Chapitre 16 · 42 min de lecture · 55 min d’écoute
Les grandes assises
Sermon 15
Les grandes assises
[c’est-à-dire le Jugement dernier — GL] 2121Prêché aux assises tenues devant l’honorable sir Edward Clive, chevalier, l’un des juges de la Cour des plaids communs de Sa Majesté, en l’église Saint-Paul de Bedford, le vendredi 10 mars 1758 ; publié à la demande de William Cole, écuyer, grand shérif du comté, et de plusieurs autres.
« Nous comparaîtrons tous devant le tribunal de Christ. »
Romains 14:10.
1. Combien de circonstances concourent à rehausser ce que la présente solennité a d’imposant ! Le concours général de gens de tout âge, de tout sexe, de tout rang et de toute condition, rassemblés de gré ou de force, non seulement des lieux voisins, mais de contrées éloignées ; des criminels, qui vont bientôt être amenés et n’ont aucun moyen d’échapper ; des officiers, attendant à leurs divers postes pour exécuter les ordres qui seront donnés ; et le représentant de notre gracieux souverain, que nous révérons et honorons si hautement. L’occasion même de cette assemblée n’ajoute pas peu à sa solennité : entendre et juger des causes de toute espèce, dont quelques-unes sont de la nature la plus grave ; d’où ne dépend rien de moins que la vie ou la mort, la mort qui découvre la face de l’éternité ! C’est sans doute pour accroître le sentiment sérieux de ces choses, et non dans l’esprit du vulgaire seulement, que la sagesse de nos ancêtres n’a pas dédaigné de régler jusqu’à plusieurs menues circonstances de cette solennité. Car celles-ci aussi, par le moyen de l’œil ou de l’oreille, peuvent toucher plus profondément le cœur ; et, considérées sous ce jour, les trompettes, les bâtons, les costumes ne sont plus des choses frivoles ou insignifiantes, mais servent, chacune dans son genre et à son degré, les fins les plus précieuses de la société.158158
« Notre gracieux souverain », c’est George II. Wesley fut toujours d’une loyauté ardente. En 1744, il rédigea une Adresse de ses sociétés au roi, dans laquelle il dit : « nous sommes prêts à obéir à Votre Majesté jusqu’au bout, en toutes les choses que nous estimons conformes [à la Parole de Dieu]. Et nous exhortons instamment tous ceux avec qui nous nous entretenons, comme ils craignent Dieu, à honorer le roi. » L’Adresse ne fut pas envoyée, principalement parce qu’on aurait pu y voir l’idée que les méthodistes étaient « un corps distinct de l’Église nationale ». En 1745, l’année de l’invasion de l’Angleterre par le Jeune Prétendant, il écrivit au maire de Newcastle : « Tout ce que je puis faire pour Sa Majesté, que j’honore et que j’aime — pas moins, je pense, que je n’aimais mon propre père —, c’est ceci : je crie à Dieu, jour après jour, de confondre tous ses ennemis », etc. Lorsque George II mourut, en octobre 1760, il nota dans son Journal (25 octobre) : « Le roi George a été recueilli auprès de ses pères. Quand l’Angleterre aura-t-elle un meilleur prince ? » On pense à Carlyle (Sartor 1.9) : « Votre individu rouge, celui qui fait pendre, n’a-t-il pas une perruque de crin, des peaux d’écureuil et une robe de peluche, à quoi tous les mortels savent qu’il est un JUGE ? La société, qui m’étonne d’autant plus que j’y pense davantage, est fondée sur le Drap. » Wesley ne méprisa jamais la forme ni le cérémonial ; il revêtait sa robe même pour ses études bibliques avec ses sociétés de Londres et de Bristol, et pour ses prédications en plein air.
2. Mais, si imposante que soit cette solennité, une autre, bien plus imposante, est proche. Car encore un peu de temps, et « nous comparaîtrons tous devant le tribunal de Christ ». « Car Je suis vivant, dit le Seigneur, tout genou fléchira devant moi, et toute langue donnera gloire à Dieu. » Et en ce jour-là, « chacun de nous rendra compte à Dieu pour lui-même. »
3. Si tous les hommes avaient un profond sentiment de cela, avec quelle efficacité cela garantirait les intérêts de la société ! Car quel motif plus puissant peut-on concevoir pour la pratique d’une morale véritable ? pour la recherche constante d’une vertu solide ? pour une marche uniforme dans la justice, la miséricorde et la vérité ? Qu’est-ce qui pourrait fortifier nos mains en tout ce qui est bien, et nous détourner de tout mal, comme une ferme conviction de ceci : « le juge est à la porte », et nous allons bientôt comparaître devant lui ?
4. Il ne sera donc peut-être pas inopportun, ni étranger au dessein de la présente assemblée, de considérer :
I. Les principales circonstances qui précéderont notre comparution devant le tribunal de Christ ;
II. Le jugement lui-même ; et
III. Quelques-unes des circonstances qui le suivront.
I. 1. Considérons, en premier lieu, les principales circonstances qui précéderont notre comparution devant le tribunal de Christ.
