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Sur les divertissements publics

Chapitre 141 · 20 min de lecture · 25 min d’écoute

Sur les divertissements publics

Sermon 140

Sur les divertissements publics

« Sonne-t-on de la trompette dans une ville, Sans que le peuple soit dans l’épouvante? Arrive-t-il un malheur dans une ville, Sans que l’Éternel en soit l’auteur? »

Amos 3:6.

Heureux si, parmi nous, il n’y en a pas trop qui sont de trop près concernés par ces paroles du prophète, dont le sens clair paraît être celui-ci : Y a-t-il au monde des hommes si stupides et si insensibles, si entièrement dépourvus de raison commune, si indifférents à leur propre salut ou à leur propre perte, et à ceux de leurs voisins, que, lorsque l’alarme est donnée de jugements qui approchent, ils ne montrent aucun signe de crainte ? qu’ils ne prennent aucun soin pour les prévenir, mais continuent leur chemin avec autant de sécurité que si aucune alarme n’avait été donnée ? Tous les hommes ne savent-ils pas que tout mal qui leur arrive leur arrive par la disposition de Dieu ; et qu’il destine chaque mal de cette vie à avertir les hommes d’éviter des maux plus grands encore ? qu’il permet ces marques plus légères de son déplaisir pour réveiller le genre humain, afin que les hommes échappent à sa vengeance éternelle, et soient avertis à temps, en en ressentant une partie, de changer leurs voies, de peur que tout son déplaisir ne s’élève ?

En parlant sur ce sujet, je me propose de montrer, premièrement, qu’il n’y a point de malheur en aucun lieu sans que la main de l’Éternel y soit.

Secondement. Que tout malheur extraordinaire est la trompette de Dieu sonnée en ce lieu, afin que le peuple soit averti.

Troisièmement. D’examiner si, après que Dieu a sonné de sa trompette en ce lieu, nous avons été dans la crainte comme nous le devions.

Je dois, premièrement, montrer en peu de mots qu’il n’y a point de malheur en aucun lieu sans que la main de l’Éternel y soit. Point de malheur, c’est-à-dire point d’affliction ou de calamité, qu’elle soit de nature publique ou privée, qu’elle ne concerne qu’une seule personne ou un petit nombre, ou qu’elle s’étende à beaucoup ou à tous les habitants du lieu où elle survient. Toute circonstance qui cause une perte ou une douleur à un homme, ou à un certain nombre d’hommes, peut à cet égard être appelée un malheur ; et c’est de tels malheurs que le prophète parle en ces paroles.

De tels malheurs, nous devons croire qu’ils n’arrivent jamais que par la connaissance et la permission de Dieu. Et de chacun de ces malheurs nous pouvons dire que l’Éternel en est l’auteur, soit par sa propre puissance immédiate, par la force de sa droite, soit en commandant, ou bien en permettant, qu’il soit accompli par ceux de ses serviteurs qui font sa volonté. Car l’Éternel est roi, quelque impatients que soient les peuples ; oui, le grand Roi de toute la terre. Tout ce qui se fait donc sur toute la terre (le péché seul excepté), il le fait lui-même. Le Seigneur Dieu tout-puissant règne encore ; et toutes choses lui sont tellement soumises que sa volonté doit être faite, que nous y consentions ou non, sur la terre comme au ciel. Non seulement ses saints anges, mais toutes choses le servent en tous les lieux de sa domination : ces esprits méchants qui gouvernent les ténèbres de ce monde, et les hommes qui leur ressemblent, il les gouverne par contrainte ; les parties insensibles et brutes de la création, par la nature ; et les hommes qui ressemblent à Dieu, par leur libre choix. Mais, quoi qu’il en soit, avec ou sans leur propre choix, tous agissent en obéissance à sa volonté ; et surtout lorsque, dans son jugement, il se souvient de sa miséricorde, et permet un moindre mal afin d’en prévenir un plus grand. Alors, du moins, nous devons reconnaître la main de Dieu dans tous les instruments dont il se sert. Il importe peu qu’il exécute son dessein par les puissances du ciel ou de l’enfer, ou par les erreurs, la négligence ou la malice des hommes. Si un ange destructeur marche contre une ville ou contre un pays, c’est Dieu qui lui donne le pouvoir de détruire. Si des hommes méchants accablent un ou plusieurs de leurs semblables, les impies sont son glaive. Si le feu, la grêle, le vent ou la tempête sont déchaînés sur la terre, ils ne font pourtant qu’exécuter sa parole. Tant il est certain qu’il n’y a point de malheur en aucun lieu dont l’Éternel, en ce sens, ne soit l’auteur.

