Chapitre 131 · 20 min de lecture · 26 min d’écoute
Péchés et misères de la nation
Sermon 130
Péchés et misères de la nation 138138Prêché à St. Matthew’s, Bethnal-Green, le dimanche 12 novembre 1775, au profit des veuves et des orphelins des soldats tombés récemment près de Boston, en Nouvelle-Angleterre
« Voici, j’ai péché! C’est moi qui suis coupable; mais ces brebis, qu’ont-elles fait? »
2 Samuel 24:17.
1. Le chapitre commence ainsi : « La colère de l’Éternel s’enflamma de nouveau contre Israël, et il excita David contre eux, en disant: Va, fais le dénombrement d’Israël et de Juda. » « De nouveau » ; — elle s’était enflammée contre eux peu d’années auparavant ; à la suite de quoi « il y avait eu une famine dans le pays pendant trois ans, année après année », (2 Samuel 21:1) jusqu’à ce que David eût consulté l’Éternel, et appris de lui le moyen de l’apaiser. On ne nous dit pas de quelle manière particulière Israël avait alors offensé Dieu, ni par quelle cause particulière sa colère s’était enflammée ; on nous en dit seulement l’effet. « Il excita David contre eux, en disant: Va, fais le dénombrement d’Israël et de Juda. » « Il », — non pas Dieu ! Gardez-vous d’imputer cela à la source de l’amour et de la sainteté ! Ce ne fut pas Dieu, mais Satan, qui excita ainsi David. Le passage parallèle de l’Écriture le déclare expressément : « Satan se leva contre Israël, et il excita David à faire le dénombrement d’Israël. » (1 Chroniques 21:1.) Satan se tint devant Dieu, pour accuser David et Israël, et pour demander à Dieu la permission de tenter David. Se tenir debout est proprement la posture de l’accusateur devant les tribunaux des hommes ; c’est pourquoi l’Écriture, qui a coutume de parler des choses de Dieu à la manière des hommes, représente Satan comme paraissant dans cette posture devant le tribunal de Dieu. « Et David dit à Joab et aux chefs du peuple: Allez, faites le dénombrement d’Israël, depuis Beer-Schéba jusqu’à Dan, et rapportez-le-moi, afin que je sache à combien il s’élève. » (1 Chroniques 21:2.)
2. Il n’apparaît pas clairement en quoi consistait le péché de dénombrer ainsi le peuple. Il n’y en a aucune défense expresse dans aucune des Écritures qui existaient alors. Pourtant nous lisons que « l’ordre du roi lui paraissait une abomination », à Joab (1 Chroniques 21:6), qui n’était pas un homme de la conscience la plus délicate ; de sorte qu’il fit des remontrances à David avant d’obéir. « Joab répondit : Mais pourquoi mon seigneur demande-t-il cela? » « Pourquoi sera-t-il une cause de transgression » — de châtiment ou de calamité — « pour Israël ? » Dieu punit fréquemment un peuple pour les péchés de ses chefs, parce qu’il a généralement part à leurs péchés, d’une manière ou d’une autre. Et le juste Juge prend cette occasion de le punir pour tous ses péchés. En cela, Joab avait raison ; car, après qu’on les eut dénombrés, il est dit : « Cet ordre déplut à Dieu. » Bien plus, « David sentit battre son cœur […]. Et il dit à l’Éternel: J’ai commis un grand péché en faisant cela! Maintenant, ô Éternel, daigne pardonner l’iniquité de ton serviteur ». (2 Samuel 24:10.) Le péché ne résidait-il pas dans le motif pour lequel la chose fut faite ? Ne le fit-il pas dans l’orgueil de son cœur ? Probablement par un principe de vanité et d’ostentation, se glorifiant non en Dieu, mais dans le nombre de son peuple.
