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La duplicité du cœur humain

Chapitre 124 · 19 min de lecture · 25 min d’écoute

La duplicité du cœur humain

Sermon 123

La duplicité du cœur humain

« Le cœur est tortueux par-dessus tout, et il est méchant: Qui peut le connaître? »

Jérémie 17:9.

1. Les plus éminents des anciens païens nous ont laissé maints témoignages de cette vérité. C’était, en effet, leur opinion commune qu’il y avait eu un temps où les hommes, en général, étaient vertueux et heureux ; ils l’appelaient « l’âge d’or ». Et le récit en était répandu chez presque toutes les nations. Mais on croyait aussi généralement que cet âge heureux avait pris fin depuis longtemps, et que les hommes sont maintenant au milieu de « l’âge de fer ». Au commencement de celui-ci, dit le poète, —

Irumpit venae pejoris in aeuum

Omne nefas: fugere pudor, verumque, fidesque

In quorum subiere locum, fraudesque, dolique

Insidiaeque, et vis, et amor sceleratus habendi.

Aussitôt fit irruption,

À plein flot, toute méchanceté et tout péché :

La pudeur, la vérité, la fidélité s’enfuirent en hâte ;

Et la soif maudite de l’or régna sans résistance.

2. Mais combien la génération présente des chrétiens est plus savante que ces vieux païens ! Combien de panégyriques laborieux ne lisons-nous pas et n’entendons-nous pas aujourd’hui sur la Dignité de la nature humaine ! Un prédicateur éminent, dans l’un de ses sermons, prêché et imprimé il y a quelques années, ne craint pas d’affirmer, premièrement, que les hommes en général (sinon chaque individu) sont très sages ; deuxièmement, que les hommes en général sont très vertueux ; et troisièmement, qu’ils sont très heureux. Et je ne sache pas que personne ait encore été assez hardi pour contredire cette assertion.

3. Très proches de ces idées étaient les sentiments d’un gentilhomme ingénieux qui, comme on lui demandait : « Milord, que pensez-vous de la Bible ? » répondit : « Je pense que c’est le plus beau livre que j’aie jamais lu de ma vie. Seulement, cette partie qui expose le plan de la médiation, je ne la comprends pas ; car je ne conçois pas qu’il soit besoin d’aucun Médiateur entre Dieu et l’homme. Si, à la vérité, continua-t-il, j’étais un pécheur, alors j’aurais besoin d’un Médiateur ; mais je ne conçois pas que je le sois. Il est vrai que j’agis souvent mal, faute de plus d’intelligence ; et je sens fréquemment de mauvaises dispositions, en particulier un penchant à la colère ; mais je ne puis admettre que ce soit un péché ; car cela dépend du mouvement de mon sang et de mes esprits, ce à quoi je ne puis rien. Ce ne peut donc être un péché ; ou, si c’en est un, le blâme doit retomber, non sur moi, mais sur celui qui m’a fait. » Voilà bien les sentiments du pieux lord Kames et du modeste M. Hume !

4. Il y a quelques années, une femme charitable découvrit qu’il n’y avait dans le monde d’autre pécheur que le diable. « Car, disait-elle, il force les hommes à agir comme ils le font ; ils ne sont donc pas responsables : le blâme retombe sur Satan. » Mais ces messieurs plus éclairés ont découvert qu’« il n’y a dans le monde d’autre pécheur que Dieu ! Car il force les hommes à penser, à parler et à agir comme ils le font ; le blâme retombe donc sur Dieu seul. Arrière, Satan ! On peut douter qu’il ait jamais lui-même proféré un blasphème aussi insensé !

