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Les moyens de grâce

Chapitre 17 · 40 min de lecture · 51 min d’écoute

Les moyens de grâce

Sermon 16

Les moyens de grâce

« vous vous êtes écartés de mes ordonnances, Vous ne les avez point observées. »

Malachie 3:7.

I. 1. Mais y a-t-il encore des ordonnances, depuis que la vie et l’immortalité ont été mises en évidence par l’Évangile ? Y a-t-il, sous l’économie chrétienne, des moyens institués de Dieu pour être les canaux ordinaires de sa grâce ? Cette question n’aurait jamais pu être posée dans l’Église apostolique, sinon par quelqu’un qui se serait ouvertement déclaré païen ; car le corps entier des chrétiens s’accordait à reconnaître que Christ avait institué certains moyens extérieurs pour communiquer sa grâce aux âmes des hommes. Leur pratique constante mettait la chose hors de toute contestation ; car aussi longtemps que « Tous ceux qui croyaient étaient dans le même lieu, et ils avaient tout en commun », (Actes 2:44, ) « Ils persévéraient dans l’enseignement des apôtres, dans la fraction du pain, et dans les prières. » (Actes 2:42.)

2. Mais, avec le temps, quand « la charité du plus grand nombre se refroidit », quelques-uns commencèrent à prendre les moyens pour la fin, et à faire consister la religion dans l’accomplissement de ces œuvres extérieures plutôt que dans un cœur renouvelé à l’image de Dieu. Ils oublièrent que « Le but du commandement, c’est une charité venant d’un cœur pur » — de tout commandement —, avec « une foi sincère » ; c’est-à-dire l’amour du Seigneur leur Dieu de tout leur cœur, et de leur prochain comme eux-mêmes ; et la purification de l’orgueil, de la colère et des mauvais désirs, par « la foi en la puissance de Dieu ». D’autres semblaient s’imaginer que, si la religion ne consistait pas principalement dans ces moyens extérieurs, il y avait pourtant en eux quelque chose qui plaisait à Dieu : quelque chose qui les rendrait encore agréables à ses yeux, alors même qu’ils ne seraient pas exacts dans ce qui est plus important dans la loi, dans la justice, la miséricorde et l’amour de Dieu.

3. Il est évident que, chez ceux qui en abusaient ainsi, ces moyens ne servirent point à la fin pour laquelle ils avaient été institués : bien plutôt, les choses qui auraient dû contribuer à leur salut devinrent pour eux une occasion de chute. Loin d’y recevoir aucune bénédiction, ils n’attirèrent sur leur tête qu’une malédiction ; loin de devenir plus célestes de cœur et de vie, ils furent deux fois plus enfants de la géhenne qu’auparavant. D’autres, voyant clairement que ces moyens ne communiquaient pas la grâce de Dieu à ces enfants du diable, commencèrent, à partir de ce cas particulier, à tirer une conclusion générale, — qu’ils n’étaient pas des moyens de communiquer la grâce de Dieu.

4. Toutefois, le nombre de ceux qui abusaient des ordonnances de Dieu fut de beaucoup plus grand que celui des hommes qui les méprisaient, jusqu’à ce que s’élevèrent certains hommes, non seulement d’une grande intelligence (jointe parfois à un savoir considérable), mais qui paraissaient être aussi des hommes d’amour, connaissant par expérience la vraie religion, la religion intérieure. Quelques-uns d’entre eux furent des lampes qui brûlent et qui luisent, des personnages illustres en leur génération, des hommes qui avaient bien mérité de l’Église de Christ, pour s’être tenus à la brèche contre les débordements de l’impiété.

On ne peut supposer que ces hommes saints et vénérables aient voulu, d’abord, rien de plus que montrer que la religion extérieure ne vaut rien sans la religion du cœur ; que « Dieu est Esprit, et il faut que ceux qui l’adorent l’adorent en esprit et en vérité » ; que, par conséquent, le culte extérieur est peine perdue sans un cœur consacré à Dieu ; que les ordonnances extérieures de Dieu sont alors d’un grand profit, quand elles avancent la sainteté intérieure, mais que, lorsqu’elles ne l’avancent pas, elles sont inutiles et vaines, plus légères que la vanité même ; bien plus, que lorsqu’on en use, pour ainsi dire, à la place de celle-ci, elles sont une pure abomination devant le Seigneur.

5. Il n’est pourtant pas étrange que quelques-uns d’entre eux, vivement convaincus de cette horrible profanation des ordonnances de Dieu, qui s’était répandue sur l’Église entière et avait presque chassé du monde la vraie religion, — dans leur zèle ardent pour la gloire de Dieu et pour la délivrance des âmes de cette funeste illusion, — aient parlé comme si la religion extérieure n’était absolument rien, comme si elle n’avait aucune place dans la religion de Christ. Il n’est nullement surprenant qu’ils ne se soient pas toujours exprimés avec assez de précaution ; de sorte que des auditeurs peu attentifs ont pu croire qu’ils condamnaient tous les moyens extérieurs, comme entièrement inutiles et comme n’étant pas destinés de Dieu à être les canaux ordinaires par lesquels il communique sa grâce aux âmes des hommes.

Bien plus, il n’est pas impossible que quelques-uns de ces saints hommes soient eux-mêmes, à la longue, tombés dans cette opinion ; en particulier ceux qui, non par choix, mais par la providence de Dieu, furent retranchés de toutes ces ordonnances ; errant peut-être çà et là, sans demeure assurée, ou habitant dans les antres et les cavernes de la terre. Ceux-là, éprouvant en eux-mêmes la grâce de Dieu, bien qu’ils fussent privés de tous les moyens extérieurs, ont pu en conclure que la même grâce serait donnée à ceux qui s’en abstiennent de propos délibéré.

