Sermons sur divers sujets
Discours 3

Chapitre 24 · 40 min de lecture · 51 min d’écoute

Discours 3

Sermon 23

Sur le Sermon de notre Seigneur sur la montagne

Discours 3

« Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu!

« Heureux ceux qui procurent la paix, car ils seront appelés fils de Dieu! « Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des cieux est à eux!

« Heureux serez-vous, lorsqu’on vous outragera, qu’on vous persécutera et qu’on dira faussement de vous toute sorte de mal, à cause de moi.

« Réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse, parce que votre récompense sera grande dans les cieux; car c’est ainsi qu’on a persécuté les prophètes qui ont été avant vous. »

Matthieu 5:8–12.

I. 1. Quelles choses excellentes sont dites de l’amour du prochain ! Il est « l’accomplissement de la loi », « le but du commandement ». Sans lui, tout ce que nous avons, tout ce que nous faisons, tout ce que nous souffrons, n’a aucune valeur aux yeux de Dieu. Mais il s’agit de cet amour du prochain qui jaillit de l’amour de Dieu ; autrement, il ne vaut rien lui-même. Il nous importe donc d’examiner avec soin sur quel fondement repose notre amour du prochain : s’il est réellement bâti sur l’amour de Dieu ; si vraiment « nous l’aimons, parce qu’il nous a aimés le premier » ; si nous avons le cœur pur ; car c’est là le fondement qui ne sera jamais ébranlé. « Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu! »

2. « Ceux qui ont le cœur pur », ce sont ceux dont Dieu a « purifié le cœur comme il est pur lui-même » ; qui sont purifiés, par la foi au sang de Jésus, de toute affection contraire à la sainteté ; qui, étant « purifiés de toute souillure de la chair et de l’esprit, achèvent leur sanctification dans la crainte » pleine d’amour « de Dieu ». Ils sont, par la puissance de sa grâce, purifiés de l’orgueil par la plus profonde pauvreté d’esprit ; de la colère, de toute passion dure ou turbulente, par la douceur et la mansuétude ; de tout désir autre que celui de plaire à Dieu et de jouir de lui, de le connaître et de l’aimer de plus en plus, par cette faim et cette soif de la justice qui occupe maintenant toute leur âme ; de sorte que désormais ils aiment le Seigneur leur Dieu de tout leur cœur, de toute leur âme, de toute leur pensée et de toute leur force.

3. Mais combien peu cette pureté de cœur a-t-elle été prise en considération par les faux docteurs de tous les siècles ! Ils ont enseigné aux hommes à s’abstenir simplement de ces impuretés extérieures que Dieu a interdites nommément ; mais ils ne frappaient pas au cœur ; et, faute de prémunir contre les corruptions intérieures, ils les ont en fait encouragées.

Notre Seigneur nous en a donné un exemple remarquable dans les paroles qui suivent : « Vous avez appris qu’il a été dit: Tu ne commettras point d’adultère. » (Matthieu 5:27) ; et, en expliquant ce commandement, ces aveugles conducteurs d’aveugles insistent seulement pour qu’on s’abstienne de l’acte extérieur. « Mais moi, je vous dis que quiconque regarde une femme pour la convoiter a déjà commis un adultère avec elle dans son cœur. » (Matthieu 5:28) ; car Dieu veut que la vérité soit au fond du cœur ; il sonde le cœur et éprouve les reins ; et si tu as conçu l’iniquité dans ton cœur, le Seigneur ne t’exaucera pas.

4. Et Dieu n’admet aucune excuse pour garder quoi que ce soit qui soit une occasion d’impureté. Aussi : « Si ton œil droit est pour toi une occasion de chute, arrache-le et jette-le loin de toi; car il est avantageux pour toi qu’un seul de tes membres périsse, et que ton corps entier ne soit pas jeté dans la géhenne. » (Matthieu 5:29) : si des personnes qui te sont aussi chères que ton œil droit sont pour toi une occasion d’offenser ainsi Dieu, un moyen d’exciter dans ton âme un désir contraire à la sainteté, ne tarde pas, sépare-toi d’elles de force. « Et si ta main droite est pour toi une occasion de chute, coupe-la et jette-la loin de toi; car il est avantageux pour toi qu’un seul de tes membres périsse, et que ton corps entier n’aille pas dans la géhenne. » (Matthieu 5:30) : si quelques-uns qui te semblent aussi nécessaires que ta main droite sont une occasion de péché, de désir impur, quand même cela n’irait jamais au-delà du cœur, n’éclaterait jamais en parole ou en action, contrains-toi à une séparation entière et définitive : retranche-les d’un seul coup ; abandonne-les à Dieu. Toute perte, que ce soit de plaisir, de biens ou d’amis, est préférable à la perte de ton âme.

Il ne sera peut-être pas hors de propos de faire deux démarches seulement avant une séparation si absolue et si définitive. Premièrement, essaie si l’esprit impur ne peut être chassé par le jeûne et la prière, et en t’abstenant soigneusement de toute action, de toute parole et de tout regard que tu as reconnus être une occasion de mal. Secondement, si tu n’es pas délivré par ce moyen, demande conseil à celui qui veille sur ton âme, ou du moins à quelques personnes qui ont l’expérience des voies de Dieu, touchant le moment et la manière de cette séparation ; mais ne consulte point la chair et le sang, de peur d’être « livré à une puissance d’égarement, pour croire au mensonge ».

