Chapitre 138 · 27 min de lecture · 34 min d’écoute
Sur la résurrection des morts
Sermon 137
Sur la résurrection des morts 150150Écrit en l’année 1732 151151[Ce sermon fut écrit à l’origine par Benjamin Calamy, docteur en théologie, vicaire de St. Lawrence, Jewry, à Londres. Il se trouve, p. 275, dans un volume de sermons qui porte son nom, publié en 1704 ; et il est ici abrégé et revu par M. Wesley. — ÉD.]
« Mais quelqu’un dira: Comment les morts ressuscitent-ils, et avec quel corps reviennent-ils? »
1 Corinthiens 15:35.
L’apôtre, ayant au commencement de ce chapitre solidement établi la vérité de la résurrection de notre Sauveur, ajoute : « Or, si l’on prêche que Christ est ressuscité des morts, comment quelques-uns parmi vous disent-ils qu’il n’y a point de résurrection des morts? » Il ne peut plus désormais vous paraître impossible que Dieu ressuscite les morts, puisque vous en avez un exemple si clair en notre Seigneur, qui était mort et qui est vivant ; et que la même puissance qui a ressuscité Christ doit aussi pouvoir rendre la vie à nos corps mortels.
« Mais quelqu’un dira: Comment les morts ressuscitent-ils, et avec quel corps reviennent-ils? » Comment ces choses peuvent-elles se faire ? Comment est-il possible que ces corps soient ressuscités et rejoints à leurs âmes respectives, eux qui, il y a bien des milliers d’années, ont été ou ensevelis dans la terre, ou engloutis dans la mer, ou dévorés par le feu ? — eux qui sont tombés en la plus fine poussière, — poussière dispersée sur la face de la terre, éparpillée aussi loin que s’étendent les cieux ; — bien plus, qui ont subi dix mille changements, ont engraissé la terre, sont devenus la nourriture d’autres créatures, et celles-ci, à leur tour, la nourriture d’autres hommes ? Comment est-il possible que toutes ces petites parties qui composaient le corps d’Abraham soient de nouveau rangées ensemble, et, sans mélange avec la poussière d’autres corps, toutes replacées dans le même ordre et la même position qu’auparavant, de manière à former le même corps, identiquement, que son âme quitta à sa mort ? Ézéchiel fut, il est vrai, transporté en vision dans une vallée pleine d’ossements desséchés, « et il y eut un bruit, et voici, il se fit un mouvement, et les os s’approchèrent les uns des autres ; il leur vint des nerfs, la chair crût, et la peau les couvrit par-dessus ; et l’esprit entra en eux, et ils reprirent vie, et ils se tinrent sur leurs pieds ». Cela pouvait se faire en vision. Mais que tout cela, et bien davantage, doive un jour arriver ; que nos os, après être tombés en poussière, deviennent réellement des hommes vivants ; que toutes les petites parties dont nos corps étaient faits se rassemblent immédiatement, à une convocation générale, et que chacune réclame et occupe sa propre place, jusqu’à ce qu’enfin le tout soit parfaitement rebâti ; que cela, dis-je, doive se faire, c’est une chose si incroyable que nous ne pouvons pas même nous en former une idée. Et nous pouvons observer que les gentils étaient surtout choqués de cet article de la foi chrétienne ; ce fut l’une des dernières choses que crurent les païens ; et c’est jusqu’à ce jour la principale objection contre le christianisme : « Comment les morts ressuscitent-ils, et avec quel corps reviennent-ils? » Dans mon discours sur ces paroles, je ferai trois choses : —
I. Je montrerai que la résurrection du même corps, identiquement, qui est mort et a été enseveli, ne renferme rien d’incroyable ni d’impossible.
II. Je décrirai la différence que l’Écriture établit entre les qualités d’un corps glorifié et celles d’un corps mortel.
III.
Je tirerai quelques conséquences de l’ensemble.
I. Je montrerai que la résurrection du même corps, identiquement, qui est mort, ne renferme rien d’incroyable ni d’impossible.
