Chapitre 15 · 34 min de lecture · 44 min d’écoute
La repentance des croyants
Sermon 14
La repentance des croyants
« Repentez-vous, et croyez à la bonne nouvelle. »
Marc 1:15.
1. On suppose généralement que la repentance et la foi ne sont que la porte de la religion ; qu’elles ne sont nécessaires qu’au commencement de notre course chrétienne, lorsque nous nous mettons en route vers le royaume. Et cela peut sembler confirmé par le grand apôtre lorsque, exhortant les chrétiens hébreux à « tendre à ce qui est parfait », il leur enseigne à laisser ces premiers « éléments de la parole de Christ » ; « sans poser de nouveau le fondement du renoncement aux œuvres mortes, de la foi en Dieu » ; ce qui doit au moins signifier qu’ils devaient, en comparaison, laisser ces choses qui avaient d’abord occupé toutes leurs pensées, afin de courir « vers le but, pour remporter le prix de la vocation céleste de Dieu en Jésus-Christ ».
2. Et il est indubitablement vrai qu’il y a une repentance et une foi qui sont plus particulièrement nécessaires au commencement : une repentance, qui est la conviction de notre entière corruption, de notre culpabilité et de notre impuissance, et qui précède la réception de ce royaume de Dieu qui, comme le fait observer notre Seigneur, est « au-dedans de nous » ; et une foi par laquelle nous recevons ce royaume, savoir « la justice, la paix et la joie, par le Saint-Esprit ».
3. Mais, nonobstant cela, il y a aussi une repentance et une foi (en prenant ces mots dans un autre sens, un sens qui n’est pas tout à fait le même, ni pourtant entièrement différent) qui sont requises après que nous avons « cru à la bonne nouvelle » ; oui, et à chaque étape ultérieure de notre course chrétienne, sans quoi nous ne pouvons « courir dans la carrière qui nous est ouverte ». Et cette repentance et cette foi sont tout aussi nécessaires à notre persévérance et à notre croissance dans la grâce que la foi et la repentance premières l’étaient pour notre entrée dans le royaume de Dieu.
Mais en quel sens devons-nous nous repentir et croire, après avoir été justifiés ? C’est là une question importante, et digne d’être examinée avec la plus grande attention.
I. Et premièrement, en quel sens devons-nous nous repentir ?
1. La repentance signifie souvent un changement intérieur, un changement de l’âme qui passe du péché à la sainteté. Mais nous en parlons maintenant dans un sens tout différent, en tant qu’elle est une sorte de connaissance de soi : se connaître pécheurs, oui, pécheurs coupables et impuissants, alors même que nous savons que nous sommes enfants de Dieu.
2. À la vérité, lorsque nous connaissons cela pour la première fois ; lorsque nous trouvons pour la première fois la rédemption dans le sang de Jésus ; lorsque l’amour de Dieu est pour la première fois répandu dans nos cœurs et que son royaume y est établi, il est naturel de supposer que nous ne sommes plus pécheurs, que tous nos péchés sont non seulement couverts, mais détruits. Comme nous ne sentons alors aucun mal dans notre cœur, nous imaginons aisément qu’il n’y en a point. Bien plus, certains hommes bien intentionnés l’ont imaginé non seulement à ce moment-là, mais pour toujours ensuite, s’étant persuadés que, lorsqu’ils ont été justifiés, ils ont été entièrement sanctifiés ; oui, ils en ont fait une règle générale, en dépit de l’Écriture, de la raison et de l’expérience. Ceux-là croient sincèrement et soutiennent avec ardeur que tout péché est détruit lorsque nous sommes justifiés, qu’il n’y a point de péché dans le cœur d’un croyant, mais qu’il est entièrement pur dès ce moment. Mais bien que nous reconnaissions volontiers que « celui qui croit est né de Dieu », et que « Quiconque est né de Dieu ne pratique pas le péché », nous ne pouvons pourtant admettre qu’il ne le sente pas au-dedans de lui : le péché ne règne pas, mais il demeure. Et la conviction du péché qui demeure dans notre cœur est une grande branche de la repentance dont nous parlons maintenant.
3. Car il se passe rarement beaucoup de temps avant que celui qui s’imaginait que tout péché avait disparu sente qu’il y a encore de l’orgueil dans son cœur. Il est convaincu à la fois qu’à bien des égards il a eu de lui-même une plus haute opinion qu’il ne devait, et qu’il s’est attribué la louange de quelque chose qu’il avait reçu, et s’en est glorifié comme s’il ne l’avait pas reçu ; et pourtant il sait qu’il est dans la faveur de Dieu. Il ne peut ni ne doit « abandonner son assurance ». « L’Esprit » rend encore « témoignage à » son « esprit qu’il est enfant de Dieu ».