3. Dans la suite, nous voyons que Joab lui-même fut, pour une fois, un vrai prophète : David fut une cause de transgression, de châtiment, pour Israël. Son péché, ajouté à tous les péchés du peuple, combla la mesure de leurs iniquités. Ainsi « L’Éternel envoya la peste en Israël, depuis le matin », où Gad le prophète donna à David le choix entre la guerre, la famine et la peste, « jusqu’au soir du troisième jour. Et, de Dan à Beer-Schéba, il mourut soixante-dix mille hommes parmi le peuple. » (2 Samuel 24:15.) « Et David, voyant l’ange qui frappait parmi le peuple », — lequel apparut sous la forme d’un homme tenant à la main une épée nue, afin de le convaincre plus pleinement que ce fléau venait immédiatement de Dieu, — « dit : Voici, j’ai péché! C’est moi qui suis coupable; mais ces brebis, qu’ont-elles fait? »
4. N’y a-t-il pas, à plusieurs égards, une ressemblance remarquable entre le cas d’Israël et le nôtre ? Une méchanceté générale occasionna alors un châtiment général ; et la même cause ne produit-elle pas aujourd’hui le même effet ? Nous aussi, nous avons péché, et nous sommes punis ; et peut-être n’est-ce là que le commencement des douleurs. Peut-être l’ange étend-il maintenant sa main sur l’Angleterre pour la détruire. Oh ! si l’Éternel voulait enfin dire à celui qui détruit : « Assez! Retire maintenant ta main. »
5. Que le vice soit le père de la misère, peu le nient ; c’est ce que confirme le suffrage général de tous les âges. Mais nous nous appliquons rarement cette vérité à nous-mêmes ; quand nous parlons du péché comme de la cause de la misère, nous entendons d’ordinaire le péché des autres, et nous supposons que nous souffrons parce qu’ils pèchent. Mais avons-nous besoin d’aller si loin ? Nos propres vices ne suffisent-ils pas à rendre compte de toutes nos souffrances ? Considérons cela loyalement et impartialement ; examinons nos propres cœurs et nos propres vies. Nous souffrons tous ; et nous avons tous péché. Mais ne nous sera-t-il pas plus profitable que chacun considère ses propres péchés comme attirant des souffrances et sur lui-même et sur les autres, et qu’il dise : « Voici, j’ai péché! C’est moi qui suis coupable; mais ces brebis, qu’ont-elles fait? »
I. 1. Recherchons d’abord ce qu’ils souffrent ; et ensuite, quelle est la cause de ces souffrances ? Que le peuple souffre, nul ne peut le nier ; — qu’il soit affligé d’une manière plus qu’ordinaire. Des milliers et des dizaines de milliers d’hommes sont aujourd’hui profondément affligés par le manque de travail. Il est vrai que ce manque est en quelque mesure réparé dans quelques villes grandes et opulentes. Mais il est vrai aussi que c’est loin, bien loin d’être le cas général du royaume. Rien n’est plus certain que des milliers de gens dans l’ouest de l’Angleterre, dans toute la Cornouailles en particulier, dans le nord, et même dans les comtés du centre, sont totalement sans emploi. De là vient que ceux qui autrefois ne manquaient de rien manquent maintenant de tout. Ils sont si éloignés de l’abondance dont ils jouissaient jadis qu’ils sont dans la détresse la plus déplorable, privés non seulement des commodités, mais de la plupart des nécessités de la vie. J’ai vu bon nombre de ces malheureuses créatures, à guère plus de cent milles de Londres, debout dans les rues, le teint pâle, les yeux creux, les membres décharnés ; ou se traînant çà et là comme des ombres qui marchent. J’ai connu des familles qui, il y a peu d’années, vivaient d’une manière aisée et honorable, réduites aux seuls vêtements qu’elles avaient sur le dos, et à la seule nourriture qu’elles pouvaient ramasser dans les champs. L’un ou l’autre d’entre eux s’y rendait une fois par jour, pour ramasser les navets que le bétail avait laissés ; ils les faisaient bouillir, s’ils pouvaient se procurer quelques morceaux de bois, ou autrement les mangeaient crus. Tel est le manque de nourriture auquel beaucoup de nos compatriotes sont aujourd’hui réduits par le manque de travail !