Mais avant de le faire, il peut être à propos de mentionner quelques-unes des raisons sur lesquelles cet article de notre foi est fondé.
Et, 1. La simple notion d’une résurrection exige que le même corps, identiquement, qui est mort, ressuscite. On ne peut dire d’aucune chose qu’elle ressuscite, sinon de ce corps même qui est mort. Si Dieu donne à nos âmes, au dernier jour, un corps nouveau, cela ne peut s’appeler la résurrection de notre corps ; car ce mot implique clairement la production nouvelle de ce qui existait auparavant.
2. Il y a beaucoup de passages de l’Écriture qui le déclarent clairement. Saint Paul, au verset 53 de ce chapitre, nous dit qu’« il faut que ce corps corruptible revête l’incorruptibilité, et que ce corps mortel revête l’immortalité ». [1 Corinthiens 15:53] Or, par ce corps mortel et ce corps corruptible, on ne peut entendre que ce corps que nous portons maintenant avec nous, et que nous déposerons un jour dans la poussière.
La mention que fait l’Écriture des lieux d’où les morts ressusciteront montre encore que le même corps qui est mort ressuscitera. Ainsi nous lisons dans Daniel : « Ceux qui dorment dans la poussière de la terre se réveilleront, les uns pour la vie éternelle, et les autres pour l’opprobre, pour la honte éternelle. » Et nous pouvons de même observer que l’expression même de dormir et de se réveiller implique que, lorsque nous ressusciterons d’entre les morts, nos corps seront tout aussi bien les mêmes qu’ils le sont quand nous nous réveillons du sommeil. Ainsi encore notre Seigneur affirme (Jean 5:28, 29) : « L’heure vient où tous ceux qui sont dans les sépulcres entendront sa voix, et en sortiront. Ceux qui auront fait le bien ressusciteront pour la vie, mais ceux qui auront fait le mal ressusciteront pour le jugement. » Or, si le même corps ne ressuscite pas, quel besoin y a-t-il d’ouvrir les sépulcres à la fin du monde ? Les sépulcres ne peuvent rendre d’autres corps que ceux qui y ont été déposés. Si nous ne devions pas ressusciter avec les mêmes corps qui sont morts, ces corps pourraient y reposer à jamais. À cela nous n’avons besoin d’ajouter que cette parole de saint Paul : « Le Seigneur transformera le corps de notre humiliation, en le rendant semblable au corps de sa gloire. » Or, ce corps de notre humiliation ne peut être autre que celui dont nous sommes maintenant revêtus, et qui doit être rendu de nouveau à la vie.
Qu’il n’y ait en tout cela rien d’incroyable ni d’impossible, je le montrerai en prouvant ces trois choses : — 1. Qu’il est possible à Dieu de garder et de conserver sans mélange avec tous les autres corps la poussière particulière en laquelle chacun de nos corps se dissout, et qu’il peut la rassembler et la rejoindre, à quelque distance qu’elle soit dispersée. 2. Que Dieu peut former cette poussière, ainsi rassemblée, en ce même corps qu’elle était auparavant. 3. Que, lorsqu’il a formé ce corps, il peut l’animer de la même âme qui l’habitait auparavant.