5. Le mariage lui-même, tout saint et honorable qu’il est, ne peut non plus servir de prétexte pour lâcher la bride à nos désirs. À la vérité, « Il a été dit: Que celui qui répudie sa femme lui donne une lettre de divorce. » Et alors tout était bien, quand même il n’alléguait d’autre raison que celle-ci : qu’elle ne lui plaisait pas, ou qu’il en préférait une autre. « Mais moi, je vous dis que celui qui répudie sa femme, sauf pour cause d’infidélité » (c’est-à-dire d’adultère, le mot porneia signifiant l’impudicité en général, soit dans l’état de mariage, soit hors du mariage), l’expose à devenir adultère, si elle se remarie ; et que celui qui épouse une femme répudiée commet un adultère. (Matthieu 5:31, 32.)

Toute polygamie est clairement interdite par ces paroles, où notre Seigneur déclare expressément que, pour toute femme dont le mari est vivant, se remarier est un adultère. Par la même raison, c’est un adultère pour tout homme de se remarier tant que sa femme est vivante, oui, quand même ils seraient divorcés ; à moins que ce divorce n’ait eu pour cause l’adultère : dans ce seul cas, il n’y a aucun passage de l’Écriture qui défende de se remarier.

6. Telle est la pureté de cœur que Dieu exige, et qu’il opère en ceux qui croient au Fils de son amour. Et heureux ceux qui ont ainsi « le cœur pur, car ils verront Dieu! » Il « se fera connaître à eux », non seulement « comme il ne le fait pas au monde », mais comme il ne le fait pas toujours à ses propres enfants. Il les bénira des communications les plus claires de son Esprit, de la « communion avec le Père et avec le Fils » la plus intime. Il fera marcher sa présence continuellement devant eux, et luire sur eux la lumière de sa face. C’est la prière incessante de leur cœur : « Je t’en supplie : Fais-moi voir ta gloire! » et ils obtiennent ce qu’ils lui demandent. Ils le voient maintenant par la foi (le voile de la chair étant devenu comme transparent), jusque dans les moindres de ses œuvres, dans tout ce qui les entoure, dans tout ce que Dieu a créé et fait. Ils le voient dans les hauteurs d’en haut et dans les profondeurs d’en bas ; ils le voient remplissant tout en tous. Ceux qui ont le cœur pur voient toutes choses pleines de Dieu. Ils le voient dans le firmament des cieux ; dans la lune qui s’avance dans sa splendeur ; dans le soleil, quand il se réjouit comme un géant de parcourir sa carrière. Ils le voient « prenant les nuées pour son char, et s’avançant sur les ailes du vent ». Ils le voient « préparant la pluie pour la terre, et bénissant ce qu’elle produit ; donnant l’herbe au bétail, et les plantes vertes pour l’usage de l’homme ». Ils voient le Créateur de toutes choses gouvernant tout avec sagesse, et « soutenant toutes choses par sa parole puissante ». « Éternel, notre Seigneur! Que ton nom est magnifique sur toute la terre! »

7. Dans toutes ses dispensations providentielles qui les concernent eux-mêmes, leur âme ou leur corps, ceux qui ont le cœur pur voient Dieu plus particulièrement encore. Ils voient sa main toujours étendue sur eux pour leur bien ; leur donnant toutes choses avec poids et mesure, comptant les cheveux de leur tête, les entourant d’une haie de protection, eux et tout ce qui est à eux, et disposant toutes les circonstances de leur vie selon la profondeur de sa sagesse et de sa miséricorde.

8. Mais c’est d’une manière plus spéciale encore qu’ils voient Dieu dans ses ordonnances. Soit qu’ils paraissent dans la grande assemblée pour « lui rendre l’honneur dû à son nom », « et l’adorer dans la beauté de la sainteté » ; soit qu’ils « entrent dans leur chambre », et y répandent leur âme devant leur « Père qui est là dans le lieu secret » ; soit qu’ils sondent les oracles de Dieu, ou qu’ils entendent les ambassadeurs de Christ proclamer la bonne nouvelle du salut ; soit qu’en mangeant ce pain et en buvant cette coupe, ils « annoncent sa mort jusqu’à ce qu’il vienne » sur les nuées du ciel : dans toutes ces voies qu’il a établies, ils trouvent un accès si intime qu’on ne le saurait exprimer. Ils le voient, pour ainsi dire, face à face, et « s’entretiennent avec lui, comme un homme parle à son ami » ; préparation bien convenable à ces demeures d’en haut où ils le verront tel qu’il est.

9. Mais combien étaient loin de voir Dieu ceux qui, ayant entendu « qu’il a été dit aux anciens: Tu ne te parjureras point, mais tu t’acquitteras envers le Seigneur de ce que tu as déclaré par serment » (Matthieu 5:33), l’interprétaient ainsi : Tu ne te parjureras point quand tu jures par le Seigneur Jéhovah. Tu « t’acquitteras envers le Seigneur » de ces serments-là ; mais quant aux autres serments, il ne s’en soucie point.

Ainsi enseignaient les pharisiens. Non seulement ils permettaient toute sorte de jurements dans la conversation ordinaire, mais ils tenaient même le parjure pour peu de chose, pourvu qu’on n’eût pas juré par le nom propre de Dieu.

Mais notre Seigneur interdit ici absolument tout jurement ordinaire, aussi bien que tout faux serment ; et il montre l’énormité de l’un et de l’autre par une même considération redoutable : que toute créature est à Dieu, et qu’il est présent partout, en tout et au-dessus de tout. « je vous dis de ne jurer aucunement, ni par le ciel, parce que c’est le trône de Dieu » (Matthieu 5:34) ; et c’est donc la même chose que de jurer par celui qui est assis au-dessus du cercle des cieux ; « ni par la terre, parce que c’est son marchepied » (Matthieu 5:35) ; et il est aussi intimement présent sur la terre que dans le ciel ; « ni par Jérusalem, parce que c’est la ville du grand roi » ; et Dieu est bien connu dans ses palais. « Ne jure pas non plus par ta tête, car tu ne peux rendre blanc ou noir un seul cheveu. » (Matthieu 5:36) ; parce que même cela, c’est évident, n’est pas à toi, mais à Dieu, seul maître de toutes choses au ciel et sur la terre. « Que votre parole » (Matthieu 5:37), votre conversation, vos entretiens les uns avec les autres, « soit oui, oui, non, non » : une affirmation ou une négation simple et sérieuse ; « ce qu’on y ajoute vient du malin » : ek tou ponerou estin, vient du malin ; procède du diable, et est une marque de ses enfants.

