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Sur le péché dans les croyants

Chapitre 14 · 30 min de lecture · 38 min d’écoute

Sur le péché dans les croyants

Sermon 13

Sur le péché dans les croyants

« Si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle créature. »

2 Corinthiens 5:17.

I. 1. Y a-t-il donc du péché en celui qui est en Christ ? Le péché demeure-t-il en celui qui croit en lui ? Y a-t-il quelque péché en ceux qui sont nés de Dieu, ou en sont-ils entièrement délivrés ? Que personne ne s’imagine que ce soit là une question de pure curiosité, ou qu’il importe peu qu’elle soit tranchée dans un sens ou dans l’autre. C’est au contraire un point de la plus haute importance pour tout chrétien sérieux, et dont la solution touche de très près à son bonheur présent et éternel.

2. Et pourtant je ne sache pas qu’il ait jamais été controversé dans l’Église primitive. À vrai dire, il n’y avait pas lieu d’en disputer, puisque tous les chrétiens étaient d’accord. Et, autant que j’ai pu l’observer, l’ensemble des anciens chrétiens qui nous ont laissé quelque écrit déclarent d’une seule voix que même les croyants en Christ, jusqu’à ce qu’ils soient « forts dans le Seigneur, et par sa force toute-puissante », ont besoin de « lutter contre la chair et le sang », contre une nature mauvaise, aussi bien que « contre les dominations, contre les autorités ».

3. Et en ceci notre propre Église (comme, à vrai dire, sur la plupart des points) suit exactement l’Église primitive, lorsqu’elle déclare dans son neuvième article : « Le péché originel est la corruption de la nature de tout homme, par laquelle l’homme est, de sa propre nature, enclin au mal, de sorte que la chair convoite contre l’Esprit. Et cette infection de la nature demeure, oui, même en ceux qui sont régénérés ; en sorte que la convoitise de la chair, appelée en grec phronema sarkos, n’est pas soumise à la loi de Dieu. Et bien qu’il n’y ait aucune condamnation pour ceux qui croient, cette convoitise a pourtant en elle-même la nature du péché. »

4. Le même témoignage est rendu par toutes les autres Églises ; non seulement par l’Église grecque et par l’Église romaine, mais par toutes les Églises réformées d’Europe, de quelque dénomination qu’elles soient. Il est vrai que quelques-unes d’entre elles semblent pousser la chose trop loin, décrivant la corruption du cœur chez le croyant de telle manière qu’elles admettent à peine qu’il la domine, mais plutôt qu’il en est l’esclave ; et, par ce moyen, elles ne laissent guère de différence entre un croyant et un incrédule.

5. Pour éviter cet extrême, beaucoup d’hommes bien intentionnés, particulièrement ceux qui étaient sous la direction du feu comte Zinzendorf, tombèrent dans l’extrême opposé, affirmant que tous les vrais croyants sont sauvés non seulement de la domination du péché, mais de l’existence même du péché intérieur aussi bien qu’extérieur, de sorte qu’il ne demeure plus en eux. Et c’est d’eux que, il y a environ vingt ans, beaucoup de nos compatriotes reçurent cette même opinion, que même la corruption de la nature n’existe plus en ceux qui croient en Christ.

6. Il est vrai que, lorsque les Allemands furent pressés sur ce point, ils reconnurent bientôt (beaucoup d’entre eux du moins) que le péché demeurait encore dans la chair, mais non dans le cœur du croyant ; et, au bout de quelque temps, quand l’absurdité de cette distinction eut été démontrée, ils abandonnèrent franchement la position, reconnaissant que le péché demeure encore, quoiqu’il ne règne pas, en celui qui est né de Dieu.

7. Mais les Anglais, qui l’avaient reçue d’eux (les uns directement, les autres de seconde ou de troisième main), ne se laissèrent pas si aisément persuader de renoncer à une opinion favorite ; et même lorsque la plupart d’entre eux furent convaincus qu’elle était absolument insoutenable, quelques-uns ne purent être amenés à l’abandonner, mais la maintiennent encore aujourd’hui.

II. 1. À cause de ceux qui craignent véritablement Dieu et désirent connaître « la vérité qui est en Jésus », il ne sera peut-être pas hors de propos d’examiner ce point avec calme et impartialité. Ce faisant, j’emploie indifféremment les mots régénérés, justifiés ou croyants ; car, bien qu’ils n’aient pas exactement le même sens (le premier impliquant un changement intérieur et réel, le second un changement relatif, et le troisième le moyen par lequel l’un et l’autre sont opérés), ils reviennent pourtant à une seule et même chose, puisque quiconque croit est à la fois justifié et né de Dieu.