Je dois prouver, secondement, que tout malheur extraordinaire est la trompette de Dieu sonnée dans le lieu où il survient, afin que le peuple soit averti.

Toute affliction particulière est sans doute la voix de Dieu, par laquelle il appelle cette personne à fuir vers lui pour trouver du secours. Mais si quelque affliction extraordinaire survient, surtout lorsque beaucoup de personnes y sont intéressées, nous pouvons dire non seulement que Dieu nous parle par là, mais que le Dieu de gloire fait gronder le tonnerre. La voix de l’Éternel est puissante ! La voix de l’Éternel est majestueuse ! Elle exige la plus profonde attention de tous ceux à qui elle parvient. Elle réclame hautement la plus sérieuse considération, non seulement de ceux à qui elle est particulièrement adressée, mais de tous ceux qui sont autour d’eux. Elle commande, comme une voix venue du ciel, que tout le peuple soit dans l’épouvante, qu’il tremble devant la face de Dieu ! que chacun sente et montre cette crainte religieuse, ce respect sacré de la majesté de Dieu, qui est à la fois le commencement et la perfection de la sagesse ; cette crainte qui doit les faire se hâter de faire tout ce que l’Éternel, leur Dieu, leur commande, et veiller à ne s’en détourner ni à droite ni à gauche.

Il est inutile d’employer beaucoup de paroles pour prouver cela, après ce qui a déjà été prouvé. Car s’il n’y a point de malheur en aucun lieu dont l’Éternel ne soit l’auteur, et s’il n’envoie pas volontiers le malheur sur aucun lieu, mais seulement pour avertir les hommes d’éviter de plus grands maux ; alors il est clair que, partout où il y a quelque malheur, c’est la trompette de Dieu sonnée en ce lieu, afin que le peuple soit assez effrayé pour ne pas persister en quoi que ce soit qui lui déplaise. Alors il est clair que, dans chacun de ces malheurs miséricordieux, Dieu parle en ce sens : « Oh! S’ils avaient toujours ce même cœur pour me craindre et pour observer tous mes commandements, afin qu’ils fussent heureux à jamais, eux et leurs enfants! »

Troisièmement, quels signes nous avons donnés de cette crainte sage et reconnaissante, c’est ce que j’ai maintenant à examiner plus au long.

Premièrement. Considérons comment Dieu a sonné de sa trompette en ce lieu ; et, secondement, si nous avons été dans la crainte comme nous le devions.

Considérons, premièrement, comment Dieu a sonné de sa trompette parmi nous, habitants de ce lieu. Et, afin que cela ne fût jamais oublié, il serait fort à souhaiter, non seulement que les parents le racontent à leurs enfants, afin que leur postérité le connaisse, et les enfants qui sont encore à naître ; mais aussi que cela fût inscrit dans nos registres publics, en mémorial permanent pour toutes les générations : que, dans la semaine même et le jour même où ce divertissement qui a eu une part considérable dans le bouleversement du monde chrétien devait être introduit aussi chez nous, un incendie éclata tel que ni nous ni nos pères n’en avions vu en ce lieu ; un incendie qui se répandit bientôt, non sur une seule maison d’habitation, mais sur plusieurs ; qui s’avança avec une telle fureur qu’il eut bientôt raison de la faible résistance qu’on lui opposa, et ne laissa debout, de la plupart des bâtiments dont il s’était rendu maître, que juste assez pour en raviver notre souvenir. Qu’on dise que ceux qui étaient venus préparés pour un autre spectacle eurent pour divertissement celui des flammes dévorantes ! un spectacle qui dura pendant tout le temps du divertissement projeté, et qu’on ne voyait que trop clairement, avec les colonnes de fumée enflammée qui en augmentaient l’horreur, du lieu même qu’on avait choisi pour théâtre de ce divertissement.