5. Mais, quoi que puissent dire les incrédules, baptisés ou non, de l’innocence du genre humain, celui qui a fait l’homme, et qui sait le mieux ce qu’il a fait, en donne un récit bien différent. Il nous apprend que « le cœur de l’homme », de tout le genre humain, de tout homme né dans le monde, « est désespérément méchant » ; et qu’il est « tortueux par-dessus tout » ; de sorte que nous pouvons bien demander : « Qui peut le connaître? »

I. 1. Commençons par ce point : « Le cœur de l’homme est désespérément méchant. » En le considérant, nous n’avons pas besoin de nous reporter à aucun péché particulier (ceux-ci ne sont que les feuilles, ou tout au plus les fruits, qui naissent de cet arbre mauvais) ; mais plutôt à la racine générale de tous. Voyez comment celle-ci fut d’abord plantée dans le ciel même, par « Lucifer, fils de l’aurore » ; — jusque-là sans aucun doute « l’un des premiers archanges, sinon le premier » : « Tu disais : Je m’assiérai à l’extrémité du septentrion. » Voyez la volonté propre, la première-née de Satan ! « Je serai semblable au Très-Haut. » Voyez l’orgueil, la sœur jumelle de la volonté propre. Là fut la véritable origine du mal. De là vint sur le monde inférieur le flot intarissable des maux. Quand Satan eut une fois fait passer sa propre volonté et son orgueil dans les parents du genre humain, avec une nouvelle espèce de péché, — l’amour du monde, l’amour de la créature plus que du Créateur, — toute sorte de méchanceté fit bientôt irruption ; toute impiété et toute injustice, qui se ramifièrent en crimes de toute espèce et couvrirent bientôt toute la face de la terre de toute sorte d’abominations. Ce serait une tâche sans fin que d’énumérer toutes les énormités qui éclatèrent. Alors toutes les sources du grand abîme jaillirent. La terre devint bientôt un champ de sang : la vengeance, la cruauté, l’ambition, avec toute sorte d’injustices, toute espèce de torts publics et privés, se répandirent dans toutes les parties de la terre. L’injustice sous dix mille formes, la haine, l’envie, la malice, la soif du sang, avec toute espèce de fausseté, marchèrent en triomphe ; jusqu’à ce que le Créateur, regardant du haut du ciel, ne voulut plus se laisser fléchir en faveur d’une race incorrigible, mais la balaya de la face de la terre. Mais combien peu les générations suivantes furent améliorées par ce sévère jugement ! Ceux qui vécurent après le déluge ne paraissent pas avoir été le moins du monde meilleurs que ceux qui avaient vécu avant. En peu de temps, probablement avant que Noé eût été retiré de la terre, toute injustice prévalut comme auparavant.

2. Mais n’y a-t-il pas un Dieu dans le monde ? Sans aucun doute ; et c’est « lui qui nous a faits, et non pas nous-mêmes ». Il nous a faits gratuitement, par sa pure miséricorde ; car nous ne pouvions rien mériter de lui avant d’avoir l’être. C’est par sa miséricorde qu’il nous a faits ; qu’il nous a faits créatures sensibles, raisonnables, et par-dessus tout capables de Dieu. C’est cela, et cela seul, qui met la différence essentielle entre les hommes et les brutes. Mais s’il nous a faits, et nous a donné tout ce que nous avons, si nous lui devons tout ce que nous sommes et tout ce que nous avons, alors assurément il a droit à tout ce que nous sommes et à tout ce que nous avons, — à tout notre amour et à toute notre obéissance. C’est ce qu’ont reconnu presque tous ceux qui se sont crus ses créatures, dans tous les âges et chez toutes les nations. Mais il y a quelques années, un savant a franchement avoué : « Je n’ai jamais pu comprendre que le fait que Dieu nous ait créés lui donnât aucun titre à nous gouverner ; ou que le fait qu’il nous ait créés nous mît dans aucune obligation de lui rendre notre obéissance. » Je crois que le docteur Hutcheson fut le premier homme qui ait jamais élevé le moindre doute là-dessus ; ou qui ait jamais douté, bien moins encore nié, qu’une créature fût obligée d’obéir à son Créateur. Si Satan a jamais conçu cette pensée (mais il n’est pas probable qu’il l’ait jamais fait), il ne serait pas étonnant qu’il se fût révolté contre Dieu, et qu’il eût excité la guerre dans le ciel. Et de là naîtrait aussi l’inimitié contre Dieu dans le cœur des hommes, avec toutes les branches de l’impiété qui y abondent encore aujourd’hui. De là naîtraient naturellement la négligence de tous les devoirs que nous lui devons comme à notre Créateur, et toutes les passions et toutes les espérances directement opposées à chacun de ces devoirs.

