Chapitre 130 · 31 min de lecture · 40 min d’écoute
La cause et le remède des tremblements de terre
Sermon 129
La cause et le remède des tremblements de terre 136136[Publié pour la première fois en l’année 1750.]
« Venez, contemplez les œuvres de l’Éternel, Les ravages qu’il a opérés sur la terre! »
Psaume 46:9.
De tous les jugements que le Dieu juste inflige ici-bas aux pécheurs, le plus terrible et le plus destructeur est le tremblement de terre. C’est ce qu’il a fait venir récemment sur notre partie de la terre, éveillant ainsi nos craintes, et nous invitant à « nous préparer à la rencontre de notre Dieu » ! Les secousses qui ont été ressenties en divers lieux, depuis celle qui fit trembler cette ville, peuvent nous convaincre que le danger n’est pas passé, et doivent nous tenir encore dans la crainte, puisque « sa colère ne s’apaise point, Et sa main est encore étendue ». (Ésaïe 10:4.)
Afin d’entrer dans le dessein de la Providence en ce temps de crise redoutable, je prendrai occasion des paroles de mon texte :
I. Pour montrer que les tremblements de terre sont les œuvres de l’Éternel, et que lui seul fait venir ce ravage sur la terre :
II. Pour vous appeler à contempler les œuvres de l’Éternel dans deux ou trois exemples terribles : Et,
III. Pour vous donner quelques directions appropriées à la circonstance.
I. Je dois vous montrer que les tremblements de terre sont les œuvres de l’Éternel, et que lui seul fait venir ce ravage sur la terre. Or, que Dieu lui-même soit l’auteur, et le péché la cause morale, des tremblements de terre (quelle qu’en puisse être la cause naturelle), c’est ce que ne peut nier aucun de ceux qui croient les Écritures ; car ce sont elles qui rendent de lui ce témoignage, que c’est Dieu dont il est dit : « Il transporte soudain les montagnes, Il les renverse dans sa colère. Il secoue la terre sur sa base, Et ses colonnes sont ébranlées. » (Job 9:5, 6.) « Il regarde la terre, et elle tremble; Il touche les montagnes, et elles sont fumantes. » (Psaume 104:32.) « Les montagnes se fondent comme la cire devant l’Éternel, Devant le Seigneur de toute la terre. » (Psaume 97:5.) « Les montagnes s’ébranlent devant lui, Et les collines se fondent. Qui résistera devant sa fureur? Qui tiendra contre son ardente colère? Sa fureur se répand comme le feu, Et les rochers se brisent devant lui. » (Nahum 1:5, 6.)
Les écrivains inspirés présentent les tremblements de terre comme l’acte judiciaire propre de Dieu, ou comme le châtiment du péché : le péché est la cause, les tremblements de terre l’effet, de sa colère. Ainsi parle le psalmiste : « La terre fut ébranlée et trembla, Les fondements des montagnes frémirent, Et ils furent ébranlés, parce qu’il était irrité. » (Psaume 18:8.) Ainsi parle le prophète Ésaïe : « Je punirai le monde pour sa malice, — Et j’abattrai l’arrogance des tyrans : — C’est pourquoi j’ébranlerai les cieux, Et la terre sera secouée sur sa base, Par la colère de l’Éternel des armées, Au jour de son ardente fureur. » (Ésaïe 13:11, 13.) Et encore : « Voici, l’Éternel dévaste le pays et le rend désert, il le met sens dessus dessous », (dans l’original, il en bouleverse la face,) « et en disperse les habitants. Car les écluses d’en haut s’ouvrent, Et les fondements de la terre sont ébranlés. La terre est déchirée, La terre se brise, La terre chancelle. La terre chancelle comme un homme ivre, Elle vacille comme une cabane; Son péché pèse sur elle, Elle tombe, et ne se relève plus. » (Ésaïe 24:1, 18–20.) « Tremble, ô terre! Devant le Dieu de Jacob » (Psaume 114:7.) « C’est de l’Éternel des armées que viendra le châtiment, Avec des tonnerres, des tremblements de terre et un bruit formidable. » (Ésaïe 29:6.)