1. Dieu peut distinguer et garder sans mélange avec tous les autres corps la poussière particulière en laquelle chacun de nos corps se dissout, et il peut la rassembler et la rejoindre, à quelque distance qu’elle soit dispersée. Dieu est infini en connaissance comme en puissance. Il connaît le nombre des étoiles, et les appelle toutes par leurs noms ; il peut dire le nombre des grains de sable du rivage de la mer : et est-il le moins du monde incroyable qu’il connaisse distinctement les diverses particules de poussière en lesquelles les corps des hommes sont tombés, et qu’il discerne clairement à qui elles appartiennent, et les divers changements qu’elles ont subis ? Pourquoi trouverait-on étrange que celui qui nous a formés au commencement, dont les yeux voyaient notre substance quand elle n’était encore qu’ébauchée, à qui nous n’étions point cachés quand nous étions faits dans un lieu secret et tissés avec art dans les profondeurs de la terre, connaisse toutes les parties de nos corps, et chaque particule de la poussière dont nous étions composés ? L’artisan connaît toutes les pièces de la montre qu’il fabrique ; et si elle tombait en morceaux, et que ses diverses pièces fussent dans le plus grand désordre et la plus grande confusion, il pourrait cependant les rassembler bientôt, et les distinguer l’une de l’autre aussi aisément que si chacune avait sa marque particulière. Il connaît l’usage de chacune, et peut promptement lui donner sa place propre, et les remettre toutes exactement dans la même forme et le même ordre qu’auparavant. Et pouvons-nous penser que le tout-puissant Architecte du monde, dont nous sommes l’ouvrage, ne sait pas de quoi nous sommes formés, ou ne connaît pas les diverses parties dont cette tente terrestre est composée ? Toutes ces choses gisaient en un vaste amas lors de la création, jusqu’à ce qu’il les séparât les unes des autres, et en formât ces corps distincts dont se compose ce beau monde. Et pourquoi la même puissance ne pourrait-elle pas recueillir les ruines de nos corps corrompus, et les rétablir dans leur premier état ? Toutes les parties en lesquelles se dissolvent les corps des hommes, bien qu’elles nous semblent négligemment éparpillées sur la face de la terre, sont pourtant soigneusement mises en réserve par la sage disposition de Dieu jusqu’au jour du rétablissement de toutes choses. Elles sont conservées dans les eaux et dans les feux, dans les oiseaux et dans les bêtes, jusqu’à ce que la dernière trompette les appelle à leur ancienne demeure.
« Mais, disent-ils, il peut arriver quelquefois que les corps de plusieurs hommes soient composés de la même matière. Car les corps des hommes sont souvent dévorés par d’autres animaux, qui sont mangés par d’autres hommes. Bien plus, il y a des nations qui se nourrissent de chair humaine ; par conséquent, elles empruntent à d’autres hommes une grande partie de leurs corps. Et si ce qui faisait partie du corps d’un homme devient ensuite partie de celui d’un autre, comment tous deux peuvent-ils ressusciter au dernier jour avec les mêmes corps qu’ils avaient auparavant ? » À cela on peut aisément répondre qu’une très petite partie de ce qu’on mange se change en nourriture, la plus grande partie, de beaucoup, s’en allant selon l’ordre de la nature. De sorte qu’il n’est nullement impossible à Dieu, qui veille sur tout cela et qui le gouverne, de disposer les choses de telle sorte que ce qui fait partie du corps d’un homme, bien que mangé par un autre, ne se change jamais en sa nourriture ; ou, si cela arrive, que cela s’use de nouveau, et soit séparé de lui quelque temps avant sa mort, en sorte que cela demeure en état d’être rendu au dernier jour à son premier possesseur.
2. Dieu peut former cette poussière, ainsi rassemblée, en ce même corps qu’elle était auparavant. Et que cela soit possible, tous doivent le reconnaître, qui croient que Dieu forma Adam de la poussière de la terre. C’est pourquoi, les corps des hommes étant poussière après la mort, ils ne sont rien d’autre que ce qu’ils étaient auparavant ; et la même puissance qui au commencement les fit de poussière peut aussi aisément les refaire, quand ils sont retournés en poussière. Bien plus, cela n’est pas plus merveilleux que la formation d’un corps humain dans le sein maternel, chose dont nous avons l’expérience chaque jour, et qui est sans doute un exemple de la puissance divine aussi étrange que sa résurrection peut l’être. Et si ce n’était chose si commune, nous serions aussi difficilement amenés à croire possible qu’un édifice aussi beau que le corps de l’homme, avec ses nerfs et ses os, sa chair et ses veines, son sang et les diverses autres parties dont il se compose, soit formé comme nous savons qu’il l’est, que nous le sommes maintenant à croire qu’il sera rebâti plus tard, quand il aura été réduit en poussière. Si nous avions seulement entendu parler de la merveilleuse production des corps des hommes, nous aurions été aussi prompts à demander : « Comment les hommes sont-ils faits, et avec quels corps naissent-ils ? » que nous le sommes maintenant, quand nous entendons parler de la résurrection, à demander : « Comment les morts ressuscitent-ils, et avec quel corps reviennent-ils? »
3. Quand Dieu a ressuscité ce corps, il peut l’animer de la même âme qui l’habitait auparavant. Et cela, nous ne pouvons prétendre qu’il soit impossible de le faire ; car cela a déjà été fait. Notre Sauveur lui-même fut mort, ressuscita, et apparut vivant à ses disciples et à d’autres, qui avaient vécu avec lui pendant bien des années, et qui furent alors pleinement convaincus qu’il était la même personne qu’ils avaient vue mourir sur la croix.