Voilà le simple fait. Et, d’après cela seul, que quiconque a en lui l’esprit d’un homme juge si la trompette de Dieu n’a pas suffisamment retenti parmi nous, habitants de ce lieu ! Et cette trompette rend-elle un son confus ? Comment voudriez-vous que Dieu parlât plus clairement ? Désirez-vous que l’Éternel tonne aussi du haut des cieux, et envoie la grêle et les charbons de feu ? Disons plutôt : « C’est assez ! Ne parle plus, Seigneur ; car tes serviteurs écoutent ! Ceux à qui tu as parlé le plus sévèrement sont dans la crainte, et te cherchent de tout leur cœur. Ils sont résolus à ne pas différer, mais dès maintenant, par ton secours gracieux, à regarder avec soin s’ils sont sur une mauvaise voie, et à diriger leurs pieds vers la voie de l’éternité ; à renoncer à tout ce qui est mal à tes yeux ; oui, au péché qui les enveloppe le plus facilement ; et à employer toute leur diligence, pour le temps à venir, à affermir leur vocation et leur élection. Ceux à qui tu as parlé par le malheur de leurs voisins s’effraient de même de tes prodiges, et reconnaissent que ce fut ta pure bonté qui empêcha qu’eux aussi et leurs biens ne fussent consumés. Ils se proposent fermement, eux aussi, de faire le vrai usage de ton miséricordieux avertissement ; de travailler de plus en plus, de jour en jour, à se purifier de tout péché, de toute affection terrestre, afin d’être propres à se tenir en la présence de ce Dieu qui est lui-même “un feu dévorant !” »

Mais avons-nous vraiment été ainsi dans la crainte comme nous le devions ? C’est ce qu’il faut maintenant examiner. Et, parce que nous ne pouvons voir le cœur des autres, formons notre jugement d’après leurs actions, ce qui se fera le mieux par un simple récit, dont chacun de ceux qui l’entendent pourra aisément dire s’il est vrai ou faux.

Le jour qui suivit celui où la voix de Dieu nous avait si terriblement commandé d’échanger notre gaieté contre la tristesse, le divertissement qu’elle avait interrompu fut recommencé avec la même ardeur. Des foules sortirent de cette même ville où la destruction s’était accomplie la veille, et passèrent en se précipitant près du lieu de la désolation pour courir au lieu du divertissement ! On pouvait voir ici le sol couvert de monceaux de ruines, mêlés à un feu qui n’était pas encore éteint ; un peu plus loin, un sol tout aussi couvert de chevaux et d’hommes, se pressant pour voir un nouveau spectacle. De ce côté-ci étaient ceux qui pleuraient la perte de leurs biens et les besoins de leurs familles ; de l’autre, les gens en fête qui se délectaient du plaisir qu’ils avaient obtenu. Assurément, un tel mélange de gaieté et de tristesse, de festins et de deuil, de rires et de larmes, ne s’était pas vu depuis le jour où nos ancêtres vinrent pour la première fois en ce pays, jusqu’à hier.

