Sermons sur divers sujets
Le vrai christianisme défendu

Chapitre 135 · 25 min de lecture · 32 min d’écoute

Le vrai christianisme défendu

Sermon 134

Le vrai christianisme défendu 144144[Le sermon qui suit a été trouvé, sous la forme d’un manuscrit mutilé, parmi les papiers de M. Wesley. Il est daté du 24 juin 1741. On a découvert aussi une copie latine du même discours. M. Pawson a copié le premier avec un grand soin, et j’ai suppléé à ses lacunes à l’aide du second. En collationnant les deux sermons, je trouve plusieurs variantes, qui, sans être d’une grande importance, suffisent néanmoins, à mon avis, à justifier qu’on traduise et publie le sermon latin, non seulement par curiosité, mais pour son utilité. Ce sermon fut sans doute écrit dans le dessein d’être prêché devant l’Université d’Oxford ; mais s’il y fut jamais prêché, c’est ce qu’on ne peut déterminer. A. Clarke.]

« Quoi donc! La cité fidèle est devenue une prostituée! »

Ésaïe 1:21.

1. « Lorsque je fais venir l’épée sur un pays, dit l’Éternel, si la sentinelle sonne de la trompette, et avertit le peuple; et si celui qui entend le son de la trompette ne se laisse pas avertir, et que l’épée vienne le surprendre, son sang sera sur sa tête. Mais si la sentinelle voit venir l’épée, et ne sonne pas de la trompette; si le peuple n’est pas averti, et que l’épée vienne enlever à quelqu’un la vie, celui-ci périra à cause de son iniquité, mais je redemanderai son sang à la sentinelle. » (Ézéchiel 33:2–6.)

2. On ne peut douter que cette parole de l’Éternel ne s’adresse aussi à tout ministre de Christ. « Et toi, fils de l’homme, je t’ai établi comme sentinelle sur la maison d’Israël. Tu dois écouter la parole qui sort de ma bouche, et les avertir de ma part. Quand je dis au méchant: Méchant, tu mourras! Si tu ne parles pas pour détourner le méchant de sa voie, ce méchant mourra dans son iniquité, et je te redemanderai son sang. »

3. Nul ne doit donc être tenu pour notre ennemi parce qu’il nous dit la vérité : ce qui est, en effet, une marque d’amour envers notre prochain, aussi bien que d’obéissance envers Dieu. Autrement, peu de gens se chargeraient d’une tâche si ingrate : car ils savent déjà quel retour ils en recevront. Il faut que l’Écriture s’accomplisse : « Moi, le monde me hait », dit notre Seigneur, « parce que je rends de lui le témoignage que ses œuvres sont mauvaises. »

4. C’est par une conviction pleine et arrêtée que je dois ce travail d’amour à mes frères, et à ma tendre mère [alma mater : l’Université d’Oxford], qui m’a nourri depuis maintenant plus de vingt ans, et de qui, sous Dieu, j’ai reçu ces avantages dont j’espère garder un souvenir reconnaissant jusqu’à ce que mon esprit retourne à Dieu qui l’a donné ; c’est, dis-je, par la pleine conviction que l’amour et la reconnaissance, aussi bien que cette dispensation de l’Évangile qui m’a été confiée, l’exigent de moi, que moi-même j’ai entrepris de parler d’un sujet nécessaire, quoique importun. J’aurais certes souhaité qu’une personne plus agréable s’en chargeât. Mais si tous se taisaient, les pierres crieront elles-mêmes : « Quoi donc! La cité fidèle est devenue une prostituée! »

5. Combien elle fut autrefois fidèle à son Seigneur, à qui elle avait été fiancée comme une vierge pure, qu’ils le disent, non seulement les écrits de ses fils, qui seront en honneur dans toutes les générations, mais aussi le sang de ses martyrs ; — témoignage de sa fidélité plus fort que n’en pourraient rendre des paroles, fût-ce même

Par tous les discours de la terre babillarde.