6. Et l’expérience montre avec quelle facilité cette idée se répand et s’insinue dans l’esprit des hommes ; surtout de ceux qui sont pleinement réveillés du sommeil de la mort et qui commencent à sentir le poids de leurs péchés comme un fardeau trop pesant pour être porté. Ceux-là sont d’ordinaire impatients de leur état présent ; et, cherchant par tous les moyens à en sortir, ils sont toujours prêts à saisir toute nouveauté, toute proposition nouvelle de soulagement ou de bonheur. Ils ont probablement essayé la plupart des moyens extérieurs, et n’y ont trouvé aucun soulagement ; peut-être, au contraire, toujours plus de remords, de crainte, de tristesse et de condamnation. Il est donc facile de leur persuader qu’il vaut mieux pour eux s’abstenir de tous ces moyens. Ils sont déjà las de lutter (à ce qu’il semble) en vain, de travailler pour le feu ; et ils sont donc heureux de trouver un prétexte pour rejeter ce en quoi leur âme ne prend aucun plaisir, pour abandonner ce pénible combat, et s’abîmer dans une inaction indolente.

II. 1. Dans le discours qui suit, je me propose d’examiner à fond s’il existe des moyens de grâce.

Par « moyens de grâce », j’entends des signes, des paroles ou des actes extérieurs, institués de Dieu et établis dans ce but, pour être les canaux ordinaires par lesquels il communique aux hommes la grâce prévenante, justifiante ou sanctifiante.

J’emploie cette expression, moyens de grâce, parce que je n’en connais pas de meilleure ; et parce qu’elle est d’un usage général dans l’Église chrétienne depuis bien des siècles ; — en particulier dans notre propre Église, qui nous invite à bénir Dieu à la fois pour les moyens de grâce et pour l’espérance de la gloire, et qui nous enseigne qu’un sacrement est « un signe extérieur d’une grâce intérieure, et un moyen par lequel nous la recevons ».

Les principaux de ces moyens sont la prière, soit dans le secret, soit dans la grande assemblée ; la méditation des Écritures (ce qui comprend la lecture, l’écoute et la méditation de la Parole) ; et la participation à la sainte cène, où l’on mange le pain et boit le vin en mémoire de lui : et nous croyons que ces moyens sont institués de Dieu comme les canaux ordinaires par lesquels il communique sa grâce aux âmes des hommes.

2. Mais nous reconnaissons que toute la valeur des moyens dépend de leur service effectif à la fin de la religion ; que, par conséquent, tous ces moyens, séparés de cette fin, sont moins que rien, et vanité ; que s’ils ne conduisent pas effectivement à la connaissance et à l’amour de Dieu, ils ne sont pas agréables à ses yeux ; bien plus, qu’ils sont une abomination devant lui, une puanteur à ses narines ; qu’il est las de les supporter. Surtout, si l’on en use comme d’une sorte de compensation tenant lieu de la religion qu’ils devaient servir, on ne trouve guère de mots pour dire l’énorme folie et la perversité qu’il y a à tourner ainsi contre Dieu ses propres armes ; à tenir le christianisme hors du cœur par les moyens mêmes qui avaient été institués pour l’y faire entrer.

3. Nous reconnaissons de même que tous les moyens extérieurs, quels qu’ils soient, s’ils sont séparés de l’Esprit de Dieu, ne peuvent servir à rien, ne peuvent conduire, à aucun degré, ni à la connaissance ni à l’amour de Dieu. Sans contredit, le secours qui se fait sur la terre, c’est lui-même qui l’opère. C’est lui seul qui, par sa propre puissance toute-puissante, opère en nous ce qui est agréable à ses yeux ; et toutes les choses extérieures, à moins qu’il n’agisse en elles et par elles, ne sont que de faibles et pauvres rudiments. Quiconque, donc, s’imagine qu’il y a une puissance intrinsèque dans quelque moyen que ce soit est dans une grande erreur ; il ne comprend ni les Écritures, ni la puissance de Dieu. Nous savons qu’il n’y a aucune puissance inhérente aux paroles que l’on prononce dans la prière, à la lettre de l’Écriture que l’on lit ou dont on entend le son, ni au pain et au vin que l’on reçoit dans la sainte cène ; mais que c’est Dieu seul qui est le Dispensateur de tout don excellent, l’Auteur de toute grâce ; que toute la puissance vient de lui, par laquelle, au moyen de l’une quelconque de ces choses, une bénédiction est communiquée à notre âme. Nous savons aussi qu’il peut donner la même grâce, quand il n’y aurait aucun moyen sur la face de la terre. En ce sens, nous pouvons affirmer que, par rapport à Dieu, il n’existe rien de tel que des moyens ; puisqu’il peut également faire tout ce qui lui plaît par n’importe quel moyen, ou sans aucun.

4. Nous reconnaissons en outre que l’usage de tous les moyens, quels qu’ils soient, n’expiera jamais un seul péché ; que c’est le sang de Christ seul par lequel un pécheur, quel qu’il soit, peut être réconcilié avec Dieu ; puisqu’il n’y a point d’autre propitiation pour nos péchés, point d’autre source ouverte pour le péché et pour l’impureté. Tout croyant en Christ est profondément convaincu qu’il n’y a de mérite qu’en lui ; qu’il n’y a aucun mérite dans ses propres œuvres ; ni à prononcer la prière, ni à sonder l’Écriture, ni à entendre la parole de Dieu, ni à manger de ce pain et à boire de cette coupe. De sorte que si l’on n’entend rien de plus par l’expression dont quelques-uns se sont servis : « Christ est le seul moyen de grâce », que ceci, — qu’il en est la seule cause méritoire, nul de ceux qui connaissent la grâce de Dieu ne peut y contredire.

