Chapitre 140 · 18 min de lecture · 23 min d’écoute
Sur l’amour
Sermon 139
Sur l’amour 154154Prêché à Savannah, le 20 février 1736
« Et quand je distribuerais tous mes biens pour la nourriture des pauvres, quand je livrerais même mon corps pour être brûlé, si je n’ai pas la charité, cela ne me sert de rien. »
1 Corinthiens 13:3.
[1.] Il y a grande raison de craindre qu’on ne dise un jour de la plupart d’entre vous qui êtes ici présents que cette parole de l’Écriture, comme toutes celles que vous avez entendues auparavant, ne vous a servi de rien. Quelques-uns, peut-être, ne sont pas assez sérieux pour y prêter attention ; quelques-uns, qui y prêtent attention, ne la croiront pas ; quelques-uns, qui la croient, la trouveront pourtant dure, et l’oublieront donc aussitôt qu’ils le pourront ; et, de ce petit nombre qui la reçoivent avec joie pour un temps, quelques-uns, n’ayant aucune racine d’humilité ou de renoncement à soi-même, dès que survient une persécution à cause de la parole, aimeront mieux tomber que de souffrir pour elle. Bien plus, même parmi ceux qui y prêtent attention, qui la croient, s’en souviennent, oui, et la reçoivent si profondément dans leur cœur qu’elle y prend racine, supporte l’ardeur de la tentation et commence à porter du fruit, tous pourtant ne porteront pas du fruit jusqu’à la perfection. Les soucis ou les plaisirs du monde, et le désir d’autres choses (peut-être inconnu jusque-là), croîtront avec la parole et l’étoufferont.
[2.] Et moi qui annonce la parole de Dieu, je ne suis pas plus à l’abri de ces dangers que vous qui l’entendez. Moi aussi, j’ai à déplorer « un cœur mauvais et incrédule ». Et toutes les fois que Dieu permettra que la persécution s’élève, ne fût-ce que la légère persécution de l’opprobre, je serai peut-être le premier à trouver une occasion de chute. Ou, si je suis rendu capable de soutenir celle-là, pourtant, s’il venait à lâcher sur moi les soucis du monde, ou s’il cessait de me garder contre ces plaisirs qui ne mènent pas à lui, et contre le désir d’autres choses [que de le connaître et de l’aimer], je serais assurément submergé, et, après avoir prêché aux autres, je serais moi-même rejeté.
[3.] Pourquoi donc annoncé-je cette parole ? Pourquoi ? Parce qu’une dispensation de l’Évangile m’est confiée : et, bien que je ne sache pas ce que je ferai demain, aujourd’hui j’annoncerai l’Évangile. Et à votre égard, ma mission est ainsi conçue : « Fils de l’homme, je t’envoie vers eux, et tu leur diras: Ainsi parle le Seigneur, l’Éternel ; — qu’ils écoutent ou qu’ils n’écoutent pas. »
[4.] Ainsi parle le Seigneur, l’Éternel : « Qui que tu sois, toi qui veux entrer dans la vie, observe les commandements. » (Pour cela, « Crois au Seigneur Jésus, et tu seras sauvé ».) « N’abandonne pas notre assemblée, comme c’est la coutume de quelques-uns. » Dans le secret aussi, « prie ton Père, qui voit dans le secret », et « répands ton cœur devant lui ». Fais de ma parole « une lampe à tes pieds, et une lumière sur tes sentiers ». Garde-la « dans ton cœur et dans ta bouche, quand tu seras dans ta maison, quand tu iras en voyage, quand tu te coucheras et quand tu te lèveras ». « Reviens à moi avec des jeûnes », aussi bien qu’avec la prière ; et, par obéissance à ton Rédempteur mourant, en mangeant ce pain et en buvant cette coupe, « annoncez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne ». Par la puissance que tu recevras d’en haut au moyen de ces moyens de grâce, fais toutes les choses qui sont prescrites dans la Loi, et évite toutes celles qui y sont défendues, sachant que si vous péchez contre un seul point, vous êtes coupables de tous. » « Et n’oubliez pas la bienfaisance et la libéralité » ; — oui, pendant que vous en avez le temps, faites à tous les hommes tout le bien que vous pouvez. Puis « renonce à toi-même, charge-toi chaque jour de ta croix » ; et, si tu y es appelé, « résiste jusqu’au sang ». Et quand chacun de vous pourra dire : « Tout cela, je l’ai fait », qu’il se dise encore à lui-même (paroles devant lesquelles non seulement un Félix, mais l’âme la plus sainte de la terre pourrait trembler) : « Et quand je distribuerais tous mes biens pour la nourriture des pauvres, quand je livrerais même mon corps pour être brûlé, si je n’ai pas la charité, cela ne me sert de rien. »
Il nous importe donc à tous au plus haut point de connaître :
I. Le sens complet de ces paroles : « Et quand je distribuerais tous mes biens pour la nourriture des pauvres, quand je livrerais même mon corps pour être brûlé » ;
