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Sur le danger des richesses qui s’accroissent

Chapitre 127 · 20 min de lecture · 26 min d’écoute

Sur le danger des richesses qui s’accroissent

Sermon 126

Sur le danger des richesses qui s’accroissent

« Quand les richesses s’accroissent, N’y attachez pas votre cœur. »

Psaume 62:11.

1. De cette déclaration expresse de notre Seigneur : « Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume des cieux », nous pouvons aisément apprendre que nul ne peut avoir des richesses sans être grandement mis en danger par elles. Mais si le danger de simplement les posséder est si grand, combien plus grand est le danger de les accroître ! Ce danger est grand, même pour ceux qui reçoivent ce qui leur est transmis par leurs ancêtres ; mais il est beaucoup plus grand pour ceux qui les acquièrent par leur habileté et leur industrie. Rien ne peut donc être plus prudent que cet avertissement : « Quand les richesses s’accroissent, N’y attachez pas votre cœur. »

2. Il est vrai que les richesses, et leur accroissement, sont un don de Dieu. Cependant il faut prendre grand soin que ce qui est destiné à être une bénédiction ne se change pas en malédiction. Pour l’empêcher, il est fort à propos de considérer sérieusement :

I. Ce qu’on entend par les richesses, et quand on peut dire qu’elles s’accroissent.

II. Ce qu’implique le fait d’y attacher notre cœur, et comment nous pouvons l’éviter.

I. Considérons, premièrement, ce qu’on entend ici par les richesses. À la vérité, quelques-uns peuvent s’imaginer qu’il n’est guère possible de se méprendre sur le sens de ce mot commun. Et pourtant, en réalité, il y en a des milliers qui sont dans cette méprise, et beaucoup d’entre eux tout à fait innocemment. Une personne de marque, entendant prêcher un sermon sur ce sujet il y a plusieurs années, s’écria tout haut, entre la surprise et l’indignation : « Pourquoi parle-t-il ici des richesses ? Il n’y a pas d’homme riche à Whitehaven, sauf Sir James L——r. » Et il est vrai qu’il n’y en avait pas d’autre que lui qui eût quarante mille livres de rente et quelques millions en argent comptant. Mais un homme peut être riche sans avoir cent livres de rente, ni même mille livres en espèces. Quiconque a de quoi manger et de quoi se vêtir, avec quelque chose de reste, est riche. Quiconque a le nécessaire et le commode de la vie pour lui-même et pour sa famille, et un peu de reste pour ceux qui n’ont rien, est proprement un homme riche ; à moins qu’il ne soit un avare, un amateur de l’argent, un homme qui amasse ce qu’il peut et doit donner aux pauvres. Car, s’il en est ainsi, il est encore un homme pauvre, bien qu’il ait des millions à la banque ; oui, il est le plus pauvre des hommes ; car

Les mendiants ne déplorent qu’un sort commun ;

Le riche pauvre est pauvre par excellence.

2. Mais ici on peut faire une exception. Une personne peut avoir plus que le nécessaire et le commode pour sa famille, et cependant n’être pas riche. Car elle peut avoir des dettes ; et ses dettes peuvent monter à plus que ce qu’elle possède. Or, si tel est le cas, elle n’est pas riche, quelque argent qu’elle ait entre les mains. Bien plus, un homme d’affaires peut craindre que ce ne soit là l’état réel de ses affaires, que cela soit ou non ; et alors il ne peut pas être aussi charitable qu’il le voudrait, de peur d’être injuste. Combien de ceux qui sont engagés dans le commerce sont dans cette situation même ! ceux-là surtout qui font le commerce sur une très grande échelle ; car leurs affaires sont souvent si embrouillées qu’il n’est pas possible de déterminer avec quelque exactitude ce qu’ils possèdent, ni même, à la vérité, s’ils possèdent quelque chose ou rien. Ne devons-nous pas user envers eux d’une juste indulgence ?