5. Une fois encore : nous reconnaissons, si triste que soit cette vérité, qu’une grande partie de ceux qu’on appelle chrétiens abusent aujourd’hui encore des moyens de grâce, pour la perte de leur âme. C’est sans doute le cas de tous ceux qui se contentent de l’apparence de la piété, sans la force. Ou bien ils présument sottement qu’ils sont déjà chrétiens, parce qu’ils font ceci ou cela, — quoique Christ n’ait encore jamais été révélé dans leur cœur, ni l’amour de Dieu répandu en eux : — ou bien ils supposent qu’ils le deviendront infailliblement, par cela seul qu’ils usent de ces moyens ; rêvant vainement (sans en avoir peut-être bien conscience), ou qu’il y a en eux quelque sorte de puissance par laquelle, tôt ou tard (ils ne savent quand), ils seront certainement rendus saints ; ou qu’il y a une sorte de mérite à en user, qui portera sûrement Dieu à leur donner la sainteté, ou à les accepter sans elle.

6. Tant ils comprennent peu ce grand fondement de tout l’édifice chrétien : « c’est par la grâce que vous êtes sauvés » : vous êtes sauvés de vos péchés, de leur culpabilité et de leur puissance ; vous êtes rétablis dans la faveur et dans l’image de Dieu, non pour aucunes œuvres, aucuns mérites ou aucuns titres qui soient à vous, mais par la grâce gratuite, la pure miséricorde de Dieu, par les mérites de son Fils bien-aimé : vous êtes ainsi sauvés, non par aucune puissance, aucune sagesse ou aucune force qui soit en vous ou en quelque autre créature ; mais uniquement par la grâce ou la puissance du Saint-Esprit, qui opère tout en tous.

7. Mais la question principale demeure : « Nous savons que ce salut est le don et l’œuvre de Dieu ; mais comment (peut dire celui qui est convaincu de ne pas le posséder) puis-je y parvenir ? » Si vous dites : « Crois, et tu seras sauvé ! », il répond : « C’est vrai ; mais comment croirai-je ? » Vous répliquez : « Attendez-vous à Dieu. » « Fort bien ; mais comment dois-je attendre ? Dans les moyens de grâce, ou hors d’eux ? Dois-je attendre la grâce de Dieu, source de salut, en usant de ces moyens, ou en les mettant de côté ? »

8. On ne peut absolument concevoir que la parole de Dieu ne donne aucune direction sur un point si important ; ou que le Fils de Dieu, qui est descendu du ciel pour nous autres hommes et pour notre salut, nous ait laissés dans l’incertitude au sujet d’une question qui touche de si près à notre salut.

Et, en fait, il ne nous a pas laissés dans l’incertitude ; il nous a montré la voie où nous devons marcher. Nous n’avons qu’à consulter les oracles de Dieu, à nous enquérir de ce qui y est écrit ; et, si nous nous en tenons simplement à leur décision, il ne peut subsister aucun doute.

III. 1. Selon cela, selon la décision de la sainte Écriture, tous ceux qui désirent la grâce de Dieu doivent l’attendre dans les moyens qu’il a institués ; en en usant, et non en les mettant de côté.

Et, premièrement, tous ceux qui désirent la grâce de Dieu doivent l’attendre dans la voie de la prière. C’est la direction expresse de notre Seigneur lui-même. Dans son Sermon sur la montagne, après avoir expliqué au long en quoi consiste la religion, et en avoir décrit les branches principales, il ajoute : « Demandez, et l’on vous donnera; cherchez, et vous trouverez; frappez, et l’on vous ouvrira. Car quiconque demande reçoit, celui qui cherche trouve, et l’on ouvre à celui qui frappe. » (Matthieu 7:7, 8.) Ici, nous recevons de la manière la plus claire la direction de demander, afin de recevoir, ou comme moyen de recevoir ; de chercher, afin de trouver la grâce de Dieu, la perle de grand prix ; et de frapper, de continuer à demander et à chercher, si nous voulons entrer dans son royaume.

2. Afin qu’il ne demeurât aucun doute, notre Seigneur insiste sur ce point d’une manière toute particulière. Il en appelle au propre cœur de chacun : « Lequel de vous donnera une pierre à son fils, s’il lui demande du pain? Ou, s’il demande un poisson, lui donnera-t-il un serpent? Si donc, méchants comme vous l’êtes, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, à combien plus forte raison votre Père qui est dans les cieux », le Père des anges et des hommes, le Père des esprits de toute chair, « donnera-t-il de bonnes choses à ceux qui les lui demandent ? » (Matthieu 7:9–11.) Ou, comme il s’exprime en une autre occasion, renfermant tous les biens en un seul : « à combien plus forte raison le Père céleste donnera-t-il le Saint-Esprit à ceux qui le lui demandent ? » (Luc 11:13.) Il faut remarquer particulièrement ici que les personnes à qui il était prescrit de demander n’avaient pas encore reçu le Saint-Esprit : néanmoins notre Seigneur leur prescrit d’user de ce moyen, et promet qu’il sera efficace ; qu’en demandant elles recevraient le Saint-Esprit, de celui dont les compassions s’étendent sur toutes ses œuvres.

3. L’absolue nécessité d’user de ce moyen, si nous voulons recevoir de Dieu quelque don que ce soit, paraît plus clairement encore par ce passage remarquable qui précède immédiatement ces paroles : « Il leur dit encore », à ceux à qui il venait d’enseigner comment prier, « Si l’un de vous a un ami, et qu’il aille le trouver au milieu de la nuit pour lui dire: Ami, prête-moi trois pains, et si, de l’intérieur de sa maison, cet ami lui répond: Ne m’importune pas, je ne puis me lever pour te donner des pains, je vous le dis, même s’il ne se levait pas pour les lui donner parce que c’est son ami, il se lèverait à cause de son importunité et lui donnerait tout ce dont il a besoin. Et moi, je vous dis: Demandez, et l’on vous donnera. » (Luc 11:5, 7–9.) « même s’il ne se levait pas pour les lui donner parce que c’est son ami, il se lèverait à cause de son importunité et lui donnerait tout ce dont il a besoin. » Comment notre bienheureux Seigneur pouvait-il déclarer plus clairement que nous pouvons recevoir de Dieu, par ce moyen, en demandant avec importunité, ce qu’autrement nous ne recevrions pas du tout ?