3. Du diable, l’esprit d’indépendance, la volonté propre et l’orgueil, qui produisent toute impiété et toute injustice, passèrent promptement dans le cœur de nos premiers parents en paradis. Après qu’ils eurent mangé de l’arbre de la connaissance, la méchanceté et la misère de toute espèce se précipitèrent à plein flot sur la terre, nous éloignèrent de Dieu, et ouvrirent la voie à tout le reste. L’athéisme (qu’on appelle maintenant, selon la mode, la dissipation) et l’idolâtrie, l’amour du monde, la recherche du bonheur dans telle ou telle créature, couvrirent toute la terre.

Droits à la fois de cœur et de volonté,

Nous fûmes faits par notre Dieu ;

Mais nous passâmes du bien au mal,

Et nous nous égarâmes parmi les créatures ;

Nous multipliâmes notre pensée errante,

Qui d’abord était fixée sur Dieu seul ;

En dix mille objets nous cherchâmes

Le bonheur que nous avions perdu en un seul.

4. Il serait sans fin d’énumérer toutes les espèces de méchanceté, en pensées, en paroles ou en actions, qui couvrent maintenant la terre, en chaque nation, en chaque ville, en chaque famille. Elles se concentrent toutes en ceci : — l’athéisme ou l’idolâtrie ; l’orgueil, qui consiste soit à avoir de soi-même une plus haute opinion qu’on ne doit, soit à se glorifier de quelque chose qu’on a reçu, comme si on ne l’avait pas reçu ; l’indépendance et la volonté propre, — faire sa propre volonté, et non la volonté de celui qui nous a faits. Ajoutez-y la recherche du bonheur hors de Dieu, dans la satisfaction de « la convoitise de la chair, la convoitise des yeux, et l’orgueil de la vie ». C’est pourquoi c’est une triste vérité que (sauf là où l’Esprit de Dieu a fait la différence) tous les hommes aujourd’hui, aussi bien qu’il y a quatre mille ans, « ont corrompu leurs voies devant le Seigneur ; et toute imagination des pensées du cœur de l’homme est mauvaise, uniquement mauvaise, et cela continuellement ». Quelque différents donc que puissent être les hommes dans leurs voies extérieures (où il y a sans doute mille différences), cependant, quant à la racine intérieure, l’inimitié contre Dieu, l’athéisme, l’orgueil, la volonté propre et l’idolâtrie, il est vrai de tous que « le cœur de l’homme », de tout homme naturel, « est désespérément méchant ».

5. Mais s’il en est ainsi, comment se fait-il que chacun n’en ait pas conscience ? Car qui devrait « connaître les choses de l’homme, comme l’esprit de l’homme qui est en lui » ? Pourquoi si peu se connaissent-ils eux-mêmes ? Pour cette raison bien simple : parce que le cœur n’est pas seulement « désespérément méchant », mais « tortueux par-dessus tout ». Si tortueux, que nous pouvons bien demander : « Qui peut le connaître? » Qui, en vérité, sinon Dieu, qui l’a fait ? Avec son aide, nous pouvons, en second lieu, considérer ce point, — la duplicité du cœur de l’homme.