3. Et gardez-vous de former un jugement précipité sur la fortune des autres. Il peut y avoir dans la situation d’une personne des secrets que peu connaissent, hormis Dieu. Il y a quelques années, je dis à un gentilhomme : « Monsieur, je crains que vous ne soyez avare. » Il me demanda : « Quelle est la raison de votre crainte ? » Je répondis : « Il y a un an, quand je fis une collecte pour les frais de réparation de la Fonderie, vous avez souscrit cinq guinées. À la souscription faite cette année, vous n’avez souscrit qu’une demi-guinée. » Il ne fit pas de réponse ; mais, après un moment, il me demanda : « Je vous prie, Monsieur, répondez-moi à une question : pourquoi vivez-vous de pommes de terre ? » (Je le fis pendant trois à quatre ans.) Je répondis : « Cela a beaucoup contribué à ma santé. » Il répondit : « Je le crois. Mais ne le faisiez-vous pas aussi pour épargner de l’argent ? » Je dis : « Si ; car ce que j’épargne sur ma propre nourriture nourrira un autre qui autrement n’aurait rien. » « Mais, Monsieur, dit-il, si tel est votre motif, vous pouvez épargner bien davantage. Je connais un homme qui va au marché au commencement de chaque semaine ; il y achète pour un penny de panais, qu’il fait bouillir dans une grande quantité d’eau. Les panais lui servent de nourriture, et l’eau de boisson, pendant la semaine qui suit. Ainsi sa nourriture et sa boisson ensemble ne lui coûtent qu’un penny par semaine. » C’est ce qu’il faisait constamment, bien qu’il eût alors deux cents livres de rente, afin de payer les dettes qu’il avait contractées avant de connaître Dieu ! Et c’était lui que j’avais rangé parmi les avares !

4. Mais il y en a qui ont conscience devant Dieu d’être riches. Et sans doute quelques-uns d’entre vous sont de ce nombre. Vous avez plus des biens de ce monde qu’il n’est nécessaire pour vous-même ou pour votre famille. Que chacun considère pour lui-même. Vos richesses s’accroissent-elles ? Ne comprenez-vous pas cette expression si simple ? N’avez-vous pas plus d’argent, ou plus de valeurs en argent, que vous n’en aviez il y a dix ou vingt ans, ou à pareille époque l’année dernière ? Si vous tenez quelque compte, vous pouvez aisément le savoir. À la vérité, vous devez le savoir ; autrement, vous n’êtes pas un bon économe, même à cet égard, des richesses injustes. Et tout homme, qu’il soit engagé dans le commerce ou non, doit savoir si son bien diminue ou s’accroît.

5. Mais beaucoup ont trouvé le moyen de n’être jamais riches, quelque accroissement que prenne leur bien. Le voici : à mesure que l’argent rentre, ils le dépensent, soit en terres, soit à étendre leurs affaires. Par ce moyen, chacun d’eux, se tenant à court d’argent, peut toujours dire : « Je ne suis pas riche » ; oui, bien qu’il possède dix, vingt, cent fois plus de bien qu’il n’en avait il y a quelques années. Un cas récent peut l’expliquer. Un gentilhomme vint trouver un marchand de Londres, il y a quelques années, et lui dit : « Monsieur, je vous prie de me donner une guinée pour une honnête famille qui est dans une grande détresse. » Il répondit : « Vraiment, monsieur M., je ne puis guère vous la donner en ce moment ; mais si vous voulez revenir me voir quand j’aurai dix mille livres, en pareille occasion je vous donnerai dix guinées. » M. M., quelque temps après, revint le voir et lui dit : « Monsieur, je réclame votre promesse ; vous avez maintenant dix mille livres. » Il répondit : « C’est très vrai ; mais je vous assure que je ne puis pas aussi bien me passer d’une guinée que je le pouvais alors. »