4. « Jésus leur adressa une parabole, pour montrer qu’il faut toujours prier, et ne point se relâcher », jusqu’à ce que, par ce moyen, ils reçoivent de Dieu tout ce qu’ils lui auraient demandé : « Il y avait dans une ville un juge qui ne craignait point Dieu et qui n’avait d’égard pour personne. Il y avait aussi dans cette ville une veuve qui venait lui dire: Fais-moi justice de ma partie adverse. Pendant longtemps il refusa. Mais ensuite il dit en lui-même: Quoique je ne craigne point Dieu et que je n’aie d’égard pour personne, néanmoins, parce que cette veuve m’importune, je lui ferai justice, afin qu’elle ne vienne pas sans cesse me rompre la tête. » (Luc 18:1–5.) Notre Seigneur lui-même en a fait l’application : « Entendez ce que dit le juge inique ! » Parce qu’elle continue à demander, parce qu’elle ne veut pas accepter de refus, à cause de cela je lui ferai justice. « Et Dieu ne fera-t-il pas justice à ses élus, qui crient à lui jour et nuit ? Je vous le dis, il leur fera promptement justice », s’ils prient et ne se relâchent point.

5. Une direction tout aussi pleine et expresse d’attendre les bénédictions de Dieu dans la prière secrète, avec la promesse positive que, par ce moyen, nous obtiendrons ce que nos lèvres demandent, il nous l’a donnée dans ces paroles bien connues : « entre dans ta chambre, ferme ta porte, et prie ton Père qui est là dans le lieu secret; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. » (Matthieu 6:6.)

6. S’il est possible qu’une direction soit plus claire encore, c’est celle que Dieu nous a donnée par l’apôtre, au sujet de la prière de toute sorte, publique ou privée, et de la bénédiction qui y est attachée : « Si quelqu’un d’entre vous manque de sagesse, qu’il la demande à Dieu, qui donne à tous simplement » (s’ils demandent ; sinon, « vous ne possédez pas, parce que vous ne demandez pas », (Jacques 4:2, ) « et sans reproche, et elle lui sera donnée. » (Jacques 1:5).

Si l’on objecte : « Mais ce n’est point là une direction pour les incrédules, pour ceux qui ne connaissent pas la grâce de Dieu qui pardonne : car l’apôtre ajoute : “Mais qu’il la demande avec foi” ; autrement, “Qu’un tel homme ne s’imagine pas qu’il recevra quelque chose du Seigneur :” », je réponds : le sens du mot foi, en cet endroit, est fixé par l’apôtre lui-même, comme s’il avait voulu tout exprès prévenir cette objection, dans les paroles qui suivent : « qu’il la demande avec foi, sans douter », sans hésiter en rien, meden dikrinomenos. Sans douter que Dieu n’entende sa prière et n’accomplisse le désir de son cœur.

L’absurdité grossière et blasphématoire qu’il y aurait à supposer que le mot foi, en cet endroit, est pris dans son plein sens chrétien, apparaît par là : c’est supposer que le Saint-Esprit prescrit à un homme qui sait qu’il n’a pas la foi (laquelle est ici appelée sagesse) de la demander à Dieu, avec la promesse positive qu’elle lui sera donnée ; et qu’il ajoute aussitôt qu’elle ne lui sera pas donnée, à moins qu’il ne l’ait déjà avant de la demander ! Mais qui pourrait souffrir une telle supposition ? De ce passage de l’Écriture, donc, aussi bien que de ceux qui ont été cités plus haut, nous devons conclure que tous ceux qui désirent la grâce de Dieu doivent l’attendre dans la voie de la prière.

7. Secondement. Tous ceux qui désirent la grâce de Dieu doivent l’attendre en sondant les Écritures.

La direction de notre Seigneur, quant à l’usage de ce moyen, est également simple et claire. Sondez les Écritures, dit-il aux Juifs incrédules, car ce sont elles qui rendent témoignage de moi. (Jean 5:39.) Et c’est précisément dans ce but qu’il leur prescrivait de sonder les Écritures : afin qu’ils crussent en lui.

L’objection selon laquelle « ce n’est pas là un commandement, mais seulement l’affirmation qu’ils sondaient les Écritures » est d’une fausseté impudente. Je prie ceux qui la font valoir de nous dire comment un commandement peut être exprimé plus clairement que dans ces termes : ereunate tas graphas. Il est aussi péremptoire qu’on peut le rendre avec autant de mots.

Et quelle bénédiction de Dieu accompagne l’usage de ce moyen, on le voit par ce qui est rapporté des Béréens ; qui, après avoir entendu saint Paul, « examinaient chaque jour les Écritures, pour voir si ce qu’on leur disait était exact. Plusieurs d’entre eux crurent » ; ils trouvèrent la grâce de Dieu dans la voie qu’il avait instituée. (Actes 17:11, 12.)

Il est probable, à la vérité, que chez quelques-uns de ceux qui « reçurent la parole avec beaucoup d’empressement », « la foi vient », comme parle le même apôtre, « de ce qu’on entend », et ne fut que confirmée par la lecture des Écritures : mais on a fait remarquer plus haut que, sous le terme général de sonder les Écritures, sont compris à la fois l’écoute, la lecture et la méditation.

8. Et que ce soit là un moyen par lequel Dieu non seulement donne, mais aussi confirme et augmente la vraie sagesse, nous l’apprenons des paroles de saint Paul à Timothée : « dès ton enfance, tu connais les saintes lettres, qui peuvent te rendre sage à salut par la foi en Jésus-Christ. » (2 Timothée 3:15.) La même vérité (à savoir que c’est là le grand moyen que Dieu a institué pour communiquer à l’homme sa grâce si diverse) est exposée, de la manière la plus complète qui se puisse concevoir, dans les paroles qui suivent immédiatement : « Toute Écriture est inspirée de Dieu » ; par conséquent, toute Écriture est infailliblement vraie ; « et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice » ; et cela, « afin que l’homme de Dieu soit accompli et propre à toute bonne œuvre. » (2 Timothée 3:16, 17.)