J’ai ainsi montré que la résurrection du même corps n’est nullement impossible à Dieu ; que ce qu’il promet il peut aussi l’accomplir, par ce « pouvoir qu’il a de s’assujettir toutes choses ». Bien donc que nous ne puissions dire exactement de quelle manière cela se fera, cela ne doit pas le moins du monde affaiblir notre foi en cet important article de notre foi. Il suffit que celui à qui toutes choses sont possibles ait donné sa parole qu’il nous ressuscitera. Que ceux qui ont la présomption de se moquer de la glorieuse espérance de tous les gens de bien, et qui élèvent sans cesse des objections contre elle, essaient d’abord leur habileté sur les divers phénomènes de la nature. Qu’ils expliquent tout ce qu’ils voient arriver en ce monde, avant de parler des difficultés qu’il y a à expliquer la résurrection. Peuvent-ils me dire comment leurs propres corps ont été formés et tissés avec art ? Peuvent-ils me rendre un compte clair des degrés réguliers par lesquels ce glorieux et majestueux édifice, qui révèle tant d’art et une si rare industrie, fut créé au commencement ? Comment la première goutte de sang fut-elle faite ; et comment le cœur, les veines et les artères vinrent-ils à la recevoir ? De quoi et par quels moyens les nerfs et les fibres furent-ils faits ? Qu’est-ce qui fixa les petits ressorts à leur juste place, et les rendit propres aux divers usages auxquels ils servent maintenant ? Comment le cerveau fut-il distingué des autres parties du corps, et rempli d’esprits pour mouvoir et animer le tout ? Comment le corps vint-il à être muni d’os et de nerfs, revêtu de peau et de chair, distribué en divers muscles ? Qu’ils répondent seulement à ces quelques questions sur le mécanisme de nos propres corps, et je répondrai à toutes les difficultés touchant leur résurrection. Mais s’ils ne peuvent le faire sans recourir à la puissance et à la sagesse infinies de la PREMIÈRE CAUSE, qu’ils sachent que la même puissance et la même sagesse peuvent ranimer ce corps quand il est retourné en poussière ; et qu’il n’y a aucune raison de douter de la chose parce qu’il s’y rattache quelques circonstances que nous ne pouvons comprendre parfaitement ni expliquer distinctement.
II. J’en viens maintenant à la deuxième chose que je me suis proposée, qui était de décrire la différence que l’Écriture établit entre les qualités d’un corps mortel et celles d’un corps glorifié.
Le changement qui se fera dans nos corps à la résurrection consistera principalement, selon ce qu’en dit l’Écriture, en ces quatre choses : — 1. Nos corps ressusciteront immortels et incorruptibles. 2. Ils ressusciteront glorieux. 3. Ils ressusciteront pleins de force. 4. Ils ressusciteront corps spirituels.