4. Il ne tarde pas non plus à sentir dans son cœur la volonté propre : une volonté contraire à la volonté de Dieu. Une volonté, tout homme doit inévitablement en avoir une, aussi longtemps qu’il a une intelligence. C’est une partie essentielle de la nature humaine, et même de la nature de tout être intelligent. Notre bienheureux Seigneur lui-même avait une volonté en tant qu’homme ; autrement il n’eût pas été homme. Mais sa volonté humaine était invariablement soumise à la volonté de son Père. En tout temps et en toute occasion, même dans la plus profonde affliction, il pouvait dire : « non pas ce que je veux, mais ce que tu veux. » Mais il n’en est pas ainsi en tout temps, même chez un vrai croyant en Christ. Il trouve souvent sa volonté qui s’élève plus ou moins contre la volonté de Dieu. Il veut une chose, parce qu’elle plaît à la nature, et qu’elle ne plaît pas à Dieu ; et il ne veut pas (il a de l’aversion pour) une chose, parce qu’elle est pénible à la nature, alors qu’elle est la volonté de Dieu à son égard. À la vérité, supposé qu’il persévère dans la foi, il combat cette volonté de toutes ses forces ; mais cela même implique qu’elle existe réellement et qu’il en a conscience.
5. Or la volonté propre, aussi bien que l’orgueil, est une espèce d’idolâtrie, et l’une et l’autre sont directement contraires à l’amour de Dieu. On peut faire la même observation au sujet de l’amour du monde. Mais cela aussi, même les vrais croyants sont exposés à le sentir en eux-mêmes ; et chacun d’eux le sent, plus ou moins, tôt ou tard, sous une forme ou sous une autre. Il est vrai que, lorsqu’il « passe de la mort à la vie », il ne désire plus rien que Dieu. Il peut dire en vérité : « Tous mes désirs sont tournés vers toi, et vers le souvenir de ton nom » ; « Quel autre ai-je au ciel que toi! Et sur la terre je ne prends plaisir qu’en toi. » Mais il n’en est pas toujours ainsi. Avec le temps, il sentira de nouveau, ne fût-ce peut-être que quelques instants, soit « la convoitise de la chair », soit « la convoitise des yeux », soit « l’orgueil de la vie ». Bien plus, s’il ne veille et ne prie continuellement, il pourra sentir la convoitise se ranimer ; oui, et le presser rudement pour le faire tomber, jusqu’à ce qu’il ne lui reste presque plus de force. Il pourra sentir les assauts de l’affection désordonnée ; oui, un fort penchant à « aimer la créature plus que le Créateur », que ce soit un enfant, un père ou une mère, un mari ou une femme, ou « l’ami qu’il aime comme son âme ». Il pourra sentir, de mille manières diverses, le désir des choses ou des plaisirs terrestres. Dans la même proportion il oubliera Dieu, ne cherchant plus en lui son bonheur, et devenant par conséquent un homme « aimant le plaisir plus que Dieu ».
6. S’il ne se garde à chaque instant, il sentira de nouveau la convoitise des yeux : le désir de satisfaire son imagination par quelque chose de grand, de beau ou d’extraordinaire. De combien de manières ce désir assaille l’âme ! Peut-être à propos des plus misérables bagatelles, comme les vêtements ou les meubles, choses qui ne furent jamais destinées à rassasier l’appétit d’un esprit immortel. Et pourtant, combien il nous est naturel, même après avoir goûté « les puissances du siècle à venir », de retomber dans ces désirs insensés et bas de choses qui périssent par l’usage ! Combien il est difficile, même pour ceux qui savent en qui ils ont cru, de vaincre ne serait-ce qu’une seule branche de la convoitise des yeux, la curiosité ; de la fouler constamment aux pieds ; de ne rien désirer simplement parce que c’est nouveau !
7. Et combien il est difficile, même pour les enfants de Dieu, de vaincre entièrement l’orgueil de la vie ! Saint Jean semble entendre par là à peu près la même chose que ce que le monde appelle « le sentiment de l’honneur ». Ce n’est rien d’autre que le désir de « la gloire qui vient des hommes » et le plaisir qu’on y prend ; un désir et un amour de la louange ; et, ce qui l’accompagne toujours, une crainte du blâme proportionnée. Tout proche de ceci est la mauvaise honte : avoir honte de ce dont nous devrions nous glorifier. Et celle-ci est rarement séparée de la crainte des hommes, qui tend à l’âme mille pièges. Or où est-il, même parmi ceux qui semblent forts dans la foi, celui qui ne trouve en lui-même quelque degré de toutes ces mauvaises dispositions ? De sorte que ceux-là mêmes ne sont qu’en partie « crucifiés au monde » ; car la mauvaise racine demeure encore dans leur cœur.
8. Et ne sentons-nous pas d’autres dispositions, qui sont aussi contraires à l’amour du prochain que celles-là le sont à l’amour de Dieu ? L’amour du prochain « ne soupçonne point le mal ». N’y trouvons-nous rien de semblable ? Ne trouvons-nous jamais aucune jalousie, aucun mauvais soupçon, aucune défiance sans fondement ou déraisonnable ? Que celui qui est net à ces égards jette la première pierre à son prochain. Qui ne sent parfois d’autres dispositions ou mouvements intérieurs qu’il sait contraires à l’amour fraternel ? S’il n’y a rien de malice, de haine ou d’amertume, n’y a-t-il aucune atteinte d’envie, particulièrement envers ceux qui jouissent de quelque bien, réel ou supposé, que nous désirons sans pouvoir l’atteindre ? Ne trouvons-nous jamais aucun degré de ressentiment lorsqu’on nous fait tort ou qu’on nous offense, surtout de la part de ceux que nous aimions particulièrement et que nous nous étions le plus efforcés d’aider ou d’obliger ? L’injustice ou l’ingratitude n’excitent-elles jamais en nous quelque désir de vengeance ? quelque désir de rendre le mal pour le mal, au lieu de « surmonter le mal par le bien » ? Cela aussi montre combien il y a encore dans notre cœur de choses contraires à l’amour du prochain.