9. Il faut remarquer que ces paroles s’appliquent d’abord et directement aux Écritures que Timothée connaissait dès son enfance ; lesquelles devaient être celles de l’Ancien Testament, car le Nouveau n’était pas encore écrit. Combien donc saint Paul (bien qu’il ne fût « inférieur en rien à ces apôtres par excellence », ni par conséquent, je le présume, à aucun homme qui vive aujourd’hui sur la terre) était-il éloigné de faire peu de cas de l’Ancien Testament ! Prenez-y garde, de peur qu’un jour vous ne « soyez étonnés et ne disparaissiez », vous qui faites si peu de cas de la moitié des oracles de Dieu ! Oui, et de cette moitié dont le Saint-Esprit déclare expressément qu’elle est « utile », comme un moyen institué de Dieu, pour cela même, « pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice » ; afin que « l’homme de Dieu soit accompli et propre à toute bonne œuvre ».

10. Et ce n’est pas seulement utile aux hommes de Dieu, à ceux qui marchent déjà à la lumière de sa face ; mais aussi à ceux qui sont encore dans les ténèbres, cherchant celui qu’ils ne connaissent pas. Ainsi saint Pierre : « Et nous tenons pour d’autant plus certaine la parole prophétique » ; littéralement : « Et nous avons la parole prophétique plus ferme » ; Kai echomen bebaioteron ton prophetikon logon, confirmée par ce que nous avons été les témoins oculaires de sa majesté, et que nous avons entendu la voix venue de la gloire magnifique ; parole prophétique — c’est ainsi qu’il appelle les saintes Écritures — à laquelle vous faites bien de prêter attention, comme à une lampe qui brille dans un lieu obscur, jusqu’à ce que le jour vienne à paraître et que l’étoile du matin se lève dans vos cœurs. (2 Pierre 1:19.) Que tous ceux, donc, qui désirent que ce jour vienne à paraître sur leur cœur, l’attendent en sondant les Écritures.

11. Troisièmement. Tous ceux qui désirent un accroissement de la grâce de Dieu doivent l’attendre en participant à la sainte cène : car c’est là encore une direction qu’il a donnée lui-même. « La nuit où il fut livré, il prit du pain, le rompit, et dit : Prenez, mangez ; ceci est mon corps » ; c’est-à-dire le signe sacré de mon corps : « faites ceci en mémoire de moi. » De même, « il prit la coupe, et dit: Cette coupe est la nouvelle alliance », ou testament, « en mon sang » ; le signe sacré de cette alliance ; « faites ceci en mémoire de moi ». « Car toutes les fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne » : (1 Corinthiens 11:23) vous la montrez ouvertement par ces signes visibles, devant Dieu, devant les anges et devant les hommes ; vous manifestez le souvenir solennel que vous gardez de sa mort, jusqu’à ce qu’il vienne sur les nuées du ciel.

Seulement, « Que chacun » d’abord « s’éprouve soi-même », pour savoir s’il comprend la nature et le dessein de cette sainte institution, et s’il désire réellement être lui-même rendu conforme à la mort de Christ ; et alors, sans douter en rien, « qu’ainsi il mange du pain et boive de la coupe. » (1 Corinthiens 11:28.)

Ici, donc, la direction donnée d’abord par notre Seigneur est expressément répétée par l’apôtre : « Qu’il mange ; qu’il boive » ; esthieto, pineto, tous deux à l’impératif ;) paroles qui n’impliquent pas une simple permission, mais un commandement clair et explicite ; un commandement adressé à tous ceux qui, ou bien sont déjà remplis de paix et de joie dans la foi, ou bien peuvent dire en vérité : « Le souvenir de nos péchés nous est douloureux, leur fardeau nous est insupportable. »

12. Et que ce soit là aussi un moyen ordinaire et régulier de recevoir la grâce de Dieu, c’est ce qui ressort des paroles de l’apôtre qui se trouvent au chapitre précédent : « La coupe de bénédiction que nous bénissons, n’est-elle pas la communion », ou communication, « au sang de Christ? Le pain que nous rompons, n’est-il pas la communion au corps de Christ? » (1 Corinthiens 10:16.) Manger ce pain et boire cette coupe, n’est-ce pas le moyen extérieur et visible par lequel Dieu communique à nos âmes toute cette grâce spirituelle, cette justice, cette paix et cette joie par le Saint-Esprit, qui nous ont été acquises par le corps de Christ une fois rompu et par le sang de Christ une fois répandu pour nous ? Que tous ceux, donc, qui désirent véritablement la grâce de Dieu mangent de ce pain et boivent de cette coupe.

IV. 1. Mais si clairement que Dieu ait indiqué la voie par laquelle il veut être recherché, innombrables sont les objections que des hommes sages à leurs propres yeux ont, de temps à autre, élevées contre elle. Il peut être nécessaire d’en examiner quelques-unes ; non qu’elles aient du poids en elles-mêmes, mais parce qu’on s’en est si souvent servi, surtout ces dernières années, pour détourner du chemin ce qui est boiteux ; bien plus, pour troubler et renverser ceux qui couraient bien, jusqu’à ce que Satan leur apparût comme un ange de lumière.

La première et la principale est celle-ci : « Vous ne pouvez user de ces moyens (comme vous les appelez) sans vous confier en eux. » Je vous prie, où cela est-il écrit ? J’attends de vous que vous me montriez une parole claire de l’Écriture à l’appui de votre affirmation : autrement, je n’ose pas la recevoir ; car je ne suis pas convaincu que vous soyez plus sage que Dieu.