2. Elle est assez cruelle, cette calamité que des multitudes souffrent chaque jour. Mais je ne sais si beaucoup plus encore ne gémissent pas sous une calamité plus cruelle encore. C’est une grande affliction d’être privé de pain ; mais c’en est une plus grande encore d’être privé de sa raison. Et tel est le cas de milliers et de milliers de nos compatriotes aujourd’hui. Une pauvreté aussi répandue (quoique non à un si haut degré), je l’ai vue il y a plusieurs années. Mais une folie aussi répandue, je ne l’ai jamais vue, ni, je crois, le plus vieil homme vivant. Des milliers de gens simples et honnêtes, dans tout le pays, sont entièrement mis hors de sens par le poison que l’on répand si diligemment dans toutes les villes et tous les bourgs du royaume. Ils crient à grands cris après la liberté tandis qu’ils l’ont entre les mains, tandis qu’ils la possèdent réellement ; et à un si haut degré qu’on n’en connaît pas de semblable chez aucune autre nation sous le ciel ; que nous entendions la liberté civile, la liberté de jouir de toute notre propriété légale, — ou la liberté religieuse, la liberté d’adorer Dieu selon les injonctions de notre propre conscience. C’est pourquoi tous ceux qui crient, avec passion ou avec lamentation : « Servitude ! Esclavage ! » alors qu’il n’y a pas plus de danger d’une telle chose que de voir le ciel tomber sur leur tête, ont entièrement perdu le sens ; leur raison s’en est allée ; leur intelligence est tout à fait confondue. Il est vrai que beaucoup d’entre eux ont recouvré dernièrement leur bon sens ; pourtant il en reste encore des multitudes qui sont, à cet égard, aussi parfaitement fous qu’aucun des pensionnaires de Bedlam.
3. Que personne ne pense que c’est une petite calamité qui est tombée sur notre pays. Si vous voyiez, comme je l’ai vu, dans chaque comté, chaque ville, chaque bourg, des hommes autrefois d’un caractère calme, doux et amical, rendus fous par l’esprit de parti, écumant de rage contre leurs paisibles voisins, prêts à s’arracher la gorge les uns aux autres et à se plonger l’épée dans les entrailles ; si vous aviez entendu des hommes qui autrefois craignaient Dieu et honoraient le roi, exhaler maintenant contre lui les invectives les plus amères, et tout prêts, pour peu que l’occasion s’en présente, à la trahison et à la rébellion ; vous ne jugeriez pas alors que ce soit un petit mal, une affaire de peu d’importance, mais l’un des plus lourds jugements que Dieu puisse laisser tomber sur un pays coupable.
4. Telle est la condition des Anglais chez eux. Et en est-il mieux au-dehors ? Je crains que non. J’apprends de ceux qui sont maintenant sur les lieux que, dans nos colonies aussi, beaucoup font boire largement au peuple le même vin mortel ; des milliers d’entre eux en sont enflammés de plus en plus, jusqu’à ce que la tête leur tourne entièrement, et qu’ils soient fous à tous égards. La raison se perd dans la rage ; sa voix douce et paisible est étouffée par la clameur populaire. La sagesse est tombée dans les rues. Et où est la demeure de l’intelligence ? On a peine à la trouver dans ces provinces. Voici l’esclavage, l’esclavage réel en vérité, au sens le plus propre du terme. Car la forme régulière, légale et constitutionnelle du gouvernement n’est plus. Voici une servitude réelle, et non imaginaire : il ne reste pas l’ombre de la liberté anglaise. Non seulement on n’accorde aucune liberté de la presse, — nul n’ose imprimer une page ni une ligne qui ne soit exactement conforme aux sentiments de nos seigneurs, le peuple, — mais aucune liberté de parole. Leur langue n’est pas à eux. Nul ne doit oser prononcer un mot, soit en faveur du roi George, soit en défaveur de l’idole qu’ils ont dressée, — le gouvernement nouveau, illégal, inconstitutionnel, entièrement inconnu à nous et à nos pères. Il n’y a là aucune liberté religieuse ; aucune liberté de conscience pour ceux qui « honorent le roi », et que, par conséquent, le sentiment du devoir pousse à le défendre contre les viles calomnies que l’on répand continuellement contre lui. Il n’y a là aucune liberté civile ; on ne jouit du fruit de son travail qu’autant qu’il plaît à la populace. Un homme n’a aucune sûreté pour son commerce, sa maison, sa propriété, à moins qu’il ne veuille suivre le courant. Bien plus, il n’a aucune sûreté pour sa vie, si son voisin, favori du peuple, a envie de lui couper la gorge : car il n’y a point de loi, et point de magistrat légal pour connaître des délits. C’est là le gouffre de la tyrannie, — du pouvoir arbitraire d’un côté, et de l’anarchie de l’autre. Et, comme si tout cela n’était pas assez de misère, voyez encore ce monstre cruel, la guerre ! Mais qui peut décrire la misère compliquée que renferme ce mot ? Écoutez ! le canon gronde ! Un nuage de poix couvre la face du ciel. Le bruit, la confusion, la terreur règnent partout ! On entend de tous côtés les gémissements des mourants. Les corps des hommes sont percés, déchirés, taillés en pièces ; leur sang est répandu sur la terre comme de l’eau ! Leurs âmes prennent leur essor vers le monde éternel ; peut-être vers une misère éternelle. Les ministres de la grâce se détournent de cette scène horrible ; les ministres de la vengeance triomphent. Tel a déjà été l’aspect des choses dans ce pays autrefois heureux, où la paix et l’abondance, même lorsqu’elles étaient bannies d’une grande partie de l’Europe, ont souri pendant près de cent ans.