Rien ne peut être plus formel que ces témoignages de l’Écriture, qui déterminent à la fois la cause et l’auteur de cette terrible calamité. Mais la raison, aussi bien que la foi, nous assure suffisamment qu’elle doit être le châtiment du péché, et l’effet de cette malédiction que la transgression originelle fit venir sur la terre. Il ne faut plus chercher de stabilité dans le monde, depuis que l’innocence en est bannie : mais nous ne pouvons concevoir que l’univers eût été troublé par ces accidents furieux durant l’état de justice originelle. Pourquoi la colère de Dieu aurait-elle armé les éléments contre ses sujets fidèles ? Pourquoi aurait-il renversé toutes ses œuvres pour détruire des hommes innocents ? ou pourquoi aurait-il accablé les habitants de la terre sous ses ruines, s’ils n’avaient pas été pécheurs ? pourquoi aurait-il enseveli dans les entrailles de la terre ceux qui ne devaient pas mourir ? Concluons donc, de l’Écriture comme de la raison, que les tremblements de terre sont les œuvres étranges du jugement de Dieu — l’effet et le châtiment propres du péché. Je passe :
II. À mettre sous vos yeux ces œuvres de l’Éternel dans deux ou trois exemples terribles.
En l’année 1692 survint en Sicile l’un des plus effroyables tremblements de terre de toute l’histoire. Il ébranla l’île entière, et non seulement elle, mais Naples et Malte eurent part à la secousse. Il était impossible à qui que ce fût de se tenir debout sur cette terre qui dansait : bien plus, ceux qui étaient couchés sur le sol étaient jetés d’un côté à l’autre, comme sur une vague qui roule. De hautes murailles sautèrent de plusieurs pas hors de leurs fondements.
Les dégâts qu’il causa sont stupéfiants : cinquante-quatre villes et bourgs, outre un nombre incroyable de villages, furent presque entièrement détruits. Catane, l’une des villes les plus célèbres, les plus anciennes et les plus florissantes du royaume, résidence de plusieurs monarques et siège d’une université, eut la plus grande part au jugement. Le père Anth. Serrvoita, qui s’y rendait, aperçut à quelques milles de la ville un nuage noir comme la nuit suspendu au-dessus d’elle ; et de la bouche de l’Etna s’élevèrent de grandes gerbes de flammes, qui se répandirent tout alentour. La mer, tout à coup, se mit à mugir et à se soulever en vagues ; les oiseaux volaient çà et là, effarés ; le bétail courait en mugissant dans les champs ; et il y eut un coup comme si toute l’artillerie du monde avait tiré à la fois !
Ses chevaux et ceux de ses compagnons s’arrêtèrent net, tremblants, de sorte qu’ils furent obligés de mettre pied à terre. À peine furent-ils descendus qu’ils furent soulevés de terre de plus de deux palmes ; et lorsque, jetant les yeux vers Catane, il fut stupéfait de ne voir rien d’autre qu’un épais nuage de poussière dans l’air. C’était là le théâtre de leur calamité ; car de la magnifique Catane on ne voit plus la moindre trace. Sur dix-huit mille neuf cent quatorze habitants, dix-huit mille y périrent : dans les diverses villes et bourgs, soixante mille furent détruits sur deux cent cinquante-quatre mille neuf cents !
La même année, 1692, le 7 juin, eut lieu le tremblement de terre de la Jamaïque. Il renversa la plupart des maisons, des églises, des sucreries, des moulins et des ponts de toute l’île ; il déchira les rochers et les montagnes, réduisant certaines d’entre elles en plaines ; il détruisit des plantations entières et les jeta dans la mer ; et, en l’espace de deux minutes, il abattit et détruisit les neuf dixièmes de la ville de Port-Royal ; les maisons s’enfoncèrent d’un seul coup à trente ou quarante brasses de profondeur !
La terre, en s’ouvrant, engloutit des gens ; et ils ressortirent dans d’autres rues ; quelques-uns au milieu du port (rejetés par la mer qui monta dans ces crevasses), et échappèrent ainsi d’une manière merveilleuse.
De tous les puits, d’une brasse jusqu’à six ou sept, l’eau jaillit par le haut avec un mouvement violent. Tandis que les maisons d’un côté de la rue étaient englouties, celles de l’autre côté étaient jetées en monceaux. Le sable de la rue se soulevait comme les vagues de la mer, soulevant tous ceux qui s’y tenaient, puis les laissant aussitôt retomber dans des fosses ; et au même instant un flot d’eau, faisant irruption, les roulait sens dessus dessous, tandis qu’ils s’accrochaient aux poutres et aux chevrons pour se sauver.
Navires et chaloupes furent renversés et perdus dans le port. Un vaisseau, par le mouvement de la mer et l’affaissement du quai, fut poussé par-dessus le toit de plusieurs maisons, et coula à cet endroit.
Le tremblement de terre fut accompagné d’un grondement sourd, semblable à celui du tonnerre. En moins d’une minute, les trois quarts des maisons, avec le sol sur lequel elles se trouvaient et leurs habitants, furent entièrement enfoncés sous l’eau, et le peu qui en resta ne fut plus qu’un monceau de décombres !
La secousse fut si violente qu’elle jetait les gens à genoux ou sur la face, tandis qu’ils couraient çà et là pour chercher un abri ; le sol se soulevait et s’enflait comme une mer houleuse ; et plusieurs maisons, restées debout, furent déplacées et poussées de quelques pas hors de leur place ; on dit qu’une rue entière est maintenant deux fois plus large qu’auparavant.