S’il en avait réellement été comme vous le dites, il est certain que Christ l’aurait su. Et s’il l’avait su, il nous en aurait sûrement avertis ; il l’aurait révélé depuis longtemps. C’est pourquoi, puisqu’il ne l’a pas fait, puisqu’il n’y a pas un iota de cela dans toute la révélation de Jésus-Christ, je suis aussi pleinement assuré que votre affirmation est fausse que je le suis que cette révélation vient de Dieu.

« Cependant, abandonnez-les pour un peu de temps, afin de voir si vous vous confiiez en eux ou non. » Ainsi, je dois désobéir à Dieu, pour savoir si je me confie dans le fait de lui obéir ! Et vous avouez ce conseil ? Vous enseignez de propos délibéré à « faire le mal afin qu’il en arrive du bien » ? Oh ! tremblez devant la sentence de Dieu contre de tels docteurs ! « La condamnation de ces gens est juste. »

« Mais si vous êtes troublé quand vous les abandonnez, il est clair que vous vous confiiez en eux. » Nullement. Si je suis troublé quand je désobéis volontairement à Dieu, il est clair que son Esprit lutte encore avec moi ; mais si je ne suis pas troublé d’un péché volontaire, il est clair que je suis livré à un sens réprouvé.

Mais qu’entendez-vous par « se confier en eux » ? — attendre en eux la bénédiction de Dieu ? croire que si j’attends dans cette voie, j’obtiendrai ce qu’autrement je n’obtiendrais pas ? C’est ce que je fais. Et c’est ce que je ferai, Dieu m’étant en aide, jusqu’à la fin de ma vie. Par la grâce de Dieu, je me confierai ainsi en eux jusqu’au jour de ma mort ; c’est-à-dire que je croirai que tout ce que Dieu a promis, il est fidèle aussi pour l’accomplir. Et puisqu’il a promis de me bénir dans cette voie, j’ai la confiance qu’il en sera selon sa parole.

2. On a objecté, en second lieu : « C’est chercher le salut par les œuvres. » Savez-vous le sens de l’expression dont vous vous servez ? Qu’est-ce que chercher le salut par les œuvres ? Dans les écrits de saint Paul, cela signifie, ou bien chercher à être sauvé en observant les œuvres rituelles de la loi de Moïse ; ou bien attendre le salut à cause de nos propres œuvres, par le mérite de notre propre justice. Mais comment l’une ou l’autre de ces choses est-elle impliquée dans le fait que j’attends dans la voie que Dieu a instituée, et que j’espère qu’il m’y rencontrera, parce qu’il a promis de le faire ?

J’espère, en effet, qu’il accomplira sa parole, qu’il me rencontrera et me bénira dans cette voie. Non pas cependant à cause d’aucunes œuvres que j’aie faites, ni pour le mérite de ma justice ; mais uniquement par les mérites, les souffrances et l’amour de son Fils, en qui il a toujours mis toute son affection.

3. On a objecté avec véhémence, en troisième lieu, « que Christ est le seul moyen de grâce ». Je réponds que c’est là un pur jeu de mots. Expliquez votre terme, et l’objection s’évanouit. Quand nous disons : « La prière est un moyen de grâce », nous entendons un canal par lequel la grâce de Dieu est communiquée. Quand vous dites : « Christ est le moyen de grâce », vous entendez qu’il en est le seul prix et le seul acquéreur ; ou que « nul ne vient au Père que par lui ». Et qui le nie ? Mais cela est entièrement à côté de la question.

4. « Mais l’Écriture (a-t-on objecté, en quatrième lieu) ne nous prescrit-elle pas d’attendre le salut ? David ne dit-il pas : “Mon âme s’attend à Dieu, car de lui vient mon salut” ? Et Ésaïe ne nous enseigne-t-il pas la même chose, quand il dit : “nous t’attendons, ô Éternel!” ? » Tout cela ne peut être nié. Puisque le salut est le don de Dieu, nous devons sans aucun doute attendre de lui le salut. Mais comment devons-nous attendre ? Si Dieu lui-même a établi une voie, pouvez-vous trouver une meilleure manière de l’attendre ? Or, qu’il ait établi une voie, on l’a montré au long, et aussi quelle est cette voie. Les paroles mêmes du prophète, que vous citez, mettent la chose hors de question. Car la phrase entière porte : « Sur la voie de tes jugements », ou de tes ordonnances, « nous t’attendons, ô Éternel! » (Ésaïe 26:8.) Et c’est de la même manière que David attendait, comme ses propres paroles l’attestent abondamment : « J’espère en ton salut, ô Éternel! Et j’ai gardé ta loi. Enseigne-moi, Éternel, la voie de tes statuts, Pour que je la retienne jusqu’à la fin! »

5. « Oui, disent quelques-uns, mais Dieu a établi une autre voie. — “Restez en place, et regardez la délivrance de Dieu.” »

Examinons les passages de l’Écriture auxquels vous vous référez. Le premier, avec son contexte, porte ceci : —

« Pharaon approchait. Les enfants d’Israël levèrent les yeux. Et les enfants d’Israël eurent une grande frayeur. Ils dirent à Moïse: N’y avait-il pas des sépulcres en Égypte, sans qu’il fût besoin de nous mener mourir au désert? Moïse répondit au peuple: Ne craignez rien, restez en place, et regardez la délivrance que l’Éternel va vous accorder. L’Éternel dit à Moïse: Parle aux enfants d’Israël, et qu’ils marchent. Toi, lève ta verge, étends ta main sur la mer, et fends-la; et les enfants d’Israël entreront au milieu de la mer à sec. » (Exode 14:10)

Telle fut la délivrance de Dieu, qu’ils restèrent en place pour voir, en marchant en avant de toutes leurs forces !

