éternel. (2.) Bien que Dieu seul change les cœurs, il le fait pourtant généralement par le moyen de l’homme. C’est à nous de faire tout ce qui est en notre pouvoir, avec autant de diligence que si nous pouvions les changer nous-mêmes, et ensuite de lui en laisser l’issue. (3.) Dieu, en réponse à leurs prières, édifie ses enfants les uns par les autres en tout don excellent, nourrissant et fortifiant tout le corps, « grâce à tous les liens de son assistance ». De sorte que « L’œil ne peut pas dire à la main: Je n’ai pas besoin de toi » ; non, pas même « la tête dire aux pieds: Je n’ai pas besoin de vous ». Enfin, comment êtes-vous assurés que les personnes que vous avez devant vous sont des chiens ou des pourceaux ? Ne les jugez pas avant de les avoir mises à l’épreuve. « Que sais-tu, ô homme, si tu ne gagneras pas ton frère », — si tu ne sauveras pas, sous la main de Dieu, son âme de la mort ? Lorsqu’il repousse ton amour et blasphème la bonne parole, alors il est temps de l’abandonner à Dieu.
8. « Nous avons essayé ; nous avons travaillé à réformer les pécheurs ; et à quoi cela a-t-il servi ? Sur beaucoup, nous n’avons pu faire aucune impression. Et si quelques-uns ont été changés pour un temps, leur bonté n’était que comme la rosée du matin, et ils sont bientôt redevenus aussi mauvais, et même pires que jamais. De sorte que nous n’avons fait que leur nuire, et à nous-mêmes aussi ; car notre esprit était agité et troublé, — peut-être rempli de colère au lieu d’amour. Nous aurions donc mieux fait de garder notre religion pour nous-mêmes. »
Il est fort possible que ce fait aussi soit vrai : que vous ayez essayé de faire le bien, et que vous n’ayez pas réussi ; bien plus, que ceux qui semblaient réformés soient retombés dans le péché, et que leur dernière condition soit devenue pire que la première. Et qu’y a-t-il là d’étonnant ? Le serviteur est-il au-dessus de son maître ? Or combien de fois ne s’est-il pas efforcé de sauver des pécheurs, et ils n’ont pas voulu entendre ; ou bien, après l’avoir suivi quelque temps, ils sont retournés en arrière, comme le chien retourne à ce qu’il avait vomi ! Mais il ne cessa pas pour autant de s’efforcer de faire le bien ; vous ne le devez pas non plus, quel que soit votre succès. C’est à vous de faire ce qui vous est commandé : l’issue est entre les mains de Dieu. Vous n’en êtes pas responsables. Laissez-la à celui qui ordonne toutes choses pour le mieux. « Dès le matin sème ta semence, et le soir ne laisse pas reposer ta main; car tu ne sais point ce qui réussira. » (Ecclésiaste 11:6)
Mais l’essai agite et irrite votre propre âme. Peut-être l’a-t-il fait pour cette raison même, que vous vous croyiez responsables de l’issue, ce que nul homme n’est, ni ne peut être ; — ou peut-être parce que vous n’étiez pas sur vos gardes, que vous ne veilliez pas sur votre propre esprit. Mais ce n’est pas une raison pour désobéir à Dieu. Essayez encore ; mais essayez avec plus de prudence qu’auparavant. Faites le bien (comme vous pardonnez), non pas « sept fois » seulement, « mais jusqu’à septante fois sept fois ». Seulement, devenez plus sages par l’expérience : entreprenez-le chaque fois avec plus de précaution que la fois précédente. Soyez plus humiliés devant Dieu, plus profondément convaincus que par vous-mêmes vous ne pouvez rien faire. Soyez plus jaloux de votre propre esprit ; plus doux, et plus vigilants dans la prière. Ainsi, « jetez votre pain sur la face des eaux, et avec le temps vous le retrouverez ».