En bien des endroits la terre se fendait, s’ouvrait et se refermait vivement et rapidement ; de ces ouvertures, on pouvait en voir deux ou trois cents à la fois ; dans quelques-unes les gens étaient engloutis ; d’autres étaient saisis par le milieu du corps par la terre qui se refermait, et écrasés jusqu’à la mort ; et ils restaient ainsi ensevelis, la tête seule hors de terre ; et les chiens mangèrent quelques-unes de ces têtes !
Le ministre du lieu, dans sa relation, dit que la méchanceté des gens était si désespérée qu’il craignait de rester parmi eux ; que, le jour du tremblement de terre, des matelots et d’autres se mirent à forcer et à piller les magasins et les maisons abandonnées, tandis que la terre tremblait sous eux et que les maisons tombaient sur eux en plein acte ; qu’il en rencontra beaucoup qui juraient et blasphémaient ; et que les prostituées publiques, qui demeuraient encore sur place, étaient aussi ivres et aussi impudentes que jamais.
Tandis qu’il courait vers le fort, vaste lieu découvert, pour se sauver, il vit la terre s’ouvrir et engloutir une multitude de gens ; et la mer, montant sur eux par-dessus les fortifications, détruisit aussi leur grand cimetière, arracha les cadavres de leurs tombes et brisa leurs monuments. Tout le port était couvert de cadavres qui flottaient çà et là sans sépulture !
Aussitôt que la violente secousse fut passée, il invita tout le monde à se joindre à lui dans la prière. Parmi eux se trouvaient plusieurs Juifs, qui s’agenouillèrent et répondirent comme les autres, et qu’on entendit même invoquer Jésus-Christ. Après avoir passé une heure et demie avec eux en prières et en exhortations à la repentance, on le pria de se retirer sur quelque navire du port ; et, passant sur le toit de quelques maisons qui étaient au niveau de l’eau, il monta d’abord dans un canot, puis dans une chaloupe, qui le mena à bord d’un navire.
Les plus grandes ouvertures engloutissaient des maisons ; et de quelques-unes sortaient des rivières entières, lancées à une grande hauteur dans l’air, et menaçant d’un déluge la partie que le tremblement de terre avait épargnée. Le tout était accompagné d’odeurs infectes et du fracas des montagnes qui s’écroulaient. Le ciel, en une minute, devint terne et rouge, comme un four ardent. À peine resta-t-il debout une maison de plantation ou une sucrerie dans toute la Jamaïque. Une grande partie en fut engloutie, maisons, arbres, gens et tout, d’un seul gouffre ; à leur place apparurent ensuite de grandes mares d’eau qui, une fois desséchées, ne laissèrent que du sable, sans aucune trace qu’arbre ou plante y eût jamais été.
À environ douze milles de la mer, la terre s’entrouvrit, et lança dans l’air, avec une force prodigieuse, d’énormes quantités d’eau. Mais c’est parmi les montagnes et les rochers que la violence fut la plus grande. La plupart des rivières furent arrêtées pendant vingt-quatre heures par la chute des montagnes ; jusqu’à ce que, en s’enflant, elles se fussent creusé de nouveaux lits, arrachant les arbres et tout ce qu’elles rencontraient sur leur passage.
Une grande montagne se fendit, tomba dans la plaine, couvrit plusieurs habitations et y fit périr les gens. Une autre montagne, après avoir fait plusieurs bonds ou mouvements, ensevelit [une] grande partie d’une plantation située à un mille de là. Une autre grande et haute montagne, de près d’une journée de marche de largeur, fut entièrement engloutie, et là où elle se dressait il y a maintenant un grand lac de quelques lieues d’étendue.
Après la grande secousse, ceux qui échappèrent montèrent à bord des navires du port, où beaucoup restèrent plus de deux mois ; les secousses étant pendant tout ce temps si violentes et si fréquentes, parfois deux ou trois par heure, accompagnées de bruits effrayants, comme d’un vent qui s’agite ou d’un tonnerre au sourd grondement, avec des bouffées de soufre, qu’ils n’osaient revenir à terre. La conséquence du tremblement de terre fut une maladie générale, causée par les vapeurs malsaines, qui emporta plus de trois mille personnes.
Le 28 octobre 1746, à dix heures et demie du soir, Lima, la capitale du Pérou, fut détruite par un tremblement de terre qui s’étendit à cent lieues vers le nord et autant vers le sud, tout le long de la côte. La destruction ne laissa pas même le temps d’avoir peur ; car, en un seul et même instant, on perçut le bruit, la secousse et la ruine. Dans l’espace de quatre minutes, pendant lesquelles dura la plus grande force du tremblement de terre, les uns se trouvèrent ensevelis sous les ruines des maisons qui s’écroulaient, et les autres écrasés dans les rues par la chute des murs, qui tombaient sur eux tandis qu’ils couraient çà et là.