II. Le vrai sens du mot amour ; et,
III. En quel sens on peut dire que, sans l’amour, tout cela ne nous sert de rien.
I. Quant au premier point : il faut observer que le mot employé par saint Paul signifie proprement diviser en petits morceaux, puis distribuer ce qui a été ainsi divisé ; et, par conséquent, il implique non pas seulement que l’on se dépouille tout d’un coup de tous les biens de ce monde dont on jouit, soit dans un accès de dégoût du monde, soit dans un élan soudain de dévotion, mais un acte de choix, et un choix exécuté avec calme et avec constance. Il peut impliquer aussi que cela se fasse, non par vanité, mais en partie par un principe droit ; à savoir, dans le dessein d’accomplir le commandement de Dieu, et par le désir d’obtenir son royaume. Il faut observer en outre que le mot livrer signifie remettre effectivement une chose selon une convention ; et, en conséquence, il implique, comme le mot précédent, non une action hâtive et inconsidérée, mais une action accomplie les yeux ouverts et d’un cœur résolu, en vertu d’une résolution prise auparavant. Voici donc le sens complet de ces paroles ; que celui qui a des oreilles pour entendre entende : « Quand je donnerais tout l’avoir de ma maison pour la nourriture des pauvres ; quand je le ferais après un choix mûr et délibéré ; quand je passerais ma vie à le leur distribuer de mes propres mains, oui, et cela par un principe d’obéissance ; quand je souffrirais, dans la même vue, non seulement l’opprobre et la honte, non seulement les liens et la prison, et tout cela par mon propre fait, continué et voulu, refusant la délivrance, mais encore la mort même, — oui, la mort infligée de la manière la plus terrible à la nature ; pourtant tout cela, si je n’ai pas l’amour (l’amour de Dieu, et l’amour de tout le genre humain, “répandu dans mon cœur par le Saint-Esprit qui m’a été donné”), ne me sert de rien. »
II. Recherchons ce qu’est cet amour, — quel est le vrai sens de ce mot. Nous pouvons le considérer soit dans ses propriétés, soit dans ses effets ; et, afin de ne courir aucun risque de nous tromper, nous ne tiendrons aucun compte du jugement des hommes, mais nous irons à notre Seigneur lui-même pour apprendre la nature de l’amour, et, pour ses effets, à son apôtre inspiré.
L’amour que notre Seigneur exige de tous ceux qui le suivent, c’est l’amour de Dieu et des hommes ; — de Dieu pour lui-même, et des hommes pour l’amour de Dieu. Or, qu’est-ce qu’aimer Dieu, sinon faire en lui ses délices, se réjouir en sa volonté, désirer continuellement de lui plaire, chercher et trouver en lui son bonheur, et avoir soif jour et nuit de jouir de lui plus pleinement ?
Quant à la mesure de cet amour, notre Seigneur nous l’a clairement dit : « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur. » Non que nous ne devions aimer que lui seul, ni ne faire nos délices que de lui ; car il nous a commandé, non seulement d’aimer notre prochain, c’est-à-dire tous les hommes, comme nous-mêmes ; — de désirer et de rechercher leur bonheur aussi sincèrement et aussi constamment que le nôtre, — mais encore d’aimer beaucoup de ses créatures au sens le plus strict ; de faire en elles nos délices, d’en jouir : seulement d’une manière et dans une mesure telles que nous sachions et sentions qu’elles ne nous rendent pas moins propres, mais nous préparent, à jouir de lui. Ainsi donc, nous sommes appelés à aimer Dieu de tout notre cœur.
