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Vivre sans Dieu

Chapitre 126 · 14 min de lecture · 18 min d’écoute

Vivre sans Dieu

Sermon 125

Vivre sans Dieu

« Sans Dieu dans le monde. »

Éphésiens 2:12.

1. Peut-être ces paroles pourraient-elles être traduites plus exactement : Athées dans le monde. Cette expression semble un peu plus forte que « sans Dieu dans le monde », qui sonne presque comme une négation, et n’implique pas nécessairement autre chose que le fait de n’avoir aucune communion, aucun commerce avec Dieu. Au contraire, le mot athée s’entend communément de quelque chose de positif, — non seulement renoncer à tout commerce avec lui, mais nier son existence même.

2. Le cas de ces hommes malheureux peut être fort bien éclairé par un incident récent, dont on ne saurait raisonnablement mettre en doute la vérité, puisqu’il y en a eu un si grand nombre de témoins oculaires. Un vieux chêne ayant été abattu et fendu par le milieu, du cœur même de l’arbre sortit en rampant un gros crapaud, qui s’en alla de toute la vitesse dont il était capable. Or, combien de temps pouvons-nous imaginer avec probabilité que cette créature était restée là ? Il n’est pas invraisemblable qu’elle fût restée dans son nid plus de cent ans. Il n’est pas improbable qu’elle fût à peu près, sinon tout à fait, du même âge que le chêne, ayant été d’une manière ou d’une autre enfermée dedans au temps où on le planta. Il n’est donc pas déraisonnable de supposer qu’elle avait vécu de cette étrange sorte de vie au moins un siècle. Nous disons qu’elle avait vécu ; mais quelle sorte de vie ! Combien désirable ! Combien digne d’envie ! Comme dit Cowley :

Ô vie, la plus précieuse et la plus chère !

Ô vie, que les épicuriens voudraient partager !

Consacrons quelques réflexions à un cas si peu commun, et tirons-en quelque profit.

3. Ce pauvre animal avait des organes des sens ; et pourtant il n’avait aucune sensation. Il avait des yeux ; et pourtant aucun rayon de lumière n’entra jamais dans sa noire demeure. Dès le tout premier instant de son existence en ce lieu, il fut enfermé dans des ténèbres impénétrables. Il était séparé du soleil, de la lune et des étoiles, et de la belle face de la nature ; en vérité, de tout le monde visible, autant que s’il n’avait pas existé.

4. Comme aucun air ne pouvait pénétrer dans sa sombre retraite, il ne pouvait par conséquent avoir aucune ouïe. Quels que fussent les organes dont il était pourvu, ils ne pouvaient lui être d’aucun usage, puisque nul air ondulant ne pouvait se frayer un passage à travers les parois qui l’entouraient. Et il n’y a aucune raison de croire qu’il eût aucun sens analogue à ceux de l’odorat ou du goût. Chez une créature qui n’avait besoin d’aucune nourriture, ceux-ci n’auraient pu être d’aucune utilité. Et il n’y avait non plus aucun moyen par lequel les objets de l’odorat ou du goût pussent s’approcher d’elle. Ce ne pouvait être que fort peu, si même il le pouvait, qu’il connût même le sens général, — celui du toucher : comme il demeurait toujours dans une seule et même posture au milieu des parties qui l’entouraient, et que toutes celles-ci étaient fixées immobiles, elles ne pouvaient faire sur lui aucune impression nouvelle. De sorte qu’il n’avait qu’une seule sensation d’heure en heure, et de jour en jour, pendant toute sa durée.

5. Et comme ce pauvre animal était dépourvu de sensation, il devait être également dépourvu de réflexion. Sa tête (de quelque sorte qu’elle fût), n’ayant aucuns matériaux sur lesquels travailler, aucune idée de sensation d’aucune espèce, ne pouvait produire aucun degré de réflexion. Il ne pouvait donc guère avoir aucune mémoire, ni aucune imagination. Il ne pouvait non plus avoir aucune faculté de se mouvoir d’un lieu à l’autre, tant qu’il était si étroitement serré de tous côtés. S’il avait en lui-même quelques ressorts de mouvement, il était pourtant impossible que cette faculté s’exerçât, parce que l’étroitesse de sa caverne ne permettait aucun changement de place.