9. L’avarice, sous toutes ses formes et à tous ses degrés, est assurément aussi contraire à cet amour qu’à l’amour de Dieu ; que ce soit la philargyri, l’amour de l’argent, qui n’est que trop souvent la racine de tous les maux ; ou la pleonexia, littéralement le désir d’avoir davantage, d’accroître son bien. Et combien peu, même parmi les vrais enfants de Dieu, sont entièrement exempts de l’une et de l’autre ! Il est vrai qu’un grand homme, Martin Luther, avait coutume de dire qu’il « n’avait jamais eu en lui aucune avarice » (non seulement dans son état de converti, mais) « depuis sa naissance ». Mais, s’il en est ainsi, je n’hésiterais pas à dire qu’il fut le seul homme né d’une femme (excepté celui qui était Dieu aussi bien qu’homme) qui n’en eut point, qui naquit sans elle. Bien plus, je crois que jamais personne né de Dieu, et ayant vécu un temps considérable après cela, n’a manqué d’en sentir plus ou moins bien des fois, surtout au second sens. Nous pouvons donc poser comme une vérité indubitable que l’avarice, avec l’orgueil, la volonté propre et la colère, demeure dans le cœur de ceux-là mêmes qui sont justifiés.
10. C’est parce qu’ils en font l’expérience que tant de personnes sérieuses ont été portées à entendre la dernière partie du septième chapitre de l’épître aux Romains non pas de ceux qui sont « sous la loi », qui sont convaincus de péché (ce qui est indubitablement le sens de l’apôtre), mais de ceux qui sont « sous la grâce » ; qui sont « gratuitement justifiés… par le moyen de la rédemption qui est en Jésus-Christ. » Et il est très certain qu’elles ont raison jusque-là : il demeure encore, même en ceux qui sont justifiés, une pensée qui est en quelque mesure charnelle (c’est ainsi que l’apôtre dit aux croyants mêmes de Corinthe : « Vous êtes charnels ») ; un cœur enclin à s’éloigner, toujours prêt à « se détourner du Dieu vivant » ; un penchant à l’orgueil, à la volonté propre, à la colère, à la vengeance, à l’amour du monde, oui, et à tout mal ; une racine d’amertume qui, si le frein était ôté un seul instant, pousserait aussitôt ; oui, une corruption si profonde que, sans une claire lumière venant de Dieu, nous ne pouvons absolument pas la concevoir. Et la conviction de tout ce péché qui demeure dans leur cœur est la repentance qui appartient à ceux qui sont justifiés.
11. Mais nous devons aussi être convaincus que, de même que le péché demeure dans nos cœurs, ainsi il s’attache à toutes nos paroles et à toutes nos actions. Il est même à craindre que beaucoup de nos paroles soient plus que mêlées de péché, qu’elles soient entièrement péché ; car telle est indubitablement toute conversation dénuée de charité : toute parole qui ne procède pas de l’amour fraternel, toute parole qui ne s’accorde pas avec cette règle d’or : « Tout ce que vous voulez que les autres vous fassent, faites-le de même pour eux. » De cette sorte sont toute médisance, tout rapport, tout chuchotement, tout dénigrement, c’est-à-dire le fait de répéter les fautes des absents ; car nul ne voudrait que les autres répètent ses fautes lorsqu’il est absent. Or combien y en a-t-il, même parmi les croyants, qui ne soient à aucun degré coupables de cela ; qui observent fermement la bonne vieille règle : « Des morts et des absents, rien que du bien ! » Et supposé qu’ils le fassent, s’abstiennent-ils aussi de la conversation inutile ? Or tout cela est incontestablement péché, et « attriste le Saint-Esprit de Dieu » ; oui, et « au jour du jugement, les hommes rendront compte de toute parole vaine qu’ils auront proférée ».