Mais comment est-elle maintenant devenue une prostituée ! Comment s’est-elle détournée de son Seigneur ! Comment l’a-t-elle renié, pour écouter la voix des étrangers ! et cela,

I. Quant à la doctrine ; et,

II. Quant à la pratique.

I. Quant à la doctrine.

1. On ne peut dire que tous nos écrivains soient des prédicateurs de doctrines étrangères. Il en est qui expliquent les oracles de Dieu par le même Esprit qui les a dictés, et qui s’attachent fidèlement au solide fondement que notre Église a posé conformément à eux ; fondement au sujet duquel nous avons la parole de celui qui ne ment point, que « les portes du séjour des morts ne prévaudront point contre elle ». Il en est aussi (béni soit l’Auteur de tout don excellent !) qui, comme de sages architectes, bâtissent dessus, non avec du foin ou du chaume, mais avec de l’or et des pierres précieuses, — mais avec cette charité qui ne périt jamais.

2. Nous avons de même sujet de rendre grâces au Père des lumières de ce qu’il ne s’est pas laissé sans témoignage, mais qu’il en est aujourd’hui qui prêchent l’Évangile de paix, la vérité qui est en Jésus. Mais combien ils sont peu nombreux en comparaison de ceux (hoi kapeleuontes) qui falsifient la parole de Dieu ! combien peu nous avons de nourriture saine pour nos âmes, et quelle abondance de poison ! combien peu en est-il qui, soit par leurs écrits, soit par leurs prédications, annoncent le pur Évangile de Christ, dans la simplicité et la pureté avec lesquelles il est exposé dans les vénérables documents de notre propre Église ! Et comme nous sommes de tous côtés environnés de gens qui, ne connaissant ni les doctrines de notre Église, ni les Écritures, ni la puissance de Dieu, se sont forgé des inventions par lesquelles ils corrompent constamment les autres aussi !

3. Je ne parle pas maintenant de ceux-là (prototokoi tou Satana_), premiers-nés de Satan, les déistes, les ariens ou les sociniens. Ils sont trop décriés parmi nous pour rendre un grand service à la cause de leur maître. Mais que dirons-nous de ceux qui passent pour les colonnes de notre Église et les champions de notre foi, et qui, en réalité, trahissent cette Église, et sapent les fondements mêmes de la foi qu’elle nous enseigne ?

4. Mais quelle chose odieuse que de le montrer ! Qui est capable de porter le poids des préventions qui doivent nécessairement suivre la seule mention d’une telle accusation contre des hommes d’une réputation si bien établie ? bien plus, d’hommes qui, à beaucoup d’autres égards, ont en effet rendu de grands services à l’Église de Dieu ? Cependant tout ministre fidèle doit dire : Dieu me garde d’avoir égard à l’apparence de qui que ce soit ! Je n’ose flatter personne, ni épargner aucun de ceux qui corrompent l’Évangile. Si j’agissais ainsi, mon créateur m’enlèverait bien vite.

5. Permettez-moi cependant d’être aussi bref que possible sur ce chapitre ; je ne citerai que deux ou trois hommes de renom, qui ont tâché de saper le fondement même de notre Église, en attaquant sa doctrine fondamentale, qui est d’ailleurs la doctrine fondamentale de toutes les Églises réformées, savoir la justification par la foi seule.

L’un d’eux, et l’un des plus haut placés dans notre Église, a écrit et imprimé, avant sa mort, plusieurs sermons, expressément pour prouver que non seulement la foi, mais aussi les bonnes œuvres, sont nécessaires pour la justification. Le titre même de ces sermons nous dispense de la tâche déplaisante d’en citer des passages particuliers ; le voici : De la nécessité de la régénération (qu’il prouve longuement impliquer la sainteté du cœur et de la vie) pour la justification. [Sermons de Tillotson, vol. 1.]

6. Il paraîtra peut-être étrange à quelques-uns qu’un ange de l’Église de Dieu (comme le grand Pasteur appelle ceux qui la surveillent), et un homme si hautement estimé dans notre nation et dans beaucoup d’autres, parle ainsi, froidement et tranquillement. Mais, oh ! qu’est-il en comparaison du grand évêque Bull ! Qui pourra subsister, si cet éminent savant, chrétien et prélat a, dans sa jeunesse, écrit et publié au monde, et, dans son âge mûr, défendu les propositions qui suivent ?

« On dit qu’un homme (ex ergon dikaioutai) est justifié par les œuvres, parce que les bonnes œuvres sont la condition, établie par l’ordonnance divine dans l’alliance de l’Évangile, requise et nécessaire à la justification de l’homme ; c’est-à-dire pour qu’il obtienne par Christ la rémission de ses péchés. » BULLI Harm. Apost., p. 4.