Et d’abord, Dieu fera paraître « des miracles en bas sur la terre » (Actes 2:19) ; en particulier, il « se lèvera pour effrayer la terre ». « La terre chancelle comme un homme ivre, Elle vacille comme une cabane » (Ésaïe 24:20). « Il y aura des tremblements de terre », kata topous (non seulement en divers lieux, mais) « en tous lieux » ; non en un seul, ou en quelques-uns, mais en toutes les parties du monde habitable (Luc 21:2) ; et même un tremblement de terre « tel qu’il n’y avait jamais eu depuis que l’homme est sur la terre, un aussi grand tremblement. » Dans l’un d’eux, « toutes les îles s’enfuiront, et les montagnes ne seront plus trouvées » (Apocalypse 16:20). Cependant toutes les eaux du globe terraqué ressentiront la violence de ces secousses ; ce sera « au bruit de la mer et des flots » (Luc 21:25), avec une agitation telle qu’on n’en avait jamais connu, depuis l’heure où « toutes les sources du grand abîme jaillirent » pour détruire la terre, qui était alors « tirée de l’eau et formée au moyen de l’eau ». L’air ne sera qu’orage et tempête, plein de sombres vapeurs et « des colonnes de fumée » (Joël 2:30) ; retentissant de tonnerre d’un pôle à l’autre, et déchiré de dix mille éclairs. Mais la commotion ne s’arrêtera pas à la région de l’air ; « les puissances des cieux seront ébranlées. Il y aura des signes dans le soleil, dans la lune et dans les étoiles. » (Luc 21:25, 26) ; dans les étoiles fixes, aussi bien que dans celles qui se meuvent autour d’elles. « Le soleil se changera en ténèbres, Et la lune en sang, Avant l’arrivée du jour de l’Éternel, De ce jour grand et terrible. » (Joël 2:31). « les étoiles retirent leur éclat » (Joël 3:15), oui, et « tomberont du ciel » (Apocalypse 6:13), étant jetées hors de leurs orbites. Et alors on entendra le cri universel de toutes les armées du ciel, suivi de la « voix d’un archange », proclamant l’approche du Fils de Dieu et de l’homme, « et au son de la trompette de Dieu », qui sonnera l’alarme à tous ceux qui dorment dans la poussière de la terre (1 Thessaloniciens 4:16). En conséquence, tous les tombeaux s’ouvriront, et les corps des hommes se lèveront. La mer aussi rendra les morts qui sont en elle (Apocalypse 20:13), et chacun ressuscitera avec « son propre corps » : le sien quant à la substance, bien que si changé dans ses propriétés que nous ne pouvons maintenant le concevoir. « Car il faut que ce corps corruptible » alors « revête l’incorruptibilité, et que ce corps mortel revête l’immortalité » (1 Corinthiens 15:53). Oui, « la mort et l’hadès », le monde invisible, « rendront les morts qui sont en eux » (Apocalypse 20:13). De sorte que tous ceux qui ont jamais vécu et sont morts, depuis que Dieu a créé l’homme, seront ressuscités incorruptibles et immortels.159159
Ce paragraphe, si bien et si puissamment composé qu’il soit, défie toute saine exégèse. Certains des passages cités se rapportent à l’invasion de Juda par les Assyriens, d’autres à la venue du Saint-Esprit, d’autres à la destruction de Jérusalem par les Romains, d’autres à la chute de Rome elle-même. Tous furent, en un sens, des « jours de Jéhovah » ; mais rien n’autorise à transporter tous ces signes au jour final du jugement, ni à les interpréter littéralement. Cette juste remarque sur la différence entre le corps présent et le corps de la résurrection est développée en détail dans le Sermon 138, écrit à l’origine par Benjamin Calamy, puis revu et abrégé par Wesley en 1732. « Substance » et « propriétés » sont employés ici dans leur sens philosophique : le corps sera le même par essence (non pas composé des mêmes particules matérielles), mais ses propriétés, c’est-à-dire ses caractères et ses qualités, seront entièrement changées. Avant tout, ce sera un corps « pneumatique » et non « physique », c’est-à-dire bien adapté à l’usage et à la manifestation de l’esprit, comme le corps présent est adapté à l’usage et à la manifestation de la psyché, ou âme animale. « Hadès » est très justement substitué au « hell » (enfer) de la version autorisée, qui est ici, comme dans tous les passages où il traduit Shéol ou Hadès, des plus trompeurs pour le lecteur anglais. C’est le monde des esprits défunts, non le lieu de châtiment du diable et de ses anges.
2. En même temps, « le Fils de l’homme enverra ses anges » sur toute la terre ; « et ils rassembleront ses élus des quatre vents, depuis une extrémité des cieux jusqu’à l’autre. » (Matthieu 24:31). Et le Seigneur lui-même viendra avec les nuées, dans sa propre gloire et dans la gloire de son Père, avec ses saints par dizaines de mille, et même des myriades d’anges, et il s’assiéra sur le trône de sa gloire. « Toutes les nations seront assemblées devant lui. Il séparera les uns d’avec les autres, et il mettra les brebis », les bons, « à sa droite, et les boucs », les méchants, « à sa gauche » (Matthieu 25:31, etc.). C’est de cette assemblée générale que le disciple bien-aimé parle ainsi : « je vis les morts », tous ceux qui avaient été morts, « les grands et les petits, qui se tenaient devant le trône. Des livres furent ouverts. » (expression figurée, qui se rapporte manifestement à la manière de procéder parmi les hommes), « Et les morts furent jugés selon leurs œuvres, d’après ce qui était écrit dans ces livres. » (Apocalypse 20:12).160160
« Toutes les nations » — plus exactement « tous les Gentils ». Ce récit du jugement ne se rapporte qu’au jugement des nations païennes, qui n’ont pas entendu parler de Christ ; et la règle du jugement n’est pas leur relation avec lui, mais leur accomplissement des devoirs humains communs de bonté et de charité qui y sont exposés. C’est un complément aux trois paraboles précédentes, celles de l’Économe, des Vierges et des Talents ; la première décrivant le jugement du ministre chrétien, la deuxième et la troisième les deux faces du jugement de ceux qui ont entendu l’Évangile : la première du point de vue de la foi, la seconde du point de vue des œuvres. « Le disciple bien-aimé » : Wesley admet naturellement que l’Apocalypse a Jean pour auteur.
II. Telles sont les principales circonstances que rapportent les oracles de Dieu comme devant précéder le jugement général. Nous avons, en second lieu, à considérer le jugement lui-même, autant qu’il a plu à Dieu de le révéler.
1. La personne par laquelle Dieu jugera le monde est son Fils unique, celui dont « l’origine remonte aux temps anciens, Aux jours de l’éternité » ; « qui est au-dessus de toutes choses, Dieu béni éternellement ». C’est à lui, qui est « le rayonnement de la gloire de son Père, l’empreinte de sa personne » (Hébreux 1:3), que le Père « a remis tout jugement », « parce qu’il est Fils de l’homme » (Jean 5:22, 27) ; parce que, « existant en forme de Dieu, n’a point regardé comme une proie à arracher d’être égal avec Dieu, mais s’est dépouillé lui-même, en prenant une forme de serviteur, en devenant semblable aux hommes » (Philippiens 2:6, 7) ; oui, parce que, « ayant paru comme un simple homme, il s’est humilié lui-même » plus encore, « se rendant obéissant jusqu’à la mort, même jusqu’à la mort de la croix. C’est pourquoi aussi Dieu l’a souverainement élevé », même dans sa nature humaine, et « l’a établi », comme Homme, pour juger les enfants des hommes, « juge des vivants et des morts » ; tant de ceux qui seront trouvés vivants à son avènement, que de ceux qui auront été auparavant recueillis auprès de leurs pères.161161
« Outbeaming » (« rayonnement »), plus exact que le « brightness » (« éclat ») de la version autorisée. Le Fils est au Père ce que les rayons de lumière sont au soleil. « Thought it not robbery » (« n’a point regardé comme une usurpation ») : mieux, « n’a point regardé comme une chose à saisir » d’être égal avec Dieu. Il déposa pour un temps son égalité avec le Père, qui lui fut donc rendue lorsque Dieu lui donna le nom qui est au-dessus de tout nom.