1. Le corps que nous aurons à la résurrection sera immortel et incorruptible : « Car il faut que ce corps corruptible revête l’incorruptibilité, et que ce corps mortel revête l’immortalité. » Or, ces mots, immortel et incorruptible, ne signifient pas seulement que nous ne mourrons plus (car en ce sens les damnés sont immortels et incorruptibles), mais que nous serons parfaitement délivrés de tous les maux corporels que le péché a introduits dans le monde ; que nos corps ne seront sujets ni à la maladie, ni à la douleur, ni à aucune des autres incommodités auxquelles nous sommes chaque jour exposés. C’est ce que l’Écriture appelle « la rédemption de notre corps », — sa délivrance de toutes ses infirmités. S’il nous fallait les recevoir de nouveau, sujets à toutes les faiblesses et à toutes les misères contre lesquelles nous sommes forcés de lutter, je doute fort qu’un homme sage, s’il était laissé à son choix, voulût de bon gré reprendre le sien ; — s’il n’aimerait pas mieux le laisser encore pourrir dans le tombeau, que d’être de nouveau enchaîné à une motte de terre si encombrante. Une telle résurrection serait, comme l’appelle un sage païen, « une résurrection pour un autre sommeil ». Elle ressemblerait plutôt à un rachat pour mourir de nouveau qu’à une résurrection pour la vie.
Ce que nous pouvons dire de mieux de cette maison de terre, c’est qu’elle est un édifice en ruine, et qu’elle ne tardera pas à tomber en poussière ; qu’elle n’est pas notre demeure, — nous attendons une autre « demeure éternelle » dans les cieux ; que nous ne serons pas toujours confinés ici, mais que dans peu de temps nous serons affranchis de la servitude de la corruption, de ce fardeau de chair, pour entrer dans la liberté de la gloire des enfants de Dieu. Quelles choses fragiles sont nos corps ! Combien vite ils se dérangent ! À quelle troupe de maladies, de douleurs et d’autres infirmités ne sont-ils pas constamment sujets ! Et comme le moindre malaise trouble notre esprit, et fait de la vie même un fardeau ! De combien de parties nos corps se composent ! et si l’une d’elles se dérange, l’homme tout entier en souffre. Qu’un seul de ces fils déliés dont notre chair est formée soit tendu au-delà de sa juste mesure, ou irrité par quelque humeur âcre, ou rompu, quel tourment n’en résulte-t-il pas ! Bien plus, quand nos corps sont au mieux, que de peine ne prenons-nous pas pour répondre à leurs besoins, pour pourvoir à leur subsistance, pour les conserver en santé, et pour les maintenir habitables, dans un état passable qui convienne à l’usage de nos âmes ! Et le temps que nous pouvons dérober à notre travail est pris par le repos, et par la réfection de nos corps harassés, pour les rendre de nouveau propres au travail. Comme nous sommes forcés, même par nature, jusqu’aux confins de la mort ; jusqu’à cesser d’être, en quelque sorte ; — du moins à passer tant d’heures sans aucune pensée utile ou raisonnable, uniquement pour les entretenir en bon état ! Mais notre espérance et notre consolation, c’est que nous serons bientôt délivrés de ce fardeau de chair : quand Dieu « essuiera toute larme de nos yeux, et la mort ne sera plus, et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur, car les premières choses ont disparu. » Oh ! quand arriverons-nous dans cette heureuse terre où l’on n’entendit jamais aucune plainte, où nous jouirons tous d’une santé ininterrompue de corps et d’esprit, et ne serons plus jamais exposés à aucune de ces incommodités qui troublent notre pèlerinage présent ? Quand chacun de nous sera une fois passé de la mort à la vie, nous serons déchargés de tout le soin pénible de nos corps, qui prend maintenant tant de notre temps et de nos pensées. Nous serons établis [...] que nous subissons maintenant pour soutenir notre vie. Ces robes de lumière dont nous serons revêtus à la résurrection des justes n’auront pas besoin de ces provisions soigneuses qu’il nous est si pénible, ici-bas, soit de nous procurer, soit de nous en passer. Mais alors, comme notre Seigneur nous le dit, ceux qui seront trouvés dignes d’avoir part au siècle à venir « ne prendront ni femmes ni maris. Car ils ne pourront plus mourir, parce qu’ils seront semblables aux anges ». Leurs corps ne sont ni sujets à la maladie, ni privés de cette nourriture de chaque jour dont ces corps mortels ne peuvent se passer. « Les aliments sont pour le ventre, et le ventre pour les aliments; et Dieu détruira l’un comme les autres. » Tel est ce bonheur parfait dont tous les gens de bien jouiront dans l’autre monde, — une âme exempte de tout trouble et de toute culpabilité, dans un corps exempt de toutes douleurs et de toutes maladies. Ainsi nos corps mortels ressusciteront immortels. Non seulement ils seront toujours préservés de la mort (car ceux-ci pourraient l’être, s’il plaisait à Dieu), mais leur nature sera entièrement changée, en sorte qu’ils ne garderont plus les mêmes germes de mortalité ; — ils ne pourront plus mourir.
