Chapitre 142 · 29 min de lecture · 38 min d’écoute
Sur le Saint-Esprit
Sermon 141
Sur le Saint-Esprit 157157Prêché à St. Mary’s, à Oxford, le dimanche de la Pentecôte 1736.
« Or, le Seigneur c’est l’Esprit. »
2 Corinthiens 3:17.
L’apôtre venait de montrer combien le ministère de l’Évangile était supérieur à celui de la loi : le temps étant maintenant venu où les types et les ombres devaient être mis de côté, et où nous devions être invités à notre devoir par les motifs virils et nobles d’une révélation claire et complète, ouverte et libre de la part de Dieu, et nullement déguisée par ses ambassadeurs. Mais ce sur quoi il insiste principalement, ce n’est pas la manière, mais le sujet de leur ministère : « Qui nous a aussi rendus capables d’être ministres », dit-il, « d’une nouvelle alliance, non de la lettre, mais de l’esprit; car la lettre tue, mais l’esprit vivifie. » Là est la grande différence entre les deux économies : la loi était, à la vérité, spirituelle dans ses exigences, puisqu’elle demandait une vie consacrée à Dieu dans l’observation de nombreuses règles ; mais, ne communiquant aucun secours spirituel, elle n’avait d’autre effet que de tuer et de mortifier l’homme, en lui faisant comprendre qu’il devait nécessairement être dans un état de grande dépravation, puisqu’il trouvait si difficile d’obéir à Dieu ; et que, comme des morts particulières étaient infligées par cette institution pour des péchés particuliers, ainsi la mort, en général, n’était que la conséquence de son état universel de péché. Mais le ministère de la nouvelle alliance était celui d’un « Esprit qui vivifie » ; — un Esprit non seulement promis, mais effectivement conféré ; qui devait à la fois rendre les chrétiens capables de vivre dès maintenant pour Dieu et d’accomplir des préceptes plus spirituels encore que les premiers, et les rétablir plus tard dans une vie parfaite, après les ruines du péché et de la mort. L’incarnation, la prédication et la mort de Jésus-Christ étaient destinées à représenter, à proclamer et à nous acquérir ce don de l’Esprit ; et c’est pourquoi l’apôtre dit : « Le Seigneur c’est l’Esprit », cet Esprit-là, l’Esprit.
Cette description de Christ était pour les Juifs un juste motif de croire en lui ; et elle est encore pour les chrétiens un enseignement nécessaire pour régler ce qu’ils doivent attendre de lui. Mais [nous] pensons que notre siècle a rendu particulièrement nécessaire d’être bien assuré de ce que Christ est pour nous ; alors que cette question est résolue si diversement, d’un côté, par les explications pieuses mais faibles de quelques-uns qui se réclament de la foi, et, de l’autre, par les explications plus claires, mais non parfaitement chrétiennes, de quelques-uns qui se réclament de la raison ; alors que les uns tirent de lui une « justice de Dieu », mais dans un sens quelque peu impropre et figuré ; et les autres rien de plus qu’une charte de pardon et un système de morale ; alors que les uns interprètent l’Évangile de manière à placer la sainteté par laquelle ils doivent être sauvés dans quelque chose de divin, mais d’extérieur à eux-mêmes ; et les autres, de manière à la placer dans des choses réellement en eux-mêmes, mais qui ne sont rien de plus qu’humaines. Or le vrai remède à ce qu’il y a d’imprécision d’un côté, et d’incrédulité de l’autre, semble contenu dans la doctrine de mon texte : « Le Seigneur c’est l’Esprit. »
En traitant ces paroles, je considérerai :
I. La nature de notre chute en Adam ; par où il apparaîtra que, si « le Seigneur » n’était pas « l’Esprit », on ne pourrait dire qu’il nous sauve ou nous rachète de notre condition déchue.
II. Je considérerai la personne de Jésus-Christ ; par où il apparaîtra que « le Seigneur c’est l’Esprit ». Et,
III. Je rechercherai la nature et les opérations du Saint-Esprit, tel qu’il est accordé aux chrétiens.
I. Je dois considérer la nature de notre chute en Adam.
Nos premiers parents jouissaient de la présence du Saint-Esprit ; car ils avaient été créés à l’image et à la ressemblance de Dieu, laquelle n’était autre que son Esprit. C’est par lui qu’il se communique à ses créatures, et c’est par lui seul qu’elles peuvent avoir quelque ressemblance avec lui. C’est, en vérité, sa vie en elles ; et une vie si proprement divine que, sur ce fondement, les anges et les hommes régénérés sont appelés ses enfants.
