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Sur la falsification de la parole de Dieu
Sermon 136
Sur la falsification de la parole de Dieu 148148Prêché vers l’année 1728
« Nous ne falsifions point la parole de Dieu, comme font plusieurs; mais c’est avec sincérité, mais c’est de la part de Dieu, que nous parlons en Christ devant Dieu. »
2 Corinthiens 2:17.
[1.] Beaucoup ont observé que rien ne contribue davantage au succès d’un prédicateur auprès de ceux qui l’écoutent qu’une bonne opinion générale de sa sincérité. Rien ne lui donne une plus grande force de persuasion ; rien ne produit chez les auditeurs une plus grande attention ni une plus grande disposition à en profiter. Quand ils croient réellement qu’il n’a, en parlant, d’autre but que celui qu’il montre franchement, et qu’il veut bien qu’ils voient toutes les démarches qu’il fait pour atteindre ce but, — cela doit leur donner une forte présomption que ce qu’il cherche est bon, et que la méthode par laquelle il le cherche l’est aussi.
[2.] Mais comment leur inspirer cette conviction, voilà la question. Comment les amènerons-nous à remarquer notre sincérité, s’ils n’y font pas attention d’eux-mêmes ? Un bon moyen, si commun qu’il soit, est de la professer franchement et ouvertement. Il y a dans ces déclarations, quand elles viennent du cœur, quelque chose qui pénètre fortement dans le cœur des autres. Les personnes un peu généreuses qui les entendent se trouvent presque forcées d’y croire ; et ceux-là mêmes qui n’y croient pas sont obligés par prudence de ne pas laisser paraître leur incrédulité, puisque c’est une règle connue que plus un homme est honnête, moins il est porté à soupçonner autrui. La conséquence en est claire : quiconque, sans preuve, soupçonne la sincérité de son prochain donne une preuve probable qu’il juge du cœur de son prochain d’après la fausseté du sien.
[3.] Ne serait-on pas tenté de soupçonner l’intégrité de celui qui, sans preuve, en soupçonnerait le défaut chez un autre qui aurait franchement et ouvertement déclaré les principes d’après lesquels il agit ? Assurément, nul, sinon celui qui falsifiait lui-même la parole de Dieu, ou qui souhaitait qu’elle fût falsifiée, ne pourrait légèrement soupçonner soit saint Paul de le faire, soit quiconque, après lui, ferait sienne sa généreuse déclaration : « Nous ne falsifions point la parole de Dieu, comme font plusieurs; mais c’est avec sincérité, mais c’est de la part de Dieu, que nous parlons en Christ devant Dieu. »
[4.] Non que l’apôtre, pas plus que ceux qui le suivent dans la prédication de l’Évangile, désire qu’on s’en rapporte entièrement à ses paroles ; car il en appelle ensuite à ses actions pour les confirmer. Et ceux qui peuvent l’imiter en cela n’ont pas besoin de supplier les hommes de croire à leur sincérité. Si nos œuvres en portent l’empreinte aussi bien que nos paroles, les unes et les autres parleront ensemble si haut et si clairement que toute personne sans prévention devra comprendre que nous parlons en Christ, comme avec sincérité, et que, ce faisant, nous considérons que nous sommes en présence de ce Dieu dont nous portons la commission.
[5.] Ceux que l’apôtre accuse de la pratique contraire, de falsifier la parole de Dieu, semblent avoir été des Juifs qui, tout en reconnaissant Jésus pour le Christ et son Évangile pour divin, l’altéraient cependant en y mêlant la loi de Moïse et leurs propres traditions. Et en cela, leur but principal était de faire de Christ une source de gain ; ce qui les mettait par conséquent dans la nécessité de cacher la fin qu’ils se proposaient, aussi bien que les moyens qu’ils employaient pour l’atteindre. Au contraire, ceux qui ont en vue le bien des hommes n’ont nullement à cacher leurs intentions. Si l’avantage que nous nous proposons en parlant est pour nous-mêmes, il est souvent de notre intérêt de le tenir secret. Si l’avantage que nous nous proposons est pour les autres, il est toujours de notre intérêt de le rendre public ; et il est de notre intérêt, comme de celui des autres, de rendre publiques les marques distinctives par lesquelles on peut clairement connaître qui falsifie la parole de Dieu, et qui la prêche avec sincérité.