5. Et qu’est-ce qui entraîne ces pauvres victimes dans le champ du sang ? C’est un grand fantôme qui marche devant eux, et qu’on leur apprend à appeler la liberté ! C’est lui
Qui souffle dans leurs cœurs l’âpre amour de la guerre,
Et la soif de vengeance, et le mépris de la mort.
Cependant la liberté réelle est foulée aux pieds, et se perd dans l’anarchie et la confusion.
6. Mais lequel de ces guerriers, pendant tout ce temps, a pensé à la femme de sa jeunesse, qui reste maintenant veuve inconsolable, — peut-être sans personne qui prenne soin d’elle ; peut-être privée de son unique consolation et de son unique soutien, et n’ayant pas où reposer sa tête ? Qui a pensé à ses enfants sans défense, maintenant orphelins désolés, — qui peut-être crient pour avoir du pain, tandis que leur mère n’a plus rien à leur donner que ses douleurs et ses larmes ?
II. 1. Et pourtant « ces brebis, qu’ont-elles fait? », bien que tout cela soit venu sur elles ? « Croyez-vous qu’ils soient de plus grands pécheurs que les autres hommes, parce qu’ils souffrent de la sorte ? Non, je vous le dis. Mais si vous ne vous repentez, vous périrez tous également. » Il nous convient donc de considérer nos propres péchés, — la cause de toutes nos souffrances. Il convient à chacun de nous de dire : « Voici, j’ai péché! C’est moi qui suis coupable. »
2. Le temps me manquerait, si j’entreprenais d’énumérer toutes les manières dont nous avons péché ; mais, en général, ceci est certain : —
Le riche, le pauvre, le grand, le petit,
Se sont écartés de son doux commandement ;
Les flots de l’iniquité débordent,
Et noient tout le pays coupable :
Peuple et prêtre gisent noyés dans le péché,
Et Topheth s’ouvre béant pour les recevoir.
Combien innombrables sont parmi nous les violations de la justice ! Qui n’adopte la vieille maxime : Si possis, recte ; si non, quocunque modo rem : « Si tu peux gagner de l’argent honnêtement, fais-le ; mais, de toute manière, gagne de l’argent » ?
Où trouver la miséricorde, si elle doit s’opposer à l’intérêt ? Combien peu se feront scrupule, pour une somme appréciable, d’opprimer la veuve ou l’orphelin ? Et où trouverons-nous la vérité ? La tromperie et la fraude ne quittent point nos rues. Qui est-ce qui dit la vérité selon son cœur ? De qui les paroles sont-elles l’image de ses pensées ? Où est celui qui a « rejeté tout mensonge », qui ne dit jamais ce qu’il ne pense pas ? Qui a honte de cela ? On a dit, il est vrai, autrefois, et c’était même un homme d’État : « Tous les autres vices ont eu leurs avocats ; mais le mensonge est un vice si bas, si abominable, qu’il ne s’est encore trouvé personne qui ait osé le défendre ouvertement. » S’imaginerait-on que cet écrivain vivait à la Cour ? oui, et cela dans le siècle présent ? N’a-t-il donc pas lui-même, comme tous ses confrères hommes d’État, plaidé pour un métier de mensonge délibéré ? N’a-t-il pas plaidé pour l’innocence, oui, et pour la nécessité, d’employer des espions ? — la plus vile race de menteurs qui soit sous le soleil ? Pourtant, qui se fit jamais scrupule de les employer, si ce n’est lord Clarendon ?
