Chapitre 125 · 11 min de lecture · 14 min d’écoute
Le trésor céleste dans des vases de terre
Sermon 124
Le trésor céleste dans des vases de terre
« Nous portons ce trésor dans des vases de terre. »
2 Corinthiens 4:7.
1. Combien de temps l’homme a été pour lui-même une pure énigme ! Pendant combien de siècles les plus sages des hommes ont été entièrement incapables de dévoiler le mystère, de concilier les étranges contradictions qui sont en lui, — ce merveilleux mélange de bien et de mal, de grandeur et de petitesse, de noblesse et de bassesse [stérilité] ! Plus ils considéraient profondément ces choses, plus ils s’y embarrassaient. Plus ils se donnaient de peine pour éclaircir le sujet, plus ils s’égaraient dans de vaines et incertaines conjectures.
2. Mais ce que toute la sagesse de l’homme était incapable de faire fut fait, au temps convenable, par la sagesse de Dieu. Quand il plut à Dieu de rendre compte de l’origine des choses, et de l’homme en particulier, toutes les ténèbres s’évanouirent, et la claire lumière brilla. « Dieu dit: Faisons l’homme à notre image. » Cela fut fait. L’homme fut fait à l’image de Dieu. Par là nous sommes rendus capables de rendre un compte clair et satisfaisant de la grandeur, de l’excellence, de la dignité de l’homme. Mais « l’homme qui est en honneur » n’y persévéra pas ; il se révolta contre son souverain Seigneur. Par là il perdit entièrement, non seulement la faveur, mais aussi l’image de Dieu. Et « en Adam tous moururent ». Car Adam déchu « engendra un fils à sa ressemblance ». Et par là nous apprenons à rendre un compte clair et intelligible de la petitesse et de la bassesse de l’homme. Il est tombé plus bas même que les bêtes qui périssent. La nature humaine est maintenant non seulement sensuelle, mais diabolique. Il y a en tout homme né dans le monde (ce qui n’est en aucune partie de la création brute ; aucune bête n’est tombée si bas) « l’affection de la chair, qui est inimitié », inimitié directe, « contre Dieu ».
3. En considérant donc ces choses d’un même regard, — la création et la chute de l’homme, — toutes les contradictions de sa nature sont aisément et pleinement comprises. La grandeur et la petitesse, la dignité et la bassesse, le bonheur et la misère de son état présent ne sont plus un mystère, mais les claires conséquences de son état originel et de sa révolte contre Dieu. C’est là la clef qui ouvre tout le mystère, qui lève toute la difficulté, en montrant ce que Dieu fit d’abord de l’homme, et ce que l’homme a fait de lui-même. Il est vrai qu’il peut recouvrer une mesure considérable de « l’image de Dieu dans laquelle il fut créé » ; mais, quoi que nous recouvrions, nous « porterons toujours ce trésor dans des vases de terre ».
Pour nous en faire une idée claire, nous pouvons rechercher, premièrement, quel est « le trésor » que nous avons maintenant ; et, en second lieu, considérer comment « nous portons ce trésor dans des vases de terre ».
I. 1. Et, premièrement, recherchons : Quel est ce trésor que possèdent les croyants chrétiens ? Je dis les croyants ; car c’est d’eux directement que l’apôtre parle ici. Une partie de ce trésor, ils l’ont en commun avec les autres hommes, dans les restes de l’image de Dieu. Ne pouvons-nous pas y comprendre, premièrement, un principe immatériel, une nature spirituelle, douée d’intelligence et d’affections, et d’un certain degré de liberté ; d’un pouvoir de se mouvoir soi-même, oui, et de se gouverner soi-même ? (sans quoi nous ne serions que de pures machines, des souches et des pierres) ? Et, deuxièmement, tout ce qu’on appelle vulgairement la conscience naturelle, qui implique quelque discernement de la différence entre le bien et le mal moral, avec l’approbation de l’un et la désapprobation de l’autre, par un moniteur intérieur qui excuse ou qui accuse ? Certainement, que cela soit naturel ou surajouté par la grâce de Dieu, cela se trouve, au moins à quelque faible degré, en tout enfant des hommes. Quelque chose de cela se trouve en tout cœur humain, prononçant sur le bien et le mal, non seulement chez tous les chrétiens, mais chez tous les mahométans, tous les païens, oui, chez les plus vils des sauvages.