2.
Nos corps ressusciteront glorieux. « Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père. » Nous en avons une image dans l’éclat du visage de Moïse, quand il eut conversé avec Dieu sur la montagne. Son visage rayonnait d’un tel éclat que les enfants d’Israël craignaient de s’approcher de lui, jusqu’à ce qu’il eût jeté un voile sur son visage. Et cette majesté extraordinaire du visage d’Étienne sembla être un gage de sa gloire. « Tous ceux qui siégeaient au sanhédrin ayant fixé les regards sur Étienne, son visage leur parut comme celui d’un ange. » Combien donc, s’il brilla si glorieusement même sur la terre, brillera-t-il dans l’autre monde, quand son corps et ceux de tous les saints seront rendus semblables au corps glorieux de Christ ! Combien le corps de Christ est glorieux, nous pouvons le conjecturer par sa transfiguration. Saint Pierre, quand il le vit, quand le visage de notre Seigneur resplendit comme le soleil, et que ses vêtements devinrent brillants et blancs comme la neige, fut si transporté de joie et d’admiration qu’il ne savait ce qu’il disait. Quand notre Sauveur ne laissa paraître qu’un peu de cette gloire qu’il possède maintenant, et qu’il communiquera en son temps à ceux qui le suivent, ce peu-là fit pourtant paraître le lieu comme un paradis ; et les disciples pensèrent qu’ils ne pouvaient rien souhaiter de meilleur que de vivre toujours dans une lumière si pure, et de jouir d’un si beau spectacle. « Il est bon que nous soyons ici : dressons trois tentes » ; — fixons ici notre demeure pour toujours. Et s’ils estimaient si heureux d’être seulement en présence de tels corps célestes et de les contempler de leurs yeux, combien plus heureux doit-il être d’habiter de si glorieuses demeures, et d’être eux-mêmes revêtus d’un tel éclat !
Cette excellence de nos corps célestes viendra probablement, dans une grande mesure, du bonheur de nos âmes. La joie ineffable que nous ressentirons alors éclatera à travers nos corps, et resplendira sur nos visages ; comme la joie de l’âme, même en cette vie, a quelque influence sur le visage, en le rendant plus ouvert et plus serein : ainsi Salomon nous dit : « La sagesse d’un homme fait briller son visage. » La vertu, de même qu’elle épure le cœur de l’homme, rend aussi ses regards mêmes plus sereins et plus vifs.
3. Nos corps ressusciteront pleins de force. Cela exprime la vivacité de nos corps célestes, l’agilité de leurs mouvements, par laquelle ils seront des instruments dociles et capables au service de l’âme. Dans cet état-ci, nos corps ne sont pas autre chose que des entraves et des chaînes, qui gênent et restreignent la liberté de l’âme. Le corps corruptible appesantit l’âme, et la tente terrestre accable l’esprit. Nos corps lourds, lents et inertes sont souvent incapables d’obéir aux ordres de l’âme, ou lents à le faire. Mais dans l’autre vie, « ceux qui se confient en l’Éternel renouvellent leur force. Ils prennent le vol comme les aigles; Ils courent, et ne se lassent point, Ils marchent, et ne se fatiguent point. » Ou, comme un autre l’exprime, « ils courront çà et là comme des étincelles à travers le chaume ». La rapidité de leur mouvement sera comme celle du feu qui dévore le chaume ; et sa hauteur dépassera l’essor de l’aigle ; car ils iront à la rencontre du Seigneur dans les airs, quand il viendra pour le jugement, et monteront avec lui jusqu’au plus haut des cieux. Ce corps terrestre est lent et lourd dans tous ses mouvements, indolent et vite lassé par l’action. Mais nos corps célestes seront comme le feu ; aussi actifs et aussi agiles que le sont nos pensées.