6. Il est possible à un homme de se tromper lui-même par cet ingénieux expédient. Et il peut tromper les autres hommes ; car tant que « tu te fais du bien à toi-même, les hommes diront du bien de toi ». « Un bien brave homme, dit le Londonien ; il vaut un plum » (cent mille livres). Mais, hélas ! il ne peut tromper Dieu ; et il ne peut tromper le diable. Ah ! non. La malédiction de Dieu est déjà sur toi, et sur tout ce que tu as. Et demain, quand le diable saisira ton âme, ne dira-t-il pas : « De quoi te servent toutes tes richesses ? » T’achèteront-elles un oreiller pour ta tête dans l’étang ardent de feu et de soufre ? Ou te procureront-elles une goutte « d’eau pour te rafraîchir la langue », tandis que tu souffres cruellement dans cette flamme ? » Oh ! suis le sage conseil qui t’est donné ici ! afin que Dieu ne te dise pas : « Insensé! »

7. Ce subterfuge ne servira donc de rien. Il ne te protégera ni contre la colère de Dieu, ni contre la malice et la puissance du diable. Tu es déjà convaincu « d’attacher ton cœur » à tes richesses, si tu emploies tout ce que tu as au-delà du commode de la vie à ajouter argent à argent, maison à maison, ou champ à champ, sans donner aux pauvres au moins la dixième partie de ton revenu (la proportion des Juifs). Par quelque moyen que tes richesses s’accroissent, avec ou sans travail, par le commerce, par des legs, ou de toute autre manière ; à moins que tes aumônes ne s’accroissent dans la même proportion ; à moins que tu ne donnes un dixième entier de ton bien, de ton revenu fixe et de ton revenu casuel, tu attaches sans aucun doute ton cœur à ton or, et il « dévorera ta chair comme un feu » !

8. Mais, ô ! qui peut convaincre un riche qu’il attache son cœur aux richesses ? Pendant bien plus d’un demi-siècle, j’ai parlé sur ce point avec toute la franchise dont j’étais capable. Mais avec combien peu d’effet ! Je doute d’avoir, pendant tout ce temps, convaincu d’avarice cinquante avares. Quand l’amateur de l’argent était décrit aussi clairement que possible, et peint des plus vives couleurs, qui se l’appliquait à lui-même ? À qui Dieu, et tous ceux qui le connaissaient, ont-ils dit : « Tu es cet homme-là! » S’il parle à quelqu’un d’entre vous qui êtes présents, oh ! ne vous bouchez pas les oreilles ! Dites plutôt avec Zachée : « Voici, Seigneur, je donne aux pauvres la moitié de mes biens, et, si j’ai fait tort de quelque chose à quelqu’un, je lui rends le quadruple. » Il ne voulait pas dire qu’il l’eût fait dans le passé, mais qu’il était déterminé à le faire à l’avenir. Je t’adjure devant Dieu, toi qui aimes l’argent : « Va, et toi, fais de même ! »

9. J’ai de la part de Dieu un message pour toi, ô homme riche ! que tu écoutes ou que tu n’écoutes pas. Les richesses se sont accrues chez toi ; au péril de ton âme, « n’y attache pas ton cœur » ! Sois reconnaissant envers celui qui t’a donné un tel talent, un si grand pouvoir de faire le bien. Cependant n’ose t’en réjouir qu’avec crainte et tremblement. Cave ne inhaereas, dit le pieux à Kempis, ne capiaris et pereas : « Garde-toi de t’y attacher, de peur d’être pris et de périr. » N’en fais pas ta fin, ton principal délice, ton bonheur, ton Dieu ! Garde-toi de chercher le bonheur dans l’argent, ni dans rien de ce qu’il peut acheter ; dans la satisfaction, soit de la convoitise de la chair, soit de la convoitise des yeux, soit de l’orgueil de la vie.