3. Ô vérité, où t’es-tu enfuie ? Combien peu te connaissent ! Ne disons-nous pas continuellement des mensonges pour le seul plaisir de mentir, sans en retirer ni profit ni agrément ? Notre langage ordinaire lui-même n’est-il pas rempli de fausseté ? Il y a plus de cent ans, le poète se plaignait :
Jamais il ne fit bon vivre
Depuis qu’on nomme compliment la basse flatterie.
Qu’aurait-il dit s’il avait vécu un siècle plus tard, quand cet art fut porté à sa perfection ?
4. Il y a peut-être de cela une preuve palpable à laquelle on ne fait pas d’ordinaire attention. Si vous blâmez un homme sous bien d’autres rapports, il n’en est pas fort offensé. Mais si vous dites qu’il est un menteur, il ne le supporte pas ; il prend feu aussitôt. Pourquoi cela ? Parce qu’un homme peut supporter d’être blâmé quand il a conscience de son innocence. Mais si vous dites qu’il est un menteur, vous touchez un point sensible : il est coupable, et c’est pourquoi il ne peut le supporter.
5. Y a-t-il un caractère plus méprisable encore que celui d’un menteur ? Peut-être y en a-t-il un : celui d’un épicurien. Et ne sommes-nous pas une génération d’épicuriens ? Notre ventre n’est-il pas notre dieu ? Manger et boire ne sont-ils pas nos principales délices, notre plus haut bonheur ? N’est-ce pas la principale étude (je crains que ce ne soit la seule) de bien des hommes de qualité que d’accroître le plaisir du goût ? Quand le luxe (non seulement dans la nourriture, mais dans le vêtement, l’ameublement, les équipages) fut-il porté à un tel point en Grande-Bretagne depuis qu’elle est une nation ? Nous avons récemment étendu l’empire britannique presque sur tout le globe. Nous avons porté nos lauriers en Afrique, en Asie, sous les climats brûlants et glacés de l’Amérique. Et qu’en avons-nous rapporté ? Toute l’élégance du vice que pouvait offrir le monde oriental ou le monde occidental.
6. Le luxe est constamment le père de la paresse. Tout glouton deviendra, en temps voulu, un fainéant. Plus il dévore de viande et de boisson, moins il aura de goût pour le travail. Cette dégénérescence des Bretons par rapport à leurs ancêtres sobres et actifs fut remarquée dès le siècle dernier. Mais si M. Herbert disait alors :
Ô Angleterre, pleine de péché, mais surtout de paresse !
qu’aurait-il dit maintenant ? Observez la différence entre le siècle dernier et le siècle présent, dans un seul exemple : au siècle dernier, le Parlement avait coutume de se réunir hora quinta, ante meridiem, « à cinq heures du matin » ! Si ces Bretons-là pouvaient regarder hors de leurs tombeaux, que penseraient-ils de la génération présente ?
7. Permettez-moi de toucher encore un article, dans lequel, en vérité, nous surpassons toutes les nations de la terre. Pas une nation sous la voûte des cieux ne peut rivaliser avec les Anglais en impiété. Un tel oubli total, un tel mépris absolu de Dieu, ne se trouve nulle part ailleurs. Dans nulles autres rues, si ce n’est en Irlande, vous ne pouvez entendre de tous côtés
Le serment horrible, la malédiction affreuse,
Cette arme dernière de la guerre du misérable,
Et le blasphème, triste compagnon du désespoir !
8. Que chacun de nous mette maintenant la main sur son cœur et dise : « “Est-ce moi, Seigneur?” Ai-je ajouté à ce déluge d’injustice et d’impiété, et par là à la misère de mes compatriotes ? Ne suis-je pas coupable sous quelqu’un des rapports qui précèdent ? Et ne souffrent-ils pas parce que j’ai péché ? » Si nous avons quelque tendresse de cœur, quelques entrailles de miséricorde, quelque sympathie pour les affligés, poursuivons cette pensée jusqu’à ce que nous sentions profondément que nos péchés sont une grande cause de leurs souffrances.