2. Le temps, que le prophète appelle « ce jour grand et terrible », est ordinairement nommé dans l’Écriture le jour du Seigneur. L’espace qui va de la création de l’homme sur la terre jusqu’à la fin de toutes choses est le jour des fils des hommes ; le temps qui passe maintenant sur nous est proprement notre jour ; quand celui-ci sera fini, le jour du Seigneur commencera. Mais qui peut dire combien de temps il durera ? « devant le Seigneur, un jour est comme mille ans, et mille ans sont comme un jour. » (2 Pierre 3:8). Et de cette expression même, quelques-uns des anciens Pères ont tiré cette conséquence, que ce qu’on appelle communément le jour du jugement serait en réalité de mille ans ; et il semble qu’ils ne soient pas allés au-delà de la vérité ; bien plus, probablement ne l’ont-ils pas atteinte. Car, si nous considérons le nombre des personnes qui doivent être jugées, et des actions sur lesquelles il faudra enquêter, il ne paraît pas que mille ans suffisent aux opérations de ce jour ; de sorte qu’il n’est pas improbable qu’il comprenne plusieurs milliers d’années. Mais Dieu révélera cela aussi en son temps.162162
Pole cite Joseph Mede : « Quod jam dixi diem judicii, non intelligi velim de die brevi, sive paucarum horarum; sed de spatio mile annorum quibus dies illa durabit,; c’est-à-dire : le jour du jugement ne doit pas s’entendre d’un jour bref de quelques heures, mais de l’espace de mille ans, durant lesquels ce jour durera. »
3. Quant au lieu où le genre humain sera jugé, nous n’en avons dans l’Écriture aucune indication explicite. Un écrivain éminent (mais il n’est pas seul ; beaucoup ont été du même avis) suppose que ce sera sur la terre, où ont été faites les œuvres d’après lesquelles les hommes seront jugés ; et que Dieu emploiera, à cet effet, les anges de sa puissance —.
Pour aplanir et prolonger l’espace sans bornes,
Et déployer une arène pour toute la race humaine.
Mais peut-être est-il plus conforme au récit que notre Seigneur fait lui-même de sa venue sur les nuées de supposer que ce sera au-dessus de la terre, sinon à « deux fois la hauteur des planètes ». Et cette supposition n’est pas peu favorisée par ce que saint Paul écrit aux Thessaloniciens : « les morts en Christ ressusciteront premièrement. Ensuite, nous les vivants, qui serons restés, nous serons tous ensemble enlevés avec eux sur des nuées, à la rencontre du Seigneur dans les airs » (1 Thessaloniciens 4:16, 17). De sorte qu’il semble très probable que le grand trône blanc sera élevé bien haut au-dessus de la terre.163163
L’« écrivain éminent » est Edward Young, l’auteur des Night Thoughts. La citation est tirée de son poème « The Last Day » (1721), 2.19. L’original porte : To smooth and lengthen out th’ unbounded space. Twice a planetary height : Young, 2:282, dit : Now the descending triumph stops its flight From earth full twice a planetary height. Il veut dire, sans doute, deux fois aussi loin de la terre que la planète la plus éloignée. Tout cela ressemble assez à une frivolité solennelle.
4. Les personnes qui seront jugées, qui pourrait les compter, pas plus que les gouttes de pluie ou les grains de sable de la mer ? « je regardai », dit saint Jean, « une grande foule, que personne ne pouvait compter, revêtus de robes blanches, et des palmes dans leurs mains. » Combien immense doit donc être la multitude totale de toutes les nations, de toutes les tribus, de tous les peuples et de toutes les langues ; de tous ceux qui sont issus des reins d’Adam depuis le commencement du monde, jusqu’à ce que le temps ne soit plus ! Si nous admettons la supposition commune, qui ne paraît nullement absurde, que la terre porte en tout temps pas moins de quatre cents millions d’âmes vivantes, hommes, femmes et enfants, quelle assemblée doivent former toutes ces générations qui se sont succédé pendant sept mille ans !
Le monde en armes du grand Xerxès, l’armée de la fière Cannes,
Tous sont ici ; et ici tous sont perdus.
Leur nombre s’enfle pour être discerné en vain ;
Perdus comme une goutte dans l’océan sans bornes.
Tout homme, toute femme, tout petit enfant qui a jamais respiré l’air de la vie, entendra alors la voix du Fils de Dieu, s’éveillera à la vie et paraîtra devant lui. Et tel semble être le sens naturel de cette expression : « les morts, les grands et les petits » : tous universellement, tous sans exception, tous de tout âge, de tout sexe et de toute condition ; tous ceux qui ont jamais vécu et sont morts, ou qui ont subi un changement qui équivaudra à la mort. Car bien avant ce jour-là, le fantôme de la grandeur humaine disparaît et s’abîme dans le néant. Au moment même de la mort, il s’évanouit. Qui est riche ou grand dans la tombe ?164164
« Quatre cents millions » : on l’estime aujourd’hui à environ quinze cents millions, plus ou moins. Mais quelques millions de plus ou de moins ne valent pas d’être pris en compte dans un calcul aussi entièrement indéterminé que celui-ci. La citation est encore de Young, 2.193. Wesley protestait vigoureusement contre quiconque modifiait ses vers ou ceux de son frère ; mais il n’hésite jamais à en faire autant avec ceux des autres ; le passage original de Young porte —
Great Xerxes’ world in arms, proud Cannae’s field.