10. Mais descendons au détail ; et que chacun de vous agisse loyalement avec sa propre âme. Si quelqu’un d’entre vous a maintenant deux, trois ou quatre fois autant de bien que lorsqu’il vit mon visage pour la première fois, examinez-vous loyalement, et voyez si vous n’attachez pas votre cœur, sinon directement à l’argent ou aux richesses elles-mêmes, du moins à quelqu’une des choses qu’elles peuvent acheter ; ce qui revient au même. Toutes ces choses, l’apôtre Jean les comprend sous ce nom général : le monde ; et le désir de ces choses, ou la recherche du bonheur en elles, sous cette expression : « l’amour du monde ». Il le divise en trois branches : « la convoitise de la chair, la convoitise des yeux, et l’orgueil de la vie ». Examinez-vous loyalement à l’égard de celles-ci. Et premièrement, quant à « la convoitise de la chair ». Je crois que cela signifie la recherche du bonheur dans les choses qui flattent les sens. Pour en citer un exemple : ne cherchez-vous pas votre bonheur à étendre le plaisir du goût. Pour être plus précis : ne mangez-vous pas plus abondamment, ou plus délicatement, que vous ne le faisiez il y a dix ou vingt ans ? Ne prenez-vous pas plus de boisson, ou une boisson d’une espèce plus coûteuse, que vous ne le faisiez alors ? Dormez-vous sur un lit aussi dur que vous le faisiez autrefois, supposé que votre santé le supporte ? Pour toucher encore un point : jeûnez-vous aussi souvent, maintenant que vous êtes riche, que lorsque vous étiez pauvre ? Ne devriez-vous pas, en toute raison, le faire plutôt plus souvent que plus rarement ? Je crains que votre propre cœur ne vous condamne. Vous n’êtes pas net en cette matière.

11. La deuxième branche de l’amour du monde, « la convoitise des yeux », est d’une plus grande étendue. Nous pouvons entendre par là la recherche de notre bonheur dans la satisfaction de l’imagination (ce qui se fait surtout par le moyen des yeux), par des objets grands, ou nouveaux, ou beaux ; — si toutefois on ne peut pas les ramener tous à un seul chef ; puisque ni les objets grands ni les objets beaux ne plaisent plus quand leur nouveauté est passée. Mais les plus pures bagatelles ne plaisent-elles pas tant qu’elles sont nouvelles ? Quelques-uns d’entre vous, à cause de la nouveauté, ne cherchent-ils pas une bonne partie de leur bonheur dans cette bagatelle des bagatelles, — la parure ? N’y consacrez-vous pas plus d’argent, ou (ce qui est la même chose) plus de temps ou de peine, que vous ne le faisiez autrefois ? Je doute que cela se fasse pour plaire à Dieu. Alors cela plaît au diable. Si vous aviez renoncé, il y a quelques années, à vos ornements inutiles, — manchettes, colliers, bonnets en toile d’araignée, chapeaux laids et malséants, linge coûteux, dentelles chères, — ne les avez-vous pas repris, au mépris de la religion et de la raison ?

12. Peut-être dites-vous que vous pouvez maintenant vous permettre cette dépense. C’est la quintessence de l’absurdité. Qui vous a donné cet accroissement de votre fortune, ou (pour parler proprement) qui vous l’a prêté ? Pour parler plus proprement encore, qui l’a déposé pour un temps entre vos mains, comme entre celles de ses économes, en vous faisant savoir en même temps pour quelles fins il vous l’a confié ? Et pouvez-vous vous permettre de dissiper les biens de votre Seigneur, dont vous devez rendre compte jusqu’à la moindre part ; ou de les dépenser de toute autre manière que celle qu’il a expressément prescrite ? Loin de nous ce vil, ce diabolique jargon ! Qu’il ne sorte plus jamais de vos lèvres. Ce se permettre de voler Dieu est le jargon même de l’enfer. Ne savez-vous pas que Dieu vous a confié cet argent (tout ce qui dépasse ce qu’il faut pour acheter le nécessaire à vos familles) pour nourrir ceux qui ont faim, pour vêtir ceux qui sont nus, pour secourir l’étranger, la veuve, l’orphelin ; et, à la vérité, autant qu’il pourra s’étendre, pour soulager les besoins de tout le genre humain ? Comment pouvez-vous, comment osez-vous frustrer votre Seigneur, en l’appliquant à quelque autre fin ? Quand il vous a confié peu de chose, ne vous l’a-t-il pas confié pour que vous employiez tout ce peu à faire le bien ? Et quand il vous en a confié davantage, ne vous a-t-il pas confié ce surplus d’argent pour que vous fassiez d’autant plus de bien que vous en aviez plus le pouvoir ? Aviez-vous plus de droit qu’auparavant de gaspiller une livre, un shilling ou un penny ? Vous n’avez donc pas plus de droit de satisfaire la convoitise de la chair ou la convoitise des yeux maintenant que lorsque vous étiez mendiant. Oh ! non ; ne faites pas un si pauvre retour à votre Seigneur bienfaisant ! Plutôt, plus il vous confie, plus soyez attentif à employer chaque denier selon ce qu’il a prescrit.