L’autre passage où se rencontre cette expression porte ceci : « On vint en informer Josaphat, en disant: Une multitude nombreuse s’avance contre toi depuis l’autre côté de la mer. Dans sa frayeur, Josaphat se disposa à chercher l’Éternel, et il publia un jeûne pour tout Juda. Juda s’assembla pour invoquer l’Éternel, et l’on vint de toutes les villes de Juda pour chercher l’Éternel. Josaphat se présenta au milieu de l’assemblée, dans la maison de l’Éternel. — Alors l’esprit de l’Éternel saisit Jachaziel. Et Jachaziel dit: Ne craignez point et ne vous effrayez point devant cette multitude nombreuse. Demain, descendez contre eux : Vous n’aurez point à combattre en cette affaire: présentez-vous, tenez-vous là, et vous verrez la délivrance que l’Éternel vous accordera. Le lendemain, ils se mirent en marche de grand matin. Au moment où l’on commençait les chants et les louanges, l’Éternel plaça une embuscade contre les fils d’Ammon et de Moab et ceux de la montagne de Séir : — ils s’aidèrent les uns les autres à se détruire. » (2 Chroniques 20:2)

Telle fut la délivrance que virent les enfants de Juda. Mais comment tout cela prouve-t-il que nous ne devons pas attendre la grâce de Dieu dans les moyens qu’il a institués ?

6. Je ne mentionnerai plus qu’une objection, qui, à vrai dire, n’appartient pas proprement à ce chapitre : néanmoins, parce qu’on l’a si souvent fait valoir, je ne puis la passer entièrement sous silence.

« Saint Paul ne dit-il pas : “Si vous êtes morts avec Christ, pourquoi vous assujettit-on à des ordonnances ?” (Colossiens 2:20.) Donc un chrétien, un homme qui est mort avec Christ, n’a plus besoin d’user des ordonnances. »

Ainsi vous dites : « Si je suis chrétien, je ne suis pas assujetti aux ordonnances de Christ ! » Assurément, par l’absurdité même de ce propos, vous devez voir au premier coup d’œil que les ordonnances dont il est ici question ne peuvent être les ordonnances de Christ : qu’elles doivent nécessairement être les ordonnances juives, auxquelles il est certain qu’un chrétien n’est plus assujetti.

Et la même chose ressort indéniablement des paroles qui suivent immédiatement : « Ne prends pas! Ne goûte pas! Ne touche pas! » ; toutes se rapportant évidemment aux anciennes ordonnances de la loi juive.

De sorte que cette objection est la plus faible de toutes. Et, en dépit de tout, cette grande vérité doit demeurer inébranlable : — que tous ceux qui désirent la grâce de Dieu doivent l’attendre dans les moyens qu’il a institués.

V. 1. Mais, cela étant accordé, que tous ceux qui désirent la grâce de Dieu doivent l’attendre dans les moyens qu’il a institués, on peut encore demander comment il faut user de ces moyens, tant pour l’ordre que pour la manière d’en user.

Quant au premier point, nous pouvons remarquer qu’il y a une sorte d’ordre selon lequel Dieu lui-même se plaît généralement à employer ces moyens pour amener un pécheur au salut. Un misérable stupide et insensible suit son propre chemin, sans que Dieu soit dans aucune de ses pensées, quand Dieu vient sur lui à l’improviste, peut-être par un sermon ou un entretien qui le réveille, peut-être par quelque providence terrible, ou bien par un coup immédiat de son Esprit qui convainc, sans aucun moyen extérieur. Ayant maintenant le désir de fuir la colère à venir, il va tout exprès entendre comment on peut y parvenir. S’il trouve un prédicateur qui parle au cœur, il est saisi d’étonnement, et commence à sonder les Écritures, pour voir si ces choses sont ainsi. Plus il entend et plus il lit, plus il est convaincu ; et plus il les médite jour et nuit. Peut-être trouve-t-il quelque autre livre qui explique et fait valoir ce qu’il a entendu et lu dans l’Écriture. Et par tous ces moyens, les flèches de la conviction s’enfoncent plus avant dans son âme. Il commence aussi à parler des choses de Dieu, qui tiennent toujours la première place dans ses pensées ; bien plus, à parler avec Dieu, à le prier ; bien que, par crainte et par honte, il sache à peine ce qu’il doit dire. Mais, qu’il puisse parler ou non, il ne peut s’empêcher de prier, ne fût-ce que par « des soupirs inexprimables ». Pourtant, comme il doute que « le Très-Haut, Dont la demeure est éternelle » veuille regarder un pécheur tel que lui, il désire prier avec ceux qui connaissent Dieu, avec les fidèles, dans la grande assemblée. Mais là, il voit d’autres personnes s’approcher de la table du Seigneur. Il se dit : « Christ a dit : “faites ceci !” Comment se fait-il que je ne le fasse pas ? Je suis un trop grand pécheur. Je n’en suis pas digne. Je n’en suis pas capable. » Après avoir lutté quelque temps contre ces scrupules, il passe outre. Et ainsi il persévère dans la voie de Dieu, écoutant, lisant, méditant, priant, et participant à la sainte cène, jusqu’à ce que Dieu, de la manière qui lui plaît, dise à son cœur : « Ta foi t’a sauvé. Va en paix. »

2. En observant cet ordre de Dieu, nous pouvons apprendre quels moyens recommander à chaque âme en particulier. Si l’un d’entre eux peut atteindre un pécheur stupide et insouciant, c’est probablement l’écoute de la Parole, ou un entretien. C’est donc ceux-là que nous pourrions lui recommander, s’il a jamais quelque pensée au sujet du salut. À celui qui commence à sentir le poids de ses péchés, non seulement l’écoute de la Parole de Dieu, mais aussi sa lecture, et peut-être celle d’autres livres sérieux, peuvent être un moyen de conviction plus profonde. Ne pouvez-vous pas lui conseiller aussi de méditer ce qu’il lit, afin que cela ait toute sa force sur son cœur ? Bien plus, d’en parler, et de n’en point avoir honte, particulièrement parmi ceux qui marchent dans le même sentier. Quand l’angoisse et l’abattement s’emparent de lui, ne devez-vous pas alors l’exhorter instamment à répandre son âme devant Dieu ; car « il faut toujours prier, et ne point se relâcher » ; et quand il sent l’indignité de ses propres prières, ne devez-vous pas travailler avec Dieu, et lui rappeler de monter à la maison du Seigneur, et de prier avec tous ceux qui le craignent ? Mais s’il le fait, la parole de son Seigneur mourant lui sera bientôt rappelée ; avertissement clair que c’est le moment où nous devons seconder les mouvements de l’Esprit béni. Et ainsi nous pouvons le conduire, pas à pas, à travers tous les moyens que Dieu a institués ; non selon notre propre volonté, mais exactement selon que la Providence et l’Esprit de Dieu nous précèdent et ouvrent le chemin.