2. Par péché, j’entends ici le péché intérieur : toute disposition, toute passion ou toute affection pécheresse, telle que l’orgueil, la volonté propre, l’amour du monde, en quelque genre ou à quelque degré que ce soit ; telle que la convoitise, la colère, l’humeur chagrine ; toute disposition contraire aux sentiments qui étaient en Christ.

3. La question ne porte pas sur le péché extérieur ; elle n’est pas de savoir si un enfant de Dieu commet le péché ou non. Nous sommes tous d’accord pour soutenir avec force que « Celui qui pèche est du diable ». Nous sommes d’accord que « Quiconque est né de Dieu ne pratique pas le péché ». Nous ne cherchons pas non plus maintenant si le péché intérieur demeurera toujours dans les enfants de Dieu, si le péché subsistera dans l’âme aussi longtemps qu’elle demeurera dans le corps ; ni même si une personne justifiée peut retomber dans le péché, soit intérieur, soit extérieur ; mais simplement ceci : un homme justifié ou régénéré est-il délivré de tout péché dès qu’il est justifié ? N’y a-t-il dès lors aucun péché dans son cœur ? ni jamais par la suite, à moins qu’il ne déchoie de la grâce ?

4. Nous reconnaissons que l’état d’une personne justifiée est inexprimablement grand et glorieux. Il est né de nouveau, « non du sang, ni de la chair, ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu ». Il est enfant de Dieu, membre de Christ, héritier du royaume des cieux. En lui, « la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, garde son cœur et ses pensées en Jésus-Christ ». Son corps même est un « temple du Saint-Esprit », et une « habitation de Dieu en Esprit ». Il est « créé de nouveau en Jésus-Christ » ; il est lavé, il est sanctifié. Son cœur est purifié par la foi ; il est purifié « de la corruption qui existe dans le monde » ; « l’amour de Dieu est répandu dans son cœur par le Saint-Esprit qui lui a été donné ». Et tant qu’il « marche dans la charité » (ce qu’il peut toujours faire), il adore Dieu en esprit et en vérité. Il garde les commandements de Dieu, et fait ce qui lui est agréable, s’exerçant de manière à « avoir une conscience sans reproche devant Dieu et devant les hommes » ; et il a puissance sur le péché tant extérieur qu’intérieur, dès le moment même où il est justifié.

III. 1. « Mais n’a-t-il pas été alors délivré de tout péché, de sorte qu’il n’y ait plus de péché dans son cœur ? » Je ne puis le dire ; je ne puis le croire, parce que saint Paul dit le contraire. Il parle à des croyants, et il décrit l’état des croyants en général, lorsqu’il dit que « la chair a des désirs contraires à ceux de l’Esprit, et l’Esprit en a de contraires à ceux de la chair; ils sont opposés entre eux ». (Galates 5:17) Rien ne saurait être plus formel. L’apôtre affirme ici directement que la chair, la nature mauvaise, s’oppose à l’Esprit, même chez les croyants ; que, même chez les régénérés, il y a deux principes « opposés entre eux ».

2. De même, lorsqu’il écrit aux croyants de Corinthe, à ceux qui avaient été sanctifiés en Jésus-Christ (1 Corinthiens 1:2), il dit : « Pour moi, frères, ce n’est pas comme à des hommes spirituels que j’ai pu vous parler, mais comme à des hommes charnels, comme à des enfants en Christ ; vous êtes encore charnels : puisqu’il y a parmi vous de la jalousie et des disputes, n’êtes-vous pas charnels ? » (1 Corinthiens 3:1, 3) Or, l’apôtre parle ici à ceux qui étaient incontestablement des croyants, qu’il appelle, du même souffle, ses frères en Christ, — comme étant encore, dans une certaine mesure, charnels. Il affirme qu’il y avait parmi eux de la jalousie (une disposition mauvaise) qui occasionnait des disputes, et pourtant il ne laisse pas le moins du monde entendre qu’ils eussent perdu leur foi. Bien plus, il déclare manifestement qu’ils ne l’avaient pas perdue ; car alors ils n’auraient pas été des enfants en Christ. Et (ce qui est le plus remarquable de tout) il parle d’être charnel et d’être enfant en Christ comme d’une seule et même chose, montrant clairement que tout croyant est (dans une certaine mesure) charnel, tant qu’il n’est qu’un enfant en Christ.