12. Mais supposons qu’ils « veillent et prient » continuellement, et qu’ainsi ils ne « tombent » pas dans cette « tentation » ; qu’ils mettent constamment une garde à leur bouche et veillent sur la porte de leurs lèvres ; supposons qu’ils s’y exercent, afin que toute leur « parole soit accompagnée de grâce, assaisonnée de sel, et propre à communiquer une grâce à ceux qui l’entendent » : ne glissent-ils pas pourtant chaque jour dans des discours inutiles, malgré toutes leurs précautions ? Et même lorsqu’ils s’efforcent de parler pour Dieu, leurs paroles sont-elles pures, exemptes de mélanges impurs ? Ne trouvent-ils rien de mauvais dans leur intention même ? Parlent-ils uniquement pour plaire à Dieu, et non en partie pour se plaire à eux-mêmes ? Est-ce entièrement pour faire la volonté de Dieu, et non aussi la leur ? Ou, s’ils commencent avec un œil simple, continuent-ils « ayant les regards sur Jésus », et s’entretenant avec lui pendant tout le temps qu’ils s’entretiennent avec leur prochain ? Lorsqu’ils reprennent le péché, ne sentent-ils aucune colère ni aucune disposition peu charitable envers le pécheur ? Lorsqu’ils instruisent les ignorants, ne trouvent-ils aucun orgueil, aucune préférence d’eux-mêmes ? Lorsqu’ils consolent les affligés, ou qu’ils s’excitent les uns les autres à l’amour et aux bonnes œuvres, n’aperçoivent-ils jamais en eux-mêmes quelque secrète complaisance : « Voilà qui est bien parlé ! » ? Ou quelque vanité, quelque désir que les autres en pensent autant et les estiment pour cela ? À quelques-uns de ces égards ou à tous, combien de péché s’attache à la meilleure conversation même des croyants ! La conviction de ce péché est une autre branche de la repentance qui appartient à ceux qui sont justifiés.
13. Et combien de péché, si leur conscience est bien éveillée, peuvent-ils trouver attaché aussi à leurs actions ! Bien plus, n’y en a-t-il pas beaucoup qui, bien qu’elles soient de celles que le monde ne condamnerait pas, ne peuvent pourtant être louées, non, ni même excusées, si nous jugeons d’après la Parole de Dieu ? N’y a-t-il pas beaucoup de leurs actions qui, ils le savent eux-mêmes, ne sont pas à la gloire de Dieu ? beaucoup dans lesquelles ils n’avaient pas même ce but ; qui ne furent pas entreprises en vue de Dieu ? Et parmi celles qui le furent, n’y en a-t-il pas beaucoup dans lesquelles leur œil n’est pas uniquement fixé sur Dieu, dans lesquelles ils font leur propre volonté au moins autant que la sienne, et cherchent à se plaire à eux-mêmes autant, sinon plus, qu’à plaire à Dieu ? Et tandis qu’ils s’efforcent de faire du bien à leur prochain, ne sentent-ils pas de mauvaises dispositions de diverses sortes ? Ainsi leurs prétendues bonnes actions sont loin d’être bonnes au sens strict, étant souillées d’un tel mélange de mal : telles sont leurs œuvres de miséricorde. Et n’y a-t-il pas le même mélange dans leurs œuvres de piété ? Pendant qu’ils écoutent la parole qui peut sauver leurs âmes, ne trouvent-ils pas souvent en eux des pensées qui leur font craindre qu’elle ne tourne à leur condamnation plutôt qu’à leur salut ? N’en est-il pas souvent de même lorsqu’ils s’efforcent d’offrir leurs prières à Dieu, que ce soit en public ou en particulier ? Bien plus, pendant qu’ils sont engagés dans le service le plus solennel, pendant même qu’ils sont à la table du Seigneur, quelles pensées s’élèvent en eux ! Leurs cœurs ne s’égarent-ils pas parfois jusqu’aux extrémités de la terre, ne sont-ils pas parfois remplis d’imaginations telles qu’ils craignent que tout leur sacrifice ne soit une abomination pour le Seigneur ? De sorte qu’ils ont maintenant plus de honte de leurs meilleurs devoirs qu’ils n’en avaient autrefois de leurs pires péchés.
14. Encore : de combien de péchés d’omission sont-ils coupables ! Nous connaissons les paroles de l’apôtre : « Celui donc qui sait faire ce qui est bien, et qui ne le fait pas, commet un péché. » Mais ne connaissent-ils pas mille occasions où ils auraient pu faire du bien, à des ennemis, à des étrangers, à leurs frères, soit pour leurs corps, soit pour leurs âmes, et où ils ne l’ont pas fait ? De combien d’omissions se sont-ils rendus coupables dans leur devoir envers Dieu ! Combien d’occasions de communier, d’entendre sa parole, de prier en public ou en particulier, ont-ils négligées ! Si grande était la raison qu’avait même ce saint homme, l’archevêque Usher, après tous ses travaux pour Dieu, de s’écrier, presque à son dernier soupir : « Seigneur, pardonne-moi mes péchés d’omission ! »