Un peu après, sur le point de produire des témoignages à l’appui de cette proposition, il dit : « La première classe en sera formée de ceux qui parlent des bonnes œuvres en un sens général, comme de la condition requise et nécessaire de la justification. » Suivent quelques textes de l’Écriture ; après quoi il ajoute : « Qui ne croit que dans ces passages de l’Écriture il est exigé une abondance de bonnes œuvres, telles que, si un homme ne les accomplit pas, il est entièrement exclu de l’espérance du pardon et de la rémission des péchés ? » — Ibid., p. 6.

Après avoir introduit d’autres choses, il ajoute : « Outre la foi, il n’est personne qui ne voie que la repentance est exigée comme nécessaire à la justification. Or la repentance n’est pas une œuvre seule, mais elle est comme un assemblage de beaucoup d’autres : car son étendue comprend les œuvres suivantes : — (1.) La douleur à cause du péché : (2.) L’humiliation sous la main de Dieu : (3.) La haine du péché : (4.) La confession du péché : (5.) L’ardente supplication de la miséricorde divine : (6.) L’amour de Dieu : (7.) La cessation du péché : (8.) Le ferme propos d’une obéissance nouvelle : (9.) La restitution des biens mal acquis : (10.) Le pardon accordé à notre prochain pour ses offenses envers nous : (11.) Les œuvres de bienfaisance, ou l’aumône. Combien ces choses servent à obtenir de Dieu la rémission des péchés, c’est ce qui ressort suffisamment de Daniel 4:27, où le prophète donne ce salutaire conseil à Nebucadnetsar, qui était alors attaché à ses péchés : “Rachetez [L’évêque traduit PRQ — peruk, avec la Vulgate, par racheter, ou payer la rançon de ; mais le sens propre et littéral est rompre. A.C.] vos péchés par des aumônes, et vos iniquités en usant de miséricorde envers les pauvres.” » — Ibid., p. 10.

7. Pour citer encore un seul point : toute la liturgie de l’Église est pleine de demandes pour obtenir cette sainteté sans laquelle, comme l’Écriture le déclare partout, personne ne verra le Seigneur. Et elles sont toutes résumées dans ces paroles si complètes que nous sommes censés répéter si fréquemment : « Purifie les pensées de nos cœurs par l’inspiration de ton Saint-Esprit, afin que nous t’aimions parfaitement, et que nous glorifiions dignement ton saint nom. » Il est évident que dans la dernière partie de cette prière est contenue toute la sainteté extérieure : on ne saurait la porter plus haut, ni l’exprimer en termes plus forts. Et ces paroles : « Purifie les pensées de nos cœurs », contiennent la partie négative de la sainteté intérieure, dont la hauteur et la profondeur sont la pureté du cœur, par l’inspiration du Saint-Esprit de Dieu. Les paroles qui restent : « afin que nous t’aimions parfaitement », contiennent la partie positive de la sainteté ; puisque cet amour, qui est l’accomplissement de la loi, implique tous les sentiments qui étaient en Christ.

8. Mais comment le courant général des écrivains et des prédicateurs (qu’on me dispense de la tâche odieuse de nommer des personnes en particulier) s’accorde-t-il avec cette doctrine ? En vérité, il ne s’y accorde nullement. Nous en trouvons fort peu qui l’inculquent simplement et sérieusement. Mais il en est un très grand nombre qui écrivent et prêchent comme si la sainteté chrétienne, ou la religion, était une chose purement négative ; comme si ne pas maudire ni jurer, ne pas mentir ni calomnier, n’être ni ivrogne, ni voleur, ni débauché, ne dire ni ne faire de mal, était une religion suffisante pour donner à un homme droit au ciel ! Combien, s’ils vont un peu plus loin, ne la décrivent que comme une chose extérieure ; comme si elle consistait principalement, sinon entièrement, à faire le bien (comme on dit) et à user des moyens de grâce ! Ou, s’ils vont encore un peu plus loin, qu’ajoutent-ils à cette pauvre définition de la religion ? Eh bien, peut-être, qu’un homme doit être orthodoxe dans ses opinions, et avoir du zèle pour la constitution de l’Église et de l’État. Et c’est tout : c’est là toute la religion qu’ils peuvent admettre sans tomber dans l’enthousiasme ! Tant il est vrai que la foi d’un démon et la vie d’un païen composent ce que la plupart des hommes appellent un bon chrétien !