Telle est la crainte que nous avons montrée de la colère de Dieu ! Voilà comment nous avons été dans la crainte après qu’il eut sonné de sa trompette parmi nous ! Voilà les signes que nous avons donnés de notre résolution d’éviter tout ce qui lui déplaît ! C’est ainsi que nous avons prouvé comment nous entendons éviter en particulier ce divertissement dont il nous a donné une si terrible raison de croire qu’il est loin de lui être agréable ! Non que ce soit là la seule raison que nous ayons de le croire. Outre ce dernier et triste argument contre lui, nous en avons tant d’autres qu’aucun chrétien sérieux n’aurait la tâche facile pour y répondre. Mais je n’ai le temps que de mentionner brièvement quelques-unes des conséquences qui n’en ont jamais encore été séparées.

Avant de les mentionner, il ne m’est pas nécessaire de dire si ce divertissement, considéré en lui-même et simplement, est coupable ou non. Si quelqu’un peut trouver une course qui n’ait aucune de ces conséquences, qu’il y aille au nom de Dieu. Seulement, jusqu’à ce qu’il en trouve une qui ne donne pas occasion à ces infamies ou à d’autres semblables, que celui qui prononce le nom de Christ se garde de les encourager en aucune manière.

Je voudrais faire observer encore une chose : c’est qu’il est si loin d’être contraire à la charité d’avertir des gens bien intentionnés de la tendance de ces divertissements, que plus on la leur représente avec clarté et avec force, plus on a de charité envers eux. On peut le rendre évident par une comparaison très simple. Vous voyez le vin qui pétille dans la coupe, et vous êtes sur le point d’en boire. Je vous dis qu’il y a du poison dedans ! et, par conséquent, je vous supplie de le jeter. Vous répondez : « Le vin est inoffensif en lui-même. » Je réplique : Peut-être l’est-il ; mais s’il est mêlé à ce qui n’est pas inoffensif, personne de sensé, du moins s’il le sait, à moins de pouvoir séparer le bon du mauvais, ne songera un instant à le boire. Si vous ajoutez : « Ce n’est pas un poison pour moi, quoique ce le soit pour d’autres » ; alors je dis : Jette-le pour l’amour de ton frère, de peur que tu ne l’enhardisses à boire aussi. Pourquoi ta force serait-elle pour ton frère faible une occasion de périr, lui pour qui Christ est mort ? Que chacun juge maintenant lequel est l’homme sans charité : celui qui plaide contre le vin ou le divertissement, pour l’amour de son frère ; ou celui qui plaide contre la vie de son frère, pour l’amour du vin ou des divertissements.

Tout le doute qu’il peut y avoir est celui-ci : « Y a-t-il du poison dans ce divertissement qu’on suppose inoffensif en lui-même ? » Pour éclaircir ce point, observons, premièrement, les mensonges notoires qui y sont toujours joints ; les diverses sortes de tromperies et de fraudes ; les horribles jurements et malédictions qui l’accompagnent constamment, et par lesquels est blasphémé le nom du Seigneur notre Dieu, béni éternellement. Quand ou en quel lieu a-t-on jamais vu ce divertissement sans ces terribles conséquences ? Qui a jamais assisté un seul jour à l’un de ces amusements sans être lui-même témoin de quelques-unes d’entre elles ? Et assurément celles-là seules, n’eussions-nous pas d’autres conséquences funestes à imputer à ce divertissement, suffisent, jusqu’à ce qu’on ait trouvé un moyen de l’en purifier, pour le rendre abominable à Dieu et à tous les hommes sages.

Mais, outre celles-là, nous l’accusons, secondement, de fournir les plus belles occasions d’exercer et d’accroître la convoitise. Cela se fait par l’occasion qu’il donne à tous ceux qui le veulent de parier les uns avec les autres, ce qui produit communément un désir si violent de posséder le bien d’autrui qu’il ne cessera guère lorsque ce point unique sera décidé ; mais qu’il risque fort de laisser dans l’esprit une soif telle que tous les gains du monde ne sauraient l’apaiser. Et quelle compensation le frivole amusement d’un millier de personnes peut-il offrir pour une seule âme ainsi corrompue et perdue ? C’est pourquoi, à cet égard aussi, jusqu’à ce qu’on connaisse un moyen de préserver de ce danger tous ceux qui le fréquentent, ce divertissement peut bien être lui-même une abomination à celui qui estime une seule âme plus que le monde entier.