15. Mais outre ces omissions extérieures, ne peuvent-ils pas trouver en eux-mêmes des défauts intérieurs sans nombre ? des défauts de toute espèce : ils n’ont pas envers Dieu l’amour, la crainte, la confiance qu’ils devraient avoir. Ils n’ont pas l’amour qui est dû à leur prochain, à tout enfant des hommes ; non, ni même celui qui est dû à leurs frères, à tout enfant de Dieu, qu’il s’agisse de ceux qui sont éloignés d’eux ou de ceux avec qui ils sont immédiatement liés. Ils n’ont aucune disposition sainte au degré où ils le devraient ; ils sont défectueux en toutes choses ; et dans le profond sentiment qu’ils en ont, ils sont prêts à s’écrier avec M. de Renty : « Je suis une terre toute couverte d’épines » ; ou avec Job : « Je suis vil : j’ai horreur de moi-même, et je me repens comme sur la poussière et sur la cendre. »
16. La conviction de leur culpabilité est une autre branche de cette repentance qui appartient aux enfants de Dieu. Mais ceci doit être entendu avec précaution, et dans un sens particulier. Car il est certain qu’il n’y a « aucune condamnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ », qui croient en lui et qui, par la puissance de cette foi, « marchent non selon la chair, mais selon l’esprit ». Pourtant ils ne peuvent pas plus supporter maintenant la stricte justice de Dieu qu’avant d’avoir cru. Celle-ci les déclare encore dignes de mort, pour toutes les raisons qui précèdent. Et elle les y condamnerait absolument, n’était le sang expiatoire. C’est pourquoi ils sont pleinement convaincus qu’ils méritent encore le châtiment, bien qu’il soit par là détourné d’eux. Mais il y a ici des extrêmes de part et d’autre, et peu de gens savent les éviter. La plupart des hommes donnent dans l’un ou dans l’autre : ils se croient condamnés quand ils ne le sont pas, ou bien ils croient mériter d’être acquittés. Non, la vérité est entre les deux : ils ne méritent encore, à parler strictement, que la damnation de l’enfer. Mais ce qu’ils méritent ne vient pas sur eux, parce qu’ils « ont un avocat auprès du Père ». Sa vie, sa mort et son intercession s’interposent encore entre eux et la condamnation.
17. La conviction de leur entière impuissance est encore une autre branche de cette repentance. J’entends par là deux choses : premièrement, qu’ils ne sont pas plus capables maintenant par eux-mêmes de concevoir une seule bonne pensée, de former un seul bon désir, de dire une seule bonne parole ou de faire une seule bonne œuvre, qu’avant d’avoir été justifiés ; qu’ils n’ont encore aucune espèce ni aucun degré de force qui leur soit propre ; aucun pouvoir ni de faire le bien, ni de résister au mal ; aucune capacité de vaincre, ni même de soutenir le choc du monde, du diable ou de leur propre nature mauvaise. Ils peuvent, c’est certain, faire toutes ces choses ; mais ce n’est point par leur propre force. Ils ont le pouvoir de vaincre tous ces ennemis, car « le péché n’a plus de pouvoir sur eux » ; mais cela ne vient pas de la nature, ni en tout ni en partie ; c’est le pur don de Dieu ; et il n’est pas donné tout à la fois, comme s’ils avaient une provision amassée pour bien des années, mais d’instant en instant.
18. Par cette impuissance j’entends, secondement, une incapacité absolue de nous délivrer de cette culpabilité, ou de ce démérite qui appelle le châtiment, dont nous avons encore conscience ; oui, et une incapacité d’ôter, par toute la grâce que nous avons (sans parler de nos facultés naturelles), soit l’orgueil, la volonté propre, l’amour du monde, la colère et le penchant général à s’éloigner de Dieu, que nous savons par expérience demeurer dans le cœur, même de ceux qui sont régénérés ; soit le mal qui, en dépit de tous nos efforts, s’attache à toutes nos paroles et à toutes nos actions. Ajoutez à cela une entière incapacité d’éviter tout à fait la conversation dénuée de charité, et, bien plus encore, la conversation inutile ; et une incapacité d’éviter les péchés d’omission, ou de suppléer aux défauts sans nombre dont nous sommes convaincus, surtout au manque d’amour et d’autres justes dispositions, tant envers Dieu qu’envers les hommes.
19. Si quelqu’un n’en est pas persuadé, si quelqu’un croit que quiconque est justifié est capable d’ôter ces péchés de son cœur et de sa vie, qu’il en fasse l’expérience. Qu’il essaie si, par la grâce qu’il a déjà reçue, il peut chasser l’orgueil, la volonté propre, ou le péché inhérent en général. Qu’il essaie s’il peut purifier ses paroles et ses actions de tout mélange de mal ; s’il peut éviter toute conversation dénuée de charité et inutile, avec tous les péchés d’omission ; et enfin s’il peut suppléer aux défauts sans nombre qu’il trouve encore en lui-même. Qu’il ne se laisse pas décourager par une ou deux expériences, mais qu’il renouvelle l’épreuve encore et encore ; et plus longtemps il essaiera, plus profondément il sera convaincu de son entière impuissance à tous ces égards.