13. Vous, anges de Dieu, vous, ses serviteurs, qui faites continuellement sa volonté ! notre commun Seigneur vous a confié, à vous aussi, des talents bien plus précieux que l’or et l’argent, pour que vous exerciez, dans vos divers offices, un ministère en faveur des héritiers du salut. N’employez-vous pas chaque denier de ce que vous avez reçu à la fin pour laquelle il vous a été donné ? Et ne nous a-t-il pas ordonné de faire sa volonté sur la terre comme elle est faite par vous dans le ciel ? Frères, que faisons-nous ! Réveillons-nous ! Levons-nous ! Imitons ces ministres de feu ! Employons toute notre âme, notre corps et nos biens selon la volonté de notre Seigneur ! Rendons à Dieu ce qui est à Dieu ; tout ce que nous sommes et tout ce que nous avons !

14. La plupart de ceux qui, lorsque les richesses s’accroissent, y attachent leur cœur, le font indirectement de quelqu’une des manières qui précèdent. Mais il y en a d’autres qui le font plus directement ; étant proprement « amis de l’argent » ; qui l’aiment pour lui-même, et non pas seulement pour ce qu’il procure. Mais ce vice se trouve très rarement chez les enfants ou chez les jeunes gens ; il ne se trouve que, ou surtout que, chez les vieillards, — chez ceux qui ont le moins besoin d’argent et le moins de temps pour en jouir. Cela ne pourrait-il pas porter à penser que, dans beaucoup de cas, c’est un mal pénal ; un mal qui punit le péché ; que, lorsqu’un homme a, pendant bien des années, caché dans la terre son précieux talent, Dieu le livre à Satan, pour qu’il soit puni par l’amour désordonné de ce talent ? C’est alors qu’il est de plus en plus tourmenté par cette auri sacra fames, « cette exécrable faim de l’or » qui ne peut jamais être rassasiée. Non : c’est bien vrai, comme le remarque le païen lui-même, Crescit amor nummi, quantum ipsa pecunia crescit, — « Comme l’argent, ainsi croît l’amour de l’argent ; il s’accroît dans la même proportion. » Comme dans l’hydropisie, plus vous buvez, plus vous avez soif ; jusqu’à ce que cette soif inextinguible vous plonge dans le feu qui ne s’éteindra jamais !

15. « Mais n’y a-t-il aucun moyen, demanderez-vous, de prévenir ou de guérir cette terrible maladie ? » Il y a un préservatif contre elle, qui en est aussi le remède ; et je crois qu’il n’y en a point d’autre sous le ciel. Le voici. Après avoir gagné (avec les précautions données plus haut) tout ce que vous pouvez, et épargné tout ce que vous pouvez, sans manquer de rien, ne dépensez pas une livre, un shilling, ni un penny, pour satisfaire soit la convoitise de la chair, soit la convoitise des yeux, soit l’orgueil de la vie ; ni, à la vérité, pour aucune autre fin que de plaire à Dieu et de le glorifier. Ayant évité cet écueil à droite, gardez-vous de celui qui est à gauche. Deuxièmement. N’amassez rien. N’amassez point de trésor sur la terre, mais donnez tout ce que vous pouvez, c’est-à-dire tout ce que vous avez. Je défie tous les hommes de la terre, oui, tous les anges du ciel, de trouver quelque autre moyen d’extraire le poison des richesses.