Néanmoins, la plus grande partie des habitants (dont on estimait le nombre à près de soixante mille) furent providentiellement préservés, soit dans les creux que laissaient les ruines, soit au sommet des ruines mêmes, sans savoir comment ils y étaient montés. Car personne, en un tel moment, n’avait le temps de délibérer ; et à supposer qu’il l’eût eu, il n’y avait aucun lieu de retraite : car les parties qui semblaient les plus solides se montraient parfois les plus faibles ; au contraire, les plus faibles, par intervalles, faisaient la plus grande résistance ; et la consternation était telle que nul ne se croyait en sûreté avant d’avoir réussi à s’échapper de la ville.
La terre heurtait les édifices avec une telle violence que chaque secousse en abattait la plus grande partie ; et ceux-ci, entraînant dans leur chute des poids énormes (surtout les églises et les hautes maisons), achevaient de détruire tout ce qu’ils rencontraient, même ce que le tremblement de terre avait épargné. Les secousses, quoique instantanées, étaient pourtant successives ; et, par intervalles, des hommes étaient transportés d’un lieu à un autre, ce qui fut un moyen de salut pour quelques-uns, tandis que l’impossibilité absolue de se mouvoir en préserva d’autres.
Il y avait soixante-quatorze églises, outre les chapelles, et quatorze monastères, avec autant d’hôpitaux et d’infirmeries, qui furent en un instant réduits en un monceau de ruines, et leurs immenses richesses ensevelies dans la terre ! Mais, bien qu’il ne restât pas vingt maisons debout, il ne paraît pas que le nombre des morts se soit élevé à beaucoup plus de mille cent quarante et une personnes ; dont soixante-dix étaient des malades d’un hôpital, ensevelis par le toit qui tomba sur eux tandis qu’ils étaient couchés dans leurs lits, sans que personne pût leur porter secours.
Callao, ville portuaire distante de deux lieues de Lima, fut engloutie par la mer dans ce même tremblement de terre. Elle disparut en un instant aux regards ; de sorte qu’on n’en aperçoit plus aujourd’hui la moindre trace.
Quelques tours, il est vrai, et la solidité de ses murailles, soutinrent un temps toute la force du tremblement de terre : mais à peine ses pauvres habitants avaient-ils commencé à se remettre de la première frayeur que cette effroyable ruine leur avait causée, que, soudain, la mer se mit à s’enfler et, s’élevant à une hauteur prodigieuse, se précipita furieusement en avant, et déborda ses anciennes limites avec un si vaste déluge d’eau que, faisant sombrer la plupart des navires qui étaient à l’ancre dans le port, et soulevant les autres au-dessus de la hauteur des murs et des tours, elle les emporta et les laissa à sec bien au-delà de la ville. En même temps, elle arracha de leurs fondements toutes les maisons et tous les édifices qui s’y trouvaient, excepté les deux portes, et çà et là quelques petits fragments des murailles elles-mêmes, qui, comme les registres de la calamité, se voient encore parmi les ruines et les eaux, — monument effroyable de ce qu’ils étaient !
Dans ce flot furieux furent noyés tous les habitants du lieu, environ cinq mille personnes. Ceux qui purent saisir quelques pièces de bois flottèrent un temps considérable ; mais ces débris, faute de place, se heurtaient continuellement les uns contre les autres, et faisaient ainsi lâcher prise à ceux qui s’y étaient cramponnés.
Environ deux cents personnes, pour la plupart des pêcheurs et des matelots, se sauvèrent. Ils déclarèrent que les vagues, en se retirant, entourèrent la ville entière, sans laisser aucun moyen de salut ; et que, dans les intervalles, lorsque la violence de l’inondation diminuait un peu, ils entendaient les cris et les gémissements les plus lamentables de ceux qui périssaient. Ceux aussi qui étaient à bord des navires qui, par l’élévation de la mer, furent emportés par-dessus la ville, eurent l’occasion d’échapper. Des vingt-trois navires qui se trouvaient dans le port au moment du tremblement de terre, quatre furent jetés à la côte, et tous les autres sombrèrent. Le petit nombre de ceux qui se sauvèrent sur des planches furent plusieurs fois poussés jusqu’à l’île Saint-Laurent, à plus de deux lieues du fort. Enfin quelques-uns furent jetés sur le rivage, d’autres sur l’île, et furent ainsi préservés.