2. Ne pouvons-nous pas croire que tous les chrétiens, fussent-ils chrétiens de nom seulement, ont quelquefois du moins quelque désir de plaire à Dieu, aussi bien que quelque lumière sur ce qui lui plaît réellement, et quelques convictions quand ils sentent qu’ils lui déplaisent ? Tous les enfants des hommes ont un tel trésor, plus ou moins, alors même qu’ils ne connaissent pas encore Dieu.
3. Mais ce n’est pas de ceux-là que l’apôtre parle ici ; et ce n’est pas là non plus le trésor qui fait le sujet de son discours. Ceux dont il parle ici sont ceux qui sont nés de Dieu ; ceux qui, « étant justifiés par la foi », ont maintenant la rédemption dans le sang de Jésus, la rémission des péchés ; ceux qui jouissent de la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence ; dont l’âme exalte le Seigneur, et se réjouit en lui d’une joie ineffable ; et qui sentent « l’amour de Dieu répandu dans leurs cœurs par le Saint-Esprit qui leur a été donné ». Tel est donc le trésor qu’ils ont reçu : — une foi qui est l’opération de Dieu ; une paix qui les élève au-dessus de la crainte de la mort, et les rend capables d’être contents en toutes choses ; une espérance pleine d’immortalité, par laquelle ils « goûtent » déjà « les puissances du siècle à venir » ; l’amour de Dieu répandu dans leurs cœurs, avec l’amour pour tout enfant des hommes, et un renouvellement dans toute l’image de Dieu, en toute justice et vraie sainteté. Tel est proprement et directement le trésor dont l’apôtre parle ici.
II. 1. Mais ce trésor, tout inestimable qu’il est, « nous le portons dans des vases de terre ». Le mot est d’une justesse exquise ; il marque à la fois la fragilité des vases et la vileté de la matière dont ils sont faits. Il signifie directement ce que nous appelons la faïence ; la vaisselle de Chine, la porcelaine, et autres choses semblables. Combien c’est faible, combien aisément brisé en morceaux ! Tel est justement le cas d’un chrétien saint. Nous avons le trésor céleste dans des corps terrestres, mortels, corruptibles. « Tu es poussière », dit le juste Juge à sa créature rebelle, jusque-là incorruptible et immortelle, « et tu retourneras dans la poussière. » Avec quelle finesse (mais avec quel mélange de lumière et de ténèbres) le poète païen touche ce changement ! Post ignem etherea domo subduxerat, — « Après que l’homme eut dérobé le feu du ciel » (quel emblème de la connaissance défendue !), macies et nova febrium, — cette armée inconnue de consomptions, de fièvres, de maladies, de douleurs de toute espèce, établit son camp sur la terre, où jusque-là elle n’aurait pas plus pu entrer qu’escalader le ciel ; et tout tendit à introduire et à préparer la voie au dernier ennemi, la mort. Dès le moment où cette terrible sentence fut prononcée, le corps reçut en lui-même la sentence de mort ; sinon dès le moment où nos premiers parents consommèrent leur révolte en mangeant du fruit défendu. Ne pouvons-nous pas conjecturer avec probabilité qu’il y avait dans ce fruit quelque qualité naturelle qui sema les germes de la mort dans le corps humain, jusque-là incorruptible et immortel ? Quoi qu’il en soit, il est certain que, depuis ce temps, « le corps corruptible appesantit l’âme ». Et il n’y a pas lieu de s’en étonner, puisque l’âme, durant son union vitale avec le corps, ne peut exercer aucune de ses opérations autrement qu’en union avec le corps, avec ses organes corporels. Or tous ces organes sont plus avilis et plus dépravés par la chute de l’homme que nous ne pouvons le concevoir ; et le cerveau, dont l’âme dépend plus directement, ne l’est pas moins que le reste du corps. Par conséquent, si ces instruments, par lesquels l’âme agit, sont déréglés, l’âme elle-même doit être entravée dans ses opérations. Qu’un musicien soit aussi habile qu’on voudra, il ne fera qu’une pauvre musique si son instrument est désaccordé. D’un cerveau déréglé (tel qu’est, plus ou moins, celui de tout enfant des hommes) naîtra nécessairement la confusion des perceptions, qui se montrera en mille occasions ; le faux jugement, qui en est le résultat naturel, et les conséquences fausses ; et de là suivront d’innombrables méprises, en dépit de toutes les précautions que nous pourrons prendre. Or les méprises du jugement donneront souvent occasion à des méprises dans la pratique ; elles nous feront naturellement parler mal en certains cas, et agir mal en d’autres ; bien plus, elles peuvent occasionner, non seulement de mauvaises paroles ou de mauvaises actions, mais aussi de mauvaises dispositions. Si je juge un homme meilleur qu’il ne l’est réellement, par conséquent je l’aime réellement plus qu’il ne le mérite. Si j’en juge un autre pire qu’il ne l’est réellement, je l’aimerai, par conséquent, moins qu’il ne le mérite. Or ce sont là, l’une et l’autre, de mauvaises dispositions. Et pourtant il se peut qu’il ne soit pas en mon pouvoir d’éviter l’une ou l’autre.