9. Mais maintenant que la plaie a commencé, et qu’elle a déjà fait de tels ravages en Angleterre et en Amérique, que pouvons-nous faire pour qu’elle soit arrêtée ? Comment nous tiendrons-nous « entre les morts et les vivants » ? Y a-t-il un meilleur moyen de détourner la colère de Dieu que celui que prescrit saint Jacques : « Nettoyez vos mains, pécheurs; purifiez vos cœurs, hommes irrésolus. » Premièrement : « Nettoyez vos mains. » Rejetez immédiatement la méchanceté de vos actions. Fuyez à l’instant le péché, toute parole et toute œuvre mauvaise, comme on fuit devant un serpent. « Qu’il ne sorte de votre bouche aucune parole mauvaise » ; aucune conversation sans charité, aucune conversation inutile. Qu’il ne se trouve point de fraude dans votre bouche : dites à chacun la vérité selon votre cœur. Renoncez à toute manière d’agir, si lucrative qu’elle soit, qui est contraire soit à la justice, soit à la miséricorde. Faites à chacun ce que, dans des circonstances semblables, vous voudriez qu’il vous fît. Soyez sobres, tempérants, actifs ; et, en toute parole et en toute œuvre, travaillez à avoir une conscience sans reproche devant Dieu et devant les hommes. Ensuite, par la grâce toute-puissante de celui qui vous a aimés et qui s’est livré lui-même pour vous, « purifiez vos cœurs par la foi ». Ne soyez plus irrésolus, boitant entre la terre et le ciel, vous efforçant de servir Dieu et Mamon. Purifiez vos cœurs de l’orgueil, — en vous humiliant sous la puissante main de Dieu ; de tout esprit de parti, de la colère, du ressentiment, de l’amertume, qui maintenant surtout vous envelopperont facilement ; de tout préjugé, de tout fanatisme, de toute étroitesse d’esprit ; de l’impétuosité, et de l’impatience de la contradiction ; de l’amour de la dispute, et de tout degré d’une humeur impitoyable ou implacable. Au lieu de cette sagesse terrestre, diabolique, que « la sagesse d’en haut » pénètre profondément dans vos cœurs ; cette « sagesse » qui « est premièrement pure », ensuite « pacifique, facile à fléchir », — convaincue, persuadée ou apaisée, — « pleine de miséricorde et de bons fruits, exempte de duplicité », — embrassant tous les hommes ; « sans hypocrisie », sincère et sans feinte. Maintenant ou jamais, « rejetant toute malice, toute clameur », (les injures,) « et toute médisance : Soyez bons les uns envers les autres », envers tous vos frères et compatriotes, — « compatissants » envers tous ceux qui sont dans la détresse ; « vous pardonnant réciproquement, comme Dieu vous a pardonné en Christ. »
10. Et « que maintenant mon conseil » vous « soit agréable », à chacun de vous qui êtes présents devant Dieu. « Mets un terme à tes péchés par la repentance, et à tes iniquités en usant de compassion envers les malheureux, et ta tranquillité pourra se prolonger », — dans la mesure où il en reste encore parmi nous. Faites miséricorde plus particulièrement aux pauvres veuves, aux orphelins sans défense de vos compatriotes qui sont maintenant comptés parmi les morts, qui sont tombés parmi les tués dans un pays lointain. Qui sait si l’Éternel ne se laissera pas encore fléchir, s’il ne calmera pas la folie du peuple, s’il n’éteindra pas les flammes de la discorde, et ne soufflera pas en tous l’esprit d’amour, d’unité et de concorde ? Alors le frère ne lèvera plus l’épée contre son frère, et l’on n’apprendra plus la guerre. Alors l’abondance et la paix fleuriront dans notre pays, et tous ses habitants seront reconnaissants des bienfaits innombrables dont ils jouissent, et « craindront Dieu, et honoreront le roi ».
Londres, 7 nov. 1775
Chapitre 131 terminé
Péchés et misères de la nation