Where Carthage taught victorious Rome to yield,
Immortal Blenheim, fam’d Ramillia’s host.
They all are here, and here they are lost.
Their millions sell to be discerned in vain,
Lost as a billow in th’ unbounded main.
5. Et chacun y « rendra compte de ses propres œuvres » ; oui, un compte entier et véritable de tout ce qu’il a jamais fait pendant qu’il était dans son corps, que ce soit bien ou mal. Oh ! quelle scène se découvrira alors aux yeux des anges et des hommes ! — tandis que non pas le Rhadamanthe de la fable, mais le Seigneur Dieu tout-puissant, qui connaît toutes choses dans le ciel et sur la terre, —
Castigatque, auditque dolos; subigitque fateri
Quae quis apud superos, furto laetatus inani,
Distulit in seram commissa piacula mortem.
[Sur ces sombres royaumes règne le dur Rhadamanthe,
Il démasque tout scélérat rusé, et le contraint
D’avouer les crimes longtemps voilés aux regards humains :
En vain ! Tous paraissent maintenant dans une odieuse lumière.]
Et ce ne sont pas seulement toutes les actions de chaque enfant des hommes qui seront alors exposées au grand jour, mais toutes leurs paroles ; puisque « au jour du jugement, les hommes rendront compte de toute parole vaine qu’ils auront proférée » (Matthieu 12:36, 37) ; de sorte que « par tes paroles », aussi bien que par tes œuvres, « tu seras justifié, et par tes paroles tu seras condamné. » Dieu ne mettra-t-il pas alors en lumière aussi chacune des circonstances qui ont accompagné chaque parole ou chaque action, et qui, sans en changer la nature, en ont toutefois diminué ou accru la bonté ou la méchanceté ? Et combien cela lui est facile, à lui qui « environne notre couche et notre sentier, et qui pénètre toutes nos voies » ! Nous savons que « les ténèbres ne sont pas obscures pour lui, mais que la nuit brille comme le jour ».165165
La citation est tirée de l’Énéide de Virgile, 6.567. Le sujet des verbes est Rhadamanthe, le juge mythique des morts. Aucune traduction n’est donnée dans l’édition de 1771. Les éditions modernes donnent la version de Dryden. Le sens est : « Rhadamanthe de Gnosse tient ici son empire de fer ; il châtie, il entend leurs ruses, et il contraint chacun à avouer les expiations remises jusqu’à la mort (hélas ! trop tard !) qui étaient dues pour les crimes commis sur la terre, alors qu’il se réjouissait du vain espoir qu’ils resteraient cachés. »
6. Oui, il mettra en lumière non seulement les œuvres cachées des ténèbres, mais les pensées mêmes et les intentions du cœur. Et quoi d’étonnant ? Car il « sonde les reins, et pénètre toutes nos pensées ». « tout est à nu et à découvert aux yeux de celui à qui nous devons rendre compte. » « Le séjour des morts et l’abîme sont à découvert devant lui ; Combien plus les cœurs des fils de l’homme! »
7. Et en ce jour-là sera découvert chaque mouvement intérieur de chaque âme humaine ; chaque appétit, chaque passion, chaque inclination, chaque affection, avec leurs diverses combinaisons, avec chaque disposition et chaque penchant qui constituent tout le caractère complexe de chaque individu. Ainsi l’on verra clairement et infailliblement qui a été juste et qui a été injuste, et à quel degré chaque action, chaque personne ou chaque caractère a été bon ou mauvais.
8. « Alors le roi dira à ceux qui seront à sa droite: Venez, vous qui êtes bénis de mon Père. Car j’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger; j’ai eu soif, et vous m’avez donné à boire; j’étais étranger, et vous m’avez recueilli ; j’étais nu, et vous m’avez vêtu. » De même, tout le bien qu’ils ont fait sur la terre sera rappelé devant les hommes et les anges : tout ce qu’ils avaient fait, en parole ou en œuvre, au nom ou pour l’amour du Seigneur Jésus. Tous leurs bons désirs, leurs intentions, leurs pensées, toutes leurs saintes dispositions seront aussi rappelés alors ; et il apparaîtra que, bien qu’ils fussent inconnus ou oubliés parmi les hommes, Dieu les avait pourtant notés dans son livre. Toutes leurs souffrances aussi pour le nom de Jésus et pour le témoignage d’une bonne conscience seront produites, à leur louange de la part du juste Juge, à leur honneur devant les saints et les anges, et pour l’accroissement de ce « au-delà de toute mesure, un poids éternel de gloire ».
9. Mais leurs mauvaises actions aussi (puisque, si l’on prend sa vie entière, il n’y a pas un homme sur la terre qui vive et ne pèche point), seront-elles rappelées en ce jour-là et mentionnées dans la grande assemblée ? Beaucoup croient que non, et demandent : « Cela n’impliquerait-il pas que leurs souffrances n’étaient pas finies, même quand la vie a pris fin ? puisqu’ils auraient encore à endurer la tristesse, la honte et la confusion de face. » Ils demandent encore : « Comment concilier cela avec la déclaration de Dieu par le prophète : “Si le méchant revient de tous les péchés qu’il a commis, s’il observe toutes mes lois et pratique la droiture et la justice, Toutes les transgressions qu’il a commises seront oubliées” ? (Ézéchiel 18:21, 22). Comment cela s’accorde-t-il avec la promesse que Dieu a faite à tous ceux qui acceptent l’alliance de l’Évangile : “je pardonnerai leur iniquité, Et je ne me souviendrai plus de leur péché” ? (Jérémie 31:34). Ou, comme l’exprime l’apôtre : “je pardonnerai leurs iniquités, et je ne me souviendrai plus de leurs péchés” ? » (Hébreux 8:12).