20. En vérité, c’est là une vérité si évidente que presque tous les enfants de Dieu dispersés çà et là, quelles que soient leurs divergences sur d’autres points, s’accordent généralement sur celui-ci : bien que nous puissions, « par l’Esprit, faire mourir les actions du corps », résister au péché extérieur et intérieur et le vaincre ; bien que nous puissions affaiblir nos ennemis de jour en jour, nous ne pouvons pourtant pas les chasser. Par toute la grâce qui est donnée lors de la justification, nous ne pouvons les extirper. Nous avons beau veiller et prier, nous ne pouvons purifier entièrement ni nos cœurs ni nos mains. Assurément nous ne le pouvons pas, jusqu’à ce qu’il plaise à notre Seigneur de parler de nouveau à nos cœurs, de parler une seconde fois : « sois pur » ; et alors seulement la lèpre est purifiée. Alors seulement la mauvaise racine, la pensée charnelle, est détruite, et le péché inhérent ne subsiste plus. Mais s’il n’y a point de tel second changement, s’il n’y a point de délivrance instantanée après la justification, s’il n’y a rien d’autre qu’une œuvre graduelle de Dieu (qu’il y ait une œuvre graduelle, personne ne le nie), alors il nous faut nous résigner, tant bien que mal, à demeurer pleins de péché jusqu’à la mort ; et s’il en est ainsi, il nous faut demeurer coupables jusqu’à la mort, méritant continuellement le châtiment. Car il est impossible que la culpabilité, ou le démérite qui appelle le châtiment, nous soit ôtée aussi longtemps que tout ce péché demeure dans notre cœur et s’attache à nos paroles et à nos actions. Bien plus, en rigoureuse justice, tout ce que nous pensons, disons et faisons l’accroît continuellement.
II. 1. C’est en ce sens que nous devons nous repentir après avoir été justifiés. Et jusqu’à ce que nous le fassions, nous ne pouvons aller plus loin. Car, tant que nous ne sentons pas notre maladie, elle n’admet point de guérison. Mais, supposé que nous nous repentions ainsi, alors nous sommes appelés à « croire à la bonne nouvelle ».
2. Et ceci aussi doit être entendu dans un sens particulier, différent de celui dans lequel nous avons cru pour être justifiés. Croyez la bonne nouvelle du grand salut que Dieu a préparé pour tous les peuples. Croyez que celui qui est « le reflet de la gloire de son Père, et l’empreinte de sa personne », « peut sauver parfaitement tous ceux qui s’approchent de Dieu par lui ». Il peut vous sauver de tout le péché qui demeure encore dans votre cœur. Il peut vous sauver de tout le péché qui s’attache à toutes vos paroles et à toutes vos actions. Il peut vous sauver des péchés d’omission, et suppléer à tout ce qui vous manque. Il est vrai que cela est impossible à l’homme ; mais à l’Homme-Dieu tout est possible. Car qu’y a-t-il de trop difficile pour celui qui a « tout pouvoir dans le ciel et sur la terre » ? À la vérité, son simple pouvoir de le faire n’est pas un fondement suffisant pour notre foi qu’il le fera, qu’il exercera ainsi son pouvoir, à moins qu’il ne l’ait promis. Mais c’est ce qu’il a fait : il l’a promis maintes et maintes fois, dans les termes les plus forts. Il nous a donné ces « les plus grandes et les plus précieuses promesses », tant dans l’Ancien que dans le Nouveau Testament. Ainsi lisons-nous dans la loi, dans la partie la plus ancienne des oracles de Dieu : « L’Éternel, ton Dieu, circoncira ton cœur et le cœur de ta postérité, et tu aimeras l’Éternel, ton Dieu, de tout ton cœur et de toute ton âme. » (Deutéronome 30:6.) Ainsi dans les Psaumes : « C’est lui qui rachètera Israël », l’Israël de Dieu, « De toutes ses iniquités ». Ainsi dans le prophète : « Je répandrai sur vous une eau pure, et vous serez purifiés; je vous purifierai de toutes vos souillures et de toutes vos idoles. Je mettrai mon esprit en vous, et je ferai en sorte que vous suiviez mes ordonnances, et que vous observiez et pratiquiez mes lois. Je vous délivrerai de toutes vos souillures. J’appellerai le blé, et je le multiplierai; je ne vous enverrai plus la famine. » (Ézéchiel 36:25.) Ainsi encore dans le Nouveau Testament : « Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël, De ce qu’il a visité et racheté son peuple, Et nous a suscité un puissant Sauveur… Selon le serment par lequel il avait juré à Abraham, notre père, De nous permettre, après que nous serions délivrés de la main de nos ennemis, De le servir sans crainte, En marchant devant lui dans la sainteté et dans la justice tous les jours de notre vie. » (Luc 1:68.)