Mais quand l’homme ne voulut pas être conduit par le Saint-Esprit, l’Esprit le quitta. Quand il voulut être sage à sa manière et par sa propre force, et ne dépendit plus avec simplicité de son Père céleste, la semence d’une vie supérieure lui fut retirée. Car il n’était plus propre à être formé pour une condition céleste, lorsqu’il avait un désir si indigne, ou plutôt une telle dépendance, d’un fruit terrestre qu’il savait que Dieu ne bénirait pas pour lui ; il n’était plus propre à recevoir des secours surnaturels, lorsqu’il ne pouvait se contenter de son heureux état envers Dieu sans en faire un examen trop curieux.
Alors il se trouva abandonné de Dieu, et livré à la pauvreté, à la faiblesse et à la misère de sa propre nature. Il n’était plus qu’un simple animal, semblable aux autres créatures faites de chair et de sang, mais doué seulement d’une intelligence plus étendue ; au moyen de laquelle il devait, ou bien être conduit à de plus grandes absurdités que celles dont elles pouvaient se rendre coupables, ou bien être rendu sensible au bonheur qu’il avait perdu, et mis sur la bonne voie pour le recouvrer : c’est-à-dire que, s’il demeurait un apostat insouciant, il aimerait et admirerait les biens de ce monde, qui ne sont le bonheur suffisant que des animaux ; et, pour les faire valoir et en dissimuler les défauts, il y ajouterait tous les ornements que son esprit supérieur pourrait inventer. Ou bien (ce qui est, à la vérité, plus élevé au-dessus des brutes, mais pas plus proche de la perfection de l’homme comme participant de Dieu que l’autre parti) il se forgerait en théorie un monde nouveau ; tantôt par des imaginations ardentes, tantôt par des raisonnements froids, il s’efforcerait de grandir sa condition et de justifier sa conduite, ou du moins de se distraire du sentiment de sa propre bassesse et de son propre désordre.
Si, au contraire, il voulait découvrir les misères de sa chute, son intelligence pourrait lui fournir des raisons de pleurer constamment, de se mépriser et de renoncer à lui-même ; elle pourrait lui montrer les tristes effets de s’être détourné de Dieu et d’avoir perdu son Esprit, dans la honte et l’angoisse d’une nature en guerre avec elle-même ; ayant soif de l’immortalité, et pourtant sujette à la mort ; approuvant la justice, et pourtant prenant plaisir à des choses qui lui sont contraires ; sentant un immense besoin de quelque chose qui perfectionne et satisfasse toutes ses facultés, et pourtant incapable aussi bien de savoir ce qu’est cette chose si grande, autrement que par ses défauts présents, que de savoir comment l’atteindre, autrement qu’en allant à l’encontre de ses inclinations présentes.
Adam pouvait bien maintenant se trouver nu ; rien de moins que Dieu ne s’était retiré de lui. Jusque-là, il n’avait éprouvé que la bonté et la douceur de Dieu ; une vie céleste se répandait dans tout son être, comme s’il n’eût pas été fait de poussière ; son esprit était rempli d’une sagesse angélique ; une direction d’en haut le prenait par la main ; il marchait et pensait avec droiture, et ne semblait pas être un enfant ou un novice dans les choses divines. Mais il avait maintenant à éprouver d’autres choses : quelque chose dans son âme qu’il ne trouvait pas, et n’avait pas à craindre, tant qu’il était porté droit en avant par le doux souffle de la grâce divine ; quelque chose dans son corps qu’il ne pouvait voir ni dont il ne pouvait se plaindre, tant que ce corps était revêtu de gloire. Il sent là un mécontentement de soi, du trouble et de la confusion, tels qu’en connaissent les autres esprits qui ont perdu Dieu ; il voit ici des causes de honte présente et d’une dissolution future, et un puissant attachement à cette vie rampante qui est commune aux animaux qui n’ont jamais joui de la nature divine.