Ne pouvons-nous pas craindre à bon droit qu’il soit une abomination à l’Éternel à cause d’un troisième effet qu’il produit ? parce qu’il est si propre à enflammer ces passions qu’il nous commande si instamment d’éteindre ? parce que beaucoup de gens s’échauffent en de telles occasions comme ils ne devraient jamais s’échauffer en aucune occasion ? À supposer qu’il soit possible à un homme de se mettre en colère sans pécher ; ce ne serait guère en de telles occasions, ni au degré où le sont communément ceux qui se mettent en colère en de telles occasions. Cette conséquence aussi, qu’il la sépare d’un tel divertissement, celui qui voudrait empêcher qu’il ne déplaise à Dieu.

Jusqu’à ce que cela soit fait, que personne ne dise : « Quel mal y a-t-il dans une course de chevaux ? » Mais si quelqu’un posait encore cette question, nous pouvons répondre plus particulièrement encore : Êtes-vous jeune, et désirez-vous y aller ? Alors il est probable que vous y allez soit pour voir, soit pour être vus ; pour admirer d’autres beaux spectacles, ou pour être admirés vous-mêmes. Le mal de cela, c’est que cela nourrit cette amitié qui est inimitié contre Dieu. Cela fortifie ces affections qui ne sont déjà que trop fortes, — la convoitise des yeux, et l’orgueil de la vie. Tous les divertissements de ce genre sont les plus nobles instruments que le diable possède pour remplir l’esprit de passions terrestres, charnelles, diaboliques ; pour vous rendre d’un esprit léger et frivole ; en un mot, pour faire de vous un ami du plaisir plutôt qu’un ami de Dieu. Êtes-vous, vous qui désirez y aller, avancés en âge, et donc moins sujets à de telles tentations ? Prenez garde que votre cœur ne vous séduise. Mais qu’il en soit comme vous le supposez : ne vous a-t-il pas fait assez de mal, s’il a empêché l’un de vous de participer au saint sacrement ? si, en empêchant soit ce sérieux examen, soit cette dévotion particulière que vous pratiquez sagement avant de vous en approcher, il vous a fait négliger de venir à cette sainte table ; et ainsi non seulement désobéir à un commandement clair de Dieu, mais encore perdre tous ces avantages inestimables qui y sont offerts à ceux qui lui obéissent ? Êtes-vous un homme riche qui désirez y aller ? Alors vous avez probablement donné quelque chose pour cela. C’est-à-dire que vous avez jeté cette semence qui aurait pu porter du fruit pour l’éternité ! Vous avez jeté une partie de ce talent par lequel, si vous l’aviez bien fait valoir, vous auriez pu gagner éternellement ! Vous avez entièrement perdu ce que Dieu lui-même, si vous le lui aviez prêté, vous aurait richement rendu. Car vous avez donné à ceux qui n’en ont pas besoin, et qui peut-être ne vous en remercient pas ; ce que, si vous l’aviez donné à vos frères sans secours, votre bienheureux Rédempteur aurait regardé comme fait à lui-même, et vous aurait traité en conséquence au grand jour. Êtes-vous un homme pauvre qui êtes allé à ce divertissement ou qui y avez donné quelque chose ? Alors il vous a fait plus de mal qu’à tout autre. Il vous a fait jeter, pour un vain amusement au dehors, ce dont votre femme et votre famille manquaient à la maison. S’il en est ainsi, vous avez renié la foi, et vous êtes bien pire qu’un infidèle. Mais supposons qu’il ne vous ait coûté aucun argent : n’était-ce pas assez de mal s’il vous a coûté quelque chose de votre temps ? Qu’aviez-vous à faire de courir après de frivoles divertissements, quand vous auriez dû être occupé à un honnête travail ? Assurément, si les riches pensent que Dieu leur a donné plus qu’il ne leur faut (quoiqu’il sera bon qu’ils ne pensent pas autrement un jour), vous, du moins, n’avez aucune tentation de le penser. À votre journée suffit son labeur.