IV. 1. Malgré tous ces prétextes spécieux pour la cacher, « Que votre lumière luise ainsi devant les hommes, afin qu’ils voient vos bonnes œuvres, et qu’ils glorifient votre Père qui est dans les cieux. » Telle est l’application pratique que notre Seigneur lui-même fait des considérations qui précèdent.
« Que votre lumière luise ainsi » : — votre humilité de cœur ; votre bonté, et votre douceur pleine de sagesse ; votre souci sérieux et grave des choses de l’éternité, et votre douleur des péchés et des misères des hommes ; votre ardent désir d’une sainteté universelle et d’un bonheur parfait en Dieu ; votre tendre bienveillance envers tous les hommes, et votre amour fervent pour votre souverain Bienfaiteur. Ne cherchez pas à cacher cette lumière dont Dieu a éclairé votre âme ; mais qu’elle luise devant les hommes, devant tous ceux avec qui vous êtes, dans toute la teneur de votre conduite. Qu’elle luise d’une manière plus éclatante encore dans vos actions, en faisant tout le bien possible à tous les hommes, et en souffrant pour la justice, tandis que vous « vous réjouissez et êtes dans l’allégresse, sachant que votre récompense est grande dans les cieux ».
2. « Que votre lumière luise ainsi devant les hommes, afin qu’ils voient vos bonnes œuvres » : — tant il faut qu’un chrétien soit éloigné de jamais projeter ou désirer de cacher sa religion ! Au contraire, que votre désir soit de ne point la cacher, de ne point mettre la lumière sous le boisseau. Que votre soin soit de la placer « sur le chandelier, afin qu’elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison ». Prenez garde seulement de ne pas chercher en cela votre propre louange, de ne désirer aucun honneur pour vous-mêmes. Mais que votre unique but soit que tous ceux qui voient vos bonnes œuvres « glorifient votre Père qui est dans les cieux ».
3. Que ce soit là votre unique fin dernière en toutes choses. Dans cette vue, soyez simples, ouverts, sans déguisement. Que votre amour soit sans hypocrisie : pourquoi cacheriez-vous un amour pur et désintéressé ? Qu’il ne se trouve point de fraude dans votre bouche ; que vos paroles soient la fidèle image de votre cœur. Qu’il n’y ait ni obscurité ni réserve dans votre conversation, ni déguisement dans votre conduite. Laissez cela à ceux qui ont d’autres desseins en vue ; des desseins qui ne supporteraient pas la lumière. Soyez sans artifice et simples envers tous les hommes, afin que tous puissent voir la grâce de Dieu qui est en vous. Et bien que quelques-uns endurcissent leur cœur, d’autres reconnaîtront que vous avez été avec Jésus, et, retournant eux-mêmes au grand Évêque de leurs âmes, glorifieront « votre Père qui est dans les cieux ».
4. Dans ce dessein unique, que les hommes glorifient Dieu en vous, allez en avant en son nom, et dans la puissance de sa force. N’ayez pas honte, même de rester seuls, pourvu que ce soit dans les voies de Dieu. Que la lumière qui est dans votre cœur luise dans toutes les bonnes œuvres, œuvres de piété et œuvres de miséricorde. Et afin d’accroître votre pouvoir de faire le bien, renoncez à toutes les superfluités. Retranchez toute dépense inutile dans la nourriture, dans l’ameublement, dans le vêtement. Soyez de bons économes de chaque don de Dieu, même de ces dons qui sont les moindres. Retranchez toute dépense inutile de temps, toutes les occupations superflues ou vaines ; et « Tout ce que ta main trouve à faire avec ta force, fais-le ». En un mot, sois plein de foi et d’amour ; fais le bien ; souffre le mal. Et en cela, sois « ferme, inébranlable » ; oui, « travaillant de mieux en mieux à l’œuvre du Seigneur, sachant que ton travail ne sera pas vain dans le Seigneur ».
Chapitre 25 terminé
Discours 4