10. Que notre Seigneur n’interdise pas ici de « jurer avec vérité et avec droiture » quand un magistrat nous le demande, c’est ce qui peut paraître : (1.) par l’occasion de cette partie de son discours, — l’abus qu’il reprenait ici, et qui était le faux serment et le jurement ordinaire, le serment devant un magistrat étant tout à fait hors de question. — (2.) Par les paroles mêmes dans lesquelles il formule la conclusion générale : « Que votre parole », ou votre discours, « soit oui, oui, non, non ». — (3.) Par son propre exemple ; car il répondit lui-même sous serment quand un magistrat l’exigea. Lorsque le souverain sacrificateur lui dit : « Je t’adjure, par le Dieu vivant, de nous dire si tu es le Christ, le Fils de Dieu » ; Jésus répondit aussitôt par l’affirmative : « Tu l’as dit. » (c’est-à-dire, c’est la vérité) ; « néanmoins » (ou plutôt, de plus), « je vous le déclare, vous verrez désormais le Fils de l’homme assis à la droite de la puissance de Dieu, et venant sur les nuées du ciel. » (Matthieu 26:63, 64). — (4.) Par l’exemple de Dieu, même du Père, qui, « voulant montrer avec plus d’évidence aux héritiers de la promesse l’immuabilité de sa résolution, intervint par un serment » (Hébreux 6:17). — (5.) Par l’exemple de saint Paul, qui avait, croyons-nous, l’Esprit de Dieu, et qui comprenait bien la pensée de son Maître. « Dieu m’est témoin », dit-il aux Romains, « que je fais sans cesse mention de vous dans mes prières » (Romains 1:9) ; aux Corinthiens : « je prends Dieu à témoin sur mon âme, que c’est pour vous épargner que je ne suis plus allé à Corinthe » (2 Corinthiens 1:23) ; et aux Philippiens : « Dieu m’est témoin que je vous chéris tous avec la tendresse de Jésus-Christ. » (Philippiens 1:8). D’où il paraît incontestablement que, si l’apôtre connaissait le sens des paroles de son Seigneur, elles n’interdisent pas de jurer dans les occasions graves, même entre particuliers : combien moins devant un magistrat ! — Et enfin, par cette affirmation du grand apôtre touchant le serment solennel en général (qu’il lui eût été impossible de mentionner sans la moindre nuance de blâme, si son Seigneur l’avait entièrement interdit) : « les hommes jurent par celui qui est plus grand », par quelqu’un de plus grand qu’eux-mêmes, « et le serment est une garantie qui met fin à tous leurs différends » (Hébreux 6:16).

11. Mais la grande leçon que notre bienheureux Seigneur inculque ici, et qu’il illustre par cet exemple, c’est que Dieu est en toutes choses, et que nous devons voir le Créateur dans le miroir de chaque créature ; que nous ne devons user de rien ni rien regarder comme séparé de Dieu, ce qui est en vérité une sorte d’athéisme pratique ; mais, avec une véritable grandeur de pensée, contempler le ciel et la terre, et tout ce qu’ils renferment, comme contenus par Dieu dans le creux de sa main, lui qui, par sa présence intime, les maintient tous dans l’être, qui pénètre et anime tout l’édifice de la création, et qui est, en un sens véritable, l’âme de l’univers.

II. 1. Jusqu’ici notre Seigneur s’est occupé plus directement d’enseigner la religion du cœur. Il a montré ce que les chrétiens doivent être. Il va montrer aussi ce qu’ils doivent faire ; — comment la sainteté intérieure doit se déployer dans notre conduite extérieure. « Heureux », dit-il, « ceux qui procurent la paix, car ils seront appelés fils de Dieu! »

2. « Ceux qui procurent la paix » : le mot de l’original est hoi eirenopoioi. On sait bien qu’eirene, dans les saints écrits, comprend toute sorte de bien ; toute bénédiction qui se rapporte soit à l’âme, soit au corps, soit au temps, soit à l’éternité. Aussi, quand saint Paul, dans l’en-tête de ses épîtres, souhaite la grâce et la paix aux Romains ou aux Corinthiens, c’est comme s’il disait : « Comme fruit de l’amour et de la faveur libres et imméritées de Dieu, puissiez-vous jouir de toutes les bénédictions, spirituelles et temporelles ; de tous les biens que Dieu a préparés pour ceux qui l’aiment. »

3. Nous pouvons apprendre par là sans peine en quel sens étendu il faut entendre le terme d’artisans de paix. Dans son sens littéral, il désigne ces amis de Dieu et des hommes qui détestent et abhorrent profondément toute dispute et toute querelle, toute discorde et toute contestation ; et qui travaillent en conséquence de toutes leurs forces, soit à empêcher que ce feu de l’enfer ne s’allume, soit, quand il est allumé, qu’il n’éclate, soit, quand il a éclaté, qu’il ne s’étende davantage. Ils s’efforcent de calmer les esprits orageux des hommes, d’apaiser leurs passions turbulentes, d’adoucir les esprits des partis opposés, et, s’il est possible, de les réconcilier les uns avec les autres. Ils usent de tous les moyens innocents, et emploient toutes leurs forces, tous les talents que Dieu leur a donnés, tant pour conserver la paix là où elle est que pour la rétablir là où elle n’est pas. C’est la joie de leur cœur que de faire naître, d’affermir et d’accroître la bienveillance mutuelle parmi les hommes, mais plus particulièrement parmi les enfants de Dieu, quelles que soient les choses de moindre importance qui les distinguent ; afin que, comme ils ont tous « un seul Seigneur, une seule foi », comme ils sont tous « appelés à une seule espérance par leur vocation », ainsi ils puissent tous « marcher d’une manière digne de la vocation qui leur a été adressée, en toute humilité et douceur, avec patience, se supportant les uns les autres avec charité, s’efforçant de conserver l’unité de l’esprit par le lien de la paix. »