10. On peut répondre qu’il est évidemment et absolument nécessaire, pour la pleine manifestation de la gloire de Dieu, pour la claire et parfaite manifestation de sa sagesse, de sa justice, de sa puissance et de sa miséricorde envers les héritiers du salut, que toutes les circonstances de leur vie soient exposées au grand jour, avec toutes leurs dispositions, et tous les désirs, les pensées et les intentions de leurs cœurs : autrement, comment paraîtrait-il de quel abîme de péché et de misère la grâce de Dieu les a délivrés ? Et, en vérité, si les vies entières de tous les enfants des hommes n’étaient pas manifestement découvertes, tout l’admirable tissu de la providence divine ne pourrait être manifesté ; et nous ne serions pas encore capables, en mille circonstances, de « justifier les voies de Dieu envers l’homme ». Si les paroles de notre Seigneur ne s’accomplissaient pas dans leur sens le plus étendu, sans aucune restriction ni limitation : « il n’y a rien de caché qui ne doive être découvert, ni de secret qui ne doive être connu » (Matthieu 10:26), une foule des dispensations de Dieu sous le soleil paraîtraient encore sans leurs raisons. Et c’est alors seulement, quand Dieu aura mis en lumière toutes les choses cachées des ténèbres, quels qu’en aient été les acteurs, que l’on verra que toutes ses voies étaient sages et bonnes ; qu’il voyait à travers l’épaisse nuée et gouvernait toutes choses par le sage conseil de sa propre volonté ; que rien n’était laissé au hasard ni au caprice des hommes, mais que Dieu disposait tout avec force et avec douceur, et faisait de tout une seule chaîne continue de justice, de miséricorde et de vérité.166166
« Justifier les voies de Dieu envers l’homme » : tiré du Paradis perdu de Milton, 1.26. Dans l’original, le dernier mot est « men » (les hommes).
11. Et dans la manifestation des perfections divines, les justes se réjouiront d’une joie ineffable ; loin de ressentir aucune tristesse douloureuse ni aucune honte pour aucune de ces transgressions passées qui ont depuis longtemps été effacées comme un nuage, lavées par le sang de l’Agneau. Il leur suffira abondamment que toutes les transgressions qu’ils avaient commises ne leur soient pas même mentionnées à leur désavantage ; que leurs péchés, leurs transgressions et leurs iniquités ne soient plus rappelés pour leur condamnation. Tel est le sens clair de la promesse ; et c’est ce que tous les enfants de Dieu trouveront véritable, pour leur éternelle consolation.
12. Après que les justes auront été jugés, le Roi se tournera vers ceux qui seront à sa gauche ; et eux aussi seront jugés, chacun selon ses œuvres. Mais on ne fera pas entrer en compte seulement leurs œuvres extérieures : on y fera entrer toutes les mauvaises paroles qu’ils ont jamais prononcées ; oui, tous les mauvais désirs, affections et dispositions qui ont, ou ont eu, une place dans leurs âmes ; et toutes les mauvaises pensées ou tous les mauvais desseins qu’ils ont jamais nourris dans leur cœur. La joyeuse sentence d’acquittement sera alors prononcée sur ceux qui seront à la droite ; la terrible sentence de condamnation sur ceux qui seront à la gauche ; l’une et l’autre devront demeurer fixes et inébranlables comme le trône de Dieu.
III. 1. Nous pouvons, en troisième lieu, considérer quelques-unes des circonstances qui suivront le jugement général. Et la première est l’exécution de la sentence prononcée sur les méchants et sur les bons : « Et ceux-ci iront au châtiment éternel, mais les justes à la vie éternelle. » Il faut observer que c’est exactement le même mot qui est employé dans la première et dans la seconde partie de la phrase. Il s’ensuit que, ou bien le châtiment dure toujours, ou bien la récompense aussi prendra fin : non, jamais, à moins que Dieu ne puisse prendre fin, ou que sa miséricorde et sa vérité ne puissent défaillir. « Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père », « et ils s’abreuveront à ces fleuves de délices qui sont à la droite de Dieu pour toujours ». Mais ici toute description reste en deçà ; tout langage humain fait défaut ! Seul celui qui est enlevé jusqu’au troisième ciel peut en avoir une juste idée. Mais celui-là même ne peut exprimer ce qu’il a vu : ce sont des choses qu’il n’est pas possible à l’homme d’exprimer.
Les méchants, cependant, seront précipités en enfer, et avec eux tous les peuples qui oublient Dieu. Ils auront « pour châtiment une ruine éternelle, loin de la face du Seigneur et de la gloire de sa force ». Ils seront « jetés dans l’étang ardent de feu et de soufre », qui avait été à l’origine « préparé pour le diable et pour ses anges » ; où ils se mordront la langue de douleur et d’angoisse ; ils maudiront Dieu et regarderont en haut. Là, les chiens de l’enfer — l’orgueil, la malice, la vengeance, la rage, l’horreur, le désespoir — les dévoreront continuellement. Là, « ils n’ont de repos ni jour ni nuit ; mais la fumée de leur tourment monte aux siècles des siècles ! » Car « leur ver ne meurt point, et le feu ne s’éteint point. »167167
« Le troisième ciel » : Paul (2 Corinthiens 12:2) raconte comment il fut enlevé au troisième ciel, ou paradis, et entendit des paroles ineffables qu’il n’est pas au pouvoir de l’homme de prononcer. Il est douteux qu’il pensât à trois cieux seulement — à savoir le ciel de l’atmosphère et des nuées, le ciel du soleil et des étoiles, et le ciel des morts bienheureux — ou qu’il admît la croyance juive en sept cieux, dont le paradis était le troisième à partir d’en bas. Wesley n’admet aucune espérance pour les impénitents finals, et il interprète littéralement les passages qui parlent de leur sort. Dans le premier, cependant, l’enfer est le Shéol, et tout ce que dit le psalmiste, c’est que toutes les nations (non le peuple) qui oublient Dieu s’en iront dans le monde des morts. Dans le Sermon 73, sur l’enfer, il est tout à fait explicite quant à sa croyance au tourment sans fin des méchants dans un feu matériel. Aucun de ces deux sermons ne fait toutefois partie de la doctrine méthodiste de référence.