16. Permettez-moi d’ajouter encore un mot. Après vous avoir servis pendant soixante à soixante-dix ans, les yeux obscurcis, les mains tremblantes, les pieds chancelants, je vous donne encore un conseil avant de descendre dans la poussière. Remarquez ces paroles de saint Paul : « Ceux qui veulent s’enrichir », ou qui s’efforcent de s’enrichir, à l’instant même « tombent dans la tentation ». Oui, dans un profond abîme de tentation, d’où rien moins que la puissance toute-puissante ne peut les délivrer. Ils tombent « dans le piège » — le mot signifie proprement un piège d’acier, qui à l’instant broie l’animal qui y est pris, et le met en pièces ; — « et dans beaucoup de désirs insensés et pernicieux qui plongent les hommes dans la ruine et la perdition ». Vous, plus que tous les hommes, qui prospérez maintenant dans le monde, n’oubliez jamais ces terribles paroles ! Combien votre sentier est glissant au-delà de toute expression ! Combien chaque pas est dangereux ! Que le Seigneur Dieu vous rende capables de voir votre danger, et vous en donne un sentiment profond ! Oh ! puissiez-vous « vous éveiller à sa ressemblance, et en être rassasiés » !

17. Permettez-moi de serrer la chose de plus près encore. Peut-être ne vous importunerai-je plus sur ce point. Je suis en peine pour vous qui êtes « riches du présent siècle ». Donnez-vous tout ce que vous pouvez ? Vous qui recevez cinq cents livres par an, et n’en dépensez que deux cents, rendez-vous les trois cents autres à Dieu ? Sinon, vous volez certainement à Dieu ces trois cents livres. Vous qui en recevez deux cents, et n’en dépensez que cent, donnez-vous à Dieu les cent autres ? Sinon, vous le volez d’autant. « Eh quoi ! Ne m’est-il pas permis de faire de mon bien ce que je veux? » C’est là que gît le fondement de votre méprise. Ce n’est pas votre bien. Il ne peut l’être, à moins que vous ne soyez Seigneur du ciel et de la terre. « Cependant, il faut que je pourvoie à mes enfants. » Certainement. Mais comment ? En les rendant riches ? Alors vous en ferez probablement des païens, comme quelques-uns d’entre vous l’ont déjà fait. « Que dois-je donc faire ? » Seigneur, parle à leurs cœurs ! sans quoi le prédicateur parle en vain. Laissez-leur assez pour vivre, non dans l’oisiveté et le luxe, mais par une honnête industrie. Et si vous n’avez pas d’enfants, sur quel principe scripturaire ou raisonnable pouvez-vous laisser derrière vous un liard de plus que ce qu’il faudra pour vous enterrer ? Considérez, je vous prie : en quoi êtes-vous plus avancés de ce que vous laissez derrière vous ? Qu’importe que vous laissiez derrière vous dix mille livres, ou dix mille souliers et bottes ? Oh ! ne laissez rien derrière vous ! Envoyez tout ce que vous avez devant vous dans un monde meilleur ! Prêtez-le, prêtez-le tout entier au Seigneur, et il vous sera rendu ! Y a-t-il quelque danger que sa vérité vienne à manquer ? Elle est fixée comme les colonnes du ciel. Hâtez-vous, hâtez-vous, mes frères, hâtez-vous ! de peur d’être rappelés avant d’avoir placé ce que vous avez sur cette garantie ! Quand cela sera fait, vous pourrez dire hardiment : « Maintenant je n’ai plus rien à faire que de mourir ! Père, je remets mon esprit entre tes mains ! Viens, Seigneur Jésus! Viens bientôt ! »

Bristol, 21 septembre 1790.

Chapitre 127 terminé

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