9. Mais pourquoi chercherions-nous d’autres témoins de cela ? N’y en a-t-il pas beaucoup ici présents qui sont de la même opinion ? qui croient qu’un homme de bonne morale et un bon chrétien sont une seule et même chose ? qu’un homme n’a pas besoin de se mettre en peine davantage, s’il pratique seulement autant de christianisme qu’il en était écrit sur la porte de l’empereur païen, — « Fais aux autres ce que tu voudrais qu’on te fît » ; surtout s’il n’est ni incrédule ni hérétique, mais croit vrai tout ce que disent la Bible et l’Église ?

10. Je ne voudrais pas qu’on me comprît comme si je méprisais ces choses, comme si je faisais peu de cas des opinions justes, de la vraie morale, ou d’un attachement zélé à la constitution que nous avons reçue de nos pères. Mais que sont ces choses, si elles sont seules ? À quoi nous serviront-elles en ce jour-là ? À quoi servira-t-il de dire au Juge de tous : « Seigneur, je n’étais pas comme le reste des hommes ; je n’étais ni injuste, ni adultère, ni menteur, ni homme sans mœurs » ? Bien plus, à quoi cela servira-t-il, si nous avons fait tout le bien aussi bien que nous n’avons fait aucun mal, — si nous avons distribué tous nos biens pour la nourriture des pauvres, — et que nous n’ayons pas la charité ? Comment regarderons-nous alors ceux qui nous ont appris à dormir et à nous reposer, bien que « l’amour du Père ne fût point en nous » ? ou qui, en nous apprenant à chercher le salut par les œuvres, nous ont empêchés de recevoir gratuitement cette foi par laquelle seule l’amour de Dieu eût pu être répandu dans nos cœurs ?

C’est à ces misérables corrupteurs de l’Évangile de Christ, et au poison qu’ils ont répandu, qu’il faut principalement attribuer

II. En second lieu, cette corruption générale dans la pratique aussi bien que dans la doctrine. À peine trouve-t-on (oh ! Ne l’annoncez point dans Gath, N’en publiez point la nouvelle dans les rues d’Askalon !) soit l’apparence de la piété, soit sa force ! Ainsi « la cité fidèle est devenue une prostituée! »

1. Je le dis avec douleur de cœur, et non avec joie : à peine voit-on parmi nous l’apparence de la piété. Nous sommes tous, il est vrai, appelés à être saints, et le nom même de chrétiens ne signifie rien de moins. Mais qui en a seulement l’apparence ? Prenez le premier que vous rencontrez ; prenez-en un deuxième, un troisième, un quatrième, ou le vingtième. Pas un d’entre eux n’a même l’apparence d’un saint, pas plus que celle d’un ange. Observez son regard, son air, ses gestes ! Respirent-ils Dieu seul ? Annoncent-ils un temple du Saint-Esprit ? Observez sa conversation, non pendant une heure seulement, mais jour après jour. Pouvez-vous reconnaître, à quelque signe extérieur, que Dieu habite dans son cœur ? que c’est là un esprit éternel, qui s’en va vers Dieu ? Vous imagineriez-vous que le sang de Christ a été versé pour cette âme, et lui a acquis un salut éternel ; et que Dieu attend maintenant que ce salut soit accompli avec crainte et tremblement ?

2. Si l’on disait : « Eh bien, que signifie l’apparence de la piété ? » nous répondons sans hésiter : Rien, si elle est seule. Mais l’absence de l’apparence signifie beaucoup. Elle prouve infailliblement l’absence de la force. Car, bien que l’apparence puisse exister sans la force, la force ne peut exister sans l’apparence. La religion extérieure peut se trouver là où l’intérieure n’est pas ; mais s’il n’y en a point au dehors, il ne peut y en avoir au dedans.