2. Telles sont les conséquences inévitables du fait de « porter ces trésors dans des vases de terre ». Non seulement la mort et ses avant-coureurs, — la maladie, la faiblesse, la douleur, et mille infirmités, — mais aussi l’erreur, sous dix mille formes, sera toujours prête à nous assaillir. Telle est la condition présente de l’humanité ! Tel est l’état des hommes les plus sages ! Seigneur, « Qu’est-ce que l’homme, pour que tu te souviennes de lui? Et le fils de l’homme, pour que tu prennes garde à lui? »
3. Quelque chose de cette grande vérité, que « le corps corruptible appesantit l’âme », — est fortement exprimé dans ces vers célèbres de l’ancien poète. Parlant des âmes des hommes, il dit :
Igneus est ollis vigor, et coelestis origo
Seminibus; quantum non noxia corpora tardant,
Terrenique hebetant artus, moribundaque membra.
Ces semences du feu céleste,
Par leur force innée, aspireraient à leur source,
Si leurs membres terrestres n’entravaient leur vol,
Et n’arrêtaient leur essor vers les plaines de lumière.
4. Mais supposé qu’il ait plu au Créateur tout sage, à cause du péché de l’homme, de permettre que les âmes des hommes en général soient ainsi appesanties, de cette misérable manière, par leur corps corruptible, pourquoi permet-il que l’excellent trésor qu’il a confié à ses propres enfants soit encore logé dans ces pauvres vases de terre ? » Cette question ne se présenterait-elle pas naturellement à tout esprit réfléchi ? Peut-être ; et c’est pourquoi l’apôtre nous fournit immédiatement une réponse complète : Dieu a fait cela « afin que cette grande puissance soit attribuée à Dieu, et non pas à nous » ; afin qu’il fût indéniablement évident à qui appartenait cette excellente puissance ; afin que nulle chair ne se glorifie devant Dieu ; mais que tous ceux qui ont reçu ce trésor pussent crier continuellement : « Non pas à nous, mais à toi, ô Seigneur, soit la louange, à cause de ton nom et à cause de ta fidélité. »
5. Sans aucun doute, ce fut là le principal dessein de Dieu dans cette merveilleuse dispensation : humilier l’homme, le rendre et le garder petit, pauvre, bas et vil à ses propres yeux. Et quoi que nous ayons à souffrir par là, nous en sommes bien payés, si c’est un moyen de « préserver l’homme de l’orgueil » ; de nous abaisser dans la poussière, alors même que nous sommes le plus en danger d’être enflés par les dons excellents de Dieu !
6. Bien plus, si nous souffrons par là, à cause de l’humble habitation de l’esprit immortel ; si la douleur, la maladie et d’innombrables autres afflictions encore, auxquelles autrement nous n’aurions pas été sujets, nous assaillent de tous côtés, et finissent par nous abattre dans la poussière de la mort, qu’y perdons-nous ? Perdants ! Non : « Dans toutes ces choses nous sommes plus que vainqueurs par celui qui nous a aimés. » Venez donc, maladie, faiblesse, douleur, — afflictions, dans le langage des hommes. N’y gagnerons-nous pas infiniment ? Nous y gagnerons pour toujours et à jamais ! puisque « ces légères afflictions du moment présent produisent pour nous, au-delà de toute mesure, un poids éternel de gloire » !
7. Et la conscience de notre faiblesse présente ne nous enseigne-t-elle pas efficacement en quoi consiste notre force ? Avec quelle force elle proclame : « Confiez-vous au Seigneur Jéhovah ; car en lui est la force éternelle ! » Confiez-vous en celui qui a souffert mille fois plus que vous ne pourrez jamais souffrir ! N’a-t-il pas tout pouvoir dans le ciel et sur la terre ? Qu’importe donc que
Nous ayons maintenant le trésor céleste
Dans une vile maison d’argile !
Il le sauvera parfaitement,
Et le gardera jusqu’à ce jour-là.
Potto, 17 juin 1790
Chapitre 125 terminé
Le trésor céleste dans des vases de terre