Le caractère général de l’état présent de l’homme est donc la mort, — une mort à l’égard de Dieu, par laquelle nous ne jouissons plus d’aucun commerce avec lui, ni d’aucun bonheur en lui ; nous ne brillons plus de sa gloire, et nous n’agissons plus par ses puissances. Il est vrai que, tant que nous existons, « en lui nous devons avoir la vie, le mouvement, et l’être » ; mais cela, nous le faisons maintenant, non d’une manière filiale, mais seulement d’une manière servile, comme toutes les créatures, même les plus viles, existent en lui. C’est une chose de recevoir de Dieu la faculté de marcher et de parler, de manger et de digérer, — d’être soutenu par sa main comme une partie de cette création terrestre, et aux mêmes conditions qu’elle, en vue d’une épreuve ultérieure ou de la vengeance ; et c’en est une autre de recevoir de lui une vie qui est sa propre ressemblance, — d’avoir au dedans de nous quelque chose qui n’est pas de cette création, et qui est nourri par sa propre parole et sa propre puissance immédiates.
Ce n’est pourtant pas là tout ce qu’implique le péché de l’homme. Car non seulement il est enclin de lui-même à toute la stupidité de l’appétit et à tout l’orgueil de la raison, mais il est tombé sous la tutelle du malin, qui le pousse puissamment dans l’un et dans l’autre. L’état dans lequel il avait d’abord été placé était un état de soumission la plus simple à Dieu, et c’est ce qui lui donnait droit de boire de son Esprit ; mais quand, non content d’être effectivement dans le paradis, sous une lumière de la face de Dieu aussi pleine qu’il était capable de la recevoir, il voulut connaître le bien et le mal, et s’assurer sur des fondements rationnels s’il valait mieux pour lui rester tel qu’il était, ou non ; quand, dédaignant d’être dirigé comme un enfant, il voulut tout peser lui-même, et chercher une meilleure évidence que la voix de son Créateur et le sceau de l’Esprit dans son cœur ; alors non seulement il obéit à ce fils aîné de l’orgueil, mais il lui devint semblable, et il fut malheureusement exposé à ses fréquentes visites, ou plutôt à son influence continuelle. Comme la vie était attachée à l’observation du commandement, et qu’en conséquence cet Esprit, qui seul pouvait la former pour la vraie vie, habitait dans son corps ; ainsi, condamné à mort pour sa transgression, il fut alors livré à « celui qui a la puissance de la mort, c’est-à-dire le diable », dont les impressions hostiles et malfaisantes favorisent à la fois la mort et le péché.
Tel étant l’état de l’homme, si Dieu lui envoyait un Rédempteur, que devrait faire pour lui ce Rédempteur ? Suffira-t-il qu’il promulgue une nouvelle loi, — qu’il nous donne un ensemble d’excellents préceptes ? Non : si nous pouvions les observer, cela seul ne nous rendrait pas heureux. Une bonne conscience procure à l’homme le bonheur d’être d’accord avec lui-même ; mais non celui d’être élevé au-dessus de lui-même jusqu’en Dieu ; ce qui est, chacun le découvrira, après tout, la chose dont il a besoin. Sera-t-il la source d’une justice imputée, et procurera-t-il la plus tendre faveur à tous ceux qui le suivent ? Cela non plus n’est pas assez. Quand même un homme serait tenu pour juste et exempté de toute punition, s’il est pourtant aussi réellement esclave des corruptions de la nature qu’il est doté de ces privilèges de la rédemption, il ne peut guère trouver le repos ; et quelque faveur qu’il puisse recevoir de Dieu, ici-bas ou dans l’autre vie, sans que Dieu se communique lui-même, ce n’est ni la guérison d’un esprit déchu, ni le bonheur d’un esprit réconcilié. Notre Rédempteur ne doit-il donc pas être (selon le portrait qu’en fit saint Jean, son précurseur) « celui qui baptise du Saint-Esprit », — la source et le restaurateur, pour le genre humain, de ce par quoi les hommes sont rétablis dans leur premier état et dans la jouissance de Dieu ? Et c’est là un argument présomptif que « le Seigneur c’est l’Esprit ».
II. Mais il paraîtra plus clairement qu’il l’est, par le second point proposé, qui était la considération de la personne de Jésus-Christ.