Dans ces exemples, nous pouvons contempler et voir les œuvres de l’Éternel, et combien « Il est redoutable quand il agit sur les fils de l’homme ». (Psaume 66:5.) En vérité, rien ne peut être aussi saisissant que ce jugement des tremblements de terre, quand il vient à l’improviste, comme un voleur dans la nuit ; — « quand le séjour des morts élargit sa gueule, et ouvre sa bouche outre mesure ; et que leur gloire, et leur multitude, et leur pompe, et celui qui se réjouit, y descendent » ; (Ésaïe 5:14) — quand il n’y a ni temps pour fuir, ni moyen d’échapper, ni possibilité de résister ; — quand il ne reste ni sanctuaire ni refuge ; qu’on ne trouve d’abri ni dans les plus hautes tours ni dans les plus profondes cavernes ; — quand la terre s’ouvre tout à coup, et devient le tombeau de familles, de rues et de villes entières ; et accomplit cela en moins de temps qu’il ne vous en faut pour le raconter ; soit qu’elle vomisse un flot d’eaux pour les noyer, ou des flammes de feu pour les consumer, soit qu’elle se referme sur eux, de sorte qu’ils meurent d’étouffement ou de faim, sinon sous les ruines de leurs propres demeures ; — quand parents et enfants, maris et femmes, maîtres et serviteurs, magistrats, ministres et peuple, sans distinction, au milieu de la santé, de la paix et des affaires, sont ensevelis dans une ruine commune, et passent tous ensemble dans le monde éternel : et qu’il n’y a que la différence de quelques heures ou de quelques minutes entre une ville célèbre et plus de ville du tout !
Or, si la guerre est un mal terrible, combien plus un tremblement de terre, qui, au milieu de la paix, apporte un mal pire que les extrémités de la guerre ! Si une peste furieuse est effroyable, qui emporte des milliers d’hommes en un jour et des dizaines de milliers en une nuit ; si un incendie dévorant est un jugement stupéfiant, combien plus étonnant est celui-ci, par lequel maisons et habitants, bourgs, villes et contrées sont tous détruits d’un seul coup en quelques minutes ! La mort est le seul présage d’un tel jugement, qui ne laisse ni le loisir de se préparer pour un autre monde, ni l’occasion de chercher un abri en celui-ci.
Sentir la terre, qui est suspendue sur le néant (comme une vaste boule au milieu d’un air subtil et sans résistance), chanceler sous ses pieds, voilà qui doit remplir un homme d’une secrète frayeur et d’une grande confusion. L’histoire nous apprend les effets redoutables des tremblements de terre dans tous les âges ; on y voit des rochers mis en pièces ; des montagnes non seulement abattues, mais déplacées ; des collines soulevées, non seulement du fond des vallées, mais du fond des mers ; des feux jaillissant des eaux ; des pierres et des cendres vomies ; des rivières détournées ; des mers chassées de leur lit ; la terre qui s’ouvre ; des villes englouties ; et bien d’autres événements hideux semblables !
De tous les châtiments divins, il n’en est aucun de plus affreux, de plus inévitable que celui-ci. Car où pouvons-nous penser échapper au danger, si la chose la plus solide du monde entier est ébranlée ? Si ce qui soutient toutes les autres choses menace de s’enfoncer sous nos pieds, quel asile trouverons-nous contre un mal qui nous environne de toutes parts ? Et où pouvons-nous nous retirer, si les gouffres qui s’ouvrent nous ferment le passage de tous côtés ?
De quelle horreur les hommes ne sont-ils pas saisis quand ils entendent la terre gémir ; quand son tremblement succède à ses plaintes ; quand les maisons se détachent de leurs fondements ; quand les toits tombent sur leurs têtes et que le pavé s’enfonce sous leurs pieds ! Quelle espérance reste-t-il, quand la fuite ne peut mettre la crainte à couvert ! Dans les autres maux, il y a quelque moyen d’échapper ; mais un tremblement de terre enferme ce qu’il renverse, et fait la guerre à des provinces entières ; et parfois il ne laisse rien derrière lui pour apprendre à la postérité ses ravages. Plus insolent que le feu, qui épargne les rochers ; plus cruel que le conquérant, qui laisse les murailles ; plus avide que la mer, qui rejette les débris des naufrages ; il engloutit et dévore tout ce qu’il renverse. La mer elle-même est soumise à son empire, et les tempêtes les plus dangereuses sont celles qu’occasionnent les tremblements de terre.