3. Mais on dira peut-être : « Nous avons des prières publiques matin et soir dans tous nos collèges. » C’est vrai ; et il serait à souhaiter que tous leurs membres, plus particulièrement les anciens, ceux qui ont du nom et de la considération, montrassent, en y assistant constamment, combien ils sentent le prix inestimable de ce privilège. Mais tous ceux qui y assistent ont-ils l’apparence de la piété ? Avant que ces adresses solennelles à Dieu commencent, la tenue de tous les assistants montre-t-elle qu’ils savent devant qui ils se tiennent ? Quelle impression paraît rester dans leur esprit quand ces saints offices sont terminés ? Et même pendant qu’ils durent, peut-on raisonnablement conclure de la teneur de leur conduite extérieure que leur cœur est ardemment fixé sur celui qui se tient au milieu d’eux ? Je crains fort que si un païen, qui n’entendrait pas notre langue, entrait dans l’une de nos assemblées, il ne soupçonnerait rien moins que de nous voir répandre nos cœurs devant la Majesté du ciel et de la terre. Que dirons-nous donc (si vraiment « on ne se moque pas de Dieu »), sinon : « Ce qu’un homme aura semé, il le moissonnera aussi. »

4. « Le dimanche, toutefois, disent quelques-uns, on ne peut nier que nous ayons l’apparence de la piété, puisque nous avons des sermons prêchés matin et après-midi, en plus du service du matin et du soir. » Mais sanctifions-nous le reste du jour du sabbat ? N’y fait-on point de visites inutiles ? point de futilités, point de conversations déplacées ? Ne faites-vous vous-même aucun ouvrage inutile ce jour-là, et ne souffrez-vous pas que d’autres, sur qui vous avez quelque autorité, violent en cela les lois de Dieu et des hommes ? Si vous le faites, même en ceci vous n’avez pas de quoi vous glorifier. Mais en ceci aussi vous êtes coupables devant Dieu.

5. Mais si nous avons l’apparence de la piété un jour par semaine, n’y a-t-il pas, les autres jours, ce qui lui est tout à fait contraire ? Les meilleures de nos heures d’entretien ne se passent-elles pas en propos insensés et en plaisanteries, choses qui sont contraires à la bienséance ? bien plus, peut-être en propos licencieux aussi, tels que des oreilles pudiques ne pourraient les entendre ? Ne trouve-t-on pas parmi nous plus d’un homme qui mange et boit avec les ivrognes ? Et s’il en est ainsi, quoi d’étonnant que notre profanation monte aussi jusqu’aux cieux, et nos serments et nos malédictions jusqu’aux oreilles du Seigneur des armées ?

6. Et même les heures assignées à l’étude, sont-elles généralement employées à un meilleur usage ? Non, si on les emploie à lire (comme il n’est que trop commun) des comédies, des romans ou des contes frivoles, qui tendent naturellement à accroître notre corruption native, et à chauffer la fournaise de nos désirs impurs sept fois plus qu’elle ne l’était auparavant ? Combien peu préférable est l’oisiveté laborieuse de ceux qui passent jour après jour au jeu ou dans les divertissements, prodiguant honteusement ce temps dont ils ne peuvent connaître la valeur avant d’être passés par lui dans l’éternité !

7. Ne savez-vous donc pas même ceci, vous qu’on appelle des hommes de bonne morale, que toute oisiveté est immoralité ; qu’il n’y a pas de malhonnêteté plus grossière que la paresse ; que tout ignorant volontaire est un fripon ? Il frustre ses bienfaiteurs, ses parents et le monde ; et il dérobe à la fois Dieu et sa propre âme. Et pourtant combien en est-il parmi nous ! Combien de frelons paresseux, comme s’ils n’étaient que fruges consumere nati ! « nés pour consommer les fruits de la terre ». Combien dont l’ignorance ne vient pas d’incapacité, mais de pure paresse ! Combien peu (qu’il ne paraisse pas immodeste qu’un homme tel que moi touche ce point délicat), parmi le grand nombre de ceux qui en ont le pouvoir, sont vraiment des hommes savants ! Sans parler des autres langues orientales, qui peut-on dire qui entende l’hébreu ? Ne pourrais-je pas dire, ou même le grec ? Nous pouvons nous souvenir encore d’un peu d’Homère ou de Xénophon ; mais combien peu peuvent lire couramment, ou comprendre, ne fût-ce qu’une page de Clément d’Alexandrie, de Chrysostome ou d’Éphrem le Syrien ? Et quant à la philosophie (pour ne rien dire des mathématiques, ou de ses branches plus abstruses), combien peu en trouvons-nous qui en aient posé le fondement, — qui soient maîtres même de la logique ; qui entendent à fond seulement les règles du syllogisme, la doctrine même des modes et des figures ! Oh ! qu’y a-t-il d’aussi rare que le savoir, sinon la religion !