Les effets, ou les propriétés, de cet amour, l’apôtre les décrit dans le chapitre que nous avons sous les yeux. Et, comme ce sont toutes des marques infaillibles par lesquelles chacun peut juger de lui-même s’il a cet amour ou s’il ne l’a pas, elles méritent notre plus profonde attention.
« La charité est patiente », ou longanime. Si tu aimes ton prochain pour l’amour de Dieu, tu supporteras longtemps ses infirmités : s’il manque de sagesse, tu auras pitié de lui, et tu ne le mépriseras pas ; s’il est dans l’erreur, tu t’efforceras avec douceur de le ramener, sans aucune aigreur ni aucun reproche ; s’il vient à être surpris en quelque faute, tu travailleras à le redresser avec un esprit de douceur ; et si, par hasard, cela ne peut se faire bientôt, tu prendras patience avec lui, dans l’espérance que Dieu l’amènera peut-être enfin à la connaissance et à l’amour de la vérité. Dans toutes les provocations, qu’elles viennent de la faiblesse ou de la malice des hommes, tu te montreras un modèle de bonté et de douceur ; et, quelque souvent qu’elles se répètent, tu ne te laisseras pas vaincre par le mal, mais tu surmonteras le mal par le bien. « Que personne ne vous séduise par de vains discours » : celui qui n’est pas ainsi patient n’a pas l’amour.
Ensuite : « La charité est pleine de bonté. » Quiconque sent l’amour de Dieu et des hommes répandu dans son cœur, sent une soif ardente et ininterrompue du bonheur de toutes ses semblables créatures. Son âme se fond dans le désir très fervent qu’il a continuellement de l’avancer ; et c’est de l’abondance du cœur que sa bouche parle. Sur sa langue est la loi de la bonté. La même loi est empreinte dans toutes ses actions. La flamme qui est au dedans travaille continuellement à se répandre au dehors, et s’étend de plus en plus, en toute sorte de bienveillance envers tous ceux avec qui il a affaire. De sorte que, soit qu’il pense, soit qu’il parle, ou quoi qu’il fasse, tout tend à la même fin, — avancer par tous les moyens possibles le bonheur de toutes ses semblables créatures. Ne trompez donc pas vos propres âmes : celui qui n’est pas ainsi plein de bonté n’a pas l’amour.
De plus : « La charité n’est point envieuse. » Cela, à la vérité, est impliqué quand il est dit : « La charité est pleine de bonté. » Car la bonté et l’envie sont incompatibles : elles ne peuvent pas plus demeurer ensemble que la lumière et les ténèbres. Si nous désirons ardemment tout bonheur pour tous, nous ne pouvons nous affliger du bonheur de personne. L’accomplissement de notre désir sera doux à notre âme, tant nous serons loin d’en être peinés. Si nous faisons toujours à notre prochain tout le bien que nous pouvons, et que nous souhaitions pouvoir en faire davantage, il est impossible que nous murmurions d’aucun bien qu’il reçoive : bien plus, ce sera la joie même de notre cœur. Ainsi donc, de quelque manière que nous nous flattions nous-mêmes, ou que nous nous flattions les uns les autres, celui qui porte envie n’a pas l’amour.
Il suit : « La charité ne se vante point » ; ou plutôt, elle n’est pas téméraire ni prompte à juger : car tel est en vérité le vrai sens du mot. Tous ceux qui aiment leur prochain pour l’amour de Dieu ne recevront pas aisément une mauvaise opinion de quelqu’un à qui ils souhaitent toute sorte de bien, spirituel aussi bien que temporel. Ils ne peuvent le condamner, même dans leur cœur, sans preuve ; ni non plus sur une preuve légère ; ni même, à vrai dire, sur aucune preuve, sans avoir d’abord, si c’est possible, mis cet homme et son accusateur face à face, ou du moins sans l’avoir informé de l’accusation et l’avoir laissé parler pour lui-même. Chacun de vous sent qu’il ne peut faire autrement à l’égard de quelqu’un qu’il aime tendrement. Eh bien, celui qui n’agit pas ainsi n’a pas l’amour.