J’en viens, en troisième et dernier lieu, à vous donner quelques directions appropriées à la circonstance. Et cela est d’autant plus nécessaire que vous ne savez combien tôt le récent tremblement de terre, par lequel Dieu nous a visités, peut revenir, ni s’il n’étendra pas sa mission aussi bien qu’il la renouvellera. Une fois, oui, deux fois, l’Éternel nous a avertis qu’il s’est levé pour ébranler terriblement la terre. C’est pourquoi, 1. Craignez Dieu, ce Dieu qui peut en un instant jeter à la fois le corps et l’âme dans l’enfer ! « Entre dans les rochers, Et cache-toi dans la poussière, Pour éviter la terreur de l’Éternel Et l’éclat de sa majesté. » (Ésaïe 2:10.) Ne devrions-nous pas tous nous écrier : « Tes œuvres sont grandes et admirables, Seigneur Dieu tout-puissant! Qui ne craindrait, Seigneur, et ne glorifierait ton nom? parce que tes jugements ont été manifestés ! » (Apocalypse 15:3, 4.)
Dieu parle à vos cœurs, comme par un tonnerre souterrain : « La voix de l’Éternel crie à la ville, — Entendez la verge et celui qui l’envoie! » (Michée 6:9.) Il vous ordonne de prendre garde à sa puissance et à sa justice. « Viens et vois ! » (Apocalypse 6:5) tandis qu’un nouveau sceau s’ouvre ; oui, « Venez et contemplez les œuvres de Dieu! Il est redoutable quand il agit sur les fils de l’homme. » (Psaume 66:5.)
Quand il fait trembler les montagnes et chanceler la terre, nos cœurs ne seront-ils pas émus ? « Ne me craindrez-vous pas, dit l’Éternel, Ne tremblerez-vous pas devant moi? » (Jérémie 5:22.) Ne me craindrez-vous pas, moi qui puis ouvrir les écluses du ciel en haut, ou rompre les sources de l’abîme en bas, et répandre des déluges entiers de vengeance quand il me plaît ? — moi qui puis « faire pleuvoir sur les méchants des pièges, du feu et du soufre, et une horrible tempête » ; (Psaume 11:6) ou allumer ces courants et ces exhalaisons dans les entrailles et les cavernes de la terre, et leur faire forcer un passage pour la destruction des bourgs, des villes et des contrées ? moi qui puis ainsi changer soudain une terre fertile en un désert stérile, spectacle stupéfiant de désolation et de ruine ?
« Sonne-t-on de la trompette dans une ville, Sans que le peuple soit dans l’épouvante? Arrive-t-il un malheur dans une ville, Sans que l’Éternel en soit l’auteur? » « Le lion rugit: qui ne serait effrayé? Oh ! Que la majesté de Dieu est redoutable! C’est pourquoi les hommes doivent le craindre. » Quelques-uns le craignent ; et tous le devraient. Oh ! que sa crainte tombe en ce moment même sur vous tous qui entendez ces paroles, contraignant chacun de vous à s’écrier : « Ma chair frissonne de l’effroi que tu m’inspires, Et je crains tes jugements. » (Psaume 119:120.) Oh ! que tous voient, maintenant que sa main est levée, comme sur le point de frapper ; qu’elle est encore étendue ; et qu’il agite sa verge au-dessus d’une terre coupable, d’un peuple mûr pour la destruction ! Car n’est-ce pas là la nation qui doit être visitée ? Et « Ne châtierais-je pas ces choses-là, dit l’Éternel, Ne me vengerais-je pas d’une pareille nation? » (Jérémie 5:9.) Quoi, sinon une repentance nationale, peut prévenir une destruction nationale ?
« Oh ! prenez-y garde, vous qui oubliez Dieu, de peur qu’il ne vous arrache, sans que personne vous délivre ! » (Psaume 50:22.) Afin que l’iniquité ne cause pas votre ruine, repentez-vous ! C’est là le second conseil que je voudrais vous offrir ; ou plutôt le premier, qui vous est davantage pressé et expliqué. Craignez Dieu, et détournez-vous du mal ; repentez-vous, et produisez des fruits dignes de la repentance ; rompez avec vos péchés en ce moment même. « Lavez-vous, purifiez-vous, Otez de devant mes yeux la méchanceté de vos actions; Cessez de faire le mal. Apprenez à faire le bien », dit l’Éternel. (Ésaïe 1:16, 17.)
« Si vous ne vous repentez, vous périrez tous également. » (Luc 13:3.) « Maintenant encore, dit l’Éternel », qui ne veut pas qu’aucun périsse, « Revenez à moi de tout votre cœur, Avec des jeûnes, avec des pleurs et des lamentations! Déchirez vos cœurs et non vos vêtements, Et revenez à l’Éternel, votre Dieu; Car il est compatissant et miséricordieux, Lent à la colère et riche en bonté, Et il se repent des maux qu’il envoie. Qui sait s’il ne reviendra pas et ne se repentira pas, Et s’il ne laissera pas après lui la bénédiction ? » (Joël 2:12–14.)