4. Mais, dans toute l’étendue du mot, l’artisan de paix est celui qui, selon qu’il en a l’occasion, « fait du bien à tous » ; celui qui, rempli de l’amour de Dieu et de tout le genre humain, ne peut en borner les témoignages à sa propre famille, à ses amis, à ses connaissances, à son parti, ou à ceux qui partagent ses opinions ; — non, pas même à ceux qui ont reçu en partage une foi du même prix ; mais qui franchit toutes ces bornes étroites, afin de faire du bien à tout homme, afin de manifester, d’une manière ou d’une autre, son amour à ses voisins et aux étrangers, à ses amis et à ses ennemis. Il fait du bien à tous, selon qu’il en a l’occasion, c’est-à-dire en toute occasion possible ; « rachetant le temps » à cet effet ; « saisissant toute occasion, mettant à profit chaque heure, ne perdant aucun moment où il puisse être utile à autrui ». Il fait le bien, non d’une sorte particulière, mais le bien en général, de toutes les manières possibles ; employant pour cela tous ses talents de toute sorte, toutes les puissances et facultés de son corps et de son âme, toute sa fortune, son influence, sa réputation ; ne désirant qu’une chose : que, lorsque son Seigneur viendra, il puisse lui dire : « C’est bien, bon et fidèle serviteur ! »

5. Il fait du bien, autant qu’il est en son pouvoir, même aux corps de tous les hommes. Il se réjouit de « partager son pain avec celui qui a faim », et de « couvrir d’un vêtement celui qui est nu ». Quelqu’un est-il étranger ? Il le recueille, et le soulage selon ses besoins. Quelques-uns sont-ils malades ou en prison ? Il les visite, et leur procure le secours dont ils ont le plus besoin. Et tout cela, il le fait, non comme pour l’homme, mais en se souvenant de celui qui a dit : « toutes les fois que vous avez fait ces choses à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous les avez faites. »

6. Combien plus se réjouit-il s’il peut faire quelque bien à l’âme de quelque homme ! Ce pouvoir, il est vrai, appartient à Dieu. C’est lui seul qui change le cœur, sans quoi tout autre changement est plus léger que la vanité. Néanmoins, il plaît à celui qui opère tout en tous d’aider l’homme principalement par l’homme ; de transmettre sa propre puissance, sa bénédiction et son amour par un homme à un autre. C’est pourquoi, bien qu’il soit certain que « le secours qui se fait sur la terre, c’est Dieu lui-même qui le fait », nul homme n’a pour autant à rester oisif dans sa vigne. L’artisan de paix ne le peut : il y travaille sans cesse, et, comme un instrument dans la main de Dieu, il prépare le sol pour l’usage de son Maître, ou sème la semence du royaume, ou arrose ce qui est déjà semé, afin que Dieu, peut-être, donne l’accroissement. Selon la mesure de grâce qu’il a reçue, il use de toute diligence, soit pour reprendre le pécheur grossier, pour ramener ceux qui courent tête baissée dans la voie large de la perdition ; soit pour « éclairer ceux qui sont assis dans les ténèbres », et qui sont près de « périr faute de connaissance » ; soit pour « soutenir les faibles, relever les mains languissantes et les genoux affaiblis » ; soit pour ramener et guérir ce qui boitait et s’était détourné du chemin. Il n’est pas moins zélé pour affermir ceux qui s’efforcent déjà d’entrer par la porte étroite ; pour fortifier ceux qui sont debout, afin qu’ils « courent avec persévérance dans la carrière qui leur est ouverte » ; pour édifier dans leur très sainte foi ceux qui savent en qui ils ont cru ; pour les exhorter à ranimer le don de Dieu qui est en eux, afin que, croissant chaque jour dans la grâce, « l’entrée dans le royaume éternel de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ leur soit pleinement accordée ».

7. « Heureux » ceux qui sont ainsi continuellement occupés à l’œuvre de la foi et au travail de la charité, « car ils seront appelés », c’est-à-dire ils seront (hébraïsme courant), « fils de Dieu ». Dieu leur conservera l’Esprit d’adoption, bien plus, il le répandra plus abondamment dans leurs cœurs. Il les bénira de toutes les bénédictions de ses enfants. Il les reconnaîtra pour ses fils devant les anges et devant les hommes ; « et, s’ils sont fils, ils sont aussi héritiers : héritiers de Dieu, et cohéritiers de Christ ».