6. Quel exact parallèle on peut tracer entre cette créature (qu’on peut à peine appeler un animal) et un homme qui est « sans Dieu dans le monde » ! Tels sont la grande majorité de ceux-là mêmes qu’on appelle chrétiens ! Je ne veux pas dire qu’ils soient athées, dans le sens ordinaire du mot. Je ne crois pas que ceux-ci soient aussi nombreux que beaucoup se le sont imaginé. Après avoir fait toutes les recherches et toutes les observations possibles pendant plus de cinquante ans, je n’en ai pas trouvé vingt qui ne crussent sérieusement pas à l’existence d’un Dieu ; bien plus, je n’en ai trouvé que deux (au meilleur de mon jugement) dans les îles Britanniques. Tous deux vivaient alors à Londres, et étaient de cette persuasion depuis bien des années. Mais plusieurs années avant d’être appelés à comparaître devant Dieu, John S—- et John B—- furent l’un et l’autre pleinement convaincus qu’il y a un Dieu ; et, ce qui est plus remarquable, ils furent convaincus d’abord qu’il est un Dieu terrible, et ensuite qu’il est un Dieu miséricordieux. Je mentionne ces deux cas pour montrer, non seulement qu’il y a dans le monde de réels athées au sens littéral, mais aussi que, même alors, s’ils daignent la demander, ils peuvent trouver « la grâce qui secourt au temps du besoin ».

7. Mais ce ne sont pas ceux-là que j’entends quand je parle de ceux qui sont athées, ou « sans Dieu dans le monde » ; mais de ceux qui ne sont athées que dans la pratique ; qui n’ont pas Dieu dans toutes leurs pensées ; qui n’ont pas fait connaissance avec lui et n’ont aucune communion avec lui ; qui n’ont pas plus de commerce avec Dieu, ou avec le monde invisible, que cet animal n’en avait avec le monde visible. Je m’efforcerai de tracer le parallèle entre eux. Et que Dieu l’applique à leurs cœurs !

8. Chacun de ceux-là est, à l’égard du monde invisible, exactement dans la situation où le crapaud était à l’égard du monde visible. Cette créature avait sans doute une sorte de vie, telle quelle. Elle avait certainement toutes les parties internes et externes essentielles à la vie animale ; et, sans aucun doute, elle avait des humeurs convenables, qui entretenaient une sorte de circulation. C’était là une vie, en vérité ! Et telle est exactement la vie de l’athée, de l’homme « sans Dieu dans le monde ». Quel voile épais il y a entre lui et le monde invisible, qui, à son égard, est comme s’il n’existait pas ! Il n’en a pas la moindre perception ; pas l’idée la plus lointaine. Il n’a pas la moindre vue de Dieu, le Soleil intellectuel ; ni la moindre attraction vers lui, ni aucun désir d’avoir quelque connaissance de ses voies. Bien que sa lumière soit allée par toute la terre, et sa voix jusqu’aux extrémités du monde, cependant il n’en entend pas plus que de la fabuleuse musique des sphères. Il ne goûte ni la bonté de Dieu ni les puissances du siècle à venir. Il ne sent pas (comme parle notre Église) l’opération du Saint-Esprit dans son cœur. En un mot, il n’a pas plus de commerce avec le monde spirituel, ni de connaissance de ce monde, que cette pauvre créature n’en avait du monde naturel, tant qu’elle était enfermée dans sa sombre clôture.

9. Mais au moment où l’Esprit du Tout-Puissant frappe le cœur de celui qui jusqu’alors était sans Dieu dans le monde, il brise la dureté de son cœur, et crée toutes choses nouvelles. Le soleil de la justice paraît, et brille sur son âme, lui montrant la lumière de la gloire de Dieu sur la face de Jésus-Christ. Il est dans un monde nouveau. Toutes choses autour de lui sont devenues nouvelles, telles qu’il ne lui était jamais monté au cœur de les concevoir. Il voit, autant que ses yeux nouvellement ouverts peuvent en soutenir la vue,

Les cieux qui s’ouvrent briller autour de lui

De rayons d’une sainte félicité.