Il était celui à qui « Dieu ne donna pas l’Esprit avec mesure : mais en lui habitait corporellement toute la plénitude de la divinité ; et nous avons tous reçu de sa plénitude, et grâce pour grâce ». Il est vrai que toutes les communications de la divinité que des créatures pouvaient recevoir sont toujours venues de lui, en tant que Parole de Dieu ; mais tout ce que le genre humain, maintenant dans un état terrestre, devait recevoir, devait venir de lui par le moyen de ce corps, d’abord mortel, semblable au leur, puis glorieux « à la ressemblance de Dieu », qu’il prit sur lui pour l’amour d’eux.
Au commencement, la Parole céleste, — étant un Esprit issu du Père, et la Parole de sa puissance, — fit l’homme image de l’immortalité, selon la ressemblance du Père ; mais celui qui avait été fait à l’image de Dieu devint ensuite mortel, lorsque l’Esprit plus puissant fut séparé de lui. Pour y remédier, la Parole se fit homme, afin que l’homme, en recevant l’adoption, devînt une fois de plus fils de Dieu ; que la lumière du Père reposât sur la chair de notre Seigneur, et vînt de là, resplendissante, jusqu’à nous ; et qu’ainsi l’homme, enveloppé de la lumière de la divinité, fût porté jusqu’à l’immortalité. Lorsqu’il se fut incarné et fait homme, il récapitula en lui-même toutes les générations du genre humain, se faisant le centre de notre salut, afin que ce que nous avions perdu en Adam, à savoir l’image et la ressemblance de Dieu, nous le recevions en Jésus-Christ. Par le Saint-Esprit venant sur Marie, et la puissance du Très-Haut la couvrant de son ombre, l’incarnation de Christ fut opérée, et une nouvelle naissance, par laquelle l’homme devait naître de Dieu, fut manifestée ; afin que, comme par notre première naissance nous avons hérité la mort, ainsi par cette naissance-là nous puissions hériter la vie.
Ce n’est pas autre chose que ce que saint Paul nous enseigne : « Le premier homme, Adam, devint une âme vivante, mais le second Adam est devenu un esprit vivifiant. » Tout ce que le premier homme possédait de lui-même, tout ce qu’il nous a transmis, c’est « une âme vivante » ; une nature douée d’une vie animale, et capable de recevoir une vie spirituelle. Mais le second Adam est, et a été fait pour nous, « un esprit vivifiant » ; par une force venue de lui comme notre Créateur, nous avons d’abord été élevés au-dessus de nous-mêmes ; par une force venue de lui comme notre Rédempteur, nous vivrons de nouveau pour Dieu.
En lui est mis en réserve pour nous ce complément de notre nature dont nous sentirons tôt ou tard le besoin ; et qu’aucun secours des créatures, aucun perfectionnement de nos propres facultés, ne saurait remplacer : car nous avons été faits pour n’être heureux qu’en Dieu ; et tous nos travaux et toutes nos espérances, tant que nous n’avons pas soif de notre état déifié, — de participer aussi réellement de Dieu que nous participons de la chair et du sang, d’être glorifiés dans sa nature comme nous avons été déshonorés dans la nôtre, — sont les travaux et les espérances de gens qui se méprennent entièrement sur eux-mêmes.
La sagesse divine savait quelle était notre vraie consolation, quoique nous ne le sussions pas. Qu’est-ce qui se présente plus manifestement dans le Sauveur du monde qu’une union de l’homme avec Dieu ? — une union accompagnée de toute la convenance de conduite à laquelle nous sommes appelés comme candidats de l’Esprit ; telle que la marche avec Dieu dans la simplicité du cœur, le parfait renoncement à soi-même et une vie de souffrances, — une union qui se soumit aux étapes nécessaires de notre progrès ; où la vie divine demeura cachée, pour la plus grande part, dans le secret de l’âme jusqu’à la mort ; qui, dans l’état de séparation, consola l’âme, mais ne l’éleva pas au-dessus de la région intermédiaire du paradis ; qui, à la résurrection, revêtit le corps de qualités célestes et des puissances de l’immortalité ; et qui enfin l’éleva jusqu’à la présence immédiate du Père et à sa droite.
Christ n’est pas seulement Dieu au-dessus de nous, ce qui peut nous tenir dans la crainte, mais ne peut nous sauver ; il est Emmanuel, Dieu avec nous, et en nous. Comme il est le Fils de Dieu, Dieu doit être là où il est ; et comme il est le Fils de l’homme, il veut être avec le genre humain ; la conséquence en est que, dans le siècle à venir, « le tabernacle de Dieu sera avec les hommes », et qu’il leur montrera sa gloire ; et que, dans le temps présent, il habitera dans leurs cœurs par la foi en son Fils.