2. Alors les cieux se recroquevilleront comme un rouleau de parchemin et passeront avec un grand fracas ; ils « s’enfuiront devant la face de celui qui est assis sur le trône, et il ne sera plus trouvé de place pour eux » (Apocalypse 20:11). La manière même dont ils passeront nous est révélée par l’apôtre Pierre : « Au jour de Dieu, les cieux enflammés se dissoudront » (2 Pierre 3:12). Tout ce bel édifice sera renversé par cet élément furieux, la liaison de toutes ses parties détruite, et chaque atome arraché aux autres. Par le même élément, « la terre avec les œuvres qu’elle renferme sera consumée » (verset 10). Les ouvrages gigantesques de la nature, les collines éternelles, les montagnes qui ont défié la fureur du temps et sont demeurées inébranlables pendant tant de milliers d’années, s’effondreront dans une ruine embrasée. Combien moins les ouvrages de l’art, fussent-ils des plus durables, les plus grands efforts de l’industrie humaine — tombeaux, colonnes, arcs de triomphe, châteaux, pyramides — pourront-ils résister au vainqueur enflammé ! Tout, tout mourra, périra, s’évanouira, comme un songe au réveil !168168
La destruction finale de la terre par le feu est tout à fait dans les limites du possible. Le choc de quelque astre errant engendrerait assez de chaleur pour cela ; ou il se peut que la gravitation l’emporte enfin sur la force centrifuge, et que l’arche tombe dans le soleil. Mais de telles spéculations sont aussi stériles qu’incertaines ; et l’idée, au paragraphe suivant, de l’origine de la mer de verre est tout simplement grotesque.
3. Quelques grands et bons esprits ont, il est vrai, imaginé que, comme il faut la même puissance infinie pour anéantir les choses que pour les créer, pour les faire rentrer dans le néant que pour les en tirer, ainsi aucune partie, aucun atome de l’univers ne sera totalement ni définitivement détruit. Ils supposent plutôt que, comme la dernière opération du feu que nous ayons encore pu observer est de réduire en verre ce qu’une force moindre avait réduit en cendres, ainsi, au jour que Dieu a fixé, la terre entière, sinon aussi les cieux matériels, subira ce changement, après lequel le feu ne pourra plus avoir de pouvoir sur eux. Et ils croient que cela est indiqué par cette expression de la Révélation faite à saint Jean : « devant le trône comme une mer de verre, semblable à du cristal » (Apocalypse 4:6). Nous ne pouvons maintenant ni l’affirmer ni le nier ; mais nous le saurons plus tard.
4. Si les moqueurs, ces petits philosophes, demandent : « Comment ces choses peuvent-elles se faire ? D’où viendrait une si immense quantité de feu, qu’elle puisse consumer les cieux et tout le globe terraqué ? » nous leur demanderons la permission de leur rappeler, d’abord, que cette difficulté n’est pas propre au système chrétien. La même opinion prévalait presque universellement parmi les païens sans préjugés. C’est ainsi que parle l’un de ces célèbres libres penseurs, conformément au sentiment généralement reçu :
Esse quoque in fatis reminiscitur, affore tempus,
Quo mare, quo tellus, correptaque regia coeli
Ardeat, et mundi moles operosa laboret.
[Voici la traduction que Dryden donne de cette citation d’Ovide : —
Se souvenant qu’un temps est marqué par les destins où le feu
Monterait jusqu’aux remparts du ciel ;
Où tout le monde d’en haut, embrasé, brûlerait,
Et où tout le globe d’en bas serait réduit en cendres. — ÉD.]
Mais, secondement, il est facile de répondre, même d’après notre légère et superficielle connaissance des choses naturelles, qu’il y a d’abondants magasins de feu tout préparés et mis en réserve pour le jour du Seigneur. Avec quelle rapidité une comète, chargée par lui de cette mission, pourrait descendre des parties les plus éloignées de l’univers ! Et si elle venait à se fixer sur la terre à son retour du soleil, alors qu’elle est quelques milliers de fois plus chaude qu’un boulet de canon chauffé au rouge, qui ne voit quelle en serait la conséquence immédiate ? Mais, sans monter si haut que les cieux éthérés, ces mêmes éclairs qui « illuminent le monde », s’ils en recevaient l’ordre du Seigneur de la nature, ne pourraient-ils pas apporter la ruine et l’entière destruction ? Ou, pour ne pas aller plus loin que le globe lui-même, qui sait quels immenses réservoirs de feu liquide sont contenus d’âge en âge dans les entrailles de la terre ? L’Etna, l’Hekla, le Vésuve et tous les autres volcans qui vomissent des flammes et des charbons ardents, que sont-ils, sinon autant de preuves et de bouches de ces fournaises ardentes, et en même temps autant de témoignages que Dieu tient prêt de quoi accomplir sa parole ? Oui, si nous n’observions rien de plus que la surface de la terre et les choses qui nous entourent de tous côtés, il est très certain (comme mille expériences le prouvent au-delà de toute possibilité de dénégation) que nous-mêmes, nos corps tout entiers, sommes pleins de feu, aussi bien que toutes les choses qui nous environnent. N’est-il pas facile de rendre ce feu éthéré visible même à l’œil nu, et de produire par là sur la matière combustible exactement les mêmes effets que produit le feu de nos foyers ? Faut-il donc autre chose, sinon que Dieu dénoue cette chaîne secrète par laquelle cet agent irrésistible est maintenant tenu lié et repose inerte dans chaque particule de matière ? Et avec quelle rapidité il mettrait en pièces toute la machine de l’univers, et envelopperait tout dans une ruine commune !169169
C’est Cicéron qui est l’auteur de l’expression « petits philosophes ». Il parle, dans le de Senect= 23, de « Quidam minuti philosophi », c’est-à-dire de philosophes mesquins, insignifiants. En anglais, l’expression désigne plutôt des spéculateurs méticuleux, trop pointilleux. Toute cette discussion sur la quantité de feu est absurde : le feu n’est pas une chose, mais un état de combinaison chimique violente ; une allumette suffit à allumer un incendie s’il y a assez de combustible. Wesley s’intéressait vivement aux phénomènes électriques, et il fut le premier en Angleterre à se servir de l’électricité comme agent curatif. Son opuscule intitulé The Desideratum; or, Electricity made Plain, and Useful, publié en 1760, expose bon nombre des expériences de Franklin, comme celles qui consistent à tirer des étincelles du corps humain ou de la fourrure d’un chat. C’est à cela qu’il pense lorsqu’il dit que nos corps sont pleins de feu. « Libre penseur » était un nom que revendiquaient les déistes et autres adversaires de la révélation chrétienne au début du dix-huitième siècle. Wesley l’emploie ici à propos d’Ovide, le poète romain, en suggérant en quelque sorte que les libres penseurs modernes lui étaient apparentés par leurs vues religieuses. La citation est tirée des Métamorphoses, 1.256, où Jupiter, s’apprêtant à lancer ses foudres, hésite à le faire de peur d’enflammer l’éther, « car il se souvient qu’il est dans les décrets des Destins qu’un temps viendra où la mer, la terre et le palais du ciel prendront feu et s’embraseront, et où la masse du monde, si laborieusement construite, sera mise en péril ».