II. 1. « Il est tortueux par-dessus tout » ; c’est-à-dire au plus haut degré, au-dessus de tout ce que nous pouvons concevoir. Si tortueux, que la plupart des hommes sont continuellement occupés à se tromper eux-mêmes et à tromper les autres. Combien étrangement ils se trompent eux-mêmes, ne connaissant ni leurs propres dispositions ni leur caractère, s’imaginant être beaucoup meilleurs et plus sages qu’ils ne sont ! L’ancien poète suppose qu’il n’y a point d’exception à cette règle, — « que nul homme ne veut connaître son propre cœur ». Ut nemo in sese tentat descendere, nemo ! Nul, sinon ceux qui sont enseignés de Dieu !

2. Et si les hommes se trompent ainsi eux-mêmes, est-il étonnant qu’ils trompent aussi les autres, et que nous trouvions si rarement « vraiment un Israélite, dans lequel il n’y a point de fraude » ? En parcourant mes papiers, il y a quelques années, je trouvai la note suivante : « J’ai aujourd’hui trente ans ; et jusqu’à ce jour je ne sache pas avoir rencontré une seule personne de cet âge, excepté dans la maison de mon père, qui n’usât de fraude, plus ou moins. »

3. C’est là l’une des sortes de méchanceté désespérée qui s’attachent à la nature de tout homme, et qui procèdent de ces racines fécondes, — la volonté propre, l’orgueil et l’indépendance à l’égard de Dieu. De là naît toute espèce de vice et de méchanceté ; de là tout péché contre Dieu, contre notre prochain et contre nous-mêmes. Contre Dieu, — l’oubli et le mépris de Dieu, de son nom, de son jour, de sa parole, de ses ordonnances ; l’athéisme d’un côté, et l’idolâtrie de l’autre ; en particulier l’amour du monde, la convoitise de la chair, la convoitise des yeux, et l’orgueil de la vie ; l’amour de l’argent, l’amour du pouvoir, l’amour du repos, l’amour de « l’honneur qui vient des hommes », l’amour de la créature plus que du Créateur, le fait d’aimer le plaisir plus que Dieu : — contre notre prochain, l’ingratitude, la vengeance, la haine, l’envie, la malice, le manque de charité.

4. De là vient qu’il y a dans le cœur de tout enfant des hommes un fonds inépuisable d’impiété et d’injustice, si profondément et si fortement enraciné dans l’âme, que rien moins que la grâce toute-puissante ne peut le guérir. De là naît naturellement une abondante moisson de paroles et d’œuvres mauvaises de toute sorte ; et, pour couronner le tout, ce composé de tous les maux, —

— Ce monstre immonde, la Guerre, que nous rencontrons,

Abat à terre l’œuvre la plus noble de la création,

Qui porte en vain l’image glorieuse de son Créateur,

Sans privilège contre toi !

À la suite de ce monstre cruel viennent le meurtre, l’adultère, le viol, la violence et la cruauté de toute espèce. Et toutes ces abominations ne se trouvent pas seulement dans les pays mahométans ou païens, où leur horrible pratique peut sembler le résultat naturel de principes également horribles ; mais dans ceux qu’on appelle des pays chrétiens, oui, dans les États et les royaumes les plus éclairés et les plus civilisés. Et qu’on ne dise pas : « Ce n’est le cas que dans les pays catholiques romains. » Non, nous qu’on appelle réformés ne leur cédons en rien en toute sorte de méchanceté. À la vérité, il n’est jamais crime qui ait régné parmi les Turcs ou les Tartares dont nous ne puissions ici trouver le pareil en toute partie de la chrétienté. Bien plus, il n’est jamais péché qui ait paru dans la Rome païenne ou papale, qui ne se trouve aujourd’hui en Allemagne, en France, en Hollande, en Angleterre, et dans tout autre pays protestant aussi bien que papiste. De sorte qu’on pourrait dire maintenant, avec autant de vérité et aussi peu d’exceptions, de chaque cour d’Europe, ce qui fut dit autrefois de la cour de Saül : « Il n’y a point de juste, Pas même un seul ; ils sont tous devenus abominables : Nul n’est intelligent, Nul ne cherche Dieu. »