Il voit qu’il a « un avocat auprès du Père, Jésus-Christ le juste » ; et qu’il a « la rédemption par son sang, la rémission des péchés ». Il voit « une route nouvelle qui est ouverte dans le sanctuaire par le sang de Jésus » ; et son « éclat va croissant jusqu’au milieu du jour ».

10. Par le même coup de la grâce, celui qui auparavant avait des oreilles mais n’entendait point est maintenant rendu capable d’entendre. Il entend la voix qui ressuscite les morts, — la voix de celui qui est « la résurrection et la vie ». Il n’est plus sourd à ses invitations ou à ses commandements, à ses promesses ou à ses menaces ; mais il écoute avec joie toute parole qui sort de sa bouche, et règle d’après elle toutes ses pensées, toutes ses paroles et toutes ses actions.

11. En même temps, il reçoit d’autres sens spirituels, capables de discerner le bien et le mal spirituels. Il est rendu capable de goûter, aussi bien que de voir, combien le Seigneur est bon. Il entre dans le sanctuaire par le sang de Jésus, et goûte les puissances du siècle à venir. Il trouve que l’amour de Jésus vaut beaucoup mieux que le vin ; oui, qu’il est plus doux que le miel, que celui qui coule des rayons. Il sait ce que signifie cette parole : « La myrrhe, l’aloès et la casse parfument tous tes vêtements. » Il sent l’amour de Dieu répandu dans son cœur par le Saint-Esprit qui lui a été donné ; ou, comme s’exprime notre Église, il « sent l’opération de l’Esprit de Dieu dans son cœur ». Cependant, on peut aisément remarquer que la substance de toutes ces expressions figurées est comprise dans ce seul mot de foi, pris dans son sens le plus large ; et que tout homme qui croit au nom du Fils de Dieu en jouit plus ou moins. Ce changement, de la mort spirituelle à la vie spirituelle, est proprement la nouvelle naissance, dont tous les détails sont admirablement exprimés par le docteur Watts en une seule strophe :

Renouvelle mes yeux, ouvre mes oreilles,

Et forme mon âme à nouveau ;

Donne-moi de nouvelles passions, de nouvelles joies et de nouvelles craintes,

Et change la pierre en chair !

12. Mais avant ce changement universel, il peut y avoir dans l’homme naturel bien des changements partiels, que l’on prend souvent pour lui, et à cause desquels beaucoup disent à leur âme : « Paix! Paix! » quand il n’y a point de paix. Il peut y avoir, non seulement un changement considérable dans la vie, au point de s’abstenir du péché ouvert, oui, même du péché qui enveloppe si facilement ; mais aussi un changement considérable des dispositions, la conviction du péché, de vifs désirs et de bonnes résolutions. Et ici nous avons besoin de prendre grand soin, d’une part, de ne pas mépriser le jour des faibles commencements ; et, d’autre part, de ne prendre aucun de ces changements partiels pour ce changement entier et général, la nouvelle naissance ; ce changement total de l’image de l’Adam terrestre en l’image du céleste, d’un esprit terrestre, sensuel, diabolique, en l’esprit qui était en Christ.

13. Tenez donc pour certain dans vos cœurs que, de quelque manière que vous soyez changés à beaucoup d’autres égards, cependant en Jésus-Christ, c’est-à-dire selon l’institution chrétienne, rien ne servira sans tous les sentiments qui étaient en Christ, qui vous rendent capables de marcher comme Christ a marché. Rien n’est plus sûr que ceci : « Si quelqu’un est en Christ », vrai croyant en lui, « il est une nouvelle créature. Les choses anciennes », en lui, « sont passées ; toutes choses sont devenues nouvelles. »