3. En vérité, ce grand point, qu’il y a dans les croyants deux principes contraires, — la nature et la grâce, la chair et l’Esprit, — parcourt toutes les épîtres de saint Paul, et même toutes les saintes Écritures ; presque toutes les directions et exhortations qu’elles renferment sont fondées sur cette supposition, visant des dispositions ou des pratiques mauvaises chez ceux qui sont néanmoins reconnus par les écrivains inspirés comme des croyants. Et ceux-ci sont continuellement exhortés à combattre et à vaincre ces choses, par la puissance de la foi qui était en eux.

4. Et qui peut douter qu’il y eût de la foi chez l’ange de l’Église d’Éphèse, lorsque notre Seigneur lui dit : « Je connais tes œuvres, ton travail, et ta persévérance ; que tu as de la persévérance, que tu as souffert à cause de mon nom, et que tu ne t’es point lassé » ? (Apocalypse 2:2–4.) Mais n’y avait-il, en même temps, aucun péché dans son cœur ? Si, ou Christ n’aurait pas ajouté : « Mais ce que j’ai contre toi, c’est que tu as abandonné ton premier amour. » C’était là un péché réel, que Dieu voyait dans son cœur, et dont, en conséquence, il est exhorté à se repentir ; et pourtant nous n’avons aucune autorité pour dire que, même alors, il n’avait point de foi.

5. Bien plus, l’ange de l’Église de Pergame est, lui aussi, exhorté à se repentir, ce qui implique le péché, bien que notre Seigneur dise expressément : « Tu n’as pas renié ma foi. » (Apocalypse 2:13, 16) Et à l’ange de l’Église de Sardes, il dit : « Affermis le reste qui est près de mourir. » Le bien qui restait était près de mourir, mais il n’était pas réellement mort. (Apocalypse 3:2) Il y avait donc encore, même chez lui, une étincelle de foi, qu’il lui est en conséquence ordonné de garder. (Apocalypse 3:3.)

6. Encore une fois : lorsque l’apôtre exhorte les croyants à « se purifier de toute souillure de la chair et de l’esprit » (2 Corinthiens 7:1), il enseigne clairement que ces croyants n’en étaient pas encore purifiés.

Répondrez-vous : « Celui qui s’abstient de toute espèce de mal se purifie ipso facto de toute souillure » ? Nullement. Par exemple : un homme m’injurie ; je ressens du ressentiment, ce qui est une souillure de l’esprit ; pourtant je ne dis pas un mot. Ici je « m’abstiens de toute espèce de mal » ; mais cela ne me purifie pas de cette souillure de l’esprit, comme j’en fais l’expérience à mon grand regret.

7. Et de même que cette position : « Il n’y a point de péché dans le croyant, point d’esprit charnel, point de penchant à se détourner de Dieu », est ainsi contraire à la parole de Dieu, de même elle est contraire à l’expérience de ses enfants. Ceux-ci sentent continuellement un cœur enclin à se détourner de Dieu, une tendance naturelle au mal, un penchant à s’éloigner de Dieu et à s’attacher aux choses de la terre. Ils ont chaque jour le sentiment du péché qui demeure dans leur cœur, — l’orgueil, la volonté propre, l’incrédulité ; et du péché qui s’attache à tout ce qu’ils disent et font, même à leurs meilleures actions et à leurs devoirs les plus saints. Et pourtant, en même temps, ils « savent qu’ils sont de Dieu » ; ils ne peuvent en douter un seul instant. Ils sentent clairement son Esprit « rendre témoignage à leur esprit qu’ils sont enfants de Dieu ». Ils « se glorifient en Dieu par Jésus-Christ, par qui maintenant ils ont obtenu la réconciliation ». De sorte qu’ils sont également assurés que le péché est en eux, et que « Christ est en eux, l’espérance de la gloire ».

8. « Mais Christ peut-il être dans le même cœur où est le péché ? » Assurément, il le peut ; autrement ce cœur ne pourrait jamais en être sauvé. Là où est la maladie, là est le Médecin,

Poursuivant son œuvre au-dedans,

Luttant jusqu’à chasser le péché.

Christ, il est vrai, ne peut régner là où le péché règne ; et il ne veut pas non plus habiter là où un péché quelconque est toléré. Mais il est et il habite dans le cœur de tout croyant qui combat tout péché, bien que ce cœur ne soit pas encore purifié selon la purification du sanctuaire.