J’espère qu’il paraît suffisamment que « le Seigneur c’est l’Esprit. Si l’on considère ce que nous sommes, et ce que nous avons été, rien de moins que de recevoir de nouveau cet Esprit ne serait pour nous une rédemption ; et si l’on considère quel était ce personnage céleste qui fut envoyé pour être notre Rédempteur, nous ne pouvons rien attendre de moins de lui.
III. Je passe maintenant au troisième point proposé, à savoir, rechercher la nature et les opérations du Saint-Esprit, tel qu’il est accordé aux chrétiens.
Et ici je laisserai de côté les dons extraordinaires particuliers accordés aux premiers siècles pour l’édification de l’Église, et je considérerai seulement ce qu’est le Saint-Esprit pour chaque croyant, en vue de sa sanctification et de son salut personnels. Il n’est pas donné à chacun de ressusciter les morts et de guérir les malades. Ce qui est le plus nécessaire, c’est d’être assurés, pour ce qui nous concerne, que nous sommes « passés de la mort à la vie » ; de garder nos corps purs et sans souillure, et de leur laisser recueillir cette santé qui découle d’une patience magnanime et des joies sereines de la dévotion. Le Saint-Esprit a rendu des hommes capables de parler en langues et de prophétiser ; mais la lumière qui l’accompagne le plus nécessairement est une lumière pour discerner les illusions de la chair et du sang, pour rejeter les maximes irréligieuses du monde, et pour pratiquer ces degrés de confiance en Dieu et d’amour envers les hommes dont le fondement n’est pas tant dans les apparences présentes des choses que dans certaines choses qui sont encore à venir. L’objet que cette lumière nous fait connaître le plus immédiatement, c’est nous-mêmes ; et, en vertu de cette connaissance, celui qui est né de Dieu, et qui a une espérance vivante, peut en vérité voir loin dans les voies de la Providence, et plus loin encore dans les saintes Écritures ; car les saintes Écritures, à l’exception de quelques parties accidentelles et moins nécessaires, ne sont que l’histoire de cet homme nouveau qu’il est lui-même ; et la Providence n’est qu’une sage disposition des événements pour le réveil des personnes particulières, et pour mûrir le monde en général en vue de l’avènement du royaume de Christ.
Mais je pense que la vraie notion de l’Esprit est qu’il est une portion, aussi bien qu’une préparation, de la vie en Dieu dont nous devons jouir plus tard. Le don du Saint-Esprit regarde pleinement vers la résurrection ; car c’est alors que la vie de Dieu sera achevée en nous.
Alors, après que l’homme aura passé par toutes les peines du péché, la servitude et la vanité de la vie humaine, les réflexions douloureuses d’un esprit réveillé, les infirmités et la dissolution du corps, et toutes les souffrances et mortifications qu’un Dieu juste mettra sur son chemin ; lorsque, par ce moyen, il sera parvenu à connaître Dieu et à se connaître lui-même, on pourra lui confier sans danger la vraie vie, avec la liberté et les ornements d’un enfant de Dieu ; car il ne s’attribuera plus rien à lui-même. Alors le Saint-Esprit sera pleinement accordé, lorsque la chair ne lui résistera plus, mais sera elle-même changée en une condition angélique, étant revêtue de l’incorruptibilité du Saint-Esprit ; lorsque le corps qui, étant né avec l’âme et vivant par elle, ne pouvait être appelé qu’un corps animal, deviendra spirituel, tandis que par l’Esprit il s’élèvera jusque dans l’éternité.
Tout, dans le christianisme, est une sorte d’anticipation de quelque chose qui doit être à la fin du monde. Si les apôtres devaient prêcher, par l’ordre de leur Maître, « que le royaume de Dieu approchait », cela signifiait que, dès lors, tous les hommes devaient fixer les yeux sur ce temps heureux, annoncé par les prophètes, où le Messie viendrait et rétablirait toutes choses ; qu’en renonçant à leur conduite mondaine et en se soumettant à l’institution de l’Évangile, ils devaient se préparer à cette bénédiction et la hâter. « Nous sommes maintenant enfants de Dieu », comme nous le dit saint Jean ; et pourtant ce qu’il nous communique à présent justifierait à peine ce titre, si l’on n’y comprenait cette plénitude de son image qui sera alors manifestée en nous, lorsque nous serons « enfants de Dieu, étant enfants de la résurrection ».