Je ne mentionne plus qu’une des propriétés de cet amour : « La charité ne s’enfle point d’orgueil. » Vous ne pouvez faire tort à celui que vous aimez : si donc vous aimez Dieu de tout votre cœur, vous ne pouvez lui faire ce tort de le dépouiller de sa gloire en vous attribuant ce qui n’est dû qu’à lui seul. Vous reconnaîtrez que tout ce que vous êtes, et tout ce que vous avez, est à lui ; que sans lui vous ne pouvez rien faire ; qu’il est votre lumière et votre vie, votre force et votre tout ; et que vous n’êtes rien, oui, moins que rien, devant lui. Et si vous aimez votre prochain comme vous-même, vous ne pourrez vous préférer à lui. Bien plus, vous ne pourrez mépriser personne, pas plus que le haïr. [Bien plus, vous estimerez tout homme meilleur que vous-même.] Comme la cire se fond au feu, ainsi l’orgueil se fond devant l’amour. Toute hauteur, soit du cœur, soit des paroles, soit de la conduite, s’évanouit là où règne l’amour. Il abaisse le regard hautain de celui qui se glorifiait de sa force, et le rend semblable à un petit enfant : défiant de lui-même, disposé à écouter, heureux d’apprendre, aisé à convaincre, aisé à persuader. Et quiconque pense autrement, qu’il renonce à toute vaine espérance : il est enflé d’orgueil, et ainsi il n’a pas l’amour.
III. Il reste à rechercher en quel sens on peut dire que « quand je distribuerais tous mes biens pour la nourriture des pauvres, quand je livrerais même mon corps pour être brûlé, si je n’ai pas la charité, cela ne me sert de rien ».
Le sens principal de ces paroles est, sans aucun doute, celui-ci : que, quoi que nous fassions et quoi que nous souffrions, si nous ne sommes pas renouvelés dans l’esprit de notre intelligence par « l’amour de Dieu répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné », nous ne pouvons entrer dans la vie éternelle. Nul ne peut y entrer, si ce n’est en vertu de l’alliance que Dieu a donnée à l’homme dans le Fils de son amour.
Mais, parce que les vérités générales sont moins propres à nous toucher, considérons un ou deux points particuliers à l’égard desquels tout ce que nous pouvons faire ou souffrir, si nous n’avons pas l’amour, ne nous sert de rien. Et, premièrement, tout cela, sans l’amour, ne sert de rien pour rendre la vie heureuse ; ni, secondement, pour rendre la mort paisible.
Et, premièrement, sans l’amour rien ne peut nous servir au point de rendre notre vie heureuse. Par bonheur, j’entends, non pas un plaisir léger et frivole, qui peut-être commence et finit dans la même heure ; mais un état de bien-être qui contente l’âme, et lui donne une satisfaction ferme et durable. Or, que rien sans l’amour ne puisse nous servir pour notre bonheur présent, cela ressortira de cette seule considération : vous ne pouvez en manquer, en un seul cas, sans douleur ; et plus vous vous en éloignez, plus la douleur est grande. Manquez-vous de patience ? Alors, autant vous restez en deçà de cette vertu, autant vous restez en deçà du bonheur. Plus les dispositions contraires — la colère, l’humeur chagrine, la vengeance — dominent, plus vous êtes malheureux. Vous le savez ; vous le sentez ; et l’orage ne peut s’apaiser, ni la paix revenir jamais en votre âme, à moins que la douceur, la bonté, la patience, ou, en un mot, l’amour, n’en prenne possession. Quelqu’un trouve-t-il en lui-même de la malveillance, de la malice, de l’envie, ou quelque autre disposition contraire à la bonté ? Alors la misère est là ; et plus cette disposition est forte, plus il est misérable. Si l’on peut dire du paresseux qu’il mange sa propre chair, combien plus du méchant ou de l’envieux ! Son âme est l’image même de l’enfer ; — pleine de tourment aussi bien que de méchanceté. Il a déjà le ver qui ne meurt point, et il court au feu qui ne peut jamais s’éteindre. Seulement, le grand abîme n’est pas encore fixé entre lui et le ciel. Il y a encore un Esprit prêt à le secourir dans sa faiblesse ; qui veut encore, s’il tend les mains vers le ciel et déplore son ignorance et sa misère, purifier son cœur de ses viles affections, le renouveler dans l’amour de Dieu, et le conduire ainsi, par le bonheur présent, jusqu’au bonheur éternel.