III. 1. On s’imaginerait qu’une personne telle qu’on vient de la décrire, si pleine d’une humilité sincère, si sérieuse sans affectation, si douce et si débonnaire, si exempte de tout dessein intéressé, si dévouée à Dieu, et qui aime les hommes d’un amour si agissant, devrait être les délices du genre humain. Mais notre Seigneur connaissait mieux la nature humaine dans son état présent. Aussi achève-t-il le portrait de cet homme de Dieu en lui montrant le traitement qu’il doit attendre dans le monde. « Heureux », dit-il, « ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des cieux est à eux! »

2. Pour bien comprendre ceci, recherchons premièrement : Qui sont ceux qui sont persécutés ? Et cela, nous pouvons l’apprendre aisément de saint Paul : « de même qu’alors celui qui était né selon la chair persécutait celui qui était né selon l’Esprit, ainsi en est-il encore maintenant. » (Galates 4:29). « Oui », dit l’apôtre, « tous ceux qui veulent vivre pieusement en Jésus-Christ seront persécutés. » (2 Timothée 3:12). Saint Jean nous enseigne la même chose : « Ne vous étonnez pas, frères, si le monde vous hait. Nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons les frères. » (1 Jean 3:13–14). Comme s’il disait : Les frères, les chrétiens, ne peuvent être aimés que par ceux qui sont passés de la mort à la vie. Et notre Seigneur le dit très expressément : « Si le monde vous hait, sachez qu’il m’a haï avant vous. Si vous étiez du monde, le monde aimerait ce qui est à lui; mais parce que vous n’êtes pas du monde, à cause de cela le monde vous hait. Souvenez-vous de la parole que je vous ai dite: Le serviteur n’est pas plus grand que son maître. S’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi. » (Jean 15:18).

Par tous ces passages de l’Écriture, il paraît manifestement qui sont ceux qui sont persécutés, à savoir les justes : celui « qui est né de l’Esprit » ; « tous ceux qui veulent vivre pieusement en Jésus-Christ » ; ceux qui sont « passés de la mort à la vie » ; ceux qui ne sont « pas du monde » ; tous ceux qui sont doux et humbles de cœur, qui pleurent après Dieu, qui ont faim de sa ressemblance ; tous ceux qui aiment Dieu et leur prochain, et qui, par conséquent, selon qu’ils en ont l’occasion, font du bien à tous les hommes.

3. Si l’on demande, en deuxième lieu, pourquoi ils sont persécutés, la réponse est également claire et évidente. C’est « pour la justice » ; parce qu’ils sont justes ; parce qu’ils sont nés selon l’Esprit ; parce qu’ils « veulent vivre pieusement en Jésus-Christ » ; parce qu’ils ne sont « pas du monde ». Quoi qu’on prétende, c’est là la cause réelle : que leurs infirmités soient plus ou moins grandes, si ce n’était cela, on les supporterait, et le monde aimerait ce qui est à lui. Ils sont persécutés parce qu’ils sont pauvres en esprit ; c’est-à-dire, dit le monde, « des âmes sans cœur, basses, lâches, bonnes à rien, indignes de vivre dans le monde » : — parce qu’ils pleurent : « Ce sont des créatures si mornes, si lourdes, si pesantes, qu’elles suffiraient à abattre l’esprit de quiconque les voit ! Ce sont de vraies têtes de mort ; elles tuent la gaieté innocente et gâtent la compagnie partout où elles vont » : — parce qu’ils sont débonnaires : « Des sots apprivoisés et passifs, tout juste bons à être foulés aux pieds » : — parce qu’ils ont faim et soif de la justice : « Un tas d’enthousiastes à la tête échauffée, béant après ils ne savent quoi, mécontents de la religion raisonnable, et courant comme des fous après les ravissements et les sentiments intérieurs » : — parce qu’ils sont miséricordieux, amis de tous, amis des méchants et des ingrats : « Ils encouragent toute sorte de méchanceté ; bien plus, ils poussent les gens à mal faire par l’impunité ; et ce sont des hommes qui, on peut le craindre, ont encore leur propre religion à chercher ; très relâchés dans leurs principes » : — parce qu’ils ont le cœur pur : « Créatures sans charité, qui damnent tout le monde, sauf ceux qui sont de leur bord ! Misérables blasphémateurs, qui prétendent faire Dieu menteur, en vivant sans péché ! » — Par-dessus tout, parce qu’ils sont des artisans de paix ; parce qu’ils saisissent toutes les occasions de faire du bien à tous les hommes. Voilà la grande raison pour laquelle ils ont été persécutés dans tous les siècles, et le seront jusqu’au rétablissement de toutes choses : « S’ils voulaient seulement garder leur religion pour eux-mêmes, ce serait tolérable ; mais c’est cette diffusion de leurs erreurs, cette contagion de tant d’autres, qu’on ne saurait endurer. Ils font tant de mal dans le monde qu’on ne devrait plus les tolérer. Il est vrai que ces gens-là font certaines choses assez bien ; ils soulagent quelques pauvres ; mais cela même ne se fait que pour gagner davantage de gens à leur parti, et ainsi, en fait, pour faire plus de mal encore ! » C’est ainsi que les hommes du monde pensent et parlent sincèrement. Et plus le royaume de Dieu fait de progrès, plus les artisans de paix sont mis à même de répandre l’humilité, la douceur et toutes les autres dispositions divines, plus il se fait de mal, à leur compte ; par conséquent, plus ils sont irrités contre ceux qui en sont les auteurs, et plus ils les persécuteront avec violence.

4. Recherchons, en troisième lieu : Qui sont ceux qui les persécutent ? Saint Paul répond : « Celui qui est né selon la chair » ; quiconque n’est pas « né de l’Esprit », ou du moins ne désire pas l’être ; tous ceux qui ne travaillent pas au moins à « vivre pieusement en Jésus-Christ » ; tous ceux qui ne sont pas « passés de la mort à la vie », et qui, par conséquent, ne peuvent « aimer les frères » ; « le monde », c’est-à-dire, selon la description qu’en donne notre Sauveur, ceux qui « ne connaissent pas celui qui m’a envoyé » ; ceux qui ne connaissent pas Dieu, le Dieu qui aime et qui pardonne, par l’enseignement de son propre Esprit.