[I. 1.] La première et grande marque de celui qui falsifie la parole de Dieu, c’est d’y introduire des mélanges humains ; soit les erreurs [hérésies] des autres, soit les fantaisies de son propre cerveau. Faire cela, c’est la falsifier au plus haut degré ; c’est mêler aux oracles de Dieu des rêves impurs, dignes seulement de la bouche du diable ! Et cependant on l’a fait si fréquemment qu’à peine a-t-on jamais inventé ou reçu une opinion erronée [hérétique] sans citer l’Écriture pour la défendre. [2.] Et quand l’imposture était trop grossière, et que le texte cité en sa faveur paraissait trop clairement ou la contredire ou n’avoir aucun rapport avec le sujet, on a d’ordinaire recouru à une deuxième méthode de falsification, en la mêlant de fausses interprétations. Et cela se fait, tantôt en rapportant les paroles de travers ; tantôt en les rapportant exactement, mais en leur donnant un sens faux ; un sens soit forcé et peu naturel, soit étranger à l’intention de l’écrivain dans le passage d’où on les tire ; peut-être même contraire soit à son intention dans ce passage même, soit à ce qu’il dit en quelque autre partie de ses écrits. Et cela se fait aisément : un passage quelconque est aisément perverti quand on le cite isolément, sans aucun des versets qui précèdent ou qui suivent. Par ce moyen, il peut souvent sembler avoir un sens, quand il sera évident, si l’on observe ce qui précède et ce qui suit, qu’il a réellement le sens directement contraire. Faute de l’observer, les âmes imprudentes sont exposées à être emportées à tout vent de doctrine, chaque fois qu’elles tombent entre les mains de ceux qui ont assez de méchanceté et de ruse pour altérer ainsi ce qu’ils prêchent, et pour y ajouter de temps en temps un commentaire plausible qui le fasse passer plus aisément.
[3.] Une troisième sorte de ceux qui falsifient la parole de Dieu, bien qu’à un degré moindre que les précédentes, ce sont ceux qui le font, non en y ajoutant, mais en en retranchant ; qui en ôtent soit l’esprit, soit la substance, tandis qu’ils s’étudient à ne prophétiser que des choses flatteuses, et qui, pour cela, pallient et colorent ce qu’ils prêchent, afin de l’accommoder au goût des auditeurs. Et pour mieux y parvenir, ils laissent d’ordinaire de côté les parties qui ne se prêtent à aucun coloris. Ils se lavent les mains de ces textes rebelles qui ne veulent pas plier à leur dessein, ou qui touchent trop clairement aux vices régnants du lieu où ils sont. Ils les échangent contre d’autres plus doux et plus maniables, moins propres à offenser. Pas un mot ne doit être dit de la tribulation et de l’angoisse dénoncées contre les pécheurs en général ; bien moins encore du feu qui ne s’éteint point, qui, si Dieu est vrai, attend plusieurs de ces offenses particulières qui sont tombées sous leurs propres yeux. Ces endroits sensibles ne peuvent être touchés sans danger par ceux qui s’étudient à se recommander aux hommes ; ou, s’ils le sont, ce doit être avec la plus grande précaution, et en tenant en réserve quelque habile échappatoire. Mais ils peuvent tonner sans danger contre ceux qui sont hors de leur portée, et contre les péchés dont ils supposent qu’aucun de ceux qui les écoutent n’est coupable. Personne ne prend à cœur d’entendre dévoiler des pratiques qui ne le concernent pas lui-même. Mais quand le coup porte, quand il atteint son propre cas, alors, s’il n’est pas convaincu, il est mécontent, ou en colère, et à bout de patience.
Telles sont les méthodes de ces falsificateurs de la Parole, qui agissent en présence des hommes, non de Dieu. Il sonde les cœurs, et il n’agréera aucun service où les lèvres seules ont part. Mais leurs paroles n’ont aucun commerce avec leurs pensées. Et il ne leur convient pas qu’elles en aient. Car si leur intention réelle venait une fois à paraître, elle se ferait nécessairement échouer elle-même. Ils se proposent, il est vrai, de faire du bien par l’Évangile de Christ ; mais c’est à eux-mêmes, non aux autres. Au lieu que ceux qui usent de sincérité en prêchant l’Évangile cherchent leur propre bien dans le bien des autres. Et qu’ils soient sincères, et qu’ils parlent comme des officiers munis d’une commission, en présence de celui dont ils portent la commission, c’est ce qui paraît clairement par l’opposition directe entre leur pratique et celle des dissimulateurs décrits plus haut.
[II. 1.] Premièrement. Considérez que ce n’est pas leur propre parole qu’ils prêchent, mais la parole de celui qui les a envoyés. Ils la prêchent authentique et sans mélange. Comme ils ne se contentent pas de professer, mais croient réellement que, « si quelqu’un ajoute à la parole de Dieu, Dieu ajoutera à son sort tous les fléaux qui y sont écrits », ils craignent de le faire au moindre degré. Vous recevez d’eux l’Évangile, sinon d’une manière plus élégante, du moins fidèle, et tel qu’il est ; sans aucun mélange d’erreurs [d’hérésie] pour le souiller, ni de fausse interprétation pour l’embrouiller ; [2.] expliqué de la manière la plus naturelle et la plus évidente, par ce qui précède et ce qui suit le passage en question ; et commenté par la voie la plus sûre, la moins sujette à l’erreur ou à la corruption : la production des passages parallèles qui expriment la même chose plus clairement.