4. Nos corps ressusciteront corps spirituels. Nos esprits sont maintenant forcés de servir nos corps, d’attendre leur loisir, et ils dépendent grandement d’eux pour la plupart de leurs actions. Mais nos corps alors serviront entièrement nos esprits, seront à leur service et dépendront d’eux. De sorte que, comme par un « corps animal » nous entendons un corps approprié à ce monde inférieur et sensible, à cet état terrestre, ainsi un « corps spirituel » est un corps qui convient à un état spirituel, à un monde invisible, à la vie des anges. Et c’est là, en vérité, la principale différence entre un corps mortel et un corps glorifié. Cette chair est l’ennemi le plus dangereux que nous ayons : c’est pourquoi nous y renonçons et la rejetons dans notre baptême. Elle nous tente constamment au mal. Chaque sens est pour nous un piège. Toutes ses convoitises et tous ses appétits sont déréglés. Elle est indocile, et se révolte souvent contre la raison. La loi qui est dans nos membres lutte contre la loi de notre entendement. Quand l’esprit est bien disposé, la chair est faible ; de sorte que les meilleurs des hommes sont forcés de la tenir assujettie et de la traiter durement, de peur qu’elle ne les entraîne dans la folie et dans la misère. Et comme elle nous gêne dans toutes nos dévotions ! Combien vite elle lasse notre esprit quand il s’occupe des choses saintes ! Avec quelle facilité, par ses plaisirs enchanteurs, elle le détourne de ces nobles exercices ! Mais quand nous aurons obtenu la résurrection pour la vie, nos corps seront spiritualisés, purifiés et affinés de leur grossièreté terrestre ; alors ils seront des instruments propres au service de l’âme dans toutes ses occupations divines et célestes ; nous ne nous lasserons pas de chanter les louanges de Dieu pendant des siècles infinis.
Ainsi, d’après le peu que nous avons pu en concevoir, il paraît suffisamment qu’un corps glorifié est infiniment plus excellent et plus désirable que ce corps de notre humiliation. La seule chose qui reste est
III. De tirer quelques conséquences de l’ensemble. Et, premièrement, de ce qui a été dit nous pouvons apprendre la meilleure manière de nous préparer à vivre dans ces corps célestes ; c’est de nous purifier de plus en plus de toutes les affections terrestres, et de nous détacher de ce corps et de tous les plaisirs qui lui sont propres. Nous devrions commencer dès cette vie à desserrer le nœud qui unit nos âmes à cette chair mortelle ; à épurer nos affections, et à les élever des choses d’en bas aux choses d’en haut ; à détourner nos pensées et à les dégager des choses présentes et sensibles, et à nous accoutumer à penser aux choses futures et invisibles, et à converser avec elles ; afin que nos âmes, quand elles quitteront ce corps terrestre, soient préparées pour un corps spirituel, ayant goûté d’avance les délices spirituelles, et connaissant en quelque mesure les choses que nous rencontrerons alors. Une âme entièrement absorbée par ce corps terrestre n’est pas propre aux glorieuses demeures d’en haut. Un esprit sensuel est si attaché aux plaisirs du corps qu’il ne peut jouir de lui-même sans eux ; et il est incapable d’en goûter aucun autre, bien qu’infiniment préférable à ceux-là. Bien plus, ceux qui suivent les penchants de leurs appétits charnels sont tellement impropres aux joies célestes qu’ils regarderaient comme le plus grand des malheurs d’être revêtus d’un corps spirituel. Ce serait comme de revêtir un mendiant des robes d’un roi. De tels corps glorieux les gêneraient ; ils ne sauraient qu’en faire ; ils seraient bien aises de se retirer et de reprendre leurs haillons. Mais quand nous sommes lavés de la culpabilité de nos péchés et purifiés de toute souillure de la chair et de l’esprit par la foi au Seigneur Jésus-Christ, alors nous aspirerons à nous en aller et à être avec notre Sauveur élevé dans la gloire ; nous serons toujours prêts à prendre notre essor vers l’autre monde, où nous aurons enfin un corps approprié à nos désirs spirituels.