9. On a fait observer plus haut que la doctrine opposée, — qu’il n’y a point de péché dans les croyants, — est entièrement nouvelle dans l’Église de Christ ; qu’on n’en avait jamais entendu parler pendant dix-sept cents ans ; jamais, jusqu’à ce qu’elle fût découverte par le comte Zinzendorf. Je ne me souviens pas d’en avoir vu la moindre trace chez aucun écrivain, ancien ou moderne, si ce n’est peut-être chez quelques-uns de ces antinomiens extravagants et déclamateurs. Et ceux-ci encore disent et se dédisent, reconnaissant qu’il y a du péché dans leur chair, bien qu’il n’y ait pas de péché dans leur cœur. Mais toute doctrine nouvelle doit être fausse ; car l’ancienne religion est la seule vraie ; et aucune doctrine ne peut être juste, à moins d’être celle-là même « qui était dès le commencement ».

10. Un argument de plus contre cette doctrine nouvelle et antiscripturaire peut être tiré de ses terribles conséquences. Quelqu’un dit : « J’ai ressenti de la colère aujourd’hui. » Faut-il que je réponde : « Alors vous n’avez pas la foi » ? Un autre dit : « Je sais que ce que vous me conseillez est bon, mais ma volonté y est tout à fait opposée. » Faut-il que je lui dise : « Alors vous êtes un incrédule, sous la colère et la malédiction de Dieu » ? Quelle sera la conséquence naturelle de ceci ? Eh bien, s’il croit ce que je dis, son âme ne sera pas seulement affligée et blessée, mais peut-être entièrement perdue ; puisqu’il « abandonnera » cette « assurance, à laquelle est attachée une grande rémunération » ; et, ayant rejeté son bouclier, comment pourra-t-il « éteindre tous les traits enflammés du malin » ? Comment vaincra-t-il le monde ? — puisque « la victoire qui triomphe du monde, c’est notre foi ». Il se tient désarmé au milieu de ses ennemis, exposé à tous leurs assauts. Quoi d’étonnant alors s’il est entièrement renversé ; s’ils le font captif à leur gré ; et même s’il tombe d’une méchanceté dans une autre, et ne voit plus jamais le bien ? Je ne puis donc en aucune manière recevoir cette assertion, qu’il n’y a point de péché dans le croyant dès le moment où il est justifié : premièrement, parce qu’elle est contraire à toute la teneur de l’Écriture ; — secondement, parce qu’elle est contraire à l’expérience des enfants de Dieu ; — troisièmement, parce qu’elle est absolument nouvelle, et qu’on n’en avait jamais entendu parler dans le monde jusqu’à hier ; — et enfin, parce qu’elle est naturellement accompagnée des conséquences les plus funestes, non seulement en affligeant ceux que Dieu n’a pas affligés, mais peut-être en les entraînant dans la perdition éternelle.

IV. 1. Toutefois, accordons une audience équitable aux principaux arguments de ceux qui s’efforcent de la soutenir. Et c’est d’abord par l’Écriture qu’ils tentent de prouver qu’il n’y a point de péché dans le croyant. Ils raisonnent ainsi : « L’Écriture dit que tout croyant est né de Dieu, est pur, est saint, est sanctifié, est pur de cœur, a un cœur nouveau, est un temple du Saint-Esprit. Or, de même que ce qui est né de la chair est chair, est entièrement mauvais, de même ce qui est né de l’Esprit est esprit, est entièrement bon. De plus : un homme ne peut être pur, sanctifié, saint, et en même temps impur, non sanctifié, profane. Il ne peut être pur et impur, ni avoir à la fois un cœur nouveau et un cœur ancien. Son âme ne peut non plus être profane, tandis qu’elle est un temple du Saint-Esprit. »