3. Cependant, de même que nous ne trouvons dans la sainte Écriture aucun commandement d’observer en cela un ordre particulier, de même la providence et l’Esprit de Dieu ne s’attachent à aucun sans variation ; mais les moyens dans lesquels différents hommes sont conduits, et dans lesquels ils trouvent la bénédiction de Dieu, sont variés, intervertis et combinés de mille manières différentes. Toutefois, notre sagesse est toujours de suivre la conduite de sa providence et de son Esprit ; de nous laisser guider en cela (plus spécialement quant aux moyens dans lesquels nous cherchons nous-mêmes la grâce de Dieu), en partie par sa providence extérieure, qui nous donne l’occasion d’user tantôt d’un moyen, tantôt d’un autre ; en partie par notre expérience, qui nous apprend par lequel son libre Esprit se plaît le plus à agir dans notre cœur. Et en attendant, la règle sûre et générale pour tous ceux qui soupirent après le salut de Dieu est celle-ci : — toutes les fois que l’occasion s’en présente, usez de tous les moyens que Dieu a institués ; car qui sait dans lequel Dieu te rencontrera avec la grâce, source de salut ?

4. Quant à la manière d’en user, d’où dépend entièrement qu’ils communiquent ou non quelque grâce à celui qui en use, il nous faut, premièrement, garder toujours un vif sentiment que Dieu est au-dessus de tous les moyens. Gardez-vous donc de limiter le Tout-Puissant. Il fait tout ce qui lui plaît, et quand il lui plaît. Il peut communiquer sa grâce, soit dans l’un quelconque des moyens qu’il a établis, soit en dehors d’eux. Peut-être le fera-t-il. « Qui a connu la pensée du Seigneur, Ou qui a été son conseiller? » Attendez donc à chaque instant son apparition ! Que ce soit à l’heure où vous êtes occupé à ses ordonnances, ou avant, ou après cette heure, ou quand vous en êtes empêché : lui n’est pas empêché. Il est toujours prêt, toujours capable, toujours disposé à sauver. « C’est l’Éternel, qu’il fasse ce qui lui semblera bon! »

Secondement. Avant d’user d’aucun moyen, que ceci soit profondément gravé dans votre âme : — il n’y a là aucune puissance. C’est, en soi, une chose pauvre, morte et vide : séparée de Dieu, c’est une feuille sèche, une ombre. Il n’y a non plus aucun mérite à ce que j’en use ; rien qui soit en soi agréable à Dieu ; rien par quoi je mérite de sa main la moindre faveur, non, pas même une goutte d’eau pour rafraîchir ma langue. Mais, parce que Dieu l’ordonne, je le fais ; parce qu’il me prescrit d’attendre dans cette voie, c’est ici que j’attends sa libre miséricorde, d’où vient mon salut.

Établissez bien ceci dans votre cœur : que l’opus operatum, la simple œuvre accomplie, ne sert de rien ; qu’il n’y a aucune puissance pour sauver, sinon dans l’Esprit de Dieu, aucun mérite, sinon dans le sang de Christ ; que, par conséquent, même ce que Dieu ordonne ne communique aucune grâce à l’âme, si vous ne vous confiez pas en lui seul. D’autre part, celui qui se confie véritablement en lui ne peut manquer la grâce de Dieu, quand même il serait retranché de toute ordonnance extérieure, quand même il serait enfermé au centre de la terre.

Troisièmement. En usant de tous les moyens, ne cherchez que Dieu seul. Dans et par chaque chose extérieure, regardez uniquement à la puissance de son Esprit et aux mérites de son Fils. Prenez garde de vous arrêter à l’œuvre elle-même ; si vous le faites, c’est peine perdue. Rien de moins que Dieu ne peut rassasier votre âme. Ayez donc l’œil sur lui en tout, à travers tout et au-dessus de tout.

Souvenez-vous aussi d’user de tous les moyens comme de moyens ; comme institués, non pour eux-mêmes, mais en vue du renouvellement de votre âme dans la justice et la vraie sainteté. Si donc ils tendent effectivement à cela, c’est bien ; sinon, ils ne sont que boue et scories.

Enfin. Après avoir usé de l’un ou l’autre de ces moyens, prenez garde à la manière dont vous vous en faites valoir : à la façon dont vous vous félicitez comme si vous aviez fait quelque grande chose. C’est là tout changer en poison. Pensez : « Si Dieu n’était pas là, à quoi cela sert-il ? N’ai-je pas ajouté péché sur péché ? Jusques à quand ? Ô Seigneur ! sauve-moi, ou je péris ! Oh ! ne m’impute pas ce péché ! » Si Dieu était là, si son amour s’est répandu dans votre cœur, vous avez, pour ainsi dire, oublié l’œuvre extérieure. Vous voyez, vous savez, vous sentez que Dieu est tout en tous. Abaissez-vous. Prosternez-vous devant lui. Rendez-lui toute la louange. « qu’en toutes choses Dieu soit glorifié par Jésus-Christ ». Que tous vos os s’écrient : « Je chanterai toujours les bontés de l’Éternel; Ma bouche fera connaître à jamais ta fidélité. »

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