3. Vous avez donc de bonnes raisons de croire qu’il est non seulement capable, mais désireux de le faire : de vous purifier de toute souillure de la chair et de l’esprit ; de « vous délivrer de toutes vos souillures ». C’est là ce que vous désirez maintenant ardemment ; c’est là la foi dont vous avez maintenant particulièrement besoin, savoir que le grand Médecin, l’Ami de mon âme, veut me rendre pur. Mais veut-il le faire demain, ou aujourd’hui ? Qu’il réponde lui-même : « Aujourd’hui, si vous entendez » ma « voix, N’endurcissez pas vos cœurs. » Si vous remettez à demain, vous endurcissez vos cœurs ; vous refusez d’entendre sa voix. Croyez donc qu’il veut vous sauver aujourd’hui. Il veut vous sauver maintenant. « Voici maintenant le temps favorable. » Il dit maintenant : « Sois pur ! » Croyez seulement, et vous aussi vous trouverez immédiatement que « Tout est possible à celui qui croit. »
4. Continuez à croire en celui qui t’a aimé et qui s’est livré lui-même pour toi ; qui a porté tous tes péchés en son corps sur le bois ; et il te sauve de toute condamnation par son sang continuellement appliqué. C’est ainsi que nous demeurons dans l’état de justification. Et lorsque nous allons « par la foi et pour la foi, lorsque nous avons la foi pour être purifiés du péché qui habite en nous, pour être délivrés de toutes nos souillures, nous sommes aussi délivrés de toute cette culpabilité, de ce démérite qui appelle le châtiment, que nous sentions auparavant. De sorte qu’alors nous pouvons dire, non seulement :
À chaque instant, Seigneur, j’ai besoin
Du mérite de ta mort ;
mais aussi, dans la pleine assurance de la foi :
À chaque instant, Seigneur, je possède
Le mérite de ta mort !
Car, par cette foi en sa vie, en sa mort et en son intercession pour nous, renouvelée d’instant en instant, nous sommes entièrement purs, et il n’y a pas seulement maintenant aucune condamnation pour nous, mais plus de démérite du châtiment tel qu’il y en avait auparavant, le Seigneur purifiant à la fois nos cœurs et nos vies.
5. Par la même foi nous sentons la puissance de Christ reposer sur nous à chaque instant, par laquelle seule nous sommes ce que nous sommes ; par laquelle nous sommes rendus capables de demeurer dans la vie spirituelle, et sans laquelle, malgré toute notre sainteté présente, nous serions des démons l’instant d’après. Mais aussi longtemps que nous gardons notre foi en lui, nous « puisons de l’eau aux sources du salut ». Appuyés sur notre Bien-Aimé, Christ en nous l’espérance de la gloire, qui habite dans nos cœurs par la foi, qui aussi intercède toujours pour nous à la droite de Dieu, nous recevons de lui le secours pour penser, dire et faire ce qui est agréable à ses yeux. C’est ainsi qu’il « prévient » ceux qui croient dans toutes leurs « actions, et les seconde de son secours continuel » ; de sorte que tous leurs desseins, leurs conversations et leurs actions sont « commencés, continués et achevés en lui ». C’est ainsi qu’il « purifie les pensées de leurs cœurs par l’inspiration de son Saint-Esprit, afin qu’ils l’aiment parfaitement et magnifient dignement son saint nom ».
6. C’est ainsi que, chez les enfants de Dieu, la repentance et la foi se répondent exactement. Par la repentance, nous sentons le péché qui demeure dans nos cœurs et qui s’attache à nos paroles et à nos actions ; par la foi, nous recevons la puissance de Dieu en Christ, qui purifie nos cœurs et nettoie nos mains. Par la repentance, nous sentons encore que nous méritons le châtiment pour toutes nos dispositions, nos paroles et nos actions ; par la foi, nous avons conscience que notre Avocat auprès du Père plaide continuellement pour nous, et détourne ainsi continuellement de nous toute condamnation et tout châtiment. Par la repentance, nous avons une conviction constante qu’il n’y a en nous aucun secours ; par la foi, nous recevons non seulement miséricorde, « mais grâce pour être secourus dans » tous « nos besoins. La repentance rejette jusqu’à la possibilité de tout autre secours ; la foi accepte tout le secours dont nous avons besoin, de celui qui a tout pouvoir dans le ciel et sur la terre. La repentance dit : « Sans lui je ne puis rien faire. » La foi dit : « Je puis tout par Christ qui me fortifie. » Par lui je puis non seulement vaincre, mais chasser tous les ennemis de mon âme. Par lui je puis « aimer le Seigneur mon Dieu de tout mon cœur, de toute ma pensée, de toute mon âme et de toute ma force » ; oui, et « marcher devant lui dans la sainteté et dans la justice tous les jours de ma vie ».
III. 1. De ce qui a été dit, nous pouvons aisément apprendre combien est pernicieuse cette opinion selon laquelle nous sommes entièrement sanctifiés lorsque nous sommes justifiés, et nos cœurs alors purifiés de tout péché. Il est vrai que nous sommes alors délivrés, comme on l’a observé plus haut, de la domination du péché extérieur ; et qu’en même temps la puissance du péché intérieur est tellement brisée que nous n’avons plus besoin de le suivre ni de nous laisser conduire par lui. Mais il n’est nullement vrai que le péché intérieur soit alors totalement détruit ; que la racine de l’orgueil, de la volonté propre, de la colère, de l’amour du monde soit alors ôtée du cœur ; ou que la pensée charnelle et le cœur enclin à s’éloigner soient entièrement extirpés. Et supposer le contraire n’est pas, comme quelques-uns peuvent le penser, une erreur innocente et sans danger. Non : cela fait un mal immense ; cela ferme entièrement le chemin à tout changement ultérieur ; car il est manifeste que « Ce ne sont pas ceux qui se portent bien qui ont besoin de médecin, mais les malades ». Si donc nous pensons que nous sommes déjà parfaitement guéris, il n’y a plus lieu de chercher une guérison ultérieure. Dans cette supposition, il est absurde d’attendre une délivrance ultérieure du péché, qu’elle soit graduelle ou instantanée.