J’ai présenté cette objection avec autant de force que possible, afin que tout son poids apparaisse. Examinons-la maintenant, point par point. Et, 1. « Ce qui est né de l’Esprit est esprit, est entièrement bon. » J’admets le texte, mais non le commentaire. Car le texte affirme ceci, et rien de plus : que tout homme qui est « né de l’Esprit » est un homme spirituel. Il l’est ; mais il peut l’être sans être pourtant entièrement spirituel. Les chrétiens de Corinthe étaient des hommes spirituels ; autrement ils n’auraient pas été chrétiens du tout ; et pourtant ils n’étaient pas entièrement spirituels : ils étaient encore, en partie, charnels. — « Mais ils étaient déchus de la grâce. » Saint Paul dit : Non. Ils étaient encore alors des enfants en Christ. 2. « Mais un homme ne peut être pur, sanctifié, saint, et en même temps impur, non sanctifié, profane. » Assurément il le peut. Ainsi étaient les Corinthiens. « Vous avez été lavés », dit l’apôtre, « vous avez été sanctifiés » ; c’est-à-dire purifiés de « l’impudicité, l’idolâtrie, l’ivrognerie », et de tout autre péché extérieur (1 Corinthiens 6:9, 10, 11) ; et pourtant, en même temps, dans un autre sens du mot, ils n’étaient pas sanctifiés ; ils n’étaient pas lavés, pas intérieurement purifiés de l’envie, des mauvais soupçons, de la partialité. — « Mais sûrement ils n’avaient pas à la fois un cœur nouveau et un cœur ancien. » Il est très sûr qu’ils l’avaient, car à ce moment même leurs cœurs étaient vraiment, mais non entièrement, renouvelés. Leur esprit charnel était cloué à la croix ; pourtant il n’était pas entièrement détruit. — « Mais pouvaient-ils être profanes, alors qu’ils étaient des temples du Saint-Esprit ? » Oui ; qu’ils fussent des temples du Saint-Esprit, cela est certain (1 Corinthiens 6:19) ; et il est également certain qu’ils étaient, à quelque degré, charnels, c’est-à-dire profanes.

2. « Toutefois, il y a encore un passage de l’Écriture qui mettra la chose hors de doute : “Si quelqu’un est” croyant “en Christ, il est une nouvelle créature. Les choses anciennes sont passées; voici, toutes choses sont devenues nouvelles.” (2 Corinthiens 5:17.) Or, assurément, un homme ne peut être à la fois une nouvelle créature et une ancienne créature. » Si, il le peut : il peut être renouvelé en partie, ce qui était précisément le cas de ceux de Corinthe. Ils étaient sans doute « renouvelés dans l’esprit de leur intelligence », ou ils n’auraient pas même pu être « des enfants en Christ ». Pourtant ils n’avaient pas pleinement les sentiments qui étaient en Christ, car ils se portaient envie les uns aux autres. « Mais il est dit expressément : “Les choses anciennes sont passées : toutes choses sont devenues nouvelles.” » Mais nous ne devons pas interpréter les paroles de l’apôtre de manière à le faire se contredire lui-même. Et si nous voulons le rendre conséquent avec lui-même, le sens clair de ces paroles est celui-ci : son ancien jugement touchant la justification, la sainteté, le bonheur, et à vrai dire touchant les choses de Dieu en général, est maintenant passé ; de même ses anciens désirs, ses anciens desseins, ses affections, ses dispositions et sa conduite. Toutes ces choses sont indéniablement devenues nouvelles, grandement changées de ce qu’elles étaient ; et pourtant, bien qu’elles soient nouvelles, elles ne sont pas entièrement nouvelles. Il sent encore, à sa douleur et à sa honte, des restes du vieil homme, des traces trop manifestes de ses anciennes dispositions et de ses anciennes affections, bien qu’elles ne puissent prendre aucun avantage sur lui, aussi longtemps qu’il veille dans la prière.

3. Tout cet argument : « S’il est pur, il est pur » ; « S’il est saint, il est saint » (et l’on pourrait aisément entasser vingt autres expressions du même genre), n’est en réalité rien de mieux qu’un jeu de mots : c’est le sophisme qui consiste à argumenter du particulier au général, à tirer une conclusion générale de prémisses particulières. Énoncez la proposition entière, et elle se présente ainsi : « S’il est saint en quelque mesure, il est saint entièrement. » Cela ne s’ensuit pas : tout enfant en Christ est saint, et pourtant il ne l’est pas entièrement. Il est sauvé du péché, mais non pas entièrement : le péché demeure, bien qu’il ne règne pas. Si vous pensez qu’il ne demeure pas (chez les enfants du moins, quoi qu’il en soit des jeunes gens ou des pères), vous n’avez assurément pas considéré la hauteur, la profondeur, la longueur et la largeur de la loi de Dieu (c’est-à-dire de la loi d’amour exposée par saint Paul dans le treizième chapitre aux Corinthiens), ni que toute anomia, toute non-conformité à cette loi ou toute déviation de cette loi, est péché. Or, n’y a-t-il aucune non-conformité à cette loi dans le cœur ou dans la vie d’un croyant ? Ce qui peut se trouver chez un chrétien adulte est une autre question ; mais combien faut-il être étranger à la nature humaine pour pouvoir s’imaginer qu’il en soit ainsi de tout enfant en Christ !