8. Et en vérité, le savoir se trouvera rarement sans la religion ; car des vues temporelles, comme l’expérience le montre, suffiront très rarement à soutenir quelqu’un dans le travail qu’il faut pour être un savant accompli. Peut-on donc dissimuler qu’il y a trop souvent une lacune chez ceux à qui le soin de la jeunesse est confié ? Considère-t-on suffisamment cette instruction solennelle (Statut. p. 7) : « Que le tuteur instruise diligemment les écoliers confiés à ses soins dans une morale exacte ; et surtout dans les premiers principes de la religion, et dans les articles de doctrine » ?

Et ceux à qui cette charge importante est donnée travaillent-ils diligemment à poser ce bon fondement ? à fixer, par leurs leçons, de vrais principes de religion dans l’esprit des jeunes gens qui leur sont confiés ? à en recommander la pratique par l’influence puissante et agréable de leur exemple ? à appuyer cela par de fréquents avis particuliers, inculqués avec sérieux et avec force ? à observer les progrès, et à s’informer avec soin de la conduite de chacun d’eux ? en un mot, à veiller sur leurs âmes comme devant en rendre compte ?

9. Souffrez, puisque j’ai commencé à parler de ce sujet, que j’aille un peu plus loin. Prend-on suffisamment soin qu’ils connaissent et gardent les statuts que nous nous sommes tous engagés à observer ? Comment se fait-il donc qu’on les viole si notoirement chaque jour ? Pour n’en citer que quelques-uns :

Il est ordonné, quant aux offices divins et à la prédication, « que TOUS y assisteront publiquement : — les gradués et les écoliers y assisteront ponctuellement, et y demeureront jusqu’à ce que tout soit achevé, avec le respect convenable, du commencement à la fin ». (P. 181.)

Il est ordonné « que les écoliers de tout rang s’abstiendront de toute espèce de jeu où l’on joue de l’argent, tels que les cartes, les dés et les boules ; et qu’ils n’assisteront pas aux jeux publics de cette nature ». (P. 157.)

Il est ordonné « que tous (les fils de nobles exceptés) s’accoutumeront à des vêtements noirs ou de couleur sombre ; et qu’ils se tiendront le plus loin possible de la pompe et de l’extravagance ». (P. 157.)

Il est ordonné « que les écoliers de tout rang s’abstiendront des cabarets, des auberges, des tavernes, et de tout lieu de la ville où l’on vend ordinairement du vin ou toute autre sorte de boisson ». (P. 164.)

10. On objectera peut-être que « ce ne sont là que de petites choses ». Non ; mais le parjure n’est pas une petite chose ; ni, par conséquent, la violation volontaire d’une règle quelconque que nous avons solennellement juré d’observer. Assurément ceux qui parlent ainsi ont oublié ces paroles : « Tu engageras ta foi à observer tous les statuts de cette Université. Ainsi Dieu te soit en aide, et les saints Évangiles inspirés de Christ ! » (P. 229.)

11. Mais ce serment est-il suffisamment considéré par ceux qui le prêtent, ou l’un quelconque de ceux que prescrit l’autorité publique ? Cet acte solennel de religion, par lequel on prend Dieu à témoin sur son âme, n’est-il pas communément traité comme une chose légère ? en particulier par ceux qui jurent par le Dieu vivant que « ni prières ni récompense, ni haine ni amitié, ni espérance ni crainte, ne les engagent à rendre témoignage en faveur d’une personne indigne » ? (P. 88 ;) et par ceux qui jurent : « Je sais que cette personne est propre et apte, par ses mœurs et par son savoir, au haut grade auquel elle est présentée » ? (P. 114.)

12. Encore une chose. Nous avons tous attesté devant Dieu « que tous et chacun des Articles de notre Église, ainsi que le Livre de la prière commune, et l’ordination des évêques, des prêtres et des diacres, sont conformes à la parole de Dieu ». Et, ce faisant, nous avons aussi attesté « que le premier et le second Livre des Homélies contiennent l’un et l’autre une doctrine pieuse et salutaire ». Mais sur quelle évidence beaucoup d’entre nous ont-ils déclaré cela ? N’avons-nous pas affirmé ce que nous ne savons pas ? Si oui, quelque vraies que puissent être ces choses, nous sommes trouvés faux témoins devant Dieu. La plupart d’entre nous ont-ils jamais usé de quelque moyen pour savoir si ces choses sont ainsi ou non ? Avons-nous jamais, pendant une heure seulement, considéré sérieusement les Articles auxquels nous avons souscrit ? Sinon, comme nous éludons honteusement le dessein de ceux-là mêmes qui les ont rédigés, et qui les ont rédigés « pour écarter la diversité des opinions, et pour établir l’unanimité dans la vraie religion » !