La raison en est évidente : l’esprit qui est dans le monde est directement opposé à l’Esprit qui vient de Dieu. Il faut donc nécessairement que ceux qui sont du monde soient opposés à ceux qui sont de Dieu. Il y a entre eux la plus grande contrariété, dans toutes leurs opinions, leurs désirs, leurs desseins et leurs dispositions. Et jusqu’à présent la panthère et le chevreau ne peuvent se coucher en paix ensemble. L’orgueilleux, parce qu’il est orgueilleux, ne peut que persécuter l’humble ; l’homme léger et frivole, ceux qui pleurent ; et ainsi de toutes les autres sortes, la dissemblance des dispositions (n’y en eût-il point d’autre) étant un perpétuel sujet d’inimitié. C’est pourquoi, ne fût-ce qu’à ce titre, tous les serviteurs du diable persécuteront les enfants de Dieu.

5. Si l’on demande, en quatrième lieu, comment ils les persécuteront, on peut répondre en général : exactement de la manière et dans la mesure que le sage Ordonnateur de toutes choses voit devoir servir le plus à sa gloire, — contribuer le plus à la croissance de ses enfants dans la grâce et à l’agrandissement de son propre royaume. Il n’est aucune branche du gouvernement de Dieu sur le monde qui soit plus digne d’admiration que celle-ci. Son oreille n’est jamais dure aux menaces du persécuteur ni au cri du persécuté. Son œil est toujours ouvert, et sa main étendue pour diriger jusqu’à la moindre circonstance. Quand l’orage commencera, jusqu’où il s’élèvera, de quel côté il portera sa course, quand et comment il finira, tout cela est déterminé par sa sagesse infaillible. Les impies ne sont qu’une épée qui est à lui ; un instrument dont il se sert comme il lui plaît, et qui lui-même, quand les fins miséricordieuses de sa providence sont atteintes, est jeté au feu.

En de rares occasions, comme lorsque le christianisme fut d’abord planté, et tandis qu’il prenait racine sur la terre ; comme aussi lorsque la pure doctrine de Christ commença à être plantée de nouveau dans notre nation, Dieu permit que l’orage s’élevât très haut, et ses enfants furent appelés à résister jusqu’au sang. Il y avait une raison particulière pour laquelle il le permit à l’égard des apôtres : afin que leur témoignage fût d’autant plus irrécusable. Mais les annales de l’Église nous apprennent une autre raison, et bien différente, pour laquelle il permit les rudes persécutions qui s’élevèrent aux deuxième et troisième siècles : c’est que « le mystère de l’iniquité » « agissait » avec tant de force ; c’est à cause des monstrueuses corruptions qui régnaient déjà dans l’Église : Dieu les châtia, et s’efforça en même temps de les guérir, par ces visitations sévères mais nécessaires.

Peut-être la même observation peut-elle être faite au sujet de la grande persécution qui eut lieu dans notre propre pays. Dieu avait usé de beaucoup de bonté envers notre nation. Il avait répandu sur nous diverses bénédictions : il nous avait donné la paix au-dehors et au-dedans, et un roi sage et bon au-delà de son âge ; et, par-dessus tout, il avait fait lever et briller parmi nous la pure lumière de son Évangile. Mais quel retour trouva-t-il ? « Il avait espéré la justice, et voici des cris ! » — des cris d’oppression et d’injustice, d’ambition et d’iniquité, de malice, de fraude et de convoitise. Oui, le cri de ceux qui, déjà alors, expiraient dans les flammes parvint aux oreilles du Seigneur des armées. Ce fut alors que Dieu se leva pour soutenir sa propre cause contre ceux qui retenaient injustement la vérité captive. Alors il les livra entre les mains de leurs persécuteurs, par un jugement mêlé de miséricorde : une affliction pour punir, et pourtant un remède pour guérir les graves infidélités de son peuple.

6. Mais il est rare que Dieu permette à l’orage de s’élever jusqu’à la torture, ou la mort, ou les liens, ou l’emprisonnement. En revanche, ses enfants sont fréquemment appelés à endurer ces sortes plus légères de persécution ; ils souffrent fréquemment l’éloignement de leurs proches, — la perte des amis qui leur étaient comme leur propre âme. Ils éprouvent la vérité de la parole de leur Seigneur (quant à l’effet, sinon quant au dessein de sa venue) : « Pensez-vous que je sois venu apporter la paix sur la terre? Non, vous dis-je, mais la division. » (Luc 12:51). Et de là suivront naturellement la perte des affaires ou de l’emploi, et par conséquent des biens. Mais toutes ces circonstances sont, elles aussi, sous la sage direction de Dieu, qui assigne à chacun ce qui lui est le plus utile.

7. Mais la persécution qui accompagne tous les enfants de Dieu est celle que notre Seigneur décrit dans les paroles suivantes : « Heureux serez-vous, lorsqu’on vous outragera, qu’on vous persécutera », — qu’on vous persécutera en vous outrageant, — « et qu’on dira faussement de vous toute sorte de mal, à cause de moi. » Cela ne peut manquer ; c’est l’insigne même de notre qualité de disciples ; c’est l’un des sceaux de notre vocation ; c’est un héritage assuré, attaché à tous les enfants de Dieu : si nous ne l’avons pas, nous sommes des enfants illégitimes et non des fils. C’est tout droit à travers la mauvaise réputation, aussi bien que la bonne, que passe le seul chemin du royaume. Ceux qui aiment Dieu et les hommes avec douceur, sérieux, humilité et zèle ont une bonne réputation parmi leurs frères, mais une mauvaise auprès du monde, qui les tient et les traite « comme les balayures du monde, le rebut de tous ».