4. « Mais les croyants marchent selon l’Esprit [Ce qui suit, sur plusieurs pages, est une réponse à un écrit publié dans le Christian Magazine, p. 577–582. Je suis surpris que M. Dodd ait donné place dans son Magazine à un tel écrit, qui est directement contraire à notre neuvième article. — éditeur] (Romains 8:1), et l’Esprit de Dieu habite en eux ; par conséquent, ils sont délivrés de la culpabilité, de la puissance, ou, en un mot, de l’existence du péché. »

On accouple ici ces choses comme si elles étaient une seule et même chose. Mais elles ne sont pas la même chose. La culpabilité est une chose, la puissance en est une autre, et l’existence une autre encore. Que les croyants soient délivrés de la culpabilité et de la puissance du péché, nous l’admettons ; qu’ils soient délivrés de son existence, nous le nions. Et cela ne découle en aucune manière de ces textes. Un homme peut avoir l’Esprit de Dieu habitant en lui, et peut « marcher selon l’Esprit », bien qu’il sente encore « la chair qui a des désirs contraires à ceux de l’Esprit ».

5. « Mais “l’Église est le corps de Christ” (Colossiens 1:24) ; cela implique que ses membres sont lavés de toute souillure ; autrement il s’ensuivra que Christ et Bélial sont incorporés l’un à l’autre. »

Non ; il ne s’ensuivra pas de ceci : « Ceux qui sont le corps mystique de Christ sentent encore la chair qui a des désirs contraires à ceux de l’Esprit », que Christ ait quelque communion avec le diable, ou avec ce péché qu’il les rend capables de combattre et de vaincre.

6. « Mais les chrétiens ne sont-ils pas “venus à la Jérusalem céleste”, où “rien de souillé ne peut entrer” ? » (Hébreux 12:22.) Oui ; « et des myriades qui forment le chœur des anges, et des esprits des justes parvenus à la perfection » ; c’est-à-dire :

Ciel et terre, tout s’accorde ;

Tout n’est qu’une grande famille.

Et ils sont également saints et sans souillure, tant qu’ils « marchent selon l’Esprit », bien qu’ils sentent qu’il y a en eux un autre principe, et qu’« ils sont opposés entre eux ».

7. « Mais les chrétiens sont réconciliés avec Dieu. Or, cela ne pourrait être, s’il restait en eux quelque chose de l’esprit charnel ; car celui-ci est inimitié contre Dieu : par conséquent, aucune réconciliation ne peut s’opérer que par sa destruction totale. »

Nous sommes « réconciliés avec Dieu par le sang de la croix » ; et à ce moment même le phronema sarkos, la corruption de la nature, qui est inimitié contre Dieu, est mis sous nos pieds ; la chair n’a plus de domination sur nous. Mais elle existe encore ; et elle est encore, de sa nature, inimitié contre Dieu, ayant des désirs contraires à ceux de son Esprit.

8. Mais ceux qui sont à Christ ont crucifié la chair avec ses passions et ses désirs. (Galates 5:24.) Ils l’ont fait ; pourtant elle demeure encore en eux, et s’efforce souvent de se dégager de la croix. Mais, dira-t-on, ils se sont dépouillés du vieil homme et de ses œuvres. (Colossiens 3:9.) Ils l’ont fait ; et, dans le sens décrit plus haut, les choses anciennes sont passées ; toutes choses sont devenues nouvelles. On peut citer cent textes dans le même sens ; et ils admettront tous la même réponse. « Mais, pour tout dire en un mot, “Christ s’est livré lui-même pour l’Église, afin qu’elle fût sainte et sans tache”. » (Éphésiens 5:25, 27.) Et ainsi en sera-t-il à la fin ; mais il n’en a jamais été ainsi jusqu’ici, depuis le commencement jusqu’à ce jour.

9. « Mais laissons parler l’expérience : tous ceux qui sont justifiés trouvent à ce moment-là une entière délivrance de tout péché. » J’en doute ; mais, s’ils la trouvent, la trouvent-ils toujours ensuite ? Sinon, vous ne gagnez rien. « S’ils ne la trouvent pas, c’est leur propre faute. » Cela reste à prouver.