2. Nous pouvons voir par là comment expliquer les différents degrés de gloire dans le monde céleste. Car bien que tous les enfants de Dieu doivent avoir des corps glorieux, la gloire de tous ne sera cependant pas égale. « Comme une étoile diffère en éclat d’une autre étoile. Ainsi en est-il de la résurrection des morts. » Ils brilleront tous comme des étoiles ; mais ceux qui, par une constante persévérance à faire le bien, sont parvenus à une plus grande mesure de pureté que les autres, brilleront d’un plus vif éclat que les autres. Ils paraîtront comme des étoiles plus glorieuses. Il est certain que les corps les plus célestes seront donnés aux âmes les plus célestes ; de sorte que ce n’est pas un petit encouragement pour nous à faire les plus grands progrès possibles dans la connaissance et l’amour de Dieu, puisque plus nous serons détachés maintenant des choses de la terre, plus nos corps seront glorieux à la résurrection.
3. Que cette considération nous engage à supporter patiemment toutes les épreuves par lesquelles nous pouvons être exercés dans la vie présente. Le temps de notre rédemption éternelle approche. Tenons bon encore un peu, et toutes les larmes seront essuyées de nos yeux, et nous ne soupirerons ni ne gémirons plus jamais. Et combien vite nous oublierons tout ce que nous avons enduré dans cette tente terrestre, quand nous serons une fois revêtus de cette demeure qui vient d’en haut ! Nous ne sommes encore qu’en chemin vers notre patrie, et nous devons donc nous attendre à lutter contre bien des difficultés ; mais nous ne tarderons pas à arriver au terme de notre voyage, et cela nous dédommagera de tout. Nous serons alors dans un port tranquille et sûr, hors de l’atteinte de toutes les tempêtes et de tous les dangers. Nous serons alors chez nous, dans la maison de notre Père, et non plus exposés aux incommodités auxquelles nous sommes sujets tant que nous demeurons au dehors, dans ces tentes. Et ne perdons pas tout ce bonheur faute d’un peu plus de patience. Tenons bon seulement jusqu’à la fin, et nous recevrons une abondante récompense pour toute la peine et tout le malaise de notre traversée, récompense qui sera un repos et une paix sans fin.
Que cela surtout nous fortifie contre la crainte de la mort : elle est maintenant désarmée, et ne peut nous faire aucun mal. Elle nous sépare, il est vrai, de ce corps pour un temps ; mais ce n’est que pour que nous le recevions de nouveau plus glorieux. Comme Dieu dit autrefois à Jacob : « Ne crains point de descendre en Égypte, car je descendrai avec toi, et je t’en ferai certainement remonter » ; ainsi puis-je dire à tous ceux qui sont nés de Dieu : « Ne craignez point de descendre dans le tombeau ; couchez vos têtes dans la poussière ; car Dieu vous en fera certainement remonter, et cela d’une manière beaucoup plus glorieuse. » Seulement, « soyez fermes, inébranlables, travaillant de mieux en mieux à l’œuvre du Seigneur » ; et alors, que la mort l’emporte sur cette maison d’argile et l’abatte, puisque Dieu s’est chargé de la relever, infiniment plus belle, plus forte et plus utile.
Chapitre 138 terminé
Sur la résurrection des morts