8. Quelques-uns, il est vrai, ont supposé qu’avant que la plénitude des païens soit entrée, le scandale de la croix cessera ; que Dieu fera estimer et aimer les chrétiens, même par ceux qui sont encore dans leurs péchés. Et il est certain que, même maintenant, il suspend parfois le mépris aussi bien que la fureur des hommes : « il fait que les ennemis d’un homme sont en paix avec lui pour un temps, et lui donne la faveur de ses plus acharnés persécuteurs ». Mais, ce cas d’exception mis à part, le scandale de la croix n’a pas encore cessé ; et un homme peut dire encore : « Si je plaisais encore aux hommes, je ne serais pas serviteur de Christ. » Que personne donc ne fasse cas de cette suggestion agréable (agréable, sans doute, à la chair et au sang), que les méchants ne font que feindre de haïr et de mépriser les bons, mais qu’en réalité ils les aiment et les estiment dans leur cœur. Il n’en est rien : ils peuvent les employer quelquefois, mais c’est pour leur propre profit. Ils peuvent se confier en eux, car ils savent que leurs voies ne sont pas comme celles des autres hommes. Mais pourtant ils ne les aiment pas, sauf dans la mesure où l’Esprit de Dieu lutte peut-être avec eux. Les paroles de notre Sauveur sont formelles : « Si vous étiez du monde, le monde aimerait ce qui est à lui; mais parce que vous n’êtes pas du monde, à cause de cela le monde vous hait. » Oui (mises à part les exceptions que peut faire la grâce prévenante ou la providence particulière de Dieu), il les hait aussi cordialement et aussi sincèrement qu’il a jamais haï leur Maître.

9. Il reste seulement à rechercher : Comment les enfants de Dieu doivent-ils se conduire à l’égard de la persécution ? Et, premièrement, ils ne doivent pas l’attirer sur eux sciemment ou à dessein. Cela est contraire à la fois à l’exemple et aux conseils de notre Seigneur et de tous ses apôtres, qui nous enseignent non seulement à ne pas la rechercher, mais à l’éviter autant que nous le pouvons, sans blesser notre conscience, sans abandonner aucune partie de cette justice que nous devons préférer à la vie même. Ainsi notre Seigneur dit expressément : « Quand on vous persécutera dans une ville, fuyez dans une autre » ; ce qui est en effet, quand on peut le prendre, le moyen le plus irréprochable d’éviter la persécution.

10. Ne pensez pas cependant que vous puissiez toujours l’éviter, soit par ce moyen, soit par tout autre. Si jamais cette vaine imagination se glisse dans votre cœur, mettez-la en fuite par cet avertissement pressant : « Souvenez-vous de la parole que je vous ai dite: Le serviteur n’est pas plus grand que son maître. S’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi. » « Soyez donc prudents comme les serpents, et simples comme les colombes. » Mais cela vous mettra-t-il à l’abri de la persécution ? Non, à moins que vous n’ayez plus de sagesse que votre Maître, ou plus d’innocence que l’Agneau de Dieu.

Ne désirez pas non plus l’éviter, y échapper entièrement ; car si vous le faites, vous n’êtes point à lui. Si vous échappez à la persécution, vous échappez à la bénédiction, la bénédiction de ceux qui sont persécutés pour la justice. Si vous n’êtes pas persécutés pour la justice, vous ne pouvez entrer dans le royaume des cieux. « Si nous souffrons avec lui, nous régnerons aussi avec lui. Mais si nous le renions, lui aussi nous reniera. »

11. Bien plus, « Réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse » quand les hommes vous persécutent à cause de lui ; quand ils vous persécutent en vous outrageant, et en « disant faussement de vous toute sorte de mal » ; ce qu’ils ne manqueront pas de mêler à toute espèce de persécution : il faut qu’ils vous noircissent pour se justifier eux-mêmes. « car c’est ainsi qu’on a persécuté les prophètes qui ont été avant vous ! » — ceux qui furent le plus éminemment saints de cœur et de vie ; oui, et tous les justes qui ont jamais existé depuis le commencement du monde. Réjouissez-vous, parce qu’à sa marque aussi vous savez à qui vous appartenez. Et « parce que votre récompense sera grande dans les cieux », — la récompense acquise par le sang de l’alliance, et librement accordée en proportion de vos souffrances, aussi bien que de votre sainteté de cœur et de vie. « soyez dans l’allégresse », sachant que « ces légères afflictions du moment présent produisent pour vous, au-delà de toute mesure, un poids éternel de gloire ».

12. Cependant, qu’aucune persécution ne vous fasse sortir du chemin de l’humilité et de la douceur, de l’amour et de la bienfaisance. « Vous avez appris », il est vrai, « qu’il a été dit: œil pour œil, et dent pour dent » (Matthieu 5:38) ; et vos misérables docteurs vous ont permis par là de vous venger vous-mêmes, de rendre le mal pour le mal : « Mais moi, je vous dis de ne pas résister au méchant. » — Non pas ainsi ; non pas en rendant la pareille. « Mais, plutôt que de faire cela : Si quelqu’un te frappe sur la joue droite, présente-lui aussi l’autre. Si quelqu’un veut plaider contre toi, et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau. Si quelqu’un te force à faire un mille, fais-en deux avec lui. »

Que ta douceur soit à ce point invincible. Et que ton amour y réponde. « Donne à celui qui te demande, et ne te détourne pas de celui qui veut emprunter de toi. » Seulement, ne donne pas ce qui est à autrui, ce qui n’est pas à toi. C’est pourquoi : (1.) Prends garde de ne rien devoir à personne ; car ce que tu dois n’est pas à toi, mais à autrui. (2.) Pourvois aux besoins de ceux de ta maison : cela aussi, Dieu l’exige de toi ; et ce qui est nécessaire pour les entretenir dans la vie et dans la piété n’est pas non plus à toi. Puis (3.) donne ou prête tout ce qui reste, de jour en jour ou d’année en année ; seulement, puisque tu ne peux donner ou prêter à tous, souviens-toi d’abord des frères en la foi.