5. Mais n’y a-t-il point d’exception quant à la méchanceté du cœur de l’homme ? Oui, chez ceux qui sont nés de Dieu. « Celui qui est né de Dieu se garde lui-même, et le malin ne le touche pas. » Dieu a « purifié son cœur par la foi », de sorte que sa méchanceté s’est retirée de lui. « Les choses anciennes sont passées », et en lui « toutes choses sont devenues nouvelles ». De sorte que son cœur n’est plus désespérément méchant, mais « renouvelé dans la justice et la vraie sainteté ». Seulement, qu’on se souvienne que le cœur, même d’un croyant, n’est pas entièrement purifié quand il est justifié. Le péché est alors vaincu, mais il n’est pas déraciné ; il est dompté, mais non détruit. L’expérience lui montre, premièrement, que les racines du péché, la volonté propre, l’orgueil et l’idolâtrie, demeurent encore dans son cœur. Mais tant qu’il continue de veiller et de prier, aucune d’elles ne peut prévaloir contre lui. L’expérience lui enseigne, deuxièmement, que le péché (généralement l’orgueil ou la volonté propre) s’attache à ses meilleures actions ; de sorte que, même à l’égard de celles-ci, il trouve une absolue nécessité du sang de l’expiation.

6. Mais avec quel art il se cache, non seulement aux autres, mais même à nous-mêmes ! Qui peut le découvrir sous tous les déguisements qu’il revêt, ou le suivre à travers tous ses dédales cachés ? Et s’il est si difficile de connaître le cœur d’un homme de bien, qui peut connaître le cœur d’un méchant, qui est bien plus tortueux ? Aucun homme non régénéré, si sensé, si expérimenté, si sage qu’il soit dans sa génération. Et pourtant ce sont ceux-là qui se piquent de « connaître le monde », et s’imaginent voir à travers tous les hommes. Hommes vains ! On peut dire hardiment qu’ils « ne connaissent encore rien comme il faut connaître ». Ce politique du dernier règne ne connaissait ni son propre cœur ni celui des autres hommes, lui dont le mot favori était : « Ne me parlez pas de votre vertu, ni de votre religion : je vous dis que tout homme a son prix. » Oui, Sir R[obert] ; tout homme semblable à vous ; quiconque se vend au diable.

7. Ce très honorable misérable, auprès de qui Sir R[obert] était un saint, connaissait-il le cœur de l’homme, — lui qui conseillait si instamment à son propre fils « de ne jamais dire la vérité, de mentir ou de dissimuler toutes les fois qu’il parle, de porter continuellement un masque » ? qui lui conseillait instamment « de ne pas débaucher les femmes non mariées », (parce que quelques inconvénients pourraient s’ensuivre), « mais toujours les femmes mariées » ? Imaginerait-on que cet animal rampant ait jamais eu lui-même une femme ou une fille mariée ? Ô rare lord C[hesterfield] ! Homme mérita-t-il jamais si bien, tout pair du royaume qu’il était, de mourir au pied de Newgate ? Ou livre mérita-t-il jamais si bien d’être brûlé par le bourreau public, que ses Lettres ? M. David Hume, plus bas encore, s’il est possible, que l’un et l’autre des précédents, connaissait-il le cœur de l’homme ? Pas plus qu’un ver ou un scarabée. Après « avoir joué si légèrement avec les traits de la mort », trouvez-vous maintenant que ce soit une chose risible ? Que pensez-vous maintenant de Charon ? Vous a-t-il fait passer le Styx ? Enfin il vous a appris à connaître un peu votre propre cœur ! Enfin vous savez que c’est une chose terrible que de tomber entre les mains du Dieu vivant !