Secondement. Sans l’amour, rien ne peut rendre la mort paisible.
Par paisible, je n’entends pas stupide ou insensible. Je ne dirais pas qu’il est mort paisiblement, celui qui est mort d’une apoplexie, ou d’un coup de canon, pas plus que celui qui, ayant la conscience cautérisée, est mort aussi indifférent que les bêtes que les bêtes qui périssent. Je ne crois pas non plus que vous envieriez à personne la paix de mourir fou furieux. Mais, par une mort paisible, j’entends un passage calme hors de cette vie, plein d’une paix et d’une joie égales et raisonnables. Et une telle mort, toutes les actions et toutes les souffrances du monde ne peuvent la donner sans l’amour.
Pour rendre cela plus évident encore, je ne puis en appeler à votre propre expérience ; mais je puis en appeler à ce que nous avons vu, et à l’expérience des autres. Or j’en ai vu moi-même deux sortir de cette vie de ce que j’appelle une manière paisible, quoique non avec une égale consolation. L’un eut visiblement plus de consolation que l’autre, parce qu’il avait plus d’amour.
J’assistai le premier pendant une grande partie de sa dernière épreuve, aussi bien qu’au moment où il rendit son âme à Dieu. Il s’écria : « Dieu me châtie par une forte douleur ; mais je le remercie de tout ; je le bénis de tout ; je l’aime pour tout ! » Comme on lui demandait, peu de temps avant sa délivrance : « Les consolations de Dieu sont-elles peu de chose pour vous ? », il répondit à haute voix : « Non, non, non ! » Appelant par leur nom tous ceux qui l’entouraient, il dit : « Pensez au ciel, parlez du ciel : tout le temps est perdu où nous ne pensons pas au ciel. » Or c’était là la voix de l’amour ; et, dans la mesure où il prévalait, tout était consolation, paix et joie. Mais, comme son amour n’était pas parfait, sa consolation ne l’était pas non plus. Il eut des intervalles [de colère ou] d’humeur chagrine, et, en ceux-ci, de misère ; donnant par l’un et l’autre une preuve incontestable que l’amour peut adoucir et la vie et la mort. Ainsi, quand il est absent de l’âme, ou qu’il y est obscurci, il n’y a là ni paix ni consolation.
Ce fut en ce lieu même que je vis l’autre bon soldat de Jésus-Christ aux prises avec son dernier ennemi, la mort. Et ce fut, en vérité, un spectacle digne d’être vu de Dieu, des anges et des hommes. Il employa une partie de son dernier souffle à chanter un psaume de louange à celui qui lui donnait alors la victoire ; et, dans l’assurance de cette victoire, il commença à triompher au fort même du combat. Comme on lui demandait : « As-tu l’amour de Dieu dans ton cœur ? », il leva les yeux et les mains, et répondit : « Oui, oui ! » de toute la force qui lui restait. À quelqu’un qui lui demandait s’il avait peur du diable, dont il venait de parler comme lui livrant son dernier assaut, il répondit : « Non, non : mon Sauveur plein d’amour a vaincu tous les ennemis : il est avec moi. Je ne crains rien. » Peu après, il dit : « Le chemin qui mène à notre Sauveur plein d’amour est rude, mais il est court. » Et il ne tarda guère à tomber dans une sorte de sommeil, pendant lequel son âme retourna doucement à Dieu qui l’avait donnée.
Ici, nous pouvons l’observer, il n’y avait aucun mélange de passion ou de disposition contraire à l’amour ; aussi n’y avait-il point de misère ; l’amour parfait bannissait tout ce qui aurait pu causer du tourment. Et qui que tu sois, toi qui as une semblable mesure d’amour, ta fin dernière sera semblable à la sienne. [Les numéros de paragraphes entre crochets suivent la Bicentennial Edition.]
Chapitre 140 terminé
Sur l’amour