13. La douceur et l’amour que nous devons ressentir, la bonté que nous devons témoigner à ceux qui nous persécutent pour la justice, notre bienheureux Seigneur les décrit plus loin dans les versets suivants. Oh ! qu’ils soient gravés dans nos cœurs ! « Vous avez appris qu’il a été dit: Tu aimeras ton prochain, et tu haïras ton ennemi. » (Matthieu 5:43). Dieu n’avait dit, il est vrai, que la première partie : « Tu aimeras ton prochain » ; les enfants du diable avaient ajouté la seconde : « et tu haïras ton ennemi » : « Mais moi, je vous dis » : (1.) « Aimez vos ennemis » : veillez à porter une tendre bienveillance à ceux qui ont contre vous l’esprit le plus amer, qui vous souhaitent toute sorte de mal. (2.) « bénissez ceux qui vous maudissent ». Y en a-t-il dont l’amertume d’esprit éclate en paroles amères ? qui ne cessent de vous maudire et de vous outrager quand vous êtes présents, et de « dire toute sorte de mal de vous » quand vous êtes absents ? Bénissez-les d’autant plus : en conversant avec eux, usez de toute la douceur et de toute la suavité du langage. Reprenez-les en répétant devant eux une meilleure leçon, en leur montrant comment ils auraient dû parler. Et, en parlant d’eux, dites tout le bien que vous pouvez, sans violer les règles de la vérité et de la justice. (3.) « faites du bien à ceux qui vous haïssent » : que vos actions montrent que vous êtes aussi réels dans l’amour qu’ils le sont dans la haine. Rendez le bien pour le mal. « Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais surmonte le mal par le bien. » (4). Si vous ne pouvez rien faire de plus, du moins « priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent ». Vous ne pouvez jamais être mis hors d’état de le faire, et toute leur malice ou leur violence ne peut vous en empêcher. Répandez votre âme devant Dieu, non seulement pour ceux qui l’ont fait autrefois, mais qui maintenant se repentent : — c’est là peu de chose : « Si ton frère, sept fois dans un jour, revient à toi, disant : Je me repens » (Luc 17:4), c’est-à-dire si, après un nombre quelconque de rechutes, il te donne lieu de croire qu’il est réellement et entièrement changé, alors tu lui pardonneras, au point de te fier à lui, de le mettre dans ton sein, comme s’il n’avait jamais péché contre toi : — mais priez pour ceux qui ne se repentent pas, luttez avec Dieu pour eux, pour ceux qui maintenant te maltraitent et te persécutent. Pardonne-leur à ce point, « non seulement jusqu’à sept fois, mais jusqu’à septante fois sept fois » (Matthieu 18:22). Qu’ils se repentent ou non, oui, quand même ils sembleraient s’en éloigner de plus en plus, montrez-leur pourtant ce témoignage de bonté : « afin que vous soyez fils », afin que vous vous montriez les vrais enfants, « de votre Père qui est dans les cieux » ; lui qui montre sa bonté en accordant les bénédictions dont ils sont capables même à ses ennemis les plus obstinés ; lui qui « fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes ». « Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous? Les publicains aussi n’agissent-ils pas de même? » (Matthieu 5:46) — eux qui ne prétendent à aucune religion ; que vous-mêmes reconnaissez être sans Dieu dans le monde. « Et si vous saluez », si vous témoignez de la bonté en paroles ou en actions, « seulement vos frères », vos amis ou vos parents, « que faites-vous d’extraordinaire? » — plus que ceux qui n’ont aucune religion ? « Les païens aussi n’agissent-ils pas de même? » (Matthieu 5:47). Non ; mais suivez un meilleur modèle que celui-là. Dans la patience, dans la longanimité, dans la miséricorde, dans la bienfaisance de toute sorte, envers tous, même envers vos plus acharnés persécuteurs, « Soyez donc », chrétiens, « parfaits », en nature sinon en degré, « comme votre Père céleste est parfait. » (Matthieu 5:48).

IV. Voici le christianisme sous sa forme native, tel qu’il a été donné par son grand Auteur ! Voici la religion authentique de Jésus-Christ ! C’est ainsi qu’il la présente à celui dont les yeux sont ouverts. Voyez une image de Dieu, autant qu’il peut être imité par l’homme ! Une image tracée par la main de Dieu lui-même : « Voyez, contempteurs, Soyez étonnés et disparaissez ! » Ou plutôt, soyez étonnés et adorez ! Écriez-vous plutôt : « Est-ce là la religion de Jésus de Nazareth ? la religion que j’ai persécutée ! Que je ne sois plus trouvé combattant contre Dieu. Seigneur, que veux-tu que je fasse? » Quelle beauté paraît dans l’ensemble ! Quelle juste symétrie ! Quelle exacte proportion dans chaque partie ! Combien est désirable le bonheur ici décrit ! Combien vénérable, combien aimable la sainteté ! C’est là l’esprit de la religion, sa quintessence. Ce sont là véritablement les fondements du christianisme. Oh ! puissions-nous n’en être pas seulement des auditeurs ! — « semblables à un homme qui regarde dans un miroir son visage naturel, et qui s’en va, et oublie aussitôt quel il était ». Non, mais plongeons fermement nos regards « dans cette loi parfaite, la loi de la liberté, et persévérons-y ». Ne nous donnons point de repos que chaque ligne n’en soit transcrite dans notre propre cœur. Veillons, prions, croyons, aimons, et « combattons pour le prix », jusqu’à ce que chaque partie en paraisse dans notre âme, gravée là par le doigt de Dieu ; jusqu’à ce que nous soyons « saints comme celui qui nous a appelés est saint, parfaits comme notre Père qui est dans les cieux est parfait ! »

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