8. L’un des plus habiles champions de l’incrédulité (peut-être l’écrivain le plus élégant et le plus convenable qui ait jamais produit un système de religion sans devoir le moins du monde quoi que ce soit à la Bible) s’écrie dans la plénitude de son cœur : « Qui ne souhaiterait qu’il y eût une pleine preuve de la révélation chrétienne, puisqu’elle est sans aucun doute le système le plus bienveillant qui ait jamais paru dans le monde ! » Ne pourrait-il pas ajouter une raison d’un autre genre, — parce que sans elle l’homme doit être tout à fait un mystère pour lui-même ? Même avec le secours de la révélation, il en sait extrêmement peu ; mais sans elle il en saurait beaucoup moins, et rien avec certitude. Sans la lumière qui nous est donnée par les oracles de Dieu, comment pourrions-nous concilier sa grandeur avec sa bassesse ? Tandis que nous reconnaissons, avec Sir John Davies, —

Je sais que mon âme a le pouvoir de tout connaître,

Et pourtant elle est aveugle, et ignorante de tout :

Je sais que je suis l’un des petits rois de la nature ;

Et pourtant esclave des choses les plus petites et les plus viles.

9. Qui donc connaît le cœur de tous les hommes ? Assurément nul autre que celui qui les a faits. Qui connaît son propre cœur ? Qui peut dire la profondeur de son inimitié contre Dieu ? Qui sait combien profondément il est enfoncé dans la nature de Satan ?

III. 1. Des considérations qui précèdent, ne pouvons-nous pas apprendre, premièrement, que « Celui qui a confiance dans son propre cœur est un insensé » ? Car quel homme sage se fierait à quelqu’un qu’il sait être « désespérément méchant » ? surtout à quelqu’un qu’il a reconnu, par mille expériences, être « tortueux par-dessus tout » ? Que pouvons-nous attendre, si nous nous fions encore à un menteur et à un trompeur reconnu, sinon d’être trompés et dupés jusqu’à la fin ?

2. Nous pouvons en inférer, en second lieu, la vérité de cette autre réflexion de Salomon : « Si tu vois un homme qui se croit sage, Il y a plus à espérer d’un insensé que de lui. » Car à quelle distance de la sagesse doit être cet homme qui n’a jamais soupçonné qu’elle lui manquait ? Et la bonne opinion qu’il a de lui-même ne l’empêchera-t-elle pas de recevoir l’instruction des autres ? Ne sera-t-il pas enclin à se fâcher des avertissements, et à prendre les répréhensions pour des outrages ? Ne sera-t-il pas, par conséquent, moins disposé à recevoir l’instruction que celui-là même qui a peu d’intelligence naturelle ? Assurément nul insensé n’est aussi incapable d’amendement que celui qui s’imagine être sage. Celui qui suppose qu’il n’a pas besoin de médecin ne profitera guère de ses avis.

3. Ne pouvons-nous pas apprendre de là, troisièmement, la sagesse de cet avertissement : « que celui qui croit être debout prenne garde de tomber! » Ou (pour rendre le texte plus exactement) : « Que celui qui est assurément debout prenne garde de tomber. » Quelque fermement qu’il soit debout, il a toujours un cœur tortueux. En combien de cas n’a-t-il pas déjà été trompé ! Et il peut l’être encore. Supposé qu’il ne soit pas trompé maintenant, s’ensuit-il qu’il ne le sera jamais ? Ne se tient-il pas sur un terrain glissant ? Et n’est-il pas environné de pièges ? où il peut tomber pour ne plus se relever ?

4. N’est-ce pas sagesse, pour celui qui maintenant est debout, de crier continuellement à Dieu : « Sonde-moi, ô Seigneur, et éprouve-moi ; scrute mes reins et mon cœur ! Regarde bien s’il y a en moi quelque voie de méchanceté, et conduis-moi dans la voie éternelle ! » Toi seul, ô Dieu, tu « connais le cœur de tous les enfants des hommes » : ô montre-moi de quel esprit je suis animé, et ne permets pas que je trompe mon âme ! Ne permets pas que j’aie « de moi-même une plus haute opinion que je ne dois ». Mais fais que j’aie toujours « des sentiments modestes, selon la mesure de foi que tu m’as donnée » !

Halifax, 21 avril 1790

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