[3.] En second lieu, ils prennent autant garde de retrancher de la parole qu’ils prêchent que d’y ajouter. Considérant en présence de qui ils se tiennent, ils n’osent pas plus dire moins [ou] plus que ce qu’il leur a assigné. Ils doivent publier, selon que les occasions convenables s’en présentent, tout ce qui est contenu dans les oracles de Dieu ; que ce soit agréable ou non, peu importe, puisque cela est indubitablement vrai, et utile aussi : « Toute Écriture est inspirée de Dieu, et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice », — soit pour nous enseigner ce que nous devons croire ou pratiquer, soit pour nous convaincre d’erreur, ou pour réformer le vice. Ils savent qu’il n’y a rien de superflu en elle, touchant soit la foi soit la pratique ; c’est pourquoi ils en prêchent toutes les parties, quoique plus fréquemment et plus particulièrement celles dont on a plus particulièrement besoin là où ils sont. Loin de s’abstenir de parler contre un vice parce qu’il est à la mode et en vogue dans le lieu que la Providence leur a assigné, c’est pour cette raison même qu’ils mettent plus de zèle à rendre témoignage contre lui. Loin de s’abstenir de parler en faveur d’une vertu parce qu’elle est passée de mode et décriée là où ils sont placés, ils la recommandent pour cela même avec plus de vigueur.
[4.] Enfin. Ceux qui parlent avec sincérité, et comme en présence de celui qui les délègue, montrent qu’ils le font par la manière dont ils parlent. Ils parlent avec franchise et avec hardiesse, et ne se mettent pas en peine de pallier leur doctrine pour l’accommoder aux goûts des hommes. Ils s’efforcent de la présenter toujours sous son vrai jour, que ce jour soit agréable ou non. Ils ne veulent pas, ils n’osent pas adoucir une menace au point d’en affaiblir la force, ni représenter le péché sous des couleurs si douces qu’elles altèrent sa noirceur naturelle. Non qu’ils ne choisissent la douceur quand elle a chance d’être efficace. Bien qu’ils connaissent « la crainte du Seigneur », ils désirent plutôt « convaincre les hommes ». Cette méthode, ils l’emploient, et aiment à l’employer, avec ceux qui sont capables d’être convaincus. Avec ceux qui ne le sont pas, ils sont obligés, s’ils veulent être fidèles, de prendre la voie la plus sévère. Que les insulteurs y prennent garde ; cela ne leur fait aucun tort à eux : et si on les blâme ou si on les insulte pour avoir agi ainsi, que les insulteurs y prennent garde : que les auditeurs s’accommodent à la Parole ; ce n’est pas la Parole qui, en ce sens, doit s’accommoder aux auditeurs. Celui qui la prêche ne serait pas moins en faute par une complaisance servile d’un côté que par une sévérité inflexible de l’autre.
[III. 1.] Si donc nous avons annoncé la parole de Dieu, la parole de Dieu authentique et sans mélange, et elle seule ; si nous ne lui avons donné aucune interprétation forcée, mais [avons] pris les expressions connues dans leur sens commun et évident, — et, quand elles étaient moins connues, expliqué l’Écriture par l’Écriture ; si nous avons annoncé la Parole tout entière, selon que l’occasion s’en présentait, quoique plutôt les parties qui semblaient le plus propres à mettre un frein à quelque vice à la mode, ou à encourager la pratique de quelque vertu passée de mode ; et si nous l’avons fait franchement et hardiment, quoique avec toute la douceur et la bonté que comporte la nature du sujet ; — alors croyez à nos œuvres, sinon à nos paroles ; ou plutôt, croyez aux unes et aux autres ensemble. Voilà tout ce qu’un prédicateur peut faire ; toute la preuve qu’il peut ou qu’il doit donner de ses bonnes intentions. Il n’y a pas d’autre moyen que celui-là de montrer qu’il parle comme avec sincérité, comme chargé de la commission du Seigneur, et comme en sa présence. S’il en est qui, après tout cela, ne veulent pas croire que c’est pour leur intérêt, et non pour le nôtre, que nous travaillons ; que notre première intention en parlant est de leur montrer le chemin du bonheur, et de les détourner de la grande route qui mène à la misère ; nous sommes purs du sang de cet homme ; — il retombe sur sa propre tête. Car ainsi parle le Seigneur, qui nous a établis comme sentinelles sur les âmes de nos compatriotes et de nos frères : « Si tu avertis le méchant pour le détourner de sa voie » ; — à plus forte raison si nous usons de tous les moyens possibles pour le convaincre que l’avertissement vient de Dieu ; — « et qu’il ne s’en détourne pas », — ce qu’il ne fera certainement pas s’il ne croit pas que nous parlons sérieusement, — « il mourra dans son iniquité, et toi tu sauveras ton âme. » [Les numéros de section (et les autres insertions entre crochets signalant des variantes textuelles plus importantes) suivent la Bicentennial Edition.]
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