« Qui sait ? » Question qui devrait vous faire trembler. Dieu vous pèse dans la balance, et considère, pour ainsi dire, s’il doit sauver ou détruire ! « Dis aux enfants d’Israël: Vous êtes un peuple au cou roide; si je montais un seul instant au milieu de toi, je te consumerais. Ote maintenant tes ornements de dessus toi, et je verrai ce que je te ferai. » (Exode 33:5.)
Dieu attend de voir quel effet ses avertissements produiront sur vous. Il s’arrête sur le point d’exécuter le jugement, et s’écrie : « Dois-je te livrer ? » (Osée 11:8) Ou : « Quels châtiments nouveaux vous infliger ? » (Ésaïe 1:5.) Il ne désire pas la mort de celui qui meurt. Il n’accomplirait pas son œuvre étrange, si votre impénitence obstinée ne l’y contraignait.
« Pourquoi mourriez-vous, maison d’Israël? » (Ézéchiel 18:31.) Dieu vous avertit du jugement qui approche, afin que vous preniez garde et que vous y échappiez par une prompte repentance. Il lève la main et l’agite au-dessus de vous, afin que vous la voyiez et que vous préveniez le coup. Il vous dit : « Déjà la cognée est mise à la racine des arbres » : (Matthieu 3:10) repentez-vous donc ; produisez de bons fruits ; et vous ne serez pas coupés et jetés au feu. Oh ! ne méprisez pas les richesses de sa miséricorde, mais qu’elle vous pousse à la repentance ! « Croyez que la patience de notre Seigneur est votre salut. » (2 Pierre 3:15.) N’endurcissez pas vos cœurs, mais tournez-vous vers celui qui vous frappe ; ou plutôt qui menace de vous frapper, afin que vous vous tourniez vers lui et que vous soyez épargnés !
Combien l’Éternel est lent à la colère ! combien il lui répugne de punir ! Par quels pas mesurés il s’avance pour exercer la vengeance ! Que d’afflictions plus légères avant le coup final !
S’il faisait signe à l’homme monté sur le cheval roux de revenir, et disait : « Que l’épée parcoure le pays! », pourrions-nous nous plaindre qu’il ne nous a pas avertis ? L’épée n’a-t-elle pas d’abord porté le deuil au-dehors ; et ne l’avons-nous pas vue ensuite à l’intérieur de nos frontières ? Pourtant le Dieu miséricordieux a dit : « Tu viendras jusqu’ici, tu n’iras pas au-delà » ; il a arrêté les envahisseurs au milieu de notre pays, les a fait reculer et les a détruits.
S’il envoyait l’homme monté sur le cheval pâle, dont le nom est la Mort, et que la peste fît périr des milliers et des dizaines de milliers d’entre nous, pourrions-nous nier qu’il nous ait d’abord avertis par la mortalité furieuse qui a frappé notre bétail ?
De même, si nous le provoquons à ravager notre terre, à la mettre sens dessus dessous, et à nous renverser comme il renversa Sodome et Gomorrhe, ne nous le serons-nous pas attiré nous-mêmes ? N’avions-nous aucune raison de nous attendre à une telle calamité ; aucun avertissement préalable ; aucun tremblement de la terre avant qu’elle se fendît ; aucune secousse avant qu’elle ouvrît sa bouche ? N’a-t-il placé sous nos yeux aucun exemple d’un si terrible jugement ? N’avions-nous jamais entendu parler de la destruction de la Jamaïque, ou de Catane, ou de celle de Lima, qui est arrivée hier encore ? Si nous périssons enfin, nous périssons sans excuse ; car qu’aurait-on pu faire de plus pour nous sauver ?
Oui, tu as maintenant un nouvel appel à la repentance, une nouvelle offre de miséricorde, qui que tu sois, toi qui entends ces paroles. Au nom du Seigneur Jésus, je t’avertis encore une fois, comme une sentinelle sur la maison d’Israël, de fuir la colère à venir ! Je te remets en mémoire (si tu l’as si tôt oublié) le récent et redoutable jugement par lequel Dieu t’a secoué au-dessus de la bouche de l’enfer ! Ton corps, il l’a probablement réveillé par ce moyen ; mais a-t-il réveillé ton âme ? L’Éternel était dans le tremblement de terre, et il a posé à ta conscience une question solennelle : « Es-tu prêt à mourir ? » « As-tu fait ta paix avec Dieu ? » Si la terre venait maintenant à ouvrir sa bouche et à t’engloutir, que deviendrais-tu ? Où serais-tu ? dans le sein d’Abraham, ou levant les yeux au milieu des tourments ? Si tu avais péri dans le récent tremblement de terre, ne serais-tu pas mort dans tes péchés, ou plutôt ne serais-tu pas descendu vivant en enfer ? Qui a empêché ta damnation ? c’est le Fils de Dieu ! Oh ! tombe à ses pieds et adore-le ! Rends-lui la gloire de ta délivrance ; et consacre le reste de tes jours à son service !