5. Il est encore une circonstance qui suivra le jugement, et qui mérite notre sérieuse attention : « Nous attendons », dit l’apôtre, « selon sa promesse, de nouveaux cieux et une nouvelle terre, où la justice habitera » (2 Pierre 3:13). La promesse se trouve dans la prophétie d’Ésaïe : « Car je vais créer de nouveaux cieux Et une nouvelle terre; On ne se rappellera plus les choses passées » (Ésaïe 65:17), tant la gloire des nouveaux sera grande ! Ces choses, saint Jean les a vues dans les visions de Dieu. « Je vis », dit-il, « un nouveau ciel et une nouvelle terre; car le premier ciel et la première terre avaient disparu » (Apocalypse 21:1). Et la justice seule y habitait ; aussi ajoute-t-il : « Et j’entendis une forte voix venant du » troisième « ciel, qui disait : Voici le tabernacle de Dieu avec les hommes! Il habitera avec eux, et ils seront son peuple, et Dieu lui-même sera avec eux, et sera leur Dieu » (21:3). Il faut donc nécessairement qu’ils soient tous heureux : « Dieu essuiera toute larme de leurs yeux ; et la mort ne sera plus, et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur » (21:4). « Il n’y aura plus d’anathème ; mais ils verront sa face » (22:3, 4) : ils auront le plus intime accès auprès de lui, et par suite la plus haute ressemblance avec lui. C’est là l’expression la plus forte qu’emploie le langage de l’Écriture pour désigner le bonheur le plus parfait. « et son nom sera sur leurs fronts » : ils seront ouvertement reconnus comme la propriété de Dieu, et sa glorieuse nature resplendira en eux de la manière la plus visible. « Il n’y aura plus de nuit; et ils n’auront besoin ni de lampe ni de lumière, parce que le Seigneur Dieu les éclairera. Et ils régneront aux siècles des siècles. »
IV. Il ne reste plus qu’à appliquer les considérations qui précèdent à tous ceux qui sont ici devant Dieu. Et n’y sommes-nous pas directement conduits par la présente solennité, qui nous fait si naturellement penser à ce jour où le Seigneur jugera le monde selon la justice ? Celle-ci, en nous rappelant ce temps plus redoutable, peut nous fournir bien des leçons. Qu’il me soit permis d’en effleurer quelques-unes. Que Dieu les écrive dans tous nos cœurs !
1. Et premièrement, qu’ils sont beaux les pieds de ceux qui sont envoyés par la sage et bienveillante providence de Dieu pour exercer la justice sur la terre, pour défendre l’opprimé et punir le malfaiteur ! Ne sont-ils pas les ministres de Dieu pour notre bien ; les grands soutiens de la tranquillité publique ; les protecteurs de l’innocence et de la vertu ; la grande sauvegarde de toutes nos bénédictions temporelles ? Et chacun d’eux ne représente-t-il pas, non seulement un prince terrestre, mais le Juge de la terre ? Celui dont « le nom est écrit sur sa cuisse : Roi des rois et Seigneur des seigneurs » ? Oh ! que tous ces fils de la droite du Très-Haut soient saints comme il est saint ! sages de la sagesse qui siège auprès de son trône, comme celui qui est l’éternelle Sagesse du Père ! ne faisant point acception de personnes, comme il n’en fait point ; mais rendant à chacun selon ses œuvres ; comme lui, inflexiblement, inexorablement justes, bien que pleins de compassion et de tendre miséricorde ! Ainsi seront-ils vraiment redoutables à ceux qui font le mal, ne portant pas l’épée en vain. Ainsi les lois de notre pays auront-elles tout leur effet et l’honneur qui leur est dû, et le trône de notre roi sera-t-il toujours affermi par la justice.
2. Vous, hommes véritablement honorables, que Dieu et le roi ont chargés, à un degré inférieur, d’administrer la justice, ne pouvez-vous pas être comparés à ces esprits au service de Dieu qui accompagneront le Juge venant sur les nuées ? Puissiez-vous, comme eux, brûler d’amour pour Dieu et pour les hommes ! Puissiez-vous aimer la justice et haïr l’iniquité ! Puissiez-vous tous servir, chacun dans votre sphère (tel est l’honneur que Dieu vous a fait, à vous aussi, ceux qui doivent hériter du salut, et contribuer à la gloire de votre grand souverain ! Puissiez-vous demeurer les artisans de la paix, la bénédiction et l’ornement de votre pays, les protecteurs d’une terre coupable, les anges gardiens de tous ceux qui vous entourent !