14. Par là nous pouvons clairement apercevoir la grande différence qu’il y a entre le christianisme et la morale. À la vérité, rien ne peut être plus sûr que ceci : le vrai christianisme ne peut exister sans l’expérience intérieure et la pratique extérieure de la justice, de la miséricorde et de la vérité ; et c’est là tout ce que donne la morale. Mais il est également certain que toute morale, toute la justice, la miséricorde et la vérité qui peuvent exister sans le christianisme, ne sert absolument de rien, n’a aucune valeur aux yeux de Dieu, pour ceux qui sont sous la dispensation chrétienne. Qu’on remarque que j’ajoute à dessein : « pour ceux qui sont sous la dispensation chrétienne », parce que je n’ai, de la part de la parole de Dieu, aucune autorité « pour juger ceux du dehors ». Et je ne conçois pas non plus qu’aucun homme vivant ait le droit de condamner à la damnation tout le monde païen et mahométan. Il vaut beaucoup mieux les laisser à celui qui les a faits, et qui est « le Père des esprits de toute chair » ; qui est le Dieu des païens aussi bien que des chrétiens, et qui ne hait rien de ce qu’il a fait. Mais cependant cela ne regarde point ceux qui prononcent le nom de Christ : — tous ceux-là, étant sous la loi, la loi chrétienne, seront indubitablement jugés par elle ; et, par conséquent, à moins qu’ils ne soient changés comme le fut l’animal dont nous avons parlé, à moins qu’ils n’aient de nouveaux sens, de nouvelles idées, de nouvelles passions, de nouvelles dispositions, ils ne sont pas chrétiens. Quelque justes, quelque vrais ou quelque miséricordieux qu’ils puissent être, ils ne sont encore que des athées !

15. Peut-être y a-t-il des personnes bien intentionnées qui poussent cela plus loin encore ; qui affirment que, quelque changement qui soit opéré dans les hommes, soit dans leur cœur, soit dans leur vie, cependant, s’ils n’ont pas des vues claires de ces doctrines capitales, la chute de l’homme, la justification par la foi, l’expiation faite par la mort de Christ, et sa justice qui leur est transférée, ils ne peuvent retirer aucun bienfait de sa mort. Je n’ose nullement affirmer cela. À la vérité, je ne le crois pas. Je crois que le Dieu miséricordieux regarde à la vie et aux dispositions des hommes plus qu’à leurs idées. Je crois qu’il a égard à la bonté du cœur plutôt qu’à la clarté de la tête ; et que, si le cœur d’un homme est rempli (par la grâce de Dieu et la puissance de son Esprit) de l’amour humble, doux et patient de Dieu et des hommes, Dieu ne le jettera pas dans le feu éternel qui a été préparé pour le diable et pour ses anges parce que ses idées ne sont pas claires, ou parce que ses conceptions sont confuses. Sans la sainteté, je l’avoue, « personne ne verra le Seigneur » ; mais je n’ose ajouter : « ou sans des idées claires ».

16. Mais revenons au texte. Permettez-moi de vous supplier, vous tous qui êtes encore « sans Dieu dans le monde », de considérer qu’avec toute votre humanité, toute votre bienveillance, toute votre vertu, vous êtes encore

Inclusi tenebris, et carcere caeco:

Enfermés dans les ténèbres et l’ombre infernale.

Mes chers amis ! vous ne voyez pas Dieu. Vous ne voyez pas le Soleil de justice. Vous n’avez aucune communion avec le Père, ni avec son Fils Jésus-Christ. Vous n’avez jamais entendu la voix qui ressuscite les morts. Vous ne connaissez pas la voix de votre Berger. Vous n’avez pas reçu le Saint-Esprit. Vous n’avez point de sens spirituels. Vous avez vos vieilles idées naturelles, vos passions, vos joies et vos craintes ; vous n’êtes pas de nouvelles créatures. Oh ! criez à Dieu, afin qu’il déchire le voile qui est encore sur vos cœurs, et qui vous donne sujet de vous plaindre : —

Ô ténèbres, ténèbres, ténèbres, dois-je dire encore,

Au milieu de l’éclat du jour de l’Évangile !

Oh ! puissiez-vous aujourd’hui entendre sa voix, à lui qui parle comme jamais homme n’a parlé, et qui dit : « Lève-toi, sois éclairée, car ta lumière arrive, Et la gloire de l’Éternel se lève sur toi. » N’est-ce pas sa voix qui crie à haute voix : « Tourne-toi vers moi, et sois sauvé » ? Il dit : « Voici, je viens ! » Oui, Seigneur Jésus ! Viens bientôt !

Rotherham, 6 juillet 1790

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