Je n’ai que peu de mots à ajouter, — et je ne les adresse pas à ceux qui ne veulent pas entendre, dont les affections sont attachées à ce monde, et dont les yeux en sont par conséquent aveuglés ; mais je les adresse à ceux en qui se trouvent un cœur intelligent et un esprit de discernement ; — qui, s’ils se sont égarés autrefois, sont maintenant résolus, par la grâce de Dieu, à ne plus retourner à l’égarement de leurs voies ; mais, pour le temps à venir, non seulement à éviter, mais encore à combattre avec ardeur tout ce qui est contraire à la volonté de Dieu. À ceux-là je dis : Êtes-vous jeunes ? Méprisez d’autant plus toutes les occupations inutiles, mais beaucoup plus encore si elles sont coupables ; car c’est vous dont la sagesse et la gloire sont de vous souvenir de votre Créateur pendant les jours de votre jeunesse. Êtes-vous plus âgés ? Employez d’autant plus tout le temps que vous pouvez dérober aux affaires nécessaires de cette vie à vous préparer, vous et ceux qui vous entourent, à entrer dans une vie meilleure. Car votre jour est sur son déclin, votre nuit est proche. Rachetez donc le peu de temps qui vous reste. Êtes-vous riches ? Alors vous avez une raison particulière de travailler à être riches en bonnes œuvres : car c’est vous à qui l’on a beaucoup donné, non pour le jeter, mais pour en faire un bon et sage usage ; et à vous l’on demandera beaucoup. Êtes-vous pauvres ? Alors vous avez une raison particulière de travailler de vos mains, afin de pourvoir aux besoins de votre propre maison. Et quand vous avez fait cela, vous n’avez pas encore tout fait ; car vous devez alors travailler pour avoir de quoi donner à celui qui est dans le besoin, — non à celui qui a besoin de divertissements, mais à celui qui a besoin du nécessaire de la nature, — qui a besoin de vêtements pour se couvrir, de nourriture pour soutenir sa vie, ou d’une maison où reposer sa tête.

Que reste-t-il, sinon que nous travaillions tous ensemble, jeunes et vieux, riches et pauvres, à effacer le scandale passé de notre ville et de notre peuple ? Premièrement, en combattant de toutes nos forces, pour le temps à venir, en paroles et en actions, parmi nos amis et auprès de tous ceux avec qui nous avons affaire, ce malheureux divertissement, qui a de si terribles et si funestes conséquences ; en faisant tout ce qui nous est possible pour l’empêcher de revenir jamais parmi nous. Et, secondement, en témoignant toute la miséricorde que nous pouvons à nos voisins affligés, selon que Dieu nous a fait prospérer ; et, par ce secours apporté à temps, en nous amassant un bon fondement pour le jour de la nécessité. Troisièmement, par notre assiduité constante au culte public de Dieu et au saint sacrement, et par une vie vigilante, charitable et pieuse. Donnant ainsi devant les hommes et devant les anges la plus noble preuve que, bien qu’après même avoir été troublés nous nous soyons égarés, cependant, en considérant plus profondément comment Dieu a sonné de sa trompette parmi nous, nous avons été dans la crainte. Nous dirons alors d’un cœur réveillé : Voici, l’Éternel, notre Dieu, nous a montré sa gloire et sa grandeur, et nous avons entendu sa voix du milieu du feu. Maintenant donc, pendant qu’il en est temps, ôtons loin de nous tout interdit : « Car si nous continuons à entendre la voix de l’Éternel, notre Dieu, nous mourrons. »

Chapitre 141 terminé

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