3. Vous dont l’office est d’exécuter ce qui vous est confié par celui devant qui vous vous tenez, combien il vous importe de ressembler à ceux qui se tiennent devant la face du Fils de l’homme, à ces serviteurs qui font sa volonté et qui obéissent à la voix de ses paroles ! Ne vous importe-t-il pas grandement d’être aussi incorruptibles qu’eux ? de vous montrer serviteurs de Dieu ? de pratiquer la justice et d’aimer la miséricorde ? de faire à tous ce que vous voudriez qu’on vous fît ? Ainsi ce grand Juge, sous l’œil duquel vous vous tenez continuellement, vous dira à vous aussi : « C’est bien, bons et fidèles serviteurs : entrez dans la joie de votre maître ! »
4. Permettez-moi d’ajouter quelques mots à vous tous qui êtes aujourd’hui présents devant le Seigneur. Ne devriez-vous pas garder tout le jour dans votre esprit la pensée qu’un jour plus redoutable approche ? Voici une grande assemblée ! Mais qu’est-elle auprès de celle que tout œil contemplera alors, l’assemblée générale de tous les enfants des hommes qui ont jamais vécu sur la face de toute la terre ? Quelques-uns comparaîtront aujourd’hui devant le tribunal, pour être jugés sur ce dont on les accuse ; et ils sont maintenant gardés en prison, peut-être dans les chaînes, jusqu’à ce qu’on les amène pour être jugés et condamnés. Mais nous tous, moi qui parle et vous qui écoutez, il nous faudra « comparaître devant le tribunal de Christ ». Et nous sommes maintenant gardés sur cette terre, qui n’est pas notre patrie, dans cette prison de chair et de sang, peut-être beaucoup d’entre nous aussi dans des chaînes de ténèbres, jusqu’à ce que l’ordre soit donné de nous amener. Ici, un homme est interrogé sur un ou deux faits qu’il est supposé avoir commis ; là, nous aurons à rendre compte de toutes nos œuvres, du berceau jusqu’à la tombe ; de toutes nos paroles ; de tous nos désirs et de toutes nos dispositions, de toutes les pensées et de toutes les intentions de nos cœurs ; de tout l’usage que nous avons fait de nos divers talents, qu’ils soient de l’esprit, du corps ou de la fortune, jusqu’à ce que Dieu ait dit : « Rends compte de ton administration, car tu ne pourras plus administrer mes biens. » Dans ce tribunal-ci, il est possible que quelques coupables échappent faute de preuves ; mais les preuves ne manquent point dans ce tribunal-là. Tous les hommes avec qui vous avez eu les relations les plus secrètes, qui ont eu connaissance de tous vos desseins et de toutes vos actions, sont prêts devant vous. Ainsi en est-il de tous les esprits de ténèbres, qui ont inspiré les mauvais desseins et aidé à les exécuter. Ainsi en est-il de tous les anges de Dieu, ces yeux de l’Éternel qui parcourent toute la terre, qui ont veillé sur votre âme et travaillé à votre bien, autant que vous l’avez permis. Ainsi en est-il de votre propre conscience, mille témoins en un seul, qui ne peut plus désormais être ni aveuglée ni réduite au silence, mais qui est contrainte de connaître et de dire la vérité toute nue, touchant toutes vos pensées, vos paroles et vos actions. Et la conscience est-elle comme mille témoins ? Oui, mais Dieu est comme mille consciences ! Oh ! qui pourra subsister devant la face du grand Dieu, notre Sauveur Jésus-Christ !
Voyez ! Voyez ! Il vient ! Il fait des nuées son char ! Il s’avance sur les ailes du vent ! Un feu dévorant marche devant lui, et derrière lui une flamme embrase ! Voyez ! Il est assis sur son trône, enveloppé de lumière comme d’un manteau, revêtu de majesté et de gloire ! Voici, ses yeux sont comme une flamme de feu, sa voix comme le bruit de grandes eaux !
Comment échapperez-vous ? Crierez-vous aux montagnes de tomber sur vous, aux rochers de vous couvrir ? Hélas ! les montagnes elles-mêmes, les rochers, la terre, les cieux, sont tout près de s’enfuir ! Pouvez-vous détourner la sentence ? Avec quoi ? Avec tous les biens de ta maison, avec des milliers d’or et d’argent ? Aveugle misérable ! Tu es sorti nu du sein de ta mère, et tu entres plus nu encore dans l’éternité. Écoute le Seigneur, le Juge ! « Venez, vous qui êtes bénis de mon Père; prenez possession du royaume qui vous a été préparé dès la fondation du monde. » Joyeuse parole ! Combien différente de cette voix qui retentit à travers l’étendue des cieux : « Retirez-vous, maudits; allez dans le feu éternel qui a été préparé pour le diable et pour ses anges ! » Et qui peut empêcher ou retarder la pleine exécution de l’une ou de l’autre sentence ? Vain espoir ! Voici, l’enfer s’émeut jusque dans ses profondeurs pour recevoir ceux qui sont mûrs pour la destruction. Et les portes éternelles élèvent leurs linteaux, pour que les héritiers de la gloire puissent entrer !170170
« Votre propre conscience » ; ainsi dit l’auteur du vieux Poema Morale du Kent : Elch man sceal him then biclupien and ecach sceal him demen; His aye weorc and his ithanc to witnesse he sceal temen, ce qui, interprété, veut dire : chacun s’accusera lui-même là, et chacun se jugera lui-même ; il apportera en témoignage sa propre œuvre et sa conscience. « Voyez ! Voyez ! Il vient ! » : l’une des péroraisons les plus belles et les plus passionnées de Wesley.
5. « Quels ne devons-nous donc pas être par la sainteté de notre conduite et par notre piété ! » Nous savons que le Seigneur ne tardera guère à descendre, à la voix de l’archange et au son de la trompette de Dieu ; alors chacun de nous paraîtra devant lui, et rendra compte de ses propres œuvres. « C’est pourquoi, bien-aimés, en attendant ces choses », puisque vous savez qu’il viendra et ne tardera pas, « appliquez-vous à être trouvés par lui sans tache et irrépréhensibles dans la paix. » Pourquoi ne le feriez-vous pas ? Pourquoi l’un de vous serait-il trouvé à la gauche lors de son apparition ? Il ne veut pas qu’aucun périsse, mais que tous arrivent à la repentance ; par la repentance, à la foi en un Seigneur dont le sang a coulé ; par la foi, à un amour sans tache, à la pleine image de Dieu renouvelée dans le cœur et produisant toute sainteté de conduite. Pouvez-vous en douter, quand vous vous souvenez que le Juge de tous est aussi le Sauveur de tous ? Ne vous a-t-il pas rachetés de son propre sang, afin que vous ne périssiez point, mais que vous ayez la vie éternelle ? Oh ! faites l’épreuve de sa miséricorde plutôt que de sa justice ; de son amour plutôt que du tonnerre de sa puissance ! Il n’est pas loin de chacun de nous ; et il est venu maintenant, non pour condamner le monde, mais pour le sauver ; il se tient au milieu de nous ! Pécheur, ne frappe-t-il pas maintenant, en ce moment même, à la porte de ton cœur ? Oh ! puisses-tu connaître, au moins en ce jour qui est le tien, les choses qui appartiennent à ta paix ! Oh ! puissiez-vous maintenant vous donner à celui qui s’est donné pour vous, dans une humble foi, dans un amour saint, actif et patient ! Ainsi vous vous réjouirez d’une joie extrême en son jour, quand il viendra sur les nuées du ciel.
Chapitre 16 terminé
Les grandes assises