13. La moitié d’entre nous a-t-elle lu d’un bout à l’autre le Livre de la prière commune et de l’ordination des évêques, des prêtres et des diacres ? Sinon, qu’est-ce que nous avons si solennellement confirmé ? En termes clairs, nous ne saurions le dire. Et quant aux deux Livres des Homélies, ce serait beaucoup si la dixième partie de ceux qui y ont souscrit, je ne dirai pas les avait examinés avant de le faire, mais les avait même lus d’un bout à l’autre jusqu’à ce jour ! Hélas, mes frères ! Comment concilierons-nous ces choses même avec la simple honnêteté, avec la simple morale païenne ? Tant ceux qui les font, oui, et peut-être aussi les défendent, sont loin d’avoir même l’apparence de la piété chrétienne !

14. Mais, laissant de côté toutes ces choses, où est la force ? Qui en sont les témoins vivants ? Qui d’entre nous (que Dieu en soit témoin avec nos cœurs) connaît par expérience la puissance de la sainteté intérieure ? Qui sent en lui-même les opérations de l’Esprit de Christ, qui élèvent son âme vers les choses hautes et célestes ? Qui peut rendre ce témoignage : « Dieu a purifié les pensées de mon cœur par l’inspiration de son Saint-Esprit » ? Qui connaît « la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence » ? Quel est celui qui « se réjouit d’une joie ineffable et glorieuse » ? Qui « s’affectionne aux choses d’en haut, et non à celles de la terre » ? Quel est celui dont la « vie est cachée avec Christ en Dieu » ? Qui peut dire : « J’ai été crucifié avec Christ; et si je vis, ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi; si je vis maintenant dans la chair, je vis dans la foi au Fils de Dieu, qui m’a aimé et qui s’est livré lui-même pour moi. » ? Dans quel cœur « l’amour de Dieu est-il répandu par le Saint-Esprit qui lui a été donné » ?

15. La notion même de cette religion n’est-elle pas presque perdue ? N’y a-t-il pas à son égard une ignorance grossière et débordante ? Bien plus, n’est-elle pas absolument méprisée ? N’est-elle pas entièrement comptée pour rien, et foulée aux pieds ? Si quelqu’un rendait témoignage à ces choses devant Dieu, ne le tiendrait-on pas pour un fou, pour un enthousiaste ? Ne suis-je pas pour vous un barbare, moi qui parle ainsi ? Mes frères, mon cœur saigne pour vous. Oh ! si vous vouliez enfin reconnaître et comprendre que ce sont là des paroles de vérité et de bon sens ! Oh ! si vous connaissiez, au moins en ce jour qui vous est donné, les choses qui appartiennent à votre paix !

16. J’ai été aujourd’hui le messager de tristes nouvelles. Mais l’amour de Christ me presse ; et pour moi c’était d’autant moins pénible que pour vous cela était salutaire. Je ne désire pas accuser les enfants de mon peuple. C’est pourquoi je ne parle pas ainsi aux oreilles de ceux qui sont assis sur la muraille ; mais c’est à vous que je m’efforce de dire la vérité dans la charité, comme un fidèle ministre de Jésus-Christ. Et je puis maintenant vous dire : « je vous déclare aujourd’hui que je suis pur du sang de vous tous, car je vous ai annoncé tout le conseil de Dieu, sans en rien cacher. »

17. Que le Dieu de toute grâce, qui est lent à la colère, plein de tendre miséricorde, et qui se repent du mal, fixe ces choses dans vos cœurs, et arrose de la rosée du ciel la semence qu’il a semée ! Qu’il corrige tout ce qu’il voit de mauvais en nous ! Qu’il supplée à tout ce qui manque ! Qu’il achève ce qui est selon sa volonté ; et qu’ainsi il nous affermisse, nous fortifie et nous rende inébranlables, afin que ce lieu soit de nouveau une cité fidèle à son Seigneur, oui, la louange de toute la terre !

Page 1 / 1 · 25 min restantes dans le chapitre
Précédent Suivant