C’est là le troisième conseil que je voudrais vous donner : Repentez-vous, et croyez à la bonne nouvelle. Croyez au Seigneur Jésus, et vous serez encore sauvés. Baisez le fils, de peur qu’il ne s’irrite, Et que vous ne périssiez. La repentance seule ne vous servira de rien ; et vous ne vous repentez pas, à moins que vous ne confessiez, le cœur brisé, le plus damnable de tous vos péchés, votre incrédulité ; le fait d’avoir rejeté, ou de n’avoir pas accepté, Jésus-Christ comme votre unique Sauveur. Et vous ne pouvez vous repentir, à moins qu’il ne vous en donne lui-même le pouvoir ; à moins que son Esprit ne vous convainque de péché, parce que vous ne croyez pas en lui.
Tant que vous ne vous repentez pas de votre incrédulité, tous vos bons désirs et toutes vos promesses sont vains, et passeront comme la nuée du matin. Les vœux que vous faites au temps de la détresse, vous les oublierez et les romprez aussitôt que la détresse sera finie et le danger passé.
Mais échapperez-vous par votre méchanceté, supposé que le tremblement de terre ne revienne pas ? Dieu ne manquera jamais de voies et de moyens pour punir les pécheurs impénitents. Il a mille autres jugements en réserve ; et si la terre n’ouvre pas sa bouche, vous serez pourtant sûrement engloutis à la fin dans l’abîme sans fond de l’enfer !
Veux-tu encore échapper à cette mort éternelle ? Reçois donc en toi-même la sentence de mort, misérable pécheur qui t’es détruit toi-même ! Reconnais que tu manques d’une foi vivante, salutaire et divine ! Gémis sous le fardeau de ton incrédulité, et refuse d’être consolé jusqu’à ce que tu l’entendes te dire de sa propre bouche : « Prends courage, tes péchés te sont pardonnés. »
Je ne puis tenir pour acquis que tous les hommes ont la foi, ni parler aux pécheurs de ce pays comme à des croyants en Jésus-Christ. Car où sont les fruits de la foi ? La foi est agissante par l’amour ; la foi triomphe du monde ; la foi purifie le cœur ; la foi, dans la plus petite mesure, transporte les montagnes. Si tu peux croire, tout t’est possible. Si tu es justifié par la foi, tu as la paix avec Dieu, et tu te glorifies dans l’espérance de son glorieux avènement.
Celui qui croit a le témoignage en lui-même ; il a dans son cœur les arrhes du ciel ; il a un amour plus fort que la mort. La mort, pour un croyant, a perdu son aiguillon ; « c’est pourquoi il sera sans crainte quand la terre est bouleversée, Et que les montagnes chancellent au cœur des mers ». (Psaume 46:3.) Car il sait en qui il a cru ; et que « ni la vie ni la mort ne pourra le séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ son Seigneur ».
Crois-tu ainsi ? Éprouve-toi toi-même par la parole infaillible de Dieu. Si tu n’as pas les fruits, les effets ou les propriétés inséparables de la foi, tu n’as pas la foi. Viens donc au Chef et au Consommateur de la foi, confessant tes péchés, et la racine de tous — ton incrédulité, jusqu’à ce qu’il te pardonne tes péchés et te purifie de toute iniquité. Viens à l’Ami des pécheurs, fatigué et chargé, et il te donnera le pardon ! Jette ta pauvre âme désespérée sur son amour mourant ! Entre dans le rocher, dans l’arche, dans la ville de refuge ! Demande, et tu recevras à la fois la foi et le pardon. Il attendait pour te faire grâce. Il t’a épargné pour cela même : afin que tes yeux voient son salut. Quels que soient les jugements qui viennent en ces derniers jours, quiconque invoquera le nom du Seigneur Jésus sera pourtant délivré.
Invoque-le maintenant, ô pécheur ! et persévère dans la prière jusqu’à ce qu’il te réponde par la paix et par la puissance ! Lutte pour obtenir la bénédiction ! Ta vie, ton âme est en jeu ! Crie à lui avec force : — « Fils de David, Jésus aie pitié de moi! » « O Dieu, sois apaisé envers moi, qui suis un pécheur. » Seigneur, secours-moi ! Viens au secours de mon incrédulité! Sauve-moi, ou je péris ! Fais l’aspersion sur mon cœur troublé ! Lave-moi complètement dans la source de ton sang ; conduis-moi par ton Esprit ; sanctifie-moi tout entier, et élève-moi dans la gloire !
« Or, à Dieu le Père... »
Chapitre 130 terminé
La cause et le remède des tremblements de terre