10. « Mais, dans la nature même des choses, un homme peut-il avoir de l’orgueil en lui, et ne pas être orgueilleux ; de la colère, et ne pas être en colère ? »

Un homme peut avoir de l’orgueil en lui, peut avoir de lui-même, sur quelques points particuliers, une plus haute opinion qu’il ne doit (et être ainsi orgueilleux sur ce point particulier), et pourtant n’être pas un homme orgueilleux dans son caractère général. Il peut avoir de la colère en lui, et même un fort penchant à une colère furieuse, sans y céder. — « Mais la colère et l’orgueil peuvent-ils être dans un cœur où l’on ne sent que douceur et humilité ? » Non ; mais quelque orgueil et quelque colère peuvent être dans un cœur où il y a beaucoup d’humilité et de douceur.

« Il ne sert de rien de dire : Ces dispositions sont là, mais elles ne règnent pas ; car le péché ne peut, en aucun genre ni à aucun degré, exister là où il ne règne pas ; car la culpabilité et la puissance sont des propriétés essentielles du péché. Donc, là où l’une d’elles se trouve, toutes doivent se trouver. »

Étrange, en vérité ! « Le péché ne peut, en aucun genre ni à aucun degré, exister là où il ne règne pas ? » Voilà qui est absolument contraire à toute expérience, à toute l’Écriture, à tout bon sens. Le ressentiment d’un affront est un péché ; c’est une anomia, une non-conformité à la loi d’amour. Ce ressentiment a existé en moi mille fois. Pourtant il ne régnait pas, et il ne règne pas. — « Mais la culpabilité et la puissance sont des propriétés essentielles du péché ; donc, là où l’une se trouve, toutes doivent se trouver. » Non : dans le cas qui nous occupe, si l’on ne cède pas, même un instant, au ressentiment que je ressens, il n’y a aucune culpabilité, aucune condamnation de la part de Dieu à cet égard. Et dans ce cas, il n’a aucune puissance : bien qu’il « ait des désirs contraires à ceux de l’Esprit », il ne peut l’emporter. Ici donc, comme dans dix mille cas, il y a péché sans culpabilité ni puissance.

11. « Mais supposer du péché dans un croyant, c’est une supposition grosse de tout ce qu’il y a d’effrayant et de décourageant. Cela implique que nous luttons contre une puissance qui a pris possession de notre force, qui maintient son usurpation sur nos cœurs, et qui y poursuit la guerre en dépit de notre Rédempteur. » Il n’en est pas ainsi : supposer que le péché est en nous n’implique pas qu’il ait pris possession de notre force, pas plus qu’un homme crucifié n’a pris possession de ceux qui le crucifient. Cela n’implique pas davantage que « le péché maintienne son usurpation sur nos cœurs ». L’usurpateur est détrôné. Il demeure, il est vrai, là où il régnait autrefois ; mais il y demeure enchaîné. De sorte que, s’il « poursuit la guerre » en quelque sens, il s’affaiblit pourtant de plus en plus, tandis que le croyant marche de force en force, en vainqueur et pour vaincre.

12. « Je ne suis pas encore satisfait : celui qui a du péché en lui est esclave du péché. Vous supposez donc qu’un homme est justifié tandis qu’il est esclave du péché. Or, si vous admettez que des hommes peuvent être justifiés tandis qu’ils ont en eux de l’orgueil, de la colère ou de l’incrédulité ; bien plus, si vous affirmez que ces choses se trouvent (du moins pour un temps) chez tous ceux qui sont justifiés, quoi d’étonnant que nous ayons tant de croyants orgueilleux, colériques, incrédules ! »

Je ne suppose pas qu’aucun homme justifié soit esclave du péché ; mais je suppose bien que le péché demeure (du moins pour un temps) chez tous ceux qui sont justifiés.

« Mais, si le péché demeure dans un croyant, c’est un homme pécheur : si c’est l’orgueil, par exemple, il est donc orgueilleux ; si c’est la volonté propre, il est donc volontaire ; si c’est l’incrédulité, il est donc incrédule, et par conséquent il n’est pas du tout croyant. En quoi diffère-t-il donc des incrédules, des hommes non régénérés ? » C’est encore là un pur jeu de mots. Cela ne signifie rien de plus que ceci : s’il y a en lui du péché, de l’orgueil, de la volonté propre, alors — il y a du péché, de l’orgueil, de la volonté propre. Et cela, personne ne peut le nier. En ce sens donc, il est orgueilleux, ou volontaire. Mais il n’est pas orgueilleux ou volontaire dans le même sens que les incrédules, c’est-à-dire gouverné par l’orgueil ou par la volonté propre. C’est en cela qu’il diffère des hommes non régénérés. Eux obéissent au péché ; lui ne lui obéit pas. La chair est dans les uns comme dans l’autre. Mais eux « marchent selon la chair » ; lui « marche selon l’Esprit ».