Les vrais croyants sont donc entrés dans une vie dont ils ne connaissent pas la suite ; car c’est « une vie cachée avec Christ en Dieu ». Lui, le précurseur, en a atteint le terme, étant allé au Père ; mais nous ne pouvons en savoir plus que ce qui a paru en lui pendant qu’il était sur la terre. Et cela même, nous ne le connaîtrons qu’en suivant ses traces ; et si nous le faisons, nous serons tellement fortifiés et renouvelés de jour en jour dans l’homme intérieur, que nous ne désirerons aucune consolation du monde présent, à cause du sentiment de « la joie qui nous est réservée » ; quoique, quant à l’homme extérieur, nous devions être sujets aux détresses et au dépérissement, et traités comme le rebut de tous.
Un homme peut bien demander à son propre cœur s’il est capable de recevoir l’Esprit de Dieu. Car là où entre cet hôte divin, les lois d’un autre monde doivent être observées : le corps doit être livré au martyre, ou dépensé dans la guerre chrétienne, avec autant d’indifférence que si l’âme était déjà pourvue de son domicile céleste ; les biens de ce monde doivent être abandonnés aussi librement que si le feu dernier devait les saisir demain ; notre prochain doit être aimé aussi cordialement que s’il était lavé de tous ses péchés, et démontré enfant de Dieu par la résurrection d’entre les morts. Les fruits de cet Esprit ne doivent pas être de simples vertus morales, calculées pour le confort et la bienséance de la vie présente ; mais de saintes dispositions, convenant aux instincts d’une vie supérieure déjà commencée.
Ainsi avancer vers le lieu où l’appelle la promesse de la vie, — tourner le dos au monde et se consoler en Dieu, — quiconque a la foi sent que cela est juste et nécessaire, et se contraint à le faire ; quiconque a l’espérance le fait avec joie et avec ardeur, quoique non sans difficulté ; mais celui qui a l’amour le fait avec facilité et dans la simplicité du cœur.
L’état d’amour, étant accompagné d’« une joie ineffable et glorieuse », du repos à l’égard des passions et des vanités de l’homme, de l’intégrité d’un jugement immuable et d’une volonté sans partage, est, dans une grande mesure, sa propre récompense ; non pas cependant au point de supprimer le désir d’un autre monde. Car, bien qu’un tel homme, ayant un amour libre et insatiable de ce qui est bon, n’ait peut-être que rarement besoin de se proposer formellement l’espérance de la rétribution pour vaincre sa répugnance à son devoir, il doit pourtant assurément soupirer après ce qui est le meilleur de tout, et sentir une attraction manifeste vers ce pays où sa place et son rang lui sont déjà assignés, et s’unir à l’ardente attente de toutes les créatures, qui attendent la manifestation des fils de Dieu. Car maintenant nous n’obtenons qu’une certaine part de son Esprit, pour nous façonner et nous préparer à l’incorruptibilité, afin que nous nous accoutumions par degrés à recevoir et à porter Dieu en nous ; et c’est pourquoi l’apôtre l’appelle « les arrhes de l’Esprit » ; c’est-à-dire une part de cet honneur qui nous est promis par le Seigneur. Si donc les arrhes, demeurant en nous, nous rendent spirituels dès maintenant, et que ce qui est mortel est comme englouti par l’immortalité, qu’en sera-t-il lorsque, ressuscités, nous le verrons face à face ? lorsque tous nos membres éclateront en chants de triomphe, et glorifieront celui qui les a ressuscités d’entre les morts et leur a accordé la vie éternelle ? Car si ces arrhes, ou ce gage, embrassant l’homme en eux-mêmes, le font crier dès maintenant : « Abba! Père! », que fera la grâce entière de l’Esprit, lorsque, donnée enfin aux croyants, elle nous rendra semblables à Dieu, et nous rendra parfaits par la volonté du Père ?
Et ainsi j’ai fait ce que je m’étais d’abord proposé : j’ai considéré la nature de notre chute en Adam ; la personne de Jésus-Christ ; et les opérations du Saint-Esprit dans les chrétiens.