2. Au contraire, une profonde conviction que nous ne sommes pas encore guéris ; que nos cœurs ne sont pas pleinement purifiés ; qu’il y a encore en nous une « pensée charnelle » qui est encore, par sa nature même, « inimitié contre Dieu » ; qu’un corps entier de péché demeure dans notre cœur, affaibli à la vérité, mais non détruit, montre, au-delà de toute possibilité de doute, la nécessité absolue d’un changement ultérieur. Nous reconnaissons qu’au moment même de la justification nous sommes nés de nouveau : en cet instant nous faisons l’expérience de ce changement intérieur qui nous fait passer « des ténèbres à son admirable lumière » ; de l’image de la brute et du diable à l’image de Dieu ; d’une pensée terrestre, charnelle, diabolique, à la pensée qui était en Jésus-Christ. Mais sommes-nous alors entièrement changés ? Sommes-nous pleinement transformés à l’image de celui qui nous a créés ? Tant s’en faut : nous gardons encore un abîme de péché ; et c’est le sentiment de cela qui nous contraint à soupirer, pour une pleine délivrance, vers celui qui est puissant pour sauver. De là vient que les croyants qui ne sont pas convaincus de la profonde corruption de leur cœur, ou qui ne le sont que légèrement et, pour ainsi dire, en idée, se soucient peu de l’entière sanctification. Ils peuvent peut-être tenir l’opinion qu’une telle chose doit avoir lieu, soit à la mort, soit à quelque moment, ils ne savent quand, avant elle. Mais ils n’éprouvent pas grande inquiétude d’en être privés, ni grande faim ou soif de l’obtenir. Ils ne le peuvent pas, jusqu’à ce qu’ils se connaissent mieux, jusqu’à ce qu’ils se repentent au sens décrit plus haut, jusqu’à ce que Dieu dévoile la face du monstre qui habite en eux et leur montre l’état réel de leurs âmes. Alors seulement, lorsqu’ils sentiront le fardeau, ils soupireront après la délivrance. Alors, et pas avant, ils s’écrieront dans l’angoisse de leur âme :
Brise le joug du péché qui m’habite,
Et rends à mon esprit pleine liberté !
Je ne puis reposer avant d’être pur au-dedans,
Avant d’être tout entier perdu en toi.
3. Nous pouvons apprendre de là, secondement, qu’une profonde conviction de notre démérite après que nous avons été acceptés (ce qui, en un sens, peut être appelé culpabilité) est absolument nécessaire pour que nous voyions la vraie valeur du sang expiatoire, pour que nous sentions que nous en avons autant besoin après avoir été justifiés que nous en avions jamais eu besoin auparavant. Sans cette conviction, nous ne pouvons que tenir le sang de l’alliance pour une chose commune, une chose dont nous n’avons plus maintenant grand besoin, puisque tous nos péchés passés sont effacés. Oui, mais si nos cœurs et nos vies sont ainsi impurs, il y a une sorte de culpabilité que nous contractons à chaque instant, et qui, par conséquent, nous exposerait à chaque instant à une nouvelle condamnation, n’était que
Il vit toujours là-haut,
Pour intercéder pour nous, —
Pour plaider son amour qui expie tout,
Et son sang précieux.
C’est cette repentance, et la foi qui lui est intimement liée, qui sont exprimées dans ces vers énergiques :
Je pèche à chaque souffle que je prends,
Je ne fais ta volonté ni ne garde ta loi
Sur la terre, comme les anges là-haut :
Mais toujours la source reste ouverte,
Lave mes pieds, mon cœur, mes mains,
Jusqu’à ce que je sois rendu parfait dans l’amour.
4. Nous pouvons observer, troisièmement, qu’une profonde conviction de notre entière impuissance, de notre totale incapacité de retenir quoi que ce soit de ce que nous avons reçu, bien plus encore de nous délivrer du monde d’iniquité qui demeure dans nos cœurs et dans nos vies, nous apprend à vivre véritablement de Christ par la foi, non seulement comme notre Sacrificateur, mais comme notre Roi. Par là nous sommes amenés à le « magnifier » véritablement ; à « lui rendre toute la gloire de sa grâce » ; à « faire de lui un Christ entier, un Sauveur complet, et à mettre vraiment la couronne sur sa tête ». Ces excellentes paroles, telles qu’on les a souvent employées, n’ont que peu ou point de sens ; mais elles s’accomplissent dans un sens fort et profond lorsque nous sortons ainsi, pour ainsi dire, de nous-mêmes, afin d’être engloutis en lui ; lorsque nous nous abîmons dans le néant, afin qu’il soit tout en tous. Alors, sa grâce toute-puissante ayant aboli « toute hauteur qui s’élevait contre lui », toute disposition, toute pensée, toute parole et toute œuvre « est amenée à l’obéissance de Christ ».
Londonderry, 24 avril 1767
Chapitre 15 terminé
La repentance des croyants