« Mais comment l’incrédulité peut-elle se trouver dans un croyant ? » Ce mot a deux sens. Il signifie ou point de foi, ou peu de foi ; ou l’absence de la foi, ou sa faiblesse. Dans le premier sens, l’incrédulité ne se trouve pas dans un croyant ; dans le second, elle se trouve chez tous les enfants. Leur foi est ordinairement mêlée de doute ou de crainte, c’est-à-dire, dans le second sens, d’incrédulité. « Pourquoi avez-vous peur », dit notre Seigneur, « gens de peu de foi? » Et encore : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté? » Vous voyez qu’il y avait ici de l’incrédulité chez des croyants ; peu de foi et beaucoup d’incrédulité.

13. « Mais cette doctrine, que le péché demeure dans un croyant, qu’un homme peut être dans la faveur de Dieu tandis qu’il a du péché dans son cœur, tend certainement à encourager les hommes dans le péché. » Comprenez bien la proposition, et cette conséquence ne s’ensuit nullement. Un homme peut être dans la faveur de Dieu bien qu’il sente le péché, mais non s’il y cède. Avoir du péché ne fait pas perdre la faveur de Dieu ; céder au péché la fait perdre. Bien que la chair en vous « ait des désirs contraires à ceux de l’Esprit », vous pouvez être encore un enfant de Dieu ; mais si vous « marchez selon la chair », vous êtes un enfant du diable. Or, cette doctrine n’encourage pas à obéir au péché, mais à lui résister de toutes nos forces.

V. 1. Voici le résumé de tout ceci : il y a en toute personne, même après qu’elle est justifiée, deux principes contraires, la nature et la grâce, que saint Paul appelle la chair et l’Esprit. De là vient que, bien que même les enfants en Christ soient sanctifiés, ils ne le sont pourtant qu’en partie. Dans une certaine mesure, selon la mesure de leur foi, ils sont spirituels ; et pourtant, dans une certaine mesure, ils sont charnels. Aussi les croyants sont-ils continuellement exhortés à veiller contre la chair, aussi bien que contre le monde et le diable. Et à cela s’accorde l’expérience constante des enfants de Dieu. Tandis qu’ils sentent en eux-mêmes ce témoignage, ils sentent une volonté qui n’est pas entièrement soumise à la volonté de Dieu. Ils savent qu’ils sont en lui ; et pourtant ils trouvent un cœur prompt à s’éloigner de lui, un penchant au mal en bien des cas, et une lenteur à ce qui est bon. La doctrine contraire est entièrement nouvelle ; on n’en avait jamais entendu parler dans l’Église de Christ, depuis le temps de sa venue dans le monde jusqu’au temps du comte Zinzendorf ; et elle est accompagnée des conséquences les plus funestes. Elle supprime toute vigilance contre notre nature mauvaise, contre cette Delila dont on nous dit qu’elle s’en est allée, alors qu’elle repose encore sur notre sein. Elle arrache le bouclier des croyants faibles, les prive de leur foi, et les laisse ainsi exposés à tous les assauts du monde, de la chair et du diable.

2. Tenons donc ferme la saine doctrine « transmise aux saints une fois pour toutes », et transmise par eux, avec la parole écrite, à toutes les générations suivantes : que, bien que nous soyons renouvelés, purifiés, lavés, sanctifiés, au moment où nous croyons véritablement en Christ, nous ne sommes pas alors renouvelés, purifiés, lavés entièrement ; mais que la chair, la nature mauvaise, demeure encore (bien que domptée) et fait la guerre à l’Esprit. Mettons donc d’autant plus de diligence à « combattre le bon combat de la foi ». Appliquons-nous d’autant plus ardemment à « veiller et prier » contre l’ennemi du dedans. Prenons d’autant plus soin de « revêtir toutes les armes de Dieu », afin que, bien que « nous ayons à lutter » à la fois « contre la chair et le sang, et contre les dominations, contre les autorités, et contre les esprits méchants dans les lieux célestes », nous soyons en mesure « de pouvoir résister dans le mauvais jour, et tenir ferme après avoir tout surmonté ».

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