La seule conséquence que je tirerai de ce qui a été dit, et principalement de ce qui a été exposé sur la chute de l’homme, sera le caractère raisonnable de ces préceptes du renoncement à soi-même, de la souffrance quotidienne et du renoncement au monde, qui sont si propres au christianisme, et qui sont le seul fondement sur lequel les autres vertus recommandées dans le Nouveau Testament peuvent être pratiquées ou acquises, dans le sens qui y est entendu.
Cette conséquence est si naturelle que je n’ai pu m’empêcher de l’anticiper quelque peu tout le long de ce discours. On penserait qu’il ne devrait pas être difficile de persuader une créature d’avoir en horreur les insignes de sa misère ; de prendre en dégoût une condition ou une demeure que seuls le bannissement et la disgrâce lui ont assignée ; de fouler aux pieds la grandeur, de refuser les douceurs et de suspecter la sagesse d’une vie dont la nature est de la séparer de son Dieu.
Votre Sauveur vous ordonne de « haïr votre propre vie ». Si vous en demandez la raison, entrez dans votre cœur, voyez s’il est saint et plein de Dieu ; ou si, au contraire, il ne s’y fait pas beaucoup de choses qui lui sont contraires, et s’il n’est pas devenu une plantation de l’ennemi. Ou, si cet examen est trop subtil, regardez votre corps. Y trouvez-vous l’éclat d’un ange, toute la vigueur de l’immortalité ? Sinon, soyez sûrs que votre âme est au même degré de pauvreté, de nudité et d’éloignement de Dieu. Il est vrai que votre âme peut être réadmise plus tôt que votre corps à quelques rayons de la lumière de la face de Dieu ; mais si vous voulez faire le moindre pas vers ce but, prendre en dégoût votre moi présent doit être le premier.
Vous demandez une raison pour laquelle vous devriez renoncer au monde. À la vérité, vous ne pouvez voir le prince de ce monde rôder çà et là,
« cherchant qui il dévorera » ; et vous pouvez ignorer ses desseins au point de ne pas savoir qu’ils s’exercent aussi bien dans les entreprises les plus spécieuses des affaires et du savoir que dans les poursuites les plus folles du plaisir. Mais ceci, du moins, vous ne pouvez manquer de le voir : que le monde n’est plus un paradis de Dieu, gardé et ennobli par la lumière de la gloire ; c’est, en vérité, un lieu où Dieu a résolu de ne pas vous apparaître, tout au plus, mais de vous laisser dans un état d’espérance, l’espérance de voir sa face quand ce monde sera dissous.
Il y a cependant un moyen de nous délivrer, dans une grande mesure, des funestes conséquences de notre captivité ; et notre Sauveur nous a enseigné ce moyen. C’est la souffrance. Nous ne devons pas seulement « souffrir beaucoup », comme il l’a fait, et entrer ainsi dans notre gloire ; mais nous devons aussi souffrir beaucoup afin de nous élever dès maintenant au-dessus de notre corruption et de jouir du Saint-Esprit.
Le monde n’a pas plus de pouvoir sur nous que nous n’avons un goût vif pour ses douceurs ; et la souffrance émousse ce goût. La souffrance est, en vérité, une réfutation directe des prétentions par lesquelles le tentateur flatteur nous gagne : car je suis dans la vie humaine ; et si cette vie contient une aisance si douce, un plaisir si ravissant, une élévation si glorieuse que tu le promets, pourquoi suis-je ainsi ? Est-ce parce que je n’ai pas encore acquis les richesses qui me mettraient à l’aise, ou les talents à la mode qui me rendraient considérable. Alors je découvre que toute la consolation que tu proposes consiste à m’éloigner de moi-même ; mais j’aime mieux entrer profondément dans ma propre condition, si mauvaise qu’elle soit : peut-être serai-je plus près de Dieu, l’éternelle Vérité, en sentant des douleurs et des misères qui sont personnelles et réelles, qu’en sentant des consolations qui ne le sont pas. Je commence déjà à découvrir que tous mes griefs se ramènent à un seul point : il y a toujours au fond une grande perte ou un grand défaut, qui n’est ni le manque d’amis ou d’or, ni celui de santé ou de philosophie. Et le sentiment durable de ce défaut peut devenir une prière aux oreilles du Très-Haut ; — une prière qui ne résulte pas d’un ensemble de notions spéculatives, mais de l’état réel et sans feinte de tout ce qui est en moi ; non pas, à la vérité, une prière assez explicite pour décrire la chose dont j’ai besoin, mais, vu l’étrangeté de mon besoin, aussi explicite que je puis la faire. Puisque donc la souffrance m’ouvre une porte d’espérance, je ne la repousserai pas tant que je vivrai : elle m’aide à découvrir véritablement une période de mon existence, quoique ce soit une période basse ; et elle promet mieux d’avoir quelque rapport avec une période plus glorieuse qui pourra suivre, que les arts de la complaisance pour soi-même, les amusements de l’orgueil et de la paresse, et toute la ténébreuse politique de ce monde, qui font la guerre à toute la vérité que l’homme doit connaître et sentir avant de pouvoir regarder vers Dieu. Peut-être, tant que je demeurerai sur la croix, dépouillerai-je, comme mon Sauveur, « les dominations et les autorités » ; me dégagerai-je de plus en plus de la sujétion où je suis réellement (où lui ne fut qu’en apparence) à l’égard de ces méchants dominateurs, et pourrai-je « triompher d’elles par elle ». Du moins, il paraîtra, au jour où Dieu visitera, que mon cœur, quoique devenu indigne de sa demeure, était trop grand pour être consolé par aucune de ses créatures, et qu’il était gardé pour lui, comme un lieu originellement sacré, quoique impur pour le présent.
Mais, supposé que notre état exige de nous de « mourir chaque jour », — de sacrifier tout ce dont cette vie présente peut se glorifier ou en quoi elle se complaît, avant de rendre la vie elle-même ; supposé aussi qu’à l’heure où nous faisons quelque chose de ce genre, nous recevions de Dieu lumière et force pour nous élever au-dessus de nos infirmités, et que nous soyons portés doucement vers lui dans la joie du Saint-Esprit ; comment pourtant un homme peut-il avoir de si fréquentes occasions de souffrir ? Il est vrai que les martyres n’arrivent pas en tout siècle, et que certains jours de notre vie peuvent passer sans que les hommes nous outragent ; nous pouvons être en santé, et ne manquer ni de nourriture pour manger, ni de vêtements pour nous couvrir ; (bien que la santé elle-même et la nourriture elle-même nous obligent à la peine de les régler constamment ;) cependant l’amour de Dieu et l’espérance céleste ne manqueront jamais en ce monde de quelque chose qui les oppresse.
Qu’un homme descende avec calme dans son cœur, et qu’il voie s’il n’y a pas quelque racine d’amertume qui pousse ; si du moins ses pensées, qui sont toujours en mouvement, ne s’élancent pas parfois dans des projets suggérés par l’orgueil, ou ne tombent pas dans une indolente frivolité, ou ne s’embarrassent pas dans de basses inquiétudes. Ne trouve-t-il pas un mouvement de colère ou de gaieté qui, en un instant, le fait lever tout entier comme un levain, et le prive de la douceur et du discernement ferme qu’il s’efforçait d’acquérir ? Ou bien, qu’il se représente une fois cette obéissance sincère, ce zèle vigilant et cette dignité de conduite qui conviennent, je ne dis pas à un ange, mais à un pécheur qui a « une bonne espérance par la grâce », et qu’il s’efforce de s’y élever ; et s’il ne trouve en lui aucune sorte d’obstacle, il n’a vraiment pas alors d’occasion de souffrir. En un mot, s’il est une créature assez abjecte pour retomber fréquemment, à moins que la grâce ne lui fasse une violence perpétuelle, dans une manière de penser et d’agir entièrement sans Dieu, alors il ne peut jamais manquer d’occasions de souffrir, mais il trouvera que sa propre nature est pour lui le même fardeau que cette « race incrédule et perverse » l’était pour notre Sauveur, qui disait d’elle : « Jusques à quand serai-je avec vous? Jusques à quand vous supporterai-je? »
Je terminerai le tout par cette excellente collecte de notre Église : — « Ô Dieu, qui, en tous les siècles, as enseigné les cœurs de ton peuple fidèle en leur envoyant la lumière de ton Saint-Esprit, accorde-nous, par ce même Esprit, d’avoir un jugement droit en toutes choses, et de nous réjouir à jamais de sa sainte consolation, par les mérites de Jésus-Christ, notre Sauveur, qui vit et règne avec toi, dans l’unité du même Esprit, un seul Dieu, aux siècles des siècles. Amen. »
Chapitre 142 terminé
Sur le Saint-Esprit